G ÉTAIT UN LEURRE
Un hanquier juif que Bismarck employait souvent à sa diplomatie secrète, M. Bleiclmeder, était cliargéde faire indirectement, sans engager en rien la res-
LlV. '/4. A. Fayard, éditeur.
Mfl IlISToIlli: Itl- PAI.AIS.ROYAF.
poiiKaliiliti* tlii g<"»uvtM'ni'iiiL"iil . 1 uiivoiliir'' «l"» c»' pn'-li'iMln luuirl ilrnf i . \ u,- ,-{ il 8«'tnit n<lrp8Hé h M. StolTel.
•' Il on n f'tf^ qiiPstioM à Var/in, dit niticlmoilor, mais ou uo n'y «liiHimtile ]»aH (|no p'^ur y unionor rnupcroiir, il stMail n/'ccKaairo i\no M. do nisinarck ^t lo roi s'«Mifja}(eussont à douuor dos ^farantlos RérioiiROS nottemont oxpriin^fs pnr ^'crit, «•fllo do no rl»»n cntivproiulrcou vue d'arriver h une union avec le S?ud. »
M. SlofM fut dupo de r.oftn ruse : il ajoute en ^'adressant h M. Pi^trl :
.> Il est iiicontostiM"^ que l'idro d'uu*^ entrevue s'«'lal)ore on re niomeut-cl; je la ro^^arde d'autant plus eerlainc quo deux journaux prussiens l'ont mise en avant oos jours dcrnitMS. •-
Il s'agissait siuipltunent d'oldonir du ^ouvornemenf impérial (ju'il r.niinl'it par ^'orit les garanties et les avantages ipi'il dt^sirait.
On entra eu pourparlers. I.a Hussjc lit observer (pi <'lle n'avail au( une raison de s'opposer h la r»''Uuion delà Jirlgiipu'à la Fraix-p. pourvu que Napoléon déclarât 1 énoncer !\ jamais aux j)ays rhénans.
M. Henedetti fut chargé de répondre à ces avances et de déclarer que l'empereur trouverait dans l'annexion delà lielgiquc uneromponsationsunisanto auxagmnilisseinents de la Prusse.
La note de M. Benedetti était tout ce que désirait M. de Bismarck. Il en communi(pia aussitôt des copies à Bruxelles, à Londres et à Saint-Pétershourg.
Dans les papiers do< Tuilorios on trouva la note suivantr' destinée :\ notre ambassadeur h Berlin :
« i^i la France se place hardiment sur le terrain des nationalités, il iujporte d'établir dés à présent qu'il n'existe point de nationalité belge et de fixer ce point essentiel avec la Prusse. Le éabinet de Berlin semblant, d'autre part, disposé à entrer avec la France dans les arrangements qu'il peut convenir à la France de prendre avec lui, il y aurait lieu de négocier un acte secret qui engagerait les deux parties. Sans prétendre que cet acte fût une garantie parfaitement sûre, il aurait le double avantage de compromettre la Prusse et d'être pour elle un gage de la sincérité de lapoliliiiue ou dos intentions de l'empereur. Il convient de ne pas se dissimuler, quand on connaît le caractère du roi de Prusse et celui de son premier ministre, que les derniers incidents diplomatiques comme les dispositions actuelles du sentiment public en France ont dû les raffermir dans la conviction que nous n'avons pas renoncé :\ revendiquer la frontière du Rhin. Pour être certain de trouver à Berlin une confiance nécessaire au maintien d'une entente intime, nous devons nous employer à dissiper les appréhensions qu'y a toujours entretenues cette éventualité. Ce résultat ne peut être obtenu par des paroles, il faut un acte, et celui qui consisterait à régler le sort ultérieur de la Belgique de concert avec la Prusse, en prouvant à Berlin que l'empereur cherche décidément ailleurs que sur le Rhin Textension nécessaire à la France depuis les événements dont l'Allemagne vient détre le théâtre, nous vaudra au moins une certitude que le gouvernement prussien ne mettra pas d'obstacle à notre agrandissement dans le Nord. »
Cette note, sans signature, avait été très probablement écrite sous la dictée
de l'empereur et était destinée peut-être à M. Benedetti; peut-éùe, disons-nous, car, de tout temps, il y eut toujours deux diplomaties, l'une officielle et l'autre secrète, c'est-à-dire personnelle au chef du pouvoir, Louis XV ou Napoléon III.
Quoi qu'il en soit, dans la famille impériale, il n'y avait qu'une personne qui tînt à la nationalité belge, c'était le prince Pierre, puisqu'il avait en Belgique une propriété.
L'histoire de ce temps, encore trop près de nous, n'est que très imparfaitement écrite; les meilleurs documents, qui serviront à la faire plus tard, ne sont pas encore sortis.
Aux intrigues italiennes et allemandes dont nous avons donné ici quelques feuillets, il faudrait pouvoir joindre l'intrigue française. Napoléon III, qui, dans sa jeunesse, appartenait aux sociétés secrètes, resta toujours un conspirateur. Nous l'avons vu dans la conspiration des carbonari. De ses relations avec Mazzini est sortie fatalement la guerre d'Italie.
L'unité italienne, pour déguiser ses origines inavouables, se para d'une théorie funeste : la théorie des frontières naturelles et de l'indépendance des nationalités. M. de Bismarck en profita pour faire l'unité allemande.
Quand la puissance de nos voisins nous porta ombrage, notre gouvernement, afin de garder quelque prestige, désira obtenir un agrandissement de territoire. On s'y attendait ; on s'y était préparé ; on lui en fit faire l'aveu par écrit ; on alarma les petits États, et enfin on montra au monde que, si par la fortune des armes on nous enlevait une province, nous n'aurions pas à crier au voleur, nous qui avions prémédité l'annexion d'un royaume honnête et loyal voisin.
Ces ruses cousues de fil blanc eurent pour première conséquence d'illusioHner et d'endormir leur auteur.
Napoléon III, jusqu'au moment critique, c'est-à-dire pendant quatre ans, de 1866 à 1870, pensa jouer les Allemands et obtenir une solution avantageuse et pacifique, comme Bazaine à Metz pensa jouer Frédéric-Charles et obtenir une capitulation avantageuse. Quand l'un et l'autre eurent perdu leur temps, ils furent pris sans condition, à merci, dans les ficelles de leur propre diplomatie.
Lequel de ces deux politiques, de Napoléon III qui livra la France, ou de Bazaine qui livra Metz, fut le plus insensé et le plus coupable? Tout ce que nous pouvons dire, c'est que Napoléon III, averti des desseins de la Prusse depuis quatre ans, au lieu d'employer ces années à se préparer, les a perdues. Il y avait de quoi penser qu'il tombait en enfance.