SUR UN VOLCAN
Le roi de Naples, François P', frère de la duchesse d'Orléans, après avoir accompagné à Madrid sa fille Christine qui allait s'asseoir sur le trône de Ferdinand VII, roi d'Espagne, était venu à Paris avec la reine Isabelle son épouse.
Le duc d'Orléans, son beau-frère, voulut lui donner un grand bal. Il y convia
jf74 iiisToim-: i»r i'M.ms iioyal
011 m»''ino temp<* f'.linrlos X. lo «iHUphin son HN. li ilnuphino, U diwh'»K<*<» do lien N
I.f |..il lis l'tiiil t|i'coi-i'' avoc in:»^;iiiti' i-iicf ; la f»Ho spl(Mi<liil<- •'•t.iil encore n lov/'O par lu honutM de la nuit ; on circulait sur toutes Ipk terraHws qui, chart;/ns df» llcurs d'oranf^or, d«^cor6es de Ruirlandos on verre» do coulour. justifiaient en mot de Cliarle>< X ft (Jérard : — « Voil;\ un beau tableau h faire ; c'oKt une féorin, un<» (les Mille et une nuits. »
Charles X fit observer atissi k M. Fontaine que les fêtes qu'il organisait pour lui aux l'uileries étaient moins belles. Puis, parmi les trois mille personnes qui cir.'ulai.Mit dans les salons, le roi avait le(l»'«plaisir de l'eneonlrer t<»us les orateurs, les écrivains ol les iiuanciers de l'opposition.
Oneblucs tableaux cliociuaient aussi ses regards et «eux do sos fidèles: c'étaient les batailles de Valmy et de Jemmapes d'Horace Vernef .
Knfin, au milieu de la fête, un î^rand bruit se lit entendre dans ce jardin, d'où naj?uère Saint-Hurugues était parti pour conduire à Versailles la foule irritée des 5 et fi octobre. L'émotion fut très grande dans les salons lorsqu'on aperçut des flammes qui s'élevaient dans le jardin au pied de la statue d'Apollon. Des lampions remplis de graisse brûlante volaient cà et 1;\ lancés par des mains inconnues. Les femmes fuyaient et poussaient des cris d'efTroi.
A cette vue, les ennemis du duc d'Orléans se regardent les uns les autres avec étonnoment. On dit que, le matin mémo, on était venu demander au duc l'autorisation de placer dans le jardin quelques soMats, pour prévenir des désordres possibles, et que cette autorisation avait été refusée.
On interroge des yeux le duc. Il circule un mot devenu célèbre : — a C'est bien un bal napolitain, car nous dansons sur un volcan. •
L'inquiétude, qui depuis quelque temps fermentait dans tous les esprits, se changeait en une sorte de crainte superstitieuse. On se rappelait qu'à l'ouverture de la Chambre, dans la galerie du Louvre, Charles X, en se plaçant sur son trône, avait laissé tomber sou chapeau, et que le duc d'Orléans lavait ramassé.
Le lendemain, lorsque le duc se présenta aux Tuileries.
— En vérité, monsieur, lui dit Charles X, il est impossible de voir une plus belle fête; c'était un spectacle enchanteur. Avez-vous lu le Journal des Débats? 11 vous a bien traité, et moi aussi; jeu ai été bien aise, car depuis quelque temps je n'y étais plus accoutumé. On m'a dit qu'on avait brûlé quelques chaises dans le jardin ; j'ai bien vu un peu de mouvement quand on a sauté dans les parterresmais je n'ai pu distin^'uer ce que c'était.
— Ce n'était rien, sire, répondit le duc d'Orléans ; un feu depaille allumé par quelques enfants et dont mes chaises ont fait les frais. (Vatont.>
Un vent de Fronde avait passé sur la bourgeoisie et tout ce que l'on appelait alors le parti libéral. La dissolution de la Chambre avait donné lieu à des élections nouvelles qui devaient être le triomphe des libéraux.
Que ferait le roi en présence d'une majorité hostile, sinon à sa personne, du
HISTOIRE DU i'AL.VlS-ROYAL 375
moins à ses aspirations rétrogrades trop prononcées?... Un coup d'Etal? Beaucoup le pressentaient, mais nul ne pensait encore que de ce coup d'État dût sortir une révolution prochaine. Tous seraient restés paralysés par la crainte à la pensée d'un second 10 août. Non seulement les chefs politiques de la bourgeoisie ne comptaient pas sur la protection armée de la multitude, mais ils éprouvaient pour la classe que leur journal, le National, appelait la populace, un mélange daversion, de dégoût et de méfiance.
Le peuple, il est vrai, était resté en dehors de toute l'intrigue politique. Ses opinions étaient bonapartistes et anti cléricales. Il détestait les émigrés et les prêtres, et son instinct ne le trompait pas. Les Bourbons, il les repoussait, mais seulement à cause du scandale de leur avènement, que son orgueil associait à toutes les humiliations de la patrie. « Pour lui-même il deniandait peu de chose, parce que, entretenu depuis longtemps dans l'ignorance de ses propres affaires, il était aussi incapable de désirer que de prévoir. Il n'y avait donc entre la bourgeoisie et le peuple ni. communauté d'intérêts ni conformité de haines. » (L. Blanc.)
L'orage s'amoncelait sans que le peuple s'en doutât.
Au-dessus de lui, dans les hautes régions, le roi, le clergé, les émigrés ,et en tète MM. de Polignac de Damas, de la Fare, voulaient que le droit d'aînesse fût rétabli, que l'Église recouvrât son ancienne splendeur, que les dignités fussent accordées aux titres, que la Cour primât le parlement.
Opposée à ces desseins, la bourgeoisie était du reste assez modérée dans ses vœux. Elle demandait : une réduction des dépenses publiques, une diminution légère du cens électoral, la suppression des Suisses, plus de liberté pour la presse, le rétablissement de la garde nationale.
Son orgueil souffrait de l'orgueil de la noblesse, elle reprochait au roi de favoriser celle-ci, mais elle aimait la monarchie comme un obstacle aux aspirations populaires. Elle aurait voulu asservir la royauté sans la détruire.
C'est de ces prétentions absurdes d'une part, et de ces mesquines revendications d'autre part, que devait sortir la révolution de Juillet.
Le roi, mécontent des élections, allait mettre le feu aux poudres.
On le pressentait, tout en restant dans l'incertitude. « Les banquiers assiégeaient par leurs émissaires toutes les avenues du trône. Des influences de sacristie furent mises en jeu; des traités furent passés avec certains personnages qui avaient l'oreille des ministres. Un financier s'engagea, par acte passé devant notaire, à payer cinquante mille francs la communication d'un travail préparatoire des ordonnances qu'on prévoyait.
« Les cinquante mille francs furent payés et l'heureux spéculateur se mit à jouer à la baisse.
« M. Rothschild, au contraire, jouait à la hausse. Dans la nuit du 25 au26 juillet, ïalleyrand manda près de lui un de ses amis dont la fortune était fortement engagée à la Bourse. Il lui apprit qu'il était allé à Saint-Gloud dans la journée, mais que, pour l'éloigner du monarque, tout avait été mis en œuvre par les familiers du château; qu'il croyait, d'après l'accueil qu'il venait de recevoir, à l'im-
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mineiuo dune ciitaslioplu'. — • Jouo/ ;i la h:»iss<\ ajoiita-t-il, on lo poul. • (L. nianc).
Le 'Ji juillet les ministres so réunirent pour arnHcr la rédaction d«Winitive des ordonnances qui supprimaient le droit d'écrire ot alt»'raicnt profondément le réj^'imo électif.
M. de Pollgnac avait en lui-môme une conlinnce absolue.
— Sur combien d lionunos comptez-vous à Paris, lui demanda le ministre de la marine, vingt ou trente mille?
•— Mieux que cela; j'en ai 42.(100.
Kt il déroula un papier sous les yeux de M. d'Hausscy.
— Khi quoi! s'écria celui-ci, je ne vois ici que i;j,(X)0 hommes!... lo.OOO hommes sur lo papier, cela fait 7 ;\ 8,000 à peine. Et les 29,rX)0 autres où sont-ils?
— Ils sont autour de Paris, mais en doux heures, s il le faut, ils .seront réunis dans la capitale.
Le 25, les ministres se réunirent pour signer. Ils se rangèrent en silence autour de la table du conseil. Charles X avait le dauphin à sa droite et M. de Polignac à sa gauche. Le roi interrogea l'un après l'autre ses serviteurs. Quand ce fut autour de M. d'Haussey ministre de la marine :
— Sire, dit-il, Votre Majesté est-elle décidée à passer outre, dans le cas où ses ministres refuseraient?
— Oui, dit Charles X d'un ton ferme.
Le ministre prit la plume et signa.
L'acte fatal étant consonmié, le roi remarqua que M. d'Haussey levait les yeux d'un air fortement préoccupé.
— Que regardez-vous ainsi? lui demanda-t-il.
— Sire, je cberchais si, par hasard, il n'y avait pas ici quelque portrait de Stralîord.
Cette allusion au dernier ami de Charles I"" assombrit un instant le front de Charles X, qui jusque-là avait gardé une sérénité parfaite.
Le .20 ET LE 27 JUILLET AU PAI.AIS-ROYAL. — IMPRESSION CAUSÉE PAR LES ORDON- NANCES. — PREMIÈRES ÉMEUTES
Le 26 les ordonnances parurent au Moniteur. A Paris, la journée fut très calme. Au Palais-Royal cependant, il y eut des rassemblements nombreux. On y ,^ vit quelques jeunes gens monter sur des chaises, comme autrefois Camille Desmoulins. Ils lisaient le Moniteur et en appelaient au peuple de la violation de la charte, obéissant à un besoin d'agitation qu'ils cherchaient à propager. Mais le sentiment général n'était qu'une morne stupéfaction. On ne doutait pas que de
Les Parisiens sont dans l'anarchie ; l'anarchie les ramènera nécessairement à mes pieds.
grandes mesures militaires n'eussent été prises. Cependant l'agitation politique n'était visible qu'au Palais-Royal et à la Bourse. La physionomie des rues n'avait pas changé. Les faubourgs ne bougeaient pas; c'était un lundi, et jour de la fête de la Villette.
Dans la nuit du 26 au 27 voici en quels termes un postillon apprenait à un '^e ses camarades, sur la route de Fontainebleau, la nouvelle des ordonnances :
— Les Parisiens étaient joliment vexés hier soir. Plus de Chambre, plus de journaux, plus de liberté de la presse.
LtV. /|8. a. F»vard. 6diteap,
— Vrai! répondit l'nulre. Eli biAii, tant inloux! Moi, ponrvii qnc le p.iin Koit à (l»>u\ sons et le vin àijnalro, jo nio nio.jnc iln roslu.
Hnr nno fonillo où colto iin»M',tlolH •'•luit i;ii'ont/<o M. de l'olij^nac »Vrivil: «. C'est que lu cliiirlo, pour lo pouple, sennlnit avant tout à trois chosen: avoir <ln travail, du pain A bon ni:nTli<''ot piyer pt>n d'impôts. »
Lo propos du postillon no ni.in<|u«* pas do bon 8cn-<; la notft dn niiniKlr^ csi d'une vériti^relativ.». Aussi, sousGliarlcHX.le peuple, relativement plus heureux «lu'il no lo fut plus tard, n'avait pas depuis lon^^temps subi ces grandes crises com niereialos et industrielles «[ui lo privent do travail et do pain; on ronsù<juenco, il n'était pas amonô ;\ apprécier l'importance qu'ont pour lui, au point de vue matériel, le progrès intellectuel (fui doit lui ouvrir les avenues du pouvoir gouvernemontal. — le pouvoir qui rè^^le la vie d'une société.
Kniin, le peuple n'avait pas;\ défendre laGliambre, puisqu'il n'était pas représenté, ni la liberté do la presse, puisqu'il n'avait pas d'organe.
Cependant la bour<,'eoisie, qui redoutait l'élément populaire, voulant pro^tester et faire de l'agitation, no recula point lo 27 devant lomploi de cet auxiliaire. Rien ne fut épargné pour l'émouvoir. Des gens bien mis montaient sur la borne, lisaient des articles du Globe, du National, parus en dépit des ordonnances, les distribuaient,, les commentaient, professaient l'émeute. Les badauds effarés criaient : vive la Charte 1
Les patrons fermaient leurs ateliers pour jeter leur personnel sur le pavé et donner une leçon au pouvoir.
Et le pouvoir, plus insensé encore, donnait le commandement des troupes de Paris à Marmont, duc de Raguse I...
Ce nom odieux entre tous, qui rappelait invasion et trahison, Paris livré et dévasté !...
(t Le mardi (27), dit un témoin du temps ', je me trouvais au Palais-Royal à 10 heures du matin ; je lisais un journal, assis sur un bane de pierre attenant aux galeries; au bout de quelques instantsj'entendis du tumulte dans le jardin : un groupe considérable se forma dans les arbres, en face de moi, et bientôt je distinguai un jeune homme monté sur une chaise, qui lisait un journal à haute voix et en gesticulant comme un possédé; cette feuille contenait la protestation duu grand noml»re d'écrivains libéraux. Au bout d'une demi-heure les gendarmes arrivèrent pour faire évacuer le jardin. Ils trouvèrent une vigoureuse résistance. R y avait auprès de moi, adossé à la grille, un petit vieillard tout noir; il se prit à dire : Voilà comment les choses commencèrent en 178:j...
« Enlin les groupes furent dispersés; les hommes qui les composaient se répandirent dans les galeries en criant : ViveiU les deux cent vingt et un l Les boutiques du Palais-Royal se fermèrent spontanément. »
Le Palais avait prévu l'émotion du jardin. La famille d'Orléans était à Neuilly.
1. Mémoires pour servir à f histoire de ta révolution de 1K30, par Al. Mazia. secri-Uire du dernier président du conseil des miDislres de Charles X.
Le duc avait connu, dès le 2b au soir, par Casimir Perrier, qui entretenait des relations avec la cour de Saint-Cloud, la signature des ordonnances. Il était trop prudent pour aller à Paris, au foyer niènie de l'agitation, et trop prévoyant pour se rendre k Saint-Cloud et y apporter le concours de son dévouement, comme Altesse Royale.
Le public expulsé du jardin du Palais s'était m-.issé sur la place et s'y était vengé des gendarmes en leur jetant des pierres. Les ferments d'insurrection étaient toujours au même endroit.
« Il est à remarquer, dit L. Blanc, que l'agitation prit naissance au Palais- Koyal, c'est-à-dire dans ce quartier tout ruisselant d'or et de pierreries, où la civilisation enveloppe ses misères dans ses pompes, quartier des riches et des prostituées. Aussi, ce fut du fond de ces repaires impurs que masquaient d'étincelantes boutiques, qu'on vit sortir, dans la soirée du 27, le regard égaré et le visage en feu, quelques-uns des hommes du commencement. Mais au vrai peuple, à celui qui travaille et qui souffre, il devait être donné de remplir l'histoire tout entière de ces combats. »
La rue Saint-Honoré fut la première barricadée ; on s'était déjà battu au coin du Théâtre-Français.
« Tout autour du Palais-Royal une fourmilière d'hommes venait hunier la révolte. » Le soir, après le bris des réverbères, des hommes parcouraient la rue Richelieu, les bras nus, une torche à la main, criant : Plus de Bourbons I... Vengeance!
Ces bras nus n'étaient pas payés par les libéraux du National : Thiers, Remusat, Laffite, Béranger, Bastide, Dupont. Ceux-ci sont effrayés de la tournure ((ue prend l'événement, et Lafayette, sollicité par les élèves de l'École polytechnique, les engage à rester tranquilles.
Mais le branle-bas de combat a mis debout tous les Parisiens ut le "28 il faut s'attendre à la bataille.
Marmont le pressent. Il se tient avec ses troupes aux Tuileries. Il est désespéré de la sinistre besogne qui lui est imposée, puis il manc^ue de tout : d'hommes, de munitions et de vivres !...
LES *28, 29 et 80 juillet
Châtelain, rédacteur du Courrier Français s'écriait, en apprenant que le peuple décrochait les armoiries des fournisseurs de la cour ot les traînait au ruisseau :
— Que la partie serait belle pour le duc d'Orléans s'il avait le cœur de la jouer!
Le 28, nous lavons dit, la guerre civile éclata. Nous n'avons pas <i raconter
.i:-«ri f
ÎW» HlHTOmK IM- lV\LAIS-no\\I
U hfit.iillo 1. Après avoir fait décimer hca troupes dans les rues Saint-Donin et
S.iintAiiloiiio. M;irmoMl a'i'lait repljô sur 1<» rhiUeaii, *>l lo 20, sauf lo quartier des Tuil«»ri«^s, tout Paris appartenait à l'insurrection. Lo duc de lUguso avait écrit à Charles X : « Sire, ce n'est plus une énioute, c'est une révolution ; l'honneur de la couronne pont cncoro être sauvé ; demain peut-être il ne sera plus temps. »
Mais la conlianco du roi était inébranlable » Les Parisiens sont dans l'anarchie, disait-il, l'anarchie les ramènera nécessairement à mes pieds. »
Ceux qui arrivaient de Paris avec de terribles nouvelles trouvaient Saint- Clond sans précautions militaires et fort tranquille. Dans la cour, lo petit duc de Bordeaux et sa sœur, déguisés en soldats, jouaient A la ^nierre civil'-. Le roi faisait sa partie de whist.
Cependant le duc de Luxembourgavait donné ordre à un lieutonant des gardes de se mettre à la tète de queltpies cavaliers et d'éclairer la route de Neuilly. L'officier, de retour, apprit à M. de Luxembourg ce qu'il avait remarqué dans le parc de Neuilly et aux environs du chilteau. Il ajouta que s'il y eût été autorisé, il lui eût été facile d'enlever le duc d'Orléans.
Charles X entendant ces derniers mots dit à l'oflicier d'un ton sévère :
— Monsieur, je vous aurais hautement désavoué.
Le 29, dès le matin, la lutte reprit sur plusieurs points. La caserne Babylone fut incendiée ; le Louvre, défendu par les Suisses, pris pas surprise ; les troupes du Carrousel mises en déroute; enfin les Tuileries prises et envahies. Le pavillon blanc amené fut remplacé par le drapeau tricolore.
De Saint-Cloud le roi put l'apercevoir. Et le soir M. Mignet, le collaborateur d'Adolphe Thiers, disait joyeusement à un rassemblement d'hommes du peuple:
— Soyez tranquilles, mes amis, ce soir vous aurez le duc d'Orléans pour roi. Le peuple ne songeait guère au duc ; cependant bien qu'il criât : Plus de Bour-
boni I et qu'il eût saccagé les Tuileries, le Palais Royal avait été respecté.
En attendant que la prédiction de Mignet se réalisât, Paris avait plusieurs gouvernements provisoires.
Le A'û/i'oMo/ et le Cons<«fj<^ion«e/ proposaient : Lafayette, le général Gérard et le duc de Choiseul.
Ailleurs, M. Dumoulin s'était nommé commandant de l'Hôtel de ville ; M. de Laborde était préfet de la Seine ; M. Baude, ministre des travaux publics, et M. de Montalivet, directeur des ponts-et-chaussées...
Ces messieurs se serrèrent dans les coins quand arriva Lafayette envoyé à l'Hôtel de ville par Lafitte et les frères Garnier-Pagès, en qualité de gouverneur de Paris, commandant des gardes nationales.
Tout cela ne constituait pas un gouvernement complet. On vota, et du scrutin sortirent les noms de Casimir Perrier, Lobau, de Schonen, Mauguin et Audry de Puyraveau. Les élus prirent le titre de membres de la commission municipale.
La commission prit M. 0. Barrot pour secrétaire, et nomma M. Bavoux préfet de police et M. Chardel' directeur des postes.
1. Nos lecteur,- peuvent en trou\-er' le récit dans notre HUtoire des Tuileries.
Cependant, après la victoire du peuple aclietée par trois sanglantes journées, la commission gardait le drapeau blanc, et ce fut sans son aveu, malgré Gérard et Lafayette, que M. Dumoulin arbora le drapeau avec lequel s'était faite la révolution.
La commission était très peu démocratique. Comme on annonçait au banquier Casimir Perrier qu'un grand nombre d'ouvriers qui venaient de combattre, manquaient de pain et qu'il fallait de l'argent, il répondit ces paroles mémorables :
— Il est plus de quatre heures, ma caisse est fermée.
MM. de Schonen et de Puyraveau exceptés, les membres de la commission étaient disposés à négocier avec Saint-Gloud.
Dans la soirée, l'ex-gouverneur des Tuileries, M. Glaudevès, se présenta chez Laffite.
— Monsieur, lui dit-il, vous voilà maître de Paris depuis vingt-quatre heures, voulez-vous sauver la monarchie ?
— Laquelle, monsieur?... Celle de 1789, ou celle de 1814.
— La monarchie constitutionnelle.
— Pour la sauver, ce que nous avons de mieux à faire c'est de couronner le duc d'Orléans.
— Le duc d'Orléans I fit M. Glaudevès. Eh 1 le connaissez-vous ? '
— Oui, monsieur, depuis longtemps.
' — Quels sont donc ses titres? Quel est son prestige? En possède-t-il qui soient égaux seulement à ceux de cet enfant élevé à Vienne, qui peut au moins évoquer le souvenir de la gloire paternelle ; car, vous en conviendrez avec moi, Napoléon a laissé dans la mémoire des hommes une trace enflammée. Mais le duc d'Orléans !... le peuple sait à peine son nom.
— - Ce manque de prestige lui permettra d'être plus sage. Il a d'ailleurs des vertus privées qui sont pour moi une suffisante garantie de ses vertus publiques.
— Ces vertus bourgeoises ne peuvent-elles être récompensées que par la couronne ? Méritent elles le trône à un prince qui a approuvé le vote régicide de son père ? Ignorez-vous l'attitude douteuse qu'il a gardée à Londres pendant les Cent-jours? Et depuis on l'a vu flattant tous les partis, se faisant restituer son apanage malgré les lois, alarmant les acquéreurs de biens nationaux par ses procès multipliés; enfin, comblé de biens par Louis XVIII et Charles X, peut-il convoiter aujourd'hui leur héritage?
— Enfin, dit le banquier, si nous renoncions à lui ofi"rir la couronne, à qui donc, monsieur, devrait-elle appartenir?
— Mais si vous croyez Charles X coupable, le duc de Bordeaux, lui, n'estil pas innocent? Conservons-lui la couronne. Établissons un conseil de régence. Vous en feriez partie avec Lafayette.
— - Il n'est plus temps. Hier encore, si la duchesse deBerry était venue à Paris tenant d'une main son fils et de l'autre le drapeau tricolore...
— Un drapeau tricolore 1... se récria M. de Glaudevès : Mais c'est pour eux le symbole de tous les crimes I Et plutôt que de l'adopter ils se feraient tuer.
— S'il en est ainsi, repartit M. Laffite tout rapprochement est impossible.
iwi ursTOim, i»i i-alais-kovai.
l4'oXK«>i»vi'ruuur ilo.s l'uikriuh »« retira.
L'opinion «le L:ilïilo ilovnit bionl<>t 'it-' i>irta;<.o |..n- l.i ..,,,1^. .,.,. . .,.,. .. ..l l'cnr (io la ropnbliijue.
C'était aussi cello do Bérun^ur, dont les conseils étuiuiitreligieUHeiiient suivi» par los chefs du i)arti libôral. C.'claitlui «jui, sans intérôt, avait désigne à Lafiitu le roi de Juillot, tout on lui ruconiandant do s'en niéliei', de ne pas 8e laisser l'aire ministre et de se réserver, le cm éclicant, pour uue autre révolution.
L'iiotol Lafiite était devenu l'état-maj-n- du parti orléanisto, qui grossissait à vue d'œil.
Coiuniu M. de Glaudovès en sortait, M. Tliiers, de retour de la campagne où il s'éluit réfugié pendant la bataille, accourut avec ses amis. 11 venait de rédiger et de faire placarder lafliche Nuivanle :
t Charles X ue peut plus rentrer dans Paris uù il a fait couler le sang du peuple.
» La république nous exposerait à d'allreusesdivi-^ions : eiieuous brouillerait avec l'Europe.
« Le duc d'Orléans est un prince dévoué à la cause de la révolution,
« Le duc d'Orléans ne s'est jamais battu contre nous.
« Le duc d'Orléans était à Jemmapes.
" Le duc d'Orléans est un roi citoyen.
« Le duc d'Orléans a porté au feu les couleurs tricolores ; le duc d Orléans peut seul les porter encore.
(• Nous n'en voulons point d'autre.
" Le duc d'Orléans ne se prononce pas, il attend votre vœu. Proclamons ce vœu et il acceptera la Charte, comme nous l'avons toujours entendue et voulue. C'est du peuple français qu'il tiendra sa couronne. 1
Le succès de celte réclame fut immense bien que quelques républicains, tel? que Pierre Leroux et Etienne Arago se fussent écriés : la bataille est à recom niencer ; nous allons refondre des balles.
Laftitle fut sollicité par M. Thiers de se rendre à Neuilly pour informer le duc du succès de sa candidature au Irène; mais le banquier de la révolution >.excusa ; il était retenu par une entorse ; et il engagea MM. Tliiers et Schelfer à le remplacer. Ces messieurs se rendirent à la résidence d'été du candidat, mai.-? il n'y était plus. La reconnaissance opérée par l'oflicier de M. de LuxeniJjourg l'avait alarmé et il s'était réfugié dans sa propriété du Kaiucy.
u .arrivés à Neuilly les deux négociateurs furent reçus par la duche.>>>.e d'Orléans.
Pendant que M. Thiers expliquait l'objet du message, un grand trouble parut sur le visage austère de la duchesse; et quand elle apprit qu'il s'agissait de faire passer dans sa maison une couronne arrachée à un vi.-illard qui s'était toujours montré parent lidèle et ami généreux :
— Monsieur, dit-elle en s'adressant à M. Schœller. avec une émotion pleine de grandeur, comment avez-vous pu vous charger d'une semblable mission? Que monsieur lait osé, je le conçois: il nous connaît peu; mais vous qui avez été
admis auprès de nous, qui avez pu nou>; a|)précier... Ah ! nous ne vous pardonnoroiis jamais cela !... »
« Devant d'aussi nobles répugnances, les deux envoyés restaient interdits lorsque M'"'^ Adélaïde survint, suivie de M de Montjoie.
« Madame Adélaïde avait trop de virilité dans l'esprit et au fond de l'âme trop peu de tendresse religieuse pour se plier à des considérations de famille. Cependant, pénétrée des dangers dont son frère était entouré, elle se hâta de dire :
« — Qu'on fasse de mon frère un président, un garde national, tout ce qu'on voudra, pourvu qu'on n'en fasse pas un proscrit.
(i Ces paroles étaient l'expression naïve et fidèle des sentiments du prince en ce moment. Mais ce que M. Thiers venait offrir, c'était une couronne et M"'» Adélaïde n'avait garde de repousser une ofîre aussi séduisante. » (L. Blanc).
Elle hésitait cependant; elle se demandait ce qu'allait penser l'Europe. M. Thiers la rassura facilement sur ce point et acheva de la décider en lui faisant observer que fuir les dangers possibles de la royauté c'était affronter la république et ses inévitables tempêtes.
M. de Montesquiou fut chargé d'aller in'é venir le duc.
Celui-ci, à la nouvelle des événements, monta en voiture; M. de Montesquiou le précédait à cheval. Bientôt le bruit des roues semble s'éloigner. M. de Montesquiou tourne la tête : la voiture du prince regagnait le Raincy au galop.
Cette défaillance au moment décisif montre que l'esprit d'irrésolution était héréditaire chez les d'Orléans. Elle rappelle le mot de Mirabeau au sujet de Philippe-Egalité : x C'est un ennuque politique ; il désire et ne fait rien. »
Certes il avait toujours convoité la couronne, mais il n'était pas homfne à porter sur elle une mainhardieetl'on n'ajamais su, si chez lui l'ambition du pouvoir était plus forte que l'amour des richesses. Certains ont prétendu qu'il n'était devenu roi que pour rester propriétaire; en prenant la couronne il conservait ses domaines.
Cependant le parlement s'était réuni ; les pairs au Luxembourg, les députés au Palais-Bourbon sous la présidence de Laftltte. Chez presque tous l'incertitude était encore très grande et Ton ne penchait vers la trahison qu'autant qu'elle permettait d'être sans danger d'abord et ensuite fructueuse.
Sur ces entrefaites M. de Mortemart, arriva de Saint-Gloudavec de nouvelles ordonnances, datées de la veille, 29, nommant un nouveau ministre et rapportant les ordonnances du 25.
M. de Mortemart se rendit au Luxembourg qui déi)uta M. de Sussy pour traiter avec la commission de IHùtel de ville. 11 fut reçu par Lafayette près de qui se trouvaient Lobau, Mauguin et Puyraveau. A peine eut-il exposé l'objet de sa visite que Puyraveau s'écria :
— C'est trop tard, c'est trop tard !
Lafayette alla donner lecture des ordonnances à la Commission qui se liMiait dans un salon voisin, mais cette lecture souleva une tempête :
— Quel est le scélérat, quel est l'infâme qui a porté ces ordonnances? Il faut le jeter à la Seine ; plus de Charles X, plus de Bourbons, plus d'ordonnances !
384 illSTOlIlK l)i; l'ALAIS-UOVAL
M. (lo Sussy 80 relira.
\ovA deux hptiros quatre «Imputés so roiulirinl au Luxonibourg. Ils annoncé* ronl \ M. ilo Mortcmart <iiie la (ihambro avait eu connaissance des ordonnanc«>H, niais la majorité avait décidé «ni'il fallait nommer le duc d'Orléann lieutenant général du royaume.
Eu même temps la réunion Lointier composée des hommes les plus énergiques do la minorité républicaine, instruite do ces intrigues, apportait à l'IIùlel de villt' une protestation eu lui demandant de se constitufr en permanence jus<iu'i ce «|uo lo VdMi de la nation fût connu.
A cette protestation était jointe une proclamation où on lisait :
« Plus de royauté ;
« Le gouvernement exercé par les seuls mandataires élus de la nation ;
<« Le pouvoir essentiel confié ;\ un président temporaire;
« Le concours médiat ou immédiat de tous les citoyens !\rélection desdéputés;
« La liberté des cultes : plus de culte d'Etat.
« Les emplois de terre ou de mer garantis contre toute destitution arbitraire;
(( Etablis.sement des gardes nationales sur tous les points de la France, la garde de la constitution leur est confiée.
.. Les principes par lesquels nous venons d'exposer notre vie nous les .soutiendrons au besoin par l'insurrection légale. »
Enfin tandis qu'Hubert lisait cette proclamation à rilùtel de ville, d'autrrs eurent un moment la pensée de proclamer l'empire, qui était alors populaire.
Le parti orléaniste grossissait à vue d'œil : de tous les points de Paris on accourait chez Laffite. Mais les choses vers le soir changèrent d'aspect et il s'y passa une scène dun haut comique qui vaut la peine dètre rapportée.
Vers huit heures du soir la députation chargée d'offrir au duc la lieutenance générale s'étant présentée au Palais-Royal n'y avait trouvé que quelques domestiques etïarés qui ignoraient la retraite de leur maître. Cette nouvelle causa dans les salons de Laffite une impression fâcheuse; mais peu après le bruit s'y étant répandu que l'on enlevait les meubles du Palais-Royal, il s'opéra chez tous ces orléanistes de fraîche date un revirement complet. On désespéra de la monarchie et de ses faveurs et le mot de république commença à être prononcé tout haut. Beaucoup se rappelèrent l'existence de la réunion Lointier. Bref, les salons de Laffitte se désemplirent rapidement.
A onze heures il ne restait près du banquier que MM. Thibaudeau et Benjamin Constant.
En prenant congé de ce dernier :
— Eh bien ! lui dit Laffitte, que deviendrons-nous demain ?
— Nous serons pendus, répondit Benjamin Constant avec la froideurde l'indifférence.
Enfin, à une heure du matin, on vint prévenir Laffitte de l'arrivée du duc d'Orléans. Il était rentré vers les onze heures à pied, vêtu en bourgeois, accompagné seulement de trois personnes.
Le duc d'Orléaus se reud à rilùlel de ville.
AU PALA.IS- ROYAL. — ENTREVUE DU DUC d'ORLÉANS AVEC M. DE MORTEMART ENTRETIEN ÉTRANGE AVEC UN HOMME DU PEUPLE
M. de Mortemart se tenait caché au Luxembourg chez M. de Sémonville. Dans la nuit un envoyé du duc d'Orléans vint le priei* de se rendre près de celui-ci,
LiV. 49. A. Fayard, éditeur.
IlISTDlUK DU i'ALAIS-UOYAL
Huns FiniérM de la cattsr dit roi. ('.o\[o (ImiiiTo consiflt'T.ilion flôtortniii;i lo niiiiistro do Charles X. Ils .sortiront du Luxembourg vers trois heures du matin. Les abords du Palais-Royal étaient encombrés de bandes armées, blvouaqu(''«>s sur la pl;ir»\ dans les cours et les ruos adjacentes: tout ce quartier, éclairé par des lampions jjlacés aux fenêtres et sur les barricades, offrait un spectacle elTrayant et singulier. Le duc fut introduit dans l'appartement de M. Oudart, secrétaire du prince', tout y avait été brisé parles balles; puis M. Ikrlhois, aide de camp du duc d'Orléans, vint prendre M. do Mortcmart et l'introduisit, après bien des détours, dans une pi»;co où so tenait le prince qu'ils trouvèrent exténué de fatigue et à moitié velu, étendu par terre sur un matelas et le corps à moitié dérobé sous une méchante couverture.
Dès qu'il aperçut M. de Morlemart, — M. le duc, lui dit-il avec vivacité, si vous voyez le roi .ivant moi, dites-lui qu'ils m'ont amené do force à Paris ; mais je me ferais mettre en pièces plutôt que de me laisser poser la cotironne sur la tète ; le roi m'accuse sans doute de ce que je ne suis pas allé ;\ Saint-Gloud, j'en suis fiché ; mais j'ai été instruit que dès mardi soir l'on excitait le roi à me faire arrêter ejt je vous avouerai que je n'ai pas voulu aller me jeter dans un guêpier ; dautre part, je redoutais également que les Parisiens ne vinssent me chercher; je nie suis renfermé dans une retraite sûre et connue seulement de ma famille ', mais hier au soir, une foule d'hommes ont envahi Neuilly et m'ont demandé au nom de la réunion des députés. Sur la réponse que j'étais absent, ces hommes ont déclaré à la duchesse qu'elle alhiit être conduite à Paris avec tous ses enfants et qu'elle restait prisonnière jusqu'à ce que le duc d'Orléans reparût.
« La duchesse, effrayée de sa position, tremblant pour ses enfants, m'a écrit un billet très pressant avec prière de revenir le plus tôt possible. Cette lettre m'a été portée par un homme dévoué et je suis arrivé pour délivrer ma famille. Ils m'ont amené ici fort avant dans la soirée. »
Eu ce moment un grand bruit se fit dans la cour. On y criait : Vive le duc d'Orléans/
— Vous l'entendez, monseigneur, dit le duc de Mortemart.
— Non ! non ! reprit le prince avec une énergie croissante. Je me ferai tuer plutôt que d'accepter la couronne.
Il dit ensuite que la réunion des députés l'avait nommé lieutenant général du royaume, comme un moyeu d'empêcher Lafayette de proclamer la république. |
Il lui demanda si ses pouvoirs s'étendaient jusqu'à la faculté de le reconnaître dans ses fonctions. M. de Mortemart répondit que la veille il avait, comme ministre, protesté contre cet acte, quoique, en qualité de Français, il le jugeât propre à sauver le pays de l'anarchie.
Tandis qu'ils parlaient le bruit augmentait et M. Berthois entra.
Le duc lui demanda la cause de ce vacarme.
— C'est une foule d'hommes qui veulent vous voir.
1. Appartement situé au coin de la rue Saiat-Honoré et de la rue Richelieu.
2. Le prince passa deux jours clieï un employé de soq admiaistratioQ forestière ; il l'a plus lard tuaguiiiqueuieut récouipensé.
— Mais est-ce une députation des écoles? Une di'piitation de gardes nationaux. ?
— Pas du tout; ce sont des gens du peuple. Ils disent qu'ils veulent vous voir et que si vous ne paraissez pas ils briseront tout.
— Dites-leur que je suis exténué de fatigue et déshabillé , que je ne puis les recevoir, mais que je parlerai à leur chef et amenez-le moi.
Cet incident rompit la conférence. M. de Mortemart se retira. M. Berthois introduisit alors un combattant des barricades, au costume débraillé, à la mine farouche:
— Nous sommes venus ici, dit-il, pour te nommer roi ; mais nous ne voulons que toi ; nous ne voulons surtout ni pairs ni députés ; ce sont des gueux tous. Tu es un bon prince, tu gouverneras bien et cela nous suffit.
Le duc, très étonné, répondit que s'il devenait roi, il ne voudrait l'être au contraire qu'à la condition d'avoir des pairs et des députés.
L'homme du peuple insista, mais en s'abstenant cette fois de tutoyer le prince, pour qu'on envoyât promener ces gueux de pairs et de députés.
Nouveau refus du duc d'Orléans.
— Eh bien arrangez cela comme vous l'entendrez, mais nous vous voulons pour roi '. »
Le lendemain, 31, dès huit heures du matin, la députation de la Chambre se rendit au Palais-RoyaL Elle fit connaître au duc l'objet de sa démarche. Le duc répondit en termes vagues et embarrassés. Charles X n'était encore qu'à quelques lieues de Paris. Mais des amis lui reprochèrent de favoriser, par ses hésitations, l'avènement de la République; il céda; il eut du moins l'air de se laisser vaincre, mais il demanda quelques instants, en disant qu'il avait un conseil à prendre et rentra dans son cabinet.
M. de Talleyrand était alors dans son hôtel de la rue Saint-Florentin, occupé à faire sa toilette. Tout à coup la porte s'ouvre, on annonce le général Sébastiani. Il entre, il remet à M. de Talleyrand un pli cacheté que celui-ci parcourt avec une légèreté vaniteuse et rend presque aussitôt en disant :
— Qu'il accepte.
Quelques instants après, le duc d'Orléans faisait connaître aux députés son acceptation, et la proclamation suivante était répandue :
Habitants de Pans,
(( Les députés de la France, en ce moment réunis à Paris, ont exprimé le désir que je me rendisse dans cette capitale pour y exercer les fonctions de lieutenant général du royaume.
« Je n'ai pas balancé à venir partager vos dangers, à me placer au milieu de cette héroïque population et à faire tous mes efforts pour vous préserver de la guerre civile et de l'anarchie. En rentrant dans la ville de Paris, je portais avec