‹ Histoire du Palais-RoyalChapitre 73 sur 126 · XXXI H · texte numérisé non relu

XXXI H

RÉVOLUTION DE FÉVRIER 18'l8. — LE ROI SE RÉJOUIT DE LA. TOURNURE I>ES ÉVÉ- NEMENTS. — LES DEUX PRENflÉRES .TOURNÉES,

Si invraisemblable que cela paraisse, ou était plein de joie aux Tuileries. Aux avertissements qu'il recevait le roi ne répliquait que par des railleries.

Le soir du 2*2, le roi répondait à l'air préoccupé que montrait M. Sallandrouze:

— Vendez- vous bien vos tapis?

M. de Rambuteau, préfet de la Seine, qui lui communiquait des rapports alarmants était ajourné à une semaine pour confesser en toute confusion, disai Louis Philippe, qu'il s'était abandonné à des terreurs d'enfant. Le roi écrivait un billet au maréchal Gérard pour lui dire que les événements

prenaient la tournure la plus heureuse. D'ailleurs couune pour mettre le comble à ses illusions, vers la fin de la soirée on vint lui dii-e ({ue M. lîarrot et ses amis renonçaient à la manileslation. i

« Dire l'effet de cette nouvelle aux Tuiieiies nv serait pas chose facile. Les courtisans se pâmaient d'aise. La reine était transportée. Le roi ne se contenait plus, il serrait la main de ses ministres avec une effusion inaccoutumée. 11 complimentait surtout M. Duchâtel. Il ne s'oubliait pas lui-même dans les louanges qu'il adressait à son gouvernement. Il l'avait toujours pensé, toujours dit : cette opposition si pleine de jactance ne se composait que de beaux parleurs, de poltrons. Sa faconde à ce sujet était intarissable.

« Quelques personnes essayaient bien de parler de lagitation des rues; mais c'était peu de chose, ce n'était rien, disaient les courtisans ! une vingtaine de gamins portant des chandelles, lisaient ironiquement les affiches contre les attroupements et le banquet. Les passants s'arrêtaient, ne sachant ce que cela voulait dire, mais les groupes se dispersaient aussitôt après avoir lu. » (D. Stern).

Et tandis qu'ils riaient au château, des ouvriers travaillaient, aux flambeaux, à dresser les tables du banquet. Ils n'avaient pas été contremandés. Le lendemain, tout Paris chômait, dans l'attente de la manifestation, et l'agitation de cette attente ne fit que s'accroitre par la reculade des députés. Il y avait foule dans les rues, malgré le temps humide et froid; cette foule, qui s'attendait à un spectacle émouvant, était déçue et irritée... Pour comble d'ennui, pas le moindre déploiement de forces militaires. Heureusement, vers midi, on voit des gardes municipaux monter les Champs-Elysées. Ils vont au clos Nitot détruire les préparatifs du banquet. Puis à la Madeleine plusieurs bataillons de ligne se rangent en bataille.

Enfin, on aura donc à qui parler...

Gomme s'ils l'avo.ient pressenti, une colonne d'étudiants arrive. On les acclame. Ils font le tour de la Madeleine en chantant la Marseillaise. Ils marchent en bon ordre, au nombre de sept cents et se dirigent vers le Palais-Bourbon... La foule incertaine jusque-là, les suit. Voilà une manifestation.

La colonne traverse la place de la Concorde, s'engage sur le pont, mais, à l'entrée du quai d'Orsay, une compagnie de municipaux lui barre le passage. La foule s'arrête, hésite, quand un jeune homme sort des rangs, s'avance au devant des soldats et découvrant sa poitrine leur dit : Tirez !

Les municipaux, touchés de cet héroïsme, se retirent, et la colonne passe.

Alors se joue la petite scène qui a depuis été reprise tant de fois avec succès.

Les manifestants escaladent les grilles, des membres de l'opposition viennent les engager à la modération. Tandis qu'ils parlent, les plus entreprenants pénètrent dans les couloirs et la foule avance toujours.

Tout à coup sort de la caserne voisine un escadron de dragons qui, sabre au vent, fond au grand trot sur le rassemblement. Mais l'officier qui charge à leur tète voit une foule sans armes... Il commande : sabre au fourreau.

— Vivent les dragons ! réplique le peuple.

Les cavaliers mettent leurs chevaux au pas, et l officier, d'un ton plein do modération, engage la foule à se retirer; ce (jui a lieu.

47« msroini: in* r\i,\is-i((>YAi.

Noua sav«)iis iiiuiitlonaiit à <|uoi nous en tonlrsurlji nHoliitioii. L'arnu^o neso baltr.i pas, 1rs iiiinil<M|»iui\ scuIh f<«nnil li'iir (|«'voir.

!,•' H»>ir (lu nit'iiK' jour, on rfîrt, on k-ur fait cliarKor la foiilo sur la pi ir(« ,]*• la Concorde, sous iiuo ^m'ùIu do pierrcK.

I/éiiiouto, qui ne rosseniblo oncoro (pi'à utic inutiiiniU', ho propaj»»? partout, mais, la nuit, on chcivhoru (h'sanncsct Ion construira (U;n barricadoH.

Que pense le roi dos événcnu'uts?

I! «T.rit au préfet de police : «< Tout est arrangé », ot son ministre Diuhatcl répond :\ l'auibassadi-iir <r.\utri('hc, qui lui (If-mande dos no>iv<^ll'' ■ 'l'uit va bi(Mi.

Le gouvernement, en elTot, dispose de forces considérables. Un plan stratégique, considiM'é coiuiueuM clu'f-d'reuvro, < iivcloppr» Paris <run réseau de baïonj nettes; 37,(KM) hommes, pourvus de vivres ot de munitions, armés de pelles, de

• haches, de pioches, pour démolir les barricades, enfoncer les portes, et de l>i''tards pour incendier les maisons, sont rasornés dans Paris ot dans ]abanli<'ue. Au premier si;j;nal, le duc de Montpcusier arrivera avec l'artillorio do Vincennos. 11 prendra les ordres du duc de Nemours, qui a le commandement supérieur. Entin le général .lacqueminot a donné l'ordre de faire battre le rappel de la garde nationale.

La perspective d'une insurrection n'a donc rien d'alarmant pour le chAteau.

Cependant, vers minuit, on y apprend que les gardes nationaux sont partout décidés à crier: Vive la réforme! A bas Guizot. — Contre-ordre est donné, — Celte défection des bonnets à poil produit une impression fâcheuse. On s'inquiète; on prend des mesures. Des canons de Vincennes sont mis en batterie place du Carrousel, place de la Concorilo, sur los quais, à l'Hôtel de ville, aux portes Saint-Denis et Saint-Martin. On dresse des listes d'arrestations.

— Si la garde nationale est mauvaise, on agira sans elle, disent les courtisans.

Le londemain on en convoque doux bat;uIlons, par légion. Mais ceux-ci crient: Vive la réforme ! et s'interposent partout où la ligne est sur le point de tirer sur le peuple.

— Voulez-vous donc tuer des citoyens inofl'eiisifs? disent les officiers do la garde nationale à la troupe. Ils veulent la réforme; oh bien! nous aussi. Ou ne peut nous la refuser; à ce prix, nous répondons de l'ordre.

Et le peuple crie : Vive la garde nationale/ Vive la lù/nef

Intormé de ces faits, Louis-Philippe en devint soucieux. Ce fut M. Dupin, ce rude et zélé serviteur, qui osa lui porter ces fâcheuses nouvelles et prononcer le premier le mot révolution.

— Vous croyez qu'ils peuvent songer î\ me renverser? lui dit Louis-Philippe, en lisant sur lui un regard scrutateur. Mais ils n'ont personne à mettre à ma place.

— Non, sire, personne, en effet, répondit M. Dupin, mais une chose peutêtre, la République.

Cependant le peuple s'est emparé de postes nombreux, et entre lui et les

municipaux la lutte continue acharnée. Ces malheureux gardes défendent héroïquement la maison de l'armurier Lepage et ne doivent leur salut qu'à la garde nationale. Quant au général Sébastien, il répond au préfet, qui lui demande des secours pour les municipaux isolés dans le centre de l'émeute : — Je ne puis disposer d'un seul bataillon.

Enfin le roi se résigne à des concessions :

Il charge M. Mole de former un nouveau ministère. La nouvelle en est aussitôt répandue, et comme par magie et sans que l'on sache pourquoi, la lutte cesse. On abandonne les brancards et les troupes regagnent leurs casernes.

Le soir, on allume des lampions.

Il semble que tout est fini et que Louis-Philippe avait raison. Les boulevards se pavoisent et prennent un air de fête, à la grande stupéfaction des républicains, ainsi arrêtés à moitié chemin des Tuileries.

Vers neuf heures et demie, pour faire diversion aux cris des gamins : Deg lampions!... une bande considérable, agitant des torches et un drapeau rouge, se dirige de la Bastille vers la Madeleine en chantant des chœurs patriotiques. Des femmes, des enfants les suivent en grand nombre pour le plaisir de marcher en troupe et de chanter.

Arrivée à l'entrée de la rue Lepelletier, la bande va saluer les bureaux du National, puis, après une harangue d'Armand Marrast, poursuit vers la Madeleine.

A la vue de cette masse ondoyante et sombre le poste du ministère des affaires étrangères, prend les armes et sort. La foule crie : Vive la ligne I Mais le commandant se méfie. Il exige que la colonne se retire par la rue Basse-du- Rempart. Les manifestants s'y refusent. Pendant ces pourparlers, les civils se rapprochent des militaires et jettent quelque désordre dans les rangs.

Le commandant crie : — Croisez la baïonnette !

Au même instant, un coup de feu part du boulevard.

Alors, sans sommation préalable, la ligne exécute une décharge à bout portant.

Cent victimes gisent sur la chaussée, les unes blessées, les autres frappées mortellement. Tandis qu'on les relève, les soldats paraissent consternés ; euxmêmes, aidés de gardes-nationaux accourus, transportent les blessés chez les pharmaciens.

Cependant une masse de fuyards éperdus de peur parcourent les boulevards en appelant au secours. On se rappelle le massacre de Transnonain, et en un instant les magasins se ferment. La terreur règne.

Le maire du IP arrondissement fait battre le rappel: le tocsin sonne, et « bientôt on entend le bruit sec des pioches sur les pavés et la chute pesante des arbres du boulevard. C'est le peuple qui refait ses barricades. »

Vers minuit apparaît un cortège effrayant.

« Dans un chariot attelé d'un cheval blanc, que mène par la bride un ouvrier aux bras nus, cinq cadavres sont rangés avec une horrible symétrie. Debout sur le brancard, un enfant du peuple au teint blême, l'ôsil ardent et lixo, le bras

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k'iitlii, jirt'!»iiiio imiiio|)ilt<, l'omim* ou puiirrail repnrsenli.'r le ^hi'w de 1» vi-n^Muinc»', éclairu dos cITols rou^;o:\tn;s do bn toicho penchée en arrièrn le corps d'une jeune femme dont le cou et la poitrine livides sont maculés de largcK trainôcs do sang. De temps on temps un autre ouvrlor, placé & l'arrière du iliariot, onlaco «le son bras inusculoux co corps inanimé, le soulève on secouant sa Ittrolio. d'où s échappent des 11 uninèches ot dos étinculles. et a'écrie, en promenant sur la foule dos regard farouches :

— Ven^caïu'ol Veiigoance! On égorge le peuple !

— Auxarnios! répond la loiilo.

■ l't le cadavre retombeau fond du chariot qui continue sa route •» (D. Stern). Après être allé rue Lepelelier, le funèbre chariot se diri;,'ea versla bastille, où les cadavres lurent déposés aux pieds de la colonne de Juillet.

TUOISir.Mi: JOUHNKfc: — CONCl-risioS^, l.h LuLlS-lMULirPE — LES INDÉCISIONS POLITIQUES PARALYSENT LE POUVOIR MIL1TA.IUE — ABDICATION DU ROI.

Ce fut vers onze heures soir que Lo-iis Philippe apprit l'événement désistroux du boulevard des G ipucines Ou ignore s il en comprit to it de suitetoute la gravité. Ce qui semblait l'occuper le plus, c'était le relard de M. Mole à se rendre près de lui : on était en pleine crise ministérielle I

Autour de lui Nemours, Montpen-ier ne se génèrent pas pour exprimer leurs craintes; les généraux Sébasliini et Jacqiieminot s'agitaient dans le vide... lui, demeurait inerte et pensif.

Le préfet Delessert accourut ; il ne parvint qu'avec beaucoup de peine à tirer le roi de son apathie. Ce prince se moitre eu cette circonstance si dillèrent de luimême que le bruit se répandit dans le château qu'il avait été frappé la veille d'apoplexie en apprenant la détection de la garde nationale. A la même heure, M. Mole fais lit savoir au roi qu'il lui devenait impossible de composer un ministère.

— Eu ce cas, soupira Louis-Philippe, je ne vois plus que M. Tiiiers...

Guizot, qui se trouvait là, applaudit à cette idée, mais en priant le roi de prendre ses sûretés en donnant à Bugeaud le commandement général de la force armée. La nomination fut aussitôt signée et on envoya chercher M. Thiers.

Au moment où l'envoyé des Tuileries se présenta place Saint-Georges, M. Thiers venait de recevoir dans son hôtel une bande dinsurgSs qui, sans le conn litre, lui demandèrent abri et M"" Dosnes leur faisait les honneurs d'un souper improvisé.

Instruit par leurs discours des progrès de la révolution, le nouveau ministre deman la au roi pour collègues MM. 0. Barrot et de Broglie.

Loais-P.iilippe y consentit avec peine. En effet, donner un portefeuille à l'organisateur du banquet c'était presque faire amende honorable.

Quant à Bugeaud, il accepta le commandement qui lui était ofTert, maison disant :

— Surtout pas de princes! Qu'on ne me donne pas de princes; j'en al assez vu en Afrique.

Arrivé aux Tuileries, il réunitles officiers, leur rappela qu'il n'avait jamais été battu ni sur le champ de bataille ni dans les émeutes, et ajouta qu'une prompte victoire allait faire justice de la rébellion.

Cependantl'état des forcesétait peu satisfaisant. Il y avaitau Carrousel dix mille hommesexténués, manquant de pain et n'ayant que six cartouchespar fusil. Hors de là, tout était confusion ou défection : beaucoup de postes désarmés, un convoi de poudre de Vincennes tombé aux mains des insurgés, plus de 1500 barricades gardées presque toutes par des chefs républicains, qui, des faubourgs les plus reculés, s'avançaient jusqu'aux abords des Tuileries. Le branle-bas de la nuit avait été formidable. Les boulevards étaient rendus impraticables à l'artillerie. Presque toutes les mairies et les casernes étaient au pouvoir de l'insurrection.

Si parfaites que fussent, au point de vue de l'art de la guerre, les mesures prises par Bugeaud, elles étaient donc inutiles.

Avec dix mille hommes il ne pouvait conquérir Paris.

Aucun nom d'ailleurs n'était plus détesté que celui déco maréchal, à qui (bien à tort) on attribuait le massacre Transnonain.

Cependant il ne doute point du succès; ses colonnes s'ébranlent. Une d'elles commandé par Bedeau arrive sans coup férir jusqu'au Gymnase. Là une barricade énorme l'arrête. Les insurgés, avant que l'action s'engage, envoientau général un parlementaire et celui-ci demande à parler à Bugeaud. C'était un commerçant notable du quartier. Accompagné d'un officier d'état-major de la garde nationale il arrive aux Tuileries, et en présence du maréchal, de M. Thiers et du duc de Nemours fait le tableau de la situation : — Si la troupe engage le combat un massacre épouvantable eu sera le résultat. Mais tout espoir de conciliation n'est pas perdu.

Puis, s'adressant au duc de Nemours :

— Joignez-vous à moi, monseigneur, pour obtenir la retraite des troupes. Rien n'est perdu encore, mais si le sang est versé, le peuple ne mettra plus de bornes à sa vengeance.

Le maréchal remarquant l'impression que ce discours produisait sur lo prince et sur M. Thiers, dit d'un ton sec qu'il allait en délibérer. Il rentre à létat-major et y dicte pour Bedeau l'ordre suivant :

« Mon cher général, mes dispositions sont changées. Annoncez partout que le feu cesse et que la garde nationale prend le service de la police: faites entendre des paroles de conciliation.

« Repliez-vous sur le Carrousel. »

Bedeau exécute cet ordre, en descendant la rue de la Paix ses soldats se laissent désarmer par la foule. On crie : La paix ! In crosse en fair.

Mais un poste de municipaux est sur leur trajet. Ces hommes refusent de se laisser désarmer ; une collision éclate. Bedeau envoie demander des ordres aux

Tullories. — Lo duc de Nemours rj^poiid : Ce n'est plus mol qui commande. — Et

Hui^'oaiid : Oin- Ih f^ôin'Tal fasse cpiju'il voudra.

lK^j:\ le peuple eiilouie les Tuileries. 11 est dix Ik-uics, Itî d.-jeuner est servi, le roi se metù table. M. de Hémusat se fait annoncer. Louis-Philippe l'invite h pion<lro place prJ^s do lui ; il est (luelijue t<Mii|)s avant de s'apercevoir de l'air bouleversa de M. (le Hémusat, enfin il lo n-nianiue, il se love et l'emmenant dans l'embrasure d'une fenùtro il lui «leinando ce qui se passe.

— Sire, dit M. de Résumât, l'émeute avance à pas de géant. Le poste du ChAteau-dEau ' résiste seul encore. La vie du roi est en danger,

A ces mots, entendus à demi, toute la famille royale se lève et entoure le roi. Aux regards inquiets qui l'interrogent il répond avec un calme apparent :

— M. de Réinusat pense (jue les Tuileries vont être atta((U(''es.

Au môme instant les ministres et quelques familiers du ChîUeau-d'Eau entrèrent dans la salle. Le roi leur propose de tenir conseil pour savoir s'il doit se retirer dans quelque place de guerre. M. Thiers propose de se retirer avec l'armée à Saint-Cloud et de faire ensuite un retour offensif sur Paris. Bugeaud appuie cette proposition. Le roi pense que Vincennesest préférable à Saint-Cloud.

« Mais un aide de camp vient apprendre que le peuple a évacué la place de la ('oncorde et que la troupe y est établie dans un ordre parfait. On se rassure et le roi décide (ju'il passera les troupes en revue.

— Louis-Philippe revêt donc son uniforme d'oflicier de la garder nationale. Il monte à cheval accompagné des durs de Nemours et de Montpensier, du maréchal Rugeaud et de Lamoricière ; il traverse la cour des Tuileries. Mais k peine est-il arrivé à l'Arc-de-Trioraphe que le Carrousel retentit des cris de : Vive la Réforme.

Un garde national s'avance au-devant de Louis-Philippe et le somme d'accorder la Réforme. Le roi se trouble :

« Elle est accordée, dit-il, elle est accordée ». Maisl'impression qu'il a ressentie l'a déconcerté. Il parcourt un moment du regard les rangs de ses défenseurs. Leurattitude morne achève de le décourager tout à fait. Il prie le maréchal de passer la revue et rentre au château. Le maréchal est dévoré de colère. On a écarté tous ses plans de défense, et il se sent paralysé par l'attitude timide et découragée des deux jeunes princes.

Le roi s'est retiré dans son cabinet. 11 s'est laissé tomber dans son fauteuil et y demeure soucieux et comme anéanti. Il est près de midi. Arrive M. Grémieux qui vient demander le remplacement de Bugeaud par Gérard et de Thiers par un ministère plus libéral.

« Le roi consent à tout ; mais survient une minute après M. de Reims qui déclare au duc de Montpensier que le peuple ne peut être satisfait à ce prix et réclame l'abdication du roi *. »

— Mais, monsieur, dit le duc, le roi ne cesse depuis hier de faire des

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