‹ Histoire du Palais-RoyalChapitre 47 sur 126 · W lU8T()ll;i; l»l PAIAIrt-hUYAI · texte numérisé non relu

W lU8T()ll;i; l»l PAIAIrt-hUYAI

insonsc^?... l-)os cirooiistauci-H ; il iiiio orrenr mumuiiUiiûe, il'iiiic Hurpriso des 8011 ^

11 .iv.iil ^^r.iiuli, il .^cl.iil dévclopiM- dans iU'h proporlioiiH atlilt'li'jiHs. U avait dix-huit ans. Criait un honunc «l'uiir Ion:!* rolossalo et itilontald'* kI dont, h prcmioi-u vue, on bo récriait : Voilà un iwuva suporbol

Il n'est pus doutoux que ZanioD' n ait uu dus bonnes fiirtuncK; bien (|ue 'l'alnta n'eilt pas encore joué ladaptalion de Ducis : Le More de Venue, et iniH à la modela couleur dOthelo près des Desdéniona de la Seine. Ayant au8«i de l'argent ù dépenser presque sans compter, il pouvait chercher dans la galanterie un dérivatif à sa passion sérieuse. Ainsi (pielques années s'écoulèrent sans que rien dans sa* conduite pût alarmer sa mailrcsse.il passait pour bon j^arçon; les enfants du village lui laisaiunt des grimaces et des niches sans qu'il s'en fàcbàt, et, comme disaient les paysans de Louveciennes, il ne montrait les dents que pour rire.

Son insouciante maîtresse oublia complètement ses soupçons et vécut dans une sécurité absolue. Mais les nè^'res non civilisés sont, comme tous les sauvages, dissimulés et fantasques. La passion dont le feu couve invisible chez eux éclate tout j\ coup, comme un accès de rage. Ajoutons enlin que Zamore allait à Paris y respirait, eu plein courant, au Palais-Uoyal, l'atmosphère morale alors dissolvante de toute chaîne, de toute obéissance et de tout respect.

On lui disait : Il n'y a plus d'esclave; tu es homme, tu es libre.

Il entrait dans les cafés, s'y asseyaitprès des blancs, y étaitservi pardes blancs.

Il allait au bal et y choisissait des blanches.

Autour de lui régnait le mépris des grands, des aristocrates, des maîtres et avec quels mépris, on traitait les femmes de l'ancienne et de la nouvelle cour!... En rentrant à Marly il n'éprouvait plus les sentiments innés chez lui, de respect pour sa maîtresse. Peut-être même prévoyait-il l'époque où la comtesse serait trop heureuse de pouvoir compter sur la protection d'un serviteur lidèle et robuste. Une telle perspective devait lui prêter cet air important que prennent volontiers les valets de grande maison.

Des grondements lointains de la tempête politique M"" DuLarry n'entendait pas grand'chose. Elle n'avait rien à craindre, croyait-elle; la foudre, si elle était lancée, ne viserait que la cour de Trianon, l'Autrichienne et sa camarilla, ses ennemies; quant à elle qui n'était plus rien depuis longtemps déjà, qui songerai

à lui faire du mal ?

Sa charité prodigue, sa bienfaisance inépuisable, son caractère affable et enjoué lui avaient acquis les sympathies de toute la contrée. A Voisins, Marly, Louveciennes, il n'y avait plus de pauvres ; tous les paysans s'étaient emichis de ses libéralités.

Mais ces sourdes menaces qu'elle ne percevait point, Zamore se chargea bientôt de les lui faire entendre ; cet optimisme dans lequel elle s'endormait Zamore le dissipa d'un mot :

— Maîtresse est riche ! ... Elle a beaucoup de bijoux, d argenterie, de vaisselb, d'objets d'urgent et d'or. Maîtresse ferait bien cacher li.

— Mais crois-tu donc que des malfaiteurs pouri-aient attaquer cette maison ? Au lieu de répondre directement à cette question, Zamore s'écriait :

— Moi vous défendre ; moi mourir pour vous !

Et il faisait de la coquetterie à sa manière, montrait les muscles saillants de ses bras, frappait sa large poitrine, roulait des yeux féroces et découvrait enfin des dents de cannibale.

La comtesse à cette vue était amenée à se dire :

— C'est rassurant d'avoir pour sa garde un pareil terre-neuve... mais s'il devenait enragé?

Et elle commença à avoir peur de Zamore. Celui-ci le sentit; son instinct bestial le poussa en avant, l'enhardit... et un jour...

C'était à la brune un jour d'été brûlant où l'air manque, où le vêtement le plus léger pèse; la comtesse, en jupon, les épaules et les bras nus, se reposait dans la chambre (qu'envahissait l'ombre. Qui fût entré l'eût entrevue comme une tache blanche, au fond de la pièce sur un sofa. En s'approchant il n'eût plus trouvé chez cette petite femme rondelette l'éclatante fraîcheur, la finesse des traits de la belle fille de vingt-cinq ans qui avait tourné la tête à Louis XV, mais la grâce infinie du modelé des formes, la pourpre des lèvres et l'éclat des yeux dans le demi-jour du moment, eussent suffi à l'enivrer. Alors jugez du nèore amené là, près d'elle par la passion qui le brûlait.

Elle ne l'avait pas vu entrer. Il lui était apparu tout à coup projetant sur elle son ombre noire.

— Que veux- tu?... Que fais-tu là? s'écria-t-elle efifrayée.

L'animal ne lui répondit que par une sorte de plainte gutturale, étranglée. La malheureuse fut prise d'une peur atroce.

— Zamore! cria-t-elle, va-t-enl... Va-t-en, Zamore!...

Puis elle se souleva et bondit de côté. Mais l'autre alors tendit ses longs bras prêts à l'enlacer.

Elle se déroba eu poussant des cris affreux. Le nègre se jeta sur elle. II la saisit comme sa proie.

On accourut. Mais sans qu'il lâchât prise. Qui eût osé l'approcher?

— Des couteaux!... Tuez-le!... criait la femme désespérée.

On pouvait le larder, par derrière; en eut-il peur? Non probablement, mais en présence de toute la maison il ne pouvait songer à poursuivre le but qu'il s'était proposé. Il laissa brusquement la comtesse, ouvrit une fenêtre, sauta dehors et disparut.

On ne le revit plus de quelques jours, mais M"»' Dubarry étant sortie, il en profita pour venir chercher sa bourse et ses bijoux.

On vit alors ce singulier individu fréquenter assidûment les tripots et autres lieux du Palais-Royal. La révolution commençait; sa présence dans les groupes politiques du jardin inspira à des orateurs quelques phrases bien senties sur l'abolition de l'esclavage.

Il n'était pas seul de son espèce. L'auvergnat Fournier avait ramené d'Amérique un noir nommé Delorme avec lequel Zamore se lia.

M'} insT<»ii;i; 1»! l'ALAis-uoY.vr

Ce Dt'loniu" arlieva df le peivritir. f)i» .sait avrc ijiielle joio féroro Dflormo ^gor^oa :\ l'Ablmyo... Sans parvenir à i'gal<>r ce iiionHtre, /amoro fut pur lui ciiioiirag»'' nu crime.

Snuvont, lo soir ou l'aporrul rodant autour du pavillon d«* Louvecirnucs. Il parvint A .«^'v introduin-. Doux ou trois fois il surfait on pn;srnce do la rointosHc, coninio un diable sorti d uno l»olto A surprise. H l'abordait en Buppliant et la «initiait avrc dos nviiaci-s.

La guillotine était on pornianonoe. \.n gicdiii, dans ses courtes apparitions, disait à sa maîtresse : Ou Samson, ou Zaïnoro : choisis.

La comtesse coinmonçait à tromblor; aussi avait-elle suivi le conseil t|ue na^'iirre lui avait donné le traître; elle avait caché «lans son p.irc et dm-, -on jardin, au jMed de.s arbres, ses bijoux et son argenterie.

Un jour un de ses amis, M. le chevalier de Mausabré ai riva tout panklanl à Louveciennes poursuivi par des gardes nationaux do Paris chargés de larréler :

— Comtesse, je suis perdu si vous no réussissez à me cacher.

En elTet, les gardes avaient déjà franchi la grille, M"» Dubarry, au risque de «sa vie, cacha le chevalier dans un placard h linge, dont la porte était habilemen dissimulée au fond d'un couloir.

Les gardes n'auraient pu le découvrir, mais ils étaient guidés par Zamore!... Le traître d'un air triomphant leur indiqua l'armoire...

Mausabré fut pris et 1 on sait le reste.

De ce jour la Dubarry put se juger perdue, mais ce qui assura sa perte fut la jH^tluisilion dirigé«> par le nègre et opérée par un nommé Grèves, et la dé<'ouvcrte faite par celui-ci de la liste des objets enterrés dans le parc avec la désignation des cachettes.

Grèves fut ébloui par ce trésor et la mort de la Dubarry fut résolue.

Ouelques jours plus tard Zamore l'avait dénoncée au tribunal révolutionnaire et accompagnait Grèves chargé de l'arrêter.

Quand se présenta cette sinistre escouade, que dirent les paysans dont la bonne dame avait fait la fortune? Selon le vice le plus naturel à l'homme, ils l'abandonnèrent sans une marque de regret ou de pitié, avec la plus complète indifférence. « Bien que ses cris au départ, disait le doyen de l'endroit à Victorien Sardou, ' fussent pour attendrir les caillotix du chemin! ->

« Ces cris rappellent tout de suite ceux de léchafaud qu'on lui a tant reprochés. Mais là-dessus il faut s'entendre. Elle avait bien sujet de crier et très fort, si on lui avait promis la vie sauve comme il le semble, à la condition qu'elle révélerait toutes ses cachettes à bijoux.

t Le : Encore un moment, monsieur le bourreau I s'explique de soi-même, chez une femme qui se croit exécutée par erreur!... Et entin, quand elle aurait eu peur! ... j'aime bien cet héroïsme de la part des gens qui, du coin de leur feu, disent dédaigneusement ; « Comment!... Elle crie!... » Eh bien, oui, elle crie!...

« De bijoux, d'argenterie, de trésors de toute sorte... ce parc en était farci!

I. cardon est actuellement propriétaire du pavillon de Louvecieunes.

HISTOTIIE DU PALAIS-llOYÂL 343

Chaque pied d'arbre avait son magot. La liste est curieuse, elle tient quatre ou cinq pages pleines I... On vint fouiller les jardins; on fit main-basse chez tous les gens du pays, signalés comme ayant leur dépôt; mais la Dubarry pourrait bien dans son trouble n'avoir pas donné la lislo complète; et l'un des futurs possesseurs de l'endroit découvrirait quelque trésor en déracinant un arbre, que je n'en serais pas surpris. »

Qu'après cela le citoyen Grèves ait joui en paix du prix de ses forfaits? il y a apparence, car c'est l'usage !... Pour Zamore, sur la fin de sa vie il se promena au Palais-Royal, bras dessus bras dessous avec Ghodruc-Duclos I — Un cliâtiment... mais insuffisant. »

En 181G, dans la foule d'oliiciers en demi -solde dont s'accrut la clientèle ordinaire du Palais-Royal, circulait un homme aux allures capricieuses, à l'air constamment inquiet ou très préoccupé. Tantôt il marchait à pas comptés et tantôt traversait le jardin d'un pas rapide pour s'arrêter brusquement près d'un banc de pierre. Il s'asseyait, tirait de sa poche quehjue chose qui se dérobait à la vue dans le creux de sa main, et le portait à son oreille. Alors sa physionomie martiale et rude s'adoucissait soudain et prenait un air de ravissement. On eût dit qu'il écoutait quelque céleste mélodie et ces délices musicales provenaient d'une petite boite à musique.

11 était un peu fou; un coup de sabre à AVaterloo lui avait ouvert le crâne; mais comme il était très calme et que les excentriques ne manquaient pas au Palais-Royal, on ne faisait pas attention à lui.

Il ne sortait jamais sans porter en sautoir un sac de maroquin contenant un petit pain, un morceau de viande froide ou de charcuterie, du fromage et une gourde pleine de bordeaux. Voulait-il boire? il entrait au café, plaçait sa sacoche sur une table et demandait une demi-bouteille. Lorqu'il était servi, il ouvrait son sac en tirait sa gourde, et la vidait à petits coups, au grand étonnement de ses voisins, puis remplissait sa gourde du vin qu'on lui avait servi.

Pour ses repas, il procédait de môme. Il demandait un rôti et du fromage, mangeait ses petites provisions les remplaçait par ce qu'on lui avait servi.

Un jour on lui vola sa sacoche. Ce mauvais coup lui fut extrêmement sensible et il ne reparut plus au Palais-Royal.

Les filous étaient très nombreux dans les passages dont nous parlons; aujourd'hui ils n'y sont pas rares ; les bijoutiers et les jeux les attiraient. Il n'est guère d'année où l'on n'y ait commis un vol considérable.

Lorsque M. Allard succéda à Vidocq comme chef de la sûreté, il transforma complètement la brigade que l'on appelait la Bande à Vidocq composée de repris de justice. Ces agents congédiés qui avaient eu si longtemps la surveillance des maisons de plaisirs du Palais-Royal en connaissaient tout le personnel dangereux, ils rentrèrent dans ses rangs et reprirent leur ancien métier: les vols et les meurtres se multiplièrent.

C'est l'époque où fleurit la bande des habUs noirs et, où les maisons de jeu furent assidûment fréquentées par le plus sinistre personnage du (em])s, Lacenaire.

su HISTOIIU-: DU rAI.Ali-U(nAL

(VtMail l.i i|iii' ro flct'li^rat vouait Hoiivciit pour voler une somme a«Hr/. roinle (doux c«MJl inillo francH) (|ui lui ertl i»MiiiiH do rononror nu rrimo ot <lo vivro <le 808 rentes, on parfait honiii^tn hnmmo, dans uno polito nmiKoii do cauipaune do» environs do Paris. Il raconta à Canlor ipi'il HY-quontait une maison de jeu <lu PalaÎK-Itoyal avec l'intontion de tuer lo pronii«'r jouour heureux qtii on Kortirait.

l'n jonuo lioninio ^'a^na dix niill<' fiancs ot sortit.

Lncenairo le suivit, mais au momont où il allait lo frappor, oolui-ri disparut dans uno maison do la potilo rue Hi.holioii.

nuitloiis oos Irislos héros j)our lappolrr quoique cj'dôhrité de bon aloi.

Aux galeries de bois ^tait lema^'asin do librairie, lo comptoir et l'étalage d'un ôditourde môrite Ladvocat. Ce fut lo Donlu ot le Lemerro do la lîostauralion. 11 «''dila Casimir Delaviyne, Harllit'lruiy, Lamartine (du moins les Mnditatioruj. 11 n'ôdita pas lialzac ot cependant son nom ira par lui à la poslôritô. Ladvocat sera connu do tous ceux (jui liront Un grand hom ne de prrnn'twe à Paris. Être publié par lui était un honneur et les ouvrages sortis do sa maison sont recherchés aujourd'hui.

Cependant après avoir fait de brillantes aflaires, il (juitta le commerce et finit ses jours dans uno situation voisine de la gène.

Le Palais-Royal est fameux par ses restaurants et ses cafés, et ces établissemonts ont ou pour clients un grand nombre de célébrités parisiennes. Quelquesuns, fondateurs do ces grands établissements, ont joui d'une notoriété considérable. Nous avons parlé des Mille Colonnes, de la Rotonde, du café de Chartres (auquel a succédé Véfour), du café de Valois... Avez vous déjà remarqué qu'un grand nombre d'établissements de ce genre ont disparu ? Les cafés, les restaurants ne font plus de rapides fortunes. Le Tout Paris n'est plus au Palais-Royal, mais au boulevard.

Le seul café-restaurant qui date encore de la création dos galeries est Corazza. C'est là, nous l'avons dit, que fut décidée la mort de la Gironde. La Rotonde et Véfour viennent ensuite, puis Chevet. Parmi les disparus qui ont fourni la plus longue carrière étaient le café de Foy et les Provençaux.

Cette dernière maison avait été fondée par trois frères, véritables Provençaux, nommés Maneilh. Ils étaient les voisins de Lemblin, galerie Montpensicr. Les Maneilh n'avaient pas sacrifié au luxe ; ils s'étaient contentés de meubler confortablement trois salons, au premier. C'était au commencement de l'Empire et leur clientèle fut bientôt composée de grosses épaulettes; ce que le soldat appelle les grosses légumes. Ces braves étaient attirés par des vins exquis. Ils firent la fortune de leurs hôtes qui cédèrent la place à trois autres frères, moins provençaux, mais plus amis du luxe. Ceux-ci à l'exemple de Napoléon, reculèrent leurs frontières, prirent le rez-de-chaussée et couvrirent d'or, de peinture ot de glace, les murailles et les plafonds. Puis, comme Napoléon, ils se perdirent par l'ambition et eurent pour successeur M. Coliot qui profita des splendeurs nouvellement créées et gagna beaucoup d'argent.

Lorsqu'il fut las d'en gagner il céda à M. Godin, moins heureux, et qui, de

Horace Veruet monta sur le poêle et peignit au plafond une hirondelle.

peur, se retira et fut remplacé par un ancien cuisinier de Rothschild, Dugléré. Mais la fortune abandonnait ces splendides Provençaux. M. Hurel, qui voulut ensuite la ramener à lui, échoua comme son prédécesseur et se tua. M. Gajard fut le dernier propriétaire.

Il y avait là des salons éblouissants et pour les repas de corps, les noces, des musiciens, des fleurs, des oiseaux, tout ce qui peut contribuer au luxe de bon goût d'une fête. Les Provençaux n'ont pas été remplacés. Ils ne le seront pas. Sic transit gloria... Et encore au temps de leur gloire, leur nom put donner lieu clioz nos voisins les Allemaucls à l'amusante méprise suivante :

LiV. 44. A. Fayard, éditeur.

Dans iiii roman, «loiil rarlion so passait à Paris, rautcur voulant «lire qiu» son ln^ros s'était rtMin^ dans uiicouvenl, ^«crlvalt : « RnOn, »l«'HOH|»<''rA, il r^noin;a an Mïonilc ot rnlra aux fi-t-rcs Provonraux... »

Lafortnno. si inconslantn pour coït»? maison, so montra très Inn-i-niii^ fidrlc an oufô (Ifl Foy. Son fomlattMir, Jonsscrand, y K^i^QA cin(| millions ; son snci''Ssour. Lonoir, lin million ; ai)rôs oux Lomallro et Quostel furent ••paiement très lionronx. Sa rliontèlo royaliste «Hait ricin*. Il compta parmi ses hahitnés «les hommes d » IfUn-s ot dos artistes tivs connns, ou nièjiie illustres: Le poète Lobrun-Piudan\ Armand Haculard qui y voctut pondant trente ans d'emprunts de petits écus, (juaucun provincial n'aurait osé ivfuscr h l'autciii' du f'omtp de Comingea, le vieux manjuis do Ximenès, Cari Vernct, qui pendant plus de vinj^'tcinq ans y vint chaque soir, après le spectacle, prendre un quart de punch, dont il assaisonnait cha(iuo vorre d'un calenil)our<;. Vernet trônait au café de Foy jusqu'à deux heures du matin, entouré d'une société d'artistes, de gons »le lettres, d hommes du monde qui causaient, portes closes, en toute liberté. Cette joyeuse société se composait de Barré, directeur du Vaudeville, Cellerier, architecte, do Sourgis, écuyer de l'empereur ; Horace Vernct y vint plus tard. Ce fut pendant uuo de ces réunions et tan<lis que l'on peignait les boiseries, (]u'Horace Vernet monta sur le poêle et peignit au plafond une hirondelle (pii y resta plus de trente ans et qui, prétendent les propriétaires, porta bonheur à la maison.

Le café de Foy était aussi renommé pour son salon de joueurs d'échecs.

Un autre établissement historique qui périt d'inanition en 18'il, et dont nous avons déj;\ parlé, le café de Valois, était fréquenté par Métra, (jui avait politique sous l'arbre de Gracovie et dont le nez colossal était digne d'être classé parmi les curiosités du Palais-Royal; Journiac de Saint-Méard. l'auteur de l'Agonie de trente-six heures et le président de la Société des gobe-mouches, qu'il avait fondée ; Champcenez ; le journaliste Pelletier; Bergasse. Après le 18 brumaire, le marquis de Chauvron; pendant l'Empire, les frondeurs du faubourg Saint-Germain, plus tard les duellistes. Le café de Valois mourut à l'âge de soixante-dix-huit ans.

Nous sommes loin d'avoir épuisé la liste des célébrités du Palais-Royal : les bijoutiers mériteraient bien q.uelques lignes, ne serait-ce que pour montrer comment ils se laissent toujours voler de la même façon... Mais u qui ne sut .se borner ne sut jamais écrire. »

LE DUC d'ORLÉAN-S ET SX COUR. -• .TEUN'ESSE DES PRINCES D'ORLÉANS.

Louis XVIII disait de son cousin d'Orléans : • Il ne remue pas et cependant je m'aperçois qu'il chemine; cette activité sans mouvement m'inquiète, mais comment s'y prendre pour empêcher de marcher un homme qui ne fait pas un pas'?... C'est un problème très difficile à résoudre. Je voudrais bienen épa rgner la solution à mon successeur. »

Il semblait prévoir 1830.

Louis-Philippe qui, sous le rapport des mœurs, valait mieux que so]i père, en politique était plus habile et encore moins scrupuleux que lui. II ne se compromettait pas, — nous l'avons vu dans l'affaire de Grenoble, — mais il taillait leur besogne à des agents actifs et dévoués.

En apparence il ne s'occupait que de beaux-arts et de littérature... Il tenait à être considéré comme protecteur éclairé des arts et des lettres ; mais il montra souvent plus de bonne volonté que de goût. Il était de son temps, il ne le devançait point et ne devinait pas dans les novateurs du romantisme les maîtres de l'avenir. En un mot, il restait ce qu'on appela de son temps juste milieu. Mais ceux qui connaissaient ses cousins devaient, par comparaison, le trouver supérieur.

Les jeunes écrivains trouvaient au Palais-Royal un accueil bienveillant.

Le duc recueillit l'auteur des Messéniennes, Casimir Delavigne, renvoyé de la chancellerie en 1828 ; il encouragea Fauteur de Charles VI ; il donna un emploi dans ses bureaux au fils du général Dumas et encouragea ses débuts littéraires en assistant avec sa famille à la première représentation de HenrillI.

11 enrichit la galerie du Palais-Royal de chefs-d'œuvre de Gérard, de Gros, de Girodet, de Géricault, d'Horace Vernet, de Picot, de Gudin, de Michallon. II aimait l'architecture et la peinture. Horace Vernet avait sa prédilection. La clarté et la facilité même de son talent le séduisaient. Vernet était pour lui ce que Lebrun était pour Louis XIV.

Les artistes, les écrivains qui rayonnaient de la cour du Palais-Royal, ajoutaient à la popularité de d'Orléans. Il était duc, prince, mais enfin, disait-on, il n'était pas arriéré comme les autres. Il n'aimait pas les calotins. Son instruction paraissait encyclopédique; il est vrai qu'il avait beaucoup voyagé, beaucoup vu de ce qui intéresse ^le commerce et l'industrie, qu'il était enfin un homme pratique.

En lui, en sa famille, se réunissait tout ce qui pouvait plaire à la classe sortie dominante de la Révolution, à la bourgeoisie.

Il y avait même entre la bourgeoisie et lui réciprocité de sympathies. Il en était compris et il la comprenait.

Quant au peuple, il ne l'aimait pas ; il le craignait, comme une force aveugle dont on ne devait attendre que le désordre, et qu'il faut surveiller et ménager.

Tant qu'il fut au Palais-Royal, il tint davantage à s'entourer du prestige du luxe que lorsqu'il fut aux Tuileries. Dans ce dernier palais il semblait que la couronne avait un éclat suflisant. En devenant roi il amoindrit sa maison au lieu de l'agrandir. Comme prince, il avait des écuyers, des gentilsliommes de la chambre, des aumôniers. 11 avait alors besoin de créatures, puis il devait parler aux yeux de la foule.

Il aimait à se montrer au milieu de ses fils et de ses filles. 11 avait des succès comme père de famille, quand il paraissait au balcon du Palais-Royal, entouré de ses enfants, ou lorsqu'il se rendait avec eux àNeuilly en cliar à lianes attelé do doux clievaux.

'MS IIISIOIIII-; IjL l'ALAlS-ltUVAL

Il riivi»y;iscH fils an ^•oII('•^(o. Il los Hiirvoillait hé vè rotin» nt i;t no leur «rrordait <|ii(' l«' inoinH poHsililo pour Iouth nioniis plaisirs. O nV'tait |):ih nn mal Hiirtout A l'iiiîo rritiqiiooù R'éveillont Ioh passionH.

Los (lues «lo C.harfros, do Noinoiirn, do .loinvilj»; liront «lune li-nrs ôtiid<»s au iMtlIo^r llrnri IV, sons la snrvoillaiicc flirorto ri nn pr«'('<'pl«'iir conimnn, 1«; célùbro M. Trognon, dont lo nom lit les dc-lices du Charivari. 11 los accompagnait au dorloir, ii IV'tndo, en classe, h table.

liOs princes prenaient leurs repas dans une salle parlicnlic'M*-. IIh étaient fonr?ns au tarif ou h l'entreprise, mais pour douze couverts; on leur laisnait le droit d'inviter des camarades.

Le prix dti d»''jeuner était invariablement fixé à un franc rim/uan(n centimes par tète et le dîner à deux fiancs. — En cela la sai^esse était daccord avec l'économie.

l^]levéa bourgeoisement ;\ Henri IV, les jeunes d'Orléans n'avaient point, pour cela, abdiqué au i)alais paternel les bonneurs princiers.

Le duc de Xcniours était particulion'uu'nt bien vu aux Tuileries. Charles X avait pour lui plus d'atTection que Louis-Philippe. 11 entrait h peine dans sa douzième année lorsijue le roi lui fit cadeau d'un régiment et le nomma colonel du 1"' chasseurs à cheval.

Il fut d'ailleurs plus tard, comme ses frères, un de nos plus braves officiers.

La famille d'Orléans eut un accroissement rapide. Le duc de Joinville était né en 1S18; le duc d'Aum;ile en 182*2 ; le duc de Montpensier en 1824.

« Joinville, dit un bioyraidie, n'était aristocrate ni dans sa tenue ni dans ses opinions. Très franc, très ouvert, tout à fait dégagé de morgue, il gagna l'alTection de ses maîtres et de ses condisciples. Plus d'un ami de collège le retrouva parla suite et ne réclama pas en vain sa protection.

Destiné à la carrière de la marine, le jeune prince étudiait sérieusement et passait des examens publics.

On le reçut élève-enseigne à l'école navale de lircst, et il continua de se soumettre régulièrement aux examens d'admission pour tous les grades.

En sa qualité de marin, le duc de Joinville .se croyait obligé aux façons brusques et aux propos salés. Ce léger travers lui attira plus d'une réprimande de son père, qui avait plus voyagé que lui sans paraître aussi loup de mer. Mais à sa mère, à ses jeunes .sœurs il paraissait plus terrible que Jean-Bart.

Un jour sa sœur Clémentine lui dit :

— Tu vas visiter le Sénégal et la Guinée, que me rapporteras-tu de ton voyage?

— Ce que tu voudras. Que désires-tu?

— Je voudrais le costume d'une reine africaine.

— Je te le promets, dit Joinville.

A son retour, deux ans plus tard, sa sœur lui rappela sa promisse.

— Et mon costume de reine sauvage? j'espère que tu ne l'as pas oublié.

— Non ; je l'ai dans ma poche.

— Comment? Il s'agissait d'un costume complet.

— Il est très complet.

Et il lui remit un collier de petits coquillages et un bracelet de corail,

— Et puis ?. . . fit la princesse.

— C'est tout, répondit Joinville. La couturière de la reine ne fait pas fortune...

Hippolyte Gastille raconte une anecdote de plus haut goût.

La gouvernante du petit comte de Paris, alors âgé de trois ans, tenait son élève avec quelque sévérité. Un jour Joinville, qui aimait son neveu, voulut le retenir dans sa chambre.

— Oh I non, M'^" X*" me gronderait, dit le petit prince.

— Eh bieni repartit Joinville, tu lui diras... zut... (zut est ici la traduction d'un mot moins propre).

L'enfant ne manqua pas de suivre la recommandation de son oncle et le gros mot eut de l'écho jusqu'au roi. Louis-Philippe demanda à son petit-fils qui lui avait appris cette expression mal choisie.

— C'est mon oncle Joinville.

— J'aurais dû m'en douter, dit le roi. Toujours le même ! Louis-Philippe déjà riche en garçons, eut encore trois filles. Ces princesses ne

ressemblèrent en rien à leurs aïeules. D'une conduite irréprochable, elles firent peu parler d'elles. La princesse Amélie épousa Léopold I", roi des Belges; elle fut très aimée du peuple belge. La princesse Marie, mariée au duc de Wurtemberg (au grand chagrin de sa dévote mère, le duc était hérétique!!), était une jeune artiste qui laissa quelques œuvres estimables. Elle périt par le feu, à l'âge de vingt- six ans.

La princesse Clémentine, troisième fille de Louis-Philippe, épousa le prince de Cobourg. Elle résida habituellement aux Tuileries; c'était aussi une personne aimable et d'une intelligence cultivée.

Le duc d'Orléans pouvait donc être justement fier de sa famille.

Lorsque l'on pense à la corruption des cours, aux véritables conspirations ourdies contre la vertu des princes, on ne peut qu'admirer les bonnes mœurs et la conduite des enfants de Louis-Philippe. Les hommes étaient braves ; les filles étaient chastes.

Le père et la mère veillaient sur eux avec une égale sollicitude.

Marie- Amélie n'avait aucun rôle politique. Adorant aveuglément son mari, elle se reposait entièrement sur une sagesse qu'elle croyait infaillible. Jusqu'à sa dernière heure, Louis-Philippe fut toujours le plus intelligent et le meilleur des princes et le plus honnête des Français. Esprit d'une culture peu étendue et borné par une étroite dévotion, elle se renfermait dans sa famille. Cette petite fille de Marie-Thérèse, cette fille de la turbulente et dépravée Caroline, avait les idées et les goûts modestes d'une honnête bourgeoise. Sa belle-sœur Adélaïde, femme d'habileté et de résolution, la dominait de toute la supériorité de son intelligence, et de son expérience politique.

Le duc d'Orléans lui-même, si indépendant, si personnel, ne faisait rien sans consulter sa sœur et restait souvent sous son influence. Cette vieille fille avait tous ses défauts et toutes ses qualités. Enfin elle était le plus cher et le dernier

«50 HlbTUIlUi: Di; I'AL.VIS-HoVAL

ti'inoiii (|t« s;i vi.'; par dlo rovlvail pour lui !«• passi', la jJMnwsse, l'cxjl i-l sph t^pr«Mivos!...

Plus tard iiouh comploterons co tabhiaii <ltî la famille, lor8(iue ccIIjmm, plus uomhriMisi» oiicorc, iV-sidora aux Tuileries; il faut nous arracher à l'exemple duH vertus domcsticjucs, nous avons i\ reprendre riiiatoiro moins édifiante des nianœuvres que la cupidité et l'ambition inspirèrent au duc d'Orléans et qui serviront de préface à son rè^n©.

Li: l'AMPHLKT DK 1H20 SUIl LA NAISSANCE DU DUC DE BOUDEAUX

Le 00 septembre 1SJ<), la duchesse de Ikrry donna le jour aux Tuileries à un enfant, (jui reçut en naissant le titre du duc de Hurdeaux.

Le père était tombé sous le poignard de Louvel; le nouveau-né trompait le sombre espoir de l'assassin. Les poètes chantèrent :

Il est n<^ IV'iifant du inirticle I ]\ est u^ rniraiit (lu martyr I

La vieille dynastie sembla reverdir dans ce bourgeon inespéré. Mais on sait que le fils d'Égalité ne croyait pas aux miracles et les légitimistes ont toujours prétendu qu'il n'avait pas cru à la paternité posthume du duc de lierry.

Quelques jours plus tard en effet on publia à Londres un document intitulé, protestation du duc d'Orléans, dont de très nombreux exemplaires en anglais et en français circulèrent en France et se vendirent sous le manteau.

En voici la traduction :

€ Son Altesse Royale déclare par les présentes qu'il proteste formellement contre le procès-verbal daté du 29 septembre dernier, lequel acte prétend établir que l'enfant nommé Charles Ferdinand Dieudonné est lils légitime de S. A. R. madame la duchesse de Bcrry.

i Le duc d'Orléans produira en temps et lieu les témoins qui peuvent faire^ connaître l'origine de l'enfant et de sa mère; il produira toutes les pièces nécessaires pour rendre manifeste que la duchesse de Berry n'a jamais été enceinte depuis la mort infortunée de son époux et il signalera les auteurs de la manifestation dont cette très faible princesse a été l'instrument.

€ En attendant qu'il arrive un moment favorable pour dévoiler toute cette intrigue, le duc d'Orléans ne peut s'empêcher d'appeler l'attention sur la scène fantastique qui, d'après le procès-verbal, a été jouée au Pavillon-Marsan.

<> Le Journal de Paris que tout le mon<le sait être un journal confidentiel, annonça le prochain accouchement dans les termes suivants :

«Des personnes qui ont 1 honneur d'approcher la princesse nous assurent que l'accouchement de S. A. R. n'aura lieu que du 20 au 28 septembre. »

« Lorsque le 28 septembre arriva que se passa-il dans l'appartement de la duchesse?

;< Dans la nuit du 28 au 29, à deux heures du matin toute la maison était couchée et les lumières éteintes; à deux heures et demie la princesse appela; mais la dame de Vathaire, sa première femme de chambre, était endormie; la dame Lcmoine, sa garde, était absente et le sieur Deneux, l'accoucheur, était déshabillé.

(( Alors la scène changea : la dame Bourgeois alluma une chandelle, et toutes les personnes qui arrivèrent dans la chambre de la duchesse virent un enfant qui n'était pas encore détaché du sein de sa mère.

« Mais comment cet enfant était-il placé ?

« Le médecin Baron déclare que l'enfant était placé sur sa mère et encore attaché par le cordon ombilical.

« Les deux praticiens savent combien il est important de ne pas expliquer plus particulièrement comment l'enfant était placé sur sa mère.

« Madame la duchesse de Reggio fit la déclaration suivante :

« J'ai été informée sur-le-champ que Son Altesse ressentait les douleurs de l'enfantement; j'accourus auprès d'elle à l'instant même, et en entrant dans la chambre, je vis l'enfant sur le lit et non encore détaché du sein de sa mère. »

« Ainsi l'enfant était sur le lit, la duchesse sur le lit, et le cordon ombilical introduit sous la couverture.

« Remarquez ce qu'observa le sieur Deneux, accoucheur, qui, à deux heures et demie, fut averti que la duchesse ressentait les douleurs d'enfantement, et qui accourut sur-le-champ auprès d'elle, sans prendre le temps de s'habiller entièrement; il la trouva dans son lit et entendit l'enfant crier.

« Remarquez ce que dit madame de Goulard qui, à deux heures et demie, fut informée que la duchesse ressentait les douleurs de l'enfantement et qui vint surle-champ et entendit l'enfant crier.

« Remarquez ce que vit le sieur Franque, garde du corps de monsieur, qui était en faction à la porte de Son Altesse Royale et qui fut la première personne informée de l'événement par une dame qui le pria d'entrer.

« Remarquez ce que vit M. Laine, garde national qui était à la porte du pavillon Marsan et qui fut invité par une dame à monter ; il monta, fut introduit dans la chambre de la piiiicesse, où il n'y avait que sieur Deneux et une autre personne qui, au moment où il entra, observa que la pendule marquait deux heures trentecinq minutes.

« Remarquez ce que vit le médecin Baron, qui arriva à deux heures trentecinq minutes, et le chirurgien Bougon qui arriva quelques instants après.

« Remarquez ce que vit le maréchal Suchet, qui était logé par ordre du roi au pavillon de Flore, et qui, au premier avis que Son Altesse Royale ressentait les douleurs de l'enfantement, se rendit en toute hâte à son appartement, mais qui n'arriva qu'à deux heures quarante-cinq minutes et qui fut appelé pour assister à la section du cordon oml)ilical qui eut lieu quelques instants après.

.- HriM.inpic/ Cl' (jui doit avoir éf«'* vu iiar le maréchal de (^oi^ny, qui trtait 1oj{<'î aux TuilorioH |mr urdro du roi ettiui fut appelé lorsque Son AllesHe Hoyalo <!tnit il.'il;irtM»; il se rendit en h:\te :\ son appartement mai» il n'arriva ({u'uii moment après que la soetion du cordon avait ou lieu.

<< Remarquez enfin ce ipii fut vu par les personnes ({ui furent Intnxluites après deux heures et demie jusqu'au moment do la section du cordon ombilical qui eut lieu (pielquos minutes après deux heures trois (juart.

- Mais où étaient donc les parents de la princesse pendant cette scène (jui dura au moins vin;it minutes?

«< Pourquoi, pendant un si lon^' espace do temps, affectèrent-ils de l'abandonner aux mains de personnes étraiij^ères, de sentinelles et de militaires de tous ran<îs? Cet abandon atTecté n'est-il donc pas la preuve d'une fraude grossière et manifeste? N'est-il pas évident, qu'après avoir arranj^é la pièce ils se retirèrent à deux heures et demie et que, placés dans un appartement voisin, ils attendirent le moment d'entrer en scène et déjouer les rôles qu'ils s'étaient assignés?

« Et en effet, vit-on jamais lorsqu'une femme de (|uelque classe que ce soit était sur le point d'accoucher, (juc pendant la nuit les lumières fussent éteintes? ({ue les femmes placées autour d'elle fussent endormies? que celle qui était spécialement plus chargée de la soigner s'éloignAt, que son accoucheur filt déshabillé et (jue sa famille, habitant sous le même toit, demeurât plus de vingt minutes sans donner signe de vie.

« S. A. R. le duc d'Orléans est convaincu que la nation française et tous les souverains de l'Europe sentiroit toutes les conséquences dangereuses d'une fraude si audacieuse et si contraire aux principes de la monarchie héréditaire et légitime.

« Déjà la France et l'Europe ont été victimes de l'usurpation de Bonaparte, certainement une usurpation de la part d'un prétendu Henri V ramènerait les mêmes maliieurs sur la France et sur l'Europe.

Fuit à Paris, le 30 septembre 1820. »

Le duc d'Orléans a pu attribuer aux républicains le pamphlet publié à Londres sous son nom ; mais pourquoi les républciains auraient-ils fait de la réclame au duc d'Orléans ?

Ne pouvait-on dire à ce dernier : Si ce n'est toi, c'est donc quelqu'un des tiens? — Louis XVIII en parut toujours convaincu et il marqua depuis à son cousin une froideur plus accentuée.

Plus tard, le 2 août 1830, un journal orléaniste, le Courrier Français, publia la traduction que nous venons de citer et Louis-Philippe permit que des crieurs publics la vendissent dans l'enceinte même du Palais-Royal.

Si ce prince n'était pas l'auteur de ce pamphlet, on ne saurait nier qu'il montra une complaisance coupable et se rendit ainsi complice de la calomnie. Fouis- Philippe a toujours joué un double rôle : en 179*2, général de la République et prétendant ; eu 1791, émigré et libéral ; en 1810, prince français entré au service de lEspagne contre la France; en 1812, espoir de Fouché; en 1815, Altesse Royale

Joioville, ea sa qualité de maria, se croyait obligé à des propos salés.

et complice de Fouché et de Paul Didier; de 1815 à 1830, jouant ce que l'on a si bien appelé la comédie de quinze ans.

Tandis que le duc d'Orléans subissait du côté des frères de Louis XVI un refroidissement dans ses relations de famille, d'un autre côté il se ménageait un rapprochement avec son plus proche parent, du côté maternel, le duc de Bourbon prince de Gondé.

11 seml)laitque la Révolution eût creusé entre eux un abîme infranchissable, lis étaient séparés par leur passé politique, par leurs principes, et même par leurs mains et leurs gants.

LlV. 45. A. Fayard, éditeur.

Hi8T011lI': l)i: l'AlAfS-IlOYAI,

M.ii^ ItMlvAvéllAln I . . .111 <liii- (I * ) 'III ;j>.ii, r ili-^

ivlatiouK arsc son onoledo liotirbon.

Kii IK'.H). lu mort du iliu- «li; Merry niniiit aux H iiil<>rifts loiis lo^ iitiMutMivs de l;i r.imillo: en IK'JV, des atl'alrdK d intAnH (^uttllraiil entre OrlôaiiH et liouri>oiir.ondé un connnuncoment do corresjjondanc»'. l^i femme du prlnco do Condù, Louisu d'Orirans, depuis longtemps «lOparéo d<> aou tiiari, était mortveii laiK.sant à jjun noveu uno t'ortuni<>con.sitli^r:it)l(>.

i^' (lial)lo (!«' di^mon de lai-geul. ou M"" d<>I«'euâhôres, comme \o\ih >TOudre/.) se t-lKU'xe;i du rostw.

\lll

LE DUO DE B0UIlB<>N-r.OMnK. — flRB RELATIOîfB AVEC LA FAMILLK d'oHLÈANS, — M"" LA UAHONNi;.DK.PKU(!HÈHES. — LE DUC d'AUMALK.

Le p(^iv du prince divClondé, dont nous avons à parler, avait épous»^, eiiP/'/l, une Hohan-Soul)isu, »»t lui s'«^tait marié à 1 A^'e de quinze ans à sa cousine, Louise d'Orléans. Les deux épouses ne se prirent pas au sérieux et coururent les plaisirs chaauie dv son côté. (Cependant, nial^'ré leurs désordres, ils eur<'nt un lils ipii t\it le duc «l'Kn;.ihien. fusillé à Vincenncs. Mais les scandales causés par la {uincesse déterminèrent une séparation ; le mari se lassa de sa femme et celle-ci se détuortta des plaisirs et du monde et se retira dans un couvent où elle finit ses jours.

huidis (pielle faisîilt pénitence, la révolution éclatait et les princes fuyaient à l'ctraiï^ei-.

Le vieux prince de flondé-Hohan organisa une armée d'émigrés, et son lils, dont nous racontons riiistoire, commanda sous ses ordres un corps de gentilshommes qu'il avait levé dans le pays de Liège.

11 se troTivait donc avec les Prussiens que le duc d'Orléans combattait à Valiuy.

L'exécution de son fils en 1804 lui porta un coup d'autant plus sensible que la victime de Bonaparte était son unique enfant.

En 1815 il fut nommé colonel-général de l'infanterie légère et pair de France. Mais il se tint à l'écart. 11 lui répugnait de se rencontrer à la cour avec le lil.« du régicide d'Orléans, ou le prince de Talleyrand, un des assassins de son lils; entin il retrouvait le roi trop accessible aux idées modernes. Ce trait de caractère indique assez ce qu'il était, un esprit peu cultivé et très étroit, obstinément attardé dans les préjugés anti(iues.

Bien qu'il possédât le Palais-Bourbon, dont on a fait la Chambre des députés, il résidait rarement à Paris, et vivait soit au château de Saint-Leu, soit à Chantilly. Ce dernier séjour surtout l'attirait à cause des chasses. Le splendide château de ses ancêtres avait été détruit par la Révolution ; il n'en restait que ces écuries monumentales, d un luxe insolent, insensé, qui sont encore une des eu-

riosilés des environs de Paris ; mais il avait fait construire le petit château auquel attient un parc remarquable par ses eaux limpides et courantes. La forêt qui en est le prolongement est sans égale avec ses larges avenues, ses vastes étangs de Gommelleet son castel de la reine Blanche.

Dans ce magnifique domaine, le duc de Bourbon achevait de s'abrutir par la passion, ou plutôt la manie héréditaire de la chasse.

Courir le cerf ou le sanglier était son plaisir quotidien. Il vivait si bien avec la meute qu'il risquait de contracter la manie aboyante, dont furent alfectés son aïeul et Georges III d'Angleterre.

Malgré ces défauts, c'était un excellent homme, bienfaisant, généreux, compatissant aux maux d'autrui.

Il ne ressemblait donc guère à Louis-Philippe qui n'aimait pas la chasse et était loin d'être prodigue. Il fallait un événement pour les rapprocher. En apprenant qiie le duc de Berry venait de tomber sous le poignard de Louvel, le vieux Condé, celui que Louis XVIII appelait en plaisantant le sauvage Hippolyte, se souvint du duc d'Enghien, quitta ses forêts et se réunit à sa famille en deuil. Il embrassa le comte d'Artois, à qui il n'avait pas pardonné sa lâcheté à Quiberon; il serra la main à Philippe le jacobin.

Celui-ci ne manqua point l'occasion de renouer des relations avec un oncle dont la fortune colossale était sans héritiers directs, et en 1822 il fut assez heureux pour que le duc de Bourbon consentît à être le parrain du duc d'Aumale^ Cette paternité spirituelle fut un nouveau lien. Soit par devoir, soit par tendresse sénile pour le nouveau-né, le filleul encore au berceau fut plusieurs fois demandé à Chantilly, et pour lui il n'y avait pas d'aînés, toutes les attentions délicates étaient pour lui; la première place lui était toujours réservée; il était toujours le premier nommé dans sa correspondance.

Le duc d'Orléans habitait souvent Gompiègne ; son oncle l'invita naturellement à profiter du voisinage de leurs résidences, à passer par Chantilly en revenant de Gompiègne et à accepter à dîner.

Louis-Philippe l'en remercia avec un enthousiasme amusant :

— Vous êtes, monsieur, mille fois trop bon et trop aimable, et je ne puis vous exprimer combien nous sommes sensibles à votre attention; nous profiterons avec le plus vif plaisir de ce que vous voulez bien nous proposer... »

A la fin de la même année il alla fêter la Saint-Hubert chez le « sauvage Hippolyte », et ce fut en cette circonstance qu'il fit la connaissance de madame la baronne de Feuchères.

Cette femme, l'héroïne du drame judiciaire dont nous commençons le récit, était d'origine anglaise et s'était appelée (de son premier nom) Sophie Dawes. Très jolie, spirituelle, elle avait débuté sur les planches de Covent-Garden et était publiquement entretenue à Turnham-Green par un riche seigneur, lors([u'elle se lia avec le duc de Bourbon. Elle le suivit en France en 1815, et trois ans plus tard épousa un loyal militaire, le colonel de Feuchères; celui-ci, pendant quelque temps, occupa une charge dans la maison du prince, et sa bonne foi, indignement trompée, servit à couvrir les amours adultères de sa femme. Le seigneur

866 HlSl'OIIU-: DU rALAI.S-llOVAL

do (IljMiitilly avait (Irposô ilniis l;i roibfillo de l.i inarit'îo uuo «lonatioii (!o 7,(H)() fiaïu's (1(> rontos.

rt'iulaiit «|uatt'c années, riiabilo Sophie parvint A maintenir un Ijandcait sur l(>s yeux (lo son mari, :\ i|iii elle cxi>li(|uail la tondrcsHcctlcfl libérulitÙH du prince en lui ronflant tnysterieusement «(u'clio •'•tait sa liil»!l...

Knlln les bontés du prince s'étendaient ;\ toute la famille Dawcs. La baronne avait pn"'s d'oUe une nièce et un neveu, MatliiMe ot .I.iines Dawes; la pr«'nii«'ro avait été dotée d'un million par le prince, et niarire au manjuis de Chabannes; lo second avait reçu 2(K),0()() francs et le domaine de Flassans, avec lo titre de baron attaché ;\ cette terre.

Opendant, en 18\,**J, le mari, averti par un ami, ouvrit les yeux. Il n'obtint pas d'abord de preuves positives, mais ses soupçons furent assez graves pour qu'il se plaij^nlt au prince do la position cruelle qui lui était faite. Le vieillard l'apaisa dabord, mais enfin, convaincu de roulrai,'e fait ;\ son honneur, et après une scène violente avec sa femme, M. de Feuchères se sépara de celle-ci, quitta Chantilly et écrivit au prince :

t Je me considère, dès ce moment, Mons<'i;^'nenr, comme ayant cessé de faire partie de la maison de Votre Altesse, dans laquelle, pour riionncur et le repos de tous, je n'aurais jamais dû entrer. »

Il adressait, en outre, une lettre au ministre do la guerre, à qui il disait :

« Par suite d'une querelle survenue dans mon ménage, j'apprends, de la bouche même de madame de Feuchères, qu'elle n'était point la fille de monseigneur le duc de Bourbon, comme elle s'était plu à me le faire croire, mais qu'elle en avait été la maîtresse. »

Cette séparation bruyante fit scandale.

Tandis (iue le mari s'en allait à Paris, la femme se retirait (disait-elle) dans un couvent.

Mais, au bout de quelques jours, elle revenait à Chantilly, sur les instances du septuagénaire éploré. Alors elle lui démontrait qu'il était nécessaire quelle compensât par une grande situation de fortune ce qu'elle venait de perdre en considération, sous le rapport des mœurs. Le prince se laissa convaincre. Aux sept mille francs de rente, il en ajouta vingt mille du revenu de Saint-Leu, puis la forêt dEnj,'hien, si bien qu'au bout d'un an la baronne avait plus de cent mille francs de rente.

Ce n'était pas assez, à son gré, pour l'aider à dévorer les humiliations dont elle avait à souffrir; les réceptions des Tuileries lui étaient fermées; l'archevêque de Paris avait refusé de s'asseoir à la table de son amant... Quelle fortune pourrait la consoler de pareils affronts ?

Le prince lui assura, par testament olographe remis entre ses mains, la propriété de Saint-Leu et celle de Boissy... en attendant mieux.

La baronne essuya ses larmes.

Forte de la faiblesse du duc de Bourbon, elle avait à satisfaire des ambitions de plus dun genre; elle voulut substituer au testament une donation entre-vifs, et faire révoquer l'ordre de Louis XVIII, qui lui interdisait l'accès de la cour.

Ses convoitises insatiables, son ambition, n'étaient pas sans difficultés et sans périls. Elle craignait qu'à la mort du prince les héritiers dépouillés n'intentassent un procès en captation, et elle voulut s'abriter sous un puissant patronage en méritant la reconnaissance de la famille d'Orléans,

Malgré son passé peu honorable et sa situation irrégulière, elle était reçue au Palais-Royal et correspondait avec la vertueuse duchesse Amélie.

En 1828, un journal, l'Ainstarque, annonça que le duc de Nemours était institué héritier du duc de Bourbon, à la condition de prendre le titre de prince de Condé K

Cette nouvelle fut aussitôt rectifiée par une lettre qu'adressa le secrétaire du duc d'Orléans à M. de Glatigny, intendant du duc de Bourbon. Cette lettre déclarait que le duc d'Orléans était entièrement étranger à cette publication. « Leurs Altesses Royales, ajoutait-elle, ne se dissimulent pas le grand avantage dont seraient pour un de leurs enfants et sa postérité les dispositions que l'on suppose ainsi; et pour un prince descendant de nos rois qui y serait appelé, quel honneur que celui d'hériter d'un nom de Condé, si cher à la France et si brillant de gloire! Mais les sentiments de Leurs Altesses pour l'auguste parent à qui elles sont tendrement et vivement attachées leur ont fait vivement regretter qu'on ait publié de semblables articles dans les journaux. »

Cette justification n'était qu'une insinuation. L'année suivante, la baronne revint à la charge en appuyant davantage. La lettre suivante, du l'^'" mai 1829, est un chef-d'œuvre d'habileté :

« Il y a bien longtemps, mij dearest frlend (mon cher ami), qu'un projet bien important m'occupe, mais, jusqu'à présent, je n'ai pas eu le courage de vous ouvrir mon cœur entièrement, dans la crainte de vous affliger. Le moment est venu où je me vois forcée de remplir un devoir sacré envers vous. Les malveillants ne cessent de répéter que je veux profiter de la tendre amitié que vous me témoignez pour m'emparer de votre fortune. Forte de la pureté de mes intentions à cet égard, j'ai négligé jusqu'à ce jour de faire les démarches nécessaires pour me justifier devant la famille royale, qui, je ne puis en douter, me rendra justice «quand cette démarche auprès de vous sera connue. Lorsque je vous ai vu, mij dearest friend, si indisposé dernièrement à Chantilly, les réflexions les plus cruelles se sont emparées de moi; et, en etïet, si cette maladie était devenue plus grave, quelle aurait été ma position? Moi qui, dans un tel moment, devais espérer vous rendre les soins les plus tendres, j'aurais été la première qu'on eût éloignée de vous.

« Pardonnez-moi, my dearest friend, si je suis obligée d'entrer dans quelques détails trop déchirants pour mon cœur; mais je vous ai déjà dit que c'est un devoir sacré que je m'impose pour vous implorer, à genoux s'il le fallait, pour vous décider à remplir le devoir imposé à tout homme, de quelque classe qu'il soit, et bien plus encore à un prince qui porte un nom aussi illustre que le vôtre. Le roi et la famille royale désirent que vous fassiez choix d'un prince de

1. Le prince qui, d'abord avait songé à faire son héritier le duc de Bordeaux, avait renoncé à ce projet en pensant qu'à son avènemeat au trône le futur Henri V laisserait tomber le litre de Condé.

UM iji6Toiui<: m; i'alais-koval

volro faiiiillo pour hôrltor un jour do vntir iioiii <«t de votro forhiin'. < m < i it -im" o'oHt moi s(<iil«^ i|ui int'l ulislirlu à ra(-(-nin|i|iH.s(iiu()ut du ce viuu, ni iiii'-iim> on vu jusqu'il cruiro i|Uo hï je u'ôtais puM |)r<<s di; vous cette OKpérauce do la Kraiioe t'iiiitii' ;iiir;iil r[r it-aliMÔe. C.ctto pdsiliou lu'osl tr<»p priiildi- p(»ur <pic )<• piii'sHi' la suppurltT plUH Inii^k'Uips, et je vous supplie, m// <lenreit frtentl, au uoiu d»- rc tcndro attaclicmont (|ue vuuh in'ave/ téiuoigné depuis tunt d'aunécH, de faire cosH«r cetlo cnudli' position l'u adoptant un héritier.

« Ai)r«'s liiou tlt's rôtlexiuus, ukui opinion est que c'est le jeune duc d'Aunialrqui réunit If plus de litres à cette haute faveur; ce jeune prince est voire filleul et vous est douhlemont attaché par les lieuH du san^. 11 aiuionce do plus, dans un A^'e aussi tendre, des nioyons qui le rendent ili^'ue de porter votre nom. Ne vous arrêtez pas, je vous en conjure, à l'idée (|ue celte ad0])tion va vous causer le moindre emharnis. Uien no serachanj^é dans votre manière de vivre habituelle; G est une simple formalité à remplir, et alors vous serez tranquille sur l'avenir, et on me laissera [»rès d»» vous, sans jjenser à m'éloifi;ner dans aucune circonstance. Si, mal^'ré tout ce <|ue je viens de vous dire, votre coiur trop froissé ne vous portait pas à faire cette adoption, j'ose dire ([ue l'alVection et le désintéres- S-iuent que je vous ai toujours montrés méritent <iue vous le fassiez pour moi; vous assurerez par là, my dearesl friend, la bieiveillance do la famille royale et un avenir moins malheureux à votro pauvre Sophie. »

A l'insu du duc de Bourbon, la Feuchères lit passer une copie de sa lettre au duc d'Orléans. i\m le 2, lui lit tenir une lettre par son oncle, en l'informant qu'à la veille «le faire un voyajîe en An^ïleterre, il viendrait la voir.

Ce mémo matin, la Feuchères écrit à son amant le billet suivant :

«Je viens à rinslant. dearest, de recevoir la lettre suivante du duc d'Orléans. Ce n'est (pien tremblant (jne je vous l'envoie; cependant, au fond, vous ne devez pas m'en vouloir, .le vous assure (jue je .serais au désespoir si je croyais «pie ma démarche près «le vous soit sans elTet. Pensez, dearesl, «{ue c'est pour votre Sophie que vous le feriez, qui vous a toujours aimé tendrement. »

C'est d'une comédienne etlVontée. Il est de toute vraisemblance que cette intrigue épislolaire était concertée entre elle et le duc d'Orléans ; «ju'elle avait été au Palais-Koyal s'entendre avec le duc ou sa sœur, avant d'écrire au pauvre vieux de Chantilly.

Mais voici la lettre de Louis-Philippe :

Neuilly, 2 mai 1828.

€ Je ne puis, Monsieur, résister au désir de vous exprimer moi-même combien je suis touché de la démarche, honorable pour elle, que M"* de Feuchères vient de faire envers vous et dont elle a bien voulu m'instruire. II ne m'appartient pas, i^ans doute, dans une circonstance où il dépend de votre seule volonté de procurer un si grand avantage à l'un de mes enfants, de présumer ce qu'il peut être avant que vous me l'ayez fait connaître; mais j'ai cru vous devoir et devoir aussi à ce même sang qui coule dans nos veines, de vous témoigner

combien je serais heureux de voir de nouveaux liens resseirer ceux qui nous unissent déjà de tant de manières, et combien je m'enorgueillirais qu'un de mes enfants fût destiné à porter le nom qui est si précieux à toute notre famille, et auquel se rattachent tant de gloire et de souvenirs. »

La réplique à cette habile indiscrétion ne se fit pas attendre : le prince, irritable d'ailleurs comme tous les vieillards, perdit patience, fut au Palais- Bourbon et reprocha amèrement à la pauvre Sophie son excès de zèle pour d'Orléans.

La preuve en est dans ce billet de la dame :

« Vous m'avez reproché d'une manière si dure la démarche que j'ai faite auprès de monseigneur le duc d'Orléans, que je crois <à présent de mon devoir de vous dire que monseigneur le duc d'Orléans doit venir chez moi pour vous voir avant son départ pour l'Angleterre. Je vous en prie, ne me refusez pas de venir déjeuner avec moi comme à l'ordinaire. Cette visite vous sera beaucoup moins embarrassante de cette manière, et cela vous évitera une réponse par écrit ou de rien dire de positif (mot souligné par M"" de Feuchères), et si vous ne venez pas, cela va faire un bien mauvais effet. Si vous aimiez mieux que je ne sois pas avec vous, alors monseigneur le duc d'Orléans irait chez vous. »

Ainsi les nœuds de couleuvre se resserrent de plus en plus après un long enlacement.

Le vieillard se débattra, il s'écriera avec amertume :

— On n'a plus à me parler d'autre chose à présent ; ma mort est la seule chose qu'on ait en vue.

Il dira encore à M. de Surval :

— Y a-t-il rien de plus affreux que de se voir pressé avec cette violence pour faire un acte qui m'est aussi désagréable?

Mais il faut qu'il aille à Paris pour voir le duc. Il résiste, il supplie : « J'ai la fièvre, je ne dors plus. » Il se révolte : « Une fois qu'ils auront obtenu ce qu'ils désirent mes jours peuvent courir des risques. » Il écrivit donc à son neveu cette lettre de refus assez dure : « L'affaire qui nous occupe, monsieur, entamée à mon insu et un peu légèrement par madame de Feuchères, et dont elle s'est chargée de presser la conclusion auprès de moi, m'est infiniment pénible, vous avez déjà pu le remarquer; entre les souvenirs déchirants ([u'elle me retrace et auxquels je ne puis encore habituer mes tristes idées, je vous avoue que d'autres motifs ne me permettent pas de m'en occuper en ce moment. On me taxera peut-être de faiblesse à cet égard, mais c'est sur vous que je compte pour excuser cette faiblesse bien pardonnable à mon âge et dans ma triste position. Mon affection pour vous, monsieur, et les vôtres, vous est assez connue, elle doit donc vous garantir l'intention dans laquelle je suis, depuis quelque temps, pour terminer une affaire qui se rattache à d'autres arrangements, et je ne veux d'ailleurs conclure qu'avec toute la maturité et la réflexion dont elle est susceptible. Je compte donc sur votre amitié pour moi, je vous le répète, pour obtenir de madame de Feuchères qu'elle me laisse tranquille sur ce point ; de vous il dépend d'éviter entre elle et moi une

:Uk) IIISTOIllE nu TALAIR-HOYAL

brouille, ou tout au inoins un froid, qui foniitlo malheur «lo toute mon cxislnnce.

HotM'v»'/, luonsieur, nvoc votre aMi:il)ilit«' arcouluuiée l'exprcHsion de la constante et bien sincère amitié ([ue je vous ai vouée jxiur la vie. »

Ainsi du duc d'Orléans dépond que madame de Fcuchères laisKO Kon oncle trani|uiUc, lo prince on appelle i\ Ba Kénéro.sité pour no pa8 être premé par son auxiliaire d'uue conrlusinn qui lut est infiniment pénible.

11 voit donc clair dans retto intiij^'ue. Il devine (juc le Palai.s-Bourbon H'in«pire du Palais-Hoyal.

t II (Upcnd de vous d'évitcr outre elle et moi une brouille, un froid, (jm i.r.nt lo malheur du reste de mon existence. »

Le pauvre bonhomme tremble de perdre celte Sophie Dawes, ce souvenir mourant et séduisant encore de sa dernière passion.

Le duc d'Orléans lui répond :

• Ncuilly, 20 aoAt 1S20.

c Je suis au désespoir, Monsieur, que les intentions pleines d'amitié et de bonté que vous avez bien voulu me manifester dans une conversation dont le souvenir m'est si cher, soient devenues pour vous une cause de chagrins et de contrariétés. Je suis bien reconnaissant de ce que vous voulez bien me répéter à cet égard, dans la lettre que je viens de recevoir de vous, et vous avez bien raison de compter sur moi pour faire en cela, comme en tout, ce qui pourra vous prouver la sincérité de mon attachement et de mon alTection pour vous, personnellement. Je tiens infiniment à ce que vos bonnes dispositions à l'égard de mes enfants ne soient la cause d'aucun embarras pour vous, de quelque nature qu'ils fussent, et je tiens surtout à éviter tout ce qui pourrait renouveler vos trop justes douleurs et blesser votre cœur si cruellement déchiré. Je vais donc me rendre chez madame de Feuchères pour remplir vos intentions, en causant avec elle, et vous pouvez être sûr que tout en lui manifestant, comme je le dois, combien nous sommes sensibles, moi et les miens, aux efforts qu'elle a faits près de vous pour obtenir ce témoignage public et certain de vos bontés, dont vous voulez bien m'assurer, je lui témoignerai aussi combien nous serions tous affligés de vous causer de nouveaux chagrins et de troubler la paix de votre intérieur. Votre lettre. Monsieur, m'inspire le devoir de lui demander de ne plus vous presser et d'attendre ce qui vous sera dicté par votre cœur et vos sentiments pour ceux qui sont issus du même sang que vous, et je le remplirai dans toute son étendue ; trop heureux si vous pouvez y voir une nouvelle preuve de tous les sentiments que je vous porte, de ma confiance dans ceux que vous me témoignez et de la constante, bien vive et bien sincère amitié que je vous ai vouée pour la vie. i

On a remarqué qu'entre les deux parents il n'a jamais été question jusqu'alors d'héritage, mais seulement -d'un témoignage public et certain d'affection; cependant le duc d'Orléans est tellement sùi* de déterminer son oncle à léguer sa fortune a J'Aumale, que, lorsqu'il écrit ce qu'on vient de lire, il a déjà chargé

Mort du prince de Condé, à SuinL-Len.

M. Dupère, son homme d'afTaires, de préparer un projet de testament, de façon qu'il n'y eût i^lus qu'à signer. La lettre qui suit en fait foi :

« Monseigneur,

f Voici le projet que Votre Altesse Royale m'avait charge, avant son départ pour Londres, de préparer et de rédiger.

e Pour observer fidèlement le secret que Votre Altesse m'avait imposé, je vous

LiV. 46. A. Fayard, Edileur.

HlSTOiaii; DU PALAI8-IU>YA1.

envoie III i M'iKinli' iiiiiiut»', fil it-' do ma iiiuiii, Il .lyaiit 1. 1 iiiicr .Mine

main étrangère.

• Le mémo motif de discrétion absolue m'a em{>èché d'en conférer avec «laulit's juriscoiisullos qiio j'aurais aimé à ronnulter maÏH qae Vulie \U<' île

sera toujours :"i ménK' d'interroger quand il lui plaira, ui elle lt'ju}<u i;^ lo.

« lléduit ù mes seules forces, j'ai fait de mon mieux; j'ai cherché h uk urer pleinement les nobles volontés de Son Altesse Kuyale le duc tie Bourbon, et \< .iir qu'elles ne fussent en aucun cas illusoires ni susceptibles d'être altaiiu'- -^ •■ • !.s tiers toujours disposés à faire un procès en pareil cas, j'ai joint ù la -m

relative :\ rado[>ti()n celle d'une institution formelle dluîritier, que jaijityne ronvcnabie^ à la solidité de l'acte entier.

« .T'ai l'honneur d'être, etc. »

/'oiir la ftntne, le rliu; d'Orléans se rendit donc avec un témoin ch'/ la Feiichères ; il la supplia de ne pas sacrifier à ses intérêts la tranquillité du vieillard.

I>e son côté, la dame ne promet rien et, le lendemain, le duc de Bourbon, lis larmes aux yeux, raconte à M. de Survol que le duc d'Orléans n'a pu i ien obtenir. E ajoute :

— J'ai eu hier -^oirune scène terrible. Il faut en finir, car l'étal laii>^ le. 'je suis depuis quelque temps ne peut plus exister.

Alors le prince s'occupe de rédiger le testaraenlqui lui est imj'ii.--'. Maib n n'a pas encore terminé, et les scènes les j)lus violentes se succèdent à Cliautilly.

Le duc a peur de sa charmante maîtresse « la pauvre Sophie » qui a déjà i>orté la main sur lui avec tant de brutalité ({uc son visage en garda les marque- - mglantes.

Le 29 août, dit M. de Surval, le duc se trouvait dans la salle de billartl, jui n'était séparée du salon que par un couloir ; j'entendis alorR de grands édats de voix. Je courus près du prince et le trouvai en proie à une fureur sans exemile. La baronne était près de l'ii.

— Mais voyez donc, fit-elle, dans quel état se met monseigneur. Tâchez do ne de l'apaiser.

— Oui, madame, répliqua le malheureux vieillard, c'est une chose épouvantable, atroce, de me mettre ainsi le couteau sur la gorge pour me faire faire un acte pour lequel vous me connaissez tant de répugnance.

Et lui prenant la main.

— Eh bien, enfoncez-le donc tout de suite ce couteau, enfoncez-le !

Mais cette révolte fut la dernière. Le lendemain il capitula. Le testament rédigé par M. do Surval fut copié, signé et déposé entre les mains du notaire Robin.

Ce testament le voici:

1, Souligné dans l'original. ^

« Ail nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, je recommande mon âme à Dieu.

« Moi soussigné, Louis- Henri-Joseph de Bourbon, prince de Condé, etc. etc.

«Je nomme et institue mon petit-neveu et filleul Henri-Eugène-Philippe-Louis d'Orléans, duc d'Aumale, mon légataire universel, voulant qu'à l'époque de mon décès il hérite de tous les biens et droits, mobiliers et immobihers, de quelque nature qu'ils soient, que je posséderai à cette époque, pour en jouir en toute propriété, sauf les legs que j'institue par ces présentes, ou que je pourrai instituer par la suite.

« A défaut du duc d'Aumale désigné, je nomme et institue pour mon légataire universel le plusjeune des enfants mâles demonneveu, Louis-Philippe d'Orléans.

« Je lègue à la dame Sophie Dawes, baronne de Feuchères, une somme de deux millions, qui sera payée en espèces aussitôt après mon décès, quitte de tous droits d'enregistrement ou autres frais, qui seront acquittés par ma succession. Je lui lègue aussi en toute propriété :

« 1° Mon château et parc de Saint-Leu;

« 2° Mon château et terre deBoissy et toutes leurs dépendances;

f 3» Ma forêt de Montmorency et toutes ses dépendances ;

« 4'^ Mon domaine de Morfontaine, tel qu'il se compose et que je l'ai acheté de M'n« de Villeneuve, suivant contrats des 21 et 22 juillet 1827 et 20 août 1829.

« 5° Le pavillon occupé par elle et ses gens au Palais-Bourbon, ainsi que ses dépendances;

« 6° Le mobilier que comprend ce pavillon, ainsi que les chevaux et voitures affectés au service de ladite dame baronne de Feuchères. Celte dernière mesure est également applicable aux officiers de ma maison, meublés par moi. Les frais d'actes de mutation, d'enregistrement et autres généralement quelconques nécessaires pour mettre ladite baronne de Feuchères en possession des legs ci-dessus, seront à la charge de ma succession; de telle sorte qu'elle entre en jouissance desdits objets quitte et libre de tous frais pour elle.

« Mon intention est que mon château d'Écouen soit affecté à un établissement de bienfaisance en faveur des enfants, petits-enfants ou descendants des anciens officiers ou soldats de l'ancienne armée de Gondé et de la Vendée. Je donne alors ce château et le bois qui en dépend à ladite dame de Feuchères en la chargeant de fonder l'établissement dont il s'agit, voulant en cela lui donner une nouvelle marque de mon attachement et de ma confiance. J'affecte au service des dépenses de cet établissement une somme de cent mille francs qui sera payée annuellement et à perpétuité par mon petit neveu le duc d'Aumale ou par ses représentants. Je m'en rapporte, au surplus, aux soins de madite dame de Feuchères pour que mon intention soit remplie, ainsi que sur le mode daprès lequel cet établissement devra être formé, et aux autorisations qu'elle aura à solliciter et à obtenir pour y parvenir.

« Je donne et lègue à titre de pensions à chacun de mes gentilshommes, secrétaires de mes commandements, membres de mon conseil, officiers employés à mon service au moment de mon décès, en telle qualité que ce soit, savoir :

• 1* A coiix qui nuroiit dniiH tnii maison, pliiK do viiikI uiim do Horvico, la totalité dos appoinlrmciils ou ^^.i^'ch dont ils jouiroul;

• A ci'ux <iui auront plus de cpiiii/f^ ans de service Iph trois (piarl*:; desdits appointements ou gn({os ;

« A «'«'ux (jui auront phu do dix ans de si-rvicc, la ujoilu* desdiln appouitcmouts ou Hiv^os ;

« A roux «pli auront moins de rini| ans de sorvioe, et plus de d<ux uns, une annôo do leurs appointements ou K'iJic«. à titro <l(;t,'ialili<ilion uno fois payée ;

« Kntendant (pi'ils jouissent do cos porrsions cumulativi mont avec les traitements attachés aux fondions qu'ils pourront remplir dans la maison de mon petit-neveu, le duc d'Aumale.

€ Je recommando :\ mon potit-novou le duc d'Aumale, les oflloiei^ ii >ui>iteurs de la maison, lui enjoi^'nant ilo traiter avec bienveillance tous ceux <|ui m'ont servi avec zèle et m'ont donné des marques d'un attachement particulier.

« .Te prie le roi d'a}.;réer mon vif désir et ma demande expresse que ma dépouille soit déposée à Vinconnes auprès des restes de mon fils bicn-aimé.

« Je nomnio jjour mon exécuteur testamentaire, M. le baron de Surval et lui donne, conforméinont à la loi, la saisine pour l'exécution du présent testament.

■• r.i'.i à Pnrl->. f>n notre Pal.ii>-T!uiiilKiii. le .iO .-.(n'ii IsjO. •

Ce testament fut bientôt connu des intéressés, aussi la duchesse Amélie s'empressa-t-elle d'adresser au prince de Condé ses remerciements.

Ce n'était pas la première lettre de ce genre qu'écrivait la duchesse dOrlé.ins.

Déj;\, en 1827, lorsque la Feuchéres lui offrit d emi)loyer son influence sur dearesl friend, pour détourner le Pactole du Palais-Bourbon vers le Palais- Royal, la mère du duc d'Aumale avait répondu par l'expression de sa plus vive reconnaissance. La lettre était longue et probablement dictée par Louis-Philippe; elle se terminait ainsi :

€ Je suis bien sensible à ce que vous me dites de votre sollicitude à amener ce résultat... Je vous assure que je ne l'oublierai jamais; et croyez que, si j'ai le bonheur que mon fils devienne son fils adoptif, vous trouverez en nous, dans tous les temps et dans toutes les circonstances, pour vous et pour les vôtres, cet appui que vous voulez bien me demander et dont la reconnaissance d'une mère doit vous être un sur garant. ♦

C'était tout ce que la baronne demandait: l'appui d'une maison puissante afin de pouvoir sans danj^er s'emparer d'une dizaine de millions.

Elle avait dit en d'autres termes aux d'Orléans : — Part à deux.

Et ceux-ci avaient accepté avec empressement, avec reconnaissance.

Les relations entre cette aventurière et la famille d'Orléans devinrent de plus en plus étroites et affectueuses. Le duc Louis-Philippe, à la date du 27 octobre, écrivait à la baronne :

« Notre petit d'Aumale a été un peu souffrant, sans qu'il y ait jamais eu lieu

d'avoir aucune inquiétude. Mais il a eu la fièvre par suite d'une courbature et, croyons-nous, d'un refroidissement

M°>« la duchesse d'Orléans et ma sœur me chargent de tous leurs compliments pour vous, et nous vous prions tous de présenter les nôtres à M. le duc de Bourbon. »

La baronne semble être de la famille. Enfin le duc d'Orléans l'informe qu'il vient d'obtenir du roi la révocation de l'ordre qui lui interdisait de paraître à la cour.

Cette bonté de Charles X prouverait-elle qu'aux réceptions de la cour un haut patronage suffit pour ouvrir les portes à la femme la plus compromise, et que sous la Restauration l'on avait moins de scrupule que sous Louis XV?

Autrefois en effet la comtesse d'Artois comme le dauphin, ne recevaient point la Dubarry, et Jeanne Vaubernier valait bien Sophie Dawes.

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