‹ Histoire du Palais-RoyalChapitre 96 sur 126 · HUBAINE · texte numérisé non relu

HUBAINE

Mieux informé, M. Hubaine aurait pu dès la veille, 3 septembre, télégraphier au prince que M. de Kératry, ayant reçu de Bruxelles la première nouvelle du désastre de Sedan, avait convoqué une réunion de trente-trois députés et leur avait offert d'attaquer à main armée le gouvernement de la régente. Ces députés avaient discuté et voté la liste des membres du futur gouvernement.

Le télégramme que nous avons cité fut quelques heures plus tard suivi d'un dernier où le secrétaire annonçait au prince que M. Jules Favre et ses amis avaient constitué à l'Hôtel de ville un gouvernement dit de la Défense nationale auquel M. Trochu s'était rallié.

A trois heures la Chambre avait été envahie. MM. Pietri et Chevreau, auxquels se joignirent les ambassadeurs d'Italie et d'Autriche, MM. Nigra et de Metternich, supplièrent l'impératrice de quitter les Tuileries. Celle-ci leur opposa quelque résistance, bien que dès la veille elle se fût préparée au départ et eût déjà fait prendre à ses bagages le chemin du Nord.

Enfin elle reçut les adieux de ses serviteurs, remercia le général Mellinet, chargé de la défense des Tuileries, et suivie de ses derniers amis, sortit du château. Elle traversa le Louvre en suivant les galeries du Musée et se dirigea vers la colonnade. La place Saint-Gerraain-l'Auxerrois était déserte lorsqu'elle y descendit.

M. Pietri alla chercher une voiture de place ; l'impératrice y monta et accompagnée de MM. Nigra et Metternich se lit conduire à la gare du Nord.

L'empire n'existait plus.

En apprenant cette catastrophe le prince Napoléon tint ce propos qui de sa part manquerait de générosité :

« Allons, dit-il, c'est ainsi que devait finir mon cher cousin. Deux fois dans sa vie il aura trompé tout le monde : la première en se faisant passer pour Brutus, et la seconde en cherchant à faire croire qu'il pouvait être César. »

Ce mot cependant est vivement contredit par la lettre suivante qu'il adressa à son cousin en apprenant la capitulation de Sedan :

« Je demande à vous rejoindre, lui dit-il, aujourd'hui surtout que toute défense de la patrie est impossible pour moi, après les événements de Paris. Quelles que soient les conditions qui me seront faites, je m'y soumets d'avance pour être auprès de vous...

« Je prie Votre Majesté d'accéder à la demande que je lui fais et que j'adresse au roi de Prusse. »

Napoléon III refusa cette olïre. Alors le prince Napoléon se rendit en Suisse, à son château de Prangins où vint le rejoindre la princesse Clotilde qui avait quitté Paris le 4 septembre.

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L<- (it^part ilfcetto derniôre s'iHait atuotiipli le [>\n-> lniiii|iiiil«Miii-iit •iu iiioiiili*. I^^ Palais- Royal i^tuil pnihiblo. 11 n'entrait alors pour rinii daiiM les prvocciipatioii'i lU' la fouliv Sur l'ordr»' «lu piiiicc t»n <'n avait riilcv»' . <'iiiliall<'' <;t oxp/*»li.'' \ la ^-arc (U* Lyon, tont rc ipi'il < cinliiiait ilc pin* pr<Miciix. T^a in^nic prccanlion avait ri»'* prise à Mouilun.

On a (li"i n'inaripuT pendant la rrRencf, à llicuro <lo rinfortunu, lalmeiue «len Altessor; impériales aux Tuileries. Ni (ilotilde, ni Matliilde n'apporteront d'ainiralos consolations à l'impératrice. Ces trois femmes, on a dit (jucUes laccu' isaieiit hautement d'<^trc la cause de nos malheurs. Quoi qu il en .soit, chacune d'elles s'en alla do son oùlé.

A la gare du Nord les colis de la idimesse Matliilde étaient lelleintMit considérables, qu'ils excitèrent des murmures et que peu s'en fallut qu'on ne les saisit.

Le peuple envahit les Tuileries, mais sans s'y livrer aux emportements (jui les dévastèrent plusieurs fois. Le Palai.s-Uoyal ne fut pas respecté, mais oublié. Los gardes nationaux s'en emparèrent sans le mettre à sec, comme en IS'iS.

Le jardin garda également sa tramiuillité. On y li«^ait beaucoup de journaux, mais on n'y pérorait point. U avait conservé son liublic ordinaire, composé en grande i»arlie de mères de famille, de bonnes et denfants.

Le soir, la musique de la garde municipale y exécutait la Marseillaise, le Ckant du Dé'inrt et le Rhin allemand, musique de Félicien David :

<• Nous l'avous eu votre Rbio allciuaad « Il a Icuii daoà noire verre! »

Mais le deuil était dans les cœurs et Ion applaudissait sans enthousiasme. Ce calme mélancolique était d'uu plus houuète aspect que l'agitation des boulevards, où mille ordures et mille insanités de la plume et du crayon s'étalaient à des ficelles tondues d'arbre en arbre.

Matin et soir, dans les allées du Palais-Hoyal, les citoyens fai.saient leur ;qiprei)tissage militaire et, armés de bâtons provisoires s'exerçaient à marcher au pas et à porter arme. Les Prussiens marchaient sur Paris.

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