Qtii fut plus tard le grand Condé
56 HisTorm-: dît pAî^Ais-n^YAi,
plnfl grande, mais nous ne cessons pa.s do nous intéresser h coqui se passe hors dt» rhc/ nous. Nous ne pouvons trancher fntii''remont le lien ni.ilériel qui nous altaclio au niondo. Ou no vit pan dt? l'air du temps. Nous avons dcHterros à faire cultiver, des loyers '\ toucher. Kt comment la politirpie nous serait-elle indifTéroiito? Sonjîo donc à c«'la mou ami, si les .Vllomands, des hénHiques, arrivaient clit'/, nous, (juo dcvirudraiciil nos vœux de cliasteté?
Mh bien, qu'importe? Péché forcé est j\ moitié pardonné. On vous absout bien dos autres.
— Pour moi, mon ami, je no dis à mou confesseur ({ue ce que je veux bien. Pour le reste, je me confesse i\ Dieu.
— Tu es une hérétique.
— Unecrimiuf'Uo, puistiuo je t'aime! lit la nonne on riant.
Et. de ce mot, la conversation ^dissasur un lorrain où nousu'osonsla suivre, pour vous dire toute la passion, tout l'esprit qui s'y déploya. Sous les mains ardentes du chevalier, les élé^'auts vêtements de velours et de satin de Philomètie s'en allèrent épars (.ù et là, et les merveilles de l'iirl s'eiïucèrent devant celles de la nature.
La nuit s'écoula rapide comme une heure de plaisir. L'alcôve du petit palais choisi parla Morlière ne connaissait pas le sommeil.
Le lendemain, avant l'aube, le chevalier tout en prenant un troisième rendezvous à la maison de Ghaillot, parla à sa maîtresse de l'espion qui l'avait suivi. Elle en parut surprise et même alarmée ; mais, après avoir epui.se les suppositions les plus diverses, elle s'arrêta à l'idée que cet espion était probablement payé par l'abbesse, qui était fort curieuse de connaître le gentilhomme de la chapelle.
Rapporter la troisième entrevue des deux amants nous exposerait à tomber dans des redites. Leur passion n'avait fait que s'accroitre, et nous abandonnons à votre imagination tout ce que nous pourrions ajouter. Mais ce qui se passa entre eux à l'heure de la séparation doit être raconté.
Lorsqu'elle eut repris ses habits de nonne, Philomène se jeta tout ù coup aux pieds de son amant. Celui-ci crut d'abord à un badinage.
— As-tu une ab.soluliou à me demander? lui dit-il.
— Oui, mon ami, répondil-elle d uu ton sérieux, j'ai à te demander pardon. Je ne veuxpas te quitter sans favoir rendu juge de ma conduite. Ma conscience, mon cœur ne sont pas tranquilles. Je sens que désormais je t'aime pour la vie, et je ne veux pas qu'il existe la moindre équivoque, le plus léger mystère entre nous.
— Relève-toi d'abord, mon amour, assieds-toi, et la tète appuyée sur mon épaule, fais-moi ta confession.
Elle s'assit sur ses genoux et, lui dérobant à demi son visage, commença ses pénibles explications.
— Tu mas souvent demandé, lui dit-elle, comment la personne à qui appartient cette maison a pu consentir à nos relations. Je me suis déterminée à te découvrir un secret qui concerne mon ami, quoique je sache qu'il compte entière-
Après avoir eu l'boaaeur de saluer la relue et le cardiual Jiile.-.
ment âur ma discrétion. Je vais commettre une trahison, mais tu ne m'en aimeras pas moins, car, réduite à. ciioisir entre vous deux, je n'écoute que mon amour.
« Dès que je me suis sentie incapable de résister à l'envie de te connaître j'ai dû me confier à mon ami. Il me pardonna à cause de ma fr;inchise, mai il me demanda la permission d'être présent à nos rendez-vous dans un cabinet d'où l'on peut, sans être vu, tout voir et tout entendre. J'y consentis.
« Dis-moi, mon cher cœur, pouvais-je refuser cette singulière satisfaction à un homme qui me montrait tant de complaisance ?
LlV. 8. A. Fayabd, Kdil
A cette iiitenoKulion, la Morliiiv ^j.mlu un hiloucofinlarrasHé. —Voilà, ropril la hclh' iioniie. l.i cuiifossioii do tout»' ma trahison. Me purdoiineras-tu? SoullViras-tu do tiouvoau col ('UaiiKC parta^jo ?
— Ainsi, lit la Morliôio, il entendait mis juopos, ussisliil à non plaisirs? — - Oui. Mais nn rrains rien, dovanl lui on i>out tout dire.
— Kt on t'.st doncco niyHtérienx raliinriv
— Viens, dit-ello.
Klle le conduisit devant une grande armoire, l'ouvrit, et aprè.s avoir poussé une i)lanclK' à coulisse, lui lit voir une pcrto par la(|U('lle ils entn'-nMit dans un joli cal»inot muni de tout ce cpii itouvait <"lre néces.saire à quelqu'un qui voulait y passer plusieurs heures. A côté d*uu canapé se trouvait,.une planche mouvante. Elle la tira et lui dit: Re-rjirde.
Le ciievalier vit uJors par ces trous toutes les parliez •!•.• la chaniJj^re qu'il venait de «luitter.
— Rentrons maintenant de l'autre côté, dit la jeune femme. Je vais te* montrer où correspondent toutes cesffuvcrtures.
i'.t, de retour dans la première pièce, elle lui indiipia le canapé adhérant à la cloison.
— Toutes ces llours sculptées, lui elit-oile, dans le dossier du canapé ont un trou dans le centre qui correv^pAnd an cîihinpt.
llnliu elle ajouta:
— Maintenant, mon ami, je me sens soulagée d'un grand poids, et la nuit prochaine je dormirai tranquille. Ce sera à toi de décidersi tu consens à merevoir ici. Mais, plus tai^^d, quand je t'aurai fait faire laconnaissancedu téni<'inde notre amour, ne lui laisse pas paraître que tu connais son secret. 41 ne me le pardonnerait pas. ' ■
Comme elle achevait, une sonnette l'avertit (}u"une chaise à porteurs venaij la prendre. Elle quitta /e chevalier en l'engageant à prendre un repos qui lui était indispensable.
COMMENT LA MORLIÈKE APPRIT LE NOM ET LADKEbSE DU COMPLAISANT AMI.
Mais, malgré sa fatigue, le chevalier ne songeait pas au repos ; et l'accablement du coi*ps protestait en vain contre l'éveil dans lequel le tenait l'étrange révélation de Philomène.
Que le complaisant inconnu eût assisté à leurs ébats, cela lui répugnait, mais en définitive il pouvait en rire; mais il se demandait si l'attrait du spectacle était le seul but de cet homme, jeune, beau et d'un esprit cultivé. Cette cachette n'avait-elle pas été établie dans un antre intérêt, qui échappait à la religieuse?
Il rentra dans le mystérieux cabinet. Les meubles en étaient ouverts; il chercha dans les tiroirs, partout, le mot de cette énigme, que pouvait contenir un livre, un portefeuille, une lettre oubliée. Il ne trouva d'abord que des images licencieuses, des portraits de femmes, du papier blanc et des crayons.
Ces derniers objets lui donnèrent à réfléchir. Le témoin prenait-il des notes ?
Il se recueillit un instant, cherchant à se rappeler les propos qu'il avait tenus sur la cour, les fêtes du Palais-Royal, les préparatifs de guerre... Il ne restait dans son esprit qu'un souvenir confus de ces bavardages où l'esprit s'épanche sans souci et sans réserve, abordant, pour les quitter et les reprendre encore, cent sujets plaisants ou sérieux.
Sans pouvoir s'en rendre compte, il en ressentait une vague inquiétude.
Puis, il passait en revue tous les riches libertins delà cour, tous ceux que l'on renommait pour leurs folies et leur humeur bizarre. Mais n'était-ce pas plutôt quelque riche étranger?... Un Anglais?... Les excentricités de lord Buckingham avaient fait école. Il s'arrêta un instant à cette dernière supposition. Enfin il renonça à pénétrer ce mystère. Le frisson de l'aube s'empara de lui et,d'un pas chancelant, il regagna le lit sur lequel il se jeta tout habillé.
Au bout de quelques instants, il s'assoupit et se laissa envahir par cette torpeur, où l'esprit perçoit encore ce qui s'offre à lui, mais n'a plus la force de ré- Iv . fléchir. Ses regards flottaient indifférents dans la chambre restée sans lumière, et dont les objets noyés d'ombre émergeaient aux pâles lueurs de l'aube. Des bruits légers et confus, qui sont comme le langage nocturne des choses, accentuaient un profond silence. La cloche de l'angelus allait' bientôt faire entendre ses notes argentines. Il ne faisait pas jour encore, il ne faisait plus nuit.
Alors dans ce milieu de ténèbres incertaines et de murmures indistincts, le regard du chevalier perçut des formes d'objets semblables à de noirs fantômes, glissant sur les tapis leurs pas d'ombres...
Était-ce une illusion, un jeu du crépuscule, ou l'ébauche d'un rêve? Plusieurs fois ces fantômes passèrent comme ces points noirs qui dansent parfois dans le rayon visuel et que les superstitieux prennent pour des esprits.
Mais tout à coup une main tira les grands rideaux des fenêtres, et quatre hommes lui apparurent, quatre solides gaillards, vêtus de drap sombre, armés, et qui n'avaient rien des habitants de l'autre monde.
Ces hommes, d'aspect rébarbatif, se tournèrent soudain dans tous les sens, regardant autour d'eux.
L'un, indiquant le lit, s'écria:
— Voilà notre homme !
Un autre, montrant l'armoire à porte secrète, dit en même temps :
— C'est bien ici; voilà l'armoire.
C'étaient des soldats ou des bandits.
La Morlière, suffoqué, ne fit pas un mouvement, ne prononça pas une
parole.
Trois hommes s'approchèrent du lit.
— Allons, dit l'un d'eux, levez-vous!
— Qui l'êtes* vous? Ou'" vouloz-vntm? «Jcinaiiila !•• i'li»«vaIi«M' «mi k«' kohIi v.itit sur son srant.
— Nous soniiurs des rxi'inpts <lu (îraniI-(Jli:\telot. Kt vous, liclcs-vous [malt iliovalit'i* ll«Mu'' de la Morlii'iro 1
— Oui, messieurs, mais que voulez-vous?
— Faire peniuisiliou ici d'al>or(l et vous ciiiiiii'nor fiisuite.
— Kt poiin|u<)i ?
— (le n'est pas à nous de vous le dire.
— C'est bien le moins «pie je sache p«)ur«pi«»i lUn man-t'h'.
— Si vous ri{;;nor«;z, M. le litjuh'iiant «TiiMiiit'l vuus i':ipj)rt'inlia. l'uiir !<• nioiiit'nt. «loniu'/-nous lesch't's «le rapparluniciil.
— Je n'en possède aucune.
— Votre conipli<f ne vous les a-t-il pas remises?
— Ouel complice?
— Eh I le propriétaire de la maison, le prince, l'Allemand ; y êtes-vous?
— Moi ! je ne le connais pas.
— (l'est trop fort ! s'«*cria l'exempt indit,Mi(''. Vous ne coniuiissez jkis M. «k* Leybach !
— Ah!... exclama la Morlière, c'est M. de Leybach...
— Vous le connaissez donc ?
, — Pai'bleu oui, mais non comme propriétaire de cette maison.
— Allons, allons! fit l'agent de police en secouant la tète, avec l'incrédulité'* propre aux gens de son inétier, on éclaircira tout cela. Mais les clefs, monsieur, je vous en prie, ou nous allons être obligés de briser tout ici.
— Je m'en soucie fort peu, iitle chevalier, mais tous les meubles sont ouverts. Arranfjez-vous, cherchez.
€ Ah ! c'était le prince de Leybach !... répéla-t-il. Mais, je vous prie, de «luoi est accusé l'ambassadeur dont vous me dites le complice?
— Eh! il est accusé d'être Allemand, et la guerre est déclarée.
— Et comment osez vous pénétrer dans une maison appartenant ;i un ministre étranger?
— Parce qu'il a quitté Paris sans tambour ni trompette, répondit l'exempt en ricanant. Vous ne saviez pas cela?... Vous dormiez donc depuis bien longtemps, monsieur le chevalier.
Mais la Morlière paraissait plongé dans des réflexions profondes, tandis que l'agent, ouvrant la grande armoire vide, en sondait les parois.
— Cette armoire, fit-il. a une porte secrète, n'est-ce pas? La Morlière garda le silence.
— Faut-il que je la défonce, ou vous plait-il de m'en donner le .secret?
— Attendez, répondit le chevalier sortant de son rêve; je vais ouvrir.' II lit glisser le panneau et ouvrit.
— Je vois, ajouta-t-il, que vous êtes bien renseignés.
— M. le lieutenant criminel a le plan de la maison, mais nous ne pouvions y pénétrer qu'après Id départ du propriétaire.
L'exempt et ses deux acolytes entrèrent dans le cabinet.
— C'est ici, reprit le premier, que se trouvent tous les papiers.
— S'il y en a.
— Il doit y en avoir.
— Gtjerchez.
Le chevalier s'assit sur le canapé, et les agents fouillèrent les meubles; mais ils ne furent pas plus heureux qu'il ne l'avait été lui-même. Ils se montrèrent les portraits de femmes en écarquillant des yeux ébahis et en poussant des soupirs rauques qui, en toute autre circonstance, eussent fait pouffer de rire la Morlière. Il pensait que la découverte de ces galants souvenirs allait provoquer de leur part quelques questions sur les mœurs de l'ambassadeur ; mais ils gardèrent le silence sur ce sujet.
— Vous êtes sans doute instruits, leur dit-il, des moyens que M. de Leybach possédait pour être témoin ici de tout ce qui se disait et se faisait dans la chamb;;^ voisine?
— Nous savons en effet, dit un agent, qu'il pouvait tout entendre et tout voir, mais comment? Nous l'ignorons.
— Je vais vous le montrer, dit le chevalier. Tenez, messieurs, asseyezvous là.
Il les rangea sur le canapé.
— Au-dessus du dossier de votre siège il y a, dans la cloison, une vingtaine de petits trous. Les voyez-vous?
Les agents collèrent leur face à la paroi, se poussant l'un l'autre à l'envi pour mieux voir. Et, tandis qu'ils jetaient des cris d'admiration, la Morlière .96 rapprochait doucement de la porte secrète, dont il n'était séparé que de quelques pas.
— Voyez-vous bien? fit-il encore.
Puis, ouvrant soudain, il passa dans l'armoire, referma la porte, fit jouer la planche à coulisse, et enfin donna un tour de clef à l'armoire d'où il était sorti avant que les agents eussent eu le temps de s'apercevoir de sa fuite.
La maison n'était pas gardée; il eut bientôt gagné la rue et se retrouva en liberté.