Hiftoxre des Tuileries, sixième partie, chap. V
HISTOIRE DIT PAT.ATS- ROYAL :m
tièremont étranger à la politique, aussi u'avons-nous doniK'' ((uo la chronique de ses plaisirs. Nous allons entrer dans une période drainati({ue et sérieuse. Le Palais abandonné va redevenir la résidence d'un prince, dont la jeunesse nous est déjà connue et qui va renouer les fils de l'intrigue politique tranchés parle couteau de Sanson. Le jardin, les galeries vont devenir le théâtre de querelles et de luttes sanglantes entre les bleus et les blancs, les royalistes et les bonapartistes ou les libéraux. Il est, croyons-nous, indispensable de rappeler les principaux événements de la seconde restauration ; il est nécessaire d'avoir ces faits présents à l'esprit pour comprendre à quel degré de fureur les passions étaient excitées.
Napoléon avait abdiqué et Paris était déjà livré par Fouclié, alors que les masses ennemies n'avaient pas encore franchi ses barrières. Le 4 juillet, Paris capitula et fut rendu sans qu'on brûlât une cartouche, bien qu'il fût encore couvert par 111,000 hommes. Ouvriers fédérés, soldats indignés criaient à la trahison. On eut recours à la parole des chefs les plus populaires pour calmer les troupes et l'armée se retira sur la Loire.
Le 7, Fouché chargea les Prussiens d'intervenir et d'occuper les Tuileries. Le 8, Louis le Désiré accompagné de Monsieur, du duc de Berri et des maréchaux Victor, Oudinot, Macdonald, Marmont, Gouvion-Saint-Gyr, rentrait en voiture fermée au palais déjà gardé par les soldats de Blûcher. Cinquante mille Prussiens et autant de Russes inondèrent la ville. Les Anglais campaient au Bois de Boulogne et à la Villette. Les Allemands se répandaient partout où ils pouvaient exercer leurs rapines. Paris était au pillage. Les rues étaient encombrées de brutes ivres et toujours dangereuses. Les marchands du Palais-Royal, horlogers, bijoutiers, armuriers cachaient ce qu'ils avaient de plus précieux. Les épiciers, les confiseurs étaient mis à sac par les soldats, jaloux d'imiter sur une petite échelle leurs généraux occupés à piller nos palais et nos collections publiques.
On peut imaginer l'état d'exaspération, de rage des Parisiens surtout lorsqu'à leurs justes plaintes les bourbonniens répondaient par le persiflage ou des encouragements aux pillards ; partout les royalistes prêtaient main-forte à l'étranger et la jeunesse dorée assaillait à coups de canne quiconque se permettait à sa boutonnière un bouquet de violettes bonapartiste ou un œillet rouge républicain. Insultée, volée et battue de la sorte, la population ne devait-elle point ae désespérer en pensant que l'occupation étrangère, d'après l'acte de capitulation, devait se prolonger trois ans 1
Enfin, tandis que les royalistes du midi faisaient une Saint-Barthélémy des bonapartistes, des républicains et des protestants, avec l'approbation du comte d'Artois et de la duchesse d'Angoulème, le roi faisait arrêter et traduire devant les conseils de guerre tous les généraux et officiers qui s'étaient ralliés à Napoléon et frappait de proscription un grand nombre de fonctionnaires. C'est le commencement de la TERREUR BLANCHE.
CINQUIFMF. PARTIE
DE LOnS XVIII A LoriS-MIILirPE
LK PALAIS-ROYAL EN 1815. — LES DUELS. — MARTAIN\1LLE. — LE COLONEL JACQUEMINOT. — DUEL DU COLONEL DUFAY KT DE HAOUL DE "*.
Lesprades, les honneurs, élaiontproditrurs aux émigrés. Tandis que 1.0,()00 officiers qui avaient garnie leurs épaulettes sur les champs de bataille étaient renvoyés en demi-solde, les soldats de l'armée de Condé, des hommes, des enfants qui n'avaient jamais ])orté lépée devenaient colonels et généraux. Les officiers de marine qui avaient servi sur les flottes anglaises rentraient avec le grade qu'ils avaient obtenu de l'amirauté britannique. Les campagnes faites contre la France comptaient pour la retraite.
Ces Français n'étaiont-ils pas les pires des étrangers?
Gomment, sans sentir le sang bouillonner dans leurs veines, les officiers de Napoléon pouvaient-ils coudoyer ces officiers de la faveur royale et de la trahison?
A moins de partager sur l'honneur militaire et le patriotisme, les principes des Marmont et des Moreau, comment contenir son indignation et ne pas désirer se venger? Et comment supporter l'insolence de ces vainqueurs rentrés sous la protection des hulands et des Cosaques?
Des deux côtés les haines étaient trop violentes pour ne pas exiger du sang. Les gardes du corps, les officiers de la maison du roi, se réunissaient au café de Valois ; les bonapartistes avaient le café Lemblin pour quartier général. On s'envoyait réciproquement des défis toujours acceptés. On ne remettait pas au lendemain ; les passions étaient trop exaltées pour s'accommoder de longues négociations. On mettait aussitôt l'épée ii la main; quelquefois, entre la provocation el la rencontre on laissait s'écouler une nuit, ou plutôt une journée, car c'était surtout la nuit qu'on se battait, afin d'éviter la police.
On croisait lépée sous un réverbère de la rue de Valois ou de Montpensier. Un marchand dont les fenêtres ouvraient sur cette dernière rue, affirmait
Carnot.
à A. Villemot que plus de vingt fois, de 1815 à 1820, il avait été réveillé par le cliquetis des épées, ou le râle d'un mourant.
Les épées de combat étaient déposées sous le comptoir des cafés belligérants. On les demandait comme on demande un journal et le garçon répondait parfois : Monsieur elles sont en main. Au jardin, et principalement dans les galeries du bois, on se provoquait sans bruit, sans éclat. Un garde du corps croyait-il reconnaître à sa tournure un officier de l'ancienne armée, il l'abordait aussitôt et lui proposait une affaire, aussitôt acceptée. Un officier en demi-solde croisait-il en chemin un royaliste, il l'Mrrôfait par Toffre d'un duel accueilli avec bonheur.
LiV. 39. A. Faynrd, fdi'.cur.
TouH 008 braves j;ons s'cntrotuaiont ;', .pii luioiix-iuicux par liaiiie, par vengoaiioe, ou pour faire do la propa^Miido polilirpio.
« Mnrlainville, dil M. «lAImbort', passait souvent aux galorios de hoiH pour y chorrhor sa petit.» .|uimo11o avant do so rendre au bureau do rédaction do son journal le Drajinm blanc
Lo colonel .laciueminol, l'homnio du nioudo cpii faisaitlocoup fourré avec le plus de résolution, y posait les bases de sa réputation. Lo colonel Dufay y venait chacpio soir chorchor un homme à tuer le lendemain.
Nous emprunterons encore à M. ilAliul)ert l'Iiisloire de la dernière affaire de Dufay, le duel le plus dramatique et le plus extraordinaire que nous connaissions.
f Dufay était le ^;rand homme, le héros, le matador du lieu. La moi t do MM. de Saint-M.. de T., de N. D., Ch. de H., et autres lui avaient fait un renom colossal. Ou admirait, on exécrait et on redoutait le colonel Dufay et, ce (piil y a de plus extraordinaire, on se battait toujours avec lui. Crtte conduite moutonnière montre à quel degré de stupidil»' héroïque conduit le préjugé du i>oint d'honneur.
Un soir, après son dîner, le colonel Dufay arriva aux galeries de bois, le cure-ilents à la bouche, — on ne fumait pas encore, — guignant du eoin de lo-il sur qui il pourrait jeter sou dévolu, quel serait le favori auquel il jetterait le mouchoir de sa faveur sanguinaire, quel serait le bienheureux choisi pour aller jouir des joies célestes un peu plus tût que le Destin ne ^exigeait.
Il aperçut un grand et bel adolescent aux formes athlétiques, revêtu de l'uniforme d'un régiment de la garde qui se promenait avec quelques amis.
— Voilà bien mon affaire, pensa-t-il.
11 doubla le pas et le poussa en passant.
Le jeune homme se rangea.
Il repassa et il eut soin de lui ium rer le coude dans les côtes.
Lo jeune hoBime parut surpris, maisuc dit rien.
Il se mit à le suivre obstinément en lui marcliant littéralement sur les talons.
Le jeune homme se retira en disant poliment :
— Pardon, monsieur, la chaussée me parait assez large pour que nous ne nousgènions pas mutuellement ; si vous voulez y mettre uu peu de bonne volonté, nous trouverons, chacun de notre côté l'espace nécessaire.
— • Je marche où il me plaît ; je fais ce que je veux ; je pousse qui me convient, répondit brutalement Dufay.
— Mais, liaoul, tu ne vois donc point qu'il te clierche querelle, s'écrièrent les amis du jeune officier.
— lime cherche querelle!... Et pourquoi? demanda Raoul au comble de l'étonnement.
— Il ne voit pas que c'est à lui que l'on en veut et il me demande les motifs dit Dufay en riant dun rire grossier et provocateur.
i. AlTrcd d'Almbert, Physiologie du duel, l vol. iH-8. M. ]M\, éditeur.
— J'arrive récemment à Paris, dit modestement Raoul; j'ignorais qu'un homme d'un extérieur aussi grave que le vôtre pût prendre plaisir à des plaisanteries qui ne laissent pas que d'être offensantes.
— Ah ! il se trouve offensé ! Au moins c'est quelque chose. Messieurs de la nouvelle armée ont l'entendement bien lent.
— Vous persistez, monsieur, c'est mal. En quoi puis-je avoir mérité un pareil traitement?
— Ah!... les motifs .... Il les veut absolument, sachez d'abord qu'un motif n'est pas nécessaire. Si vous exigez qu'il y en ait un, apprenez que je traite en ennemi quiconque a des épaulettes, depuis que les miennes m'ont été retirées et que tout soldat portant la cocarde qui décore votre chapeau est tenu de me prouver qu'il vaut mieux que les vieux troupiers de l'ancienne armée dont j'ai fait partie.
— Je devine, vous êtes officier en demi-solde et vous venez me jeter une de ces provocations que vous et vos camarades jetez] à toute occasion à la face des fidèles serviteurs du roi. Je doutais d'une monstruosité pareille. Il faut votre extrême franchise pour m'en persuader.
La tranquillité polie de Raoul surprenait Dufay et l'embarrassait un peu : |le calme et l'urbanité de son langage étaient en dehors des coutumes admises dans les altercations des galeries de bois.
Le colonel se sentit prisde sympathie pour son antagoniste; Une voulut pas le pousser à bout.
— Je vois qu'une querelle ne vous convient pas ; ce n'est pas ce que vous cherchiez ici ; soitl... nous nous sommes trompés ; je m'adresserai à quelque autre mieux disposé que vous.
— En effet, monsieur, je ne cherchais pas de querelle, mais j'en rencontre une, je l'accepte, dit Raoul sans s'émouvoir davantage.
— Bah!... fit le colonel dont l'ardeur se réveilla à ces mots.
— Ce n'est point, monsieur, parce que vous m'avez poussé étourdhnent ; ce n'est point parce que vous avez appuyé le pied sur le talon de ma botte ; de semblables misères ne sauraient toucher à mon honneur ; niais vous avez dédaigneusement parlé de la cocarde que je suis fier de porter ; vous avez semblé douter du courage que je pourrais montrer pour faire respecter les insignes de mon grade, ceci constitue une double offense dont c'est à moi de demander raison.
— A la bonne heure !... Pourvu que nous nous battions c'est tout ce qu'il me faut. Il m'est indifférent que ce soit pour votre cocarde ou pour votre chaussure.
— Ne persistez pas dans ce langage, deux gentilshommes qui doivent se mesurer ménagent leurs paroles et se respectent.
— Je ne suis pas gentilhomme, moi!
— Mais vous êtes officier ;le métier des armes ennoblit. Oserai-jc, monsieur, vous demander comment vous vous nommez ?... moi je suis le chevalier Raoul
— Moi, je suis le colonel Dufay.
A ce terrible nom que tant de duels avaient rendu populaire, Raoul se recula
808 HISTOIIŒ DU rAIAIS-ROYAL
étonné ; mais 11 no témoigna ni terreur, ni faiMoHae ; il conserva toute «a f^^nnoté. Les amis <iui raccompai^niiionl r«.im.iiss:iiont do vue le colonel. Dovinant r«; rjul allait se passer, ils se tenaient iinnjobih's, trislos «31 silencieux, prêts à soutenir leur jeune camarade comme la circonstance l'exigeait.
— Quelle est votre arme, colonel?
— C'est i\ vous do choisir ; vous en avez ludroitconinio offensé... D'ailleurs je suis indifférent j\ cet égard; je suis également fort à l'épée, au sabre et au pistolet
— Et moi, dit Raoul en souriant, je n'ai jamais touché ni un tleuret, ni un sabre, ni un pistolet. Vous voyez que mon indifférence doit être encore plus grande (jue la vôtre.
— Que diable I ça n'a pas le sens commun \ s'écria Dufay mécontent. Vous no vous êtes pas encore battu, vous n'avez pas suivi votre académie et vous êtes officier. Et vous avez au moins vingt-ciiuj ans !... Afjuoi diable avez-vous passé votre temps? comment avez-vous été élevé?
— Il y a dans vos paroles des vérités et des inoxacliludos ; je suis inexpérimenté et je suis officier ; mais je n'ai pas autant d années que vous le supposez ; je parais plus âgé que je ne le suis en réalité et vous vous expliquerez mon ignorance en apprenant que j'ai seulement dix-huit ans,
— Fichtre! dit le colonel, sur lecjuel cette révélation produisit un effet désagréable, vous êtes si grand, si fort, ijuc je croyais avoir alTaire à un gaillard capable de résister ; vous nétes qu'un enfant : je ne me battrai pas avec vous.
— Quelques années de plus ou de moins ne changent rien à la question telle, quelle a été posée entre nous. Vous m'avez attaqué, non pas sur mon acte de naissance, mais à l'occasion de mon brevet d'officier ; que l'ofticier soit plus ou moins jeune cela ne vous regarde pas ; vous me devez .satifaction.
— Encore une fois, je ne puis me battre ; je viendrais à bout de vous trop facilement ; ce serait un assassinat.
— Dussé-je payer de ma vie l'honneur de défendre le drapeau de mes princes, ce n'est pas en ma personne qu'on pourra l'insulter impunément.
— Vous êtes un brave jeune homme et vous m'intéressez, ma parole d'honneur, aussi allez de votre côté ; moi je vais du mien et oublions ce qui s'est pasé.
— n me faut une satisfaction.
— Eh bien, je vous fais des excuses. Le colonel Dufay vous fait des excuses, vous entendez bien?... Il n'est pas un homme au monde qui puisse se vanter d'en avoir obtenu. Dites que je vous ai fait des excuses, je ne vous démentirai pas. Avec cette phrase votre honneur est à couvert votre réputation est faite ; vous devez vous tenir pour satisfait.
— Mais, c'est une réparation par les armes que je veux.
— Vous êtes un jeune fou ; vous ne l'aurez pas.
— Vous m'avez insulté dans mon honneur militaire, c'est en soldat que je dois me réhabiliter; il faut du sang.
— Croyez-moi, ne poussons pas les choses plus loin ; j'ai fait pour votre honneur tout ce que vous pouviez désirer; plus qu'il ne vous était permis d'espérer. Restons-en là.
— Auriez-vouspeur, colonel?
A cette absurde supposition, Dufay leva les épaules, mais en même temps SCS yeux étincelèrent. Il contint l'expression de son mécontentement et fit quelques pas pour s'éloigner.
Les amis de Raoul l'entouraient cherchant à l'apaiser, lui affirmant qu'il ne pouvait conserver le moindre ressentiment et que l'affaire, grâce à la facilité inaccoutumée de Dufay, était terminé à son avantage.
Mais ce jeune homme était d'un caractère indomptable, c'était sa première querelle et il se croyait obligé de la mener jusqu'au bout. Plus son adversaire était redoutable, plus il voulait faire preuve de fermeté.
S'élançant tout à coup sur Dufay qui se retirait, il l'entoura de ses deux bras en s'écriant :
— Vous êtes un lâche! vous fuyez, vous êtes un lâche!
Le colonel essaya de se débarrasser de cette étreinte inattendue. Raoul avait des muscles de fer ; il le maintint. Une lutte s'engagea.
Les curieux nombreux au Palais-Royal, formèrent un cercle autour des athlètes improvisés. Après avoir repu leurs yeux de ce spectacle inattendu, ils songèrent enfin à les séparer.
Dufay en sortant des mains du jeune Hercule avait la figure ensanglantée.
L'avait-il déchiré de se songles ? On ne le dit pas, mais cela est probable d'après ce que nous verrons par la suite. Ce jeune homme, qui affectait un langage d'une politesse irréprochable, était, au fond, d'un caractère violent, et un chasseur montagnard féroce. La générosité de Pufay fut vaincue par ses coups de griffes.
« — Tu veux te battre, s'écria-t-il,ehbienl nous nous battrons... malheurà toi !
Les amis de Raoul intervinrent, demandant au colonel Dufay quelles personnes il choisissait pour témoins, afin de s'entendre avec elles et de régler conjointement les préliminaires du duel devenu indispensable.
— Vous serez en même temps mes seconds et les siens, dit Dufay. Ces messieurs voudront bien s'adjoindre à vous, ajouta-t-il en désignant quelques-uns des curieux qui regardaient ; nous allons nous battre à la lueur du premier réverbère suspendu dans une rue écartée. Vous avez vu l'injure, vous assisterez à la vengeance, j'avais pitié de sa jeunesse ; je voulais lui faire grâce. Il a cherché son sort. Que sa mort retombe sur sa tête!
Le duel immédiat n'est pas autorisé. D'après les règles admises, une nuit au moins doit s'écouler entre l'injure et la satisfaction. Cette coutume ne manque point de sagesse ; les heures solitaires données à la réflexion calment le ressentiment
Mais, dans le cas relatif à Raoul et à Dufay, on pouvait sans scrupule déroger à cet usage. L'injure était trop grave pour espérer aucun arrangement.
Quelle objection d'ailleurs pouvait-on faire à Dufay?...
Et puis Raoul était aussi désireux d'en finir avec le terrible colonel. Il éprouvait encore l'émotion de la lutte corporelle qu'il venait de soutenir, l'avantage
810 HISTOIHK 1)1 PALAIS-ROYAL
oMoiiu lui inspirait un sontiinont do conliancoet d'orgnoil, il était prôl A 8on tour li avoir ]ùi\v (lu son (unuMui,
A lies K'on.s indisposés il n 'était pas* b«.*sgin do longs préparatifs.
On prit des colichomardes chez un épicier do lu »?alerie de Valois, puis silencieux et recueillis, ils so diri^'èrent vers le di'dalo des rues désortcs qui se trouvaient au milieu des constructions si lon^liMups éternisées du Louvre.
— Nous serons bien ici, dit Dufay on s'arrôtant sous un de ces gothiques réverbères à laluour vacillante que l'édilité parisienne n'avait pas encore remplacé parla lumière du gaz.
Ils se dévêtirent rapidement et s'attaquèrent aussitôt. L'entière inexpérience de Raoul apparaissait rien (juedans la manière dont il tenait son arme.
Dufay lit sauter son épée à dix pas.
Le jeune homme courut la ramasser et revint sur son adversaire. Il fut une seconde fois désarmé.
Sans se lasser il reprit le fer inlidêle et se précipita sur Dufay. Le même résultiit eut lieu ; la main vigoureuse de Raoul ne savait pas retenir la garde qu'un fouetté habile arrachait de ses doigts contractés.
Dufay s'écria avec désespoir :
— Je ne puis le frapper ain-^i; ce serait un assassinat et cependant il faut que je le tue!
Raoul découragé commença à comprendre l'insuffisance de la vigueur corporelle.
L'usage du pistolet était impossible dans les rues de Paris; Dufay avait proposé le bout-portant, comme moyen de concilier l'infériorité de Raoul, et la nécessité d'un dénouement sérieux. Des motifs de localité avaient seuls fait rejeter cet horrible mode de combat.
Cependant ils ne voulaient point se quitter sains et saufs ; ils ne consentaient pas à remettre la partie ; ni l'un ni l'autre n'était disposé à se séparer sans avoir obtenu un résultat sanj,dant.
Dufay semblait au désespoir de ne pas trouver un moyen honorable de se venger de Raoul. Il aurait voulu lui donner une partie de son adresse incomparable, afin de le tuer ensuite en toute sûreté de conscience.
Il proposait mille biais différents. Il inventait d'ingénieuses imaginations comme de se battre du bras gauche, ou bien d'avoir cassé les trois quarts de son épée, ou bien de combattre contre Raoul et tous les témoins à la fois; et comme on rejetait ces propositions inacceptables, il revenait à l'impitoyable boutportant; car à Dufay frappé il fallait une terrible vengeance, dût l'univers entier y être enve-lojpé!
Tout à coup le roulement d'une voiture se fit entendre. Le bruit était lent, régulier, monotone; c'était une voiture de place, certainement.
Une idée parut jaillir du cerveau de Dufay.
— Courez arrêter ce fiacre I dit-il à l'un des témoins. Et s'adressant à un autre :
— Voas, allez au Palais-Royal chez l'armurier de la galerie de Valois; rap-
portez ces épées et demandez-lui en échange deux poignards de force et de longueur égales... Si l'on vous fait quelque objection, dites que c'est pour le colonel Dufay; on me connaît... Avant tout, messieurs, donnez-moi vos mouchoirs, vos cravates, vos bretelles... Allons I plus vivement je vous prie.
— Que prétendez-vous faire? demanda Raoul en voyant ces préparatifs.
— J'organise l'égalité entre nous, répondit Dufay d'un ton sinistre, tout en liant les uns au bout des autres les objets de toilette qu'il avait demandés, de manière à enfermer deux cordes longues et solides. "
Quand cette singulière opération fut terminée, il s'adressa à Raoul •
— Tu es fort? lui dit-il.
— Je vous l'ai prouvé, répondit fièrement le jeune homme.
Au souvenir de son outrage l'écume vint aux lèvres de Dufay. Il répliqua cependant avec assez de mesure :
— Cette force tu vas de nouveau pouvoir l'appliquer contre moi : mais cette fois tu ne pourras me surprendre à l'improviste. Je me défendrai et il faudra m'attaquer en face. T'en sens-tu capable?
— Dans nos montagnes des Pyrénées, j'ai été chercher l'ours au fond de sa tanière et je l'ai vaincu, repartit Raoul en allongeant son bras nerveux sur lequel chaque muscle faisait saillie comme une corde bien tendue.
— Les bêtes fauves n'ont ni ma persistance, ni ma férocité.
— Je ne vous crains pas, répliqua Raoul avec un sourire de mépris.
— Alors voici ce que nous allons faire :
On nous liera l'un à l'autre, un bras libre seulement armé d'un poignard; on nous placera dans cette voiture que ton ami amène afin que, faute d'espace, nous ne puissions nous tordre, ni nous dérober, on refermera la portière, et soit que nous nous enfoncions le fer dans la gorge, soit que nous brisions nos poitrines l'un contre l'autre, nous ne devrons rien qu'à notre vigueur et à notre fermeté
— J'accepte, dit Raoul.
— Trouves-tu que les ours t'aient présenté de tels dangers?
•— Parlez moins et soyez aussi résolu que moi; vos paroles feraient douter de votre courage.
Durant ces entrefaites, les prescriptions du colonel furent exécutées. Le fiacre dont on avait fait descendre les paisibles bourgeois restait à la disposition des combattants. Le cocher surpris, mais rassuré par un large pourboire avait cédé sa place à l'un des témoins.
Tout avait été entendu à l'avance. Au mot AUezl prononcé par un des amis de Raoul, le fiacre devait partir au grand trot et le combat commencer aussitôt. La voiture faisait deux fois le tour de la place du Carrousel toujours à la même allure, pour que le roulement des roues et le piétinement des chevaux étoufiVissent le bruit de la lutte. A la lin du second tour le combat cessait quel que fussent le nombre et la gravité des blessures.
Ce singulier arrangement accordait un avantage certain à la force physique, c'est-à-dire à Raoul. Dufay se i)laisait à ce qu'il en fût ainsi, afin qu'on ne pût lui reprocher l'Age, l'ignorance en fait d'armes du jeune officier.
819 HISTOIHK Dfl IWLAIS-IIOYAL
Il fallait onsuito attacher les deux onncmls, ou les lier l'un contre l'autre, janibo coiitro jambe, poitrine contre poitrine, le bras gauche engagé sous des bandelrllos (jui les fixait counnc des momies cgyplieuncH.
Pendant (in'ils étaient ainsi forcément rapprochés, ils se regardaient avec des yeux éf incelants, ils se dévoraient du re^ani; ils auraient voulu que leur haleine <|ui se mêlait fut un poison subtil. Tous j.iirs traits exprimaient la haine et la ré.solution du désespoir.
On les plaça dans le liacre, car ils no pouvaient manœuvrer qu'un seul bras de leurs membres; on leur mit :\ chacun un poignanl à la main; une voix tremblante d'émotion prononça le mot A liez f
Aussitôt les chevaux partirent et un double cri, énorme, furieux, rappelant les joies ou les tortures do l'enfer, se fit entendre, t,daçant chacun jusrju'au fond du cœur et se perdit ensuite en un murmure mourant, en un râle inarticulé.
Le fiacre tourna deux fois autour de la place du Carrousel. Le témoin chargé de guider les chevaux, les poussaient de toute leur vitesse et obtenait de ces pauvres coursiers une rapidité inaeeoutuinre. ('.(•pendant ce trajet dura plus de cinq minutes.
Cinq minutes!... ce sont cinq siècles quand l'esprit veille, quand l'infjuiétude travaille, quand on attend dans les angoisses du désespoir l'issue d'une lutte brutale dans la(|uelle est engagée une vie chérie.
Les témoins avaient de la peine à modérer leur impatience. Ils auraient voulu percer l'obscurité, suivre ciiaque mouvement du char funèbre et deviner à ses oscillations les péripéties du drame qui s'y passait. Au second tour, quand la voiture passa devant eux, ils prêtèrent l'oreille; ils entendirent de sombres rugissements comme font les loups qui s'entre-dévorent.
Mais lorsque la voiture s'arrêta après avoir accompli sa double rotation, ils écoutèrent en vain, tout bruit avait cessé, un silence funeste succédait aux éclats farouches. Les voix ne s'élevaient plus.
Ils accoururent aux portières; leurs mains tremblantes eurent peine à les ouvrir. Quand ils y parvinrent ils reculèrent efifrayés. Les coussins, les garnitures, la paille du fond étaient imbibés de sang. Dufay regardait le cadavre de Raoul percé d'une multitude de coups de poignards. L'arme mortelle était restée plantée dans l'œil du jeune homme. Il avait fallu choiser cette place pour achever l'héroïque enfant qui, tout criblé de blessures, faisait sentir ses serres redoutables et ne cédait pas.
Oh 1 il avait fait une vigoureuse résistance!... L'état dans lequel se trouvait le colonel le prouvait assez. Le montagnard avait usé de sa force. Dufay avait reçu quatre foisdans la poitrine la lamedeson ennemi; puis Raoul, en le pressant dans son bras, lui avait rompu trois côtes. Enfin se sentant mourir, il avait saisi Dufay avec les dents, il lui avait mordu la figure, il lui avait dévoré la lèvre inférieure.
Il fallait être Dufay pour ne pas succomber.
Après que le mort et le mourant eurent été détachés, et que gisant tous les deux sur le sol ils offraient l'afifreux spectacle de leurs mutilations, Dufay, soutenant sa lèvre détachée pour pouvoir articuler quelques mots, dit aux témoins :
Vous êtes encore lieutenant général, lui dit Louis XVIII.
— On pourrait vouloir me blâmer à cause de son âge, mais vous me rendrez cette justice, messieurs, de proclamer que j 'ai égalisé les chances et que je l'ai bravement tué.
Quand depuis on parla à Dufay de cette triste affaire, il exprima seulement le regret que le jeune officier n'eût pas atteint sa majorité le jour où il l'avait tué.
La justice voulut se mêler de celte afifaire. Le parquet intervint, mais les poursuites n'eurent aucun effet.
ÏAV. 40. A. Fayard, édileur.
«14 HlSTOlHi; I>i l'\L.\IS-UOYAI-
i\oim 11. • croyons pa« qu'il y ait dans l'histoiro des (IimIs. drMix f;iiU aunsi atro«*os (juo celui-l>\. Nous pourrions citer d'autres rcncontreH qui purent du rutiMjlissciTîf'nt. mais nous nous apon-ovons que c'est par ces dernièros que nouH aurions di*! cnmnioncor pour obstMVcr dinisnos récits la r/'^Ie de pro<^r«'->i'>M d'intrrùt. Après le duel du rol(»n<l Dufay, il faut, croyons-nous, tirer riîili<ll<'.
I/autoritô fit fermer le café I^emblin, mais il eût fallu une guerre avec l'étranger et une révolution pour interrompre cette sanglante pol»'mique de deux partis animés de haine mortelle... On continua à se provofjuer au Palais- Iloyal, ou sur les boulevards et h se battre aux environs. Les Allemands et les Anglais reçur- ni au bois de Boulogne la part de coups d'éjiée qui leur était duo ci c'éUiient eux qui s'étaient chargés do maintenir l'ordre pul)lici\ Paris!
Après leur départ, on s'emhrodiait encore au nom de la liberté, de l'empereur et du roi.
Louis XVIII, (laillcius, no faisait rien pour eontribu<'r à un apaisonunl si nécessaire. Les fureurs sanguinaires du comité secret, du pavillon Marsan, di-^ jésuites, du comte d'Artois et de la duchesse d'Angoulème, entretenaient la rage des assassins du midi et l'ardeur des duellistes de la capitale, et en même temps obligeaient tous les amis de la liberté A se réfugier dans les sociétés secrètes.
Jamais aucune époque ne connut autant de conspirations.
En relisant l'histoire, on s'aperçoit que, sous une ajtparente pacification, on était en réalité, sous les Bourbons, en perpétuelle guerre civile. Les partis ne désarmèrent pas un seul instant. La réplique de l'épée était encore la plus noble et la plus loyale que les partis vaincus pussent donner aux exécutions, aux meurtres juridiques et aux assassinats. ^•
RETOUR AU PALAIS-ROYAL DU DUC D OP.LÉANS LOUIS-PHILIPPE. — SON MARIAGE.
— SON ATTrrUDE PENDANT LES CENT JOURS. — SA PROTESTATION A LA CHAM- BRE DES PAIRS.
Nous avons quitté le duc d'Orléans à son arrivée d'Amérique en Angleterre, en 18(K). Nous reprenons le récit de ses voyages et aventures.
En débarquant h Londres, le duc eut d'abord une entrevue avec Monsieur (futur Charles X).
— Le roi sera charmé de vous revoir, lui dit ce prince, mais avant tout, il est nécessaire que vous lui écriviez.
Le duc d'Orléans n'y vit aucun inconvénient assez grave pour motiver un refus. Il rédigea une épitre de pure courtoisie. Mais lorsqu'il la remit au comte d'Artois, le prince en ayant pris connaissance, lui dit :
— Vous auriez dû parler au roi de vos erreurs.
— Des erreurs? répondit le duc en souriant, qui n'en a pas commis? Il aurait fallu dire nos erreurs, et ce n'eût été ni poli pour vous, ni honorable pour moi.
Louis XVIII accepta la lettre en ne voulant y voir que le désir d'une réconciliation. Il rouvrit donc sa porte à son cousin, ou du moins il ne la lui ferma pas. En d'autres termes, il prit sa demande en considération, mais sans oubli du passé, et en réservant à l'avenir de fixer les conditions d'un rapprochement qu'il acceptait en principe.
Louis XVIIl avait foi dans son avenir, comme le parieur anglais avait confiance dans les lions pour dévorer le dompteur. Il était certain que les coalitions monarchiques finiraient par dévorer Bonaparte, quel que fût son génie. Alors, rétabli aux Tuileries, il pourrait, de toute la hauteur d'un trône, laisser tomber sur les d'Orléans sa clémence royale.
Le duc comprit la réserve de son cousin et s'éloigna. Il alla à Minorque avec ses frères pour rejoindre sa mère, réfugiée en Espagne ; mais cette puissance étant en guerre avec l'Angleterre, il ne put réaliser son projet ; iorce lui fut de rentrer en Angleterre.
Louis XVIII, dans l'intervalle, s'était transporté à Varsovie, et de là convoquait les princes pour tenir conseil à Mittau, sur la conduite qu'imposait à leur cause le traité de Campo-Formio.
Le duc d'Orléans fut invité; il refusa. Il s'était établi alors à Twickenham, où il menait une existence paisil)le et complètement effacée.
Sept années s'écoulèrent ainsi.
En 1807 le duc de Mbntpensier succomba à une maladie de poitrine. Son frère, Beaujolais, languissait attaqué du même mal; les médecins lui conseillèrent d'aller respirer un air plus doux que celui de l'Angleterre; l'état de l'Europe ne laissait de choix qu'entre Malte et Madère ; Louis-Philippe le conduisit à Malte en janvier 1808. Mais là les médecins les dissuadèrent de rester et les engagèrent à se rendre en Sicile. Le duc d'Orléans écrivit à Ferdinand IV, qui l'invita à venir à Palerme où se trouvait la cour. Mais avant que la réponse fût parvenue à Malte, le comte de Beaujolais n'était plus.
Le duc d'Orléans, après les funérailles, partit pour Palerme où il fut accueilli par la reine Marie-Caroline.
Cette femme, qui par les mœurs tenait de Messaline et de Sapho, était la sœur aînée de Marie-Antoinette. Comme cette dernière elle n'avait quitté Vienne qu'afin de servir, sur un trône étranger, la politique de sa mère.
Par elle, tout d'abord, les intérêts du royaume des Deux-Siciles avaient été subordonnés à ceux de l'Autriche.
Mais, dépravée autant (fu'intrigante, après le travail avec les ministres elle se donnait tout entière aux plaisirs, sans pudeur et sans frein.
Nous nous arrêterons un instant au portrait de Caroline, ({ui devait être la bello-mère du futur roi des Fran(;ais.
A l'époque où Louis-Philippe lui fit visite, elle avait cinquante-six ans, mais l'âge et les revers n'avaient ni éteint ses passions, ni abattu son orgueil.
Comment un princo comme lu duc Pliilippn, do mœurK honnêtes ot paiKiblcK, ot lilirnil autant ([u'un princo peut l'ctrr, a-l-il consonli à baiser la main de cotto reine, i\ «éjourncr dans celte cour iiifi'cle do débauche et de nant^?
Lui, 51 hou Français^ pouvailil ouldifr «(u'elie avait été, dés In première heure do son ré^ne, l'ennemie acharnée de la l«'rance?
Tandis (ju'il comiiatlait à Valmy, Caroline? s'alliait à 1 An^loliM-re.
Lui, qui voulait être vanté pour son liuninnil»', oubliait-il «pie cette reine, en rentrant i\ Naples, d'où l'avait chassée Clianipionnet, s'était baignée dans le sang de ses sujets! Le bûcher, la potence, b» poi^Miard, tous les j^enres de supplice avaient servi à exterminer les républicains, ou les suspects de républicanisme.
Kn quelques jours quarante mille citoyens étaient tombés sou» les lois de mort de cette furie ; trente mille encombraient les prisons où les bourreaux, nuit et jour, étaient occupés à leur donner la torture.
Pouvait-il sans frémir s'entretenir avec un tel monstre? Et s'il n'était saisi d'horreur à la pensée de ces crimes, lui, l'ami de la vertu, (jue pensait-il d'une femme dont la passion pour une courtisane avait été le scandale du monde?
Sans doute il détournait d'elle autant t|ue possible ses regards, qu'il reportait sur la princesse royale Amélie.
La tille de C;iroline n'avait heureusement hérité de sa mère que sa beauté. Au milieu de la corruption de la cour clic s'était conservée pure. Cette sagesse miraculeuse, sa mélancolie tempérée par une résignation religieuse, ses goûts modestes, son esprit sérieux, frappèrent le duc d'Orléans et fixèrent son cœur. Ferdinand IV s'en aperçut, et dans ses entretiens, il laissa voir au duc son désir d».' l'avoir pour gendre.
11 ne pouvait espérer mieux, ce roi il demi-détrôné, et qui de deuxSiciles n'en possédait qu'une... puis sa lille avait vingt-six ans...
« C'était l'époque, raconte M. Vatout, où Napoléon avait entrepris la guerre d'Espagne, guerre si impopulaire et si désastreuse. Ferdinand IV, jaloux de soutenir les droits de sa famille, crut devoir envoyer en Espagne Léopold, son second fils, et engagea le duc d'Orléans à l'accompagner pour aider ce jeune prince de ses conseils et de son expérience. Il s'agissait de l'indépendance d'un peuple généreux : le duc dOrléans accepta cette mission. »
Remarquez cette nuance, le duc avait refusé jusqu'alors de combattre contre les Français soit avec les Anglais, soit avec les Autrichiens ou les Allemands, parce que sans doute ces peuples ne lui paraissaient pas assez généreux et assez intéressants.
Mais les Espagnols!... Ah! pour eux il ne pouvait rien refuser à son futur beau-père, même de porter les armes contre ses anciens compatriotes et compagnons de guerre.
Amour, amonr! quand tu nous tieod...
« L'ambassadeur anglais à Païenne avait ouvert'^'ment encouragé le départ des deux princes et autorisé leur passage sur un vaisseau de guerre anglais. Quelle
fut donc leur surprise lorsque, arrivés à Gibraltar, le gouverneur de cette forteresse leur déclara qu'il ne les laisserait pas pénétrer en Espagne!
Le prince Léopold fut retenu deux mois à Gibraltar et le duc d'Orléans conduit en Angleterre sur le même vaisseau qui les avait amenés de Palerme.
Arrivé à Londres le duc sollicita la faculté d'aller retrouver sa mère qui était à Figuières. Il repartit pour Malte et là écrivit à sa mère, puis se rendit de nouveau à Palerme.
La reine consentit à lui donner en mariage la princesse Amélie.
Mais il désirait que sa mère fût témoin de cette union. Il alla la chercher à Port-Mahon avec sa sœur, et accompagné d'elles, rentra à Palerme où le mariage fut célébré le 26 novembre 1809.
L'année suivante des députés de la junte de Cadix vinrent lui demander l'appui de son épée et de ses talents.
Il s'embarqua pour la Catalogne ; mais les Anglais donnèrent l'ordre aux Espagnols de le renvoyer et, malgré toutes ses instances, Louis-Philippe dut renoncer à combattre pour les Bourbons d'Espagne et retourner près des Bourbons de Palerme (1810).
Sa femme venait de lui donner son premier enfant, le duc de Chartres.
Il était encore en Sicile en avril 1814, lorsqu'un navire anglais y apporta la grande nouvelle de nos désastres.
Il partit sur-le-champ pour Paris, sur un vaisseau que lord Bentick avait mis à sa disposition.
A Gênes, il lut dans le Moniteur, la déclaration du comte d'Artois :
— Allons, dit-il, c'est encore le pouvoir absolu. Avait-il pu en douter ?
Il poursuivit son voyage. Arrivé à Charenton, il envoya le capitaine Gordon retenir un appartement à l'hôtel de la rue Grange-Batelière, tenu par d'anciens serviteurs de la maison d'Orléans. De là, le 17 mai, revêtu d'un uniforme de lieutenant général français, il se rendit aux Tuileries.
Louis XVIII le reçut avec bienveillance.
— Il y a vingt-cinq ans, lui dit-il, vous étiez lieutenant général; vous l'êtes encore.
Parmi les personnes qui entouraient le roi, il retrouva Macdonald, avec lequel il avait combattu à Jemmapes.
— Et vous aussi, maréchal ! aurait-il pu lui dire.
En sortant des Tuileries il voulut revoir le palais de ses pères. Vous vous rappelez son émotion respectueuse et filiale...
Au mois de juillet il alla à Palerme chercher sa femme et son enfant, mais avant même qu'il pût s'installer avec eux au Palais-Royal où on lui préparait un appartement, l'ogre de Corse débarquait à Cannes, prêt à dévorer les petits poucets de la monarchie.
Le duc d'Orléans fut appelé aux Tuileries, où Sa Majesté lui ordonna de partir pour Lyon. Il se rendit à ce poste de combat et y assista à un conseil présidé par Monsieur et dont le maréchal Macdonald faisait partie...
HIH IIISTomi-: DU PALAIS-IUïYAL
H lut ivcoiiiiii (|iic luiite l'éMiHUiicc cUtil iiupo»ttible et le duc reprit auHsitùl lii roulo (lo l'uris.
L:i nuit Huiviinto on rocut lu nouvelle «lue Bonnparto inarchuit Kur l.i ville. Macdonuld 80 rendit cluz le comte d'Artois, enfonça la i>orte de na chambre i*t ouvrant les rideaux lui dit: — Levé/- vous, monseiKn«'ur, il faut partir, Napol»'*f»ii arrive.
Pendant ce temps Louis Philippe faisait partir pour l'Angleterre sa femme et si's enfants. Sa sœur, Adélaïde, femme de résolution et d'intelligence, resti auprès de lui.
Le 10 mars, le duc accompagna Louis XVIII à la séance royale. Le roi portai^ ce jour-là, pour la première fois, la plaque de la Légion d'Iionnour.
— Vous voyez cela, dit-il, en la montrant au duc d'Orléans.
— Oui, sire, il vaut mieux tard <jue jamais, répondit le i)rince en souriant. Les événements rappelaient Louis XVIII à l'ordre du jour.
Le duc fut chargé d'aller prendre le commandement des i)la('os du Nord. Il partit le soir même. A Péronne, le maréchal Mortier, duc de Trévise, le lit reconnaître des troupes comme commandant en chef, puis il l'accompagna à Cambrai» Douai et Lille. Mortier était encore un ancien compagnon d'armes de 92.
Gomme il arrivait à Lille et y invitait les habitants à se rallier autour du roi et de la Constitution, le télégraphe y apportait le message suivant :
« L'empereur rentre dans Paris à la tète des troupes envoyées contre lui.
• Les autorités civiles et militaires ne doivent plus ohéir à d'autres ordres que les siens et le pavillon tricolore doit être sur-le-champ arboré. »
Leduc partit pour Valenciennes le 21 ; le lendemain il revint à Lille pour y recevoir Louis XVIII.
Le roi coucha à Lille et continua le lendemain ce qu'il appelait son mouvement de retraite. 11 n'avait laissé au duc d'Orléans aucune instruction, et celuici, ayant informé les commandants militaires qu'il était sans ordres à leur transmettre, quitta la ville et rejoignit sa famille à Twickenham. Comme il partait, le maréchal Mortier en lui disant adieu, lui apprit qu'il avait reçu par le télégraphe l'ordre de l'arrêter. Pendant les Cent jours.le séquestre fut mis sur ses biens, et, Lucien Bonaparte habita l'appartement tout neuf qu'avait fait préparer Louis-Philippe.
Après Waterloo, vers la fin de juillet seulement, le duc revint à Paris; le séquestre n'était pas levé. Il demanda au roi cet acte de réparation et retoui'na en Angleterre.
Enfin, une ordonnance parut qui autorisait tous les princes à prendre séance dans la Chambre des pairs. Louis-Piiilippe y vit une occasion de manifester à la France son opinion et ses sentiments.
Justement la commission de la Chambre des pairs, chargée de rédiger une adresse au roi, s'exprimait ainsi :
t Sans ravir au trône le droit de la clémence, nous oserons lui recommander les droits de la justice; nous oserons solliciter humblement de son équité, la
rétribution nécessaire des récompenses, des peines et Vépuration des administratiuns publiques.
Le duc d'Orléans prit la parole.
— Je propose, dit-il, l'abolition totale du paragraphe. Laissons au roi le soin de prendre constitutionnellcment les précautions nécessaires au maintien de l'ordre public. Notre qualité déjuges éventuels de ceux envers lesquels on recommande plus de justice que de clémence, nous impose un silence absolu à leur égard. Toute énonciation antérieure d'opinion me paraît une véritable prévarication dans l'exercice de nos fonctions judiciaires, en nous rendant tout à la fois accusateurs et juges.
Très bien pensé et très bien dit.
Mais on demanda la question préalable et elle fut adoptée à une forte majorité.
Les journaux passèrent sous silence le discours de l'Altesse Royale et celle-ci reprit le chemin d'un exil volontaire.
C'était habile et honorable.
Pressentant qu'il allait être appelé à siéger comme juge contre des patriotes et des illustrations militaires de l'empire, il se souvint qu'il avait été général de la République, que son père avait été conventionnel et régicide ; il se dit qu'il était inutile qu'il siégeât parmi les exécuteurs de tant d'hommes populaires, et compromît son avenir par les éclaboussures du sang de tant de nobles victimes. Il se tira de là. Il alla attendre à Twickenham que les fureurs de la Terreur blanche se fussent apaisées ou assouvies.
Il ne revint en France qu'en 1817. Ses cousins lui surent mauvais gré de leur avoir ainsi faussé compagnie. Cette abstention, cette dés«approbation éclatante donnée à leurs vengeances politiques acheva de leur rendre suspect le fils d'Égalité.
Si Louis-Philippe ne s'était pas pressé de rentrer après Waterloo, c'est qu'il avait laissé à Paris ce qu'en argot on appelle un cadavre.
Où était ce cadavre?... Au ministère de la police, chez Fouché duc d'Otrante. Et Louis XVIII devait le découvrir un jour.
FOUCIIÉ. — PAUL DIDIER ET LOUIS-PHILIPPE D ORLEANS. — POURQUOI LOUIS-PHILIPPE
NE RENTRA QU'eN 1817.
Vers la fin de l'empire, en 1812, Louis-Philippe était déjà l'espoir de Fouché. Il ne conspirait pas avec lui, — pas si sot, — mais il le laissait conspirer pour lui. Fouché était mieux au courant que le prince de la conspiration orléaniste.
Il y avait collaboré sous la République avec les Laclos et les Sillery. Il dis-
ï» liibroiltfc: iJl i'ALAlS-HOYAL
posait (lo la police; il lui ûtail farilo de ronouor los (lis do la Iramo ouHio par h»s amis do IMiilippo-KK'i'il»'-
Il se tint prùt pour la niUistropho (ju'il prôvoyall; et en 1814 tan<lis«|Uo LoiiiKriiilipl>o rovùfail son costiiine do lioiiloiiaiil K«'""t*ral et «|Uo Louis XVIII, sans trop ilo uicliauco. lui oonfiruiait ce grad»', voiii rr (|iii se m.icliin.iif [.(.ur doîn)«T l" couronue au duc ilOrléans.
liost Peuchol, bihliothôcaii'o do. la préfecture de police, suvaut honorable, qui a extrait le récit suivant des Archives.
On verra (jue lo duc avait d'excoUenles raisons pourno pas se presser de rentrer au Palais-Royal.
Le chof dt^s conspirateurs orléanistes, l'af^ent principal do Fouché, se nom- UKiit Paul Didier.
Ce successeur de Laclos était né à Upie (Drôme) en 17.58. Ami des Mounier, Parnave, Sillery en 93, il fut obligé d'émigrer, mais il reparut à Grenoble après le !) lliorniidor.
• Il fut, ;\ cette époque, investi des pouvoirs de commissaire royal; il correspondit un instant avec le cabinet ambulant de Louis XVIII ; mais ces bons sentiments durèrent peu. Après le 18 brumaire, il multiplia ses voyages à Paris et s'adressa à Bonaparte. 11 fut nommé professeur à l'école de droit de Grenoble. C'était en 1802, après qu'il eutmis au jour une brochure intitulée /ieiour à la religion. Des personnes qui se croient instruites, prétendent que le ministère de la l)olico donna le plan et paya la forme de louvraye.
• Pourquoi Didier fut-il destituée l'époque de la création de l'Université impériale? On n'en a jamais su la vraie cause; et cette cause, la voici : Didier s'était lié avec un agent de la faction d'Orléans et s'était engagé à travailler dans les intérêts du duc.
(( La police impériale eut vent de cette intrigue. Paul Didier fut dénoncé, et sans trop vouloir l'inquiéter, on lui retira .ses fonctions. Rentré dans la vie privée avec peu de ressources, il s'associa à des travaux de mines et de dessèchements d'étangs qui ne lui réussirent pas; il empira sa position et en 1814, il se préparait à faire un voyage à Palerme, espérant que le duc d'Orléans lui tiendrait une partie des promesses qu'il lui avait faites en se servant de son nom.
t Mais les événements changèrent la face des choses. Didier, à la nouvelle de la chute de l'empereur, accourut à Paris, se targuant de sa destitution, exaltant son royalisme et en même temps se rapprochant de MM. L... N... D... B... et d'autres qui, à cette époque, reconstituèrent le parti dit orléaniste. Didier, que la charge de maître des requêtes qu'on lui accorda et la promesse de la première place vacante à la cour de cassation ne satisfit pas, passa dans les rangs des libéraux. Je l'ai entendu se plaindre souvent du gouvernement roj-al et prétendre qu'on ne faisait rien pour lui, mais depuis que j'ai pu lire dans les archives de la police, l'audace de ses plaintes m'a bien étonné.
• Aux Cent jours, il afficha un bonapartisme exagéré; c'était un leurre. Didier s'était rapproché de Fouché, alors chef des Orléanistes. Fouché, qui voulait donner la couronne au duc d'Orléans, chargea celui-ci d'aller en traiter
Le 20 mni ces malheureux furent fusillés sur les elaeis de Greuoble.
avec les alliés à Vienne avant l'entrée en campagne. Mais une barrière infranchissable retint ce messager en deçà des frontières de la France, ({u'il ne put passer.
« On sait avec quelle rapidité le malheureux Napoléon alla du golfe Juan à Waterloo et de là à Rochefort. La promptitude de sa chute déjoua toute combinaison. Fouché, pris au dépourvu, n'eut ({ue le temps de se retourner vers Louis XVIII. Aussi parla-t-il comme un dévoué serviteur du roi lorsque Didier vint preîulre ses ordres.
LlV. il. A. Fayard, édileu
;;^J llItiKJlIlfc: J'I l'\LAli>.li()VAL
« h.iiis ii'U»' <>f<Miirrii(«;, l'aiil hitliiT sr mit ••ii avant, et. ayant n-rii les l<*ttrcs pulculeh du t>a iiuniinaliuu à la cliui'Ku de cliuiiculier du royaume, dan» lo «•UM on la toiilativi' n'iissirail, un «li|»l«inn' df dur r[ pair ht'rédilaii'r, nnn roiucHsiun dtuleux ctMit niillr Iran* s do rmlcH en biuiis-roiids, nt dnix cents autres niillo on rente rin([ pour cent avec pronieKse d'nn traitement annuel do doux r<nl mille iVancR, etcnlln le ^rand-eordon du la liêgion d'honneur. »
Les conspirateurs n'auraient jias /-tr lïicli(''s de reculer jusi^u'en 1817 rou\<rlure do leurs opérations, parce (ju'alrjrs il y aurait eu moins de tioupos étrangères ou France; mais aussitôt (jue le comilé-chof eut connaissance du mariage proclialn du duc de Hcrry, il ne halaïK.a plus. M. et P. ivtçurent l'ordre de pr<--« r hidier. Ils y mirent une telle hi\te (juo beaucoup de st-s démardMîs furent . ut ichées d'imprévoyance.
Il fallait, par un coup liaidi. sV-mpan-r de (iren(d)le, dominer l'esprit des soldats, entraîner la population, et, pour cela, feindre un nouvt'au débarquement de Bonaparte qui, cette fois, serait supposé à Brest. Le Dauphiné soulevé', on marclierait rapidement sur Lyon, et là on convoquerait les états généraux, (ieux-ci créeraient un ^gouvernement provisoire composé du général Gérard, du duc d ()trante, de Dupont (de i'Kure) et de Didier. On continuerait la guerre si la révolution n'était pas spontanée, et après la première bataille gagnée, le duc d'Orléans serait déclaiv liculenant ;,'énéral du royaume, et le marquis de Lafayette commandant de toutes les gardes nationales.
Les fonds étaient faits en partie pour payer l<s jjremiers frais. C'étaient les banquiers (J... D... et Z... qui les fourniraient sur des mandats signés de Didier et d'O... Clluuiue lieutenant général en activité, qui passerait au parti, recevrait une dotation de 30,(XX> livres de rentes, le titre de duc et le grand cordon de la Légion d'honneur. On ferait marquis, avec nu majorât de douze mille francs et la pla<iue»le grand oflicier, tout maréchal de camp dont la défection serait utile. Le titre de comte, douze mille francs de pension et la croix de commandeur seraient acquis à tout colonel qui passerait au nouveau gouvernement en entraînant son ré^fiinent. Des récompenses seraient réservées aux moindres grade-.; enlin cette révolution, tramée par des hommes d'alfaires qui coimalssaient la valeur de l'or, aurait coûté des sommes énormes à la France,
« Des ronsiMniioments trompeurs parvenus à 1 )idier dans la semaine où eut lieu l'exécution du maréchal Xey, IG décembre 1815. lui firent espérer de s'emparer plus facilement d'' Lyon que de Grenoble. Il se transporta donc à Lyon en janvier lS16et faillit en ellet s'en rendie maître. Lin incident bizarre dévoila la conspiration.
Arrivé à Lyon, il .s'était présenté comme l'émissaire d'une vaste société secrète fondée sous le nom d'Association pour l'indépendance nationale, ayant pour chefs Fouché et Talleyrand, et ayant pour but une monarchie libérale et coQstitutionnelle. Le duc d'Orléans devait être choisi pour roi.
Parmi les nombreuses ouvrières en soie que Lyon renferme, il y avait alors une pauvre orpheline candide, jolie et pieuse extraordinairement. La dévotion de cette créature anyélique lui avait fait repousser les olîres de séduction dune foule
HISTOfRE DU PALAIS-ROYAL 823
déjeunes élégants ou de vieillards riches et corrupteurs. Les ouvriers ses égaux, n'étaient pas mieux reçus dans leurs avances galantes, et l'insensibilité de la jolie Lyonnaise la faisait désigner sous le double sobriquet de Paulette et de Vierge et martyre.
Cependant l'heure de la défaite de ce chaste cœur sonna.
Un pauvre canut maigre, pâle, souffreteux et visiblement attaqué de la poitrine, vint loger dans une chambre voisine de celle habitée par Paulette.
L'air languissant, les formes réservées du jeune homme, l'intérêt qu'inspire une vie prête à s'éteindre lorsque à peine elle commence, émurent la jeune fille.
Elle s'attacha à celui qui la regardait avec des yeux si tendres, sans que ses propos alarmassent sa pudeur, elle se mit ostensiblement à soigner le pauvre malade; ces deux enfants se firent la promesse mutuelle de s'épouser. Infortunés qui ne voyaient pas la mort t
André de jour en jour devenait plus amoureux de Paulette.
Il était au nombre des insensés que Didier avait gagnés. Un soir, qu'il s'était endormi, tandis que la jeune vierge travaillait près de lui, on frappa à la porte.
Paulette, craignant d'être aperçue chez son amant, se jeta si prestement dans un cabinet voisin, qu'André en se réveillant put se croire seul. On entra; c'était Didier.
— Pour dérouter, dit-il à André, les limiers de la police, c'est chez vous que j'ai donné rendez-vous à un envoyé du comité de Paris.
Didier et André causèrent librement, familièrement, comme des gens que nul ne peut entendre. Le personnage attendu arriva et Paulette entendit dans toute son étendue le plan d'une conspiration qui allait replonger la France dans les horreurs dont l'heureux retour de Louis XVIII, en juillet passé, l'avait si miraculeusement préservée. Peut-être le fait politique aurait-il laissé Paulette indifférente, mais le Parisien étala tant d'impiété, manifesta une telle haine des prêtres, insista tant pour que le caloinisme devînt la religion dominante de la France, que la pauvre fille, détestant cet infâme complot, jura devant Dieu de le révéler.
Elle se tint tranquille, laissa partir les étrangers, et lorsque la respiration plus égale de son amant lui eut appris qu'il s'était rendormi, elle quitta doucement son asile, gagna la porte, sortit, et parvenue dans sa chambre tomba à genoux promettant à Dieu dont elle se reconnaissait l'instrument visible de ne pas laisser arriver à bien cet attentat sacrilège. Le lendemain elle courut à l'église de sa paroisse, se présenta au tribunal de la pénitence et là, avant sa confession, déclara au prêtre tout ce qu'elle savait.
Dans sa simplicité, Paulette avait cru qu'en sévissant contre les coupables on lui laisserait son amant. Cruellement détrompée, lorsqu'elle le vit enlever et conduire en prison, elle se livra à un désespoir si violent que huit jours plus tard elle était morte. André lui survécut peu; le chngrin de l'avoir perdue hâta sa fin, déterminée d'ailleurs par les progrès rapides de la phtisie.
Didier aurait été arrêté si le gendarme chargé de le surveiller n'eût pas été aussi de la conspiration; ce gendarme dépêcha sa maîtresse, qui prévint Didier de son péril. Celui-ci, toujours prêt à la fuite, courut à l'extrémité du faul)ourg
do la ('iuill()tu''n'. du rùlr (l.« la rampa^in'. »<[ là trouva nii rheval ri j;aj;iia la fron- Ui'vo (!«' Savoie.
Ayant ainsi mani|Ut'* le roiip )|iii tlivnl !•• h'IkIio inaltro <lo Lyon, il m-rojeta sur 1«> (l(''|iail(Miifiil (!•' I'Isit»* où il cul poui ailvoisain' un prcfi-t d'un rovalisnu' :\ touto l'pieuvf. |i> cniiiff d.' Mnulli v:iiit, •'! le ^'l'-tn'i- il huiiadieu, ^'galem^'Ut inrorruptible.
l)i<lior, avof 1 ar>;cnt «ju'il recevait d«« l'arin, coutiuua à acheter des armes, des munitions, des bateaux du Hliôiie, à enrôler d'anciens ^fro^jrjards fin rKmpire.
Pour augmenter ses ressources, il rançonna la famille Bonaparte en persuadant ses membres ({u'il travaillait pour eux. 11 alla à Parme, à Milan, à Liiusanne où il se mit en rapport avec b» ^jrnt'Mal d'IOilon, celui-ci aussi rant!«^ sous les bannit^res de l'Orlôanisme (juoi(|ue en apparence à Napoléon II.
D'Krlou s'était cathé à (irenoble, prêt à se mettre à la t«Me des iusur^'és; la ruine du complot l'avait obl:;^é à fuir à Lausanne, mais il était toujours pn''t à a^îi
A mesure que le moment décisif approchait, Didier pailait moins du nom de Bonaparte et pronon(;ait plus souvent celui du duc d'Orléans. Tu de ses amis, M. Dusert, à qui il vantait trop le prince, lui répliqua :
— Ne me vantez donc pas cet homme; Bourbon pour Bourbon autant vaut conserver celui qui règne. S'il s'afjit de la familb* d'K}.;alité, je me retire. Je ne veux pas d'un ci-devant à demi italianisé.
Sur ces entrefaites, Didier répandit dans tout le Dauphiné et dans les départements voisins, une proclamation i)iopre h éjïarer les «'sprits; il la fit ■>uivre d'un journal allemand (jui contenait une i>roclamation mensongère de l'empereur d'Autriche en faveur de Napoléon II. son pctit-tils. Enfin deux derniers émissaires partis de Paris, apportèi'ent deux cent mille francs en or, ([ue Didier distiibua avec une générosité digne d'une meilleure cause.
Le plan de Didier était de s'emparer de Grenoble et d'en faire le ccntie d'iine insurrection. Delà, on marcherait sur Lyon.
L'exécution de cette tentative fut tixée au 5 mai 18111.
On avait enrôlé les douaniers de Pontcharra. Le «ommandant Biollet devait livrer la porte de Bonne.
Didier fit transmettre aux aflidés lavis suivant :
« Mon cher ami, malgré toutes les difficultés ordinaires dans de pareilles affaires, nous avons enfin terminé. On est d'accord sur tout; on ne s'occupe plus à présent que de la noce, (jui est fixée à dimanche. Nous vous invitons à nous faire le plaisir d'y venir. Nous comptons sur vous et vous devez être bien persuadé qu'en amenant des amis vous nous ferez d'autant plus de plaisir que vous serez plus nombreux.
« Comme la fête doit être, je vous l'avoue, sans façon, vous nous ferez plaisir si vous apportez quelques provisions. »
Cet ordre n'arriva pas en même temps dans toutes les communes et im certain nombre ne le reçurent pas. r.»s douaniers, prévenus les derniers, ne purent
prendre part à l'action. Un grand nombre de paysans, d'anciens soldats, se mirent pourtant en mouvement sous la conduite d'officiers en demi-solde. La nuit favorisa leur marche. Pendant ce temps une troupe d'affidés occupait la Bastille point stratégique important et dominant Grenoble. Dos feux allumés sur cette position y donnaient le signal de l'insurrection.
Bien que le secret du complot eût été gardé, bien des circonstances avaient éveillé l'attention des royalistes. Le -préfet et le général furent avertis et ce dernier, dès qu'on signala l'approche de bandes armées sur les routes fit prendre les armes à la garnison et organisa des patrouilles. Ces mesures suffirent à effrayer JoUanini, l'agent principal de Didier et Biollot, qui devait livrer la porte de Bonne. Ils prirent la fuite et rejoignirent les insurgés du dehors.
Deux heures plu s tard, la garnison faisait une sortie , laissant les portes ouvertes.
Le corps principal des insurgés formait deux détachements. Le premier dépasse les soldats sans les voir, arrive aux remparts et trouvant libre accès, prend sa course pour envahir Grenoble. Mais à ce moment les soldats font volteface et reçoivent Tordre de faire feu.
Mais en présence de cette foule à peine armée, de ces paysans, de ces citoyens qui sont ses compatriotes, la troupe hésite.
Un second commandement de feu reste sans résultat.
Alors un capitaine arrache un fusil des mains de l'un de ses hommes et tire. T/action est engagée. Toute la troupe crible de balles ces malheureux patriotes de l'Isère, à qui l'on a promis que les portes seraient ouvertes, qu'ils pourraient surprendre les défenseurs de la royauté et les battre facilement. La panique se met dans leurs rangs, ils fuient de toutes pnrts.
La débandade arrive jusqu'au détachement que commande Didier. Le chef de l'insurrection se porte à cheval au-devant des fuyards, les ranime, les excite, et pour les entraîner se jette au milieu des soldats.
Vains efforts. Son cheval est tué sous lui. 11 s'é(']iai)pe lui-mr'me ;Y grand'peine dans un bois voisin, grâce à l'obscurité du soir.
A la même heure, la Bastille était prise sans tirer un coup de feu. Toute l:i légion de l'Isère poui-suivit avec acharnement les bandes de fuyards, mais tout se réduisit à une course effrénée sans morts ni blessés. Le premier engagement seul avait été meurtrier. Six insurgés étaient restés sur le champ de bataille. La troupe n'avait pas perdu un seul homme.
« Le lendemain, dit un historien, quand les troupes occupèrent les villages environnants, elles se trouvèrent au milieu des insurgés sans qu'il y. parût. Tous avaient regagné leurs maisons. Ils avaient vu au matin à travers les fentes des volets, les soldats entrer dans les rues avec leurs canons. Chacun d'eux se demandait maintenant s'il y aurait contre lui des témoins ou des preuves écrites. Le corps de Jouanini fut trouvé tenant encore dans sa bouche une liste de conjurés que Jouanini avait essayé d'avaler avant de mourir. Vn\ des noms portés sur cette liste était celui du commandant Rivix qui, le lendemain, voulant détourner les soupçons, vint olTrir ses services au général Donadieu et fut arrêté dans le salon même de riiùtel. »
r>oM;iilii'ii remlil compte do rctlo rM-huulTouivo hv<»(', imo ««x.ij^ératioii orn-
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€ \ ivt> 1(» roi î iiionsoi^iioiir. Los rarlnvros rtn hos onnoiiiift (»oiivn»fit toiiA leH ilu'iniiiK )\ une luMK» aux onvirons do (irrnol»!.». .fe n'ai que le tomps d'» dire A \<>lio KxcolloMc»' que les troupes do Su Majesté se sont couvertOH do ^floire. » Il terminait pnr l'ôlo^^o du rolonol Vautn^ qui, do son chU, (lublia un bulletin <!•• victoire comme s'il ortt livré une jjrando Imtaillo. « .le los ni diapors/'^s comme la poussière, 'l'rois foi^, h la porto mùnjo do la ville, ils sont vonus sur moi \ la l»aioiui«'tlo on (M'iafit: Vivo ronii»ortMir ! .l'ai défendu do tin-r, j'ai fait liattrr* la charge et j'ai ordonné h mes braves Krenadiors d'égorger cette canaille au cri de : Vivo le roi ! Tno trentaine do oadavros sont routés sur la yhwj}, etc.. »
Le ministre crut le département en fou et ordonna d'"< mesures do répression proportionnées i\ ces exagérations. La cour prévôtale eut de la besogne. Elle envoya doux jeunes gens à la guillotine. — Lo mémo jour, Donadicu mit à prix pour 'A,0(M) francs la tête de Didier. Un conseil do guerre fut organisé sous la présidence de Vautré. Trente accusés furent amenés devant lui. Il n'y avait aucun dossier, pas de trace de procédure, pas un témoin. Cinq accusés seulement avaient eu lo temps do se pourvoir d'un défonsour, et ce fut par hasard que trois avocats. MM. Sappev, Vial et Mailoiii, se trouvèrent à l'audience. Sur la demande du président, ils acceptèrent la défense de tous les prévenus. Mais la mission n'était pas au-dessus de leurs forces. La justice de Fouquier-Tinville n'était pas plus oxpéditive que celle du colonel Vautré.
Celui-ci interpelle un accusé, lui demande son nom, puis fait appeler quatre soldats et leur demande s'ils reconnaissent le paysan et sur leur réponse aftirmative déclare le débat terminé. L'accusé veut s'expliquer : « Tais-toi coquin 1 » lui dit le colonel. — Il insiste. « Veux-tu bien te taire, » crie ce président d'assassins.
Le défenseur veut pi-iMiiiri> la ])aiole. A i)eiiio a-l-il<iil qiielqurs mois:
— C'est bien long, dit Vautré, nous n'en finirons pas.
Puis, saisi d'une inspiration soudaine, il proposa de réunir toutes les causes et do les juger en bloc. Solon lui toute procédure était inutile.
Néanmoins, malgré son influence, un des juges parvint à lui arracher six victimes contre lesquelles ne s'élevait aucune charge. D'autres voulurent en sauver encore cinq, mais tout ce qu'ils obtinrent, ce fut que ces derniers seraient recommandés à la clémence royale. On fit donc deux catégories de condamnés à mort : Cinq dont l'exécution serait ditTérée, et seize qui seraient exécutés sans délai.
Le ^0 mai, ces malheureux furent fusillés .-^ur les glacis, de la viik-, et quelques jours plus tard M. Decazcs. ministre de la police, envoyait à Donadieu la dépêche suivante :
« .Te vous annonce, par ordre du roi, qu'il ne faut accorder de grâce qu'à ceux qui ont révélé dos choses importantes.
* Les vingt et un condamnés doivent être exécutés.
Il On promet vingt mille francs à qui livrerait Didier. >
HlJSTOlUE DTJ PALAIS-HOYAL 327
Un second massacre suivit donc de près le premier et mit le comijle à l'horreur des habitants de Grenoble. Il nous reste à dire ce que devint Didier.
Il avait gagné les montagnes à gauche de l'Isère et allait passer en Savoie, quand il fut rejoint trois insurgés furieux d'avoir été trompés. Ils le harcelaient de questions au sujet de Drouot, d'Erlon et de Marie-Louise, et il linit par leur avouer que ce n'était pas pour Napoléon II qu'il les avait entraînés dans ce fatal complot, mais pour le duc d'Orléans.
A cette révélation, les trois fugitifs accablèrent leur chef des plus violents reproches et le quittèrent pour entrer dans le désert savoisien appelé la Maurienne. Ils s'arrêtèrent dans une petite auberge tenue par un nommé Balniain. Didier, vieilli avant l'âge, blessé dans une chute de cheval, se traîna péniblement jusqu'à la même habitation.
A sa vue la colère de ses compagnons redoubla. Ils révélèrent <à Balmain le nom du personnage. L'aubergiste alla prévenir les gendarmes, et Didier, après avoir cherché à fuir, fut enlin livré et ramené à Grenoble.
Il montra devant ses juges une grande fermeté, ne compromit personne, et mourut en emportant le secret des d'Orléans. En vain Donadieu le pressait-il de faire des révélations ; il resta inébranlable. Il lui dit seulement que le roi devait éloigner le plus possible de son trône et de la France le duc d'Orléans et Tallexjrand.
En transmettant cet avis au gouvernement, Donadieu ajoutait : — « Ce sont les dernières paroles d'un homme qui allait passer dans l'éternité. »
En effet, quelques heures plus tard (le 10 juin) Paul Didier montait à l'échafaud.
Tandis que le sang coulait pour lui, le duc d'Orléans assistait de loin, et sans trop s'en émouvoir, à l'avortement du complot qui devait le placer sur le trône. Son plus grand souci était l'état de ses affaires, et il songeait à rentrer en France et à réparer les brèches faites à sa fortune. Le roi, à ses doléances, ne répondit pas que la France était épuisée et écrasée par l'indemnité de guerre à payer aux alliés, dévorée par 150,000 hommes d'occupation étrangère, dévastée, et que le temps était mal choisi pour faire largesse aux princes à ses dépens, — non, il ne répondit point cela à son cousin, de crainte sans doute de n'être pas compris, — il lui fit la remise, à lui et à la duchesse douairière sa mère, du tiers de leurs contributions dans les rôles de 1815.
C'était toujours cela en attendant les 15 millions d'indemnité comme prince et comme émigré, que ce pauvre duc toucha encore.
« Après la mort de Didier, sa famille, dit Peuchet, qui se trouvait réduite au dernier degré du malheur, reçut des dons d'une main inconnue. La révolution de 1830 est venue lever en partie le voile qui pesait sur ce mystère. La constante faveur dont M. Didier fils n'a cessé de jouir, et qu'il méritait à tous égards d'ailleurs ; les fonctions importantes qu'on lui a confiées successivement, prouvent d'une façon éclatante quelle cause son* père avait servie. »
Aux révélations de Peuchet se sont ajoutées celles de M. Barginet, de Grenoble, qui avait été lié avec Didier. Dans une polémique avec le général Donnaire, en 1837, il dit que les principaux fauteurs de l'alfaire de Grenoble en igno-
l'iiiont In vt^rîtahln Ixif, ((in' l'on fui nldi^.- .i .voijnti- loin- à tour I.-n souvi-nirs <lo Il l{r)iii|)lii|ii>* ri <ii* Napitli'iiii, l'ticuri' pal|iitaiits «iatis li> l>au|)hiiM', mais i|iril un Hii^'i^sait ni do la Hrpuhliijun ni du Napoh'on.
Pourquoi se drinaii<i«' un liistoriou t lionitu»* «jui luontra taiil d int»llii{»Mi«'<'
rt d'éiier^s'it*. a-t-il, «oinnu' le niat<iui.H de l''avras, ;^'anh; son kcci'I "i I"'«i do drmasquer le uniiid i)crsonniii{o dont il n'élait que l'agent?
C'est que Didier, eomnie Favras, était supérieur i\ la cause qu'il avait enibrassée. C'est (iu'a|»part('nant désormais à riiistoin- il en avait redouté le juk<"nient.
Mourir poiii- une grande cause, c'est beau ; on la j>roclarue en face du bourreau.
Succomber dans une vulgaire intrij^ue, ou se tait et on meurt !...
RETOIK L»L i)Ui; li'oltLKANS A l'AUlS. — NAISSANCE DU DUC DE NEMOUHS. — LIQUIDATION. — RESTAURATION DU l'AUAlS.
Le duc dOrléans revint en France au commencement <le 1H17.
Le roi n'ayant pas ju^é prudent de renouveler l'autorisation par laquelle les princes de la famille royale pouvaient siéger parmi les pairs, Louis-Philippe se trouva écarté des atlaires publiques.
11 s'en consola facilement et se renferma dans son intérieur ({ui présentait le modèle de l'union, des bonnes mœurs, des vertus privées.
Quelques mois avant son départ pour l'Angleterre, en 1814, sa femme lui avait donné un second fils, le duc de Nemours, né au Palais-Royal, le tiô octobre 181 i.
Il vécut donc en famille, se reposant de ses agitations, de ses longs voyages et de ses intrigues, en donnant ses soins à la restauration de son palais et au rétablissement de sa fortune.
Nous ne voulons pas entrer ici dans de fastidieux détails d'opérations financières. Le duc et sa sœur Adélaïde avaient en espérance les biens immenses de leur mère ; il leur restait aussi les biens d'apanage et les 15 millions d'indemnité du milliard des émigrés ; mais les biens de leur père avaient été en partie vendus ou grevés d'hypothèques ; ils n'en acceptèrent la succession que sous bénéfice d'inventaire. Le duc entreprit donc la liquidation de ses biens patrimoniaux ; cette opération lui demanda dix ans.
Il eut dans ce travail d'habiles et zélés collaborateurs, entre autres M. Dupin.
Il fallut démêler parmi les ventes d'immeubles du Palais-Royal, par exemple, ce ({ui était ou n'était pas vente nationale. C'était fort délicat, surtout pour un prince populaire.
Certaines aliénations avaient réduit le Palais-Royal à des proportions si
Chofli'uc Dnclos au Palais-Hoval.
étroites qu'il fallut attendre, pour drosser le plan dune restauration générale du palais, que les tribunaux eussent prononcé. Ayant un procès avec M. Julien, propriétaire du théâtre du Palais-Royal (c'est-à-dire du théâtre appelé Théâtre- Français), Louis-Philippe préféra terminer le procès à l'amiable avant qu'il fût jugé, et moyennant 1,200,000 francs il rentra en possession du théâtre et de ses dépendances.'
Ces dépendances étaient considérables.
Aussi le prince put reprendre la galerie dont les comédiens avaient fait leur foyer et leurs loges, et dont il fit sa galerie de tableaux historiques.
Liv. 42. ^- fa^*"d.