Voyage au pays des milliards
En se voyant ;\ la place de l'héroïne de ses lectures de jeune fille, au palais du 10 août, et en considérant son cousin Napoléon-Jérôme au palais d'Orléans, elle fut amenée à des comparaisons singulières.
Le cousin de la reine était impie; — lui, aussi. Le cousin Philippe d'Orléans était friand de popularité, et mettait un trait-d'union entre ces deux qualités qui s'excluent, celle de prince et celle de citoyen, — lui aussi.
Le môjne s'entourait volontiers de ces esprits sceptiques et frondeurs qui ne respectent rien que la liberté et la justice et osent porter un jugement sur leurs supérieurs, ceux qui « ne relèvent que de Dieu et de la postérité », — lui aussi.
Le même aimait les plaisirs, juscju'au libertinage inclusivement, sans souci du qiCen dira-l-on; — lui aussi, bien qu'à un degré inférieur, puisqu'il n'avait pas encore traversé Paris, tout nu et à cheval et n'eut pas une Folie de Chartres.
Enfin le premier avait siégé à la Convention, à la Montagne, — lui aussi. Et alin que les analogies étonnantes qui se montraient entre les deux princes fussent plus évidentes encore, la destinée leur avait assigné à tous deux le même palais, le palais des conspirations et du vice.
Il résulta de ces réflexions qu'en nommant le prince Napoléon on chuchota tout bas le surnom à.' Égalité.
Cepndant, entre tant de ressemblance du cousin de la reine avec celui de l'impératrice Eugénie, il en manquait une... Cherchez la...
La fortune, direz-vous peut-être ?
L'écart n'était point assez considérable pour être choquant. Philippe-Égalité avait une fortune colossale, tant de son côté que de celui de sa femme, mais le fils du roi Jérôme, s'il n'était point très riche personnellement, avait le cumul de ses traitements comme Altesse impériale, comme général et sénateur et enfin avait en perspective un brillant mariage.
Non, ce qui manquait au Bonaparte pour ressembler au d'Orléans, c'était cette destinée étrange et cruelle qu'avec la noble ambition de s'illustrer par son courage, il réussit toujours à se faire traiter de poltron.
Nous sommes très disposés à croire ({ue le duc Philippe élait courageux. Il manquait d'énergie morale, était d'un caractère plein d'hésitation et cela tenait au scepticisme de son esprit, mais il ne craignait pas le danger et il tenait de ses aïeux. Cependant on l'avait toujours accusé de s'être caché au combat d'Ouessau, et on l'avait réduit à monter dans la nacelle d'un ballon — (expérience audacieuse à cette époque), pour prouver qu'il ne connaissait point la peur.
Qu'étalt-il arrivé, cependant?
L'aérostat s'étant élevé très haut, les voyageurs avaient été saisis par un froid insupportable et le prince, impatient de descendre et voyant que la soupape jouait mal, avait eu l'imprudence inouïe de crever le ballon à coups d'épée !
Voilà un trait d'audace poussé jusqu'à la folie* et après cela pouvait-on le traiter de poltron?
On n'y manqua pas.
Il a eu peur, dit-on, c'est pour cela qu'il a crevé le ballon.
004 lIISToiai-: L)L: TALAlSIioVAL
lliiliii il est mont»^ tiVM couniKOiisoimMil à rrcliafand, ot cola n'cirira point leH raillerioA au sujet du couilmt d'Oucssant.
Kli \no\\ ! nous allons \r voir, avor la iiirin«' aiiiMlion diHonncr k- nioii<l<' jiar son oonia^'e, le princo Napoléon, coniinc IMiilipi..' dOrléans, n'a jani;ii- ..l.f. nu que des railleries.
La ^-uorro d'Orient éclata.
.V.VOC beaucoup do plaisir renipcr.Mir lit insérer au Moniteur une letln- jiu la(iuelle son » bien^ainié cousin >» deniandail à faire partie de lV'Xj)édilion et réclamait l'honneur d'occuper lo poste qui le rapprocherait !«• plus de I rnneuji.
« Kn t«Mn|>s de guerre, écrivait-il, la pl;iee d'un n(jiiai>arto rM au feu, devant l'enneini. » Il ajoutait qu'il voulait mériter le haut grade «(u'il devait à l'affection de son cousin
On allait donc revoir tni Honaparte sur les champs de bataille. La curiosité s'éveilla. On se rappelait que le roi Jérôme était brave, mais autrement ne resscuîblait à son père ni par la physionomie in par les talents. On ne mettait point en doute la vaillance du fils de Jérôme et. de plus, on se disait «luil était bien possible qu'il eût hérité du génie de l'empereur avec (jui il avait une ressemblance physique étonnante. iJéranger, ({ui lui était sympathique (comme il l'avait été au tils d'Égalité), disait do lui : « C'est une vraie médaille napoléonienne, trempée dans l:i graisse allemande. »
Kn d autres termes: Ce .sont les traits de Xapoléuu I";dourdis \k\v un embonpoint précoce.
Sa grand'mère, vulgarisant la médaille napoléonienne en monnaie courante, lavait appelé tout bonnement son gros Plon-Plon.
L'armée s'embarqua et le général Napoléon prit le commandement de la troisième division, chargée de couvrir Constanlinople menacée par la gauche de larmée russe. Le prince débarqua le 1" mai 1854. Il retrouva à Constanlinople le général Haraguey-d'Hilliers, ambassadeur près de la Porte, et fut reeu avec des honneurs extraordinaires. Il s'était fait présenter au sultan en airivant. Deux jours après, Sa Ilautesse lui rendit sa visite au palais Defterdar-Hournou, qu'il avait choisi pour résidence. Une visite du sultan à un étranger était un fait sans précédent dans l'histoire de la Tur<fuie ; mais la Sublime-Porte ne tenait plus sur ses gonds...
Les alliés prononcèrent leur mouvement sur Varna à l'aide do la flotte, tandis que les Russes évacuaient Silistrie et se faisaient battre par Omer-Pacha ; mais les Russes n'étaient point l'ennemi le plus redout^ible, il en était un autre plus terrible auquel nous allions avoir affaire : le choléra était à Varna. A la première imprudence d'envoyer ses troupes au devant dun fléau, Saint-Arnaud en ajouta bientôt une seconde. Ilest de tradition chez nos généraux, de ne jamais éclairer leur marche, et Saint-Arnaud envoya la division Espinasse dans les marais et les sables de la Dobrutscha, pour y faire la chasse aux Russes, sans s'inquiéter delà nature du pays, suflisamment indiquée cependant par sa situation à l'embouchure d'un grand fleuve.
Au l)out de quelques jours, dans une lamentable déroute, il ne revint de
Le priuce Napoléon s'était fait présenter au sultan.
cette division que des mourants. Varna, le camp, furent transformés on un hôpital de cholériques. Espinasse atteint lui-même grièvement dût être renvoyé en France.
Il fallait quitter Varna ou mourir. Un conseil de guerre fut tenu i)ar les généraux alliés. Le prince Napoléon, qui avait rejoint le gros do l'armée expéditionnaire, y prit part.
Lord Raglan proposa de quitter la Turquie pour la Grimée. Les Russesavaient fait de Sébastopol un port de guerre important; il fallait priver les Russes de leur
LiV. C)\. A- F'ayard, (^ditoiir.
fiOfl IIIHTOIUK l»i; PALAlS-lioVAL
nlli»'- l«' rliol«*'rii, les lialtio i-l tl.'-lniuv l<^ nriuni arsm.il «-t la llotlod,. la mfr Noire.
\,:\ mr-mo oiiiiiton ♦'•tnit «''Ihiho pir l'oinponuir daim iiiio loltre \ Haint-Vriiaiul.
ICI!»' no fut point paiiax^»o par !•• priiico Napoléon, ol il ro r6v61ii alors ontro son couflin et lui un K«>i'nic do diMHonHion qui devait grandir ]i1uh tard. Le ^/nérai sonlint (lu'il fallait fairo uno t^ncrre n'volullonnairo et tondro la tnaiii à la l'oio^jn»' à travers les prtivincos |)aiml»i»'iinos. On lui oitjcotaqn.' l'on ne pouvait, au début d'uiu» campayno aussi périllouso. prendre do» enKaK«'inont« envor.s la Polo^uo. c'cst-à-diro pronic'ttro une fois de plus à co inallu'urciix pay« le r/'li- Misscujent ilcson indépcudaiire sans se incltro sur les ))ras, du niênie coup, la Prusse et l'Autriclie. L'expédition de (Iriniée fut résolue contre son avis; que ne le liU-cUo plus tôt pour lohoidieur de tant do pauvres s(ddats et pour la gloire «le Son Altesse, qui tU'jà souHrait «les premières atteintes de la dyssciderie.
Après être relonriié quelques jours à Constantinople pour couper eourt au mal, il rejoignit l'arniée et prit part à la bataille do l'Aima.
Ouellt> part? demandore/.-vous pcut-rlre ; car on c.^t assez mal ronsoign»' par les liisloriens i)niciels, et d'un autre cOIl' on ne peut accepter tous les méchants propos de la chronique. Il y prit stdou nous la part d'un t^énéral de division ordidaire, (jui fait tout son devoir. A la tèle de sa division il s'empara du villai^e de l'Aima sous le feu des batteries cnncMiies, mais sans un inrirleut qui fut un coup d'éclat et (jui le mit hors <le pair, c.o ne fut pas le général Napoléon, mais le j,'énéral Hosquet qui opéra le mouvement tournant quidécj.lala victoire!
Ahl s'il eAt fait cela, on l'aurait cru l'héritier direct du vainqueur dAusterlitz, mais le mauvais génie du Palais-Hoyal ne le permît pas et il resta le cousin du Deux-décembre.
Il combatit sans plus de cliance à Ini^ermann, et queliiucs jours après cotto santdante journée, il tomba gravement malade et dut être transporté à Constantinople. «Mais, ajoutait le Journal officiel, il espérait bien être remis assez tôt pour reprendre soncommandement le jour de l'attaque définitive de Sébastopol. »
Mais le public français ne se contenta ni de l'explication médicale, ni des promesses du Moniteur.
Le sobriquet de Plon-Plon fut changé sur l'heure en celui de Craint-Plomb.
On dit de lui en riant :
— Oue voulez-vous? 11 préfère la colique à Constantinople aux tranchées de Sébastopol.
On attribua à l'odeur de la poudre des propriétés laxatives. Le soir, à la sortie des théâtres, lorsiju'on voyait passer certaines grosses voitures :
— Voilà, disait-on, les équipages de Son Altesse impériale. >•
On plaisantait encore lorstiue, contrairement à la promesse de se réserver pour l'assaut, on le vit reparaître auPalais-Koyal. Quelqu'un observa qu'il avait négligé de se faire raser.
— C'est, répliqua-t-on, qu'il lui est poussé une barbe de sapeur.
Tout ce qu'il aurait pu alléguer pour son excuse, c'était le retour en Angleterre du prince de Caml)ridge, tombé malade, mais il ne se soucia que fort peu des railleries et on le vit reprendre ses habitudes de galanterie; sa voiture sta-
HIttTOlliE DU PALAI8-R0YAL 5U7
tioniiiiit publiqueinenL devant la porle d'iiue tragédienne célèbre avec laquelle ou le savait du dernier jaieux. Aussi, comme son tempérament, ses mœurs étaient fort relâchées. Ce qu'il y avait de plus serré chez lui, c'étaient les cordons de sa bourse. Les tristes démêlés de son père avec son oncle lui avaient peut-être servi de leçons. Le roi Jérôme était d'une prodigalité scandaleuse. Le prince racheta le péché mignon de son père par une prudente économie.
Ses passions, assure-t-on, très fougueuses, ne s'e]nballaient pas dans des folies, et une rivière de diamants suffisait à les arrêter.
Sans faire toujours un sage emploi de son or, il ne le répandait pas à faire honte aux dOrléans, ses prédécesseurs.
Jamais même ses convictions politiques ne l'entrainèrent à des dépenses exagérées. Aussi personne ne peut l'accuser d'avoir soutenu les Polonais révoltés, ni les Italiens en exil, autrement que de ses vœux et de son amour.
DISGRACE DU i'UIXCE. — SES VOYAGKS
L'Exposition universelle de 1855 donna au prince, pendant la guerre, l'occasion de cultiver les arts de la paix.
11 fut nommé président du jury d'admission des œuvres d'art et prononça, à cette occasion, un discours où il s'exprima dans les termes les plus louangeurs sur le compte de l'impératrice Eugénie, ({ui avait eu, parait-il, l'heureuse idée'de joindre à l'exposition de l'industrie celle des beaux-arts.
Le public fut ravi de l'air de bonne santé et de la vigueur dont le prince général paraissait jouir. Il avait donc retrouvé du moins la paix intérieure.
Nous ne suivrons pas l'heureux prince au milieu des fêtes officielles ({ui se succédèrent au sujet de l'exposition, de la visite de la reine Victoria et du prince Albert, et enlin de la prise de Sébastopol. Il y a, à cette époque de sa vie, autre chose qui attire noti'e attention et qui est resté enveloppé de mystère.
Pendant la dernière période du siège interminable de Sébastopol, qui fut la plus sanglante, alors que l'opinion se décourageait et s'alarmait, parut, en Belgique, entre autres, une brochure anonyme sur le conseil de guerre tenu à Varna.
Cette brochure, qui reproduisait, en la défendant, l'opinion du prince Napoléon, fut attribuée à celui-ci et interdite en France. Elle faillit brouiller les Tuileries avec le Palais-Royal. 11 y avait longtemps ({ue le dissentiment de Varna était à l'horizon du ciel bona[)arliste comme un point noir; il devait grossir et éclater en orage.
A la suite d'une discussion entre Sa Majesté et Sou Altesse, cette dernière fut donc invitée à voyager. Telle est l'origine de cette série de voyages qui lirent si souvent la solitude au Palais-lloyal.
jVis iiisToini; i>r i-m.aIîs-hoyai.
Kn liV^'t. il partitsiirlai-orvoltoln Heine- Il oriente, an compnf^nie d'un k»*ou|»o de Hnviuits, iiatiinUiHtos et iii}tt'*nitMirs. Il (>x|)|otM:iinMi en touriste Ion eûtes d'i'kosBe, visita rislaiulo o{ ulmnla un (inHiiliind... iiialH la gloire do découvrir la mer lihro (lu ]mlc iionl no lui rtait pas rtVsprvt'c.
Mn Islande, on adressa nu prineo un diHcours en latin auquel il se borna — et pour cause, — à répondre en franr lis.
11 rapporta do ce voya^'o (juciquos curiosités et une collection etlinologi'|u«î qu'il a donnée au .lardin des plantes.
Hentré en grAce, le prince, resta dans l'opposition de salon, dirigea principalement ses coups contre le pouvornement du pape ot les prêtres. Puis il poussa de tniitos ses Ion-os i\ une campagne maritime. Il no semblait plus penser qu'à la mariiii^ et no rêvait que navires cuirassés et canonnières de nouveau modèle. Il voulut assister aux essais de la Gloire, ce (pii permit aux plaisants do faire observer ({ue, pour la première fois, la gloire et le général de Crlin.'.- él lirni parvenus ù se rencontrer.
Napoléon III, (pie l'activité dévorante de son cousin inquiétait autant que le noyau dopposants dont nous parlerons amplement plus loin, «{ui .s'élait bjrmé au Palais-Hoyal, lui cherclia un cmi)loi loin de Paris.
Après lavoir occupé à régler le différend de Neuchùtel avec la Prusse, il le nomma ministre dAl^ôrio et des colonies.
Pour j>arler convenablement de cette entrée aux alVairos, nous serions trop long, et d'ailleurs ce ministère valut l'ambassade d'Espagne et ne fut qu'un es.sai malheureux.
liien ne contribuait donc à ajouter au prestige du prince. La naissance d'un héritier de la couronne le lit descendre des marches du trône. Le Sénat se livra alors à des travaux dont il ne prévoyait guère l'inutilité, il s'occupa de l'institution de la régence et de son conseil.
Par sa naissance, le prince Napoléon fit, de droit, partie du conseil de régence.
Le premier essai de la régence fut singulièrement mis à profit par le terrible cousin. Pendant le voyage de l'empereur en Algérie, Plon-Plon se trouvant à Ajaccio, y prononça un discours-programme qui fit sensation. C'est par une courte citation de ce hardi manifeste que nous terminerons la première partie de la biographie du prince.
« L'empire, dit-il. doit être, à l'intérieur, le soutien de l'ordre, sans doute, sans lequel il n'y a rien de possible, mais aussi des libertés sages et sérieuses, et, parmi ces libertés, li liberté de la presse, une des plus utiles dans un État libre. L'instruction populaire doit être répandue sans limite, sans congrégations religieuses, et exige la destruction des entraves administratives et du bigolisme du moyeu âge. »
« Je crois à la nécossité d'abolir le pouvoir temporel des papes... J'aime la liberté sous toutes ses formes, mais la liberté de tous...
« La vraie liberté c'est le sulTrage universel légalement appliqué, la liberté complète de la presse sous le droit commun et le droit de réunion.
« Un peuple libre doit se composer d'individualités indépendantes avec leur entier développement, et non de grains de sable qui ne sont agrégés que par le ciment de l'administration. »
L'orateur appuyait ses opinions de citations empruntées au Wniortal de Sainte- Hélène.
A la lecture de ce discours, l'empereur ne put dissimuler sa colère et lui répondit par une lettre insérée au Moniteur :
« Le programme politique que vous placez sous l'égide de l'empereur ne peut servir qu'aux ennemis de mon gouvernement.
« Pour savoir appliquer au temps actuel les idées de l'empereur, il faut avoir passé par les rudes épreuves de la responsabilité et du pouvoir.
« Mais, ce qui est clair aux yeux de tout le monde, c'est que, pour empêcher l'anarchie des esprits, cette ennemie redoutable de la vraie liberté, l'empereur avait établi dans sa famille d'abord, dans son gouvernement ensuite, cette discipline sévèi'e (pii n'admettait qu'une volonté et (pi'une action. Je ne saurais désormais m'écarter de la même ligne de conduite.
« Sur ce, mon cher cousin, je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte garde. »
Le rappel à l'ordre était assez raide, mais il ne faisait que trahir, pour le public, une mésintelligence et une hostilité sourde qui alla toujours s'aggravant.
LA VIE PRIVÉE DU PRINCE. — LA. PRINCESSE MATHILDE. — LA COUR DU PALAIS-ROYAL
La vie officielle du prince était fort limitée dans un État où la réponse du gendarme Pandore était la seule qui fût permise à tous les degrés de la hiérarchie, du premier ministre au plus humble garde champêtre ; la plus large part, au contraij'e, était faite à sa vie privée.
Celle-ci, nous avons la franchise de vous le déclarer tout d'abord, n'avait rien de bien mystérieux; le seigneur du Palais-Royal était d'un sans-gêne dédaigneux des convenances que respecte le vulgaire. Son oncle se croyait affranchi, par droit de conquête et de génie, des devoirs et des règles morales qui s'imposent à tous les autres hommes; le prince Napoléon eût pensé de même s'il se fût élevé aussi haut que Yalgle do Corso.
Il n'était ni chasseur, ni joueur, ni homme de cheval. Mais, au Palais-Royal, comme jadis à la cour de Cassel, on soupait joyeusement entre gens d'esprit et dames galantes. En bon voisin, le prince offrait ses hommages aux beautés du Théâtre-Français, mais ce goût n'était pas exclusif, Blanche D'Antigny, la belle Hélène, Bertlia, Cora Pearl, — j'en passe et des plus tendres, — ont contribué au bonheur de Son Altesse.
A iintio avis, t'os il«''t:iilM n'ont (^ih'if <l Imporlanc^ ol <••• ii'«"^l p:iH la )M'iiio d'osralîifior les murs de la vio privée pour do telles révélation»; main ilH ont leur si^nillcatlon cependant, et h\ nouH sommes réduite \ len citer, il» prouv<>nt que dans la vie du priiit'O la ^'alantori.^ n'a jamais pris une place Hérleuse. Soim ce rapport il ne ti<'nl jtnint du un d«' \V<'stpliali<'. l'Iii- I»'tlré que lui et plu« instruit, il a des j^ortts plus délicats.
Nous croyons avoir dt\jî^ dit i|u'il aimait la société des écrivains, des philosophes et des artistes éminciits dont les opinions so rnpprocliaiont le jilus des siennes.
Parmi les amis du prince, nous citerons Emmanuel lïubaine, son secrétaire, ancien rédacteur de la /'/-esse, cpii l'arcompa^Mia dans ses voyaj,'es et en écrivit, en grande partie la relation; P^inile de (Jirardin; l*'mile Augier, petitlils du secrétaire particulier du roi .Jérôme, IMj^'ault-Lehrun : Edmond Ahout : le Polonais Charles-Edmond ; Henan, l'auteur de la vie de .îésus ; Guéroult; HaintC' lleuve ; Gustave Flaubert ; Taine ; le docteur liobin de l'Académie des sciences ; le peintre Gérùme. On a remarqué que nous n'avons pas cité une seule notabilité militaire. Le seul général pour <]ui le prince eût un « faible » fut hélas ! le général Trochu I...
Nous en parlerons à l'occasion.
Ses relations avec les artistes étaient nombreuses, mais ces derniers préféraient aux salons du Palais-Hoyal ceux de la princesse Mathilde.
Mathilde-Lu'litia-Wilhelmine, tille du roi Jérôme, est née à Trieate, le •J/ mai 18U0. En 184U elle avait distingué parmi ceux qui prétendaient à sa main le comte russe Anatole Demidotï. La première fois qu'elle le vit. le comte portait un costume arménien, la longue robe bordée de fourrures, le bonnet d'astrakan, ce qui s'accordait à merveille avec les traits réguliers de sa physionomie orientale. La princesse s'éprit de ce personnage exotique, et comme immensément riche il possédait les collections d'art les i)Ius belles du monde, elle s'illusionna sans doute sur des affinités de goût et de sentiments qui n'existaient ([ue dans son imagination. Trois ans plus tard les deux époux obtenaient la séparation de corps «t de biens pour cause d'incompatibilité d'humeur.
M. de Xieuwkerke est, dit-on, celui des amis de la princesse qui reçut d'elle à ce sujet les plus secrètes confidences.
La princesse est restée étrangère aux intrigues politiques. — De même cpiis son frère, elle ne jouissait que de peu de faveur aux Tuileries, son esprit indépendant, son éducation libérale auraient sufli à l'éloigner d'une cour où la dévotion s'unissait à un amour effréné du luxe et des plaisirs les plus vulgaires.
Comme son frère, elle donnait chaque année un bal monstre où tout Paris était convié; puis quelques fêtes l'été, à son château de S;unt-Gratien.
<> La princesse Mathilde, dit M. de Beaumont-Vassy' était de toutes les personnes de la famille impériale celle qui recevait le plus et Ee mieux.
« Sa résidence de la rue de Courcelles n'était point un palais, à propremdit