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LE COMPLOT DU PALAIS-ROYAL CONTRE LE PREMIER CONSUL

Le premier complot contre la vie de Bonaparte fut formé au Palais-Royal, et l'attentat qui le suivit eut lieu au Théâtre de la République.

Le premier consul, obsédé par le zèle inventif de Fouché, avait supprimé le ministère de la police et nommé l'ex-conventionnel au sénat. Celui-ci avait dissimulé son ressentiment et conservé à sa solde ses meilleurs agents secrets. Il avait amassé une fortune déjà assez considérable pour se permettre les plus coûteuses intrigues. La police, désorganisée et réduite, fut réunie à la justice sous le grand juge Régnier.

Fouché se chargea de lui tailler de la besogne et l'aida à monter un complot jacobin. Un de ses hommes, nommé Barrère, styla et envoya à Régnier un mouchard nommé Harel, ex-capitaine en non activité de la 48' demi-brigade.

Cet individu fut chargé de trouver des conspirateurs et s'adressa d'abord à un de ses anciens camarades, Demerville, ancien membre du comité de sûreté générale.

Les deux vieilles connaissances épanchèrent réciproquement leurs regrets et leur haine, et leur entretien conclut à la condamnation du traitre, de l'usurpateur Bonaparte. Ils se donnèrent rendez-vous au café de la Terrasse, au Palais- Royal, et là, Demerville présenta à Harel, un de ses amis, Cerrachi, l'un des fondateurs de la république romaine en 1799, et l'un des sculpteurs les plus distingués de son temps; — on le comparait à Gano va.

A ces deux malheureux s'adjoignirent peu de temps après, le peintre Topino- Lebrun ex-juré du tribunal révolutionnaire, et Arena, adjudant-général, membre du conseil des Cinq-Cents.

La conspiration, ourdie en septembre, devait éclater en octobre. Le jour choisi fut le 10, où Bonaparte devait se rendre au Théâtre delà République pour la première représentation des Hnraces.

Harel demanda de l'argent pour acheter des armes. Il avait, disait-il, quatre hommes dont il était sûr, et qui étaient prêts à porter les premiers coups. Vers le soir, il se rendit rue des Moulins, chez Domerville. Il était muni de plusieurs paires de pistolets sortis de l'arsenal que vous devinez, et annonçait que ses quatre hommes attendaient aux Tuileries.

On sVinproRsa do rpjniiidro cvih dornid-H, à (pii l'on roinit doH armeR, pul» on prit les dernières dispositions.

Il fut convenu que Deinorville se tiendrait dans le jardin du Palais-Iloyal, over tjiiolquos jeunes K'^'iia dont l'opinion était connue, alln de faciliter la fuite dos conjurés après l atteiitil. Pendant ci; temps, Conachi et Harel devaient se rencontrer dans un café, accompagnés chacun d'iiii ami. Enfin Harel devait prévenir .\rena de se troiivcr :\ sept heiin's au foyer du TliéAtre.

Comme il se rendait au Palais-Hoyal, Deinerville rencontra Barrère.

— N'allez pas au Théâtre de la République, lui dit-il.

— Pourquoi?

— Le premier consul y va.

— Kh bien?... Qu'importe?...

— 11 y aura quelque chose.

— Vrai? O'iP save/.-vous?...

— Rien de po-^itif. mais, mon cher Burn're, je ci lins quelque émotion populaire.

— Alors vous n'allez pas voir les lluraca?

— Le ciel m'en garde 1 je vais me promener au jardin Égalité. Barrère courut avertir Fouché.

Harel et Cerrachi se rencontrèrent au café. Le sculpteur était accompagné d'un ancien notaire, nommé Diana, et Harel d'un de ses collègues.

A sept heures ils entrèrent au théAtre, ils y étaient attendus. Des ordres avaient été donnés pour éloigner toute personne de la loge du premier consul, afin d'enhardir les conjurés.

A peine Bonaparte était-il arrivé que Cerrachi s'avança vers sa loge, mais, au moment où il allait y pénétrer, il fut arrêté par l'adjudant général de Laborde.

Presque en même temps, dans le couloir des premières , on arrêtait également M. Diana.

Instruits par la rumeur qui se répandit aussitôt dans la salle, Demen-ille et Arena prirent la fuite ; mais ils ne pouvaient aller bien loin ; Harel les avait sif^nalés.Peu après, ils furent arrêtés ainsi que Topino-Lebrun; Arena fut pris à son domicile, Demerville chez un ami, et avec lui deux personnes étrangères au complot.

Le public ne fut pas tout à fait dupe des manœuvres de la police, et celle-ci n'osa célébrer sa vigilance et insulter les jacobins. Harel renonça à ses promenades quotidiennes du Palais-Royal; mais, devant le tribunal, ses victimes l'accusèrent hautement de provocation. On ne pouvait mettre en doute les déclarations de citoyens aussi honorables, aussi considérés que Cerrachi et Arena. Le jeune artiste avait été un admirateur passionné du général Bonaparte, dont il avait fait le buste: Arena avait eu confiance, après thermidor, dans le vainqueur des autrichiens. Tous deux le croyaient républicain. Ils avaient voulu frapper le traître et sauver la République.

Bien que leur attentat n'eût pas été consommé, et qu'il n'y eût contre eux que de crraves présomptions Arena, Cerrachi, Demerville et Topino-Lebrun furent condamnés à la peine de mort; Diana fut acquitté.

Personnages célèbres

Vingt jours plus tard, le 30 janvier, l'échafaud fut dressé. Mais, au moment où l'exécuteur entrait à la Conciergerie, Demerville déclara qu'il était prêt à faire des révélations et demanda le préfet de police.

M. Dubois, le préfet, se rendit au greffe, Demerville lui réitéra sa promesse, mais y mit pour condition que le premier consul s'engageât à commuer la peine des quatre condamnés contre celle de la déportation.

Le préfet ne crut pas devoir prendre cette demande en considération et rédigea le procès-verbal suivant, qui parut le soir dans tous les journaux :

LiV. o5. A. Fayard, éditeur.

•J74 IIISTOini'! Dr l'\LAIs.|uiVM,

* Noii.s, jni''fct ilo iioliic, Mur liivis i|iii nous ii él»'- duiuiô «jU"' li-^ iioimmW Doinorvillo, Cerraclii, Ai'ciui et Topliio-Lcbruii.déloiniH i\ l.i inaiHun du justice comino conduiiiiic^s ù la peine capitule, avaient deti révélât ion.s à faire, et à cet eiret donianduiont à iiouh |)ai-lor; nous nuiiH soninies truuHporté à ladite tnaiMon où, (''tant, noub avons fait comparaître lo nuiunié Duuierviile, uutpiel nouH avons demandé ijuell*' itxéhition il avait h nous faire.

* 11 a dit qu il cHait dans l'intention de ne faire aucune révélation s'il n'avait la i^arantie du pn-mier consul, (pio la pfiiio à latiucllc il «'tait condamné serait commuée en une simple déi>ortation; (piil l'ait cette demande pour lui et ses cocoiidamnt's.

* Sur quoi, nous, préfet de polict-, 1 avons invité à nous faire toutes les révélations qui pourraient intéresser la sûreté du premier consul et celle de rttat, lui promettant de les mettre à l'instant mémo sous les yeux du gouverncnitMil et que, jusqu'à ce qu'il en eût pris connaissance, il serait sursis à toute exécution.

«< Et ledit Demcrville nous ayant dit qu'il persistait dans les condition» imposées à son offre de révélations, nous avons clos lo procès-verbal, qu'il a sit^ué, ainsi (jue nous, après que lecture lui en a été faite. »

Lo préfet se retira et lit place à l'exécuteur.

Tous quatre marchèrent à l'échafaud avec courage. Avant de monter sur la plate-forme, Arena s'adressa à la foule :

— Si, dit- il, c'est comme républicain, si c'est comme ennemi du premier consul que l'on m'envoie à la mort, j'ai mérité mon sort; si c'est comme complice d'un assassinat, je persiste à juroriiue je suis innocent.

^'histoire, cette cour de cassation, a acquitté Arena. Elle a condamné an contraire les policiers et les juges. On ne pouvait condamner à mort pour un complot qui n'avait pas même été suivi dun commencement d'exécution. Bonaparte instruit des provocations de Harel aurait pu arrOler l'aHaire, et non seulement il se montra impitoyable, mais il récompensa publi<iucment la capitaine judas en le nommant gouverneur du château de Yincennes.

Harel était encore gouverneur, c'est-à-dire geôlier en chef de celle im-uii d'État, lorsque le duc d'Engiiien y lut assassiné.

LES ÉTRANGERS AU PALAIS-ROYAL. — NADII5-MIRZA-S* HAH. — É«; ALITE DEVANT

I \ ! ■ il .

Le traité d'Amiens, le concordat, lalïermissemeut du pouvoir de Bonaparte, la prorogation du consulat avaient rendu la confiance et la paix publique, non seulement à la France, mais au monde entier. — Paris voyait renaître son indus.

trie et son commerce et de toute part on accourait voir la grande villo de la Révolution, la cité des temps nouveaux.

Les étrangers de toutes les nationalités profitaient de celte paix, dont la durée était problématique, et naturellement leur première visite était pour le Palais-Royal.

Cet ensemble de magnifiques édifices renfermait pour eux toutes les merveilles et tous les plaisirs du monde. Une fois entrés là, ils n'en sortaient que pour reprendre la route do leur patrie. Jls avaient vu Paris au Palais-Royal. Tous n'étaient pas aussi riches que Radziwil; ils y mangeaient, ou plutôt ils y perdaient rapidement leur argent; mais le lieu de délices avait répondu à leur attente; la renommée n'avait pas surfait ses charmes; ils s'étaient amusés. Les marchandes des galeries étaient les plus avenantes et les plus aimables de la capitale; le vin était le plus gai de la terre; s'ils avaient perdu à la roulette, cela eût pu leur arriver partout ailleurs, et ce qu'ils emportaient en souvenir des nymphes du jardin, ils auraient pu le trouver chez eux.

Aussi, de retour dans leur pays, n'avaient-ils d'éloges que pour le Palais-Royal , et ce fut à ce point que l'on serait porté à croire que si les peuples se sont tant de fois coalisés pour envahir la France, c'était dans le secret désir d'aller s'amuser en cet endroit.

Le jardin présentait l'aspect le plus animé et le plus pittoresque. Alors, les peuples ne s'astreignaient point à suivre des modes uniformes. Chacun conservait son costume national et concourait à donner aux allées de marronniers, la gaieté que prête aux ports de mer la variété des pavillons.

Les plus riches et les plus jeunes, les plus fous, faisaient sensation par leur luxe, leur prodigalité, leur bizarrerie. Les Anglais par exception étaient peu nombreux dans ce carnaval européen. Ils n'avaient point de confiance dans la durée de la paix d'Amiens étant disposés à la rompre; mais les Polonais, les Hongrois, les Autrichiens, les Rhénans, les Grecs, les Turcs, n'avaient pas manqué au rendez-vous. Parmi eux se distinguait particulièrement un prince persan, Nadir-Mirza-Schah , neveu du Schah régnant. Jeune, aimant le plaisir, d'une figure agréable, il courait les bals, les spectacles, les promenades et surpassait en folies tous les incroyables du temps. Il aimait la foule; c'était pour lui une nouveauté que ces flots humains auxquels il pouvait se mêler. Il s'enivrait d'une liberté inconnue aux Orientaux. Après avoir goûté aux voluptés raffinées d'Ispahan, avoir joui d'un sérail peuplé des plus belles femmes de l'Asie, il se régalait de castors-fins, ou même de demi-castors. En sa qualité de Persan, il adorait les roses, et si une jolie femme fixait son attention, il détachait une fleur de sa boutonnière et lui présentait en disant : — Moi vous rends à vous-même.

La république ne lui avait décerné aucun honneur, et les consuls paraissaient ignorer son existence. L'incognito le plus sévère ne lui eût pas laissé une liberté plus grande ; malheureusement il se fit de cette liberté, une idée inexacte et exagérée.

Sachant que, sous la république comme sous les régimes précédents, les citoyens avaient le droit de battre leurs femmes et les femmes leurs maris, il

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avilit fin (|iio Ion pouvait oncoro, commo bouh les tyrans, battre seHdoinoHti<|iicfl; celte erreur lui coûta clior.

Un soir, en sorUnt du PaUls-Hoyal, ayant administré des coups do bambou à son cocher, celui-ci porta plainte et le paiivre prince fut condamné à trois mois de prison.

On renferma à Sainte-Pélagie, avant iju'il fiil revenu de l'étonnement «jue devait lui causer l'application dun principe (jui lui était tout i\ tait étranger : réK':^lit«^ devant la loi. Natlir-Mirza se résigna.

Le régime de la prison était d'ailleurs assez doux. On n'y renfermait que des prisonniers pour dettes et des hommes jugés correctionnellement. Placés dans un b:\timent séparé, les premiers recevaient «lans leurs chambres, les visites de leurs femmes, de leurs maltresses, de leurs amis, et avaient pour se distraire un jardin et un petit café intérieur. Le prince fut logé chez les dettiers. L^i il consacrait une partie de son temps ;\ des festins auxquels il conviait ses voisins, et une liou<inetière du Palais-Royal... il aimait les fleurs, étoile se nommait itosc...

On mangeait à la turque, accroupis sur des nattes et piochant dans les plats avec les doigts; mais on buvait à la française.

Ah! le Champagne et le bourgogne, son complice, ont fait perdre à plus d'un croyant le paradis de Mahomet.

Nadir, à chaque rasade, levait les yeux au ciel et suppliait Ali de fermer les siens sur son impiété. Lorsque la justice française ne le retint plus, il (juitta Paris. Il en emporta le goût du vin et de la liberté personnelle, et jugeant de la France entière par le Palais-Royal, il en garda l'opinion la plus désavantageuse et 11 plus saugrenue. Il n'en est guère autrement de nos jours; combien de nobles touristes n'emportent d'un voyage à Paris d'antre souvenir que celui des boulevards?

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