‹ Histoire du Palais-RoyalChapitre 46 sur 126 · AQ · texte numérisé non relu

AQ

Lo tli.'Alio fut sapait' «lu piiliiis. s. Ion !•• ])liiii primitif de I.oiiIh.

Le tlii''i\lre, dÔK'nuli'' i>t iléforiiu'', fut loBlaun''. I/arrain,'»Munnt doH 1o((C'h. au pourtour «lo la salle, était détruit; lo plafond avait Hé tranriiô on pluBicurK rmlroits pour placer plus bas nno voùlo on bols «upportén par don colonn» •^ en tliarpcnto, (jui itai«^nl ])os(''es on basculf sur la voAlo d'un voslibulo, uu n /-dorhaussôo.

Los colonnes iW^ lo<^os qui «ailiaiont la srôno furent KUppriini'oH et r.-niphuM^es par de lôj^ors supports on Tr. L'aïuénaj^enienl dos l«j^os fut auiéllon*.

D'autre part, le palais lut rendu indî^pondant des rues avniglnantes. On rrunil, dans co but, au palais, louloa les maisons (|ul le bordaient sur les rues Saint- Ilonoré et de Hichclieu, et l'on acquit les arcades du côté des rues do VîJois ut de Montpcnsier.

11 fallut do grands travaux pour af;p[loméror toutes res maisons en une soub* niasse et y former, entre la cour de Nemours et la rue de Richelieu, le théàtri' et la rue Saiiil-Honorr, U!n« cour qui a rlé nonum'-e la Cour dis tiemitcn, par(<qu'on est parvenu ;\ y établir vingt voitures.

La rostiuralion intérieure, entièrement bouleversée, n'ofTrait pas moins de diflieultés à rarehilecte Fontaine; mais si ces détails peuvent intéresser un certain nombre de nos lecteurs, nous croyons que la majorité nous dispense volontiers de les donner. D'ailleurs, le p.'dais de Louis-Philippe a été mis à sac en 1848 et incendié en 187L C'est dans les Souvenirs historif/ues de Vatout, ou mieux encore dans les albums exécutés par ordre du roi, que l'on peut revoir liutérieur du Palais, son grand escalier, ses belles salles d'attente, ses salons. ses appartements somptueux.

C'était vraiment une magnifique résidence, qui, en peu d'années, était devenue célèbre par ses collections d'art et surtout sa riche galerie de t^ibleaux.

Le duc d'Orléans dépensa à la restauration du Palais-Royal, plus de douze millions, suivant M. Fontaine. Enlin, nous n'attendrons pas que, selon l'ordre des faits, nous soyons arrivés à une époque plus reculée pour parler de l'incendie des galeries de bois.

Lesbarraques en planches s'étendaient jusque derrière le théâtre, — ce qu'on appelait la Forèt-Noire. Ce fut là que, le 31 décembre 1827, le feu prit chez une marchande de pantoufles.

L'incendie dévora rapidement toute la célè])re et laide galerie, qui fut remplacée par la galerie d'Orléans.

« Plenrcz. Alllo^r^< et Cupidons!... »

L'aspect du jardin et du palais y gagna ; le vice, qui tient à ses habitudes, y perdit. Ajoutons même (|ne le commerce général des arcades dut en souffrir. Les galeries de bois étaient si commodes aux demoiselles du Palais-Royal pour leur exhibition quotidienne I Tout y semblait disposé pour favoriser leurs transactions.

Les galeries délruiles, elles s'éloigiièieut, eiiti-iàiiaiit avec elles leurs protecteurs, leurs clients, leurs fournisseurs particuliers, un monde...

Les philosophes de l'école de Volney, qui savent méditer sur les ruines, en voyant le feu purificateur dévorer le camp des Tartares, purent prévoir la décadence matérielle en même temps que le progrès moral du Palais et de bes galeries.

C'était le vice qui avait fait la fortune rapide, immense de ce grand bazar parisien, et, pour la prospérité des industries locales, c'était un mal nécessaire.

Mais le vulgaire, qui n'est pas philosophe, applaudit à la disparition d'un foyer impur, et à son remplacement par la hrillante galerie vitrée.

Le jardin eut sa part dans les embellissements.

C'est au duc d'Orléans que l'on doit le grand bassin et les deux parterres ornés de statues qui ajoutent à l'élégance et à la fraîcheur du jardin.

Ces eaux, ces fleurs attirèrent les enfants et leurs bonnes, et leurs mères, d'honnêtes bourgeoises du (Quartier. Cette colonie vertueuse contribua encore à la révolution morale que l'on pouvait prévoir dès 1827. Les enfants, avec leurs petits bateaux, leurs jardinages dans les allées, furent les pionniers d'une civilisation nouvelle.

Les voies de la Providence sont insondables.

QUELQUES CELEBRITES DU PALAIS-UOYAL. — L\ BELLE MADAME ROMAIN. — ZAMOllE. — CHODRUC-DUCLOS. — IKCUMER. — LE CUIRASSIER DE WATERLOO. — LADVOCAT. — LES GÉLÉURITÉb DE CAFÉ.

Nous avons déjà parlé des célébrités politiques qui naquirent et grandirent au Palais-Royal : Desmoulins, Fauchet, Barras, Louvet, etc. Mais, après ces personnalités fameuses, il en est d'autres dont beaucoup de vieillards ont encore conservé le souvenir, et qui appartiennent à l'histoire que nous écrivons.

Cet endroit si cher à Vénus, entre tant de beautés, posséda longtemps la plus jolie femme de Paris : madame Piomain.

Son mari — qui heureusement n'avait pas besoin de plaire, car il n'avait rien de ce qu'il faut pour cela — avait fondé le café des Mille colonnes; mais il avait commencé sa fortune rue Saint-Honoré, au Café du Bosquet, cabaret que la beauté de la cabaretière avait mis en vogue, au point d'y faire courir tout Paris.

On brûla, on se grisa, on se battit pour elle... on se ruina même... Elle fut l'héro'iuc d'une chanson ({ui retentit, non seulement au Palais-Royal, mais,

Hlè?TUUtE L> IJ I ' M .A I S - Ho \\L

grAco au vol do nosai^leH vicloricu.si-s, dans toutch les capitales de IKuioim'. Eu voici le piomier couplet :

V^out a clone tiuiM Cyllièrc

Pour clioiHir ud autre st^joiir?

!)«' rAiiionr cette» oiiiinliln iikt

A l*arin r^nhlo ru ce jour.

•• Vii'ii», HuiH-nini, <iit-«-llo au luyslèrc,

Car tu Hais K'irdi'r uu cei-rel;

Je VLMix être linionmliùrc

Au joli caT^ du U )iii|urt. »

Les Mille colonnes mirent le comble à sa lenommée. En 1814 et en 1815 Bon patriotisme accueillit avec rési^^Miation la pluie d'or cpii tomba sur !•; l'alais-HoynI, <*t cependant, par des raisons que nousnavons pu découvrir, la fortune dca Mille rolonnes commenta à péricliter.

iSon luxe, les désordres de son mari probablement, ou les exi^^'ences dune passion comparable à la coïK^uète de l'Espagne potir Napoléon, entraînèrent la ruine.

En 1817, les Mille colonnes furent vendues par autorité de justice, et le comptoir où trônait la belle limonadière fut mis aux enchères.

Et ce comptoir de marbre incrusté d'or était si beau, mais la reine qui l'avait illustré était encore si belle, (ju'un fanatique, un amoureux, un fou, le paya dix-huit mille francs!...

Qu'aurait-il ollert du lit?

Mais, comme Napoléon, elle était rassasiée de conquêtes et de gloire.

Elle refusa de remonter sur le trône, qui de nouveau lui était oflfert, s'arrangea pour se séparer légalement de son mari et entra au couvent.

Chodruc-Duclos a été pendant vingt-cinij ans une des curiosités du Palais- Uoyal. Lorsqu'un voyageur était de retour de sa première visite à Paris, on lui demandait : « Avez-vous vu le roi? le Palais-Royal?... »

— Oui. J'ai vu tout.

— Et Chodruc-Duclos ?

— Aussi. Il est bien comme vous me l'aviez dit; mais il faut le voir pour s'en faire une idée. (Juelle barbe! Quels haillons! P^ton reconnaît pourtant qu'il doit avoir été bel homme. Il se tient droit et fier sous ses guenilles ! Mais est-ce croyable que cet homme-là soit millionnaire!

— Ohl qu'est-ce qui le prouve? Les uns disent que c'est un avare, les autres que c'est un fou qui est dans la plus affreuse misère et qui meurt de faim; d'autres enfin lui i)rètent une naissance mystérieuse et un sort qui n'est pas sans analogie avec celui du Masque-de-fer, le frère aine de Louis XIV. Ils prétendent que Ghodruc est un bâtard que le comte de Provence a eu dans sa jeunesse et qu'il a refusé de reconnaître. C'est pour faire honte à son père qu'il se promène au Pahiis-Pioval comme un mendiant.

En somme, pour les étrangers et pour beaucoup de Parisiens, Ghodruc-Duclos était un mystère.

Après avoir brillé quelque temps dans le monde de sa province, il avait disparu, s'était fait oublier, s'était travesli, enseveli sous des loques sordides, si bien qu'il était devenu une énigme vivante.

Il reste encore dans sa vie quelques points obscurs. D'abord, si l'on sait qu'il est né à Bordeaux, on ignore la date de sa naissance. Son père était un capitaine de navire, qui avait amassé assez de fortune pour donner à son ûls une bonne éducation et les habitudes d'une existence luxueuse.

Il était royaliste, comme tout Bordelais, et un peu plus encore comme fils de marin; lorsque fut éta])lie la République, il s'aflicha par l'exaltation de ses opinions et alla rejoindre le général Précy, qui défendait Lyon révoltée contre la Convention.

La ville ayant été prise, il tomba aux mains des républicains, mais il parvint à s'évader et à regagner Bordeaux. Sa campagne, ses périls lui donnèrent, dans un certain monde, le prestige d'un héros.

Sa beauté, sa bravoure, lui méritèrent le surnom de Duchs le Superbe.

Il devint le champion déclaré du faible et de l'opprimé, se lia avec les jeunes gens les plus riches, la fortune de sa maîtresse suppléant à l'insuffisance de son héritage paternel.

C'était un homme à bonnes fortunes, et l'épouvantail des maris par sa force extraordinaire et son adresse à toutes les armes.

Chaque jour était marqué pour lui par une orgie ou un scandale. Il semblait (jue tout lui fût permis ; il ne trouvait que des imitateurs.

Tallien ayant été envoyé en mission à Bordeaux, tout le monde trembla, excepté Duclos le Superbe; et lorsque Thérésa Cabarrus, devenue la maîtresse du proconsul républicain, fit pour lui les honneurs du Château-Trompette, i| repoussa l'invitation qu'il en reçut et brava le ressentiment de cette royaliste compromise.

Il organisa même un complot et enleva de prison deux serviteurs de la bonne cause; mais il fut poursuivi et arrêté à Saintes.

L'éloquence de son défenseur, Ferrère, le sauva, et il rentra à Bordeaux plus insolent que jamais. Peu de temps après, Tallien retourna à Paris pour renverser la Commune, faire guillotiner Robespierre et sauver la vie à sa maîtresse Thérésa, alors détenue à la prison des Carmes. Le gouvernement du Directoire fut fondé, et la République alîaiblie et compromise. La jeunesse dorée fit dans la Gironde, comme dans la Seine, le tapage que nous avons dit plus haut. Duclos se signala et se fit arrêter au théâtre, où il s'était permis dinsulter le général Lannes. lie lendemain, la bande de ses amis se rassembla sous les fenêtres du général, hurlant, ameutant la foule, et menaçant de tout briser si l'on ne lui rendait le prisonnier.

Lannes, par prudence, pour évitera une ville paisible l'horreur d'une répression violente, donna l'ordre d'élargissement.

Mais comme il iranchissait le seuil de la prison, Duclos fut de nouveau mis

t»n jiriv liitinii sous l'innilp.itiot) Mi- i Miii|.|icit.- dans l'a-s i^ mal du niaiir do Toulouse. Apivs un<> inslriK-linu as>.r/, lonj^ui», il allait {•\if rcuiis ou lil»fit<' lors(ju il fut roti'uii pour avoir tonlô d'assas^lnor son gardien vu lui brisant bm la tète une cruche <le ;^'n"'s.

OllatrC m'ii< df di'-li'lilinn m t,,lt <|l| ||i tur.lif II !.llrn|i,.ii ,|" '•••> l'i-' d.-

brulalit*^.

Sa point' subie, Duclos, peiidaul qui:l<|ues mois, lit une croisière sur un corsaire, puis revint :\ Hordeaux faire t'f:il i;4<,' de se^ oj)inions anti-bonaparlistcs.

La pcndarmerie reçut l'ordre de l'arrf^ter. Il en fut averti, prit d«'s pistolet» et alla se promener dans les alb'es do Tournv dans l'espoir d'y ronconlrcr et d'y liravor le capitaine do rçenilannoi'ie. Il aporriil crt oITicii-r ou ofTot et se dirigea vers lui, mais le capitaine prenant pitié de cotte fanfaronnade, tourna le dos pour ne pas le voir.

— Le lAche! sY'cria alors Duclos. .le puis jtartir à présent. .Irlais prévenu, mais je ne voulais pas quitter Bordeaux avant d'avoir prouvé que je n'avais pas peur.

Il alla passer (iULl([uesjours à la campagne, chez un ami, puis, désœuvré, partit pour Paris. Mal lui en prit : h peine était-il débarfjué (ju'on l'arrêta.

Fouché s'intéressa à lui. 11 lui fit proposer de servir dans la marine.

Duclos. pour sortir de l'Abbaye, feignit d'y consentir et il reçut 500 francs pour rejoindre à Brest lescadre de Tirueys.

Il s'en garda bien et ce fut en Vendée ([u'il se rendit, au milieu des royalistes.

Celte échauflFourée fut moins heureuse pour lui que celle de Lyon; après la pacification de la Vendée, il fut arrêté et cette fois envoyé, non à l'Abbaye, mais à Vincennes. puis à Bicôtjo.

Ce dernier séjour était ce .qu'il y avait de plus horrible. La révolution n'y avait rien changé au sort des mendiants, des vagabonds, des filles publiques et des prisonniers politiques confondus avec les derniers scélérats.

« Près do l'église du château s'élève, dit un historien', un vasteéditice composé de six corps de bfitiinents à plusieurs étages ot dont toutes les fenêtres sont garnies d'énormes barreaux. C'est dans cette espèce de carpharnaiim que sont mêlés et confondus les prisonniers d'État ({ue l'on ne devrait point y renfermer ; des hommes suspects î\ la police qu'elle ne jugeait pas toujours administrativement; des détenus par voie correctionnelle que réclame Sainte-Pélagie et des condamnés aux fers qui attendent le départ de la chaîne. On y voyait encore on 1814 des condamnés à perpétuité de galères pour crime d'assassinat, entre un adjudant général et un prêtre suspect de la haute police. »

Ce fut dans ce cloaque (|ue Duclos le Superbe attendit 1814.

Enfin, délivré pai* les coalisés, il put reprendre pendant dix mois sa vie oisive et orageuse, mais avec quelles ressources?... On ne sait.

1. Hist. générale des priions sous le rr-qnf ilf H-m'jpnrlf, Paris 1814.

Il avait été présonté aux Tuilleries, et sans doute (]uel(|uo.s gratifications et quelques promesses lui faisaient entrevoir un brillant avenir.

Au retour de l'ile d'Elije, il reprit le chemin de la Vendée.

Mais là, une querelle lui attira une affaire funeste et qui eut la plus terrijjlo intluence sur sa destinée.

Traité de roturih' t^ry le jeune Laroche-Jacquelein, il le provoqua et eut le malheur de le tuer.

Il s'enfuit en Italie; mais la haine de la puissante famille de sa victime l'y poursuivit. Les Laroche-Jacquelin, dons leur fureur contre le manant bordelais, demandèrent vengeance (on ne peut dire justice) à Louis, et le bon roi répondit :

— Duclos m'a fait trop de bien pour que je lui fasse du mal, mais je promets de ne jamais lui faire de bien.

Et la promesse fut tenue.

Dès que le bruit de son duel se fut apaisé, Duclos revint à Paris. Il était plein d'espérance et avait les prétentions les plus élevées; il demandait le grade de maréchal de camp.

On lui répondit par l'offre du grade de capitaine de gendarmerie.

Il refusa avec dédain, et on ne lui proposa rien de mieux. Il insista; la froideur qui lui fut alors marquée lui apprit sa disgrâce.

Il tomba de toute la hauteur de ses illusions. Parce que pendant vingt ans, non sans péril, il s'était enroué à crier vive le roi! et s'était mêlé aux royalistes, il s'était cru l'égal des gentilshommes. L'exemple de Charette, de Cathelineau l'avait trompé. Le malheureux ! il ignorait avec quel dédain les émigrés parlaient de ces généraux vendéens qui n'étaient point gentilshommes! Et ce n'était qu'à Saint-Gloud que Charles X osait se permettre les portraits de ces serviteurs sans naissance.

Découragé, aigri, portant le poids des souvenirs brillants d'autrefois comme un coupable porte un remords, Chodruc-Duclos adopta le singulier genre de vie qui l'avait réduit à l'état, plus apparent que réel, d'une afl'reuse misère. Ses haillons, sa barbe et ses cheveux incultes, n'étaient au fond qu'une protestation contre ce qu'il appelait l'ingratitude humaine.

Pendant vingt ans, on le vit au Palais-Royal se promener seul, sombre et silencieux, sous les galeries, de quatre heures à dix heures en hiver, et de deux heures à minuit en été.

A l'heure fixée pour sa retraite, il sortait par la cour du Palais, gagnait la rue Saint-Honoré, puis la rue Pierre Lescot. Là il pénétrait dans un bouge sans nom, jetait sur une table une pièce de vingt sous, allumait une chandelle et allait se coucher.

Cependant sa protestation fut devinée et fit quelque scandale. L'indilî'érence de l'autorité se lassa. Ce Mardochée couvert de cendres au seuil du palais d'Assuérus n'étaitpasl'onclede madame Du Cayla. 11 fut poursuivi pour vagabondage.

— Vagabond? dit-il. Mais j'ai un gîte où je couche régulièrement. J'ai des ressources; j'ai des propriétés en Gascogne. Je suis un rentier qui néglige sa toilette.

Alors, toujours inK''ni«Misf, l;i pnlici' ratl.n(ii:i ituiir outi:>^,'t' ;i la inidi'iir.

('.l'Ialt ([ualilitT liit'ii s/'VrrruHMit !<• (IrlaluN-rMoiit do koii pantalon. .fa<lis collant. «•.' vAt«Mnont sV'tait avec lApo rclArla'' et décousu, mais il avnlt duré pluH ijut' la roconuaissanro drs princos.

Le Iriltiiiial appjvcia la j^ravilé d'-n d/'tliinir«'s, compta les boutons «pii nianquai(Mit h la hra^juctto cl condamna Duclos à (juinzo jours dn prison.

Hiiclos ne changea point poui- cela de pantalon, mais utilisa los loisirs de sa caplivitc i\ repriser celui ((ui avait scandalisé les agents de Vidocii.

1S:50 éilata pour sa ven};eanco.

Il prit part « aux trois glorieuses. » Lui, jadis fanatique do la cocarde blanche, il eut l'anni- j>laisir ib' tirer sur les soldats de Charles X

Le [^'(^iivernc-ment dr Juillet ne le di'c<»ra pas, mais le lii.ssa tranquIHe.

11 reprit donc son éternelle promenade sous les arcades du Palais-Uoyol.

Il y parut pour la dernière fois le 11 octobre 1H'j2; le lendemain matin son lo^ïour de la rue Pierre- Lescot le trouva mort.

Depuis \H'2S, époijue où il fut condamné, cet étrange misant hroi»c admtjltait df temps en lemiis à sa promenade quotidienne un personnaj^'O non moins étrange que lui : c'était Zamore, le nègre de la Dubarry.

Pourquoi cotte indulgence et cette exception?

Sans doute que Duclos, (jui par iirinci|>e était esclavagiste, ne considérait pas Zunoro comme un homme.

On avait donné à la Dubarry deux petits singes blancs, aussi jolis que peuvent lélre des singes, et un jeune nègre d'une quinzaine d'années, attaché à leur service. Les ouistitis étaient à la mode. Ceux-ci originaires, croyons-nous, du Brésil. appartenaient à nue espèce recherchée.

Leur blancheur immaculée les avait entourés dans leur patrie du prestige religieux dont les éléphants blancs jouissent dans l'Inde. Ce n'était pas seulement de gracieux animaux, mais des singes de distinction, des gentils singes.

Ils plurent tout d'abord et en quebpies jours la comtesse en raffola.

On sait comiiien elle était aimable et bonne, la jolie Dubarry! On sait aussi comme elle fut courtisée par tous les ambitieux du pouvoir et les nobles mendiants inscrits au Livre rouge.

Favorite d'un roi absolu, parle fait, elle était reine. Le grand Voltaire luimême ne s'élail-il pas mis à ses genoux?... On peut donc imaginer dapr«'*s cela les flatteries, les adulations dont étaient l'objet les deux favoris de la favorite.

Le nègre Zamore, leur gouverneur, qui en fut témoin, en ressentit bientôt un sentiment de jalousie et de vanité bles.sée. Nul, si ce n'était sa bonne maîtresse, ne daignait faire attention à lui. Il était jeune et d'une beauté africaine assez remarquable. Sous les regards de dédain ou de mépris qui tombaient sur lui de tous les degrés de la domesticité de Versailles, il sentait .se révolter la conscience de son mérite et une voix intérieure lui disait : — Ne suis-je pas un homme?...

D'autre part aussi, par une contradiction étrange que nous vous laissons à expliquer, lorsqu'oublié dans un coin, il voyait la belle comtesse prodiguer les

mi

ArrçalatioQ de la Dubarry.

caresses, les baisers à ses blancs ouistitis, volontiers il se fût écri é : — Ne suis-je pas un singe?

Hélas ! non, pauvre Zamore, ni si haut ni si bas, ni homme ni ouistiti ; mais noir et esclave seulement !...

Il vivait des miettes de la faveur de ses élèves. Quand la comtesse les lui demandait, et quand elle les remettait à sa garde, il attrapait toujours un sourire bienveillant, quelque douce parole.

Grâce à eux, il était admis chez elle à toute heure, dans la vie la plus fami-

LlV. 43. ^' ^A''*'*'*' Editeur.

ni

JUW lIISTf^mK I)i: PAIAIS-noYA!.

licrc et la plus inliiDC. PaiToiH le matin, loiHqu'i'llu ho iV'veillail K4-uIo et paicssall ail lit ropost^o cl frnlt^ln', cmimimc uiu* v'kmj^'i', nu I»ion h sa loil<'Ui',ou hm'-uio au baiti.où clin craij^'uail (!•• si-nmiycr, il «'tail prùs «l'clle.

La présence de Zamoro ne la tenait point. Il n'avait pas seize ans. Puis, ei'itrllo eu «le la pudeur (|u'«'lltî n'eiU pu scirarouclior des regards «l'un valet ctd un noir, d'un esclave?... encore bien moins! D'aiilour.s à l'appui de celte opinion nous rappellerons comment un jour la Dubarry admit près d'elle lo peintre Doyen, pendant qu'elle était au bain.

La bai'.'neuse ne découvrait ni no montrait srs charmes et l'on parlait de la pluie et du beau temps, faute de pouvoir aborder un entretien conforme à ce genre d'entrevue.

— Il y a huit j(MnN, dit la dame, ji'tais comme aujourdliui dans b- bain quand un couj) de tonnerre se (il entendre, j'en fus tellemenl cflrayée que sans son^'cr à l'état où j'étais, je sortis do ma baignoire, traversai loul l'apparlemenl et m'alla» cacher dans la chainl»i"e du f^md.

Tandis quelle parlait le peintre s'était approché de la croisée et s'y tenait.

— Que faites-vous donc 1,^, Doyen? reprit la comtesse étonnée de le voir s'éloigner d'elle.

M^^la comtesse, je regarde si le temps n est pas à l'orage; cela ferait un beau coup-d'œil poui' un peintre.

—• Surtout pour un peintre homme d'esprit, reprit la Dubarry avec vivacité.

Et par un mouvement peut-être involontaire elle détouvrit, mais une second.' seulement, tous les trésors (|uo la nature lui avait prodii,'ués.

— Adieu, M"" la comtesse s'écria Doyen, hors de lui, je vous quitte; un orage... un autre orage se forme et je dois craindre celul-lî\...

— Non, non, restez. Doyen; repartit la jeune b'niine <Ile-nième très éum^. il peut survenir nue douce pluie (jui calmera l'orage.

Il resta; mais plus tard lorsqu'il raconta cette anecdote, il ne dit point .^i l'orage s'était calmé, ni comment...

Mais le trouble que cet homme du Nord, ce blanc au cœur tempéré, avait osé avouer, Zamore l'Africain, devait le subir et le taire. Il dévorait des yeux ces chairs de rose pjlle, dissimulant so.us l'ébènc de son visage la tempête de feu qui grondait en lui. Ces voluptés amères, ce supplice de Tantale, contraclaient-il sa face, ou ses lèvres épaisses? Il faisait rire. On riait de la grimace de ce vilain singe de Zamore... car lorsqu'on le traitait de'^nge on y joignait toujours lépithètcde vilain !...

Ah ! il avait été jaloux d'eux, mais ce n'était rien cela; la passion grandit et il le devint d'un autre.

De M. de Mausabré ?...

Non, bien avant celui-là.

De d'Aiguillon?... de Richelîeti?

Bien plus tôt encore.

Du roi alors?... Oui du roi... le malheureux I En ce temps-là, son humeur bizarre, incompréhensible, des accès de joie et de tristesse sans cause apparente

inquiétèrent M"»' Dubarry ; elle lui marqua quelque sollicitude et le combla de bontés. Les nègres ont beaucoup de coquetterie, elle lui donna des bijoux; il"; ont des caprices enfantins, elle lui donna satisfaction, mais à son étonnement la crise que traversait Zamore parut s'accroître de son extrême bienveillance. Non qu'il s'abstînt d'en témoigner sa reconnaissance; bien au contraire. Elle le voyait se rouler à ses pieds, baiser le bout de sa robe ou de sa pantoufle, l'adorer comme une madone, ou danser devant elle comme un fou.

Enfin tout à coup il changea de manière d'être. Il devint brusque, désobéissant, volontairement maladroit. Un jour la comtesse lui demandant un verre d'eau, il laissa tomber avec intention le plateau sur le parquet.

Pour la première fois de sa vie peut-être M™" Dubarry fut en colère.

Surtout lorsqu'au bris agaçant des cristaux, elle le vit rire.

— Sauvage! s'écria-t-elle, je vais te faire battre. Ces brutes en vente ne connaissent que les coups.

Elle s'était levée ; Zamore s'élança dans le fond de la chambre et en rapporta une canne qu'il tendit à sa maîtresse.

— Battez Zamore, maîtresse, s'écria-t-il. Battez li bien fort!...

— Et pourquoi, drôle, es-tu si méchant?

•— Oh ! battez li I répétait-il en offrant ses épaules.

— Tu le mérites. Ne l'as-tu pas cherché?

— Oui, maîtresse, parce que... parce que... je voudrais soufïri pour vous!... L'étrange exaltation dont il accentuait ces paroles frappa d'étonnement

]\/[me Dubarry; une idée nouvelle et singulière lui était venue, qu'elle repoussa aussitôt mais qui plus tard lui revint comme la seule explication possible aux bizarreries de Zamore.

— L'animal est amoureux, se dit-elle. Il fallait s'en défaire; elle y pensa; mais elle était si bonne, si indulgente, puis les singes blancs étaient si attachés à leur compatriote, qu'elle patienta.

Plusieurs années se passèrent. La comtesse prit quelques précautions qu'exigeait la prudence et le nègre dissimula. Cependant pour un observateur il eût été facile de reconnaître qu'il était fou d'amour.

Louis XV tomba malade de cette pourriture de Versailles, qui était la variole noire. Tout le monde prit la fuite, et Zamore rendit grâce au ciel. Il lui semblait que la mort de cet homme était le commencement de son bonheur. Les d'Aiguillon, les caprices de son idole, ne lui déplaisaient pas absolument en ce sens qu'ils portaient atteinte à la puissance du maître souverain.

A la demande de son confesseur, le roi fit donner l'ordre à la Dubarry de quitter Versailles, La comtesse se retira aussitôt dans le pavillon qu'elle avait près de Marly, à Louveciennes.

Zamore ouvrit la marche avec ses élèves, se félicitant de plus en plus de l'événement. Les amoureux ont toujours aimé la campagne. A Louveciennes la disgrâce allait faire la solitude autour de l'ex-favorite.Dans Tisolement peut-être s'habitucrait-elle à la compagnie de son esclave. Celui-ci du moins l'espérait. De qui dépendrait ensuite la réalisation d'un rêve qui jadis devait paraître

Page 1