‹ Histoire du Palais-RoyalChapitre 52 sur 126 · AU PALAIS-ROYAL · texte numérisé non relu

AU PALAIS-ROYAL

Le républicain Lafayette s'était fait l'entremetteur de la royauté, lui qui, dans les réunions secrères des Garbonari, avait toujours combattu la candidature de d'Orléans. N'allait-on pas l'accuser de trahison?... Il le craignit et se hâta de

ri'di^t r 1111 beau piof»inmiiio, 4/n'it ohlignitil le ilnc li signer, ^t il sf r«MnIil au Palais-Itoyal.

Avccqiicllo Joio il fut reçu! Comliion le duc ^*tait heureux do pouvoir rnuRor avec un homme qui appartiMiait de co-ur, rouime lui, \ la répuhliquf. !.•• prnjjraiiune de î^afayette •'•lait le sien : «< l'u Irôuf^ '•iit'>nr»' d'iu^^tilution^ lApn- Micaines. »

Enchanté de eette conformité de principes, I.afaycUe n'osa exiger une sijjnature. T^a parole d'un pontilhoniine lui suffisait. Kt comme plus tard Armand C.arrol lui reprochait sa confiance aveu^^le :

— Que voulez-vous, mon ami, répondit-il, à cette époqne-lA je le croyais bon et bète.

Mais il n't'tait pas le seul illusionnt'; un vieux conventionnel, I ahJM' Gré- ^,'oire, qui vivait encore à Passy, s'écriait avec enthousiasme :

— Il serait donc vrai, mon Dieu! Nous aurions tout ensemble la République et un roi !

Louis-Philippe, ayant compris qu'il n'avait pour le moment rien h redouter des républicains, chargea M. Thiers d'informer quelques jeunes gêna de ce parti qu'il serait lienreux de les voir et de s'entretenir avec eux. M. Tliiors invita donc au !\'atitmal yiyi. lioinvilliers, Godfroi Gavaignac, Thomas, Bastide et (Jhevallon, Du journal, ils se rendirent ensuite au Palais -Royal dans la soirée.

Après un accueil plein d'une politesse affable, le duc parla comme s'il ignorait l'objet de la visite qu'il recevait. Alors, très vivement, M. Boinvilliers lui dit qu'il ne pouvait exister de malentendu, puisque M. Thiers était venu à eux au nom du lieutenant général. Enfin, entrant en matière, il dit au prince :

— Demain vous serez ro

— Je n'ai jamais aspiré à la couronne, répli(iua le duc; je ne la désire pas, quoique, j'en conviens, beaucoup de gens me pressent avec ardeur de l'accepter.

— Mais enfin, continua Boinvilliers, en supposant que vous deveniez roi, quelle est votre opinion sur les traités de 1815? Ce n'est pas une révolution libérale,-prenez-y garde, que celle qui s'est faite dans la rue, c'est une révolution nationale. La vue du drapeau tricolore, voilà ce qui a soulevé le peuple, et il serait certainement plus facile de pousser Paris vers le Rhin que sur Saint-Cloud.

— Je ne suis pas plus que vous partisan des traités de 1815, mais il importe de garder beaucoup de mesure vis-à-vis des puissances étrangères et il y a des sentiments qu'il ne faut pas exprimer tout haut.

A peu près fixé sur la politique étrangère du prince, M. Boinvilliers aborda une autre question.

— Parlons maintenant de la pairie, dit-il. Désormais, elle n'a plus de racine dans la société. Le code, en morcelant les héritages, a étouffé l'aristocratie dans son germe, et le principe de l'hérédité mobilière a aujourd'hui fait son temps.

— La pairie, dans le système parlementaire, répondit le duc, est un pouvoir pondérateur. La pairie a été utile; d'ailleurs, c'est une question à examiner, et si la pairie ne peut exister, ce n'est pas moi qui l'édifierai à mes frais. Il existe

des institutions plus importantes, et que, de toute nécessité, on devra respecter : les cours royales.

Le prince à ce sujet parla des procès qu'il avait perdus avec une abondance de détails familière, mais d'une prolixité calculée pour éteindre l'ardeur de toute discussion. Ce procédé lui était accoutumé. Puis il s'éleva contre la république... Il avait été républicain... mais il avait condamné ce système de gouvernement, surtout dans son application à la France.

— Monseigneur, dit Bastide avec quelque ironie, dans l'intérêt même de la couronne, vous devriez convoquer les assemblées primaires.

Le prince sentit l'intention malicieuse de Bastide. Il retira sa main qu'il appuyait négligemment au bras de celui-ci et changea de visage, puis, s'emparant de la parole avec vivacité, il attaqua la révolution dans ses excès, opposant la gloire de ses armées (Jemmapes, Valmy) à la politique faible et violente tour à tour de la Convention.

Alors Godfroi Gavaignac :

— Monsieur, vous oubliez que mon père était de la Convention.

— Le mien aussi, monsieur, répliqua le duc ; et je n'ai jamais connu d'homme plus respectable. Tout en blâmant souvent les actes de la Convention, j'ai toujours respecté l'intention et le patriotisme de ses membres. Quelques-uns de ceux-ci n'ont pas toujours été appréciés selon leur mérite. Mon père a été fort calomnié par le parti républicain lui-même, mais surtout par les partisans de l'ancien régime.

— N'est-il pas à craindre, demanda Brinvilliers, que les carlistes et le clergé, vos ennemis d'autrefois, ne se rallient promptement à vous, du moins en apparence, et n'encombrent bientôt les avenues d'un trône nouveau.

— Oh! pour ceux-là, s'écria le duc avec énergie, ils ont porté à ma Maison de trop rudes coups; une barrière éternelle nous sépare. Reportez-vous à l'histoire de la famille de Bourbon. Vous savez ce que sont les haines de famille? Eh bien, celle qui divise la branche aînée de la branche cadette des Bourbons est de date ancienne ; elle remonte à Philippe d'Orléans, frère de Louis XIV.

Le duc se crut ainsi amené à parler de tous ses aïeux dont il retraça rapidement le rôle dans l'histoire. Il s'arrêta surtout au Régent qui, disait-il, n'avait pas fait tout le bien qu'il aurait voulu et avait été fort calomnié.

Enfin l'entretien s'épuisa ; en le terminant, le duc dit aux républicains d'une voix caressante :

— Vous reviendrez à moi, vous verrez 1

— Jamais^ fit une voix.

— Il ne faut jamais prononcer ce mot, reprit le duc; m jamais ni toujours.

mt IIlSTumE DU l'ALAIb-iKJVAL

DUroM DE L LUUE. — GUIZOT. — CHAllLEH X A IIAMBOUILLKT. — LOUlK-PtlILII'rE

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