‹ Histoire du Palais-RoyalChapitre 8 sur 126 · LES GANTS DE LA REINE. — L EMEUTE AU PALAIS-ROYAL · texte numérisé non relu

LES GANTS DE LA REINE. — L EMEUTE AU PALAIS-ROYAL

Complètement édifié sur la nature du rôle qu'on lui avaitfait jouer et sur la complaisance de l'ami de sa maîtresse, le chevalier se demanda s'il ne ferait pas sagement de quitter Paris, de se réfugier à l'armée du Nord près du duc d'Eiighien et d'y chercher sa réhabilitation dans la gloire militaire.

Mais partir comme un coupable, fuir honteusement lui répugnait. Il voulut.

tëi iiibioua; uu ialais^iuvm.

aviiiil »lt« s'clui-iK'i , prnii'slci- (11- sa (nU-lili' aux pifils tir la i<im<'. sa protecU i' '•, ••t 111' laiss»»r «b-rrirrr lui ain'iin nou|h;(iii, aiiriin vi'sli;,'*» douteux.

Il >•« i.iiilil «loiif (liri'ct<'inent au Pujais-Hoyul «'l daiiH lu inatint'o ol»(iiil au- (lii'iH'c (I Aiiin' (i'AulrirlM*.

La iviiio lo ivçiit diiu air livs |iri'or»ii|M'', liini (lufu c<' iiioinfiit t'.\^e iiu fùl pas ahsorbtV par la politi(|iio. Uno roino no IV-st pas toujourK, iiii roi non plus. Mil»' avait ses soucis do iVniino et venait ilo ifcfvoirde sa première femme de cliainbro nnpdt^rlaration (jui lui était pénible.

Klle «'routa donc II' cln>vaii»'r d'un air aflli^'é ot distrait tout à la fois; ot quand il eut tini, elle aurait pu lui dire:

-— Kli l»icu, qu'iinportc •/('. <'st une niisôrc ce qui vous îirrive, un oïdaiitilla^e. L'ambassadeur d'Allemagne a voulu se servir de vous pour m'espionner; mais c'est son métier: nous en payons comme lui, et moi, je suis espionnée toute la journée. Baj^atelle !

Mais elle fut saisie des derniri,-> iii.m> .ju il prutiMii.;,i :

— Maintenant, madame, je ne souliaite rien tant que de ni'éloif(ner de Paris et daller verser mon sang au service de Votre Majesté.

— Clievalier, fit-elle viv«Mnent, j'ai votre affaire.

La Morlière eut un lé}^er frisson d'ètic si vite pris au mot.

— Pourriez-vous partir tout de suite pour l'Kspagne?

— Oui, madame.

— On vient de m'apprendre une nouvelle qui m'est extrêmement pénible: ma boîte de gants est vide : je n'ai de gants convenables que de Madrid, et cbatpie année j'expédie im courrier spécial pour mes provisions. Chevalier, partez aujourd'hui même.

La Morlière, comme l'on pense, fut enchanté de l'ordre qu'il recevait.

Anne d'Autriche avait (ne lavons-nous pas dit?) une main admirable; cette main avait rendu Huckingham amoureux fou. Chaque année elle envoyait chercher ses gants à Madrid, la seule ville qui put lui en fournir '.

La reine donna ensuite k son courrier des instructions détaillées et précises sur son itinéraire et sur les conditions de rapidité exceptionnelle qu'elle exigeait. Enfin il avait offeii son sa:ig, il aurait peut-être l'occasion de le répandre:

La France était en guerre avec l'Espagne I

Traverser les Pyrénées, pénétrer au cœur du pays ennemi pour en rapporter une boîte de gants, était une entreprise difficile et périlleuse. S'il parvenait à remplir sa mission dans le délai fixé, il serait assuré de la faveur royale.

A quoi ne pourrait-il prétendre?

Quelques heures i)lus tard, la bourse bien garnie, suivi d'un valet espagnol et monté comme un saint Georges, le chevalier de la Morlière partait pour la capitale des Espagnes.

Nous n'eu sommes pas tâché, car ce personnage remuant nous aurait trop

1. Les ganls de toilette étaient rares. Aux xvi* et xvn« siècles ils Ogaraient parmi les présents diplomatiques.

longtemps occupé de ses folies, et notre devoir de chroniqueur nous rappelle au Palais-Royal.

Passons donc rapidement en revue les événements du palais.

Mazarin essayait de se faire pardonner son élévation et sa qualité d'étranger à force de souplesse et de modestie affectée. « On voyait, dit Retz, sur les degrés du trône d'où l'âpre et redoutable Richelieu avait foudroyé plutôt que gouverné les humains, un successeur doux et bénin qui ne voulait rien, qui était au désespoir que sa dignité de cardinal ne lui permît pas de s'humilier, devant le monde autant qu'ill'eût souhaité; qui marchait dans les rues avec deux petits laquais derrière son carrosse. Tous les exilés furent rappelés, tous les prisonniers remis en liberté, tous les criminels justifiés; tous ceux qui avaient perdu leurs charges y rentrèrent; on donnait tout, on ne refusait rien. Toute la langue était réduite à ces mots : « La reine est si bonne ! »

Mais cet âge d'or fut de courte durée.

Mazarin, politique de quelque mérite, était un détestable administrateur. Le dernier règne lui avait légué de grands embarras financiers; et pour pensionner les nobles turbulents, pour se procurer le nerf de la guerre, il eut recours à des impôts fantastiques et vexatoires. Son surintendant des finances, un banqueroutier italien nommé Esmeri, emprunta à 25 pour 100, rogna d'un quartier les rentiers de l'État, vola les employés d'une partie de leur salaire, et enfin employa de telles rigueurs pour lever les impôts qu'en un an il y eut à la fois pour taxes dans les geôles du royaume 23,000 personnes, dont 5,000 moururent.

« Tout le royaume, disait Omer Talon, est malade d'inanition. Le paysan ne possède plus que son âne parce qu'il n'a pu être vendu à l'encan. »

Enfin, en 1648, banqueroute universelle « attendu que les créanciers de l'État étaient tous des gens de rien ou trop riches. »

Ce fut de cette crise que sortirent la journée des barricades et la guerre civile de la Fronde.

Qu'on nous passe quelques détails d'histoire politique, nous en serons très sobre, mais ils sont les jalons nécessaires de notre long récit.

Le Parlement, à qui la révolution d'Angleterre montait la tête, s'unit aux trois autres cours souveraines « pour servir le public et réformer les abus de l'État. »

« Le Parlement gronda, dit de Retz, et sitôt qu'il eut seulement murmuré, tout le monde s'éveilla.

« On chercha comme à tâtons les lois; — on ne les trouva plus.

« On s'efiara, on cria, on se les demanda, et dans cette agitation le peuple entra dans le sanctuaire. Il leva le voile qui doittoujours couvrir tout ce que Ion peut dire et tout ce que l'on peut croire du droit des peuples et du droit des rois, qui ne s'accordent jamais mieux ensemble que dans le silence.

La salle du Palais profana tous ces mystères. »

C'était la vision delà Révolution à plus d'un siècle de distance.

Les cours réunies demandèrent des réformes qu'aujourd'hui encore nous sollicitons; d'autres qui ne furent obtenues que cent ans plus tard.

Le peuple s'émut. Le cardinal fit arrêter deux membres du Parlement. Le

64 IIISKUIIK Dl, rALAlH-ROYAI.

piMiple HniiiHiita. LoHn^n^,'istl•ats L-ntriuiit mu- «lôiiiarchc aiiprèHde larcinv. Olleci avait alors an Loiiviv un y^imnl ««t tondiatil ixompl^ (if la frai^ilité dos «randcMirs dans l'infortuiiéo Honriette d'AnKl<'U'rn\ chaHséf* de «on royaunie «t mourant de froid et dfi faim dans lepalaiH do son père.

La reine d'Aiigletorro oonseilla i\ la roino dr Franco do faire des concosmons. Klle fut ôcout»''y. Mais Anno ne voulut pas i.'^I.t à la merci dos Parisiens. Klle |»rotoxta une excursion à Kueil. Le roi et le cardinal (juiltèront le Palais-Hoyal à six heures du matin.

Personne ne s'opposa ;\ leur passade, sinon (|uel(iues troupes de ifxjuins qui se mirent à crier : Aux aiunes! et qui voulurent piller quelques chariots de bat'ages.

La reine ne quitta la ville (jue dans la journée.

On se rendit à Saint-Germain. Au»;uns préparatifs n'y avaient été faits: c'est à peine si l'on y trouva «pielques bottes de paille pour coucher la famille royale.

La cour n'était pas riche en ce moment. Il y avait six mois (jue le cardinal n'avait fait payer à la roino d'Angleterreles quartiers de sa pension; que les marchands ne lui voulaient plus rien fournir et qu'il n'y avait phis un morceau de bois au jialais. Anne, de son côté, était très gênée, et le jeune Louis XIV garda toujours de ces années d'épreuves le plus amer souvenir.

Une fois hors de Paris, la reine revint sur ses promesses. * Vraiment, disaitelle, si j'écoutais leurs demandes, mon fils deviendrait un beau roi de carte. »

Malheureusement, en regard de la fermeté égoïste de la reine, la révolte ne put mettre que légoïste avidité des grands seigneurs qui la dirigeaient. C'était le duc de Bouillon, qui eût vendu la France pour agrandir son duché; c'était la Rochefoucauld, (jui ne faisait la guerrcque pour plaire à une duchesse deLongueville, intrigante perdue de mœurs; c'était de Retz, prélat ambitieux, turbulent, l'âme du complot qui inventa un personnage populaire, le bâtard de Henri IV, le duc de Beaufort, roi des Ha/les.

Le peuple alors comme aujourdhui était facile à amuser et à séduire.

Il essaya aussi de gagner le duc d'Enghien, devenu prince deCondé; mais le vainqueur de Rocroy, de Fribourg, de Lenz, ne pouvait se mêler à une guerre qui s'appela du nom d'un jeu d'enfant, ia Fronde.

Au contraire, la reine, les larmes aux yeux, l'ayant supplié de servir de protecteur au roi, il accepta, et avec 8,000 soldats assiégea 100,000 bourgeois révoltés.

Les Parisiens sortaient en campagne ornés de plumes et de rubans et fuyaient dès qu'ils rencontraient "200 hommes de l'armée royale. A leur retour ils étaient reçus avec des huées, des chansons et des éclats de rire. Les cabarets étaient les tentes où l'on tenailles conseils de guerre au milieu des plaisanteries et de la gaieté la plus dissolue. « Guerre dépôts de chambre », disait Condé.

Pendant ce temps on fouettait le petit roi pour l'habituer à régner, et, lopération terminée, la reine mère faisait la révérence gravement.

— Tenez-moi quitte du fouet, disait le patient, et je vous tiens quitte de la révérence.

Or on sait «pie la cour couchait à Corbeil pour aller à Fontainebleau, car il

HISTOIRE DU PALAISROYAI

ladiquant le lit, il dit : Voilà notre homme 1

fallait alors deux jours pour faire ce voyage ; on déposa le petit roi, faute de logement, dans un cabinet, conjointement avec son frère Philippe duc d'Orléans.

Mais, le lendemain dans la matinée, la branche aînée eut avec la branche cadette une telle altercation que le duc de Villeroi dut intervenir, et cette fois sans révérence.

Enfin la paix est faite à Rueil et aux dépens du peuple, comme toujours, c'est-à-dire sans qu'il obtienne une liberté de plus ou un impôt de moins. La coiu' rentre au Palais-Royal.

Mais Gondé, le sauveur, veut mettre à la porte Mazarin, qu'il appelait /'///us-

LlV. 9. A. Fayard, édileur

m m.sTt^mt: du I'alais-uuval

trisiituo siytwr /•'ai^iiino. Dans ce but, il iiiia^iiio du donner do h» main tiii aiiiaiit îi la roine.

Il charjs'oa un gcnlihoniine de sa maison. — un de 8C8 jxtitt-maîiret, comm'; on It's appelait, — M. do .1az/é, de reprendro auj)rôs do la reine le rôle di; limitin^jliam.l l'était un tarlirion habile, mais la place «Hait prise et bien prise par // siynor Faquino. Il fut repou ^sé avec perles et entraîna son maître dans sa défaite.

Mais, s'il était heureux on amour, le cardinal l'était moins on politique, et il eût été préférable pour lui d'être aimé du peuple.

A deux pas île son palais, sur le Pont-Neuf, on le chansonnait et on le pendait en effigie. Il partageait avec Tabarin et Arle(iuin 1 honneur de figurer dans les farces populaires. Dans l'une, un ballet <le |»rcmière entrée, c'était M:i/arin vendeur lie baume; dans la deuxième, ses deux nièces danseuses de corde; dans la troisième, ses partisans arracheurs de dents; la quatrième, Mazarin vendeur d'oubliés. On chantait :

Il e^t <it> Siiile oatif

Il est toujours proiiipl à mal faire

Il est fourbe ou superlatif.

On lui disait encore :

Trousse bagngo et viâtoment Va, va-t'en dans Rome estaler Le bieu qu'on l'a laissé voler.

Le cardinal s'était cru trop tôt vain(jueur, la Fronde avait semé les idées les plus révolutionnaires. Dans un Caléclns^ne des courtisans de la cour de Mazarin, ou lisait :

t Qu'est-ce qu'un tinancier? — Une sangsue du peuple, un larron privilégié.

t Qu'est-ce qu'un procureur? — Un homme qui, avec sa langue, sait vider la bourse de sa partie sans y toucher.

f Qu'est-ce qu'un prince? — Un criminel que l'on n'ose punir.

« Qu'est-ce qu'un jésuite? — Un sage qui se sert adroitement de la religion. »

Au Parlement un avocat disait : « Le peuple .seul fait les rois. » Un autre : € Les grands ne sont grands que parce que nous les portons sur nos épaules, secouons-les pour en joncher la terre et faire un coup de parti dont il soit parlé à jamais. »

Entin ces grands rallumaient la guerre civile en province; Condé en tète. De Retz recommença la Fr-onde, et un jour la reine se réveilla prisonnière au Palais- Royal. .

L'émeute, excitée par Retz, grondait à l'entour comme une mer furieuse. Ou ne voulait plus permettre de fuite à Saint-Germain. La nuit vint. Tout à coup les portes furent forcées, le palais envahi. Les bourgeois criaient qu'ils

voulaient s'assurer de la présence du roi. — Le roi donnait; la reine mère allait se mettre au lit : alors Anne d'Autriche ordonna que l'on ouvrît les portes et qu'on les menât dans la chambre de son fils. Ces mutins furent ravis de cette franchise; ils se mirent tout auprès du lit du roi, dont on avait ouvert les rideaux et reprenant alors un esprit d'amour, lui donnèrent mille bénédictions. Ils le regardèrent longtemps dormir et ne pouvaient assez l'admirer. » (Mémoires de M'oe de Motteville.)

La reine comprit enfin qu'elle ne pourrait apaiser le peuple qu'en lui sacrifiant Mazarin, et, bien qu'il lui en coûtât, elle le pria de se retirer. Il partit pour le Havre.

Une trêve s'ensuivit, mais de courte durée.

La reine promit le chapeau de cardinal à Retz et s'en fit un allié. Gondé rentra en campagne contre la cour. Après s'être couvert de gloire, il se déshonora en allumant la guerre civile. Il souleva la Guyenne, traita avec l'Espagne... Tous ces princes n'ont de français que le nom ; les plus grands ont mérité la potence. L'éternel duc d'Orléans, qui a une grande fille fort ambitieuse, la Grande Mademoiselle, duchesse de Montpcnsier, est avec celle-ci pour Gondé et l'étranger. . Mazarin rentre et confie ses troupes à Turenne !

Nous voudrions passer sous silence tous les démêlés de cette odieuse et sanglante anarchie, et nous avons hâte d'arriver à la majorité du roi, qui nous réserve des historiettes bien préférables à l'histoire. Mais il nous faut encore rappeler l'insurrection des princes envahissant Paris et finissant à l'Hôtel de ville dans un incendie et un massacre.

Rendus odieux par ces excès criminels, les princes quittèrent Paris. Mazarin reparut de nouveau, fit enfermer le cardinal de Retz à Vincennes, condamner à mort par contumace le prince de Gondé et exiler Gaston.

Le cardinal traita avec l'Espagne et s'entoura à Paris d'un appareil fastueux.

Alors s'éleva un second palais-cardinal dont on a fait plus tard la Bibliothèque nationale. Grâce à la paix, Mazarin put faire de l'argent, et son premier soin fut de remplir ses coffres. Il ne songta plus qu'à jouir du repos.

La cour du Palais-Mazarin offrit un singulier contraste avec celle du Palais- Royal, où s'accusait encore dans bien des détails une simplicité d'usage, une modestie que l'on n'eût pas rencontrées chez de riches bourgeois.

Nous n'en voulons pour exemple que ces lignes de madame de Motteville :

« Après le souper de la reine, dit-elle, nous mangions les débris du repas de Sa Majesté sur le coin d'un coffre ou sur le pouce, nous servant de sa serviette à laver, et nous contentant quelque fois par force du reste de son pain. »

r>8 iiisTomK i>r rAL\is-noYAi.

MAJoIUTK I>i; LOUIS XIV. — Lr:S AUKIiUUS IMlISrANir;nES DU nOI. — Li:S l'Ul^-.TEN- DANTES. — MADAME DE llEAUVAIS. — LES NIÈCES DU CARDINAL.

Enfin le petit roi devint Louis XIV.

Son éducation et son instruction avaient été assez néj^ligées. A quinze ans il savait à peine lire. Mais pouvait-il en être aut renient avec une existence aussi agitée et parfois même, dirons-nous, aussi malheureuse que celle de son enfance?

Il ne se souvint que trop plus tard de la botte de paille de Saint-Germain, des soupers maigres et des émeutes qui forcèrent les portes du Palais-Royal.

Le jeune prince n'avait jamais montré une grande vivacité d'esprit, mais il avait une certaine rectitude do jugement, du bon sens et de la mémoire.

Le cardinal avait bonne opinion de lui et louait surtout son caractère devenu sérieux de bonne heure. Il disait aux maréchaux de Villeroi et de Grammont :

— Vous ne le connaissez pas; il se mettra en chemin un peu tard, mais il ira plus loin qu'un autre. Il y a en lui de l'étoffe de quoi faire quatre rois et un honnête homme.

Plus tard il disait au jeune roi :

— Si un jour vous prenez le gouvernail, vous ferez plus en un jour qu'un plus habile que moi en six mois; car c'est d'un autre poids ce qu'un roi fait de droit fil que ce que fait un ministre, quelque autorisé qu'il puisse être.

L'enfant s'instruisit en écoutant discrètement et indiscrètement ce qui se disait dans la chambre de la reine et ce que lui rapportaient les enfants ses compagnons de jeu. On dit que le cardinal se servait de ces mêmes enfants pour surveiller le petit roi.

Doué d'un riche tempérament sanguin, grand et développé de bonne heure, le jeune Louis XIV, que la lecture des romans ne pouvait corrompre, interrogea les beaux yeux qui se tournaient vers lui.

Plus d'une femme, et plus d'une jeune fille de la cour guettaient le moment critique où son cœur commencerait à parler.

Mazarin le laissait jouer avec ses nièces. Le cardinal avait fait venir d'Italie ses deux sœurs, la signera Martinozzi, qui avait deux filles, et la signera Mancini, qui en avait cinq.

Le jeune roi se prit d'abord d'une sincère affection pour Olympe Mancini avec qui il était élevé, et beaucoup pensèrent qu'elle serait reine de France. Mais cette amitié était aussi innocente que sincère. Olympe resta pour lui une simple camarade. Mademoiselle de Montpensier, sa cousine, songea aussi à se faire aimer, mais elle déplut, ou il ne sut pas la comprendre.

Sérieux et assez timide alors qu'il éprouva les premiers troubles de l'adoles-

cence, ce fut vers une personne sérieuse et discrète qu'il se tourna, inquiet et honteux. Cette honnête dame se nommait madame de Beau vais.

Catherine-Henriette Bellier, épouse de Pierre Bellier de Beauvais et femme de chambre de la reine mère, qui l'aimait parce qu'elle la peignait avec légèreté, était borgne et n'avait pas moins de quarante-cinq ans lorsqu'elle fit sentir à Louis XIV les premières impressions de l'amour.

Louis, dans sa quinzième année, était un grand garçon, aux épaules larges, à la poitrine développée. Il avait le teint clair, bien que légèrement marqué de la petite vérole, les yeux bien fendus, d'un éclat vif et doux, la bouche vermeille, le front noble et élevé encadré d'une chevelure châtain foncé. On lui eût donné dix-huit ans, mais

Aux âmes bien nées,

La vertu n'attend pas le nombre des années.

La bonne dame dut être un peu surprise lorsque le jeune prince lui conta ses peines. Il nous semble la voir et l'entendre, là, dans le petit jardin où devait s'élever plus tard la Comédie française, où Chérubin devait courtiser Marceline.

— Ah! Monseigneur, que me dites-vous là! mais vous n'y songez pas... Que ne répondez-vous plutôt aux doux yeux que vous fait madame d'Angleterre ?

''■' — Elle ne peut être reine et ne peut être ma maîtresse. Puis elle est trop pâle.

— Et Olympe Mancini ?

— Nous nous aimions quand nous étions enfants.

— Sa sœur Marie?

— Elle est maigre, elle est jaune.

— Niez donc que vous l'aimez ? Si madame de Venelle n'était arrivée à temps l'autre soir pour empêcher ce que vous savez bien...

— Mais si je savais si bien ce que vous supposez, Catherine, me verriez-vous si embarrassé à vous le demander? Vous me renvoyez à des enfantillages, suisje donc un enfant? Ne puis-je me faire aimer quand déjàjemefais craindre?

Puis avec un éclair dans les yeux :

— Ne suis-je pas le roi ?

— Ah! Sire, j'allais l'oublier, car je ne vous crains pas, je vous aime.

Et la bonne dame de Beauvais mit le jeune sire sur un chemin où il ne marcha plus que de conquête en conquête.

La petite Mancini, arrivée à la cour jaune et maigre, —c'était vrai — prenait déjà une mine plus avenante. En un an, elle se transforma. Ce fut pendant ce temps que le roi suivit avec M. de Turenne la campagne de Flandre. Les fatigues de la marche et du camp le firent tomber malade. La cour se transporta auprès de lui; Marie Mancini était du. voyage et, le croyant en danger, laissa éclater alors les sentiments qu'il lui avait inspirés. Cette tendresse éplorée et sincère fit sur son cœur une profonde impression. Elle était devenue une assez belle personne, petite et rondelette, mais bien formée, accorte au possible, avec de grands yeux

msToiia': i>i i'm.ais-hoyal

uoirsoù lo sourire l»rill;iil ;\ travers les larmes. Son ospril, mieux dévelopiié que celui »lu roi, «Hait un chiinno do plus.

Kilo lui apportait tirs livres et des coUi.'ctiuus de belles eslanipos, s'asseyait à sou chevet, lui faisait la lecture, lui parlait d':u*t et même d histoire, tour à tour plaisante et sérieuse, jeune ftUo spiriluellcetgaie, femme tendre et dévouée.

Le cardinal. (|tii h-s observait, son^icait i\. couper court aux cnlrahioments de cette situation. Sans rien dire, il négocia un projet de mariage entre Louis XIV et la 1111e de la duchesse de Savoie. La reine mère en parla à son lils, et celui-ci consentit i\ une entrevue avec sa fiancée.

La cour se transporta à Lyon. Marie de Mancini, qui paraissait devoir en revenir vaincue, vit au contraire ses espérances s'accroître. — Ou ne sait ce qu'elle dit au roi sur sa flancée, mais Louis, un matin, entra subitement dans la chambre de celle-ci ; il la surprit dans un moment où sa beauté, sans emprunt, ne brillait que de ses projjres charmes et, après cette entrevue indiscrète, ne voulut plus entendre parler d'elle.

Mazarin n'insista pas ; il s'était déj;\ prémuni contre un insuccès, et méditait un mariage plus avantageux avec une intante d'Espagne.

Mais l'amour de sa nièce l'inquiétait.

Le roi se rapprochait de Marie et lui promettait le titre de reine. En toutes circonstances, il laissait paraître pour elle la plus ardente passion.

Le cardinal, obligé de s'éloigner pour prendre part aux conférences qui amenèrent le traité des Pyrénées, ne voulait pas laisser un péril derrière lui. Il exigea la séparation du roi et de sa nièce.

La lutte fut vive ; mais la raison l'emporta, à la gloire du ministre et des deux amants. Au moment de monter en carrosse, Marie éplorée, adressa au roi ces paroles fières et touchantes :

— Vous m'aimez, vous êtes roi, et je pars I...

Ils se revirent cependant ([uelque temps après. Une correspondance des plus actives s'établit entre eux, et le cardinal fut encore obligé d'intervenir.

Le roi écrivait des volumes, très incorrectement, dit-on, mais l'amour n'attend pas toujours l'orthographe.

Le cardinal, dans une lettre noble et énergique, lui lit des reproches, et lui montra la folie de sa passion.

Il terminait aiusi: • Était-il juste que je m'oubliasse au point d'y consentir, et que, charmé dune proposition si éclatante et si avantageuse pour moi, je pusse, pour mon intérêt particulier et pour relever ma réputation, y donner les mains aux dépens de la vôtre?... Au surplus je vous proteste que rien n'est plus capable de m'empècher de mourir de déplaisir, si je vois qu'une personne qui m'appartient de si près vous cause plus de malheurs et de préjudice en un moment que je ne vous ai rendu de services. »

La résistance de Louis à son ministre, sa constance à vouloir prendre pour femme celle qui était selon cœur, prouvent en définitive un bon naturel, une âme noble qui sait s'élever au-dessus des préjugés. La jeunesse n'est pas l'âge des sacrifices chez les natures vulgaires. Il avait promis à cette jeune fille de nais-

sauce obscure de l'épouser, lui, roi de France, parce qu'elle l'aimait et était bonne et intelligente, rien que pour cela... mais c'est très bien ! Et il faudra lui en tenir compte plus tard ; il en aura grand besoin I

Marie Mancini épousa le connétable Golonna. Le mari fut jaloux et la rendit malheureuse. Plus d'une fois elle le quitta pour venir à Paris, mais Louis la tint éloignée de sa cour.

MARIA.GE DE LOUIS XIV. — MORT DE MAZA.RIN. — MARIAGE DE PHILIPPE d'oRLÉANS, ROI DE SODOME.

Après les conférences somptueuses tenues à la frontière franco -espagnole, dans une île de la Bidassoa, la paix fut faite, et le mariage entre Louis XIV et l'infante Marie-Thérèse fut conclu. Le 26 août 1660, Louis XIV et la reine Marie- Thérèse firent leur entrée solennelle à Paris. La nouvelle cour s'établit au Louvre, Olympe Mancini, mariée au comte de Soissons, fut nommée surintendante de la maison de la reine et fut logée aux Tuileries.

La reine mère resta au Palais-Royal.

Mazarin tombé malade, en rentrant à Paris, était resté au Louvre, sacrifiant ses goûts à son devoir et restant près du roi, parce qu'il était inconvenant que Sa Majesté se dérangeât pour aller travailler chez son ministre.

Anne, à la nouvelle de la maladie de son cher cardinal, accourut au Louvre et entra chez le malade, accompagnée de ses femmes.

— Gomment vous trouvez-vous en ce moment? lui demanda-t-elle.

— Très mal, répondit-il.

Et repoussant soudain ses couvertures sans se préoccuper de la présence des dames :

— Voyez, madame, s'écria-t-il en montrant son corps décharné, voyez dans quelle déplorable situation je me suis mis en travaillant au repos de la France I

Quelques jours plus tard un commencement d'incendie ayant éclaté au Louvre dans les décors d'un ballet, le cardinal se fit transporter chez lui, rue Croix des Petits-Champs.

Il s'y consola dans la contemplation de toutes les œuvres d'art et des richesses qu'il y avait accumulées. Il ne lui restait plus que quelques mois à vivre, lorsque son médecin, Guénaud, fut lémoin de la scène suivante :

« Je traversais, dit-il, la petite galerie qui communique avec ses appartements , je m'étais arrêté un moment à examiner une tapisserie de Jules Romain, représentant le triomphe de Scipion ; j'entendis venir le ministre au bruit que faisait ses pantoufles, qui traînaient sur le parquet, n'ayant plus la force de lever les pieds.

« Mon malailf, (|tii no pouvait ino voir parce qiio j'ôtais cacln'; par la liiusscrio, soii|)irait soiivfnt o{ parlait seul, fii s'arn'-tant devant «pioNpics tableaux. — « II faut quitter cria !... disait-il. — Puis, après avoir fait deux ou troi» pas et se rt'tournanl ■\ droilo et à ^'aucho, il s'arrêtait de nouveau et r^'pétait d'une voix lanicntalde : Il faut quiller cela!... »

Au printemps, il voulut suivre la cour à Vincennes, et y mourut le '39. La raillerie le suivit jus<iu'à la tombe et, entre autres ôpilaphes, on lui ilédia celle-ci ;

/ci (jit le rardinnl Jules

Qui pour se faire pape amassa force rcus:

Il avait bien ferré sa mule,

Mais il ne monta point dessus.

Comme Uiclielieu, avant de mourir, il avait désigné son successeur et avait recommandé au roi le fils dun marchand de draps de Reiras, commis aux écritures.

— Je vous dois tout, Siro, mais je crois m'ac(|uitter en quelque sorte envers Votre Majesté en lui donnant Colbert.

Peu de temps après, le roi maria son frère Philippe d'Orléans à Henriette d'Angleterre, lille de Charles I*' et sœur do Charles II, alors régnant.

Avec ce prince, qui commence la dynastie du Palais-Royal, nous allons rentrer dans notl-e sujet, avec la satisfaction de n'avoir plus à en sortir ; cependant ce ne fut pas dans cette résidence, mais aux Tuileries, que fut célébré le mariage de Monsieur.

Pendant les deux années qui suivirent, les nouveaux époux résidèrent tantôt aux Tuileries et tantôt i\ Saint-Cloud, dont Louis XIV, en 1G()'3, fit cadeau à son frère.

Mais Philippe d'Orléans avait passé presque toute sa vie au Palais-Royal.

Qn sait qu'il ne s'accordait guère avec son frère. Il difîérait entièrement de lui par le caractère, les goûts et l'éducation. Sa mère, qui l'aimait beaucoup, s'était amusée à le garder près d'elle, à en faire une poupée et à l'habiller en fille. Elle le faisait paraître en jupe devant ses courtisans et ne craignait pas de parcourir Paris avec lui dans cet accoutrement.

Philippe garda le goût du costume féminin sous lequel il passa toute sa jeunesse. • Ce n'était pas un homme, dit Michelet, c'était une fille fardée, minaudière et coquette. » Il passait tout son temps à se parer, à coififer et habiller les femmes et les filles de la reine, et ses jeunes favoris.

« On ne saurait dire à quel point il poussait la coquetterie en mettant des mouches et en les changeant de place.

t C'est que les hommes, quand ils croient être beaux, sont encore plus entêtés de leur beauté que lés femmes. » (M. de Cosnac).

Et le pauvre garçon n'était pourtant pas beau.

€ C'était, dit Saint-Simon, un petit homme ventru, monté sur des échasses,

La branche aînée eut avec la branche cadette une telle altercation...

tant ses souliers étaient hauts, toujours paré comme une femme, plein de bagues, de bracelets, de pierreries partout, avec une large perruque noire et poudrée, et des rubans partout où il pouvait en mettre, plein de toutes sortes de parfumeries.

Sans avoir un air ignoble, — dit sa seconde femme, — Monsieur était très petit; il avait les cheveux et les sourcils très noirs, un visage long et étroit, un grand nez, une bouche trop petite et de vilaines dents ; il n'aimait qu'à jouer, tenir cercle, bien manger, danser, séparer, en un mot ce qu'aiment les femmes.»

LiV. 10. A. Fayard, éditée

l>;uis s;i jciiMosso, il so phiisiiit .surtout clioz M"" du Clioisy, qui flattait «es goiMs v\\ les faisant partager ;\ son llls, du nu^inoî^go <iu<' lui.

(.:o dernier, devenu abbô et au sortir du séinlnairo, joua pendant plusieurs mois au tlu^Alrode Hordeaux dos rôles de femme, et, de retour à Paris, y vécut en foiiimo sous le nom do M"* de Sancy. Il raconte dans ses curieux Mémoires, ses plaisirs au Palais- Uoyal.

« J'y allais toutes les fois que Monsieur était à Paris. Il me faisait mille amitiés, parce que nos inclinations étaient pan'illos. Il mettait lo soir dos cornettes, des pondants d'oreilles, îles manches et seconlemplail dans d. -s miroirs, mcensé par ses amants...

<« Il donnait tous les ans un grand bal au mardi gras; il m'ordonna d'y venir en robe retroussée, à visage découvert, et chargea le chevalier de Pradine de me mener à la courante.

« Monsieur arriva au bal, le chevalier de Lorraine lui donnant la main, il dansa le menuet et alla s'asseoir au milieu de toutes ses dames.

M"" l'abbé avait aussi ses amants, Mauny entre autres, mais était également au nombre des mignons de Philippe d'Orléans.

« Celui-ci, dit Saint-Simon, rendait publics ses goi'its abominables par ses dons et les fortunes de ses favoris, qui n'avaient point de bornes pour le nombre ni pour le temps. »

On lavait surnommé le roi de Sodome, et l'on disait tout haut à la cour le nom de ses favoris, fleur de la noblesse française :

— Le chevalier de Lorraine, le comte de Guiche, de Marcillac, de Villequier, de la Carte, de Salart de Pécourt, de Manicamp et d'autres.

Le chevalier de Lorraine, selon le mot de Crétineau-Joly, était sa la Vallière. Il avait fait le surintendant de sa maison de cet homme qui, non seulement, partageait avec lui les plus honteuses débauches, mais que l'on savait capable de tous les crimes.

Le mariage de Monsieur fit beaucoup rire.

Sa femme était, (dit Michelet), un composé de grâces, et chacun de ses gestes était une séduction. II était impossible d'avoir plus d'enjouement dans les manières, plus de paroles obligeantes dans la bouche, plus de volupté dans le regard... Elle était très frêle au moment de son mariage. Ce fut donc un bonheur pour elle d'avoir un mari comme Philippe, qui n'était guère un homme, qui n'aimait pas les femmes, et qui, selon toute apparence, sauverait à la sienne les fatigues de la maternité. »

Tout d'abord, Philippe avait vu dans sa femme une camarade qui l'amuserait, et sur qui il essayerait les modes.

Il la montrait, voulait qu'on la trouvât jolie, mais craignait aussi qu'elle n'abusât de la liberté qu'il lui laissait pour débaucher ses charmants amis, Marcillac, ou de Guiche, par exemple.

Sans se souvenir de la mésaventure du roi Candaule, il se plaisait à introduire avec lui son favori de Guiche chez sa femme, quand elle était encore au lit, et prenait soin de lui faire admirer tous ses charmes.

— Vois donc, lui disait-il, quels bras, quelles épaules, quelle gorge I Henriette avait beau protester. L'effarouchement de sa pudeur n'était qu'un

passe-temps de plus pour ces deux libertins. Sous le prétexte d'un goût commun pour la toilette, il voulait que de Guiche assistât à celle de sa femme. Le comte assistait donc au lever de la duchesse et lui servait de femme de chambre.

Qu'arriva-t-il?... Ce qui devait en résulter.

D'a])ord Henriette en voulut non seulement à son mari, son mépris pour lui datait de plus loin, mais au comte de Guiche. Mais celui-ci, spirituel dans son égoïsme, et beau, séduisant, sut se faire pardonner. Madame vit de son côté une vengeance à exercer.

L'intrigue se noua à Fontainebleau et fut favorisée par les craintes que le roi inspirait à son frère.

Tout occupé de détourner de sa femme l'irrésistible Louis XIV, et à jeter dans ses bras M"^ de la Vallière, Philippe laissa le champ libre au comte de Guiche. Mais ce qu'il ignorait devint bientôt la fable de toute la cour. Quelques propos éveillèrent ses soupçons; il crut s'en venger en négligeant le comte de Guiche pour Marcillac, mais le comte ne montrant pas la moindre jalousie. Monsieur en fut piqué et résolut de surprendre sa femme. Il faillit y parvenir et, à ce sujet, la seconde duchesse d'Orléans raconte la plaisante anecdote qui suit:

« Madame étant à un rendez-vous avec Guiche, chez M™' de Ghaumont, gouvernante de ses enfants, avait mis le valet Launois en faction. Soudain Philippe arrive, Launois jette un cri d'appel aux amants, court au-devant de Philippe et lui heurte avec la tête le nez, si violemment que Monsieur commence à saigner fort...

« Madame Henriette et M™« de Ghaumont accourent tout effrayées, avec des mouchoirs, et les placent sur la figure du blessé ; elles l'entourent en même temps avec habileté, et Guiche, qui s'était caché derrière la porte, s'esquive de la chambre et gagne l'escalier.

« Monsieur vit fuir quelqu'un, mais il s'imagina que c'était Launois qui s'esquivait de peur. »

Les succès du comte de Guiche empêchèrent Marcillac de dormir. Lui aussi devint infidèle à son maître, et M'"* de la Fayette, qui nous apprend ses légèretés, nous instruit en même temps que de cette époque data la haute faveur du chevalier de Lorraine *.

Enfin Monsieur, qui n'avait pas assez d'énergie pour se venger de ses infidèles, eût l'impudeur d'aller se plaindre à son frère de la légèreté de Madame, et de la trahison du comte de Guiche.

— Il ne faut vous en prendre qu'à vous, mon frère, a dit le roi. Madame éprouvait une sorte d'éloignement pour M. de Guiche; vous avez exi 'é qu'elle se rapprochât de lui.

1. Ce3 anecJoctes sur Philippe se trouvent déjJi dans notre histoire des Tuileries, mais ces redites élaietit inévitables; elles seront du reste les seules que nous nous permettrons.

78 IIISToIl:!: hl rALAIS-HOYAI.

— A lu honno heure, Sire, mais jo n'iii jamais exi^ô qu'elle s'en rapprochiU autant.

— Mais no savoz-vous pas (jiie lesfi-mmos no connaissent aucun milieu entre aimer et haïr; vous n'avez pas voulu (juc le comte exécrai la vOtre, elle ladore.

— Votre Majesté ne saurait souffrir que l'honneur de la famille royale soit toiiii.

— Ahlmon frèrel... l'honneur!... l'honneur!... s'il no tenait qu'à cela, jo vous le demande, (luelle famille pourrait se llatler de le posséder intact?

— Ainsi votre avis est que Madame peut impunément me faire...

— Ce que tant d'autres sont, sans le mériter autant ifue vous... Car j)Ournczvous justilier vos relations avec le chevalier de Lorraine? Au moins Henriette, en fait de galanterie, suit les errements communs, tandis que vous...

— En croiriez-vousdonc, Sire, d'odieuses calomnies? Votre Majesté n'a-t-elle pas admis dans son intimité MM. de Cavois, de Vardes, de Peyuillon?

— Distinguons, Philippe; j'ai pu rendre ces messieurs témoins de galanteries qui ne pouvaient s'égarer et s'adresser à eux.

— Ah! Sire!...

— Brisons là, je vous prie. Que puis-je faire pour vous? Vous débarra.sser de Guiche? Je vais l'envoyer pour un an en Pologne; je lui en ferai donner l'ordre par son père, M. de Grammont. Mais que cette disgrâce vous serve aussi d'avertissement. Je suis las de scandales, et je veux que Ion garde une certaine dignité, même dans les débauches. Si vous vous dépai'tez de cette règle, je n'attendrai point vos doléances, je frapperai sévèrement autour de vous ; je ne vous épargnerai pas vous-même.

Et ce qui fut dit fut fait.

Guiche partit, et d'autres le suivirent.

LES AMOURS DE MADAME. — ENCORE MARIE DE MANCIXI. —MORT D ANNE D AUTRICHE.

Page 1