QUELQUES ANECDOTES
Nous avons déjà parlé du sans-gène de ce prince, que l'on rencontrait souvent à Paris se promenant à pied les mains dans les poches.
Sans être audacieux, notre héros n'est pas timide, et il n'est pas non plus
1 Eugène de Mirecourt. Les Contemporains.
&'J0 HlfciTollU; i)! lv\l,\I.S-HUYAL
d'une puilour farouche... on doit le croire, «luandon so Mouvieiildc .son apparition aux l)ains Fni.scati, du Havre.
Un jour, dans cet endroit où, Rrâco à leurs costunu-.s , baigneurs et baigneuses peuvent separta^'er les lames, apparut un homme entièrement nu. La sensation fut vive. 11 y eut des cris et des exclamations vengeres.sos de la pudeur. L'intrus impudent eût été vivement exclus et arrêté, mais il s'appelait S. A. le prince Napoléon. 11 n'y avait qu'à se taire et à lui céder la place, ce que l'on lit. Mais le prince ne daigna point s'en apercevoir. Le prince aime le nu comme Hassan dans lu Aamonna, d'A. do Musset.
« Toul est DU sur la terre, liormis l'Iiypocrisie,
« Tout est uu (laus les cieux, tout est nu dans In vie;
« Les enfauts, les tombeaux, elles diviuilés,
« Tou.'ï les cipurs vraiment l>eaux, laissent voir leurs bcaul*-B. »
C'est la conviction d'Hassan-Bonapartc.
Un jour, un curé de la Meurthe ayant obtenu de l'empereur quinze mille francs pour son église, songea naïvement ;\ aller tendre son aumônière au Palais- Hoyal.
Il écrivit donc au prince en lui expli(iuant le motif pour lequel il désirait obtenir audience. M. Ein. Hubaine lui répondit en lui indiquant le jour et l'heure où il pouvait se présenter.
Le bon prêtre repasse dans sa mémoire le petit discours qu'il a récité déjà aux Tuileries et se rend au Palais-Royal.
On l'annonce et on l'introduit, il entre... et stupéfait se trouve en présence du prince étendu sur un divan et nu «< comme Eve à son premier péché. »
11 n'en demanda point davantage et se sauva, ce qui divertit fort l'Altesse.
Plon-Plon n'aime pas plus les longues messes que sou père. Il disait un jour d'un ton sérieux, à l'aumônier de sa femme:
— Vous savez, monsieur rabbé,libre à vous de déjeuner avant la messe ou après ; ne vous gênez pas.
Rien qui l'amusât comme les anecdotes où Sauvestre, de l'Opinion Nationale, s'évertuait à rabattre l'insolence de tous ces chapons de sacristie qui se mettaient à chanter comme des coqs.
Il n'a jamais cru à 1 alliance sincère de l'Église et de l'empire. Le jésuitisme, introduit comme élément d'ordre, lui semblait une ineptie. Il connaissait l'égoïsme de cette société de célibataires, l'Eglise romaine, et savait qu'elle n'a jamais été qu'un Étiit dans l'État; qu'elle a contribué à la chute de tous les gouvernements, a assassiné Henri III et Henri IV, dominé Louis XIII, fait une calamité de la fin du règne de Louis XIV, perdu Louis XVI, trahi Napoléon I", et hâté la chute des derniers Bourbons.
Alliance du clergé et du gouvernement, c'était l'union de la corde et du pendu; il n'y a qu'à couper la corde.
L'Empereur s'arrêta à Châlona pour examiner le camp.
Cette conviction avait tué chez l'Altesse, le respect des Éminences. Lorsqu'il fut à Alger, Plon-Plon reçut aussi l'évêque d'une façon assez irrévérencieuse. Plongé dans un fauteuil et les jambes en l'air à la hauteur du chambranle de la cheminée, le cigare aux lèvres, il reçut la visite de Sa Grandeur et ne se dérangea pas.
Le prélat comprit, salua, se retira sans mot dire et ne revint plus.
Autre chose.
Le César déclassé, quelque peu fat de sa ressemblance prématurée avec Na-
LlV. 66. A. Fayard, éditeur
KXi IIISKUUIC DU PALAIS-HOYAI.
pol.MiM vii'illi, 1 1 pliiH Hor «lo parnttro h Vïmm^o du inonnrque do IHIl, lu'à ccllo (lu pivniirironsul, diHiiit i\ propos d»? Ron cousiu:
— Il s II fil t do me voir pour ôlro ronvainr,u (pieje ruU pliiH Roii:i|)arte que lui.
Pour roiiiplt'lor la reasomldanoo, il pastitliait avec aulaiit d'art ipin d'/rudilion, l'allitudo, lo geste, la dt^niarcho, les traits du grand homme, il ludurail jusque dans ses défauts, commo Montaigne aimait Paris juscpie dans ses verrues.
Certes, vingt ans plus tôt, celte physionomie césarienne eût produit à Paris imo impression bien vive, mais après le 2 décembre, on eût sifflé au cirque Napoléon-Gobort.
En imitant l'empereur dans les petites choses, il arriva au cousin-authentique de lever sa cravache sur un palefrenier, mais cet homme mal «^levé saisit une fourche!... Un courtisan eût tendu les épaules en ne s'éloignant pas; ce fut monsoi^Mieur (|ui se sauva.
Oue l'on nous pardonne cette redite, dont nous commençons h nous fatiguer nous-mème, mais le prince n'est pas affronteur de dangers, et il recula un jour devant un adversaire plus digne de lui.
Cédant à la d«Miiangeaison d'écrire, il s'était amusé à des essais de critique sur le règne de Louis-Philippe ;. le duc d'Aumale y répondit, dans une lettre tur r/iisioire de France, publiée en une brochure ; il disait, en s'adressant au rriti- (|ue:
« Sachez bien que si vous ne sortez pas des mauvaises voies où vous êtes profondément engagé, ce n'est pas aux Bourbons et aux d'Orléans, auxquels du moins on n'a pu adresser un tel reproche, c'est à vous et aux vôtres, que l'on pourrait alors renvoyer les paroles de votre oncle au Directoire:
( — Qu'avez -vous fait de la France?... »
Ceci était écrit en 18t)l.
La brochure fut saisie el déférée aux tril)unaux. L'éditeur fut condamné à .5,0(X) francs d'amende et un an de prison. — Et voilà la guerre allumée...
D'Aumale furieux, provoqua Plon-Plon en duel sur le coin de terre étrang»''re qu'il laissait à son choix. — Il ne reçut pas de réponse, — et il laissa courir dans le monde parisien, le cartel que l'Altesse impériale n'avait osé accepter. On s'en amusa beaucoup, — et même dans la maison militaire de l'empereur. Les généraux du coup d'Étal n'aimaient point le prince démocrate.
Quehpie temps après, la police saisit chezDentu, l'Histoire des princes de Condé, du duc d'Aumale, avant la fin du tirage de l'ouvrage. Le prince et l'éditeur sadressèreiit aux tril)unaux.
On avait saisi le volume avant de l'avoir lu. ce qui était arbitraire, en dehors de toute justice et préjudiciable à l'auteur et à l'éditeur. Comme on pouvait le prévoir, l'ouvrage ne fut pas rendu; on ne le restitua à ses propriétaires qu'en 1869 ; on s'était aperçu que Ion s'était alarmé à tort, et qu'il était sans importance politique et même sans intérêt.
Ce qui resta de fâcheux paurle prince Napoléon, ce fut sa reculade.
On imagina depuis cent histoires où le prince s'élevait de plus en plus audessus des préjugés du duel. La plus jolie est celle où une cocotte, pour lobliger k s'éloigner et à céder la place à un favori, n'eut qu'à lui dire qu'elle attendait le duc d'Aumale.
Terminons par ce portrait tracé sous l'Empire par une des meilleures plumes du Figaro :
« Démocrate austère, le prince Napoléon n'a voulu prendre aucune part aux luttes du 2 décembre. Il était prêt à célébrer le triomphe de la République qu'il aimait d'un amour jaloux et concentré. Mais du jour où il a vu le coup d'Etat réussir, il a sacrifié noblement les convictions de toute sa vie à ses devoirs de famille, et, succombant sous le poids des honneurs dont on l'a impitoyablement accablé , il a gravi silencieusement les marches du trône pour faire briller les vertus républicaines au sein de la famille impériale.
« Comprenant qu'il a une mission plus haute que celle de guerroyer comme au moyen âge, dédaigneux de la guerre et des combats, il a protesté d'une manière éclatante en abandonnant Sébastopol et ses tranchées. Il est revenu dans sa patrie célébrer les joies de la paix, de la civilisation et du progrès.
« Ainsi toujours on le vit égal à lui-même.
« Et lorsque la campagne d'Italie le rappela sous les drapeaux, il accepta simplement le commandement d'un corps pacifique qui, loin du théâtre de la guerre, chemina paisiblement à travers la Toscane émerveillée, suivi des vœux et des bénédictions des familles, que le nom seul du prince avait, dès la première heure, rassuré sur le sort de leurs enfants.
« Parti la veille du premier combat, arrivé le lendemain de la première vietoire, le prince apparut comme un véritable symbole de conciliation et de paix.
(( Et quand plus tard un fils de roi proscrit osa le faire provoquer dans son palais, il répondit fièrement qu'il ne se battait pas et que d'ailleurs, il ne pouvait se commettre avec un aventurier errant sur la terre d'exil.
« Tel est le prince extraordinaire que la France a depuis vingt ans sous les yeux.
« Voyageur infatigable et contraint souvent à des excursions par ordre qui ont leur raison d'être plus disciplinaire que politi(|ue, il occupe ses loisirs à l'étranger en visitant tous les champs de bataille de l'Europe. Dès qu'ils ne sont plus obscurcis par la fumée du canon, ils offrent à son esprit savant et curieux un intérêt bien autre que le tableau vivant d'une mêlée!
« Le jour où son âme républicaine fera éclater son impériale enveloppe, la France apprendra à le connaître.
« 11 n'ignore pas que l'unique moyen de faire triompher la liberté est de ne pas la laisser aux autres. Quand il exprime sa pensée républicaine il l'impose sans conteste aux réactionnaires, et une fois qu'il a indiqué la façon dont il entend qu'on soit libre, il ne souffre ni objection ni réplique.
« Si la fatalité veut qu'il reste à jamais sur les marches du trône, il mourra
634 HISToiin: I>î' PAI.AlS-HOY\F<
comme il a vécu, dédaignoux df la popiilaritiS itn-oimii do tous, incompris de ceux-l:\ surtout ([ui ont ou lo houhtMir de r.ipprnclii'r davantaj,'»».
" liegardo/. bien ce visage anticpio ot n'oublie/ pas toutes les foi« que vous rencontrerez lo prince de saluer en lui riionunc le plus étonnant de notre époque. »
Maiiitonaul qui- le prince nous est suffisant connu racontons sa participation aux .UTaires d'Italie.
LES CARBONARI ET NAPOLKON m. — MAZZINI ET ORSINI
On sait que Napoléon III avait fait partie avec Mazzini et James Fazy de Genève d'une vente de carbonari ; on n'a pas oublié qu'il prit part à une insurrection contre lo pape.
Kii parvenant à l'Empire il n'avait point ronqui les en;^agement.s pris avec les conspirateurs italiens et ceux-ci résolurent d'exploiter la situation au profit de leur patrie et de leurs ambilioiis personnelles.
Bonapartistes et républicains fran(;ais ont été longtemps les dupes de ces maitres-chanteurs de la politiciue italienne. On verra plus loin que Mazzini, en s'alliant aux républicains français, ne songea jamais qu'à se servir d'eux et de notre pays pour affranchir l'Italie du pape et des Autrichiens, pour s'unir ensuite à la Prusse contre nous.
Les documents les plus authentiques le prouvent.
Mazzini chercha d'abord à intimider son bon cousin Louis Bonaparte en lui dépêchant de Londres plusieurs assassins, dont les premiers furent secrètement exécutés par la police française et dont Pianori fut le plus connu. Conspirateur émérite, Mazzini avait des complices non seulement dans la domesticité des Tuileries, mais jusque chez les drôlesses de distinction dont l'empereur ne put jamais se désencanailler.
On entrevoit tout cela à travers mille exagérations romanesques dans les mémoires d'un mouchard corse nommé Griscelli.
Cet individu raconte même que les Mazziniens avaient comploté d'enlever l'empereur, en lui faisant boire chez une de ses maîtresses à Auteuil, un soporifique qui eût permis de l'expédier en Angleterre comme un colis. Si non e vero e bene trovato.
Quoi qu'il en soit, l'empereur, intimidé parles menaces de Mazzini, se réconcilia avec lui vers la tin de 1857. Il s'engagea à déclarer la guerre à l'Autriche et à soutenir le parti d'action en Italie. Mais en recevant communication de ces promesses, plusieurs chefs du parti révolutionnaire ne se tinrent pas pour satisfaits et se séparèrent de Mazzini. De ce nombre était un patriote bien connu, qui s'était audacieusement évadé des prisons de l'Autriche, le comte Félix Or5.iui.
La police fut avertie du complot qui éclata le 14 janvier, et c'est ainsi qu'elle arrêta Pieri, qui depuis plusieurs jours lui était signalé à Paris, et qu'elle put de suite se transporter, 132, rue Montmartre, où Pieri était descendu avec son complice Rudio.
L'attentat du 14 janvier fut donc pour Napoléon un sujet d'étonnement autant que d'effroi, puisqu'il se croyait en paix avec tous les Mazziniens.
Il demeurait stupéfait, pétrifié d'horreur dans sa voiture, tandis que sa femme cherchant à descendre malgré les ténèbres, lui disait:
— Descendons, Louis, secourons les blessés et montrons aux autres que nous ne sommes pas des lâches comme eux.
Au mois de juin 1858, l'empereur se rendit à Plombières, en passant paF Châions où il s'arrêta pour examiner l'installation du camp, [de création nouvelle, et ^'établissement des fermes.
Le séjour de l'empereur à Plombières fut marqué par une visite mystérieuse du ministre des affaires étrangères du roi de Sardaigne.
Les bombes Orsini avaient frappé les trois coups de l'entrée en scène de ce personnage ; il était plus dangereux que le fulminate, ainsi que nous devrons l'apprendre plus tard.
M. de Gavour guettait de Genève, l'arrivée à Plombières de Napoléon. 11 se rendit près de celui-ci dans le plus strict incognito, en secret, et muni d'un passeport qui ne portait point son nom.
L'entretrevue fut assez courte. Le terrain de la conférence avait été déjà aplani par des ouvertures antérieures. M. de Gavour agissait librement, mais de concert avec le chef du parti d'action, dont il ne pouvait se passer. Il connaissait l'accord intervenu entre Mazzini et Napoléon. Il ne s'agissait donc entre l'empereur et le ministre, que de concilier les intérêts des deux nations, la France et la Sardaigne, dans la supposition d'une guerre victorieuse.
Cette conférence devait rester secrète, mais M. de Gavour à son retour à Turin en laissa transpirer quelque chose, et plus tard, le général Lamarmora y ajouta quelques éclaircissements dans son livre : Encore un peu de lumière.
On sut ainsi que, moyennant la cession de Nice et de la Savoie à la France, Napoléon III s'engageait à favoriser par une intervention armée, la création d'un royaume d'Italie qui, s'étendant jusqu'à l'Adriatique, comprendrait les duchés de Parme et de Modène, et la Toscane agrandie de la portion des États pontificaux située au versant septentrional des Apennins.
Les bruits qui circulaient à l'étranger sur l'entrevue de Plombières, n'avaient en France que de très faibles échos, grâce à la censure et aussi à l'incurable indifférence des Français pour la politique étrangère. Cependant, on savait les vues de M. Gavour sur l'Italie, et on se souvenait qu'il avait arraché à son gouvernement, le consentement nécessaire à l'envoi de 15,000 Piémontais à l'armée de Grimée. On aurait pu aussi remarquer l'activité avec laquelle le Piémont complétait ses armements. Cependant, six mois s'étaient écoulés, on ne songeait plus à rien de tout cela, quand le 1«' janvier quelques paroles de l'empereur eurent le retentissement d'un coup de foudre. En recevant les hommages du corps
ili|»lt>ni:iti"|iu', apièfi s ôtro inoiilr»' liv.s allablu et très cordial envers Ioh roprésoiitaiith (tu |>ri><«pio toiil*>-* 1ms piilsHaurfs, r«Miii»«'rtMir «lit à 1 atiihassacleiir d'Aul rie ho:
— Jo rci^rclic (jiif iiDs r<'l.ilniiis .ivci- voir<' ;^i»iivriiii'iii"iit nu >>oifiil pas aiiSHi lionnes (|iie par lo passr. .le vous prio do ilirc :\ ri'mjtLicur (pic hk'h Rcntiiiieiits personnels pour lui ik- sont pas cliiuiKés.
Ia' Moniteur [innhi !«• sIUmico sur riuouleiil. Mais ia (onitilutuniml lu lapporta.
I.'opiniou alarniôi' se deinamlait ou quoi nos relations avec l'Autriche pouvaient ôlre mauvaises, et ce que cela voulait dire, quand le 10 janvier, en ouvrant leparlenionl, Victor-Kniinanuol parla à son tour.
Dîuis un pathos solonuel, il laissa percer la nicuacc d'une guerre prochaine.
• Noire pays dont le territoire est si petit, a acquis de la considération dans les conseils de l'Europe, par la grandeur des idées quil représente et les sympathies iju'il inspire. Cette situation n'est pas sans pé-riis, puistjue tout en respectant les traités nous ne sommes pas insensibles au cri de douleur qui s'élève de tant de côtés de r Italie. »
Alors, en France on commença à décliitlVer les premiers mots de l'intrigue italienne, où l'assassinat s'unissait à la dijjlomatie.
Peu de jours après, le Moniteur annonçait que le prince Napoléon était parti pour Turin, et l'on sut bientôt qu'il épouserait la princesse Clotilde, tille de Victor-Emmanuel. Le roi annonça ce mariage aux Chambres, en exprimant l'espoir de voir cette alliance devenir « une source d'avantages pour des éventualités futures. i>
Le prince Napoléon fut accueilli avec un enthousiasme facile à concevoir.
Le 22 janvier 1859, le général Niel fit, de la part de l'empereur, la demande en mariajje.
« On aflirme, écrivait l'Union, d'après V Indépendance Belge^ que le roi Victor- Emmanuel n'a consenti au mariage de la princesse Clotilde, qu'à la condition qu'un traité otlensif et défensiffùt signé entre la France et laSardaigne. n
L' Officiel protesta contre de tels calculs; ils étaient vrais. Outre Nice et la Savoie, et par-dessus le marché on nous accordait une princesse royale pour ajouter à l'éclat de la cour des Tuileries.
Le contrat de mariage fut signé le 29 janvier. Le lendemain le mariage fut célébré à la chapelle du palais et après la cérémonie les nouveaux époux partirent pour Gènes et de là pour Marseille. Le 3 février, ils arrivèrent à Paris et s installèrent au Palais-Royal.
Une somme de 80<3,000 francs fut allouée au prince Napoléon pour dépenses de mariage et frais d'établissement, et il fut décidé, qu'en cas de décès du prince, il serait alloué à sa veuve une somme annuelle de 2li0,000 francs à titre de douaire. Enfin, le Sénat (conservateur) éleva la dotation des princes et princesses, de I.ÔOO.OX» francs à 2,20<3,000 francs.
Cependant, aux inquiétudes de l'opinion, le gouvernement répondait pard'hyl'ocrites protestations eu faveur de la paix.
L'empereur, de Morny, le Moniteur, réfutèrent les bruits de guerre colportés « par la malveillance. » Napoléon III hésitait, il semblait reculer.
L'agitation causée en Allemagne par des projets mal dissimulés, ébranlèrent sa résolution. Sur ces entrefaites, la Russie proposa un congrès ; l'Autriche y adhéra à la condition préalable que la Sardaigne consentirait à désarmer, et qu'on lui garantirait ses promesses en Italie.
Le congrès s'étant séparé sans résultat, l'Autriche somma le parlement de désarmer, ce qui fut le signal de la guerre.
Le corps législatif vota un emprunt de 500 millions. Le membre le plus éloquent et alors le plus populaire de l'opposition, Jules Favre, avoua que la politique du gouvernement en cette circonstance se trouvait conforme à la politique traditionnelle de la France, laquelle, suivant lui, ne saurait être puissante qu'autant que l'Italie serait libre et régénérée.
Pourquoi? Il ne l'a pas dit; on ne Ta jamais su.
Pour le peuple, en faisant sonner ces grands mots indépendance, délivrance, liberté, cela suffisait. — Pour les libéraux frottés de politique et d'histoire, détruire en Italie l'œuvre de 1815, c'était la revanche de la France.
Pour les républicains, c'était fraterniser avec Mazzini et Garibaldi. Pour l'empereur c'était se garer des bombes et augmenter son prestige.
En somme l'action entamée, les populations françaises se réjouirent non seulement de nos victoires, mais naïvement, débonnairement, du bonheur des Italiens. Garibaldi fut chez nous plus popularisé qu'aucun de nos généraux, et il sembla que Mazzini et Cavour eussent rendu service à la France en nous entraînant à combattre pour leur opinion. ..
Bien mieux lorsque devant les menaces réitérées de la Prusse, menaces ap portées jusqu'à l'empereur sur le champ de bataille de Solférino, il fallut ou se retirer ou se défendre sur le Rhin, les Italiens ne dissimulèrent pas leur mécontentement et même des Français trouvèrent honteux et abominable de ne pas soutenir deux guerres plutôt que de renoncera conquérir la Vénétie pour Victor- Emmanuel.
Ce n'était pas assez que nous eussions été jetés dans une guerre inutile par notre empereur, soutenu par le monde officiel, et les troupes politico-lyriques de l'opposition, il fallait encore que nous fussions insultés par les Italiens!...
Dieu sait s'ils nous ont épargné linjure.
Ce n'était pas assez de leur avoir conquis la Lombardie et les duchés, il fallait leur livrer Rome, Naples et la Sicile.
La gloire de Cavour nous coûtait la vie de vingt mille de nos concitoyens; Ce n'était pas assez.
Nous allons voir bientôt les Italiens se joindre aux Prussiens pour comploter notre perte, et grâce au mariage du prince Napoléon, le Palais-Royal devenir un foyer des manœuvres italiennes, dirigées contre nous.
Avant d'arriver à cette seconde phase de l'intrigue italienne, disons quelques mots de l'annexion de Nice et de la Savoie.
An mois demftrslftfiO, l'omporeur proposa i\ M. do Cavoiir d'annexf^r déflnltlvonuMit l»>sdU(lH''s do Parino ot de Mod.'no à In SardalKnc, \ fairo adiiiiniHtrer au tompon^l los l«'>^:itioiis au iinm du Saiul-l'«''ri', à restitu**r à laToscane son aulonomio. moyennant quoi, il réclamait la cession du coint»'; de Nice ot de la Savoie, sous la ri'sorvo du constMitmitMit de ces deux i>uissaiices,
M. do Cavour rrpoixiit mih' Ihulmio Ictlic ilnnl nous ( iioiis \oh passages principaux. Il disait :
« Je suis bien loin decruiro ({uo l'agrandissement de laSardai^jne puisse jamais constituer un danger pour la France, à hKiuclle les derniers événements nous rattachent par les liens do la reconnaissance et de l'amitié. (Cependant, nous avons trop le sentiment de ce que lltalie doit X l'empereur pour ne pas accorder la plus sérieuse attention à une demande qui repose sur le principe du respect des vœux des populations.
« Au moment où nous réclamons hautement pour les habitants de l'Italie centrale le droit de disposer de leur sort, nous ne saurions sans encourir le reproche d'inconséquence et d'injustice, refuser aux .sujets du roi qui habitent au delà des Alpes le droit de manifester librement leur volonté. Quelque vifs que seraient les regrets que nous éprouverions si, les provinces <{ui ontété leberceau glorieux de la monarchie pouvaient se décider à réclamer leur séparation d'avec le reste des États du roi pour s'associer à d'autres destinées, nous ne refuserions pis à reconnaître la valeur de cette manifestation. »
Un traité de réunion des deux provinces à la France, fut signé par le roi de Sardaigne, et consenti par le parlement.
Le 1" avril 1860 deux bataillons de ligne entrèrent à Nice aux cris de : Vive l'empereur! vive la France! poussés par la population. Toutes les maisons étaient pavoisées de drapeaux tricolores ; un enthousiasme général régnait dans la ville, qui paraissait se souvenir d'avoir été française'.
L'adresse suivante adressée à l'empereur fut couverte d'un nombre considérable de signatures.
t Sire, les habitants de Nice, tout en professant la plus respectueuse sympathie pour S. M. le roi Victor-Emmanuel, s'empressent de témoigner leur reconnaissance à Votre Majesté pour la remercier de l'intérêt qu'elle porte à leur pays, et de l'immense service qu'elle leur rend en les réunissant à la France. Nous sommes avec un profond respect, sire, de Votre Majesté, les très humbles et très obéissants serviteurs. »
Il ne pouvait y avoir unanimité dans ce consentement ; quelques Niçois se récrièrent amèrement ; Garibaldi protesta de toute son énergie contre le traité qui détachait sa patrie du royaume de Sardaigne.
Sur 26,000 votants environ, 160 seulement se prononcèrent contre la réunion.
1. En 1793, les défenseurs de la frontière piémontaise pris de panique s'étant enfuis, les notables de Nice demandèrent une occupation française et le 4 février le comté fut réuni à la France sur sa demande.
Ces respectables époux habitaient un joli pavillon
En Savoie il n'y eut que 203 opposants sur près de 132,000 votants. Aucune puissance signataire du traité de 1815 ne songea à protester.
Enfin une sanction nouvelle était donnée par le vote des duchés qui, à une immense majorité, se prononçait pour la réunion de la Toscane et de l'Emilie au royaume de Sardaigne.
Nous avons rappelé ces faits afin qu'ils soient plus présents à l'esprit du lecteur, lorsque nous aurons à reprendre le fil de l'intrigue italienne contre la France de 1866 à 1871.
LlV, b7. A. F»y»rd tdUcur.
rwo HisToim.; im- paiais-hoyai,
MOUT DU HMl JKilo.Mi:. I.|;s NOL'VKAIÎX COUnTIHANS ItU TALAlK-ItOYAL. — LK iXt.'tS
l'OMTIyUK ET COHMorOLlTK.
IjC 'J4 juin lHt;u mourut l'cx roi do Westphalic, dans une campagne des environs de Paria. Son corps fut transporté au Palals-Hoyal et ou lui lit de magnili«(uos funérailles. Pondant trois jours lo public, fut admis i\ conloinpler le corps exposé dans une chapelle ardente au Palais-Uoyal. Le service funèbre eutlieu le 3 juillet aux Invalides, dont Jérôme Bonaparte avait été gouverneur. Il y fut enterré non loin du caveau où devaient bientôt reposer les restes de Napoléon P'.
Après la ^Micrro d'Italie la petite cour du Palais-Hoyal s'accrut naturellement de (jnelques Italiens qui, en politi(iue, appartenaient à la gauche royaliste, des membres du parlement ou des écrivains qui avaient alors un pied dans la presse parisienne et un autre dans la presse italienne, tel que M. Petrucelli dclla Oatina, courtisan du Palais-Royal, collaborateur de dilTérenls journaux i)arisiens et correspondant du journal VUninne de Turin.
A. cette époque et dans celte dernière feuille on pouvait lire en italien la pensée du prince Napoléon Iraduilc par M. Petrucelli.
Aujourd'hui ce publiciste est membre influent du parlement italien et ennemi polititpie déclare de la France.
On avait ce singulier spectacle : tandis qu'aux Tuileries la cour faisait tout haut pour le pape les vœux les plus ardents; au Palais-Royal, chez l'époux de la très pieuse fille de Victor-Emmanuel, on se félicitait chaudement de tout ce qui arrivait de malheureux à Pie IX.
Les généraux Klapkaet Tur (fui, sans cesse, allaient et venaient de Florence à Paris et de cette ville à la capitale d'Ralie, étaient les confidents de Victor- Eniinauuel et de son gendre et lui servaient d'intermédiaires. Le prince faisait au roi de courtes et fréquentes visites. Dans ces entrevues il avait toujours à parler de son cousin et ne le ménageait guère. Il critiquait le premier avec vivacité les hésitations, les hypocrisies de l'empereur au grand plaisir de Victor- Emmanuel qui était souvent fort mal à laise entre la politique d'action de Maxzini et de Garibaldi et la politi(iue de statu f/uodes Tuileries.
Dans cette société de révolutionnaires hongrois, polonais, italiens, nous nous ihniandonsji^fquà quel degré le prince Napoléon pouvait prendre la défense des intérêts de la France.
Pendant quelque temps du moins ces intérêts durent être singulièrement négligés.
Lié avec le général Klapka, qui lui-même était lié avec Mazzini, et Victor- Emmanuel, il se trouvait dans les confidences du grand agitateur qui contrecarrait sans cesse la politique de Napoléon III.
Situation équivoque s'il en fut. Rien de plus louche d'ailleurs, de plus embrouillée que la conduite des partis italicus à notre égard et à légard de Victor-
Einmamiel. LesMazzinions etGnvibaldiens se sont toujours dits répuldicains et aniis des exilés de l'empire. Ils ont ainsi conservé une situation indépendante. D'autre part, ils ont déclaré après la guerre qu'ils respecteraient la dynastie de Savoie si celle-ci leur donnait l'unité italienne et Rome pour capitale.
Comme ils étaient, en 1860, si peu nombreux qu'on eût pu les compter sur ses doigts (selon l'expression de l'un d'eux), ils avaient un intérêt réel à ne pas renverser une roj^auté populaire pour une république impossible.
Mais du côté de la France en était-il de même?
Après s'être servi de la France, Mazzini n'avait plus d'autre désir que de se débarrasser d'elle ; de l'empire d'abord, puis des liens de reconnaissance qui pouvaient rattacher son pays au nôtre.
Aussi, en même temps qu'il poussait le roi galant homme en avant, avait-il soin par ses organes populaires, d'éteindre le prestige des armes françaises, le souvenir des services rendus et de se plaindre avec amertume des obstacles que la politique des Tuileries opposait à l'unification de l'Italie.
Et les républicains français faisaient le jeu de cet habile ourdisseur de trames, aveuglés par la haine du pape et de l'empereur.
Le prince Napoléon n'ignorait rien de la stratégie mazzinienne et devait en prévoir les prochains résultats ; mais lui aussi était aveuglé par deux idées fixes : l'héritage de l'empire et la haine du parti clérical.
Dans l'entourage de son beau-père, si l'on parlait très librement de Napoléon III et de sa femme, on réservait pour la France militaire et libre-penseuse les éloges les plus flatteurs, l'expression des plus vives sympathies. Rien ne faisait pressentir à la cour de Florence les idées anti-françaises qui déjà y germaient et les vues tournées secrètement vers la Prusse.
Le prince Napoléon n'en pénétra rien et jusqu'au moment fatal il s'illusionna sur les véritables sentiments de nos alliés de Solférino.
L'avenir nous réserve sans doute bien des révélations sur cette étrange situation du prince, français par son père et italien par sa femme, jeté entre deux courants d'ambitions contraires.
Dans ces salons du Palais-Royal où résonnaient les accents les plus divers : polonais, hongrois, italien, on agita le problème délicat des nationalités à reconstituer et des frontières naturelles. Après l'unité italienne il semblait naturel de s'occuper de l'autonomie hongroise, de l'unité allemande.
Pour connaître à ce sujet la pensée du Palais-Royal, on n'a qu'à se reporter à la politique que soutint V Opinion- Nationale, rédigée par M. Guéroult, un des protégés du prince.
Le journaliste de l'ordre de Saint-Maurice et Lazare fut un des premiers à applaudir à l'écrasement du Danemark par la Prusse, en 1864, ce coup d'essai (|ui préparait le coup de maître de Sadowa.
Le journal le Temps (comme toute feuille d'opposition, du reste), possédé par des Alsaciens, rédigé par Neftzer, applaudit également aux premières victoires de M. de Moltke, contre sa patrie d'origine et à l'annexion du Schlewig.
Soyons justes, si Neftzer, comme nous le montrerons plus loin, était plus
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(ioinine on le voit, le j^jArhis s'accroît <lo jour on jour dans des proportion» rabuloUHUB et noun allons arriver bientôt >\ une époque où nous ne verrons plus en Kiiropo «pio deux hommes ([ui sachent ce qu'ils veulent et pourquoi ils le veulent : le comte de hismarck et Ma/.zini.
L'intrijîue italienne, après la K»»"^i*ro do Danemark, tend déjà à renouer se» lils à ceux de l'intrij^Mio prussienne. Ma/zini se tourne déjà vers Hismarck et soiiiîe à entrer en relations avec lui. D'antre part. Hismarck devait déjà penser \ l'alliance italienne.
Toutefois, jusqu'en 1867, rien de leurs secrètes intentions n'avait transpiré, et les relations entre les deux hommes politiques ayant été directes, le prince Napoléon les i^,'nora.
L'année 18137 porta dans ses derniers mois toutes les foudres qui devaient éclater en 1870.
En 1870 M. de Moltkc vint coucher aux Tuileries, et se plaifjnit des courants d'air. Le roi de Prusse dit à M. Haussmann :
— Paris sest bien embelli depuis ISKi.
Bismarck s'assura que le bandeau qu'il avait mis, à Biarritz, sur les yeux de notre emi>ereur, tenait bien.
Berezowski tira, au bois de Boulogne, sur Alexandre II.
Le prince Napoléon présida à l'organisation et aux fêtes de l'Exposition universelle.
Et les canons Krupp obtinrent une médaille.
Encore quatre ansf...
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SOITE DES SALONS POLITIQUES DU PALA.IS-ROYAL. — l'ITALIE ET LA PRUSSE. —