‹ Histoire du Palais-RoyalChapitre 49 sur 126 · L. H. S. DE BOUKBO.S · texte numérisé non relu

L. H. S. DE BOUKBO.S

P. S. Je demande à être enterré à Vincennes, près de mon infortuné iils.

Pas de date. Point de projet de suicide dans ces écrits bizarres, mais un grand souci des intérêts de Louis-Philippe qu'il n'aimait pas et à qui il attribue la propriété de Saint-Leu, erreur" qu'il ne pouvait commettre.

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Ces écrits étaient de la main de M. de Bourbon, mais on sait qu'il était habitué à écrire sous la dictée de sa favorite, ou à copier ce qu'elle rédigeait pour lui. Il semble qu'ils aient été jetés là afin d'appuyer l'opinion soutenue plus tard par les héritiers en montrant le prince obsédé par la peur de la Révolution et se donnant la mort dans un accès de délire.

Les plus anciens serviteurs du défunt, ceux qui n'avaient pas été placés près de lui par la baronne, étaient d'un avis opposé. Il en était de même à Chantilly où le prince était très aimé; on ne s'y gênait pas pour accuser la dame de Feuchères de l'avoir assassiné.

— Elle ne l'aurait pas osé ici, disait-on.

Et entre autres arguments on y répétait déjà un propos du chirurgien Bonnie qui disait que, dans la matinée du 27, le verrou de l'escalier dérobé n'était pas fermé, et que si M"'° de Feuchères s'était, contre son habitude, rendue à la chambre mortuaire par la route la plus large, c'était afin de cacher cette circonstance accusatrice I

Cependant les médecins chargés de l'autopsie conclurent au suicide.

Le corps fut ensuite porté à Saint-Denis et le cœur légué à l'église de Chantilly.

Lorsque l'abbé Pelier parut portant cette relique dans une boîte de vermeil, un silence profond se fit dans l'assemblée.

— Mes frères, dit le prêtre, le prince est innocent de sa mort devant Dieu. L'impression causée par ces paroles fut immense. Dans le compte rendu des

funérailles, donné par le Moniteur, elles ne furent pas reproduites.

SUITE

Après les funérailles, la baronne avait quitté Saint-Leu, puis le Palais-Bourbon. Elle se présenta à la cour et y reçut de la famille royale l'accueil le plus bienveillant.

Cependant les princes de Rohan se préparaient à intenter un procès civil et un procès criminel. Ces derniers s'étaient brouillés avec M. de Bourbon à l'occasion de la succession de Bouillon. Ils lui avaient disputé des droits légitimes qu'il lui avait fallu défendre devant la cour de Liège. Ensuite, il est vrai, ils avaient cherché à rentrer en grâce, et le prince Louis de Rohan s'était montré très assidu à Chantilly, mais le duc de Bourbon devinait leurs molifs intéressés et l'accueil qu'ils reçurent de lui ne leur laissa aucun espoir de reconquérir son amitié.

Après une longue instruction, lo procès criminel fut repoussé par un arrêt de la cour de cassation, en date du 28 juillet 1831. L'arrêt déclarait la partie civile non recevable dans son pourvoi, parce motif principal que la partie privée ne

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peut poursuivre sou iictiou dovunt les tribunaux crimiiiolR, lorsque lo ministère puMic uii^'it point ou acquiesce au juKoment rendu sur ses premières poursuitos.

Hcslail à prononcer au civil sur la demande en nullité du testament. I/aff;iiro ôlait pendante par devant lo tribunal de preniièro instance de la Seine. I^s plaidoiries commenct'rent lo i) septembre 18.'5I. M" Heimeqiiin so pri^'senta pour los Hohan; M* Lavaux pour la baronne do Feuchères; M' iJupin jeune pour le duc d'Aumale.

Le scandale avait (lôjà olé ^îrand; il devait être (locupié par l'éloquence des avocats et les commentaires de la presse.

Le procès fut très lonjj;; en en rendant compte, nous serions obligés à des répétitions fatigantes, qui, en somme, n'ajouteraient rien de bien important à ce que l'on connaît de cette alïaire mystérieuse. M. Hennetiuin, en rappelant les faits et en les qualifiant, en citant de nombreux témoignages reçus par le magi.strat instructeur, se plaça sur le terrain d'un procès criminel où ses adversaires furent obli^'és de le suivre.

On ne discuta point seulement la liberté morale qui avait pu inspirer le testament; il ne s'agit point seulement de captation, mais on se demanda comment le duc de Bourbon était mort, si sa mort pouvait être attribuée au suicide.

La dame de Feuchères ne gagna rien dans l'estime publique, à la lumière projetée sur elle, et la famille d Orléans fut sévèrement blûmée d'avoir recueilli le résultat de trop habiles manœuvres, derrière lesquelles l'opinion persistait hautement à voir un crime.

t Une pensée, dit M. Hennequin, s'offre à tous les esprits. La politique et près d'un demi-siècle d'opinions, de guerres et de souvenirs avaient élevé comme une barrière entre les maisons de Gondé et d'Orléans; c'est l'amour de l'or qui s'est efforcé de créer des relations factices entre ceux que tant d'obstacles séparaient. »

Il dit encore :

• Eh quoi! me dira-t-on, le duc d'Aumale, embelli de toute l'innocence de son âge, sera-t-il donc victime de violences qu'assurément il n'a pas exercées?...

« Monsieur le duc d'Aumale ne trouve de droits au legs universel que dans le testament du 30 août 18i29. Si cet acte est l'ouvrage de la violence, comment pourrait-il en profiter? Je veux bien célébrer avec vous ses grâces, sa jeunesse : — la discussion ne commence qu'au legs universel. Le prince est tout à fait en dehors de la violence, mais il ne doit pas en être enrichi.

« Je dirai plus, je dirai qu'il nest pas nécessaire que le duc d'Aumale fonde son avenir sui* de pareils actes; qu'il sanctionne, en en profitant, les actions qui ont arraché le testament; qu'il est bien, au contraire, que le jeune prince se dégage d'une- fortune stigmatisée par de si tristes souvenirs. Pourquoi faut-il que, trop jeune encore, il ne puisse s'adresser à ses juges? Ah ! s'il pouvait accourir dans cette enceinte; si là, devant vous, au milieu de ses concitoyens, il pouvait se faire entendre, comme il abdiqueraitles fruits d'une sinistre influence!... « Ohl non, s'écrierait-il, ce n'est pas là une fortune qui me convienne; le nom de

Gondé est glorieux, sans doute... j'en saurai renouveler les merveilles. Je serai Gondé sur les champs de bataille ; je n'ai pas besoin de l'être dans votre testament.

« Et dans la vérité, magistrats, quelle compensation au malheur d'éveiller les susceptibilités nationales !... Quelle alliance faut-il subir?... Envers qui tant de reconnaissance imposée ?... Un titre qui devient un reproche ; des biens dont on voudrait pouvoir cacher l'origine ; toute la vie du protégé de la baronne en proie aux préventions et, si l'on veut, aux injustices de l'opinion.

H C'est dans ma cause que les intérêts véritables du jeune légataire sont défendus... Oui, prince, je vous conteste des droits quisont indignes devons!... »

Le 22 février, M. le président de Belleyme prononça un jugement longuement motivé dans lequel le tribunal, « attendu que le choix de l'héritier avait été déterminé par de hautes convenances politiques et motivé par l'affection du duc de Bourbon pour le duc d'Orléans et pour son filleul ; attendu que l'institution dont il s'agit a été proposée ouvertement et que personne ne s'est présenté pour la combattre ; attendu que le duc de Bourbon n'a jamais manifesté la pensée de choisir un héritier dans la maison de Rohan et qu'il résulte la preuve que le testament attaqué est bien l'expression de la volonté du testateur, déclare inadmissible les faits articulés par les princes de Rohan ; dit qu'il n'y a lieu à en faire la preuve, les déclare mal fondés en leurs demandes et conclusions tant contre le duc d'Aumale que contre la baronne de Feuchères et les en déboute... »

Cet arrêt enrichit la baronne, mais ne la réhabilita point.

Elle habitait les appartements qu'elle possédait au Palais-Bourbon. Bien que Dupin aîné fût président de la Ghambre des députés, elle neputsefaire admettre aux bals de la présidence.

Un moment reçue au Palais-Royal elle avait dû bientôt renoncer à cet honneur généralement désapprouvé. Justement méprisée de tous, cette femme se retira dans son pays où elle mourut le 2 janvier 1841.

Elle légua la plus grande partie de son immense fortune à sa nièce Sophie Tanaron. Une part revenait à M. de Feuchères. Cet honnête homme abandonna aux hospices la totalité de ses droits successifs, et fit don à, l'armée de 100,000 fr., répudiant une fortune due à une source impure.

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