‹ Histoire du Palais-RoyalChapitre 83 sur 126 · CHARLES DERMONT · texte numérisé non relu

CHARLES DERMONT

Charles Dermont avait chez son père une chambre (pii donnait sur la rue de Valois, en attendant qu'il eût choisi un appartement en ville. Nous le retrouve-

ron^ 'Iniis et' |)io(l-i\-lorn', un tii:itiii, assis (lovant un pelil lnjrr.m, orru|M' ^ sa forri'spondanre.

On fra|)])a i\ la porto, ut Hiir sa lûpoiiHu, un jeune liuiiime se prÔHciita ilc la part ilo M. Fonlana. ajin-s îivoir (l(Mnan<l<' selon l'nsnRo: c'est hicii à M. CliailoM Dorniontiiuejai l'IjuiMieur lio m atlressur?

Il (Hait porttMir d'un é(Tin ot d'une farturo do 2,.H00 francs acquittée.

Charles ouvrit la petit»" boilo do velours, y jeta un re^^ard satisfait, puis il lira de son bureau, trois billets de bamjue et trois piC-ces dOitiui ;ill.Mi(l;ii.iii li (,,-.

ture.

Lors(iuo le roniniis se fut retiré, il prit tm carré de papier saub cbitlre, »au» uianiuo oi écrivit les lij^'nes suivantes:

Chère Madame,

Permoltoz-nioi de me rapjioler à votre souvenir on joi^mant à l'expression du vif désir que jai de vous revoir, un objet trop simple et trop peu encombrant pour être refusé.

Un mot devons me rendrait bien heureux.

L'inconnu de Marseille.

Cela écrit et mis sous enveloppe, il le serra dans son portefeuille en se promettant de le faire remettre avec l'écrin, par un commissionnaire qui attendrait la réponse.

Puis, pendant une demi-heure, il examina des comptes et fit des chiffres.

Ce travail ne lui donna point de résultat satisfaisant et il murmura dans sa moustache quelques mots incohérents:

— Embêtant... Maisil le faut... Qu'en fait-il? Allons-y.

Et il se leva pour se rendre chez son père avant l'heure du déjeuner. Il avait besoin d'argent. Depuis deux ans, il avait été mis en possession de son héritage maternel, mais en réalit' il n'en avait point l'entière jouissance.

11 lui avait laissé par déférence l'administration d'un grand domaine où chaque année M. Dermont allait faire louverture de la chasse et passer quelques mois. Ce domaine appelé les Islettes rapportait douze mille francs et ce revenu joint à celui d'une maison à Paris et de diverses valeurs, constituait pour Charles trente mille livres de rente. 11 ne dépensait guère que la moitié, cependant le trop riche cadeau qu'il venait de faire lui avait laissé voir le fond de sa bourse et pour la première fois il songeait à demander de l'argent à son père sur le revenu des Islettes.

Celui-ci venait de prendre son chocolat et en attendant le coiffeur se reposait somnolent dans un fauteuil américain. C'était l'heure où il supportait le plus mal un dérangement. Entre le sommeil et le retour à la vie active il avait besoin de

quelques heures de transition, pour se débrouiller et se remettre en train. Il était alors assez maussade, paresseux et irritable à la fois.

— C'est toi ! fit-il. Qu'y a-t-il de nouveau ?

— J'ai appris que le prince se prépare à un prochain voyage et que la Reine Hortense l'attend à Marseille.

— Oui, eh bien? désires-tu l'accompagner?

— Moi, grand merci ; je ne m'ennuie pas encore à Paris ; mais je voulais savoir si tu étais du voyage.

— J'irai jusqu'à Marseille.

— On m'avait dit...

— Qui donc se permet de pressentir mes intentions ?

— Ah! ne te fâche pas. D'ailleurs c'est aux boulevards un journaliste dont j'ignore le nom ; et puis en définitive où est le mai?

— J'irai jusqu'à Marseille.

— Où tu t'arrêteras quelques jours ?

— Pourquoi cette question?

— Eh bien, dit Charles, je vais te le dire, c'est qu'avant ton départ je te prierai de me donner de l'argent.

La physionomie de Dermont père se rembrunit.

— Que signifie ? fit-il, tu es déjà à sec; tu vas bien et cela promet! Mais je n'ai pas d'argent à te donner, mon garçon.

— Pardon.

— Comment?... et lequel, donc, je te prie?

— Mais celui des Islettes ?

— Ah ! tu veux manger les Islettes?

— Je n'ai pas dit cela ; je demande un acompte sur le revenu du domaine ! je ne songe pas à attaquer le capital.

— Mange tout si cela te plaît, tu en es libre. Je vais écrire à l'intendant que je cesse de m'occuper des Islettes et que désormais il ne corresponde qu'avec toi. Est-ce là ce que tu désires.

— Tu as de l'humeur, cher père, et je ne crois pas en être cause, car il n'y a vraiment rien de déplacé ni d'excessif dans ma demande d'un modeste acompte sur une rente à laquelle je touche pour la première fois.

— Tu n'en as pas besoin. Dix-huit mille francs de rente doivent te suffire, puisque tu n'as point de maison, de domestique, d'écurie ; puisque tu ne joues pas, et n'es encore d'aucun cercle. Est-ce ta maîtresse qui te ruine? à ton âge, moi, je me contentais fort bien de celles des autres ! Dans ces sortes d'affaires, mon garçon, lebailleurde fonds n'est pas toujours le mieux servi. Je neveux pas me mêler de ce qui ne me regarde plus, mais charitablement je te rappellerai ce que je te disais autrefois : La plus coûteuse et la plus dangereuse des folies est celle de prendre une maîtresse... tant qu'on est jeune. Ces liens, qui semblent légers, peuvent devenir des chaînes, compromettre votre indépendance et votre avenir.

— Sur ce point, mon père, tu peux être tranquille. J'aime le plaisir, c'est de mon âge, mais j'aime ma liberté, et je réserve l'avenir.

650 Ilisrulllli UL l'ALAIS-IlOYAL

— Soiigo !\ to miirlor (1 iihorU, roprit lo \u'yo. Colto j^niiulo airiiro n''Kl»*<\ tu sauras sur quoi y'u'<\ lu dois vivre.

Puis devenu moins ombrageux.

— Mais voyons, roprit-ll, jo no veux i»as tn chapitrer «oiimw un i^iiiiiin, et d'autre part, si je prends en main tes intTr»" Is, jo no prétends point lini|»osor mes ^oùta pour l'épargne; combien te liiul-il?

— ('inq millo francs, répondit Charles.

— De suite ?

— Avant ton départ.

— Domain, je te les remettrai.

Puis avee lassitude :

— Il m'est toujours pénible do causer d allaires au saut du lit.

— .Il' m'en vais; mais je n'avais pas le clioix d»' l'heure, puisque tu n'es jamais chez toi.

Sur ces mots le père et le fils se quittèrent satisfaits l'un de l'autre ; mais cependant, nous pouvons déjà le dire, le père gardait de cette entrevue une certaine ini|uiétude «jui s'explique d'un mot :

Au lieu de capitaliser et do faire fructifier les revenus des Islettes, il les mangeait ; et il entrevoyait le jour où son fils lui demanderait des comptes.

Charles sortit du Palais-Hoyal et descendit la rue Saint-Honoré à la recherche d'un commissionnaire, ce (jui devient de plus en plusdiflicile à trouver. Il en découvrit un enûn et le chargea de porter à Kniilienne sa lettre et son cadeau. Il le suivit afin d'avoir de suite la réponse et il lit sagement, car à peine le savoyard avait-il monté l'escalier de la damo (ju'il le redescendait rapportant l'écrin et un billet. Kinilienne lui disait :

€ J'aurais accepté de vous une Heur; si je refuse ces bijoux ne voyez dans mon refus que le désir de garder votre estime.

• Mêliez- vous; vous êtes activement surveillé de jour et de nuit. »

— Comment le sait-elle? se demanda Charles. Voilà qui est singulier Le billet se terminait par la promesse d'un rendez-vous.

« Dans huit jours je vous dirai où nous pourrons nous revoir. »

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