Mémoires d'Al. Mazas
Illblollll-: DU l'AI^VliJ-llUÏAL
(U*^;ihm1 roscouloiirH fflorirustis ((ii» vous ;ivi!/. rnprisos, et f|iio j'îivnis Tnoi-m«''mo lou^'lomps |K)rtôes.
• LoH (îliiimbre» vont se réunir; rllos aviseront au moyen d'assurer le r/?jîne lies lois et lo maintien des droits do la dation.
« Une Charto sura dûsormais uno vérilé. »
Louis-FniMiTK d'Ohléanh.
I.a place et le jardin du Palais-llnyal riaient oncombrôs de monde; dès que cette» proclamation fut connue, d'unanimes acclamations apijclèrent le duc d'Orléans. Le duc ordonna d'ouvrir les ^,'rilles des deux cours et se montra sur les terrasses du jardin. Il fut sahn'; avec enthousiasme.
11 n'en était pas de même dans d'autres quartiers do Paris, où l'habile proclamation du prince était accueillie avec colère ou avec mépris.
Un second « boniment », plus lonj,' et plus accentué, jjaraissait bientùt apns, revêtu de la signature de qualre-vinj^'t-onze députés; puis Laflitte envoya un de ses collègues, M. Bérard, annoncer au duc que la Chambre allait se rendre au palais et l'accompagner à l'Hùtel do ville. Le prince s'habillait quand Bérard entra. Il le reçut en déshabillé, et, tout en se faisant aider par lui dans sa toilette, lui parla de son éloignement pour les splendeurs de la royauté, de son goût pour la vie privée, et surtout de ce vieux sentiment républicain qui vivait au fond de son cœur.
Bientôt les députés arrivèrent à travers une foule immense et peu sympathique. En abordant Louis-Philippe, Laffitte lui dit à l'oreille, en riant et en lui montrant sa jambe blessée :
— Deux pantoulles, un seul bas! Dieu! si la Quotidienne nous voyait, elle dirait que nous faisons un roi sans-culottes !
Puis, reprenant sa gravité oflicielle, il donna lecture de la déclaration de la Chambre.
Lorsqu'il eut termiiié, le duc lui ouvrit ses bras, le serra sur son cœur et le conduisit au balcon du palais. Aussitôt des cris s'élevèrent : Vive le duc d'Orléa nsf Vive Laffitte I...
Ayant ainsi sondé les dispositions du public, ils partirent pour l'Hôtel de ville. Le duc, à cheval, précédait Laffitte, porté dans une chaise. Ds s'avançaient lentement; le duc s'arrêtait de temps en temps, et en se retournant, la main appuyée sur la croupe de son cheval, pour parler au président de la Chambre avec une bienveillance affectée. Ce bon accord touchait les bourgeois, qui applaudissaient.
— Gela va bien, disait Laffitte.
— Mais oui, répondait le duc, cela ne va pas mal.
Mais, sur les quais, l'attitude du public changea. Au Pont-Neuf, on ne cria plus; à la Grève, noire de foule, un grondement menaçant se fit entendre. On parlait de l'écharper. A l'Hôtel de ville, on ne voulait pas le recevoir. Le général Lobau s'écriait :
— Je ne veux pas plus de celui-là que des autres; c'est un Bourbon !
La commission venait de charger son secrétaire, Odilon Barrot, de dire au prince de retourner sur ses pas. Mais Barrot, accablé de fatigue, s'était endormi sur une borne et partit trop tard.
A mesure que le cortège approchait de l'Hôtel de ville, les cris devenaient plus hostiles : — A bas les Bourbonsl Vive la libertél... Le prince avait le visage pâle, altéré. Il avait dû descendre de cheval pour franchir les barricades. Lorsqu'il monta les degrés de l'Hôtel de ville, Lafayette parut et le salua avec courtoisie, puis ils entrèrent tous deux dans la salle où se tenait l'état-raajor.
Une douleur morne se peignait sur la figure' des combattants de la veille, dont quelques-uns versaient des pleurs. M. Laffitte, comme président, devait lire la déclaration de la Chambre, mais un député lui prit le papier des mains pour en donner lecture. Au moment où le député prononçait ces mots : « Le jury pour les délits de presse... » le duc d'Orléans se pencha vers M. de Lafayette et lui dit avec bonhomie :
— Il n'y aura plus de délit de presse.
La harangue achevée, il répondit, en mettant la main sur son cœur, ces paroles ambiguës et singulières pour la circonstance :
— Comme Français, je déplore le mal fait au pays et le sang qui a été versé, comme prince, je suis heureux de contribuer au bonheur de la nation.
Les députés applaudirent. Les maîtres de l'Hôtel de ville frémissaient de colère. Le général Dubourg s'avança, et, la main tendue vers la place remplie d'hommes armés, il dit :
— Vous connaissez nos droits, si vous les oubliez, nous vous les rappellerons.
Enhardi par la bienveillance de Lafayette, le duc d'Orléans répondit avec une habile fermeté, et comme un homme indigné de voir suspecter son patriotisme. Toutefois, en sortant de l'Hôtel de ville, le prince n'était pas entièrement rassuré :
« C'en était fait : la révolution venait de trouver son dénoûment. Un drapeau tricolore avait été apporté : le duc d'Orléans et M. de Lafayette avaient paru tous les deux aux fenêtres de l'Hôtel de ville avec œ drapeau magique. On ne criait encore que : Vive Lafayette ! Quand il eut embrassé le duc, on cria aussi : Vive le duc d'Orléans I... Le rôle du peuple était fini; le règne de la. bourgeoisie commençait. » (L. Blanc.)
LES ILLUSIONS. — ENTRETIEN DE LOUIS-PHILIPPE AVEC LES CHEFS RÉPUBLICAINS