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POUTRAIT t)E NAPOLÉON PAR SAINTE- BlîaVE. ' — LETTRES A i.A PRINCESSE
MATHILÎXE.
Sortons un moment de la politique et reprenons l'histoire anccdotique. Quelques volumes publiés par le secrétaire de Sainte-Beuve, auxquels nous avons
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«lrj:'i ••tnpnintô lo dlnor du viMMlr«'(|i-^:iiiil. nous initiont à la vie iiiliino des AItoss«>s iinprriiih's, fl .siiiloiit do la piinrrs^o Mathlldc.
Af.« lettrei n la prmte»$e, disons-lo loiit dn suite, font honneur \ la WWv du roi .Irrôinc. Klles sont vonuos, hourousouuMit pour ello, î\ l'heurn do l'infortune, où rourtisaiis, parasites, faux amis s'éloijiiicnt, 80 taisent et cèdent lu place aux caliMiiiiiatciirs.
Dans cotte longue correspondance do neuf années, il est très rarement queslion de politiipje; presipie li.utcs les pa;,'es ne touchent, de leur stylo alerte et sohre, (jn'à des tinestions d'art, de litlrratiire, de philosophie, ou à des œuvres do bienfaisance. Elles s'adressent évidemment à un esprit cultivé, épris de tout ce(}ui peut contribuer à l'élever davanla;,'e, vi non à une f<MM me frivole, à une intelli^îeiice vulgaire ou amoindrie pur l'éducation cléricale et fausse que reçoivent la plupart des femmes.
La princesse était-elle << dianlrement séduisante », comme le disait Gavarni? Nous n'avons jamais eu l'occasion d'en jn^er, et nous ne demandons pas mieux que de le croire, atiii de mettre d'accord lo portrait moral avec le portrait physique.
Mais une lettre d elle à Sainte- Heu vo va vous la peindre tout entière. On venait de jouer j)our la première l'ois, au Théàtre-Frant.ais, le Lion amoureux, de F. Ponsart, et le lendemain M. Sainte-Beuve recevait ce compte rendu éloquent, dont une copie s'est retrouvée dans ses jjapiers.
« Samedi ('20 janvier 18(JU)... La pièce de Ponsart a réussi. — Elle m'a ravie, — d'abord parce qu'on y parle français, que les sentiments qu'elle fait naître sont français et qu'elle est jouée admirablement bien; mes vieux sentiments républicains se sont tous réveillés; je serais partie avec les républicains pour exterminer les royalistes, ces mauvais Français. — J'ai essayé de siffler lorsque le père de la jeune femme, qui se convertit à la jeunesse d'un général républicain, et qu'elle épouse envers et contre tout, auquel Hoche vient de donner sa liberté, tjuand ce vieil émigré gracié lui dit : — Allons, ma fille, chez les Anglais.
« J'ai été contente de moi. Je puis encore sentir vivement etpatriotiquement. Mais le public a été forcé d'applaudir malgré lui ; — il y a des pensées fières et fortes, superbes. J'ai passé une bonne soirée.
« Les gens qui ne pouvaient critiquer disaient nonchalamment : « Poui-quoi remuer tout cela? »
€ Quel esprit ! quelle faiblesse! quelle lâcheté !
« Quant à moi, comme je ne suis pas assez noble pour av«jir eu des parents guillotinés, je n'ai eu (jue les roses de la révolution : je l'aime, je la comprends, sans excuser ses crimes; mais je suis indulgente pour ses erreurs et je voudrais voir tous les Français en sentii* la grandeur et la défendre... »
On s'étonne de trouver si républicains les enfants du roi Jérôme. Rien de plus naturel, cependant, lorsqu'on y pense. Les Bonaparte ont appartenu à la république avant de recevoir des couronnes et des chaînes de la main de Napoléon. Le roi de Westphalie n'était nullement aristocrate ; il était peuple. Il avait aimé la révolution, il en avait propagé les principes; ses enfants avaient, dans
l'éducation la plus libérale, puisé des sentiments patriotiques et des idées républicaines. Non seulement les invités de Saint- Glratien étaient les esprits les plus distingués de leur époque : Taine, About, Renan, Gauthier, Flaubert, Sainte- Beuve... mais les salons de la princesse restaient accessibles même à des personnalités hostiles à l'empire. Ainsi, en juin 1868, Sainte-Beuve écrivait :
« Robert Hait est un nom de guerre... 11 est du Midi, et a été d'abord chez des prêtres, et en a souffert, et a appris à les connaître. Il connaît beaucoup madame Ghampseix, qui a écrit elle-même de très remarquables romans, sous le nom d'André Léo. Vous pourriez les faire demander, princesse. Ce sont des philosophes. Robert Hait connaît beaucoup mon secrétaire Troubat, et il a même été quelque temps son professeur dans le Midi, ce qui lui donne environ quarante ans.
« Eh bien, le croiriez-vous, princesse? au ministère de l'intérieur on a refusé l'estampille à Madame Frainex. C'est ainsi que l'empereur est servi par des idiots ou des peureux, ou des hypocrites de pudeur. Voilà donc un homme de talent dont on gène le succès tant qu'on peut. »
Ces philosophes, recommandés à la cousine de l'empereur, étaient, l'une, la femme d'un proscrit et le futur auteur du roman Les pauvres bougres et du journal communeux La Sociale, l'autre un rédacteur du Rappel.
L'esprit d'intolérance ne soufflait pas sous les ombrages de Saint-Gratien.
Autre exemple :
« Mais je croyais, princesse, que vous aviez lu ces livres de MM. Erckmann- Ghatrian. Je m'étais même avancé jusqu'à dire à ce dernier, M. Ghatrian, ({ue Votre Altesse le verrait avec plaisir. J'étais bien un peu étonné que le Conscrit de 1813 eût passé si coulamment, mais je m'étais dit que la princesse prise le talent et la vérité avant tout. »
Voici quelques lignes écrites le lendemain d'un déjeuner au Palais-Royal.
Princesse,
((Merci, merci! Tout s'est bien passé : nous avons ri, causé, un peu raillé. J'ai dormi au retour. Je n'ai que ma fatigue générale (fui est grande et luibituelle; mais la journée a été une riante et heureuse distraction. Oh I je m'explique bien toute cette incohérence 1 Vouloir trop, embrasser trop à la fois, réunir des éléments contradictoires, éminents et fougueux, être à l'étroit dans une vie qu'on se fait trop pleine, avoir des passions maîtresses, une intelligence maîtresse aussi, et qui juge toute chose, avoir des talents, et l'un surtout à un haut degré dont on ne sait que faire et à qui il est interdit d'éclater ' ... Convenez-en, il y a là de quoi faire gronder et un peu rugir ceux qui sont de la race des lions. »
Ou se souvient de la lettre où l'empereur inflige un blâme à son cousin pour le discours prononcé en Corse en 1805. Sainte-Beuve écrit à ce sujet •