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Ou peut les trouver Jau« notie Histoire des TuUeries

Les Parisiens, retour de Rambouillet.

« Le roi attendra ici le retour de la personne chargée de porter à Paris cette déclaration.

« Si on cherchait à attenter à la vie du roi et de sa famille, ou à sa liberté, il se défendrait jusqu'à la mort.

Fait à Rambouillet, le 1" août.

« Charles. »

La lettre arriva au Palais-Royal à sept heures du matin; M. Dupin se chargea aussitôt de la réponse. La lettre qu'il écrivit était rude et sans pitié. Le duc la lut et il allait la cacheter quand il se ravisa ;

LiV. 50. A. Fayard. Kditejr.

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'.m flISTOIIlK Dît PAIAIS-ROYAr,

— r.Vst trnp prr.'^vo, ilit-il, pour «luo jn no ronsulto pas ma fi-tniiir. Il hp r«Mi<Iil chez la diirhrsse et un niouionl apn''8 revint avec un pli cnchclb «pirmport.i l'onvoy/' do Cliiirlos X.

(lotto socondo loltro, plcino dn triuoiKnut^os d'airoctionH et <if fid/diJé, •'•mut profond/'mput le vioux roi.

— .lo Irouvorai ou lui, se dit-il, nu protectour pour mou polit HIh.

El non rontont d'.ibdiipior l.i couronuo, il ol)lijîe:i lo Dauphin îi kuIvio son oxomplo. Porsonno do la famille royalo, no comitrouait la loyauli- du duc Louisl'hilippe. La ronfianco" du roi h lô^janl du futur réjjent était absolue, et en itMuottant à M. do Laloui-Foissac l'aoto d'alidicalion (ju'il envoyait au l'alais- Hi\val, il lui donna sos iiislrurlioiis quant à I,i rt'iifr/'c du dwc d.' r..pnlc;iitv .) irm sa oapilalo.

Mais avant de racontor la ujissiuu do M. de Foissac, u aliniis pas oubliei- la jolio Rcèno do comédie politiquo «pie le duc jouait devant ses courtisans.

Il venait d'adresser au vieux roi l'expression la plus atlendrio et la plus chaleureu.se de son dévouement et de sa reconnaissance pour cette haute dignité d<' lioutenant-gôut'ral. qu'il s'était déjà adjuj^é lui-même. Il saf<issaitde faire part de 1 ordonnance do Piauibouillot à ses amis de 1 Hùtol-do-villo. Après leur en avoir IKirlé d'un air mystérieux, il ajouta que ce qu'on on faisait n'était que pour lo n impromettre aux yeux dos révohifionnaires ?/ ^m'J h;j trait pareil ii reconnaissait bien la branche aînée ! Il pei^^nit sous des traits si noirs la perlidie de Charles X, (jue Laffitte, lui-même ne put s'empêcher de le défendre...

Le lendemain, 2 aoftt le général de Latour-Foissac se présenta an Palais- Royal ; mais l'aide de camp du duc lui refusa la porte.

— Mais, monsieur, s'écria M. de Latour, le messap;e dont je suis chargé est do la plus haute importance.

L'aide-de-camp demeura inflexible. Au comble de l'étonnemcnt, le général se retira et revint avec M. de Mortemart. Celui-ci fut admis chez le duc et put lui remettre la dépèche, mais Louis-Philippe refusa de recevoir M. de Latour.

Tout ce que le général put obtenir ce fut de voir la duchesse pour laquelle il était chargé de deux lettres, l'une de Mademoiselle et l'autre de M"* de Gontaut. Marie-Amélie, à la lecture de la lettre de l'enfant dont elle avait reçu tant de caresses, ne put retenir ses larmes, mais elle garda le secret de l'ambition de son mari. Elle alla même jusqu'à dire que le duc était honnête homme et que la famile royale pouvait compter sur lui.

Voici l'acte d'abdication, écrit sous forme de lettre.

« .le suis trop profondément peiné des maux qui affligent ou qui pourraient menacer mes peuples, pour n avoir pas cherché un moyen de les prévenir, j'ai donc pris la résolution d'abdiquer la couronne en faveur de mon petit-fils.

« Le Dauphin, qui partage mes sentiments, renonce à ses droits en faveur de

son neveu.

€ Vous aurez donc en votre qualité de lieutenant général du royaume à faire proclamer l'avènement de Henri V à la couronne. Vous prendrez d'ailleurs

toutes les mesures qui vous concernent pour régler les formes du gouvernement pendant la minorité du nouveau roi. Ici je me borne à faire connaître ces. dispositions : c'est un moyen d'éviter bien des maux.

« Vous communiquerez mes intentions au corps diplomatique et vous me ferez connaître le plus tôt possilde la proclamation par laquelle mon petit-fils sera reconnu roi sous le nom de Henri V.

« Je charge le lieutenant général de Latour-Foissac de vous remettre cette lettre. Il a ordre de s'entendre avec vous sur les arrangements à prendre en faveur des personnes qui m'ont accompagné, ainsi que sur les arrangements pour ce qui me concerne et le reste de ma famille.

« Nous réglerons ensuite les autres mesures qui seront la conséquence du changement de règne.

« Je vous renouvelle, mon cousin, l'assurance des sentiments avec lesquels je suis votre affectionné cousin.

« Chaules »

Le duc d'Orléans parut tourmenté de quelques scrupules, mais au fond, son unique souci était le séjour du roi à Rambouillet avec une petite troupe de 12,000 hommes qui pouvait servir de noyau à l'armée tout entière, et 36 pièces d'artillerie. Il était à craindre pour lui que la duchesse de Berry n'arrivât à Paris, avec Henri V ; alors que répondre, que faire ?

Il résolut d'éloigner Charles X et, dans ce but, il lui envoya MM. Barrot, Jacqueminot, Maison et Schoonen.

— Mais, demanda ce dernier, si l'on nous remet le duc de Bordeaux ?

— Le duc de Bordeaux est votre roi! s'écria Louis-Philippe.

La duchesse assistait à ce colloque. A l'exclamation de son mari, elle se leva et se jeta dans les bras de son mari en s'écriant :

— x\.hl vous êtes le plus honnête homme du royaume !...

Les envoyés du lieutenant-général, arrivés à Ilambouillet au milieu de la nuit, ne furent pas reçus par le roi, qui se contenta de leur oliïir l'hospitalité au château. Ils revinrent à Paris sans avoir vu Charles X.

Cette fois, l'honnêteté du duc n'y tint plus.

— Qu'il parte ! sécria-t-il. 11 faut qu'il parte, il faut l'effrayer I... Quelques heures plus tard, des hommes payés parcouraient Paris en criant :

Charles X menace Paris!... A Rambouillet! à Rambouillet!... On battit le rappel et dans la cour du Palais-Royal, M. de Rumigny distribuait de la poudre et des armes.

Il y avait alors sur le pavé quantité de gens qui ne savaient que faire, et beaucoup de jeunes hommes dont l'imagination pouvait être séduite par l'aventure d'une expédition hors des murs. Des bandes se formèrent. Lafayette accorda cinquante hommes par légion de la garde nationale et le commandement de cette multitude fut donné au général Pajol. On réquisitionna tous les véhicules possibles, et quinze mille hommes environ, sans vivres, sans argent, sans ordres, se mirent en marche vers Rambouillet.

A la noiivello (!•• l'npproi'he do cotte hordo dont on ignorait In nombre, tout fut en émoi iiu rliAtojin do Ilamboiiillot. \,on courtisans prinMit la fiiit*^, «t quelques-uns avec uno trllo précipitation qu'ils oublièrent leurs chapeaux à plume

1 1 Manche

Charles X. avec son calme habituel, reçut les commissaires du lieutenant général. Odiloii T^arrot prit la parole; il exposa les horreurs de la guerre civili\ les danj^ers (jiie courait le roi.

Charles X répondit que la couronne n'était point menacée, les droits du duc de Bordeaux étant réservés.

-— t^ans doute, répondit O. Harrot, mais ce n'est pas dans le san^i^ qu'il convient de placer le Irone de Henri V.

— Soixante mille hommes menacent Rambouillet!... fit gravement le maréchal Maison.

A ces mots, Charles X surpris attira le maréchal h part et lui dit :

— Monsieur, je crois à votre loyauté; vous m'affirmez sur l'honneur que l'armée parisienne compte soixante mille hommes?

— Oui, sire.

Le but de Louis-Philippe fut rempli.

Charles X fut effrayé, il se décida à la retraite. La famille royale quitta Rambouillet pour Maintenon. Le roi se décida à quitter la France et à s'embarquer à Cherbourg. Cependant, toujours confiant dans so!i cousin, il engagea les fidèles soldats de sa garde, — qu'il ne pouvait plus payer, — à rentrer à Paris et à y faire leur soumission au lieutenant général du royaume, (i qui a pris, leur disait-il, toutes les mesures pour leur sûreté et leur bien-être à venir. »

Peu après les Parisiens entraient en désordre dans Rambouillet et se ruaient vers le château... Des gardes nationaux commandés pir M. Dégouzée ouvraient la marche. En entrant dans la cour delà résidence, M. Dégouzée remarqua tout de suite au milieu de plusieurs voitures, un fourgon qu'on lui avait signalé comme renfermant les diamants de la couronne. Ce fourgon, scellé en présence des commissaires et dont la clef avait été remise par le maire de Rambouillet au maréchal Maison. M. Dégouzée lit demander plusieurs fonctionnaires de la ville et plusieurs officiers, afin de prendre par un acte régulier le dépôt du précieux fourgon.

Afin de prévenir la destruction des carrosses de la cour, il imagina de les remplir d'hommes du peuple et Tordre du retour à Paris fut donné.

« C'était un épisode tout nouveau dans la vieille histoire des fragiles grandeurs de ce monde, que le spectacle de cette multitude bruyante et débraillée s'entassant à plaisir dans les magnifiques voitures du sacre attelées de huit chevaux, et se faisant reconduire avec des guides de soie par les cochers de la cour.

« Ces heureux ouvriers, que la misère attendait au sein de leur famille, firent dan^ Paris une pompeuse et triomphale entrée, suivis de tout le service des écuries du château. Cortège héroïque et grotesque, bien propre à faire réfléchir le philosophe, mais que la foule insouciante saluait au passage par des éclats de rire, des refrains joyeux et des bravos I

t Le peuple se rendit donc en équipage dans la cour du Palais-Royal. Ce fut là qu'on mit pied à terre, et tous criaient sous les fenêtres du prince : « Tenez ! voilà vos voitures! » Des sentinelles veillaient à chaque porte du palais, ouvriers au visage noirci, aux bras nus. Les uns avaient des fusils, les autres des piques.

« La duchesse d'Orléans était fort effrayée de ce spectacle qui rappelait les scènes de la première révolution. Mais le duc s'était armé de courage et le sourire ne cessa d'animer ses lèvres. Charles X fuyait avec sa famille, laissant le trône vacant. Encore quelques vaines formalités à remplir et le duc d'Orléans devenait roi. »

Rien ne s'y opposait sérieusement, « le peuple aux bras nus » gardait le Palais-Royal ; la chambre soumettait servilement au prince la chaise de son président; l'Hôtel de ville enfin, appartenait aux Orléanistes. On se rappelle l'apostrophe du général Dubourg au duc d'Orléans ; c'était le seul récalcitrant, on en eut bientôt raison par la calomnie. On s'adressa à la crédulité populaire ; on le fit passer pour ancien émigré, agent de Charles, un traître; et lorsque le brave général revint à l'Hôtel de ville on l'attaqua au passage et il courut risque d'être assassiné.

Lafayette enguirlandé par le duc était disposé à toutes les concessions.

11 avait fait écrire sur les drapeaux de la garde nationale ces trois mots :

Liberté, Egalité, Ordre public.

M. Girod (de l'Ain) vint de la part du duc d'Orléans le prier de faire effacer ce mot Egalité, qui rappelait, disait-il, de lamentables souvenirs.

Lafayette hésitait, mais Girod s'écria :

— C'est un fils qui vous prie au nom de la mémoire de son père.

Et d'autres drapeaux furent commandés.

Depuis le stratagème de Rambouillet, personne ne pouvait plus douter des intentions du lieutenant général. Afin d'enlever aux naïfs leurs dernières illusions, il autorisa la reproduction dans le Courrier françah, un de ses journaux, de la protestation publiée à Londres, en 1820, au sujet de la naissance du duc de Bordeaux. Moins généreux que Charles X, qui avait fait saisir la brochure de l'italienne Maria Stella* il permit à des crieurs publics de vendre ces pamphlets dans le jardin du Palais-Royal.

Après avoir joué les républicains et trahi les carlistes, Louis-Philippe se réservait de se débarrasser de ses grands amis, les constitutiounels libéraux, les hommes de l'opinion de Béranger, Lafayette, Laffitte, Dupont (de l'Eure).

Déjà dans le gouvernement ou l'entourage du prince se dessinait le parti des Broglie, des Guizot, ceux que plus tard on surnomma les doctrinaires. Laffitte, le faiseur de rois, ne se doutait pas des secrètes inclinations de son noble ami d'Orléans; il était dans l'enchantement. — Dupont disait : « Nous sommes envahis par une faction aristocratique et doctrinaire qui emploie tous ses

1. Maria Stella prétendait être la fille légitime de la mère de Louis-Pbilippe. Ce prince, «elou elle, était le fils du geôlier d'uae petite ville d'Italie où la ducliesse étuit accouchée.

:U)8 UlfeiTuaU*: DU l»ALAI8-H0YAL

rfloils ;i lauo avoiior li's ^•'rmes <lo l.i libtilii scim-s par la Itt-vululioii. Je n'ai (f espoir tjue dam la loyautt* du duc d'Oriediis, «{ui iiio p.iiiilt animé de» meilleures iiiteiitioiiH, mais qui n'a pas toujours le dugré de lumière que l'on |>ounait désirer. »

Coinmont puuvail-il croire à la loyauté du prince ({ui avait trahi ni iiidiKUumont son cousin Clliarlos ?... (^tmmcnt se tiait-il à l'élève de madam»' do (îenlis, à l'ami de Duniouriez et de Danton, à l'ex-jacobin qui fut lo candidat de l'ouché à la couronne en 1H14 et pondant les cent-jours?

L'honnélo Dupont so laissait prendre h la comédie lies scrupules et de la modestie du prince; il le voyait attendre qu'(jn vint au devant de lui. qu'on lui apportât la couronne, qu'on le fit roi malgré lui., et il prenait tant de patience lial)ile ])()ur l'absence d'ambition...

Mai.s la duchesse d'Orléans elle-mémo y était prise!...

u Jamais prince, dit un historien, n'était allé au-devant de la popularité avec plus de bonhomie, plus d'abandon. Combien d'hommes du peuple en ce temps-là, purent se vanter d'avoir pressé de leurs mains calleuses, la main du prince vivement ollerte aux passants!... Ne l'avait-on pas vu, rue iSaint-Hoiioré, portera ses lèvres un verre présenté par un passant?

Celle popularité élraiij^'o étonnait un des jeunes princes, le duc de Nemours, autant que la politique nouvelle rattli<,'eait.

Le 3 août, il ressemblait à un condamné quand il dut, par ordre, entrer à Pai'isà la tète du 1" chasseurs dont Charles X l'avait nommé colonel. Il n'avait pas perdu et il conserva toujours le souvenir de l'affection touchante qu'avaient eue pour lui les Bourbons de la branche aînée.

Au Palais-Royal on l'appelait le carliste, et dans Paris, tarislocrate.

Les sentiniciils du jeune de Nemours ne rencontraient plus aucun écho dans sa famille. La duchesse elle-même essuyait la dernière larme que lui avait coûté l'infortune du vieux roi et celle de son trop jeune héritier, puis, accompagnée de ses filles et de sa belle-sœur, allait consoler, àl'Hôtel-Dieu, les insurfjés des trois glorieuses. Presipie tous les blessés, nous pourrions dire tous, appartenaient au peuple ouvrier. Et le prolétaire ne paya point seulement de son sang, mais de son salaire, du pain des femmes et des enfants les lauriers de juillet, la f,'loire d'avoii* battu l'ai-istocratie nobiliaire au profit de l'aristocratie bourgeoise. Il ne se rendait pas compte des résultats de sa victoire et de ce qu'il pourrait en recueillir. Ses sacrifices étaient assez grands pour qu'il se montrât exigeant, au moins pour qu'il prît part au règlement de ses intérêts.

Cependant il ne fut point consulté.

La Chambre de l'ex-roi régla tout sans lui, et même contre lui.

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