‹ Histoire du Palais-RoyalChapitre 57 sur 126 · NOUVELLK INSTALLATION DE LA FAMILLE HOVALE. — LES BALS DE LA COUR · texte numérisé non relu

NOUVELLK INSTALLATION DE LA FAMILLE HOVALE. — LES BALS DE LA COUR

« Lors de l'installation de la famille royale aux Tuileries ses habitudes ne changèrent guère ; l'apparence extérieure de la royauté fut aussi simple ({ue ses habitudes intérieures. L'été, Louis-Philippe se rendait quelquefois à Neuilly dans un char à bancs découvert, véritable voiture de famille dont on a plaisanté quelquefois, mais qui était parfaitement commode et n'avait que le tort d'être sans prétentions. Les carrosses de la cour ne furent d'abord conduits qu'à deux chevaux, puis, un peu plus tard, ils furent attelés à quatre, avec un postillon et un seul piqueur devant. Ces voitures étaient peintes en jaune clair et, sur le panneau du milieu, se détachait un écusson très'simple reproduisant les lettres initiales des deux noms du roi surmontées de la couronne royale. Le soir, lorsque le roi ou la reine sortaient par hasard, leur voiture était précédée, suivant l'usage ancien, d'un piqueur portant une torche, ce (jui, par parenthèse, produisait un effet très pittoresque au milieu de la nuit sombre.

« Il n'y eut jamais, sous la monarchie de 1830, qu'un maître des cérémonies, introducteur des ambassadeurs; c'était M. de Saint-Maurice, et la maison de

•iJ4 msToiliK L'L l'.\LA18-llUYAL

Louis-iMiilipix', pom ilro iiiiu iiniisuii iiiirriiuMil iiiiliUiirc, n'en /'Uit |>aK iiioiiiH parfjiitoniout siilTisaiilo. L'oniro dos réceptions et lus convoiiaiio^s du palais n'ont jamais eu i\ soutlrir do l'absence do clianibcllans, do^rands nialtren des rérômonios, do prôfots du |).ilais, etc., Moml»roux baUiillonstiui, souh !•• r^^^lni*' suivant, s'iusriivait au lunl^'cl pour \\\w soninif plus forU- ipir «lix bataillons de l'aruu'o. L'entouraKO do lu royauté d'alors t'iail liuiic simplicité philosophlipio (fui répondait d'ailleurs à lojites les exi^îoncts du Irmps.

« A cette époque, on trouvait fort bien éi^alcment des pairs d»- l'Yancc, sans leur donner do traitement, des députés, sans leur distribuer d'indenmités. L'honneur, la notoriété et une légitime intluence suflisaient j^oiir allécher toutes les ambitions.

<< 11 y avait, tous les hivers, aux Tuileries, ((ualn- i^u'ands bals, <Ieux petits bals do la reine, plusieurs concerts et <juelquefois, lorscjuo le duc d'Orléans fut marié, un bal chez le duc d'Orléans.

« Toutes ces fêtes étaient aussi brillantes, aussi nombreuses, aussi bien ordonnées que celles qu'on y donna sous le second empire. L'espace entier compris entre le pavillon de Marsan et le pavillon de Flore étiucelait de lustres resplendissants de dorures, décorés avec somptuosité, et parcouru par plu» de trois mille personnes en habits brodés ou en uniformes; trois orchestres disposés dans cet espace, qui présentait le plus ma«j;nili(}ue coup d'œil, et, au bout de ces brillants salons, la salle de spectacle devenue la salle du souper, éj^ayée, clic aussi, par deux orchestres militaires, tel était l'ensemble des tarauds bals qui, un peu trop nombreux au commencement du règne, étaient rentrés dans les limites convenables et faisaient à bon droit l'admiration des étrangers.

« Pour assister à ces bals ofliciels, les femmes étaient naturellement en très grande toilette, sans qu'il y eût précisément un costume de cour.

(< Les iiommes, losquils n'avaient pas d'uniforme particulier, portaient un habit bleu orné de broderies de fantaisie au collet et aux parements, avec un pantalon de casimk; blanc à larges bandes d'or. Ce costume était modifié pour les bals du duc d'Orléans; le pantalon était remplacé par la culotte courte, et les bottes par des souliers à boucles ' ».

Ce détail est assez curieux: il semble indiquer chez l'héritier du roi des barricades du goût pour l'étiquette de l'ancien régime.

En dehors des réceptions officielles, Louis-Philippe aimait à s erilrt-lcnir avec les savants et les artistes, et particulièrement avec Fontaine, son architecte, Horace Vernet et Ary Scheffer. Ces intelligeuces, étrangères à la politique, devaient lui plaire doublement, par leur propre mérite et par leur désintéressement des aflaires du gouvernement.

On lui a fort reproché de n'avoir pas compris ou plutôt deviné l'école romantique : en peinture, Delacroix, par exemple ; en littérature, Victor Hugo, et de leur avoir préféré Vernet et Delavigne: mais du moins il ne crut pas à Boulanger...

1. V" de Beaumont-Va«?y. -^ Papiers curieux d'an lioaime de cour.

Puis, en définitive, il appartenait à la dernière génération du xviii*' siècle, le siècle du bon sens et de la clarté, à qui la poésie lyrique est restée inconnue et dont Rousseau fut le premier et le plus grand littérateur naturaliste.

Ce que l'on peut reprocher au roi de Juillet, ce n'est pas d'avoir manqué au devoir d'encourager les lettres et les arts, c'est plutôt d'avoir, lui voltairien, combattu la liberté philosophique. Ainsi le même prince qui, pour faire peur aux légitimistes, laisse envahir, profaner, saccager Saint-Germain-l'Auxerrois et favorise en secret le pillage et la destruction de l'archevêché, le même qui fait abattre les croix par l'émeute et qui répond à son préfet de police stupéfait : « Contentez-vous de protéger le Palais-Royal et faites ainsi la part du feu ». Nous le voyons, dans la même année, faire poursuivre Lacordaire et Lamennais qui, dans leur journal Y Avenir, demandaient la suppression du budget des cultes, la séparation de l'Église et de l'État, le suffrage universel.

Comme roi, Louis-Philippe obéissait k d'autres principes que ceux qu'il avait professés n'étant que duc d'Orléans.

Il semble qu'il n'ait pas conçu pour TÉtat d'autre idéal que celui qu'il avait réalisé dans sa famille : la liberté d'opinion tempérée par le pouvoir absolu du père ou du roi.

Car, sous la fiction du gouvernement parlementaire constitutionnel, Louis- Philippe a toujours gouverné personnellement, et ses ministres n'ont jamais été que les instruments dociles de ses volontés.

Excellent père de famille, mais dont la bonté ne dégénérait jamais en faiblesse, il ne se départit jamais, devant ses enfants, de sa double autorité de roi et de père et surveillait leur conduite avec sévérité.

Son fils aîné avait été initié de bonne heure aux travaux politiques. Il voulait qu'il assistât au conseil des ministres. Il maintenait la distance que le droit d'aînesse avait établie entre le duc d'Orléans et son frère de Nemours. Celui-ci devait s'effacer devant l'héritier du trône, lui laisser, en toute occasion, le beau rôle, et ne pas détourner à son profit un seul rayon d'une popularité désirée.

Nemours avait accepté ce rôle sacrifié avec une abnégation entière, et son amitié pour son frère ne s'en était nullement ressentie. On trouve, dans la correspondance de ces jeunes princes, des preuves vraiment touchantes de cette entente fraternelle dont le public fut très longtemps avant d'apprendre le fin mot *.

Le duc d'Orléans s'expriniant, dans l'intimité, sur ses frères et sur le rôle qu'ils joueraient au jour d'une insurrection, toujours prévue au château, disait du duc de Nemours :

— Nemours est l'homme de la règle et de l'étiquette ; // emboîte bien le pas et se tient derrière moi avec une attention scrupuleuse ; jamais il ne prendra l'initiative, mais on peut le charger de défendre les Tuileries, il se fera tuer avant d'en ouvrir les portes...

En cela, le duc d'Orléans se trompait.

1, Histoire des Tuileries.

UG HISTOUU-; l>r l'AlAlil-ltuYAL

On h' viMTa l»iriil.>l, lors •!•' rm-ni i .ctii.M il- IH'iS. || a|<»iilait. nnus Atrc m''ill«'ur pi-opli«'l«> :

— D'Auinalr ««si nu l»ravt« trniipier i|iii ne nmleru puH on arrière. Joinvillo ;i la passion du (lan^jer, il fera niillf imprudences brillautCH ot recevra une balle tians la poitrine ;\ l'assaut d'une i)arrira<li-. Ouant au petit Moutpensier, depuis «|ue lea cadets ne sont plus abbés je n'iinaK'in»' pas trop ce qu nu en pourra faire.

Nous reparlerons de la famille royale l(»is(|M'«'IIe se sera romp|ét«''e p;ir les maria^jos des princes el des |)rin«f"*ses.

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LA LI>Tj; CIVILK. — t ! !.. i\iM\| IMUVK. - lll^li.llli: ILH UNTK l»I.S FUSILS (.iSyirKr.

— LA Cl UKK

La révolution avait ferm<'« un c;rand nombre d iisinos, paralysé le commerce et mis les travailleurs sur les dents.

Sans éjjard aux tristesses de cette situation, 1h roi dfMiianda à la Cliaml)re sa liste civile.

Boautoup de citoyens s'en inquiétaient peu, croyant avoir pris la monan liie au rabais. Un roi-citoyen ne demanderait pas aussi cher pour j^'ouvt'rnfr la Krance qnun héritier direct du roi-soleil...

C'était bien à supposer; cependant les d'Orléans ne jetaient point rart,'ent par les fenêtres.

Louis-Philippe avait l'intention de demander vingt millions, Laftitte trouva que c'était beaucoup,

— Dix-huit seraient encore trtqi. lui dit-il dans l'espoir (ju'il ,se conterderait de quinze.

— Eh bien ! dix-huit, fit le roi.

— Ce chiffre va soulever des murmures à la Chambre.

— Je ne puis en proposer un plus modéré : .je le maintiens, mais, afin de parer à toute critique qui pourrait atteindre la couronne, voici ce que nous ferons.

Et Louis-Philippe, donnant à son idée ces longs développements à laide de.squels il comptait toujours endormir son interlocuteur, promit à Laftitte de lui écrire une lettre confidentielle destinée à la publication, dans laquelle il jouerait le désintéressement et se déclarerait prêt à accepter une somme moins élevée.

Mais il ne faisait pas entrer en ligne de compte quatre millions de revenus en terres et en forêts, 2,504,000 fr. d'apanage et le domaine privé,

A la veille de son élévation au trône, le 0 août, Louis-Philippe avait eu soin de ses biens personnels en faveur de sa famille et s'était dérobé ainsi à l'édil de Ht^nri IV, la Constitution de l'/91 et la loi du 8 novembre 1814, d'après lesqu Is tout prince appelé au trône doit confondre ses biens personnels avec les biens de l'État,

Louis-Philippe refuse le trône des Belges pour le duc de Nemours.

La Chambre néanmoins justifia toutes les prétentions du roi, paraissant oublier que la liste civile de Charles X n'était que de 11,210,805 francs, et que les trois consuls n'avaient coûté à la France que 1,500,000 francs.

Elle attribua ensuite à la reine un douaire en cas de décès de son époux et lixa à un million la dotation annuelle du prince royal.

La cour et la ville, prenant exemple du souverain, n'attendirent pas que M. Guizot eût prononcé son célèbre « Enrichissez-vous » et, tandis que se déroulait le scandaleux procès des Rohan pour la succession de l'étranglé de Saint-

LlV. 53. A. Fayard, Éditoj

r.fii, mil' unir.' iiil.ini' «•^•l.lbull^^-.lll «le l'acoUKalioii de concuMion !•• |»it'iiii«*r III itiistr^, Casimir I*érier.

On se Bouvionl que le l(Mi<1oni:iin tlo Juillel, non arsenaux, ayant besoin de .itK).(HK) fusils, on en refusa la <-ninniaM(ie à lindustrie nationale, et, malgré Dupont (do l'Kure), qui i)liudail en faveur de no« malheureux ouvriers sans ouvrage, on résolut de les deuiauder à l'Angleterre.

Potirquoi?... Nous allons le voir.

Un banquier, jupe an tribunal de coninierce, ami de M. Périer, huiiqui^T plus rirho que lui. avait été chargé, le 'Joctol)re 1880, d'aller né^ficier à Londres laehat de 300.000 fusils.

Ce néjs'ociateur se nommait (iisquet.

La lettre qui l'autorisait portail ctîs mots : « Il vous sera alloué une commission sur le prix de cette acquisition et vos frais de voyajje. »

M. Gisquet était donc un maudataii-e salarié du gouvernement.

Cej)endant, airivé k Birmingham, i! passa, avec MM. Wheeler Irou etFairlax, un marché provisoire dans lequel il stipulait eu son propre nom.

Ici nous laissons la parole à Louis Blanc.

« La Tour de Londres contenait un grand nombn^ de vieux fusils. Les fabricants de Birmingham proposèrent à M. Gisquet de les acheter i»our son compte au gouvernement anglais, en se réservant à eux-Hiéiiies un Uers des bénéfices nets réalisés sur l'opération.

Cette dernière clause était inadmissible. M. Gisquet, n'étant qu'un mandataire, n'avait ni bénéfices à faire dans l'opération ni bénéfices à partager.

11 consentit néanmoins k traiter sur ces bases. Il fut même convenu que, si le liore réservé aux fabricants ne produisait pas une somme de cent cinquante mille francs, le partage du gain aurait lieu par moitié.

M. Gisquet ne demandait, pour nne acceptation définitive, qu'un délai de quinze jours.

Par suite des arrangements convenus, les manufacluriers s'adressèi'ent au ministre britannique. Ils lui offrirent de remplacer par des fusils neufs qu'ils s'engngeaient à confectionner avec les matéri.iux existants dans les arsenaux, les vieux fusils contenus dans la Tour de Londres.

Le ministère anglais accueillit cette requête avec empressement.

Le 17 octobre, M. Gisquet était de retour à Paris. La veille, sa maison avait été obligée de suspendre ses jiayements ; le lendemain, elle se releva.

Le maréchal Gérard, ministre de la gueire à cette époque, lut le marché et refusa de le ratifier. Son successeur, le maréchal Soult, montra aussi beaucoup d'hésitation, et l'alTaire resta sans conclusion pendant près d'un mois.

Dans cet intervalle, M. Gisquet n'avait cessé de presser le ministre de la guerre. Mais, interrogé sur le prix des fusils qu'il devait livrer, il l'avait fixé à 34 francs 94 centimes, y compris l'emballage et le transport.

Or, ce chiffre paraissait exorbitant d'une part et, d'autre part, beaucoup de négociiints soumissionnaient à des conditions moins onéreuses poui* le Trésor.

M. Vandermerck fit la proposition écrite de l'ournir la quantité voulue de fusils au prix de 26 francs. Il offrait des fusils anglais de première qualité.

M. Gisquet, averti de cette proposition, en fut extrêmement troublé.

Il avait associé à ses espérances M. de Rotschild. Un billet qu'il reçut de ce banquier mit fin à ses inquiétudes en lui annonçant un rendez-vous pour le lendemain chez le ministre de la guerre. Ce fut dans cette audience que M. Gisquet, spéculateur maintenant et non plus mandataire, conclut avec le maréchal Soult un marché dont les prix rapprochés de ceux de M, Vandermerck constituaient, pour le Trésor, une perte d'à peu près deux millions cinq cent mille francs.

De lâcheuses rumeurs ne tardèrent pas à se répandre. Les soumissionnaires repoussés se plaignaient.

Pourquoi cette préférence accordée à M. Gisquet et si ruineuse pour le Trésor? M. Gisquet avait-il, pour fixer le choix du ministre, des connaissances spéciales? Était-il, avait-il été officier d'artillerie? Présentait-il du moins, comme négociant, des garanties convenables ?

Quel motif spécieux avait pu faire confier à un homme d'affaires dont la maison paraissait en déconfiture une opération qui exigeait et des connaissances particulières et une solvabilité incontestable?

Bientôt les plus graves soupçons se mêlèrent à ces discours pour les envenimer. On fit remarquer que M. Casimir Perler était lié commercialement à M. Gisquet par une commandite de 250,000 francs, remontant à 1825, et par une autre commandite de 950,000 francs datant du 2 juillet 1830.

On supposa que M. Casimir Périer avait voulu sauver ses intérêts compromis dans les chances d'une faillite prévue. On ne manqua pas de rappeler -â ce sujet que la maison de M. Gisquet venait de suspendre ses payements, lorsqu'elle les reprit tout à coup, M. Gisquet ayant rapporté de Londres un projet de marché qui semblait devoir relever sa fortune.

Mais les rumeurs devinrent bien plus menaçantes encore quand on apprit que les fusils achetés si cher étaient de mauvaise qualité; qu'ils étaient d'un usa^e fort incommode et très lourds ; enfin que le travail des pièces accessoires y était moins perfectionné que dans les fusils de nos fabriques.

Il fut question de porter l'affaire au Parlement; mais les soupçons grossissant de jour en jour, une feuille républicaine, la Tribune, résolut de donner le signal de l'attaque et le 9 juillet 1831 elle publia un article où se trouvaient ces mots :

« N'est-il pas vrai que, pour les marchés de fusils et de draps, M. Casimir Périer et le maréchal Soult ont reçu chacun un pot-de-vin qui serait de plus d'un million? »

Cet article d'Armand Marrast eut un grand retentissement et des poursuites furent exercées contre le journal.

Alors le scandale fut complet.

^ La personnalité de M. Gisquet s'etfaça un peu devant celle du ministre Périer, qui, de plaignant, devint par le fait même un accusé. La défense d'Armand

MiuT.isi fut itn''soiit<^o i)iir Mirlu'l dh' hourROH), nv«'c IViloqiiencc roii(;u(^iiHc «in'on lui ritiin.ilt. Ail «'oiirs d^'s dt'lcits, l.- ^^«'iimt <lo la Trihurir donim Ii'rliin» dnn« li'llH' (If M. Hrckwitli, un «If'H premiers fabricants daniK-s df I^'mdrcs; ce moiisioiir écrivait: « Un fusil avec sa baïonnette otde la mômo qualité, bohh Ioub Ich rapjiorts, qno Ifs fusils fournis à M. (tifiquet par le pouverneim'nt britannique*. vous coûtera J»! fr. 'à) c. »

A. Maq;ast prit la paroi»', et avec mit' «''loquonce entraînante y défendit le« droits de la presse. L'élévation et la justesse de ses idées, leur magnifique expression doivent t^tre relues avee profit de nos jours.

• Quoi! s'iVria-t-il en parlant des di-posilaires du ponvoii-, ils auront à leur disposition I a niit-c, lari^'cnt, toutes les forces natiouali-s; d'un si^^ne, ils feront 'Mouvoir ttms b's fonctioiiiiaires, ils aj^iront sur b's dt>stin»'es du pays par des moyens si puissants; au moindre mouvement «le leur jiensée ils auront pour écraser ceux qui les combattent, et les parquets, et les huissiers, et les gendarmes, et cet immense iL'au <le la police! Et tiuaud ils se présentent a nous avec tout ce cortège, nous n'aurions pas nous, simples écrivains, le droit de les questionner, de nous délier d'un pouvoir si menaçant, de croire à des abus si faciles? Nous ne pourrons pas répéter ces rumeurs de l'opinion (|ui a un instincts! droit et si sur?...

«« Notre devoir est plus élevé. La liberté vit de déliances. Prenez le pouvoir si vous le voulez, mais sachez que, dès ce moment, vous tombez sous l'em. pire de la publicité, vous, votre présent, votre passé, tous vos actes connus, tous vos actes même projetés.... Et honte à l'écrivain timide qui déserte ses devoirs, [ j parce que quelque danger s'y attache ! •

Naturellement, les juges ne furent pas de cet avis ; Marrast, acquitté et approuvé par l'opinion publique, fut condamné à trois mille francs d'amende et six mois de prison.

On croirait toute cette histoire d'aujourd'hui.

Il nous serait facile de remplacer les noms des Soult, Gisquet et Périer, par les noms de personnages bien connus de nos jours; les mêmes lois sont en vigueur, les mêmes juges sont au tribunal, et la presse peut encore crier en vain «iu voleur et au traître.

A quoi servent les révolutions? peut-on se demander.

Aux habiles qui en surgissent pour monter au pouvoir, répondrons-nous. L'histoire de Louis-Philippe et des derniers Bonaparte va nous en fournir des exemples nombreux, et combien n'en trouverions-nous pas, si nous nous avancions dans l'histoire contemporaine!...

L'affaire des fusils Gisquet-Périer méritait d'être citée, parce qu'elle donne la note du temps : le tintement de l'or des concussions, de la vénalité des consciences, des transactions honteuses, des cupidités sans frein, de 1830 à la fin de 183L

L'intérêt, le veau d'or était la nouvelle divinité proposée par les hommes de Juillet au culte des Français.

Talleyrand, notre ambassadeur à Londres, jouait à la baisse et réalisait à la

Bourse de Paris des bénéfices énormes. Le fait était de notoriété publique. — Le seul banquier honnête d'un gouvernement d'hommesd'argent, Lafiitte, était congédié. Le roi montrait vis-à-vis des hommes honnêtes, comme Dupont (de l'Eure), une instinctive méfiance.

Des quatre coins du pays, l'armée des solliciteurs s'était mise en marche vers les ministères et les grandes administrations de Paris. Le 30 juillet, tout le monde s'était réveillé orléaniste, et bientôt après s'élançait à la curée des places.

La meute affamée, la gueule ouverte, l'œil injecté, les flancs haletants, se ruait aux ripailles du budget.

Voilà la proie convoitée, voilà le grand festin où la faveur garde des places à toutes les incapacités. Toutes les ambitions sans vergogne s'y disputent les sinécures, les honneurs, les missions lucratives, les fournitures.

Il faut profiter d'une aubaine qui ne se présente (Dieu merci!...) que tous les quinze ou vingt ans.

On ne laisse pas aux malheureux carlistes le temps de respirer avant de prêter serment, de retourner leur habit et de se convertir. Oni fait une Saint-Barthélémy de fonctionnaires publics. Il faut placer les siens, puis les amis de sa famille.

On devance même l'arrivée pressentie des élus, on leur envoie par le télé graphe les meilleurs morceaux du festin : les préfectures, les recettes générales les consulats, les directions importantes. La meute ardente qui se précipitait à la curée, n'avait que les entrailles de la bête, les morceaux de seconde ou de dernière qualité, lesperceptions.lesbureaux de tabac, les bureauxde poste, et despromesses.

Mais à ces bandes dévorantes en succédaient sans interruption d'autres encore affamées, plus insatiables. Les antichambres ne désemplissaient pas et jamais la livrée officielle ne s'était étonnée de tant de mendicités, d'intrigues et de bassesses. Il y eut dans ces convois de solliciteurs un regain d'affaires pour les i-estaurateurs, les limonadiers et les demoiselles du Palais-Royal.

Tous ces bourgeois de province remplissaient de leur foule les galeries et les salons banals, comme en 1815 les émigrés de Coblentz et de Gand accourus à la curée de l'Empire vaincu.

Bon appétit, messieurs, c'est le roi qui régale et la France qui paye.

De jeunes poètes, Barthélémy et Auguste Barbier en tête, ont vigoureusement flagellé les personnages éhontés de cette comédie.

On ne peut se rappeler cette époque, sans que les iambes d'Auguste Barbier ne se pressent et ne chantent dans votre mémoire. On a lu cent fois et l'on veut relire ou entendre encore ces vers immortels. Quel tableau historique que ce chef-d'œuvre :

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