‹ Histoire du Palais-RoyalChapitre 74 sur 126 · Histoire des Tuileries · texte numérisé non relu

Histoire des Tuileries

Les Vandales saccagent les richesses du palais.

concessions qui toutes ont été inutiles. Pouvez-vous répondre que cette dernière serait d'un effet suffisant ?

— Monseigneur, répondit M. de Reims, je ne crois pas qu'aucun homme vivant puisse vous donner cette certitude.

Mais comment faire entendre une vérité si cruelle au prince le plus convaincu de sa supériorité politique ?

En ce moment la porte du cabinet s'ouvre. Un homme très pâle, très ému, s'avance vers le roi.

LlV. (51 . K. Fiytrd, édiUu

— (Ju'y il-l-il 1 ,ii lii- lie ( ; il- iiiliii ' ilil t .(iniv,.'|>}|i] ji,|„. ,.,i :,H i,|[.iril m lui

son rcjî«rd éteini

— Il y a, siro, qn^^ 1 on vous luit penln' un liMiipH précieux, t;i (pio ni le p:irli lo plus i'niM-gi(iijo n'est pris h l'instiinl niôino, dans uno hoiiro il n'y aura plun en Franco ni roi ni royauté.

Un silenoe do stupéfaction ré|)()nd A ces paroles véhémentes. M. do Girardin, distinf,Mi.uil alors dans un groupe le rédacteur du Cnu\ittu (ionnel, en api)clle à son juj^eincnt :

— Demandez à M. Mcruau comment lus proclamations du changement de niinistèro ont été reçues.

Le roi reprend :

— Que faut-il faire ?

— Abdiquer, sire...

— Abdiquer!...

— Oui, sire, et en conférant la régence à M"' la duchesse d'Orléans, car M. le duc de Nemours ne serait pas accepté.

— Il vaut mieux mourir ici! s'écrie la reine.

Le roi semble alors recouvrer toute son éncrfj;ie,

— Messieurs, dit-il, ne peut-on pas défendre les Tuileries? Kt comme l'on garde le silence :

— On m'avait dit, répùte-t-il, que l'on pouvait défendre les Tuileries.

— Abdiquez, sire, abdiquez! s'écrie le duc de Montpensier d'un ton impérieux.

Louis-Philippe semble se coiisuUeruii moment :

— Eh bien, puisqu'on le veut, j'abdi(j[ue, dit-il cnûn.

Et il passe dans la pièce voisine, où attendaient la duchesse d'Orléans et les princesses.

— J'abdique ! dit- il d'une voix forte.

La duchesse se jette à ses pieds et, d'une voix étouffée par les sanglots, elle le conjure de. ne pas abdiquer. Le comte de Paris embrasse les genoux de son grand-père. Le roi, toujours calme, les écarte doucement et rentre suivi des princesses, dans son cabinet. La reine, apercevant le maréchal Gérard, court vers lui, lui prend les mains :

— Maréchal, sauvez tout ce qui est sauvable!

Et le maréchal, sortant aussitôt, s'élance vers la place du Palais-Royal pour y annoncer l'abdication et faire cesser le feu.

Le roi, assis devant son bureau, tient une plume et réfléchit. Le duc de Montpensier pousse sous sa main une feuille de papier l)lanc.

Mais tout à coup M. de Piscaton,' s'écrie :

— Au nom du pays, sire, au nom de votre famille et de toutes les familles de France, n'abdiquez pas! Combattons aujourd'hui, ou demain nous serons en république.

La reine, ;\ voix basse et d'un air égaré, lui dit :

— Prenez garde !... Il y a ici des traîtres!

Et ses regards désignaient M, Thiers et la duchesse d'Orléans qui, les yeux pleins de larmes, répétait encore :

— N'abdiquez pas, sire, n'abdiquez pas!

Mais la fusillade retentit en se rapprochant.

— Vite, vite, dit le duc de Montpensier en poussant le bras du roi d'un mouvement peu respectueux.

— Je n'ai jamais écrit plus vite, reprend le roi. Donnez-moi le temps.

Et, sans ôter ses gants, il trace, comme à loisir, en très gros caractères, l'abdication réclamée.

— Vous vous en repentirez, messieurs, s'écriait la reine avec une exaltation croissante. Vous demandez l'abdication du meilleur des rois.

— Que le roi du moins n'abdique pas sans avoir tenté de repousser l'émeute, reprend M. Piscatory. Il y a encore plus de 3,000 hommes dans la cour du château ; mettez-vous à leur tète, prince.

Le duc de Montpensier se tourne alors vers M. Thiers :

— Que me conseillez-vous, monsieur?

— Je n'ai pas de conseil à donner, monseigneur ,je ne suis plus rien. Seule, Marie- Amélie soutenait l'opinion de M. Piscatory.

Alors, celui-ci, ployant le genou devant elle et lui baisant la main :

— Ah! madame, dit-il d'une voix étouffée par l'émotion, vous êtes la seule personne que je vénère ici!

Ce n'était pas la reine qui pouvait accepter un éloge si exclusif.

— Vous ne connaissez pas le roi, dit-elle, c'est le plus honnête homme de son royaume.

Tandis que près de lui s'échangeaient ces derniers témoignages de dévouement, Louis-Philippe signait son abdication, ainsi conçue :

« J'abdique cette couronne que la voix nationale m'avait appelé à porter, en faveur de mon petit-fils le comte de Paris.

« Puisse-t-il réussir dans la grande tâche qui lui échoit aujourd'hui : 0 Paris le 24 février 1848.

Louis-Philippe.

— Puisse-t-il ressembler à son aïeul! s'écrie la reine. Louis-Philippe la regarde d'un air de compassion.

Le maréchal Gérard et d'autres personnes s'empressent d'aller répandre la nouvelle de l'abdication.

LE SIÈGE DU POSTE DU CHATEAU-D'EAU, PLAGE DU PALAIS-ROYAL. — LES AMBU- LANCES DES GALERIES. — LE PALAIS SACCAGÉ.

Le Ghâteau-d'Eau, dont il s'agit ici, était une fontaine monumentale située en face du Palais-Royal, dont il fermait au sud la place alors plus étroite qu'aujour-

484 H18T0IKI'; l»l l'AI.AIS-HOYAL

«Ihiii. Il il. liait (lu coiiuiiuiiceiuriit (lu xvui" Hiùclu. 11 hu coiii|Mj.s:iil (i'iitio f:i(;.'ulo à deux iHa^os soiilciiuo pur quatro coloiiiieH en^agéeH et do deux .lilcH latérales, ptircrns chaiMiiiode trois fenètn's. Un porron de c{ui!|i]uuk ruurchuH n'étendait Hur toute la lon^'ueur do r«''ditltM», (jue toriniiiait une terrasse entourée d'une balustrade. Au contro du pn'iuior éta^'o, I(!s eaux s'épancliaiont d'iUM* nicho profonde dans une vasiiue do pierre. Cet édiiico avait été transformé en unu vérilai)le fort«>n'sso, »pii rouvrait à la fuis lo Palais-Hoyal cl les petites rues aboutissant au Clarrousel. Ses pierres noircies par lo temps, les barreaux, dont la double ran({ée g;irnissait les fenêtres, sa porte étroite et basse revêtue de lames do for, lui donnaient un air do prison.

Ce posto était occupé par umo centaine de soldats du 14" de lij^no et dix gardes municipaux.

Vers dix heures du matin il se trouva cerné. Invité à se rendre, le capitaine du poste demanda j\ se retirer avec ses îirmes, c'est-à-dire les honnours de la guerre, ce qui lui fut refusé.

Pendant cette trêve, l'oflicier se tenait sur le seuil de la porte et ses soldats, (jui avaient serré les ran}:;s s'étaient adossés h la muraille. Tout X coup plusieurs coups de feu se font entendre du côté du Paiais-Huyal, et, se croyant attaqués, doux soldats déchar*,'ent leurs armes.

C'est le signal d'une l)ataille. La fusillade éclate de tous côtés, les soldats, rentrés dans le poste, ouvrent sur la place un feu terrible.

La place, joncbée de blessés, est un instant abandonnée, mais les assiégés des barricades Saint-Honoré et de Valois ripostent avec ardeur, tandis (ju'attirés par le bruit du combat des insurgés accourent de tous les points du (juarticr.

Ce fut au milieu de cette foule que Lamoricière essaya de se frayer un passage pour annoncer l'abdication du roi et mettre fin à une lutte fratricide. Mais à peine l'a-t-on signalé sur la place que des voix protestent et que l'on s'écrie :

— Ce n'est pas lui. Lamoricière est en Afrique; c'est un espion !

En vain le général s'etforce-t-il de se faire entendre et d'avancer ; une foule furieuse l'entoure ; son cheval tombe, atteint d'une balle, et lui-même est blessé à l'épaule d'un coup de baïonnette. Heureusement d'autres hommes le protègent et l'emportent à une ambulance établie chez un marchand de vin du voisinage.

Cependant des gardes nationaux qui venaient de désarmer le poste de la Banque avaient forcé les grilles du Palais-Koyal, du coté de la galerie de Valois. Ltà combat reprit alors avec acharnement. Toutes les fenêtres du Palais .se garnirent de combattants, et sous le feu les insurgés des rues s'élancèrent à l'assaut de la caserne. Les uns, armés de barres de fer, essayaient d'enfoncer la porte ; les autres faisaient la courte échelle pour atteindre aux fenêtres; mais ils tombaient victimes d'une audace poussée jusqu'à la folie. Il faudrait du canon pour battre ces épaisses murailles.

Tout à coup, on aperçoit, de la place, une colonne de fumée qui s'élève du Carrousel. Des enfants ont mis le feu à des voitures des Tuileries. Cette vue éveille chez quelques assaillants une pensée atroce : — Au feu, le Chùteau-d'Eau!

On court, on entraîne les débris brûlants des voitures sous les fenêtres du

poste, on jette dans le foyer des planches et des bottes de paille; un tonneau d'esprit de vin est roulé sur le bûcher, le vent est favorable à l'incendie dont les flammes montent et s'engouffrent bientôt à l'intérieur de la caserne dont les défenseurs n'ont plus qu'à périr.

Un lieutenant sort et tombe aussitôt fusillé; des soldats le suivent et jettent leurs armes en criant qu'ils se rendent... Les massacrer est par trop horrible, et quelques voix s'élèvent en leur faveur. L'humanité reprend ses droits, et le peuple se précipite soudain pour arracher à la mort ceux qu'il voulait brûler vifs. On disperse, on jette à l'eau le bûcher. Quel spectacle, et comment le décrire ?

«Quand le peuple pénètre à travers les décombres fumants, trébuchant sur des cadavres noircis, des vêtements ensanglantés, des lambeaux humains calcinés, épars, il a horreur de sa victoire. Du sein de cette désolation, il prend dans ses bras, il enlève les blessés, les porte dans la galerie du Palais-Royal.

« Là, soldats de la royauté, soldats de la république, vaincus et vainqueurs sont étendus sur des lits, des matelas, des canapés, rangés à la hâte le long des murs. Des médecins, des femmes pansent les blessures, étanchent le sang qui coule, abreuvent des lèvres ardentes, commandent le silence, calment les convulsions de la mort.

« Et pendant que ces soins pieux honorent l'humanité, à deux pas de là, sous le même toit, des hommes qui ne respectent rien, des vandales, saccagent les richesses du Palais; tableaux, statues, livres, vases précieux, magnificences de l'art, trésors de la science, rien n'est épargné, rien n'échappe à la dévastation.

«Une fureur aveugle s'acharne sur ces vestiges inanimés comme surdos ennemis vivants. Bientôt l'ivresse du vin vient s'ajouter à l'ivresse du combat ; on a pénétré dans les caves. La garde nationale fait des efforts inouïs, mais inutiles, pour contenir ces excès.

« Aussi le peuple se montre au même moment dans le même lieu, sous ses deux aspects les plus contraires; donnant raison à ceux qui l'aiment comme à ceux qui le redoutent. Ici courageux, humain, plein de douceur; là, brutal, insensé ; honneur ou fléau de la civilisation ; espoir ou terreur de l'avenir. » (D. Stern.)

On sait que Louis-Philippe avait réuni une collection de tableaux modernes des plus remarcjuables, les toiles en furent ou lacérées ou brûlées. La description et la lithographie des tableaux du Palais-Royal avait heureusement été publiée par M. Vatout en 2 volumes in-folio. On y verra, outre des œuvres modernes, des chefs-d'œuvre signés Hyacinthe Rigaud, Van-Dyck, Mignard, Philippe de Ghampaigne, Granet, Gros, Girodet, Nattier, HolbeiUj.M""* Lebrun, Léopold Robert, Géricault.

Nous ne citons pas les œuvres des maîtres modernes, dont cependant aujourd'hui les toiles se couvrent d'or. Mais nous citerons encore parmi les trésors d'art du Palais-Royal une magnifique collection de gravures où le nombre des portraits s'élevait à vingt-cincj mille.

Malheureusement cet acte do vandalisme ne fut pas le seul que l'on eut

486 UlbroUlL DU l'ALAl.S-UOYAL

'\ déploror. lifs 'riiilori«'s. h» chAttMti (!•• N<Miilly fuioiil j^j^alomont d/v . f I,i« iliAtoaii il«' Nriiiily fui \n(\U* pI c|iit'l'|ii*'s iiiiliviiliis, ri'.sl<'«H ivi-fs <I:iiik !■ y

iM'i'iroiil luMidunt linrondie.

Mais iKtijs n'avons pas à iimis oc.iipcr ici ^U' (M<s •'•vtMif'iucnl.s (JôpIoralWf ..

Uantntons roimiu'iit la faiiiilli' «le )rlt'';iiis s'enfuit d.- P.nis tt fciml.il h frontière.

louis-piiii.iimm: oi'itti; ij:s tuileriks. — lv Dur:nESf<i: d'ohi.kans i.t sk«

ENFANTS A LA ClIAMUllE.

On so Itatlait onroro plact« du Palais Hoyal quand M. (^roinicMix apprit ;\ LoJMs-Philippe (lue pas un seul des éniissairos partis pour iiiiimiuer au peupl'- li régence n'était parvenu à se faire écouter.

La famille royale se montra consternée. Les jeunes ducs erraient sans décision, sans parole. Le roi, abattu, avait à peine eu la force d'envoyer des ordres aux écuries du Louvre pour qu'on amenât aux Tuileries quatre voitures.

La reine seule jetait dans le silence des exclamations arrachées par la douleur ou l'indi^'nation. Tout en aidant son époux à quitter son uniforme pour un costume bourgeois, elle disait à M. Thiers :

— Ah ! monsieur, que vous êtes coupable! Que vous avez été ingrat envers nous! Vous ne méritiez pas un si bon roi!...

Après bien des lenteurs, dont s'alarmait M. Crémieux, la famille royale mit à ses préparatifs de départ une hâte exagérée. Elle s'épouvanta d'une dernière nouvelle : Le peuple arrêtait les voitures qu'elle avait demandées; pas une n'arriverait jusqu'aux Tuileries; cependant on en avait dirigé deux à la sortie du jardin.

— Nous nous rendrons k pied jusqu'à la place de la Concorde, dit Louis-Philippe.

— Vous restez, Hélène, ajouta-t-il en s'adressant à larén;eute.

Il ne lui donna aucun conseil sur ce qu'elle avait à faire; il ne dit pas où il comptait se retirer. Chose étrange, il ne croyait pas encore à l'exil. Sans doute il pensait à se fixer à Saint-Cloud et de là, continuant son règne, diriger encore les conseils de la ducliesse d'Orléans.

Cette préoccupation l'aflfermissait et l'isolait au milieu de la douleur des siens qui déjà éclatait en plaintes et en sanglots. Il demandait sa montre, son portefeuille, s'occupait froidement de détails minutieux, tandis qu'autour de lui s'échangeaient les adieux ; le duc de Montpensier embrassait sa femme enceinte et la confiait au docteur Pasquier et à M. de Lasteyrie ; la duchesse de Nemours prenait par la main ses deux enfants, prête à suivre le roi; la duchesse Hélène, obligée de porter le poids le plus lourd de la situation, murmurait :

— Quel fardeau!... Et Joinville qui n'est pas ici !...

Enfin Louis-Philippe appuyé sur le bras de la reine, suivi du duc de Mont-

pcnsier, de MM. Ary Scheffer, Grémieiix, Jules de Lastcyrie, Montalivet, Gourgand, Rebel, Lavalette, sortit du palais par un couloir de service qui conduisait au vestibule de l'horloge et so dirigea vers la place. Des gardes nationaux à pied et à cheval et une compagnie de municipaux occupaient les allées.

Arrivé h la grille du Pont-tournant, le roi ne voyant pas de voitures commença à donner des marques d'inquiétude.

L'aspect de la place n'était point rassurant. Les troupes de Bedeau massées autour de l'obélisque, étaient entourées d'une foule immense.

— Les voitures?... Mais où sont donc les voitures? répétait Louis-Philippe. Elles étaient près de l'obélisque. Gomme on se dirigeait vers ce point, le

rideau des cavaliers chargé de protéger le cortège royal et de le dérober aux regards reçut une forte poussée delà foule, la reine fut violemment heui-tée, elle jeta un cri et chancela. Un jeune homme fit un geste comme pour la soutenir.

— Laissez-moi, dit-elle avec un accent de dignité offensée.

Le roi, ressaisissant son bras, l'enleva et la poussa presque dans une des voitures où il se hâta de prendre place en face d'elle.

En môme temps dans une seconde voiture la duchesse de Nemours rejoignait ses enfants déjà installés.

Le signal du départ fut donné. On jeta encore à la hâte par le carreau de la portière un portefeuille tombé à terre et un sac de nuit.

— Partez ! partez donc ! criait Crémieux.

lies deux voitures partirent à fond de train par le quai de Passy, enveloppées d'un détachement de gardes nationaux à cheval et de deux escadrons de cuirassiers commandés par Régnant de Saint-.Tean-d'Angély.

Quand Louis-Philippe fut monté en voiture, un aide de camp du général Bedeau vint exhorter les gardes municipaux restés dans le jardin, à sortir et à se soutraire à la fureur du peuple. Le commandant hésitait :

— J'ai trente ans de service, disait-il, je n'ai jamais rendu mon épée, je ne veux pas me déshonorer.

— On vous la rendra, répliquait l'aide de camp; mais au nom du ciel ne faites pas massacrer vos hommes.

Et il lui jeta un manteau bourgeois sur les épaules en l'entraînant hors du jardin. Un garde l'aidait à déguiser l'officier. Touché de sa sollicitude l'aide-decamp chercha autour de lui quelqu'un qui pût prêter un surtout à ce brave soldat. N'apercevant personne :

~ Mais vous, mon ami, dit-il au soldat, vous n'avez rien pour cacher votre uniforme ; qu'allez-vous devenir? On vous tuera.

— Oh ! moi, mon commandant, répondit le garde municipal, cela ne fait rien '. Cependant la duchesse d'Orléans errait seule dans les Tuileries désertes,

frissonnant au bruit de la fusillade, aux clameurs de la multitude qui débordait sur le Carrousel et escaladait déjà les grilles du château.

Un garde national se présenta alors au guichet de l'Echelle et demanda à

1. Ces détails sont empruntés à l'Histoire de 1848 par Daniel Stem.

488 llISTUlitL DU i'ALAIS- ROYAL

purliM* :iii duc lie Noinoitrs ({iii iiniiiii uiiiuit uiicotu aux TuiltTins. 11 lui rcprâ- Kcntu riniililitô et Iuh dan^orH U'iino plus longue rû-sintaiico ut le pria <lo faire évacuer lo palais. Lo duc reconnut la sagesse do ce conseil. Los Iroupos furent avertù's iju'à un si^jnal de trois coups de canon tirés X blanc, elles auraient à «o retirer par la^îrilledu ront-Koyal.

Au hruit du canon, dont elle ignorait la cause, la duchesstMl'Orléans crut la liataille engagée entre le piMiple et Ir^ troupes du cliAloau. Klle ne pouvait dout«'r de rissue d'un»' lutte aussi Inégale rt s'allfudit à être massacrée. l'rt-nanl alors ses deux enfants et se plaçant devant le portrait en pied de leur père :

— Il ne nous reste donc, dit-elle, (ju'à mourir ici!

Mais au mémo instant MM. Dupin et de Gramont vinrent la chercher pour aller à la Chambre.

La duchesse prit le bras de M. Dujjin et tenant le comte do Paris par la main elle sortit, suivie de «pielcjucs personndsdesa maison. M. lUache, son médecin, portait dans ses bras le comte de Chartres alors grelollunt do lièvre.

M. de Nemours s'empressa de rejoindre sa belle-sœur à la Chambre. Ils n'y lirent tous deux (ju'une c©urte apparition. — M. Dupin ayant annoncé la régence do la duchesse d'Orléans, de vives protestations s'élevèrent. La dnche.sse voulut parler ; sa voix fut étoutrée. Le duc de Nemours l'engagea à se retirer. Elle resta à sa place, ses enfants à la main sous la pression étoulfante de la foule qui envahissait l'enceinte législative. Elle dut se retirer, gravit l'escalier du centre et s'assit sur les derniers gradins. Presque au même instant le peuple armé fit irruption aux cris de :

Pas de régence !

On proposa un gouvernement provisoire. Ledru-Hollin et Lamartine se succédèrent à la tribune, quand arriva une bande qui s'était arrêtée en passant dans les caves des Tuileries. Le tumulte fut bientôt suivi de violence ; les députés etïrayés prirent la fuite. Dans ce sauve-qui-peut la duchesse et ses enfants furent bousculés et entraînés sans pitié. Le petit comte de Chartres se cramponnait à la miiin de sa mère ; un huissier prit le comte de Paris dans ses bras ; mais dans un couloir étroit et sombre, la duchesse heurtée à la foi par les envahi.s.seurs et les fuyards se trouva brusquement séparée de ses enfants et rejetée seule au bas de l'escalier. Là quelques personnes la rejoignirent et l'amenèrent éperdue jusqu'à l'Hôtel de la présidence. Mais elle voulait retourner sur ses pas et appelait ses enfants à grands cris. ïCUe les croyait écrasés et devenait folle.

Heureusement le comte de Paris lui fut rendu presque aussitôt et on lui assura que le duc de Chartres était en sûreté. Le premier, tombé au bas d'un escalier, avait failli être écrasé et le second, arraché des mains d'un insurgé, avait été caché dans les combles du palais. Là on l'avait déguisé en petite lille avec la robe de l'enfant de la concierge.

Vers le soir, on conduisit les deux enfants chez madame de Mornay. Leur mère à la prière de MM. de Mornay et de Lasteyrie, s'était retirée aux Invalides, Elle y resta jusqu'à six heures; mais alors M. Barrot lui ayant appris l'établissement du gouvernement provisoire républicain, elle se rendit chez M°" de

Vive la litiue I.

Mornay et y monta en voiture avec le comte do Paris, et partit accompagnée de MM. de Mornay et Adolphe Régnier.

A la barrière son cocher fut mis enjoué, et ne dut son salut qu'à la vitesse de ses chevaux. Elle arriva le même soir au château de Bligny près d'Arpajon, où M'"" de Montesquieu lui amena le duc de Chartres et M. de Mornay s'étant procuré des passeports pour l'Allemagne, elle partit pour Lille où elle prit le train pour la Belgique.

Pres(iue en même temps la duchesse de Montpensier, accompagnée de

Liv. G2 ^' ^^y^"'- édiicuT.

400 UlcJXOllth UU i'.U*Alb.Uo^.U.

MM. Thiony ot Kstantoliii, clienliail auBsl ù fraiifliir lu fronliùiu «lu nor<l. !/• l«'m|>H étall affreux «-t la nuit, pondant pluHicurs liouroH, les voyagour» i»<''i^an'iout dans les rues d'AbbevIllp. La duchesse fuisait contre mauvalKO fortune bon rœur; ayant ])ordu un soulier dans la hotic, ollcnr! fit ijuen rire :

— .l'uinio encore mieux cela ([iw la tajjle rondo, disait-elle en faisant allnsiuu i\ IVunul des soirées do famille i he/ la reine.

l-educ de Nemours après le dépari de sa belle-sœur, se préoccupa de sa situation personnelle. • M. Biesta offrit l'hospitalité do sa demeure, rue do Madame, et le prince accepta sans hésiter l'offre loyale d'un homm*; (pii, le matin, eneore, ét.iit pour lui un inconnu. Il partit donc à pied, accompagné de MM. d'Aragon et lliesta pour la rue de Madame. La famille de M. Biesta, très incjuiète de son absence prolongée (il était près de huit heures du .soir), reçut les voyag.iirs avec empressement. M. le duc de Nemours fut présenté comme un ami qui avait b'soin dun abri pour In nuit, et la mère de M. Biesta, trompée par l'habit de garde national que le prince avait revêtu, costume qui lui donnait quelque ressemblance avec le lils dun ancien hôte de la maison, fit au duc celte question si étrangement frappante dans lasituation donnée :

— Gomment se porte donc monsieur votre père ?

Le chef de famille s'empressa de faire comprendre à sa vieille mère qu'il y avait erreur, et l'on se mit à table, chacun des convives y apportant plus de distraction que d'appétit. Après le repas arriva le comte Reille, aide de camp du duc de Nemours... ' »

Le lendemain matin, MM. d'Aragon et Biesta cherchèrent h voir Lamartine pour lui demander un sauf-conduit, mais n'ayant pu le trouver, ils s'adressèrent au général de Gourtais (jui prenait en ce moment i)ossession de son commandement ainsi que du lon;enient occupé la veille par le général Jacquemiiiot.

« MM. d'Aragon et Biesta s'étant approchés et lui ayant dit qu'ils avaient à l'entretenir d'une affaire très grave, toute confidentielle, il ne vit pas de lieu plus sûr pour les entendre que les combles du château où il les fit monter: là M. Biesta lui confia leur secret. M. de Gourtais n'hésita pas à leur faire délivrer an nom du gouvernement provisoire, sous sa propre responsabilité, un passeport où tous deux étaient qualifiés d'envoyés extraordinaires de la République auprès du gouvernement anglais, avec ordre à toutes les autorités constituées de leur prêter aide et main-forte pour remplir leur mission.

Ces messieurs avaient, daprès ce passeport, la faculté d'emmener avec eux un secrétaire qui fut dénommé Durand (Charles-Edouard).

Munis de cette pièce, ils revinrent de suite avertir M. le duc de Nemours qu'il fallait en profiter sans retard, et il fut arrêté qu'on partirait dans la soirée. M. B'esta procéda lui-même à la toilette du prince, dont les moustaches et les favoris blonds furent coupés et les cheveux teints en noir. »

Vers six heures, les voyageurs se rendirent à la poste aux chevaux (les chemins de fer étaient coupés), mais des commissaires du gouvernement avaient

1. Papiers curieux d'un homme de cour par M. de Beau mon l-Vassy.

déjà pris chevaux et voilures. Heureusement M. Biesta connaissait le directeur, M. Dailly ; il lui dit quel était son compagnon de voyage et M. Dailly s'empressa de mettre à la disposition du prince sa voiture et ses propres chevaux, avec ordre aux postillons de ne s'arrêter que lorsque les chevaux seraient épuisés.

A la barrière se tenaient des commissaires de l'Hôtel de ville et une foule exaltée. Un individu, après avoir, la lanterne à la main, regardé dans la voiture, se retira en disant :

— Il y a ici un prince de la famille royale; mais je garderai le secret.

A Beauvais ils faillirent être arrêtés comme suspects; mais sans autre incident fâcheux ils gagnèrent Boulogne, où le duc retrouva la belle princesse Clémentine, duchesse de Saxe-Gobourg.

Le lendemain, MM. Biesta et de Mornay prirent le premier train pour Paris. A peine y a.vaient-ils pris place que, dans leur compartiment, deux voyageurs entrèrent : c'étaient le prince Louis Bonaparte, accompagné de M. Fialin de Persigny.

M. Biesta reconnut aussitôt le prince qu'il était allé visiter à Ham.

Louis Bonaparte était parti de Londres à la nouvelle de la proclamation delà République. Le bateau qui l'avait amené était justement celui qui emportait le duc de Nemours en exil. Le temps était affreux et le bateau avait manqué de sombrer. — A quoi tiennent les destinés des monarchies !...

Autre hasard encore : — A Amiens les voyageurs manquèrent le convoi de quelques minutes et durent en attendre un autre. En s'arrêtant à Saint-Leu ils apprirent que la voie avait été coupée du côté de Pontoise et qu'un déraillement avait coûté la vie à une vingtaine de personnes. C'était le même convoi qu'ils avaient manqué à Amiens !...

Ils passèrent la nuit dans un misérable cabaret de la station, seul gîte que leur offrit le village, tout en fumant et tout en causant des événements politiques.

Le prince, malgré la loi de proscription dont il était frappé, ne se souciait point de l'accueil qui l'attendait à Paris. Ses compagnons l'engagèrent à écrire au gouvernement provisoire, et séance tenante le prince rédigea le projet de la lettre suivante :

« Messieurs, le peuple de Paris ayant détruit par son héroïsme les derniers vestiges de l'invasion étrangère, j'accours de l'exil pour me ranger sous les drapeaux de la République qu'on vient de proclamer. Sans autre ambition que celle de servir mon pays, je viens annoncer mon arrivée aux membres du gouvernement provisoire et les assurer de mon dévouement à la cause qu'ils représentent comme de ma sympathie pour leurs personnes. »

Ainsi se cuisine la politique.

Le lendemain, la circulation n'étant pas rétablie sur la voie ferrée, les voyageurs louèrent à frais communs une voiture qui les conduisit à Saint-Denis, et là une voiture publique les déposa à la barrière le 28 février 1848.

Ainsi débarqua celui qui devait être un an plus tard président de la République, et trois ans après l'empereur Napoléon III.

I.i' ;^'»iivornonir»nt i»riivisuir»' fconiluisil <•(• prclfii<l;iiil mil >[< /m , <|iii «lut r««i»r»tiulr(< l«» cIhmimu de Hoiiloi^no. Lr prince. (|iii n'avait pu trompi-r Li'ii.irlinc, conipUiit bien sur !<• peuple français.

Pour liTimiii'i- cctti' clirtMii'iH'' <l«' tVvrnîr is, il nous roste à dlrft romnM'nl Louis-Philippo «iiiilta la Franco. Suivi do son escorte, il arriva ?\ Saint-filou»! vers trois heures. Mais cette résidence évoquait d.ins sa mémoire trop de souvenirs ot do p»'nil)|fs comparaisons. Plusieurs fois on reiitondit murmurer: « Comme Charles X... »

De Saint-Cloud il se rendit à Trianon, comme Charles X encore. LA.s'étant mis -\ la feiiiMre, il critiqua la disposition de quel<iuos massifs du pare, se fit apporter le plan du jardinier et voulut le rectifier, lorsqu'il fut interrompu dans ces enfantillaf^os par un coup de fusil tiré sotis ses fenêtres.

Ainsi brusquement rappelé à la situation il perdit son sang-froid ordinaire. Il demanda aussitôt des chevaux pour Dreux, et avec moins de raison, croyonsnous, (jue son fils de Nemours, il s'ingénia à se travestir. Il coupa ses favoris, 6tu sa perruque, rabattit sur son front un bonnet de soie noire, mit des lunettes vertes ef enfouit son menton dans im énorme cache-nez.

.Tugez de léhahissement du rnaire et du sous-préfet de Dreux, venus pour le saluer, lorsqu'il s'offrit ;\ eux ainsi déguisé... Leur étonnement fut si profond qu'ils échappèrent au fou rire, qui autrement se fut emparé d'eux.

Le vieux roi leur conta ses peines, parla de la prospérité de son rè;];ne, de l'ingratitude du peuple, des difficultés et des périls que rencontrerait la Régence si elle venait à être privée de ses conseils.

La Régence le préoccupait encore lorsque, «juelques heures plus tard, <>n lui apprit que la République était proclamée.

A ce nom de République le fantôiLe de 93 se dressa devant lui ; cet homme qui avait été si brave, eût peur. Il se décida à (jnittei la France au plus vite, et craignant d'être compromis par son fils il pria le duc de Moutpensier de renoncer à le suivre.

Le duc retourna à Paris et y resta caché pendant quinze jours.

Louis-Philippe prit le nom de M. Lebrun et se rendit avec Marie-Amélie près de Ronfleur, chez M, de Perthuys, son ancien aide de camp. Le lils de celui-ci commandait un garde-côte; le général Dumas lui donna l'ordre de tout disposer pour embarquer la famille royale. Mais si d'un côté ils avaient à redouter l'agitation populaire, de l'autre, la mer était démontée par une tempête de plusieurs jours. Le petit bateau de M. de Perthuys manqua vingt fois de chavirer dans le long détour qu'il lui fallait faire pour gagner Ronfleur. Il était impossible de s'embarquer, mais le roi insista i»our partir. Le 28, à deux heures du matin, MM. de Perthuys de Rumigny et Besson, ancien officier de marine, furent chargés de fréter un bateau de pèche qui attendrait le roi à Tmuville.

Louis-Philippe, suivi de Thuret. son valet de chambre, les rejoignit dans cette localité. Mais la tempête redoublait et les plus hardis pilotes déclaraient la mer impraticable. Le jour suivant ce fut pire encore, et par malheur la présence des

voyageurs à Trouville commençait à exciter les soupçons des habitants et le bruit courut dans la ville que Guizot s'y cachait. On conseilla aux fugitifs de s'éloigner.

C'était avec raison, en efifet, cardans la soirée du l^"" mars la maison Biart où ils se trouvaient fut cernée par la gendarmerie. Toute la population est sur pied. Mais tandis que le commissaire de police procède à une perquisition, Louis-Philippe s'évade par les derrières de la maison et s'enfuit à pied dans la campagne. Ainsi crotté par les mauvais chemins, comme un simple Lebrun, le pauvre roi gagna Tonques où on lui procura une voiture pour Honfleur. Il arriva dans cette ville le 2 mars, à cinq heures du matin. La reine, qui s'était sauvée au bras du général Dumas, l'y attendait depuis deux jours en proie aux plus vives inquiétudes.

Le consul anglais mit à la disposition de Louis-Philippe le paquebot V Express qui chauffait au Havre. Le soir le roi et la reine s'embarquèrent sur un bac pour le Havre. Par surcroit de précaution, ils se rendirent chacun séparément sur le bâtiment anglais, qui peu de temps après les emporta loin de France.

Ainsi finit l'aventure de la branche cadette de Bourbon. Était-ce bien la peine de conspirer si longuement pour jeter par terre ce grand dadais de Charles X, quand on devait finir ainsi?...

DE LA. RÉPUBLIQUE A l'eMPIRE

Nous n'avons point à nous occuper ici de la République de 1848. Du 25 février ;iu 2 décembre 1851 il ne s'est rien passé de notable au Palais-Royal. Sans doute la physionomie du jardin fut quelque peu modifiée par l'effervescence populaire, mais rien ne s'y montra qui fût aussi important qu'en 1789 ou en 1830.

En 1849 le gouvernement provisoire affecta le Palais-Royal à l'Exposition annuelle des beaux-arts.

L'exposition de 1849 ne fut pas très brillante, les temps troublés ne sont point favorables aux productions artistiques.

Enfin, dans ce Palais-National sans destination d'utilité publique, se réunirent quelquefois les chef de la Société des droits de lliomme, présidée par Villain. Cette société, qui fut un grand sujet de terreur pour les Parisiens et que l'on disait forte de 30,000 hommes, n'avait pas d'existence réelle ot ne compta jamais ({ue ceux que des cadres sans soldats. Elle fusionna plus tard avec le Club des droits et des devoirs, société organisée militairement et dont le but secret était de donner la dictature à Ledru-Rollin. Elle avait pour organe le journal /a Commune de Paris, et pour inspirateur le préfet de police Caussidière.

Mais nous avons à parler d'autres conspirateurs plus habiles et à ([m un avenir prochain réservait le Palais-Royal pour résidence : les princes de la famille Bonaparte.

4U'i 1118'rOlllh DL rAl.VlS-JliiVAl.

I/iiKsiint do côtû le priiicu l.oiiis-Nuiiolron, qui appiirtiont à l'IiiHtoiru tien 'ruilorioM, nous nous oi'.cuporoiiH pn'S((uo cxcliisivrinent du roi .lùrùuio et de Hon tlls.

TjiikîIs (|uo lu lils de l;i reine llorlense rclouruail eu Aiij^lclerrn, fcm ontlc ot Hon rou«in Jt^rùine llouapartc, l'ex-roi do Wenlphiilio et hou lils, le prince NnpoU^on restaient i\ Paris sans ôtre ni in({uiets, ni inquiétén. Louit-l'hilippc avait pris sur lui de fermer les yeux sur l.i préKcncc de ces doux penionnagcs dans «a capitale, et ceux-ci avaient aKsislc »i la r(^volutionde Février.

!)»»« lo'-ii, le prince Napoléon se présoida ;i l'ilùlel de ville et n'y fut pas reçu; sans 86 déconcerter, le 2(», il adressa au gouvcrneinonl provisoire la lettre suivante :

" .Vu moment de la victoire du peupi»', je me suis rendu à l'Hôtel de ville. Le devoir de tout bon citoyen est de se réunir au gouvernement provisoire de la Hépid)Ii<|ue. »>

On ne lui répondit point. Un aurait dii lui répondre: Allez attendre à l'étranger que la loi de bannissement portée contre les membres de la famille Honajiarte soit abrogée ; on ne lui dit rien et il en conclut avec le proverbe : qui ne dit rien consent.

Le prince Pierre, fils de Lucien Bonaparte et tous les Bonaparte, en somme, excepté le prince Louis-Napoléon, rentrèrent en France. Au gouvernement, Lamartine excepté, personne ne leur était hostile, et l'on n'avait pas le temps de s'occuper d'eux. Dans le peuple, leur nom était aimé et leurs partisans étaient déjà actifs et très répandus. Depuis 1815 les bonapartistes avaient fait alliance avec les républicains, contre l'œuvre de la bourgeoisie, la restauration bourbonnienne et cléricale. Ils formaient ensemble le parti des patriotes et des démocrates ; ils conspiraient dans les raùmes sociétés secrètes et l'escamotage de la victoire du peuple en 1830 par la bourgeoisie devenue orléaniste, n'avait fait que resserrer leurs liens.

En février, les bonapartistes avaient donc combattu dans les rangs des lépublicains; n'ayant pas de candidats à l'empire, ils avaient acclamé larépubliqu»-. Tel était dans sa généralité le parti (jui avait (,'ardé à l'empire un souvenir fidèle ; nous ne parlerons pas de la minorité qui, de fait, ou de désir, avait conspiré deux fois avec le lils d'Hortense; elle était trop peu nombreuse en février 48 pour représenter un parti sérieux. Enfin par une illusion à laquelle même aujourd'hui on ne semble point prendre garde, il avait suffi que le fils de Napoléon I" fût mort pour que l'on crut que le système impérial était sans héritier, et que l'on prît l'amour des Napoléon pour une innocente mani»\ un sentiment de protestation contre l'étranger, les jésuites et les insurgés, .sans danger pour la Républitpie.

Tel était donc l'état de l'opinion dans les premiers jours de février, mais cet état devait se modifier bientôt : au grand nombre de bonapartistes platoniques, si je puis dire, s'adjoignit un parti d'artion, qui fut organisé par les hommes de Strasbourg et de Boulogne, M. Vieillard. Persigny, le général Piat, Edgard Ney, Aladeuise.

Leurs journaux, leurs brochures, sans d'abord nommer le prince, mirent en avant l'idée de donner à la république un chef populaire.

Tandis que Ney racolait les municipaux licenciés, Piat se faisait nommer colonel d'une légion de garde nationale de la banlieue, Aladenise commandait un bataillon de mobiles et de nombreux partisans faisaient une active propagande au Luxembourg et aux ateliers nationaux dirigés par un bonapartiste dévoué, Emile Thomas.

Persigny faisait des prosélytes dans le monde parlementaire et les grandes administrations, il nouait des relations avec Garlier et Girardin.

L'empire se dessina bientôt comme une affaire. Les bonapartistes avaient pour les élections transporté leur quartier général en Corse. Bien que légalement bannis ils n'hésitèrent pas à se présenter comme candidats. Les princes Pierre et Napoléon Bonaparte furent élus, et ce dernier fut élu k l'unanimité des suffrages.

Trois départements, la Corse, l'Yonne et la Charente-Inférieure, élurent le prince Louis-Napoléon.

Bientôt et avant même que le prince fût rentré il n'y eut pas à Paris de nom plus populaire que le sien. Il partagea la faveur dont jouissait Barbés et une pétition des ouvriers de la Villette demanda que le prince Louis-Napoléon Bonaparte fût nommé consul.

Enfin l'arrivée de ce dernier à Paris fut un événement. La conspiration bonapartiste devint flagrante, et l'empire, pour qui tout conspirait, put compter sur la couronne. Avant la présidence et longtemps avant que M. Thiers prononçât son oracle fameux, l'empire était fait.

Nous n'entrerons pas plus avant dans l'exposé des origines du second empire que nous avons indiquées déjà ailleurs * .

A l'Assemblée constituante, le prince Napoléon Jérôme prit place parmi les républicains modérés. Il vota pour l'impôt proportionnel et contre l'impôt progressif, — pour l'établissement de deux Chambres et contre une Chambre unique, — pour la présidence.

Il appuya la réforme postale, la réduction de l'impôt sur le sel, les subventions aux associations ouvrières.

Il vota contre l'exil des princes d'Orléans, et s'opposa énergiquement à la transportation des insurgés de Juin.

Ses relations avec ses cousins étaient pleines de réserve et même de froideur. Le fils de Lucien était un homme peu sociable, sans fortune, et qui affectait des tendances démocratiques trop avancées ; le filsd'Hortense, conspirateur et aventurier, ne s'ouvrait point volontiers à lui et n'avait point non plus sa confiance. Le prince Napoléon ne parlait qu'avec un certain dédain ironique des tentatives de Strasbourg et de Boulogne qu'il appelait des équipées.

11 n'y avait entre eux ni sympathie, ni alliance, mais on] ne remarquait non plus aucun signe de jalouse rivalité; dans l'entreprise tentée par Louis-Napo-

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