‹ Histoire du Palais-RoyalChapitre 28 sur 126 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

AR.ST...E {en carmagnole élér,antr. et pincée, seul, tirant sa montre). - Déjà n.uf lieures!... Calon ot .cevola ue viennent pas... Quand j'y songe, j'admire ma métamorphose. Jadis en talons rou-^e. la bre fe au cote, le chapeau panaché sous le bras, tout brillant de soie et de dorures, brûlant le' pavé de Fans sur un char léper que traînait un coursier fringant, éclaboussant insolemment oes

LiV. 80.

A. Fayard, éditeur.

•J.n IMSKUllK I»r l'ALMS !;(»N \I,

pniivri** |iiiM<ii)ii, dont j(> Hiiiit iinjoiinl liui l<' tn'-» lininMi ihIiiIiiUmii : iiiiiri|iiiK iliiii* iiii <{ <

it |>iiir iliiii» iiii uutrr, lioiniiio di* In |ir<>uii^ri> i|iialiU< pour tout li* motirlt* ri III* d'un < i

lut- i!i« rAiiipn^iii\ pour uioi «imiI ; pnii*iiut I<*n journ dniiK les houduirti di> non • < 1 !'■•

nuit» dans l<*» tripntH... Ariotocrat)- forciMii'*, tniit i|uit j'ui eu l'cMp^ninr*) dt* ron i m'iuo.

iiK-iit U)i*« fdHliK-uiii'M ^rntillratioiiH... Ti-ll<< ^tiiit iiioii (■xï>-l<>nrf... Aujonrilinii l<- I'

I i'mIi' tu rliupoau à plurucl; In cnriiinfiiicil)' à I hnttit lirod/'; uiin talc piTriit|ii)' A u

fiin-... Kl copffudaul (taul Ion /■vénciiKiitn <!•■ In vif nout hizurn-R) i|ti(iii|U(> j'nir rtiuiu* '•■ • hlum- ,

je II ni pn4 chuug)'- <1** uièlipr... Ma profcHniou nrlni-ll<- ont in^iiif plun liK-ralivn... l'noidfiil d nu

(ktuiilA réToluliouniiire!... éMnii» j'aperroi-» mn* «1imi\ collt!«uo»i.

SCFNE II

AIMSIinF, rVTON. sr.KVOLA.

ABi'rriDK. — Tu tp fnis bien ntlPiidrt', ScV-volii.

!«( K\oiA. - Mon i-liHp Aristide, je ronviens que je suis m'-iiu un pou tard, mois j'nvni-* r|ni-l<|u/*K prnliiiués à coiffer, et Bans lo coup de peigne prépond^nml nur- tu ni<- ronuni», je rmi» nia pnrol<' tltioniieur...

ARisTiDB. — Et Caton avnit-il nuBBJ des pratiiiucs ?

(-^jo"«. — Moi ! j'avais bien d'autres clmse?, ma foi. Et le savon que nous avons ronlisqué {■aulnjour l'hei cet accapareur du coin... falluit-il le laisser moisir? Je viens de le vendre six franrs In liwe nu-dessus du maximum. J'ai les assignats dans ma poclie.

ARISTIDE. — J'approuve ton zèle, mon cher Caton ; mais ne crains-tu pas que l'homme à qui tu vi.'us de vendre ton savon ne te dénonce?

CATOR. — N'estee que cela? Sois trani|uille, ce soir je le fais incarcérer. sclivoLA {rinnf*. — Ce diable dt^ Galon a l'iiunginalioD inépui'sable.

, ^TOH. Nous allons décerner le mandat d'arrêt contre lui comme ayant acheté au-dess<i« du

maximum. En l'arrêtant ce soir, je reprends mon savon, qu'en patriote fKl.'-le j*- rend» A la H<''(inblique : la Nation n'y perd rien, et moi, je garde mes assignats. ARISTIDE. — Tu e* un rusé coquin.

Q^Tos. — Aristide doit me connaître depuis lon^emps... Te souvient-il de nos Tredaines, qunnd j'étais, moi, le laquais par excellence de cette courtisane célèbre, dont tu étais l'amant en tilr»"... scÉvoLA. — Sandis ! je m'en souviens. J'étais alors le coiffeur en chef de la susdite personne.

ij^joy. De quel train nous y allions tous les deux!... Elle aurait eu cent mille livres de rente

qu'elle n'aurait pas tenu six mois avec nous.

scÉvoui. — Mou sort était bien différent du vôtre, mes amis. Vous aviez les rlefs du rnffrp-f..rt; et moi. pauvre petit coiffeur, je n'avais que la chétive ressource de quelques bijoux erranl= (à et là sur la toilette, et qui, je né sais comment, venaient se mettre sous ma main. ARISTIDE. — U suffit, laissons cela et parlons d'affaires plus sérieuses.

scévola: — Eh bien voyons, que faut-il faire? Faut-il signer des mandats, inrarcérer, apposer des scellés, fabriquer des dénonciations, payer des témoins, faire des motions, sonner le tocsin, battre la générale: enfin, dites-moi ce qu'il faut faire et dépêchons, car encore une fois...

ARISTIDE. — J'ai bien réfléchi, mes amis, sur la situation actuelle de notre rommiine; les anto rites constituées y sont épurées, et à l'exception de Dufour, ofhcier municipal et notre collègue, tous les autres fonctionnaires ou sont dans nos principes ou sont des automotes. J'aurai des mesures générales à vous proposer ce soir : mais il en est une particulière que vous devez surtout appuyer: 11 faut perdre Dufour. scÉvoLA. — J'appuyé la motion.

AiisTiDB. — Dufour, son fils et toute la famille, scÉvoLA. — J'appuyé davantage la motion.

KRisTiDE. Dufour, par sa vertu et son patriotisme, jouit d'une eon-i-Jérati'n toi!.- qu il captiverait la nmuicipalité entière. Son fils, par ses talents et sa véhémence, peut subjuguer à la tribnne tt.us les moutons de la Société i)opulaire.

^^^To^•. — Donc il faut perdre Dufour et son fils.

sctvoLA. — Ils ont déjà été dénoncés hier à la Société populaire.

HiSTOlUE DU PALAiS-ROYAL 235

MiisTiDK. — L'épouse de Dufour est, dans son quartier, l'exemple dos bouues mères, le modèle des bous ménages.

CATON. — Donc il faut perdre l'éiiouse.

AiusTiDE. — Ainsi, mes amis, que, dès ce soif, toute cette famille soit arrêtée. Voyons, qui chargeons-nous de cette expédition?

CATON et SCKVOLA {ensemble). — C'est moi.

AHisTiDE. — Caton, j'aurai besoin de toi, il vaut mieux la coulier à Scévola et à Tarquatus.

scÉvoLA. — Président, je té remercie dé la préférence, je m'en rendrai digue.

ARISTIDE. — Signous toujours les trois mandats. {Ils sifpient.)

SCÉVOLA. — Tandis que vous êtes eu train de signer, camarades, mettez-moi votre signature sur ces trois mandats: c'est l'arrestation de trois individus à grosses cravates, que j& trouvé dans un café et que je coffrés provisoirement il y ii huit jours, parce que leur figuré m'a paru suspecté. ilts signent.)

CATON. — Camarades, je fais une réflexion. Si nous incarcérons les Dufour, sans une dénonciation bien en règle, n'allons-nous pas nous compromettre? 11 me vient une idée.

ARISTIDE. — Voyons, quelle est-elle?

CATON. — Tu te rappelles qu'en incarcérant hier notre négociant, nous avons saisi sur lui vingt mille francs en assignats qui sont là dans un carton ; mon avis serait d'empocher les vingt mille livres et nous accuserons Dufour de les avoir soustraits.

ARISTIDE. — Le peuple croira difficilement!...

CATON. — Le peuple! Eh! mon ami c'est bien le diable si la réputation de Dufuur n'échoue pus contre le témoignage unanime de ses collègues qui signeront la dénonciation.

ARISTIDE. — Ma foi, tout bien réfléchi, j'approuve ton idée.

CATON. — Tu es donc de mou avis? En ce cas, je vais au fait. (// coiirt au carton, prend les assignats et les met dans sa poche.)

scÉvoLA. — Monsieur Caton, vous n'oublierez pas que j'ai mon hypothèque là-dessus; pas d'inadvertance, je vous prie.

ARISTIDE. — Reste maintenant le fils... Que dirons-nous sur sou compte?

scÉvoL.v. — Parbleu ! que c'est un muscadin.

ARISTIDE. — Muscadin est trop banal pour un liomme qui s'est battu aux IVontières, où il a vcrn plusieurs blessures.

CATON. — N'as-tu rien à nous proitoser?

CATON. — Je cherche... quelqu'un vient... c'est précisément le domestique de Duluur. Voyous ([u'a-t-ilànous dire?

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