‹ Histoire du Palais-RoyalChapitre 59 sur 126 · LES CONSPIR.VTIONS KT LES INSURRECTIONS DE IH-M. — LE CHOLÉRA DE · texte numérisé non relu

LES CONSPIR.VTIONS KT LES INSURRECTIONS DE IH-M. — LE CHOLÉRA DE

Les pfemièios iiniiées du règne de Louis-Pliilippo ont été singulièrement fécondes en événements. Sans parler des affaires étrangères, où le pavillon tricolore ne parut avoir ressuscité que pour tromper l'espoir des peuples et saluer respectueusement ceux (jui l'avaient enterré dans les champs de Waterloo; sans parler tle la Belgique, de la Pologne, de l'Italie, de IT^spagne et même de l'Afrique, la politi(iue intérieure, la vie du peuple français dans ses relations avec le gouvernement qui s'éiail donné à lui, étaient bouleversées par des convulsions de tous genres.

Conspirations semées démeutes à Paris; complot dans les tours Notre- Dame; complot de la rue des Prouvaii*es; procès des Rohan; procès de presse, où le parti républicain, devenu redoutable, jetait au pouvoir les défis les plus insultants; insurrection de Grenoble; insurrection de Lyon, où pour la première fois se posa la terrible question du prolétariat ouvrier, et où le gouvernement ne répondit que par des balles à une population qui demandait du pain; enfin le choléra, une peste nouvelle, inconnue, mystérieuse...

Tout cela en moins de deux ans!...

Le choléra avait été importé à Dantzig par la cargaison d'un navire, comme jadis la peste à Marseille.

Les autichaiiibres ne désemplissaient pas.

Avant de parvenii- jusqu'à nous, il avait longtemps exercé ses ravages en Pologne.

C'était pendant la guerre héroïque entreprise par ce malheureux pays pour recouvrer son indépendance, que le fléau avait éclaté dans les faubourgs de Varsovie.

A la nouvelle de cette contagion mortelle d'une marche si rapide, les peuples occidentaux s'étaient alarmés. La France avait envoyé des médecins pour y étudier la nature et les progrès du mal dont on pressentait l'invasion.

LiV. 54. A. Fay«rd, éditeur.

Opotul.iiil !•> IIi'mii s(''|<'iitl;iit successivtMiioiit sur li noli«'<iii)>, l.i (i.illicif, la Hongrie, 1 Autrirlic; Paris, dans une attente anxieuse, le voyait s'approclier des fiontiôrps. Au mois do f/'vrior IH'M il ('itail !\ Londres... Encore qnelffues jours il serait chez nous; il y était déj;"! poul-ôtrc?... Mais était-ce possible? I/hivcr soc et rigoureux ne devait-il pas arrêter les progrès d'iino inala(lie née d'un climat brillant et des marais du Gan^o?

D'ailleurs, en intUi, la peste (jui avait rava^^'é Londres n'était j):is venuo rhe/, nous.

On se disait ces choses pour se rassurer, «luniil un premier eus fut constat»'rue Mazarine.

(Vêtait le 26 mars. Le même jour et dans trois quartiers différents, — Suint- Antoine, Saint-IIonoré, Baint-Jacciues, — le choléra fit do nombreuses victimes. Le bruit s'en répandit dès le lendemain. On était A la mi-carôme, et en ce teinps- 1:\ le carnaval faisait fureur. Les Parisiens so raidirent d'abord contre la menace terrible. Ils lui rirent au nez. Les masques et les badauds, comme de coutume, emplirent les boulevards. Le choléra fut chansonné, caricaturé; mais cette fois, • l'arme du ridicule » resta impuissante. Le bal masqué de l'Opéra s'ouvrit et la bacchanalo y prit un caract»'re désespéré.

• Puisque nous devons mourir demain, hâtons-nous de jouir de la vie! » sf» disaient cent jeunes gens qui voulaient braver la mort ou noyer leur peau danl'orjiie.

Et la main Invisible les saisissait h table, ou dans les bras de leurs maitresses. Aux rires succédaient des cris de douleur. En inoins d'une heure la fraîcheur, la beauté, les forces delà jeunesse s'évanouissaient, et du jeune homme le plus robuste le mal avait fait un cadavre.

« Sa face maigrissait avec une promptitude extraordinaire. On comptait les muscles sur sa peau devenue subitement noire, bleuâtre. Ses yeux étaient excavés, secs, réduits de moitié et comme retirés k l'aide d'un fil vers la nuque et dans l'intérieur du crâne. La respiration du malade était froide, sa bouche blanche et humide, son pouls d'une faiblesse extrême. Sa parole était un souffle.

t Des étourdissements, des bourdonnements d'oreille, des, vomissements répétés, un sentiment étrange de prostration et en quelque sorte de vacuité générale, le froid gagnant tout le coips par les extrémités, des dérangements d'estomac excessifs, des crampes violentes dans les membres, une respiration pénible, une angoisse inexprimable dans la région précordiale, la peau couverte d'une moiteur glacée, tels étaient les principaux symptômes du mal.

On connaissait plusieurs périodes dans le choléra ; la cholérine. la période algide ou l)leue, la période typhoïde.

Dans la période bleue, le corps, humideet glacé, était torturé par des crampes du dos, des mollets, des avant-bras. Les souffrances étaient atroces.

Dans la période typhoïde, qui souvent succédait à la bleue, la fièvre s'emparait du malade, on le voyait se convulser, bondir en jetant des cris lamentables, puis en proie au délire, chercher la mort, et finir dans une prostration idiote.

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Ce qu'il y avait de plus affreux, c'est que le mal vous atteignait sans que riea l'eût fait pressentir. Il vous surprenait en pleine sécurité; il vous assassinait. Rien n'avait été prévu dans cette calamité. Ni le gouvernement, ni la ville n'avaient pris aucune mesure de précaution. Cène fut que lorsque le mal fut déclaré, que l'administration s'occupa de l'assainissement de quelques quartiers infects et créa des bureaux de secours, auxquels furent attachés des médecins et des infirmiers.

Des prescriptions hygiéniques furent adressées aux citoyens. Tous les Parisiens furent engagés à vivre comme s'ils avaient dix mille francs de rente. On leur recommanda un logement chauffé et aéré, des vêtements chauds, de la flanelle, une nourriture à la fois substantielle et légère ; l'absence de fatigue et d'émotions fortes... Mais si l'insalubrité constituait le domaine du choléra, Paris presque tout entier devait lui appartenir. Le centre de la ville n'était qu'immondices, les halles, situées sur l'emplacement du cimetière des Innocents, les halles dont le sol était saturé de matières animales et végétales en décomposition, étaient un foyer de pestilence.

Si de là on descendait vers la Seine, c'était par un dédale de ruelles plus sales . que nos égouts actuels et qui occupaient tout l'espace compris entre la Grève et le Louvre, d'un côté, et de l'autre toute l'Ile de la Cité. Il y avait là des siècles d'ordures. Enfin l'eau de la Seine, celle dont on buvait le plus, était en temps d'épidémie le véhicule du mal, un véritable poison.

Aussi, tandis que la mortalité n'était, dans les quartiers des Tuileries et de Ja Ghaussée-d'Antin, que de huit à neuf sur mille, elle était de cinquante trois sur mille dans les quartiers de l'Hôtel de ville, du Ghâtelet et de la Cité.

Les riches comptèrent de nombreuses victimes, mais les misérables furent les premiers frappésetles plus cruellement. La plupart des gens riches fuyaient. Députés, pairs de France, magistrats désertaient leurs postes. Les messageries à elles seules emportaient chaque jour plus de sept cents personnes, et les diligences ne suffisant plus on partait en charrettes. Les grands hôtels, les magasins, les ateliers se fermaient. Le peuple criait qu'on l'abandonnait entre le choléra et la faim. La misère se faisait la pourvoyeuse du choléra.

Cependant les actes de générosité et de dévouement se multiplièrent. La famille royale donna l'exemple; aucun de ses membres ne quitta les Tuileries ; le duc d'Orléans, pendant plus de trois mois, fit distribuer aux indigents quatre ou cinq mille rations de riz par jour; la reine à ce secours ajouta celui d'une charité à laquelle tout le monde a rendu hommage. Des souscriptions furent partout ouvertes et remplies avec empressement. Les élèves de l'Ecole de médecine offrirent leurs services, des femmes du peuple se présentèrent pour remplir gratuitement l'office d'infirmières. Le vieux curé de Saint-Germain-l'Auxerrois qui, depuis la dévastation de son église, vivait retiré à la campagne, accourut à Paris remplir les devoirs de son ministère.

Mais la progression suivie par l'épidémie était si rapide qu'elle déconcertait les efforts de l'administration et de la charité publiques. Les médecins n'avaient plus de repos; pendant la nuit on assiégeait leurs maisons, en enfonçait leurs

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poil. s. I »aiis plusieurs luuirios, on lu- tioiivii pour constator 1c«m dùoci m a-sHCZ (rt'iuployés, ni assez ilo rt'uiHtroH. A 1 IIùliI-J)i<Hi on avait rtiiioncé à iiiscriro les nialndcs, on se contentait <lo n)ar/;ii«>r <:lia(|uo entrée par une barre faito sur 1(« mur. Kulin les corhillards inaïKpifirnl; il fallut en coinnrindnr do nouveaux. îSopt cents ouvriers furent occup»''s à leur construction; mais la beso^^nu n'allait pas assez vite; les morts attendaient. On proposa aux ouvriers do travailler pendant la nuit, ils refusèrent. « Nous aimons mieux la vie, répondirent-ils, que votre haute-paye. »

On essaya de suppléer aux corbillards par des fourgons d'artillerie; mais les cahots de ces voitures non suspendues déclouaient les planches des cercueils dont les corps laissaient au passapo des traces répugnantes. Puis, la nuit, ces fourgons faisaient un bruit de ferraille sinistre.

On ramassa les morts dans des tapissières qu'on peignit en noir. Elles allaient de porte en porte pour réclamer les morts. Cette coll»*cte funèbre ;ijoutait encore à l'horreur des nuits. Parfois les bras des croque-morts manquaient, le lléau les surprenait et les terrassait en chemin. Enlin l'on ne trouvait plus de bières... ou personne n'avait eu le temps d'en commander.

La préfecture de j)olice avait en un mois dépensé lU.Ul.j francs pour fournir dos voitures aux médecins et aux élèves appelés près des malades.

Au bout d'un mois le chillVe des décès s'élevait à treize et quatorze cents par jour.

Alors ce qui déjà s'était vu pendant la peste de Londres, se produisit à Paris. Le peuple démoralisé parla d'empoisonnements. « Ce qui se passait n'était pas naturel... Ce que l'ou ajipelait le choléra morbus c'était un empoisonnementl... Il y avait un complot pour exterminer le peuple. On avait vu des .scélérats mettre du poison dans le vin, dans les aliments, dans les fontaines publi(iues. »

Ces folies et ces atroces calomnies furent malheureusement envenimées par une maladroite circulaire du préfet de police Gisquet. 11 disait :

« Je suis informé que pour accréditer d'atroces suppositions, des misérables ont conçu le projet de parcourir les cabarets et les étaux des bouchers avec des lioles et des pa(iuets de poison, soit pour en jeter dans les fontaines ou les brocs et sur la viande, soit même pour en faire le simulacre et se faire arrêter en flagrant délit par des complices qui, après les avoir signalés comme attachés à la police favoriseraient leur évasion, et mettraient tout en œuvre pour démontrer la réalité de l'odieuse accusation portée contre l'autorité. »

Naturellement le peuple trouva dans cette imprudente circulaire la confirmation de ses soup<;ons. Alors il se passa des choses terribles.

« De l'ombre de ces quartiers où la misère se laisse oublier, sortirent soudain pour inonder la capitale, des masses d'hommes aux bras nus, au visage sombre, au regai-d plein de haine. Que cherchaient- ils? Que demandaient-ils?... Nul ne le disait.

« Seulement ils exploraient la ville d'un œil défiant et s'agitaient avec des murmures farouches. Les meurtres ne tardèrent pas.

Passait-on muni d'une liole ou d'un i)aquet, on était suspect.

Un jeune homme fut massacré rue du Ponceau, pour s'être penché à la porte d'un marchand de vin, dans le but de savoir l'heure ; un autre eut le même sort près du passage du Caire, pour un motif à peu près semblable; un troisième fut mis en lambeaux dans le faubourg Saint-Germain pour avoir regardé dans un puits; un juif périt parce que, marchandant du poisson à la halle, il s'était mis à rire d'une façon étrange, et qu'on avait trouvé sur lui, en le fouillant, un petit sachet dépendre blanche, laquelle n'était autre chose que du camphre; sur la place de Grève, un malheureux fut ai-raché du poste de l'Hôtel de ville, où il avait cherché asile; on l'égorgea, et un charbonnier fit dévorer ses restes sanglants par son chien.

« Et mille circonstances déplorables se réunissaient pour entretenir le peuple dans l'erreur.

« On aperçut dans plusieurs rues de longues tramées de vin et de vinaigre; des dragées colorées furent semées dans différents quartiers ; des mains inconnues glissèrent pendant la nuit sous les portes cochères des morceaux de viande ; on parlait de gâteaux empoisonnés donnés sur divers points à de petites filles.

« Gomment tout cela n'aurait-il pas agi sur l'esprit du peuple, surtout après la publication d'une circulaire où une conspiration d'empoisonneurs était officiellement dénoncée par la police? » (L. Blanc).

Le Palais-Royal, mieux aéré et plus propre que beaucoup d'autres quartiers,

paya également son tribut au choléra. Le plaisir y fit relâche. Le commerce

y languit et bon nombre de ses habitants partit pour le cimetière Montmartre.

Les tapissières qui le desservaient s'arrêtaient rue Groix-des-Petits-Ghamps,

en face de la rue Vivienne. Rien de triste comme cette besogne...

Des croque-morts descendaient la nuit sous la galerie du nord et pénétraient dans le jardin; là, ils agitaient une clochette en jetant à droite et à gauche des regards scrutateurs. Les habitants avaient été prévenus de placer une lumière devant leur porte sous l'arcade, lorsqu'ils auraient un mort à enlever. Puis les employés des pompes funèbres s'acheminaient avec des brancards pour charger leurs voyageurs.

Ces gens, d'ailleurs très bien payés et lestés de cordiaux qui les aidaient à combattre la tristesse qui les eût facilement envahis, échangeaient entre eux des propos tantôt plaisants, tantôt philosophiques, comme les fossoyeurs du drame d'Hamlet. •"

Le choléra avait de nombreux sujets d'exercer leur verve causti(|ue. Ne faisaitril pas le bonheur de beaucoup de pauvres diables devenus de riciies héritiers; n'était-il pas en quelque sorte aussi le complice invisible de plus d'un crime?...

Combien d'empoisonnements furent mis en effet sur le compte de la contagion ? Vers la fin du mois d'avril, à l'époque ou l'épidémie avait atteint le chiffre maximum de ses ravages (12,700 morts en trente-cinq jours), et où l'on était encore si insuffisament organisé que tout manquait, service médical et pompes funèbres, le Palais-Royal fut particulièrement éprouvé.

Une nuit, sous les arcades, les lumières d'avertissement n'étaient point rares.

4aO lilSTOlltt: DU l'ALAlS-ilUYAi-

IMtisiours sous la in^mo galerio, tachaient loa ténèbrcH de lûui« Uaïuuico iougc.> et viu-illantoa.

Il y en avait deux ou trois, K'>lerio de BeaujoUi». Vers une houro du matin l:i rloclu'U*» fnnèhro s'a^jitaet duux euiployés bû préiientèreat à la maison indiijuée par le prouiifr lampion.

Une jeune bonne accourait au <lovant d'eux, et s'.nrrèlant baictunle, lu bonnet au vent, une main pressée à la saillie j^amrho do son corsage :

— Messieurs! jo vous en |)rio, par ici, au numéro 51); ce n'ciit pa->i haut, ccsl au premier.

Un des hommes noirs élevant un peu sa lanterne, en projota brusquement la lumière sur le vi.sape de la jeune lille en s'écriant :

— .\h! la jolie enl'aiit !... Est-ce vous ((u'il faut enlever, ma petite? Plaisanterie de métier que la jeune bonne eJFrayée ne prit pas pour un compliment.

Kn cela elle avait tort, car il n'est point de profession qui exclue la galanterie, et elle était d'un minois, d'une tournure à provoquer les exclamations les plus admiratives.

— Veuillez me suivre, messieurs, répondit-elle en tournant le dos.

— Mais au bout du monde, ma belle, si cela voua plait.

Klle ne parut pas entendre le charmant croque-mort et mai'cha vite. Forcé de doubler le pas l'employé la rejoij^nit,

— Dites donc, ma belle enfant, dites doue...

— Monsieur!

— C'est loin ?

— Au 59.

— N'allez donc pas si vite. C'est votre boui'geoise qui est morte ?

— Non, c'est son mari.

— Âhl... Et vous voilà sans place.

— Qu'est-ce qui dit ça?

— C'est une supposition. Mais vous n'allez pas rester dans une baraque infectée du choléra; c'est mortel ça et ce serait dommage de mourir, vous, si jolie.

— Ah! par exemple, c'est l'instant de m'en conter à cette heure!

— Oui c'est l'moment ou jamais !

— Voulez-vous vous taire!... Tenez c'est là, au premier lampion. .

— Pauvre petite! croyez-moi; si vous restez ici vous êtes mort^i, ^'aime mieux vous enlever vivante que morte. Voulez-vous fuir avec moi à la campagne ? Je jette- là ma défroque de croque-mort et nous partons ensemble... j'ai de quoi, allez, mais je me f... de la monnaie et de ce sale métier. Voulcz-vous?...

— Taisez-vous, monsieur; ce n'est pas bien, fit la petite bonne d'un ton sévère et en se rengorgeant si fort qu'elle en eut un instant un double menton.

Puis elle pénétra dans l'allée de la maison. Une lampe éclairait lescalier, Deux hommes la suivirent, dont le plus galant de très près. En arrivant sur le palier cet enragé lui prit la taille et elle poussa un cri d'efifroi.

— Oh! fit-elle, avec ses mains de choléra!...

Une dame, déjà toute en deuil, se tenait dans un petit salon, éblouissant de lumières, de dorures et de glaces et embaumé de fleurs. Un grand feu flambait pour purifier l'air.

La dame, à la vue des deux hommes noirs, se leva :

— Par ici, messieurs, dit-elle. Et elle les introduisit dans une autre pièce non moins luxueuse, mais éclairée à peine. Au milieu de cette chambre à coucher était un cercueil de chêne capitonné, et sur la table, à côté d'une lampe-veilleuse, un grand drap plié.

Aux deux coins de la cheminée fumaient discrètement deux brûle -parfums. Elle indiqua du doigt le lit où sur le blanc de l'oreiller se détachait une tête noire et dit :

— Voilà le mort.

Puis tirant d'un petit filet de soie deux louis, elle en donna un à chaque homme enajoutant :

— Vous l'ensevelirez, n'est-ce pas?

— Oui, madame, répondit l'employé galant dont le regard hardi s'éleva vivement de la main blanche d'où tombait le louis d'or au beau visage de la veuve.

Elle était blonde, un peu forte et fraîche comme une femme de Rubens, mais elle échappait à la fadeur du teint par l'éclat de deux grands yeux noirs et le vif carmin des lèvres.

Le noir lui seyait à ravir.

Un moment, pendant le temps qu'il fallut pour mettre le mort dans sa bière, l'employé oublia la bonne accorte qui tout d'abord l'avait séduit.

La dame regarda froidement fermer la boîte, comme une marchande qui de ses yeux s'assure de la perfection d'un emballage, tandis que dans un coin la petite bonne essuyait une larme en récitant une prière.

Enfin les croque-morts partirent avec leur funèbre fardeau.

Quel don fragile que la vie !... Cinq ou six heures auparavant celui qu'on emportait était plein de santé.

Lorsque la porte de la maison et celle de l'appartement furent closes, la dame permit à sa servante de se retirer en la prévenant avec bonté qu'elle eût à sonner s'il lui arrivait quelque chose, puis, la bonne partie, elle alla d'un pas rapide rejoindre quelqu'un qui l'attendait dans une pièce voisine.

— Eh bien, Edmond, fit-elle avec l'accent de la satisfaction, c'est fini. L'autre, un jeune beau, un lion, comme on disait alors, assis au coin d'un

canapé et plongé dans des réflexions profondes, tressaillit à ces paroles. Sa main diamantée de bagues, entrée à demi sous la mèche lourde de son toupet noir, se rabattit sur ses genoux, ses petits yeux ronds, qui dans sa face glabre et jaune semblaient deux graines de corinthe, roulèrent avec inquiétude; puis il poussa un long soupir de soulagement.

Elle sourit et s'assit à ses côtés, un bras passé derrière son épaule.

— Nous sommes libres! ajouta-t-elle ; mais quoi! tu ne dis rien?

— Chère Emma! je ne puis croire à tant de bonheur.

Ses Irvii's clu'itlu reul li'llfs de sa mailirsHO.

— M'aiinos-tu nu nioiiiH iuiUint (|ii<> je l'aiiuf, dit-nlle, qiiello prouvr^ «'({alu h l'cllf tnic j«» viens de Ir doiinor nie rôsorvos-tu?...

— Oli! cher an^{e, oui, lu as a^^i avec un terrible courage...

— Ce courage je l'ai puisse dans Tainoiir, Kdinond.

— Mais dis-moi... pardonne-nioi e.'ll.' (jueslion... car enlin...

— Parle, parle.

— Aslu fait tout disparaître au moins? Les lloles?... fit-il à voix ha.sse.

— l'out est détruit, sois sans craiiit«', il ne reste aiicini'' trace.

— l''l le médecin (pie tu fis appeler, tpia-t-il dit en je voyant?

— il s'est écrié : — Vous lui avez fait boire du punch madame. Ah! c'est un li'MMiue perdu. Pas de boissons chaudes, point d'alcool, je vous en prie. De la •{lace, rien que la glace, sur le front, dans la bouche, sur l'épi jjastre... et pour boisson de l'eau de riz fjlacée.

— I-:t lui, lui ?

— Le malheureux, la face convulsée, il faisait des yeux blancs au docteur. Il croyait à tout, au choléra et à la place, mais ;\ peine le docteur était-il redescendu dans la i^alerie... il mourait.

— Et toi, tu es restée près de lui?...

— Il le fallait, enfant: je voulais être sûre.

— < )hl tu es une femme... étrange !

Pour dire quelle femme elle était il avait cherché un instant, nie le sentit pLMil-ètre, car elle reprit avec chaleur.

— Ne crois pas que je n'aie pas souffert au moins!... Vois-tu, s'il l'eût fallu pour moi seule, pour mon salut personnel. Jamais je ne l'aurais j n ; mais j'ai tout fait pour toi, Edmond.

Ce sont tes larmes d'hier qui ont décidé <lu sort de ce pauvre dirdile. — .le ne puis te voir pleurer.

— Oh! chère Emma!... ange sauveur!...

— Maintenant tes dettes vont être payées. Tu laisserais les huissiers saisir, nous serions encore assez riches. Les biens d'Augustin réunis aux mi '>ns constituent plus d'un million. Mais je veux ton cœur tout entier, sans partage.... et pour toujours!...

— Oh! à toi, il est à toi, .s'écria Edmond avec passion en embrassant sa maitresse. A toi seule et pour la vie !

— Nous allons fuir cette ville empestée. Dans vingt-quatre heures nous serons au château de Montfleury. Nous sommes au mois des lilas et des roses...

— Que tu es belle, Emma ! Quel bonheur de vivre avec toi dans ce lieu charmant. Quelle volupté de te serrer dans mes bras sous ces ombrages, dans ces sentiers faits pour les amoureux.

— Oui, demain, ou plutôt aujourd'hui, car la nuit est avancée, nous partons, reprit la femme.

« 11 faut partir, dit-elle encore d'un accent singulier, dune voix altérée. Edmond...

Le choléra à Paris pendant le carnaval en 183?, .'"

— Mon amour? ''"

— Tu m'aimes?

— Ahl pourrais-tu en douter, toi si dévouée et si adorablement belle I...

La tenant dans ses bras, et la tête renversée il plongeait ses regards dans ceux de sa maîtresse adorée.

— Mais qu'as -tu? fit-il tout à coup.

— Moi?... Rien...

— Est-ce la lampe qui baisse... Est-ce la fatigue? Tu pâlis...

LiV. 55. A. Fayard, éditeur.

\'M MISTOIKE DU 1»ALAIS-U0YAL

— C.'osl la fati^Mio,

Maid Hon viHago eut HOt UUUÉliUtioii p<^nible. Kilo a i nalivo avec iliffl-

(Milti\ SuDS doute elle éprouvait \ la gorgo une graudu »ocbcrcsttu. LduiOQ<l r<'l' stMvall avec nno IiKjiiiôtude croissante.

— Jo suis douf l)iei» p;\le? «.lit ello.

VÀ\e se leva pour se regarder dans une glace, mais à peine eut-elle fait diii\ pas qu'elle s'arrMa, poussa nno h'igùro plainte, puis chancela, comme pris*» de v»»rlij,'o,

— Oli! Dieu!... lil Kdniond, qu'as-tu?...

Il lasoutint et à grande peine lui fit regagner le canapé.

Là elle eut dos nausées, puis «les spasmes violents. Elle poussa aussi quol- (jMis cris. Enfin le jeune homme «^'pouvante vit ses lèvres blêmir et sentît sa main se «placer dans la sienne. Il la quitta no doutant plus de la nature du mal.

— Faut-il sonner 1;\ bonne? dctn;in<la-t-ii en tremblant.

— A boire! répondit la femme. Donne-moi ce flacon, vite... quelques gouttes.

— Où cela? Où cela? balbutiait le jeune lion, affolé do terreur. Mais il fuit api)-'ler... tues malade...

Elle se tordait en gémissant sourdement et répétait :

— Grâce I le flacon!...

Edmond courut au cordon de sonnette et carillonna.

— Quelques gouttes d ï-ther mon Edmond... Oh ! ne me laisse pas mourir.

Il ne l'entendait plus, il allait, venait, arpentant la chambre comme un fou. Enlin un llacon se rencontra devant lui sous sa main; il le .saisit le déboucha et sempressa d'en aspirer les émanations... car il se sentait en pleine contagion, dans un air empesté.

Elle l'implora encore, d'une voix déchirante. Mais il ne songeait qu'à la bonne qui le faisait poser. Qu'allait-il faire de cette malheureuse?... Elle lui faisait peur. Il lui jetait un regard à la dérobée, puis respirait de l'éther; quant à lui donner une goutte de cette précieuse liqueur, il n'y pensait pas; elle avait beau crier, se tordre, implorer, il était tellement affolé, hors de lui, qu'il l'entendait sans la comprendre. Il voyait qu'elle désirait de lui quelque chose. Elle disait: le flacon 1... le flacon !... Il la tenait cette précieuse fiole et il la gardait stupidement.

C'était d'ailleurs une très pauvre intelligence, comme un très misérable cœur. Il naimait pas cette femme, il n'avait jamais vu en elle qu'un royal morceau de sensualité oll'ert à ses appétits; un bel ensemble de chair fraîche, blanche et rose; il allait à elle comme la guêpe au fruit savoureux. Il l'avait traitée en conséquence ; charmant d'abord pour elle du désir à la satiété, puis dédaigneux, inconstant, brutal même dans la seconde période, c'est-à-dire de la satiété à un nouveau désir. Dans les derniers temps, la dame avait espéré le fixer, le soumettre à jamais en payant ses dettes.

Pour cela il lui fallait aller jusqu'au crime ; et d'adultère elle était devenue empoisonneuse... Enfin... il serait à elle sans partage !...

Mais voilà que le châtiment suivait le crime, sans délai. Voilà le choléra... Adieu à l'espérance, adieu aux voluptés convoitées; fleurs de jeunesse et di

beauté se tordent, rissolent et se consument comme un bouquet de roses tombées dans un brasier.

A vue d'œil les chairs fondent, les muscles se détirent, les traits se déforment... Elle est noire, elle est hideuse... 11 lui fallait sa beauté pour faire oublier son crime... son crime éclate dans l'horreur de sa situation et chasse la pitié 1

En vain elle appelle, hurle et gémit tour à tour. En vain elle se roule à terre, tendant vers son amant des bras convulsés.

Cet homme braque sur elle de grands yeux hébétés de terreur, sans faire un pas pour l'aider à se lever et gagner son lit...

Puis à la terreur se joint bientôt un inexprimable dégoût.

Elle vomit... Il se détourne d'elle. Et la misérable entre deux hoquets a encore la force de cracher le reste de ce qu'elle appelait son amour :

— Le lâche I le lâche! s'écrie-t-elle.

En ce moment la bonne arrive effarée. Elle entre, se récrie, lève les bras, s'arrête; enfin, après une courte hésitation, elle s'avance jusqu'à sa maîtresse...

Madame a toujours été très généreuse pour elle... Puis devant ce monsieur...

Mais un léger bruit lui fait tourner la tête derrière elle : c'est le monsieur qui se sauve... Est-il possible I...

Ah I mais alors I

La bonne n'hésite point plus longtemps entre l'accomplissement de son devoir et le soin de sa conservation, elle aussi se sauve... D'abord elle se retire dans la chambre voisine, celle où était tout à l'heure le corps de M. Augustin, afin de pouvoir en soulevant la portière jeter un regard de temps en temps et voir ce que devient madame.

Quand la malade crie, elle va voir à la dérobée... Mais c'est tellement horrible, qu'elle se recule aussitôt.

La nuit s'écoule ainsi, bien lente, dans des transes continuelles pour la pauvre petite servante. Le jour paraît, elle hasarde un coup d'œil chez madame.

Celle-ci est toujours étendue sur le tapis, mais ne bouge plus, et on la croirait morte n'était le bruit de son souffle rauque.

Marie va déjeuner.

Nous ne voulons pas dire que cette jeune fille était sans pitié pour sa maîtresse, en réalité elle ne pouvait lui porter secours. Elle n'était point assez forte pour soulever dans ses bras et mettre au lit cette femme plus grande qu'elle, terrassée par le mal.

D'autre part, appeler à l'aide était peine inutile. Impossible de trouver, même à prix d'or, une garde-malade. Enfin, nul espoir... Toute personne atteinte était condamnée. Tout ce qu'elle pouvait faire c'était d'attendre le dénouement et d'aller acheter un second cercueil.

Dans l'après-midi, elle y songea.

Il lui fallait de l'argent, pour la bière et aussi pour les employés des pompes funèbi'es.

Elle ouvrit donc quelques tiroirs, chercha Targent nécessaire, mais ne trouva

rion. Kilo savait bien où il y avait do k'i-ohhoh soinmeH, mais olio n'avait pas le» clefs (lu polit collro oiicastrô dans le iiiur, id du sccrétairo.

1)0 môino pour les bijoux, olle voyait un joli colTrot dôbène, incrusté de nacre et dai^^oiit, où oUo savait dormant dans le velours une très riche parure, mais madame avait la clef du colTrot à sa cointure, parmi ses breloques... UesUit un baguier plein de diamants, do rubis, dômeraudes. Il était sur une table de toilette. Llle pouvait en veudro un bijou pour le service do madame.

Elle prit donc le bai,'uior pour ihoisir un anneau, en essaya quebjues-uns en les fortjant un peu au gonllement do ses doigts rouges. En sa qualité de blonde, après les diamants ce qu'elle préférait, c'étaient les turquoises et les émeraudes. Elle en eut bientôt à ses doux mains. — Qu'elle les trouvait belles ainsi incrustées entre deux petits bourrelets do chair I

Mais il aurait fallu les bracelets...

Hélas! madame ne les mettrait plus, bien sûr, pauvre madame I... Mais ils étaient dans le coffret d'ébène avec les boucles et le collier...

Et la fillette soupirait à cette pensée décourageante.

Elle retourna voir.

Emma gisait toujours sur le tapis souillé, les bras étendus horizontalement. En se débattant, elle avait déchiré ses vêtements, arraché la ceinture de sa robe, et Marie aperçut la chaîne de montre et les breloques sur le corset de sa maltresse.

(« Si madame était raisonnable, elle lui laisserait prendre ses clefs, ou du moins sa bourse. Elle comprendi*ait qu'on avait besoin d'argent pour la faire enterrer. Puis il était dû des gages à Marie. »

Faisant appel à tout son courage, la jeune servante se hasarda dans la chambre infectée.

— Madame! appela-t-elle doucement, madame, comment êtes- vous? Voulezvous boire ?

Pas de réponse. Elle s'avança encore, appela de nouveau. JFUen. — Alors, le mouchoir sur la bouche, elle fut jusqu'à la mourante.

Celle-ci parut la regarder de ses yeux fixes, enfoncés dans leurs orbites profondes et noires. Marie, néanmoins, porta la main à la breloque convoitée, mais il lui sembla que la dame bougeait; elle poussa un cri et s'enfuit éperdue.

La journée s'écoula sans changement. Dans la soirée, un médecin appelé près de la malade ayant consenti à venir, la regarda un instant, secoua la tète et s'en alla en disant : Elle est perdue. Elle n'en a plus pour une heure.

Marie emprunta à la concierge et acheta un cercueil pareil à celui de son maître, puis elle rentra et, pour tuer le temps, regarda les dentelles de madame, quantité de malines, de points d'Angleterre et de Chantilly, quelle mit de coté pour* elle, convaincue que madame les lui aurait bien données... n'en ayant plus besoin. ?

Vers minuit, elle alla la voir. Elle la trouva ramassée sur elle-même et comme ratatinée ; mais plus une plainte, plus uu souflle.

c Elle est morte, » se dit-elle.

Et elle alla placer un lampion en face de la porte.

Bientôt la clochette funèbre se fit entendre, la petite bonne rajusta sa coiffure, puis descendit au-devant des croque-morts. C'étaient les mêmes que la veille,

— Tiens ! c'est encore vous, la belle enfant, fit le galantin...

— Oui, monsieur ; cette fois c'est pour madame.

— Quoi ! cette superbe femme que j'ai vue hier?

— Mon Dieu, oui ; ça lui a pris dans la nuit même.

— Ah I c'est vraiment dommage de porter aux vers de Montmartre une si belle créature. Eh bien, mais, ma fille, ça fait maison nette.

— Oui, monsieur.

Alors, à voix basse, de façon à ne pas être entendu de son collègue :

— Dites donc, petite, est-ce que vous êtes seule là-haut ?

— Oui; pourquoi cela, monsieur? J'ai de l'argent pour vous payer tout de même.

— Ohl ce n'est pas pour ça.

— Pourquoi, alors? fit Marie hésitant à monter.

— Marchez donc toujours. Auriez-vous peur ? Nous sommes d'honnêtes gens, ma chère, dans la partie. Nous avons notre plaque, d'ailleurs. Nous causerons tout à l'heure.

Quand ils furent arrivés, Marie pria l'employé galant d'ôter la chaîne et la montre de la morte et de prendre les clefs qu'elle avait dans sa poche. Il prit ces objets et les lui remit.

— Fermez-lui les yeux, ajouta-t-elle.

Il y consentit. Il n'y avait rien qu'il ne fit pour l'obliger. — • Maintenant, dit Marie, je vais chercher l'argent. Elle fut droit au secrétaire et elle décacheta un rouleau d'or. Gomme elle procédait à cette opération, l'employé tendit la main et, la regardant en dessous dans les yeux :

— Pas tant de peine, ma petite, emballons-les comme ils sont.

— Oh I monsieur.

— Farceuse I Tiens-tu à régaler les héritiers? Écoute, enfant, pas de bêtises, faisons-nous riches et, au lieu de crever ici comme des imbéciles, nous fichons le camp de Paris. Tu me plais... Allons !... Il n'y a pas une seconde à perdre Vite! vite f...

11 empocha la moitié de l'or et mit le reste, de force, dans les mains de la jeune fille.

Gela fait, en s'empressant de rejoindre son collègue, il ajouta :

— Sauve le reste, la maison brûle !

La malheureuse, tremblant de tous ses membres, se dirigea vers le coffret d'ébène. Ge fut l'affaire d'un instant.

Enfin elle osa encore retourner dans la chambre mortuaire.

La dame était couchée, tout habillée, dans la bière.

Gomme elle la regardait, elle jeta un cri d'horreur et d'épouvante.

— Kli bien?... Quoi donc? i\rcni les cro<iue-morU.

— 8o8 youx se sont rouverts. Sa boucho a'eat refermée. KUe vil enwrol...

— Allons donc !... Hrcnt loa ontorrours.

El 1(> coiivcTi'lo s'ub.itlit sur l;i bollf finiéraire.

Dcuicoup iW gens rtaionl cnlorn''s sans avoir roçu la visite d'un médecin ; d'ailleurs, lorsque le mal était à son plus haut degré, dans certains quartiers les médecins, accusés d'ôtre dos empoisonneurs payés par le gouvernement, étaient obligés do se cacher.

Les malins do cette classe ignorante et crédule, à qui do prétendus amis font croire ce «ju'ils veulent, étaient convaincus qu'il n'y avait pas de choléra.

Les médecins des gr:inds hôpitaux et leurs élèves étaient obligés de se déguiser pour se rendre où les appelait leur devoir. Un jour, l'un d'eux, qui accompagnait la civière d'un malade qu'il conduisait :\ lIIôtel-Dieu, se trouva entouré de groupes hostiles et menaçants.

Il fit arrêter les brancardiers et, découvrant tout à coup le malade :

— Vous ne croyez pas au choléra-morbus, Kli bien, voil:\ un cholérique. Regardez 1

Ces individus, frappés d'horreur, se retirèrent sans rien dire.

Il avait été décidé, i la cour, que le duc d'Orléans visiterait les hôpitaux. Casimir Périer accompagna le prince, et cette démarche était un acte incontestable de courage de la part d'un homme qui portait en lui, depuis longtemps, un germe funeste, dont les nerfs étaient irritables à l'excès, et que l'idée seule d'un cadavre faisait tressaillir.

« Le fait est que Casimir Périer garda de sa visite aux cholériques une impression ineffaçable et ne cessa, depuis ce jour, de pencher de plus en plus vers le tombeau. « (L. Blanc.) Le IG mai, il avait cessé de vivre.

A la même époque, l'épidémie était entrée dans sa période de décroissance. Mais, un mois après, elle se ranima encore pendant quelques jours. Enfin elle s'apaisa et disparut.

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