‹ Histoire du Palais-RoyalChapitre 58 sur 126 · LA CURÉE · texte numérisé non relu

LA CURÉE

Ohl lorsqu'un lourd soleil cliautl'uit les grandes dalles

Des ponts et de nos quais déserts, Que les cloches hurlaieut, que la grêle des balles

Sifflait et pleuvait par les airs

4» UièilOUtKDU PALAlô-BOYAI.

vue dnut i'an* rott«r «oiuaic la mer qui otoiiU,

Le pou|ilo «oulevé ((ruudait, Et qu'où lti((ii)irn accent dci vluux canoni de fonte

La MartRillaiae répondait, Certes ou ne vuynil \m», comme au Jour où nouH loiotoea,

Tant d'uni formof à la foii, C'était non* di*ii linillonH (|iio bottaient Ira ca'um d lii>miiie>i

C'étaient alors (i«> sales doigts Qui ehart<eaient Ich mounquels et renvoyaient la fundro,

C'élail 1(1 lioui:liu uux viU jiir<)U4, Qui iiiAclwiil la curtouilic et ipii, noire de poudre,

Criait aux citoyciiii : kloumus!

Quant h tous ces beaux flU aux tricolores flammes

Au heuu lin({e, nu fruc éli'-^unt, Ces homnies en corset, au visnge de femme*,

Héros du boulevard de Gaud, Que faisaient-ils tandis qu'à travers la mitraille,

Et 80UH le sabre délesté La grande populace et la mainte canaille

Se ruaient à l'immortalité?

Tandis que tout Paris se joncbnit de merveille»,

Ces messieurs tremblaient dons leur peau. PAIes, suant la peur, et la mniu aux oreille!»,

Accroupis derrière un rideau.

C'est que la Liberté n'est pas une comtesse

Dn noble faubourg Sniiit-Cermain, Loe femme qu'un cri fait tomber en faiblesse,

Qui met du blauc et du carmiu; C'est une forle femme aux puissanles mamelles,

A 11 Voix raiique, aux durs appas, Qui du brun sur la peau, du feu dans les prunelles.

Agile et marcbant à grands pas, Se plait aux cris du peuple aux sanglante? mêlées,

C'est la vierge fougneuse, enfant de la Bastille,

QmI jadis, lorsqu'ell*» apparut Avec son air hardi, ses allures de fille,

Cinq an? mit tout le peuple en rut;

Qui, plus lurd, entonnant une marche gueniôrc

Lasse de ses picmicrs amants, Jeta là sou bonnet et devint vivandière

D'un capitaine de vingt ans :

Mais ô honte 1 Paris si beau dans sa colère,

Paris si plein de majesté Dont ces jours de tempête où le vent populaire

Déracina la royauté, Paris si magnifique avec ses funérailles.

Ses débris d'hommes, ses tombeaux.

Ses chemins dépavés et ses pans de murailles

Troués comme de vieux drapeaux,

Paris n'est maintenant qu'une sentine impure,

Un égout sordide et boueux.

Où mille noirs courants de limon et d'ordure

Viennent traîner leurs flots honteux; Un taudis regorgeant de faquins sans courage,

D'effrontés coureurs de salons, Qui vont de porte en porte et d'étage en étage,

Gueusant quelque bout de galons; Une balle cynique aux clameurs insolentes.

Où chacun cherche à déchirer Un misérable coin de guenilles sanglantes

Du pouvoir qui vient d'expirer.

Ainsi quand désertant sa bauge solitaire

Le sanglier frappé de mort, Est là tout palpitant, étendu sur la terre,

Et sous le soleil qui le mord ; Lorsque blanchi de bave et langue tirée,

Ne bougeant plus en ses liens, U meurt, et que la trompe a sonné la curéo

A toute la meute dos chiens, Toute la meute alors, comme une vague immense.

Bondit; alors chaque mâtin Hurle en signe de joie et prépare d'avance,

Ses larges crocs pour le festiu ;

494 HISTOIHE DH l'ALAlblluVAL

Kt pui* vinil la rohiii< ri l*-* al><>i( férocM

Kotilriil lin vnlloii* ni viilliin* CliiiMi» rouraiil* i>l liiiiiiTi, cl doMunp, «t iiiolosir»,

TiNit «'iSImir» et luul crin : Alluus!

•Jiiniiii In •niiglirr tombe rt nmln mr ran'-on,

AlloUK, iillniiHl li't cliieim Hoat roU I 1.0 rntlAvrn c*t à nouit ; |inyoiM-noiis nntrr pfinn,

Nofl cotipii lin liniils ni noo nliom.

AIIoiik! nouit n'avoiiit piiiH de v/ilnl i|iii nouii fouaillc,

Kl qui (te pnmin ti iiotro nni :

Du sniif? cliftuil, <!(• In rlinir, nlloii» tninnn» ripaille,

Kl KorK«'i)ns-iiniis tout notre n>\\\ !

Kl tovi*. coimn*' KiivritT* que l'on nn'l h lu l.\< hc,

Kouillunt 8I-» (luiicfl à plein ninscau. Kl fie longle nt île* denln tnivaillenl r»an« rnlAchc,

r,nr rliai-iin en veut un inonean ; far il faut nu iliend que clincun d'eux revienne

Avec un os demi ronflé, Kl qne Irnnvnul au »enil «un orpiieiljeune cbinanc,

Jalouse et le (loii allongé, Il lui moulre 8a puenle encore rouge et qui grogne.

Son 08 dans les dents arrêti''.

Et leur crie, en jetant son quartier do charogne :

Voici ma part de royauté I «

Août 1830.

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