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Vatout. Souvenirs historiques du Palais-Royal

HISTOIHK DU I AIAIS-UOYAL

dos coupures. Il l'iiiit temps; (l«''j:\ la coupole du «rniKl escalier s'ahlmait avec >in bruit olTroyablc.

('.t<lte siille «rOpt'ra, ou solo rappcll»', avait rt.' li.ltin par Rirh.ji.'u cl très cmbollie par le réjoui, uiais les d'Orli-auM, ou 174!), eu avaieut cédé le privilrgo h la Ville de Paris. Le ducdomauda doue des iudemuités au prévôt des uiarchauds et aux éclicvins, et oxigoa (juc tous les bAtiuicuts brftlés sous leur aduiiiiistratiou fussent rebAtia et restaurés aux frais do la ville. Eu même temps, pour que la nouvelle salle fût couslruilodu même eùlé du palais, mais en dehors de l'aile dans la<|uelle se trouvait l'ancienne salle, le duc d'Orléans acheta et paya de ses (liMiiers les nnq maisons voisines, taudis (jun la ville achetait aussi trois autres maisons.

Il était en outre convenu que le duc donnerait pour ses loges cent mille écus.

La ville voulut ^'ardor son architecte et le duc conserver le sien ; l'harmonie des constructions eut naturellement :\ souffrir de ce défaut d'entente. Il eu résulta des erreurs de niveau et d'alij^'uement, un grand nombre d'irrégularités.

Tandis que l'on reconstruisait son palais, le duc d'Orléans habitait Villers Cotterets. Il se lia alors avec M. de Guines, jeune diplomate dont les goûts simples, l'humeur paisible ne semblaient guère pouvoir convenir à un d'Orléans. Ses meilleures soirées se passaient à faire de la musique avec sa maltresse, M"" de Montesson. Il chantait, et la jeune femme l'accompagnait au clavecin. Le duc acceptait près d'eux une lasse de thé et au plaisir d'entendre M. de Guines s'ajoutait celui de contempler sou amie.

C'était une femme qui, à une beauté ravissante, joignait beaucoup d'esprit, et dont la coquetterie consistait à paraître s'ignorer et à se parer de modestie.

Veuve après vingt-quatre heures de mariage, — son mari était mort dans la première nuit de ses noces, — entourée par M. de Guines d'une tendresse respectueuse et presque platonique, elle avait conservé, dans le complet épanouissement de la jeunesse, une sorte d'attrait virginal.

Le duc, affriandé par des grâces si étrangères ;\ la cour, se plut d'abord à la voir, à l'entendre, puis désira davantage. La dame écouta sans colère sa déclararation, mais eut la franchise ou la coquetterie d'avouer qu elle avait pour M. de Guines une affection sincère.

Le duc. peu habitué à la résistance et inhabile à courtiser, conta ses peines à Choiseul, son ami et ministre de Louis XV. Bien lui en prit ; Choiseul rappela à Guines ses devoirs de diplomate et lui donna l'ambassade de Londres.

Cet obstacle levé, le duc renouvela ses instances. Mais M"» de Montesson savait sa Maintenon par cœur et croyait que c'était un assez bon modèle à suivre. Comme la veuve Scaron, elle se cuirassa de toute sa vertu. On la vit prodigue de soins, de complaisance pour amuser ou plutôt enchaîner son amant, mais pas une faiblesse, pas une simple imprudence.

A bout d'arguments et de patience, le prince parla d'épouser.

Mais il fallait le consentement du roi. La belle veuve était de très petite noblesse. Aux premiers mots que lui en dit la Dubarry, chargée de pressentir son opinion. Louis XV répondit que c'était impossible. Enfin la favorite étant, à plu-

Un chien danois s'est jeté sur sou cœur et en a mangé les trois quarts.

sieurs reprises, revenue à la charge, le roi l'autorisa à répondre à sa protégée qu'il permettrait au duc d'épouser cette dame mais secrètement et sous la condition expresse qu'elle conserverait son nom, ne paraîtrait jamais ;\ la cour et ne s'attribuerait aucune prérogative des princesses du sang.

Par un édit de Louis XIII il était défendu à tous les prélats du royaume de marier aucun prince du sang sans une lettre écrite de la propre main du roi. La lettre d'autorisation qu'accorda Louis XV ne contenait que ces mots : — « Monseigneur l'arclievèiiue, vous croirez ce que vous dira de ma part mon cousin le duc d'Orléans et vous passerez outre. »

Liv. 19, A. Fayard, éditour.

14IJ JUSlOlUi; Di; l'AL.Vlb-lUJVAL

Le mari. i;^.' fut c."'!.''!)!-.'' !.• 'î\ avril i;;:!. I/.inii.v..ju.- .in.imI .iiTui.i- i.i <lispriiso do publication îles biuis, (b'^si^iiu M. Potip.irt, curé de S.iint-KiiKl nli<^, pourduiitier la bénédiction nuptialo i\ Paris.

l'no cour très nombnMise avait «Hé réunio à Villors-Cotlorots la vt'iilo du JMaiiagc.

iiC matin, avant d** monter en voitiiD' le duc d'Orléans dit à ijUcUpies amis : Jo reviendrai tard; jo ne reviendrai pas seul, mais bien avec une personne qui partagera linti rùt et l'atlaeliement «pio vous porte/ à ma personne. •

1 lu elîet à .six lieures du soir il était de retour; il entra dans ses salons tenant par la main M"« de Montesson, rayonnanli- <!'' iMiiilirur. La mariée fut traitée avce les éj-ards dus :\ une princesse du saii;.,'.

liC coucher eut lieu avec les cérémonies d'usage pour le mariage d'un prince.

.M. (le Valencay pré.sciita la cliemise au marié en présence de toute la partie ma^tuline de la société. Le prince s'étant ilépnuillé jusifu'à la ceinture otFrit aux regards des assistants un corps entièrement épilé, selon le code de l'étiquette royale.

Cette particularité amusa les dames (jui trouvaient cet usage en contresens avec les charmes naturels à la virilité.

Ouelqucs jours [dus tard M"* <le Montesson revint à Paris et habita une maison connîie sous le nom d'hôtel de Qhàtillon, (pii taisait alors partie du Palaislloyar,et/iui était eontigu»' à rapparfement du duc d'Orléans,

Cet arrangement était plus commode (|ue convenable, — du moins aux yeux de la famille... Il n'y avait pas de duchesse d'Orléans, mais il y avait une (luoliesse de Charti*esqui seule faisait les honneurs du Palais-Hoyal.

KUe fit sentir à M""» de Montesson que son voisinage lui déplaisait et celleci pjoposa iiu\duc d'habiter une maison qu'il avait fait i)àtir rue de Provence. Celle maison communiquait avec une autre qu'il avait donnée à M"* de Montesson et dont l'issue était dans la Chaussée d'Antin; en sorte que ces deux habitations, réunies en réalité, conservaient l'apparence d'être séparées.

Une^salle de si)ectacle y fut construite et le prince y joua souvent lui-même la comédie.

Ce nouveau genre do vie acheva d'éloigner le duc J Orléans du Palais-Royal et en 1780 il se détermina à le transmettre par avancement d'hoirie à son fils Louis-Philippe-Joseph, alors duc de Chartres, auquel il en fit la cession par un acte légal.

D'autre part comme b>aint-Cloud était également interdit à M™e de Montesson, son mari lui acheta le cJiàteau de Sainte- Assise.

Mais pour les d'Orléans Sainl-Cloud n'était pas inaliénaJjle comme le Palais- Royal; c'était une propriété libre, et M. de Breteuil négocia facilement avec M"" de Montesson la vente de Saint-Cloud à Marie-Antoinette pour le prix de six millions.

11 mourut à .Mainte-Assise en 178Ô et fut enterré au Val-de-Gràce. Son cœur fut déposé à l'Église de Saint-Port, pour y attendre, disait-il dans son testament, celui de la dame du lieu.

C'est par cette dénomination bizarre qu'il désignait sa femme

Cette dernière ne se pressa point pour le rejoindre. Elle attendit dans sa maison de la Chaussée d'Antin jusqu'au 5 février 1806.

Ce fils de d'Orléans-Sainte-Geneviève, fut plus sage que son père, moins spirituel mais moins licencieux que son aïeul, le régent, et plus heureux que son fils Louis-Philippe-Joseph, qui devait se faire connaître plus tard sous le nom d'Fgalité.

Ce dernier, fils unique, n'avait qu'une sœur, M"® de Montpensier qui épousa le duc de Bour])on, prince de Condé et fut la mère du duc d'Enghien.

A ces mots : Egalité, prince de Condé, d'Enghien, le lecteur doit pressentir que bientôt le drame aura une large part dans nos récits.

Le caractère du duc Philippe-Joseph est si étrange, si curieux à fouiller, sa vie a été tellement agitée, si folle au début, si mystérieuse plus tard, si tragique à la fin, que nous voulons apporter à son histoire un soin particulier.

L'existence de ce prince n'est pas moins remplie que celle du régent; mais si nous ne nous sommes pas arrêté longtemps à celui-ci c'est que par le livre, et le théâtre, le régent est le prince dont on a le plus popularisé les aventures. Il n'en est pas de même de Louis-Philippe- Joseph; il est peu connu; il est bien loin de l'être autant qu'il le mérite.

Nous tâcherons d'être complet et garantissons d'être exact. Cherchant à descendre dans tous les détails de la vie privée de ce personnage, nous paraîtrons quelquefois trop minutieux, mais le lecteur comprendra bientôt que rien ne doit être négligé dans la biographie d'un iiomme si difficile à pénétrer.

JEUNESSE DE LOUIS-PniLIPPE-JOSEPH-D ORLÉANS; SON MARIAGE. — SA LIAISON AVEC LE COMTE d'aRTOIS ET LA DAUPHINE MARIE-ANTOINETTE.

L'éducation et l'instruction du jeune duc de Chartres avait été très négligée. Confié aux soins du comte de Pont-Saint-Maurice, son gouverneur, il sortit de ses mains sans aucune qualité solide. M. de Pont ne s'était attaché qu'à lui donner l'élégance de manières, de maintien, de langage qui pouvaient lui permettre de briller et de plaire. M. de Foncenage, spn sous-gouverneur chargé spécialement de lui enseigner les belles-lettres et l'histoire, ne fut pas plus écouté que l'abbé Alary, dévoué à son instruction religieuse. Le jeune homme était beaucoup plus attentif aux leçons de quelques débauchés qui lui enseignèrent le chemin du vice. Il avait pour les comprendre des dispositions héréditaires et précoces. A quinze ans il avait pour maîtresse une courtisane nommée la Descliamp.

Sa première jeunesse n'eut rien de remarquable, de significatif. A vingt ans, a ce prince, dit Lamartine, était robuste comme ceux de sa race. Une taille

^lanrro. iiiu< altiliidr fiTino.tin vi«nf;o soiirifiiit, un rr»(»firi| ImnitiPiix, «l^•^ nicmbrca assouplis par tous les oxonicos dti corps, runioiir ci le niunifinont «lu «hoval, ce piMestal ili»s princes; une familiarité siui?» bassonso, une «'•lonition facile, dos élans «le cournRo, «no librralit»' prodi^jiio rnvors les arts, ces vicps mAincs <|iti no sont cpio lo luxe de Viifio, tout le sijjnalait h l'onf^onomont populaire. Il on jouissait avec ivresse. Ces onivroinciits prôcorcs attoij^'iiirr'nt pfutt^tre son bon sens naturel. L'amour du poupjf lui jcirul une von^»oance du nn'pris où la cour lo laissait. Il bravait int»'ri«;uremont lo roi do Versailles en se sentant lo loi do Paris. >

Ce portrait est, croyons-nous, ressemblant mais trop avanta^jeux. Michelet trouva lo prince hellàtre; d'autres remar(iuont son teint d('*jà roujfo, couperosé, qui révèle trop clairement ses excès, s'il no le tient du san^î brillé lio sa mère.

Mais tout le monde sait qu'il aime la chasse, les courses, excelle i\ tous les jeux violents et qu'il est un des plus habiles écuyers du royaume.

Il avait pour imitateurs et pour compagnons do plaisirs le jouno comte d'Artois (futur Charles X) et le prince do LaiMi»allo, fils du duc de Fenthièvre, son parent, .\llant très souvent chez ce dernier, il se fit aimer de sa fille, Louise- Adélaïde de Bourbon et l'obtint en inaria^,'o. Jamais un cœur plus pur no battit sur un cœur plus corrompu. Laducliosso do Chartres belle, ainialjjo. vertueuse, était aimée et respectée de tous ceux qui l'approchaient.

Elle apporta plus tard en dot à son mari, avec l'immense fortune du duc de Ponthièvre, la clientèle de considération et de respect public qui s'attachait à sa maison.

Les deux époux habitèrent les petits appartements du Palais-Royal. Le duc qui ne man([uait ni de bonté ni de délicatesse, traita sa femme avec douceur avec les égards les plus afi'cctueux, mais n'en continua pas moins ses soupers et les parties de plaisir où il aimait à s'afficher par les fantaisies les plus excentriques. S'il a cessé d'ontretouir la Duthé, c'est pour reparaître avec la Grandi.

Cette danseuse venait d'être quittée par un riche Polonais qui depuis un an lui avait prodigué hôtel, meubles et équipage somptueux, mais venait de partir sans payer. Le carrossier Blanchard songea à reprendre sa voiture et ses chevaux; dans cette intention il se rendit chez la belle-petite. Mais celle-ci le devina et joua de finesse, se plaignant du carrosse dont les ressorts étaient durs et des chevaux qui lui semblaient fourbus.

Blanchard jura que madame se trompait et s'offrit à le lui prouver en la conduisant lui-même le lendemain à Longchamp. La Grandi accepta et le jour suivant le marchand prit la place du cocher. D'abord tout alla bien, mais au boulevard il lit danser ses chevaux d'une telle fa(;on que la demoiselle effrayée voulut descendre. — C'était là qu'il l'attendait.

A peine eut-elle mis pied à terre qu'il rendit à ses chevaux leur libre allure et partit au grand trot riant de sa naïve cliente. Celle-ci plantée là, dans la boue, honteuse d'être ;\ pied dans une toilette digne d'un équipage à six chevaux ne savait que devenir, quand passa le duc de Chartres qui la recueillit et la reconduisit chtz elle.

La ruse de Blanchard l'ayant beaucoup fait rire, la Grandi lui conta tous ses malheurs. Il paya tout. En quinze jours elle regagna plus qu'elle n'avait perdu.

La chronique de Bachaumont est bourrée d'historiettes semblables. Nous en détacherons encore quelques-unes. On verra qu'il n'y avait que le comte d'Artois et Marie-Antoinette qui fussent capables de rivaliser de folie avec le duc de Chartres. Commençons :

« M'"^ la duchesse de Chartres et M"»" la princesse de Lamballe avaient fait, ces jours passés, la partie d'aller chez M'"^ la duchesse de Bourbon, qui devait les recevoir dans sa petite maison de Vanves. M. le duc de Chartres a voulu en être. Les princesses ont refusé de l'admettre, sous le prétexte qu'elles ne voulaient point d'hommes. M. le duc de Chartres a beaucoup insisté et s'est enfin rendu ii leur refus. Il a donné le mot à MM. de Fitz-James et de Thiers. Il s'est déguisé en ours, le second seigneur en tigre et le dernier a joué le rôle de conducteur.

Ils se sont ainsi transportés jusqu'à Vanves, comme si les princesses avaient voulu s'amuser à voir l'ours, etc. Elles n'avaient donné aucun ordre à cet égard ; cela les a d'abord surpris; enfin elles ont consenti aies voir. Ces animaux ont commencé par des gentillesses qui leur ont plu; ils ont paru fort apprivoisés et peu après ils sont devenus plus méchants et ont fait une peur terrible à leurs Altesses. Ils ont bientôt brisé leurs chaînes et sont montés au 'château. Tout le monde avait le mot : c'était l'heure du dîner. On est venu avertir les princesses épouvantées que les animaux féroces mangeaient tout le repas; et après beaucoup de singeries, le mystère s'est éclairci, et on en a ri en liberté. »

C'était une gaminerie ; voici d'un autre genre :

« 24 février 76. Les aimables libertins de la cour, pour donner plus de piquant à leurs plaisirs, avaient imaginé de faire une souscription entre les mains des plus fameuses courtisanes de Paris, pour former un pique-nique délicieux qui devait être précédé d'un spectacle et suivi d'un bal, d'un jeu d'enfer, et de tout ce qui peut accompagner une telle orgie. M. le duc de Chartres et M. le comte d'Artois devaient en être : chaque convive était taxé à 5 louis.

La comédie devait être jouée chez M"o Guimard; M"« Duthé aurait chanté; M'ie d'Ervieux, surintendante du repas, avait ordonné le festin chez un traiteur sur les boulevards,

« La partie de plaisir avait d'abord été projetée pour le carnaval, mais afin de la rendre plus célèbre et plus singulière, on l'avait remise au premier jeudi de carême. Le jour était venu, tout était prêt, lorsqu'un ordre du roi est intervenu qui atout arrêté... »

Un mois plus tard on voit d'Artois et de Chartres, la cravache <à la main, les mots les plus grossiers à la bouche, faisant eux-mêmes la police d'ordre au champ de course.

En moins d'un an, la reine vient trois fois au bal au Palais-Royal, où les portes ne sont pas assez hautes pour les panaches de sa coiffure. Dans un bal masqué dont le moindre costume ne coûtait pas moins de 2,000 écus, la reine a paru en sultane. « On a joué gros jeu, comme la première fois à ce bal. On a

rsliMil.'- lar^oiit i|tii n'oni |M«nhi niix ilfiix Itîils ilii l'alaiH-lioyul : il hm iiiont« h J.K(M>,(HK) livros. >

Deux mois plus tarti, dans imo rourM»* h VinceniieH, le «lue «l»- CliartrcH a mmm'' routro le rointo <r.\itoiH (K» louis. I^> roi a diM-laiv «luil n*- jtayrrait |>1uh 1«'H <l«'tteH (l«> st)ii fiV>i'e.

Louis XVI. au iiiiliou de ces «Vervelt^s, a I air ti'iiii roi de féerie, empot/'. serniounciii- (>l niy^lilii-. Il a beau moraliser; dArtois entrelient la dansrune Mifljolot; la rein»^ va au-dovaiit (le son frt'ro Josopli II avoc (|ualor/e cabriolets, il pl«Mit à vtM'sd et les boulevards s'aiiitiscnt à voir <'e royal corlè^e de voilures découvertes, t tous les chapeaux i\ la H.'uri 1\ et les plumes ont été gâtés, renver.*i»''s; les daines «''taient niveloppres dans des redingotes d'homme. Ce tli'sordre faisait rire la reine et l'amusait beaucoup. »

Il semble cpie d'Artois et Marie-Antoiiielle ai(>nt juré <le rendre le roi idiot. Ils le font assister i\ Choisy à la représentation de la princesse AKIOL', • pièce «l'une paie!»'' sij^olissonne. pleine de ]»ropossi poissards, qu'on a été oblij^é d'avoir recours aux j)oissardesles plus consommées pour exercer et styler les acleurH. n Les hommes étaient habillés en femmes, et les femmes en hommes, c'était une déraison, une farce générale. — Los poissardes appelées à la cour sollicitèrent une pension.

Le comte d'AVtois a un carrosse en carton et se fait construire un pavillon en carton. Il fait bâtir HajTatelle; il y prend des leçons d'un saltimbanque «pii lui a]>prend à danser sur la corde.

Pour la reine et lés princes la vie est un carnaval perpétuel. C'est encore le bon temi)s [)ouv le duc de Chartres. 11 est de toutes les fêtes. La reine ne l'a pas encore pris en haine; on ne l'insulte pas encore. Nous ne sommes qu'au commencement de 1778, mais voici déjà un brandon de discorde. D'Artois insulte brutalement au bal masqué de l'Opéra, la duchesse de Bourbon qu'il prend pour une lille. Elle n'a rien dit; mais il s'en est vanté et les princes de la maison de Condé ont été demander satisfaction au roi.

La duchesse de Bourbon étant la .sœur du duc de Chartres, on ne doute pas que les d'Orléans n'interviennent également.

Une rencontre à l'épée a lieu au bois de Boulogne entre Bourbon et d'Artois, mais les d'Orléans ne s'en soucient. Ils connaissent sans doute la prudence des deux ferrailleurs. En effet le combat dure six minutes et se termine sans une goutte de sang répandu.

L'indllïérence du duc de Chartres est néanmoins un scandale — ceci est bon i\ noter ; en effet les princes en appellent au jugement du public, dans leurs querelles, dans leurs affaires intimes, ils prennent pour juge M. Tout-le-Monde» qui plus tard, bientôt, ne leur épargnera pas ses remontrances et ses sévérités. Mais la cour est prise de vertige. Elle se jette en spectacle à la foule. Après le duel dont nous venons de parler, Bourbon et d'Artois vont à tour de rôle solliciter les applaudissements du public du ThéAtre-Français.

Puis d'autres sottises se succèdent...

Comme ils s'amusent et comme ils amu.sent, comme ils font rire à leurs

dépens, tous ces gmiuls seigneurs, avant de prendre le (.'liemin de lexil ou de monter sur réchafaud! Quelle insanité chez cette reine! C'est plus que de l'étourderie! Quel fou que ce d'Artois! Quel pauvre sire que Louis XVI!... Mais parlons encore des scènes de la petite pièce avant que le rideau se lève pour la grande.

Le duc de Chartres avait sollicité la dignité de grand amiral de France, dont la survivance lui appartenait après le duc de Penthièvre, son beau-père. Elle lui fut refusée. Il s'embarqua comme volontaire à bord de la flotte commandée parle comte d'Orvilliers, et se trouva au combat d'Ouessant le 27 juillet 1778. Les suites de ce combat, où la victoire resta indécise par une fausse manœuvre, furent imputées à la faiblesse du duc d'Orléans, à qui l'on avait confié le commandement d'un navire et qui, disait-on, aurait arrêté la poursuite de l'ennemi '. Ces bruits déshonorants prirent naissance à la cour. L'intimité entre d'Artois et Marie-Antoinette s'était resserrée pendant son absence. La reine, jalouse de la popularité des d'Orléans, s'éleva, — avec une autorité morale contestable, — contre les mœurs du duc de Chartres qui, disait-elle, corrompait le jeune frère du roi.

Leduc dissimula d'abord le juste ressentiment qu'il éprouvait et rejunut à Versailles.

Le jour de l'an le duc et le comte d'Artois, pour s'amuser, avaient fait une liste à sept colonnes dans chacune desquelles ils classaient toutes les femmes présentées qui venaient faire leur cour à Versailles. Ces sept colonnes étaient : Belles, jolies, passables, laides, affreuses, infâmes, abominables. Une seule s'est trouvée inscrite dans la première et deux dans la seconde. Des copies de cette liste circulèrent,

Quelques jours plus tard M"^'" de Fleury, une des abominables, se trouva à souper au Palais-Royal. Le duc vint causer avec elle et rencontra une extrême froideur. II s'en émut et en demanda l'explication, etM""« de Fleury lui en dit la raison en ajoutant :

— Heureusement, monseigneur, il y a à appeler de votre jugement : on sait que vous ne vous connaissez pas mieux en signalement qu'en signaux.

C'était une allusion au combat d'Ouessant ; il en demeura fort sot.

Un peu plus tard, au bal mas(iué de lOpéra, le duc ne fut pas plus heureux. Ayant au bras M"« de Sentis, il faisait assaut d'impertinence et dit à une femme qu'il venait de regarder sous le nez :

— Passez, beauté passée.

— Comme votre renommée, monseigneur, lui répliqua l'inconnue.

On continuait à lui faire la guerre à coups d'épingles. D'infâmes insinuations contre ses mœurs transpiraient des demi-coniidences des courtisans. On l'accusait d'avoir fait empoisonner par des courtisanes le sang du prince de Laniballe, son beau-frère, et de l'avoir énervé de débauches pour hériter seul de

1, M. d'Orvilliers, par une leUre au duc de Peulhièvre, a reudu hommage au courage el à la présence d'e>[iril étonnante du duc de Chartres.

152 lllfci'rullU; 1)1 l'ALAl.> ICU^AL

riiuuK'Msc apaiiagi' ilo Iii maison de IV-nlliiùvif II -• voiij^ua de celle caloiniiio pui' uiu> autre.

Le \!2 octobre 1781 la reine uccoucha du dauphin. Lo roi fut dans le ciel. " .Mais ce bonheur tant dcsiré devint un nialht'ur pour la roino. On cria qno l'enfant ne venait pas <iu n)i. Orléans, (pn- les Poli^^nacs avaient blessé in<li;^n«;nient, Orléans, en revanche, laiit.a un Irait mortel : « Qu'il nol/èirait pas à un fiU de Coiynt/. • Imputation injuste selon toute apparence, la reine à ce moment où l'enr.int fut congu, chassait un ami de Coigny • (Michelet, J/ist. de France).

Persécuté ainsi par lanimosité do la cour, le duc fit de fréquents voyjiges en Angleterre. Il se lia d'amitié avec le prince de Ciallcs, héritier du trône, prenant pour amis tous les ennemis de son père, jouant X la sédition, déshonoré de dettes, paré do scandales et préludant à lexorcice du pouvoir royal jiar des orgies sans nom, et par toutes les audaces d'un citoyen factieux.

Le prince français, qui venait de prendre le titre de due, •! Orléans, emprunta au prince anglais des habitudes d'insolence contre la cour, l'appétit des aj^itations populaires, le mépris pour son propre rang, la familiarité avec la foule, la vie bourgeoise dans lo palais, et cette simplicité d'habits qui était do la part de la noblesse une concession plus apparente (juc sentie à légalité démocratique.

CONSTRUCTION DES GALERIES DU JARDIN DU PALAIS-ROYAL. — SECOND INCENDIE DE l'opéra. — UN NOUVEL OPÉRA CONSTRUIT EN SIX SEMAINES. — LE THÉÂTRE-FRANÇAIS. — LES VARIÉTÉS. — LE TOKATRE MONTANSIER. — LE JARDIN.

En 1781 le duc d'Orléans se trouvait fort obéré ; queb^u'un lui suggéra l'idée de transformer son jardin en une sorte d'enclos privilégié, de faire bâtir une enceinte de belles maisons dont les loyers seraient pour lui une nouvelle source de revenus.

Ce projet rencontra une opposition formidable. La cour s'indigna d'un pareil expédient; les Parisiens furent scandalisés qu'une Altesse royale dérogeât à louer des boutiques, et les propriétaires des maisons qui bordaient le jardin et qui avaient tous des vues, des terrasses, des portes, des escaliers sur le jardin crièrent à la violation des droits acquis et se réunirent pour contester au duc d'Orléans le droit de faire des rues et de construire dans sa propriété. Ils le citèrent devant le parlement de Paris, qui jugea le procès contre eux.

Le duc obtint des lettres patentes qui lui permettaient d'accenser ' les terrains des maisons bâties et à bâtir, ù raison de vingt sous par toise : le tout formant 3,500 toises. Les clauses et conditions sont, outre la redevance de l'accen-

1. L'accensement d'un terrain était une aliénation à perpétuité, moyennant un sens annuel et non rachetable.

— Quel dommage, ma chère, qu'un si bel animal ait les pieds si durs.

sèment, « de rembourser les prix des constructions à ceux qui les auraient avancées, d'entretenir à perpétuité et de reconstruire les bâtiments dans le même état de solidité, forme, dimension et décoration ; enfin de réserver pour le service du Palais les galeries de circuit autour du jardin. »

Parmi les plans qui lui furent proposés le duc donna la préférence à celui de M. Louis, son architecte, déjà célèbre par la construction du tiiéàtrc de Bordeaux.

» Pour l'exécution de ce plan, approuvé par le prince le 12 juin 1781, il fallut al)attre la grande allée, au regret de tous les vieux habitués du Palais-Royal, de tous les promeneurs de Paris, de tous les politiques eu plein venl, qui, la canne

LiV. 20. A. F.iyard, cdilciir.

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IIISTOIUK l>l l'M.AlS-UuYAL

h In ni:iiii. ronMi^o.iiJMit sur le salil»- Its fautes do nos KramiK capitaincK, rt ^M^nairnt dos Imtaillfs sans se (li''iMii^'«'r. Otlo alh'-e était (Viin|H«H/'o de nmnoniiiiMS d'uno ^M'ossfuret d'iino liauteuroxIiMoidiMaiiCH; ilsavaioiit «'-té plaiit/'s |..ir 1.' oardiniil »l«» KiolipIiPU, et co KOiivonir ajoutait encore à IVlTct <iu*ils produisaient. Opoiidaul 11 plupart des arbres ét:ii»'iil couronnés, pix-sque tous ro trouvèrent pourris (tans !•• eo-ur ' ot il tut reconnu qu'ils n'auraient pas survécu louj^ltMups si on n<^ les avait i)as abattus à c.tlo épo(iue.

« Parmi ces l>eau\ niarronnit-rs il y en avait un remarquable par l'étendue de son leiiilla;,'»' : ou l'avait surnommé lV/;7/»« dr ('rnn,vii\ parce que lors des ]>n'mières tentatives de la Hussie pour subju-urr la Polo|,'nc, on prenait à Paris un ^M-aml intérêt aux efforts des Polonais et on se réunissait autour de c<'t arbre pour entendre la lecture des nouvelles : — Le courrier de l'Europe, r-t la Ga/.ette de Leyde étaient presque les seul?; journaux de ce temps, » (Vatout.;

Les placards injurieux et menaçants au sujel du prétendu vandalisme du duc se renouvelèrent chaque jour au Palais-Royal. M. d'Orléans fui hué au théâtre

de Nicolet.

Cependant son audace avait des précédents. Le comte d'Artois, en 1779, cherchant à faire argent de tout, n'avait-il pas. au nom du grand prieur de France, son tîls, le duc d'Ângouléme, ven«lu par bal amphitéatique l'enclos du Temido pour y construire vl juvrirdes rues?

Kl Monsieur, en îVsi. ne se proposa-t-il pas de vendre un tiers du jardin du Luxembourg? Il y procédait alors (pion abattait l'arbre de Cracovie, et faisait élever un mur de séparation.

Tandis (pie M. Louis préludait à ses travaux le feu dévora la .salle d'Opéra pour la seconde fois, le 8 juin 178t.

Après une représentation d'Orphre. le public était déj.i m.i ii d»- i.i salle, mais il y avait encore beaucoup de monde sur le théâtre, dans les loges des acteurs et surtout des actrices : Le l'eu prit à une band.- d'air, gagna les coulisses, et le théâtre fut bientôt en flammes. Beaucoup de monde périt. Le comble s'était écroulé avant l'arrivée des premiers secours.

Le tocsin sonna, la population accourut, avec les gardes-françaises, les gardes-suisses, le guet, les capucins, les recollets, les cordeliers, et le corps des

pompiers.

Le palais, cette fois, fut préservé, mais néanmoins la perte fut immense. On en parut d'abord consterné, puis on en rit et, quelques jours après, la couleur des éloft'es à la mode était flamme d'Opéra.

Le duc d Orléans ne tenait pas sérieusement à posséder une nouvelle salle d'Opéra, bien qu'U la réclamât; mais ce théâtre était devenu indispensable aux plaisirs de la reine. L'architecte Lenoir s'engagea à bâtir un nouveau théâtre eu six semaines, dans un terrain acht^lé par la ville de Paris, sur le boulevard. Les travaux commencés \e '>2 juillet 1781 furent terminés le 5 octobre suivant. Ce théâtre devint plus tard celui de la Porte-Saint-Martin.

1. Couronoés et pourris, c'étaicut des arbres -rigne? de ce janlii.

HI8T0IHE DU PAIAIS-ROYAL 155

rievenous au Palais. La suppression de la salle d'Opéra modifia le plan de l'architecte. Après avoir achevé les bâtiments sur les trois côtés du jardin, on avait fondé la colonnade qui devait les séparer des cours du Palais : elle s'élevait lentement et les colonnes n'étaient encore qu'à quelques pieds hors de terre lorsque le prince ordonna de quitter ce travail pour commencer à construire, dans le jardin des princes, la salle actuelle du Théâtre-Français; mais à peine les voûtes des caves de cet édifice furent-elles terminées que ces fondations furent à leur tour abandonnées et on démolit successivement, en 1787 et 1788, le corps de logis du Palais qui fermait le jardin des princes du côté sud et l'aile qui séparait ce jardin de la rue Richelieu.

L'intérieur du Palais subit aussi de grands changements; après quoi on reprit les travaux du théâtre. Le duc d'Orléans passa avec MM. Gaillard et Dorfeuil un bail pour la location de la salle, mais en attendant que celle-ci fût achevée il leur permit d'élever à côté une salle iirovisoire en bois qui prit le nom de Vmnétés amusantes.

Il y avait encore dans le Palais-Royal un second petit théâtre, situé à l'extrémité de l'aile des arcades du jardin du même côté. Il fut occupé d'abord par les petits comédiens du comte de Beaujolais. La salle, construite aux frais du prince, par Louis, fut vendue en 1777 à Desmarest qui la céda à M"« Montansier pour la somme de 570,000 francs; revendue en 1814 par expropriation forcée, elle devint un café à spectacles. C'est actuellement la salle du Palais-Royal.

Palais, jardin, galeries, devaient quelques années plus tard devenir le foyer le plus ardent de la Révolution; avant que le rideau se lève sur le grand drame de la fin du siècle, donnons ici la physionomie générale du Palais-Royal , telle que nous la trouvons dans la correspondance de Grimm à la date de 1784.

« On essayerait difficilement de peindre le spectacle que présente cette promenade lorsque le soleil, baissant sur l'horizon, permet aux femmes d'y venir respirer le frais et jouir dans ce jardin du plaisir de voir et surtout du plaisir d'être vues.

Des doubles et triples rangs de chaises, placées le long d'allées spacieuses, suffisent à peine pour recevoir cette foule de femmes pres(juo toutes jolies.

Les plus belles, les plus élégantes se promènent au milieu des allées, avec cette grâce facile que fait valoir encore la forme aussi simple que gracieuse des vêtements que la mode a fait adopter : les jupons de tatfetas, dont la couleur perçant à travers leurs longues robes de gaze ou de lin semble presque indiquer le nu ; ces ceintures légères qui terminent la taille en marquant le svelte de ses contours par le tranchant de leurs couleurs; entin ces chapeaux couronnés de fleurs, posés sur leurs têtes avec une négligence aimable, et dont l'ampleur semble ne dérober une partie du visage que pour y ajouter le piquant du mystère ; tout concourt à donner aux femmes de nos jours une grâce plus attrayante que la beauté même.

« On croit être transporté à Athènes, à ces jours de fête où la beauté parée plutôt que couverte par les plis ondulants de ses vêlements, n'empruntait son éclat qu'aux tleurs qui couronnaient sa tète.

" Lt's frux do coiil qiiatrc-vingls rovcrbùre» NiispenduK aux Cfiit (jualrc-vinKl» jutaili's, coux des ijouvollcs Iniiipos à in qu'mqwU, ^\\\\ t'-clainMil Ifs cafrH, les ivstauranls ri li-s liouliiiucs, répaiiduiil sur celle promenade une luinM'Te douer. (lo demi-jour snl la déoenco et lu coniniaiidn, on inùme temps que la mn^^ic do ses elTelssombli! lopandro hi volupté jusque dans l'air que l'on rospim.

«< C'est le momrut où la foule de nos 4)cll(.'s Aspasies se rend «lans Ir jardin : L'élégance de leur parure, l'aisance de leur déniarciie attirent sur leurs pas la foule tuuiultueuse de nos jeunes gens. Il en résulte un Hux et un reflux dont ces jeunes beautés dirij^ent les ondulations. »

Ces savantes « ondulations • allaient expirer sur les divans, les sophas des restaurants et des cafés des galeries, ou dans les mansardes de leurs maisons.

Aux ^'risettes qui se promenaient sous les marronniers de Hichelieu avaient succédé les Aspasies; le monde galant n'avait pas abandonné le jardin mais avait fait robe neuve. On peut, dans la lettre de Grimm, pressentir le Palais- Uoyal du Directoire et de l'Empire de 1798 et de 1805, époque où il prit particulièrement la si^Miilication (jui le sif^niale dans l'histoire de Paris.

Mais terminons la descri])lion des nouvelles consti'uctions.

La construction du Théâtre-Français, qui ne coûta pas moins de trois millions, «absorbait les ressources du dtic d'Orléans et ce prince ne put achever l'aile en colonnade à jour entre le jardin et la cuur d'honneur. Il permit donc d'élever sur les fondations de celte colonnade des hangars en planches qui formaient trois rangées de boutiques, séparées les unes des autres par deux promenoirs couverts.

Ces hangars, loués à un nommé Romain, furent d'abord appelés le Camp des Tariaresj et ensuite les galeries de bois. Un incendie les détruisit en 1829, et les misérables échoppes ont fait place à la galerie iVOrléans.

Lavoyepierre succéda à Romain en 1789 et en 1792, obtint du prince un bail de douze ans, pour le prix de 54,000 livres par an. Ce bail n'était pas ruineux. Les barraques des galeries de bois se louaient relativement fort cher. Dès 1786 la mode, une sorte d'engouement que connaissent les Parisiens, en faisait la partie la plus fréquentée du Palais-Royal. Louées à des lingères, à des modistes, à des parfumeuses, auxquelles se mêlèrent toutes les prostituées de Paris, les galeries de bois devinrent le quartier général de la débauche, une sorte de marché public aux exhibitions scandaleuses.

A midi, quand il faisait beau, il se formait devant les galeries une cercle de badauds et de maniaques semblables à ceux qui avaient fait tant rire Casanova. Le cadran solaire avait été remplacé par un petit canon dont la lumière était munie d'une lentille qui, à midi, mettait le feu à une charge de poudre.

Un jour, se promenant avec l'abbé Delille dans le jardin, le duc d'Orléans le

pria de lui donner son avis sur ses créations récentes et le poète crayonna le

quatrain suivant :

Dans ce jardin tout >e rencoulre Exceplé lombrnge tl les fleurs.

^ ^ Si l'ou y dért'gle ses mœurs

Ou moius ou y règle sa oiODlre.

Eu 1786 un cirque fut construit au milieu du jardin. Cet édifice, artistement décoréen compartiments de treillage, "offrait l'image d'un boscjuet orné de fleurs et d'arbustes, et rafraîchi par des eaux qui s'élevaient et retombaient sur la terrasse dont cette élégante construction était couronnée.

La hauteur du bâtiment, pour ne pas obstruer la vue, se trouvait moitié audessus, moitié au-dessous du sol. On devait y arriver des appartements par une petite galerie à jour, et, des parties basses du Palais, par un couloir souterrain. Ce cirque fut d'abord destiné à des exercices d'équitation ; plus tard on y donna des fêtes, des repas, des jeux, des bals, des représentations scéniques, qui augmentèrent encore la foule dont le Palais-Royal se remplissait tous les jours. Il occupait l'emplacement où se trouve aujourd'hui le bassin et la plus grande partie des deux carrés de gazon. Loué à Rose, restaurateur, il servit pendant la Révolution au club de la Bouche de fer. Il fut détruit par un incendie en 1799.

Dès leur origine les galeries prirent un caractère forain. Elles devenaient déjà le lieu d'exhibition de toutes les curiosités, de toutes les nouveautés. Certains cafés y fondaient une célébrité conservée jusqu'à nous. D'autres y brillaient d'un succès éphémère, mais attiraient la foule, Paris et la province accourue pour voir le Palais-Royal, la huitième merveille du monde. Encore quelques années et nous passerons en revue tous les établissements somptueux, excentriques et mystérieux, qui, des caves au rez-de-chaussée et de là aux mansardes, composèrent le Palais-Royal.

Bornons-nous à citer pour le moment le premier café curieux qui y fut créé. Tout le monde y allait voir un mécanisme qui, à l'exemple de la fameuse table de Ghoisy, y apportait sur chaque guéridon ce que le consommateur avait demandé, sans l'aide d'aucwn agent visible.

On avait ainsi trouvé la solution d'un problème qui, de nos jours, parait insoluble : l'abolition du pourboire.

LA FOLIE DE CHA.RTRES. — ORGIES RENOUVELÉES DE LA RÉGENCE. — LE CAVALIER TOUT NU. — ASCENSION EN BALLON.

En même temps qu'il examinait les plans de M. Louis pour la création du nouveau Palais-Royal, le duc, qui ne s'appelait pas encore d'Orléans, faisait construire près de Monceau la Folie de Chartres pour faire pendant à la Folie d'Artois, le château de Bagatelle.

11 était de mode alors d'exiger des architectes la baguette des fées; l'Opéra, Bagatelle s'étaient élevés comme par enchantement; la Folie Monceau fut construite aveclamême rapidité. Elle n'avait pas usurpé son nom. On ne parla bientôt que des bacchanales dont elle était le théâtre. Les orgies de la Régence y étaient surpassées. On y conduisait la nuit et les yeux bandés, les prostituées

ir»H iirsTniKK di* î'M.ais.iioym,

lus plus ('lionlùoH plutôt <(uo loH pliiH HrduisuiiteH. KlleHy ('^Uiiciit aini'iu'os quelqurtois Mil iiomi)!»' (le rt'iit OU criil rinquaiiti». AnlviVH «laiis a» l«-iiipli' de la UrbiMulif. uii siii^MillPi- niallro de n^ivnionirs leur fuieiiit d/poscr jiiH(|uau dernier vùt«Mii(>nt et ii's introduisait nuos conimo la main dann unu huHu à maiif^er où leur était servi un repas nia^nilique. Lorsque les mets excitants, les vin«, les liqueurs avaient enllamnié ces nouvelles batidiautes, le maître du li.-M .-• -..invités (|ui assistaient à ce festin, les livraient aux domestiques.

Peut-oM le croire?... Souvent le duc et ses amis, de spectateurs devenaient a leurs, et preiiaieiif leur |iarl des saleH voluptés qu'ils venaieid de donner eu curée à leur valetaille.

C'est, ilu moins, ce que dans un ])amphlet, de Voyer reprochait ;\ hou ami de ChîU-trc^

«I Un ji'iir, Mil-il, je Mit' lriiM\:iis :i iiin' dr ers j)iirtn'-> iiilaiins ; iinii> iliriii> eidièrement nus comme ncdre chef, et nous n'en fîmes pas moiuN d'honneur au repas. Lors<iu'U fut terminé, le prince donna le signal pour qiie chacun prit ses plaisirs à sa guise. Tahourols. fauteuils, berj^ères, ottomanes, fout fut occupé... VA monseigneur se promenait de long en large, gémissant ironioM-niriif sur les faiblesses de la pauvre humanité. »

Le duc n'invitait à ces orgies que ses intimes, — le régent eut dit ses rouèt, — et il n'admettait d'autres femmes, ((iie les plus dépravées. Des courtisanes telles «lue la Duthé, la Michelot. la d'Hervieux, par exemide, étaient pour lui trop timides.

Rien ne semblait pouvoir satisfaire l'imagination obscène du prince : c'est ainsi (juil lit placer, au Palais-Royal, dans un petit appartement dont lui .seul avait la clef, des ligures nues qui, par l'action d'un mécanisme invisible, simulaient aux yeux les postures ou les jeux dont le cynisme d^yi spectateurs voulait s'inspirer.

La débauche le rendait fou. Lu jour à Versailles, il offrit de parier qu'il retournerait tout nu, à cheval et au galop, au Palais-Royal.

Ses amis craignirent ([ue sur un lonig parcours il ne se fit échari)er et ils parièrent (ju'il ne ferait même point en cet état !'• ti:"!'! des .'. urifs d'Orléiuis au Palais-Royal.

Son Altesse gagna le pari.

'Comme on le raillait toujours sur le combat d'Ouessant, il prodigua les jneuves de courage jus(iu'à des cînuii.s jndiijnes de son rang, .\insi on le vit partir en ballon.

Mais disons un mot des antécédents de cette ascension célèbre.

Tout Paris à la Muette avait vu, le 21 novembre 1783, deux hoiniu. ., duu» une nacelle qu'emportait un ballon, monter majestueux et cahnes. Le ballon trouvé le U juin par- Montgolfier, se gontlait constamment dans le voyage au moyen d'un réchaud, d'une combustion qui l'emplissait de gaz. Moyen très dangereux.

Ce n'étaient pas des hommes d'un courage vulgaire, Pilùtre. Arlandes, les

premiers mortels qui quittèrent notre globe et osèrent mettre l'air sous leurs pieds soulevés par une machine incendiaire ({ui pouvait les précipiter I

« Aux Tuileries, le 1" décembre, nouvelle expérience plus hasardeuse. Charles et Robert gonflèrent leur ballon de gaz inflammable. Les esprits, pleins alors des expériences de Franklin sur l'électricité des nues, supposaient que ce gaz les traversant pourrait s'enflammer au contact : c'était aller à la rencontre de la foudre, la défier, présenter l'aliment à sa redoutable étincelle. On fut épouvanté. L'humanité du roi s'émut, défendit de tenter la chose, mais l'attente était excitée ; la foule était tremblante, impatiente... Les intrépides passèrent outre, malgré le roi, partirent. L'effroi, l'enthousiasme, le délire furent au comble. On eût dit que les hommes avaient perdu le sens, et les femmes s'évanouissaient. {Histoire de France de Michelet).

Les aéronautes étaient donc des héros. Le duc d'Orléans voulut partager leur gloire. On ne dirait plus qu'il avait eu peur. Il fit construire un ballon à Saint- Gloud sous la direction de M. Charles. Ce savant devait être son compagnon de voyage, mais il céda la place à M. Robert. L'aérostat fut gonflé avec du gaz hydrogène et coûta 40,000 livres.

A ceux qui trouvaient cette dépense excessive pour un prince si endetté, on répondait que, par cette ascension, il serait au dessus de ses affaires.

Le jour du départ la foule était immense à Saint-Cloud, Des curieux y campaient depuis vingt-quatre heures. Au moment du départies derniers rangs de spectateurs ayant supplié les premiers de se baisser pour leur permettre de voir, ceux-ci se mirent à genoux... Enfin l'aérostat s'éleva aux acclamations générales et bientôt disparut dans un nuage ; mais peu de temps après on le vit redescendre rapidement. Il allait tomber dans un étang lorsque M. Robert jeta une corde à des personnes qui les suivaient et qui arrêtèrent l'aérostat épuisé. La rapidité extrême de la descente était due à une imprudence du duc de Chartres. Incommodé par le froid, qu'il n'avait pas prévu, il pria Robert d'ouvrir la soupape, et celui-ci ne parvenant point à la faire jouer assez vite, le prince creva le ballon d'un coup d'épée.

Ses ennemis l'accusèrent encore d'avoir agi sous l'empire de la peur.

les salons du palais-royal. — madame de genlis et les fils du dttc

d'orléans.

Malgré les excès et les excentricités du duc d'Orléans, les salons du Palais- Royal devinrent le centre élégant d'une conspiration, à portes ouvertes, pour la réforme du gouvernement. La philosophie s'y rencontrait avec la politi(iue et la littérature ; Bullon s'y montrait assidûment, Franklin et les républicains d'Amérique, Gil)bon. des orateurs de l'opposition anglaise. Grimm et des

pliilosniilios alItMiiainls. Didfi'ot. Si»\vos, Sillciy, Lnclos, Siianl, Flori.iii, Hayiial, La llarpo, on rlaiont les hùtes lialiitiu'ls.

« (> n'oHt pus. dit Lamartine, quo co prince rf\\. par lui-même le senlimnnt don l('lln»s vi le rnllf' de la pensée : il avait trop cullivr srs sens pour Hra si-nsible aux <lélices de rinlcHij^fure; mais le sentiment révolutionnaire lui conseillait instinctivement de rallier toutes les forces qui pouvaient un jour servir la liberté... » (ou servir sa vengeance contrôla cour).

<■ Proniptenient lass»^ de la beauté et do la vertu (!<• la duchesse d'Orlôans, il avait cou»; u pour une femme belle, spiriturllfî, insinuante, un Hontiment «pii n'enchaînait pas les caprices de son cœur, mais (|ui dominait ses inconstances et (|ui gouvernait son esprit.

Cotte foinino, st'duisanto alors, célèbre depuis, éUiitM"» du Crest, comtesse de Sillery-Genlis, tille du marquis de Saint-Aubin, gentilhomme du Charolais, sans fortune. Sa m«Te, jeune et belle encore ello-mt*'me, l'avait amenée à l'aris, dans la maison de M. de la Popelini«'re, linancier célèbre, dont elle avait captivé la vieillesse. Elle avait élevé sa fille pour la destinée douteuse de ces femmes à qui la nature a prodigué la beauté, l'esprit, et îl qui la société a refusé le nécessaire; aventureuses de la société, quelquefois élevées, quebjuefois avilies par elle.

« A seize ans, sa beauté précoce et sor. iialent musical la faisaient déjà rechercher dans les salqns; sa mère l'y prodi/iaait dans une publicité équivoque entre le théâtre et le monde. Artiste pour '/;S uns, elle était fille bien née pour les autres, elle séduisait tous les yeux; les vieillards même oubliaient leur âge, M. de Buffon l'appelait « ma fille », sa parenté avec M"" de Montesson, veuve du duc d'Orléans, la rai>i)rochait de la maison du jeune prince.

Le comte de Sillery-Genlis en devint amoureux et l'épousa, malgré la résistance de sa fiimille. Ami et confident du duc d'Orléans, le comte de Sillery obtint pour sa femme une place à la cour de M'»^ d'Orléans. Le temps et son esprit firent le reste.

Dressée par sa mère et livrée par son mari, la jeune courtisane n'avait plus (ju'à attendre la fortune dans son lit, et, malgré sa femme qui répugnait à semblable compagnie, le duc la nomma gouverneur de ses enfants mâles. Gela fit rire; on disait que La Harpe serait nommé sous-gnuvemanle. Quand le duc, selon l'usage admis dans la famille royale, soumit au roi la désignation qu'il avait faite pour l'éducation des princes de sa maison, Louis XVL après avoir levé les épaules, réfléchit un moment et lui dit d'un ton l>ouiru :

— J'ai un Dauphin ; Madame pourrait être grosse, M. le comte d'Artois a deux pruices, vous pouvez faire ce que vous voudrez.

?]t là-dessus il lui tourna le dos.

L'avenir, cependant, donna tort à Louis XVI et de toutes façons.

Le gouverneur dont on riait était une femme instruite et très intelligente, qui comprit parfaitement la tâche ([u'elle acceptait. Dans l'histoire des favorites, M"" de Genlis occupe une place à part; elle ne se peut confondre ni avec les reines de la main gauche de Versailles, ni avec les rouées du régent. Elle a écrit des romans, des contes (Les Veillées du château), qui n'ont pas un grand mérite

HISTOIKE DU PAL.\[S-UOYAr.

Kil

Sébastien Bourdon découvre une toile du Corrège dans nue écurie.

littéraire, mais qui auraient suffi à lui assurer un rang honora])le parmi les écrivains de son temps. Femme d'intrigue et de plaisirs, elle eut assez d'empire sur elle-même pour diriger sérieusement l'éducation des jeunes princes qui lui étaient confiés.

Elle sut les préserver de la contagion des vices qui les entouraient.

Elle en fit des hommes. Elle retrempa leur caractère, chez qui la mollesse, la facilité, les goûts voluptueux étaient héréditaires. A l'étude des sciences et des lettres, elle joignit pour ses élèves une gymnastique bien entendue, pensant avec

LilV. -cl A. Fayard, cditoiir.

169 insTomi-: lu: I'alais-hoyal

raison quo ro ({iii forlilltî \o forps, ilaiiH lu jiMinossn, fortillo l'Aim» on Hcrvaiit <lo il«''riv;ilif :iii\ iKissioiis.

Mlle avait trois «Mif.uits à (gouverner : le «lue lio Cliartirs (i|ui fut le roi Loiiihl'Iiilippe) et les comtes do Hoaujolais et de Montpensier. Klle donna spécial' inciit s»«s soins à l'aîné dont elle prévoyait les destinées. I^ duc de Chartres fut élevé pour être ;\ la fois un ImiiniK' de cour et tin liommo d'action, un <luc de (îuise, homme dépéo et d'iiilrii^iics, capalile de nouer et (irnouer les intrij^ues politiques de sa maison et do tenir la cmipa^ine avecuiuî armée do partisans. La pru<lenco, la dissimulation, la souplesse et l'énorj^ie llreiit partie de sa j^yiimastiquo monde. (Juant àl éducation physique, se servir seul, travailler:\ la terre, courir, naj^or, coucher sur un lit de bois recouvert «l'une simple natte de spartorie, Itraver le soleil, la pluie, le froid, la fati^jue, tel était le régime auquel le jeune priutîc était assujetti.

On voit d'après cette rapide esquisse d'un portrait que nous achèverons plus loin, combien Louis XVI s'était trompé sur M"»" de Genlis. Il se trompa do même, quant aux destinées de la branche cadette (jui, malgré la fécondité de 1 1 reine et de M"" d'Artois, était appelée h la couronne.

« Les élèves de celte femme ne furent pas des princes, mais des hommes. l'Ule attirait au Palais-Royal tous les dicUiteurs de l'opinion. Le premier clujj de France se tenait ainsi dans les appartements mêmes du premier prince du sang. La littérature voilait au dehors ces conciliabules, comme la folie du premier Hrutus voilait sa vengeance. Le duc n'était peut-être pas un conspirateur ', mais il y eut dès lors un parti <rOrléans. îSieyès, l'oracle mystérieux de la Révolution; 1<> duc de Lauzun, passant des conlidences de Trianon aux conciliabules du Talais-Royal; Laclos, jeune officier d'artillerie, auteur d'un roman obscène % capable au besoin d'élever l'intrigue romanesque jusqu'à la conjuration politique ; Sillery, aigri contre sa caste, irréconciliable avec la cour, ambitieux, mécontent, n'attendant plus rien que de 1 inconnu; d'autres hommes enfin plus obscurs, mais non moins actifs, et servant d'échelons invisibles pour descendre dessalons d'un prince dans les profondeurs d'un peuple ; les uns la tète, les autres les bras «le l'ambition du duc, se donnaient rendez-vous dans .ses conseils. On ne marquait sans doute pas le but mais on se pla«:ait sur la pente et on se laissait aller à sa fortune. La fortune, c'était une révolution.

rLe merveilleux, ce prestige des masses, qui est à l'imagination ce que le calcul est à la raison, ne manquait pas même au parti d'Orléans. Des prophéties, ces pressentiments populaires de la destinée, des prodiges domestitiues, admis par la crédulité intéressée des nombreux « lients de cette maison, annonçaient le trône prochain à l'un de ses princes. Ces bruits couraient dans le peuple, ou d'eux-mêmes, ou par une habile insinuation des partisans de la maison d'Orléans. » (Lamartine, Histoire des Girondins}.

Nous avons vu, de tout temps, des d'Orléans très superstitieux, croyant à la

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