‹ Histoire du Palais-RoyalChapitre 24 sur 126 · CHARTRES · texte numérisé non relu

CHARTRES

Le duc Égalité pouvait se croire oublié dans sa prison, lorsque, le 3 octobre, sur la proposition d'Amar, la Convention rendit un décret par lequel la veuve Gapet serait traduite immédiatement fleva.t un tribunal révolutionnaire; vingt et un députés girondins seraient également traduits devant le même tribunal, sans délai : parmi les vingt et un se trouvait Sillery.

* Après le rapport d'Amar. un député de Paris, Billaut-Varennes proposa simplement et sans motiver sa motion, que Philippe-Égalité fût ajouté à la liste des députés que la CiOnvention allait mettre en jugement; cette addition fut décrétée sans qu'il s'élevAt une seule voix pour s'y opposer, ni même pour en demander le motif.

Des commissaires furent aussitôt chargés d'aller chercher le duc et de le conduire à Paris, où il arriva dans la nuit du 5 au 6 novembre. Il fut écroué à la Conciergerie et eut le cachot que Marie-Antoinette avait quitté le 16 octobre pour aller à l'échafaud.

Cette particularité le toucha, et il dit qu'il regrettait son vote et en demandait pardon à Dieu. On ne le laissa pas longtemps à ses amères r-'flexions. Le jour même de son arrivée, il fut traduit devant le tribunal révolutionnaire et condamné à mort.

— Puisque mon sort est décidé, dit-il, je vous demande de ne pas me laisser languir ici jusqu'à demain, et d'ordonner que je sois conduit à la mort sur le champ.

On lui accorda sans difliculté cette triste faveur. Le député Coustard et trois autres condamnés furent traînés avec lui à l'échafaud.

En traversant la place du Palais-Royal, la charrette qui le conduisait au supplice fut arrêtée quelques instants et il promena ses regards secs sur sa maison

natale. Aux huées de la populace, il répondit par un geste de mépris en disant :

— Ils m'applaudissaient autrefois.

Il ne démentit pas un instant son dégoût des hommes et de la vie. Sur le plancher de la guillotine, comme les valets du bourreau voulaient lui tirer ses bottes étroites et serrées à ses jambes :

— Non, non, leur dit-il avec sang-froid, vous les tirerez plus aisément après : dépêchons-nous! dépèchons-nousl

Ce furent ses dernières paroles.

Son ami Sellery avait été exécuté sept jours auparavant.

Il nous reste à parler des enfants et de leur mère. Le comte de Beaujolais, âgé de 12 ans, et son frère Montpensier étaient restés enfermés au fort Saint- Jean.

Ces deux frères s'aimaient beaucoup.

Un jour Beaujolais, était parvenu â tromper la surveillance de ses gardes, mais, instruit <|ue son frère, moins heureux que lui, s'était cassé la jambe en cherchant à s'évader par sa fenêtre, il rentra en prison et dit à Montpensier en l'embrassant :

— Je n'aurais pu jouir sans toi de ma liberté. Tous deux furent condamnés au bannissement.

Le comte de Beaujolais se réfugia en Angleterre. Il mourut à Malte, en 1808, à Fâge de 28 ans; son frère de Montpensier, après avoir longtemps voyagé avec le duc de Chartres, revint mourir à Twikenham en 1807.

Quant à la duchesse d'Orléans, que nous avons quittée à la prison du Luxembourg, elle allait être transférée à la Conciergerie et, de là, en passant par le tribunal révolutionnaire, envoyée à la guillotine, quand, heureusement, le concierge du Luxembourg, nommé Benoît, eut le courage de protester contre son transfert en certifiant qu'elle était trop malade et ne pouvait se tenir debout.

Elle échappa ainsi à la guillotine. Condamnée à la déportation, au 18 fructidor, elle se rendit à Barcelone, et enfin, ses enfants vinrent la chercher en 1809 à Port-Mahon, pour la conduire à Palerme où le duc d'Orléans, son fils, allait épouser la princesse Amélie, fille du roi de Naples.

Des princes du Palais-Royal, il ne reste donc plus d'intéressant, ici, que le duc de Chartres, devenu, depuis le 6 novembre 93, duc d'Orléans, le futur roi de 1830.

Ce personnage, bien supérieur à son père, et non moins intéressant, est le premier type des graiids politiques modernes. Il inaugure une ère nouvelle, il se détache tout d'abord, et de lui-même, de l'ancien régime, dont Charles Xfut, chez nous, le dernier représentant et Napoléon III, un maladroit pastiche.

Orgueilleux de naissance, il sait refouler en lui cette voix du sang. Il a vu assez les pompes et les folies du règne de Louis et d'Antoinette, de cette cour empanachée et vaine, pour savoir que le temps des gouvernements romanesques est passé. La femme de Sillery en a fait de bonne heure un homme pratique. Ah! ce fut un précepteur admirable cette femme! Que lui montra-t-elle des vices de son temps, pour l'en dégoûter sans altérer, par le mépris, l'amour filial?

20i IIISTOIIU; I>I PALAIS I!nv\l,

Il est roin!Utju;iltlt', «luiis l'Iiistoiro dr retto fiuiiillft d'Oilrans, qiio \vh princes ap|>orlaiei)t en naissuiit 1ns niciltiMirns ((tialitcH, lo goût des arts et des ncienccs. de l'ospril, do l'ima^inalion, du cd'iir. puis pourrissaient subitement dans une corruption sans noui.

Sauf Philippe I", frère de Louis \I\ . tous, le régent, le pauvre Sainte-Geneviève, lo pèro d'K>;alilé et M^'alilt'* lui-inèine, ne se montrèrent ni tyrans, nj méchants, mais tous maui|uèrent (réiicrK'i»' morale et s'aviliront. Le réj^ent était brave, intelligent, mais sans caractère, IMiilippoKgalilé avait les mêmes vices que son aïeul sans avoir au même degré les mêmes qualités. Enfin un défaut leur était commun, du jiroinifr au dernier, la cupidité, l'amour de l'or.

Louis-Pliilippo eut le bonheur, on «luittant M"' dr (î<Mdis, d'être envoyé à l'armée. L'activité, les fatigues, les périls, la misère même de l'armée préservèrent sa jeunesse de la corrujjtion, trempèrent son én^rgio, et ne firent pas seulement de lui, un brilhuit officier, mais un hointne pratique, qualité bien i;ire chez un prince.

Il fut reconnaissant à son père de l'éducation qu'il avait reçue et il lainia. Il ne se rappelait jamais sans émotion sa iin tragique.

Passé ;\ l'étranger avec Dumouriez, il se .sépara de celui-ci. Avec une i»rudence remarquable, il voulut garder son indépendance et refusa de prendre service dansl'arméo autrichienne. Il demanda des passe-ports et partit pour la Suisse, .sous le nom d'un voyageur anglais. Mais, repoussé de tousles cantons, il fut très heureux de rencontrer le général de Montesquiou qui venait lui-même de déserter l'armée des Alpes et se cachait à Bremgartcn,souslenom de chevalierde Rionel-

Celui-ci obtint l'asile d'un couvent pour M"« d'Orléans et M°*dc Genlis et dit au jeune duc :

— Il n'y a d'autre parti à prendre pour vous que d'errer dans les montagnes. Si la fortune vous redevient propice ce sera pour vous une Odyssée dont les détails seront, un jour, recueillis avec avidité.

Dumouriez eut la même pensée, il écrivit à Montesquiou :

« Embrassez pour moi votre bon jeune homme. Invitez-le à faire un journa] circonstancié de son voyage; outre qu'il sera assez piquant de voir un journal d'un Bourbon qui roule sur autre chose que sur la chasse, les femmes et la table, je suis bien aise que cet ouvrage, qu'il pourra donner un jour, lui serve de certificat de vie, soit quand il rentrera, soit pour le faire rentrer. Les princes doivent produire des odyssées plutôt que des pastorales. •

Quels vieux roués!... Leur élève était assez fort pour les comprendre, et l'histoire des voyages du duc d'Orléans fut, en effet, plus tard, une excellente réclame pour le roi des Français.

Il voyagea donc tout Tété dans les Alpes, accompagné d'un seul domestique et assez mal pourvu d'argent.

Les impressions du touriste n'ont rien d'intéressant; ce n'étaient celles ni d'un savant, ni d'un artiste, ni même d'un aventurier. Au bout de quelques mois, manquant de ressources, il revint près de Montesquiou qiii le fit entrer, sous le nom de Chabot, en qualité de professeur, au collège de Reichenau.

Ce fut là qu'il apprit la mort de son père.

Il resta huit mois à Reichenau et quitta la Suisse dans l'intention de s'embarquer à Hambourg pour l'Amérique; mais, des promesses de fonds dont on l'avait flatté ne s'étant pas réalisées, il se borna à voyager dans le nord. En 1795, il visita Copenhague et, de là, se rendit en Suède et en Norvège, toujours incognito.

Un jour, en sortant de chez un banquier de Ghristiana, il entendit le fils de son hôte s'écrier :

— La voiture de monseigneur le duc d'Orléans!

Le prince tressaillit et demanda au jeune homme avec embarras :

— Pourquoi donc criez-vous cela?

— C'est un souvenir de Paris; quand je sortais de l'Opéra, j'entendais toujours appeler : la voiture de monseigneur le duc d'Orléans; cela me paraît drôle de le répéter ici.

Continuant ses voyages, il longea la côte de Norvège jusqu'au golfe de Salten, voyagea à pied avec les Lapons, dans les montagnes, jusqu'au golfe de Tyr et arriva, en août 1795 au cap Nord, à dix-huit degrés du pôle.

De là, par la Laponie, il gagna Tornéo, à l'extrémité du golfe de Bothnie, et parcourut la Finlande jusqu'à la frontière russe. Enfin il regagna Stokholm.

Pendant une année, il visita les grands établissements industriels et les contrées curieuses de la Suède.

Certes ces occupations étaient plus intelligentes et plus sérieuses que celles que lui eût réservées l'armée de Condé, mais aussi n'avait-il pas le choix.

Il a dit et ses historiographes ont répété qu'il n'avait jamais voulu prendre de service sous le drapeau blanc; mais pourquoi fût-il resté fidèle au drapeau tricolore qu'il avait déserté? Voyez-vous un mari qui abandonne sa femme pour lui être fidèle?

Il avait renoncé à sa qualité de citoyen de la République française, mais il tenait naturellement à son titre de prince français, et sur qui pouvait-il compter pour lui en rendre les privilèges?

Sur celui qu'il avait reconnu pour roi de France, son cousin Louis XVIII.

Lui, ex-général de la République, lui, fils du conventionnel Égalité, fils du prince régicide, il avait reconnu pour roi Louis XVIII; mais Louis XVIII ne le connaissait plus comme altessse royale; le comte d'Artois, qui s'était revêtu à son tour du titre baroque de Monsieur, et qui s'entouraient de ces gentilshommes qu'on avait vu, en Allemagne, le 21 janvier 1794, fêter par un bal l'anniversaire du supplice de Louis XVI, — le comte d'Artois n'aurait pas reçu le fils d'Égalité.

Voilà pourquoi Louis-Philippe voyageait chez les Lapons, évitait l'Allemagne, la Russie, l'Angleterre, tous les pays enfin où il eût pu rencontrer ses chers cousins, son roi, ou les courtisans de son roi.

En 1815, Louis XVIII repoussa Dumouriez, qui dit à Louis-Philippe, lorsque celui-ci alla le voir en Angleterre :

— Ne voyez-vous pas que j'ai là, sur le front, écrit en lettres de feu, un mot qu'ils ne me pardonneront jamais : c'est le mot Champagne/

*J«JU Misromi': ui; rAi,\i6-HoYAL

N'oill-il piiH eu cniilrc lui Ir \n[r (It! son porc, lo g/ïiicTal Philippe n'avait-il pts sur le front les iiK»ts Ka/r/iy ot Jcmmape$?

Et lui, Louis-Philippe, aurait conMcuti à co t{u'on leii efTaçAt? Ces noms dt» victoircH n'/'laieiit-ils p.is «les titres à lu couronne constitutionuclK- f|u'«in njomonl il avait pu rOvcr? Et pouvuit-il non-seulement renoncer à l'ospdir d'un trône, mais encore faire oublier à se» cousins qu'il avait »''t''' jirét< thlant?

Prélondaiit, non avoué, niais prétendant de f.iil et p;ir les iiitii^;ucs du l'alais-Hoyal et de ses généraux, Biron, Valence, Duuiouriez, Montesijiiiou.

Les émigrés n'ignoraient rien des manœuvres orléanistes, et le duc était encore plus détesté d'aux (jue son père... Il n'eût pu reparaître parmi eux sans renouveler la scène do l'escalier des Tuileries. Il aurait eu un duel par jour. Tout ce ijuil pouvait faire, et il ne le négligea point, ce fut de protester de ses |

meilleurs sentiments envers les frères du feu roi et de tAcher de faire la paix PT

avec eux. 8a mère s'entremit à cet elTel; la duchesse était restée en excellents ''

termes avec ses parents.

Ne pouvant éterniser son séjour en Suède, le duc, vers la lin de 1790, vint se lixer à Friderikstadt, dans le Holstein. Il n'avait pu garder l'incognito et .sa présence dans le voisinage de notre frontière éveiiia les susceptibilités du Directoire, qui désirait le voir s'éloigner dEurope. La duchesse en fut informée. Elle lui écrivit à ce sujet, mais déjà le prudent Louis-Philippe avait quitté le Holstein et sous un nouveau nom d'emprunt se cachait en Pologne. \

Ce ne fut qu'après plus de deux mois de recherches que le ministre fran(;ai8 près des villes Hanséatiques put faire parvenir la lettre de la duchesse d'Orléans à son adresse.

Depuis un an, Madame d'Orléans était rentrée en possession de ses biens personnels. Grâce à elle, ses lils ne manquaient plus d'argent, mais sa tendre sollicitude pour eux ne s'arrêtait pas au présent, elle songeait à leur avenir, ne voulant pas qu'ils se compromissent davantage, surtout vis-à-vis d'un pays qui venait de lui rendre sa fortune et qui, un jour, pouvait faire encore davantage. Calcul de prudence et d'intérêt.

Elle écrivait donc à son tils de condescendre au désir du Directoue, et elle le suppliait de quitter l'Europe et de partir pour l'Amérique.

Il consentit volontiers au départ.

Il sortit de l'Elbe à bord du vaisseau américain America le 24 septembre 1796, et le 21 octobre il était à Philadelphie. Ses frères, partis de Marseille en novembre, le rejoignirent en février 97.

Le duc d'Orléans leur proposa de parcourir lintérieur des États-Unis. Ils partirent tous trois à cheval, accompagnés d'un seul domestique, le mémo qui avait suivi le duc dans tous ses voyages.

Ils se dirigèrent vers Baltimore, de là en Virginie et se rendirent a Mouut- Vernon, chez le général Washington, qui, avant la fin de sa présidence, les avait invités à le venir visiter dans sa retraite.

De là, ils pénétrèrent dans des contrées vierges encore de toute civilisation

européenne. Ils eurent le bonheur de voir ce qu'on ne verra plus, les derniers peuples de la race rouge anéantie par les Anglo-Snxons. Ils vécurent sous la tonte hospitalière de l'Indien. Ils purent de leurs yeux juger ces nations, qui furent détruites avant que la science moderne ait eu le temps de se rendre compte de leur nature.

De notre frère Abel-le-Rouge, il ne reste que les romans de Fenimore Gooper. Les Américains vont vite!... L'extermination de la race rouge a marché aussi vite que le feu dans l'herbe des prairies.

Ces longs et si intéressants voyages furent sans profit pour l'histoire. Jules Verne n'en saurait même tirer un roman. Ils seraient même restés tout à fait infructueux, sans le fait suivant dont nous empruntons l'anecdote à M. Vatout :

Les voyageurs étaient arrivés chez les Cherakis et avaient assisté à leurs fêtes, lorsque, fatigué de sa longue route à cheval, le duc crut prudent de se saigner.

La lancette du duc d'Orléans est devenue légendaire. En combien de circonstances lui fut-elle utile! Elle contribua à sa popularité.

« Cette opération nouvelle pour les sauvages, excita leur étonnement. Dès qu'ils purent comprendre qu'elle était salutaire ils conduisirent le prince au lit d'un vieillard qui, grâce cà sa lancette, fut à l'instant soulagé. Ce succès lui mérila ^a reconnaissance et l'admiration des Ghearkis et, pour lui en donner un témoignage solennel, on lui permit de passer la nuit sur la natte de famille entre la grand'mère et la grand'tante! »

* Après avoir passé quelque temps chez les Indiens des Quatre-Nations, près du lac Ontario, les princes rentrèrent à Philadelphie.

La fièvre jaune y régnait; ils lui échappèrent et purent visiter ensuite New- York, Rhode-Island, le Massachusset, le Maine. A Boston, ayant appris que leur mère était en Espagne, ils songèrent à rentrer en Europe.

Mais l'Espagne était en guerre avec l'Angleterre...

Afin de s'embarquer à la Nouvelle-Orléans, qui alors appartenait à l'Espagne, ils descendirent l'Ohio et le Mississipi.

Partis de la Nouvelle-Orléans sur un navire américain, ils furent pris par une frégate anglaise. Mais leur qualité de princes les sauva, et ils furent déposés à la Havane. De là ils se rendirent à Halifax, où le duc de Kent, frère du roi Georges III, leur accorda passage pour l'Angleterre. Ils y arrivèrent en février 1800.

Ge fut alors que s'entamèrent entre le duc d'Orléans et les frères de Louis XM de nouvelles négociations. Nous reviendrons plus tard sur ce sujet intéressant; le Palais-Royal nous réclame; voilà trop longtemps que nous l'avons quitte et nous en éprouvons la nostalgie.

lllSTUlltE L>L l'Al.Ms lutVA

I.\ MoNTANSIKU, St>N RALON, S< >N THK.MHK. — LKS PIlV'.KB nOYALISTKH. — i/aIH MOIITKI. AIX llKl'rUI.ICAlSS. — Dl^lCIlKTS DK LA COMMUNK «(.ni m I i -i I-IIMHTI- TL'IÏES. — LE PALAIH-ROYAL DI^IVOT.

Avai(Mit-ils si Rraiid tort, h's moralistes qui arrnsairnt lo Palais-Éj^aliU} d'être un foyor ilo royalistes?... Non.

Mais à peine proclamée, la République était déjà en pleine débâcle. Lyon élait en insurrection; la petite armée des .\lpes cnnjpromiso; Toulon livré aux Ant^lais, les Vendéens avaient le chemin libre sur Paris, les Anglais et les .\utrichions en étaient à quelques marches; la misère la plus affreuse, le désordre le plus complet étaient partout, enfin la bantiueroute était imminente..

Naturellement, malj,'ré l'échafaud installé en permanence, les royalistes se montraient eflrontément.

Les femmes des Halles arrêtaient et fouettaient publifpiement les malheureuses ouvrières qui cousaient pour l'armée. Il n'y avait plus ni commerce ni industrie. Chômage et famine, t Dans un an ou deux, avait écrit Marat, on ne trouvera plus un ouvrier capable de faire une paire de souliers. »

A la Convention, les députés commencent à s'entre-dévorer; mais sortez de cette arène, où trouvez- vous vos députés?... Chez des lilles, mêlés à des royalistes. Nous pourrions citer dix salons où la vie privée donne d'éclatants démentis aux principes de la vie pubrupie. Nous n'en citerons que deux : le salon de M^^de Saint-Aniar;mthe,au coin de la rue Vivienne,près du Palais-Iloyal, et le salon de M"« Montansier.

Cette jolie femme, directrice el propriétaire du théâtre du Palais-Royal, habitait en 1);3 au second étage du n° 82, au-dessus du café de Chartres, qui fut plus lard le restaurant Véfour.

Un défilé obscur conduisait de son magnitique appartement au théâtre. Son salon fut le véritable pandemonium de lépoque. On y vit, réunis autour des mêmes tables et dans la même soirée, Lauzun et Robespierre, M"« Maillard (bientôt déesse Raison) et Danton, Saint-Georges, Barras, Dugazon, de Chauvelin, Marat, Volango, d'Orléans. Intrigues amoureuses et politiques épuisèrent là toutes les combinaisons. On y donnait la même importance à une nuit de plaisirs qu'à une journée de parti.

Au bout du même canapé bleu de ciel sur lequel la Montansier organisait un spectacle avec Verteuil son régisseur, le comédien Gramond organisait avec Hébert l'émeute du lendemain.

Trois jours avant le 9 thermidor, Gollot d'Herbois, Tallien. Saint-Just, Robespierre tirent dans ce salon une partie de wisth qui dura jusqu'à trois heures du matin '.

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