‹ Histoire du Palais-RoyalChapitre 76 sur 126 · JEUNESSE DU PRINHE NAPOLÉON · texte numérisé non relu

JEUNESSE DU PRINHE NAPOLÉON

Le nouvel liùto du Palais-Royal, Napoléon-Joseph-Charles-Paul Bonaparte, ost né à Triest»^ le 9 septtMnhre 18*20.

il était tlls (lu plus jeune (les frères de Napoléon I", .lérùme, roi de Westphalie, et de Sophie de Wurtemberg. Cette princesse était la seconde épouse de Jérijme Bonaparte qui, avant sa majorité, en Amérique, avait épousé M"» Patter.son, lille de l'un des plus riches citoyens de Baltimore. Le roi .Iér(jme, comme le roi d'Yvetot, eût volontiers dormi sans gloire. On lui a beaucoup reproché de n'avoir pas pris assez au sérieux sa couronne, mais qu'eût-on dit de lui s'il se fût pavané gravement dans sa majesté royale? On y eût trouvé la marque d'un petit esprit. Il ne se prévalut pas de son pouvoir pour être un tyran. loin de là. <( En 1814, dit M. Rambaud, il y eut un déchirement quand on sépara les Cisrhénans de la France et qu'on les livra à la Prusse sous le prétexte de les restituer ;\ l'Allemajrnp. »

J.a réaction féodale insensée du prince de Hes.se qui lui succéda ne justifia que trop les craintes des Cisrhénans.

Il n'aimait ni la représentation ni les longues messes et avait pour ami et secrétaire particulier le romancier Pigault-Lebrun, ce qui prouve que s'il avait des mœurs peu sévères et ne donnait pas l'exemple des vertus qu'on n'est pas habitué à voir sur le trône, du moins il n'était ni dévot, ni intolérant. Les \Vesti)haliens n'eurent à lui reprocher qu'un ymour efïréné des plaisirs. Quant à nous autres, Français, nous devons nous rappeler, pour être justes envers lui (jne de tous les frères de Napoléon, il fut le seul qui se montra patriote.

Lorsqu'en 1814 on parla d'organiser la défense de Paris et de défendre l'importante position de Roraainville, Joseph ne le fit pas. Lorsque le lendemain l'ennemi, sans éprouver de résistance, eut occupé cette position, et que son artillerie eut, de ces hauteurs, appris aux défenseurs de la capitale qu'il ne leur restait plus qu'un moyen de salut, reprendre Romainviile, ce fut Jérôme qui

proposa cet acte de vigueur. Il demanda vivement de se mettre à la tète de la garde impériale *.

Il fut fait prisonnier de TAutriche. On rapporte alors une anecdote curieuse et qui lui fait honneur, ainsi qu'à sa femme, la reine Sophie. Étant prisonnier à Trieste, il voulut rejoindre son frère à l'île d'Elbe et partager son exil. La reine Sophie accepta courageusement le plan d'évasion qui devait la laisser seule prisonnière.

Jérôme partit, déjoua la surveillance de la police autrichienne et s'embarqua sur un bateau marchand tout prêt à mettre à la voile, mais une tempête s'élevant empêcha le navire de lever l'ancre.

La reine Sophie, prévenue de ce contretemps, plaça nn mannequin dans le lit de son époux et déclara que celui-ci était malade.

Elle invita même le gouverneur de Trieste, qui venait rendre au prisonnier sa visite ordinaire, à se convaincre lui-même du fait. Le gouverneur s'approcha discrètement du lit et plus discrètement encore se retira.

Cette comédie se prolongea quatre jours, au bout desquels la mer permit au roi Jérôme de partir pour l'île d'Elbe.

L'année suivante, Sophie de Wurtemberg écrivit au régent d'Angleterre en sollicitant l'autorisation de rejoindre Napoléon !«'' à Saint-Hélène.

Cette faveur lui fut refusée. Mais l'empereur lui en fat reconnaissant et dicta au général Bertrand cette mention glorieuse : « Par sa belle conduite en 1814 et 1815 cette princesse s'est écrite de ses propres mains dans l'histoire. »

Tels étaient les père et mère du prince Napoléon.

En 1825 la famille Jérôme Bonaparte était allée rejoindre à Rome madame Laetitia elle y resta six ans. La grand'mère aimait beaucoup son petit-fils, gros garçon d'une santé luxuriante et qu'en riant de le voir manger comme quatre, elle appelait tour à tour gros -bon f/î ou Plon-Plon.

L'insurrection des Romagnes, à laquelle vinrent prendre part les deux fils de la reine Hortense, compromit toute la famille qui dût sortir des États du Pape et se retirer à Florence. Jérôme resta dans cette ville jusqu'en 1835, époque à laquelle il perdit sa femme et envoya son fils continuer ses études à Genève. Mais celui-ci, peu de temps après fut appelé par son oncle, le roi de Wurtemberg, qui le fit entrer à l'école militaire de Ludwigsburg. Il avait alors quatorze ans. Il y resta quatre ans et refusa toute espèce de grade dans l'armée wurtembergeoise.

« Ne voulant pas, dit-il, être exposé à se battre contre la France. »

Les sympathies proclamées pour la nationalité que l'exil ne pouvait lui faire perdre, son nom détesté de la noblesse allemande lui attirèrent plus d'une querelle. Le prince n'était point batailleur, chacun sait ça, et Victor Tissot raconte de lui à ce sujet le trait suivant :

« C'est à Ludwigsburg que le prince Napoléon a fait ses premières études militaires. Il y a fait aussi les quatre cents coups, et le feu roi Guillaume a dû plus d'une fois payer ses dettes.

« li. Blanc, Coup d'œil stw la Restauration'

i On lat'ont»', — ro qui no conliotlit on lion lu réputation do ]»iavouro du prince— ipio s'ôtnnt pris un jour «lo tphTolle avec un ofllrior, il rffuK.i <I(î lui ftcconlor la satisfaction cxij,'éo par riiouncur. Le roi, <|ui no ]>lalsaiitait pas mit co chapitre, lui intima l'ordre do so battre, dysi^^na l'houro ai Ioh nnnoR. ot lit garder ;\ vue le lieu do la rencontre par un cordon do troupes, ntln (pie «on prolé>{é nopoussiU point jusqu'à la fuite l'instinct do la conservation.

-' A la soeondo passe, lo prince, égrati^'ué à la main, toujbait sans connaissance. >' '

Aussi, comptant sur sa |»riii|<iiie. un lui donna, dôs l'A^je de dix-huit ans, la liberté d'aller voir le monde. Le jeune prince visita rAllema<^ne, lAuRletorre et IKspa^'ue; — il habita assez lonj^'lemps Madrid. Il désirait vivement voir la France, mais lo môme cousin (pii déjà lavait oblijjé à quitter Home élail cause qu'on lui formait la porto de Paris.

Après avoir essuyé plusieurs refus, motivés par les é(li.iiinoiiré>;s de Strasbourg'et de noulot,'ne. il obtint enlin de M. (iui/ot la permission d'baljiter Pari<? pendant (juatre mois sous le nom de comte do Montforl.

C'était vers la fin de IS'iO. l'aj^itation i)olitiqiie était exlrèmo. Il parut diflicile au prince de vivre à l'écart »mi simple touriste, il subit la coiila{,'ioii do la lièvre révolutionnaire, ou du moins la curiosité de connaître ceux qui la répandaient. Sans néglipter ses plaisirs toutefois, il noua des relations très suivies avec quel, quos chefs du parti démocratique et les écrivains du National et de la Hi^formc. On a dit mémo qu'il se tit aflilier à une société secrète. C'en était trop, et la police chargée de le surveiller en avertit le ministre, qui l'invita à quitter le territoire.

Pondant les doux premières années de l'empire, le rôle du prince Napoléon fut assez olïacé. H n'existait entre son majestueux cousin et lui que des relations officielles. En politique, ils ne pouvaient s'entendre et leurs caractères ou leurs tempéraments ditTéraier.t autant (juo leurs opinions.

L'un était tlegmatique et dissimulé, l'aulr-^ était d'un.' nature fouL'ueuse et emportée parfois jusqu'à la brutalité.

Bien que du conseil privé, il ne pouvait espérer i(u on lui demanderait sérieusement son avis. On a dit qu'il n'avait point donné son approbation au mariage do l'empereur; c'est contre toute vraisemblance. Il connaissait de longue date linclination de son cousin, et il faudrait lui refuser la finesse italienne qu'il tient de race, pour croire qu'il aurait été assez imprudent jusqu'à se prononcer en pareil cas.

Il fit sa cour à la nouvelle impératrice, mais il no pouvait lui plaire.

Eugénie ét;Vit royaliste et dévote ; et son parent par alliance était un ennemi déclaré de l'ancien régime et du clergé ; de plus, incroyant.

Pour une catholique espagnole, il était bon à livrer à l'inquisition, qui certes en brûla de moins impies.

Enfin, dans l'imagination de la jeune femme, à la légende de la reine-mariyre {qxû (litïère beaucoup de la véritable histoire de Marie-Antoinette) se joignait la tradition du Palais-Royal.

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