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PALAIS DU TRIBUNAT

Depuis 1793 l'ancienne résidence des ducs d'Orléans, réunie au domaine de l'État, avait subi de rudes épreuves. Non seulement on n'avait pas songé à achever les arcades dont les fondations étaient cachées sous les galeries de bois, mais encore on n'avait pris aucune mesure pour la construction de l'édifice. On ne s'occupa qu'à en tirer des revenus. Les arcades sur le jardin furent vendues nationalement et il y eut même des aliénations partielles faites dans le corps du Palais à des restaurateurs que leur banqueroute a annulées. Des locations de toute espèce y avaient été établies par un entrepreneur principal , le sieur Provost, qui tenait la ferme des jeux, et ces locataires dégradèrent le Palais dans tous les sens, sans que personne s'occupât de les en empêcher. Les uns hachaient les murailles pour agrandir les fenêtres, ou pour percer des portes, les autres coupaient des arcs pour établir des tuyaux de cheminées; on faisait des cuisines partout, on y trouvait des tripots, des bals, des cafés, des boudoirs.

Sur l'ordre de Bonaparte on commença par expulser tout cela, mais on ne trouvait pas une salle convenable pour une grande assemblée, avec des galeries pour le public.

D'après les plans de MM. Elève et de Beaumont, on se décida à créer cette salle dans le pavillon dont M. Louis n'avait construit que le rez-de-chaussée et le mur de face, et qui répétait le pavillon que M. Goûtant avait élevé sur la façade de la grande cour.

On prolongea le cercle de l'amphithéâtre jus(iu'à la naissance de l'aile gauche de la cour d'entrée. La nouvelle salle, construite à la hâte, était cependant fort belle et de très bon goût.

Inau^-urro en 1H()I, elle fut <l«''inoIi(« on l>f21i, pour la construction Hph grands aj)|>ailciiit'Mls, après avoir servi ptMidant trei/o ans de chapelle au Palais.

l'iMidunt «piu nous sommes sur le sujet deH bâtiments, disons un mot du rhéAtre-KraïK.ais. L'histoire en est intéressante. Klle montre le dejçré d'absurdité où pout d»'S(M'iidrt' l'osprit de i»:irti pulitiquc, loistpril se mêle des beauxarts

Nous empruntons ces détails à M. Valout.

La salle de spectacle du Palais-lt'iyal, aujourd'hui riii''iMre-l''ran«;ais), rju on appelait alors le Théâtre de la Hcjmhlique, continuait à ôtre oxploitét; par une société composée de quelques comédiens français, dont la ruine, commencée par la dépréciation des assi^'nats, fut achevée par la chute de ce papier-monnai*-. Après eux le sieur Sa;,'eret, (jui était alors entrepreneur de plusieurs théAtres dans Paris, devint locataire de«-elui du Palais-Hoyal.

Malheureusement, une clause de son bail l'autorisait à faire à la salle toutes les constructions, tous les changements, réitarations et décorations qu'il jui.'erait à propos; et, en vertu de cette clause, la salle, qui avait déjà été fort endommagée par le c iiioii du 13 vendémiaire an iv, (5 octobre 1795) fut entièrement bouleversée.

On voulait alors que tout fût j^rec ou romain.

La décoration intérieure de la salle, telle que M. Louis l'avait faite, n'étant pas dans ce style, on la mutila impitoyablement; l'arrangement des loges, tout exécuté en fer et en bois, fut détruit pour être remplacé par une décoration en colonnes decharpentes peintes en marbre jaune antique', posées en bascule sur la voûte du vestibule, au rez-de-chaussée. On établit sur ces coloimes une voûte en bois, qu'on plaça plus bas que l'ancien plafond de la salle, construit en fer et en bois, lequel fut tranché en plusieurs endroits pour rattacher le nouveau plafond et les nouvelles colonnes à l'ancienne charpente en fer à laquelle, heureusement, on n'osa pas toucher autrement.

Il résulta de ces travaux qu'une salle très commode, très solide et incombustible devint incommode, peu solide (au moins dans l'intérieur) et susceptible d'être incendiée; qu'au lieu d'être à son aise et de bien voir (à la vérité dans des loges découvertes dont on ne voulait pas alors), le public se trouvait partout à l'étroit, et que les colonnes des loges avec les cloisons des divisions, cachaient la scène à une grande partie des spectateurs.

Cette entreprise fut malheureuse. Sageret s'y ruina et disparut après son bail.

Le directoire s'attribua alors la direction du théâtre; il l'éleva au rang de théâtre national et lui donna le titre glorieux de Théâtre de la /{''publique; mais, malheureusement, il laissa la salle dans l'état où Sageret l'avait mise...

Bonaparte, premier consul et même empereur, se contenta également de cette salle à colonnes de bois peint. Lui qui fit construire l'Arc-de-Triomphe, la Madeleine, la Bourse, qui avait vu les chefs-d'œuvre des arts grec et romain, il supportait la caricature de leur style; lui qui donna à ce théâtre un parterre de

\. Comme la salle de la Ccavealioa aux Tuileries.

mis, il ne lui donna pas un marbre ; lui, le grand tragique, qui demandait à Talma des leçons de diction et de maintien; lui enfin « qui honorait de ses bontés » M"" Georges et Bourgoin, il ne songea point à faire construire une scène digne de leur talent et de leur beauté. Le Théâtre-Français ne fut restauré que par le duc d'Orléans en 1822.

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