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LE PALAIS-ROYAL PENDANT LE SIÈGE ET SOUS LA COMMUNE

Le Palais-Royal allait-il revoir les Prussiens ? Beaucoup le pensaient et avec raison. La route de Paris était ouverte. Ses murailles n'étaient pas armées, ses approches n'étaient occupées par aucune troupe, sa garde nationale n'était ni exercée ni nombreuse, enfin il n'était approvisionné ni en vivres ni en munitions.

Le 5 septembre le roi de Prusse faisait son entrrée ù Reims ; le 6, ses éclaireurs parcouraient déjà le département de Seine-et-Marne, et cependant qui eût osé parler de l'entrée probable des Prussiens à Paris eût été hué.

Paris était plus patriote en 1870 qu'en 1815, et si les vainqueurs s'étalent avancés plus rapidement et par un coup de main s'étaient emparés de la ville ils n'auraient pas reçu le scandaleux accueil que l'on y fit aux alliés après Waterloo. Nous avions subi trop d'humiliations et depuis deux mois l'orgueil national avait trop souffert.

Paris se prépara donc de bonne foi et sérieusement à soutenir un siège. Il y avait déjà soixante bataillons de mille hommes chacun ; l'effectif des nouveaux fut porté à douze cents. Le 14 septembre, wn décret alloua une solde de Ifr. 50 c. par jour à ceux qui le demandaient, et la garde nationale fut ainsi portée rapidement à 260,000 hommes, nombre qui fut dépassé de beaucoup dans la suite, car, d'après le rapport du comte Daru, au 30 septembre, il avait été distribué de 835,000 à 340,000 fusils.

Pour diminuer le nombre des bouches à nourrir, au lendemain du 4 septembre on expulsa2,794 prisonniers valides, 10,132 vagabonds et 1,100 filles publiques ; mais la plupart de ces individus, sortis par une porte rentrèrent par l'autre, et malheureusement le nombre des repris de justice inscrits dans la garde nationale peut être estimé à 30,000 environ \

Dès le 4 septembre, l'escadre de l'amiral Bouët-Willaumez avait été rappelée

1. Selon (l'Aiirelles de Paladiae de 30 à 40,000, et aelon Trocbu à 25,000.

006 JII.STolHK 1)1 l'M.AIS-HOYAL

j\ CluMboiir^ . r«Mj (le jours iipii'S, l'ursoiial inmitimo do rotto villo r<»iiti il.iiait i\

l'iu iiHiiKMil (les forts dt» lu t*a|tit;ilt'.

l'iiis arrivrrrut les soldats de inariiio et do nonil>r<ii\ hatailloiiH d<' iiiol»ilf8

qui, n'Miiiis aux \?7,(M)() conscrits ranicn<''S Raina et saufs deM«'zièro.sparIeKÛn«''ral

Viuoy, coiiinosiTJ'nl uuo uruico rt'^^uliùro.

Lo li) soptombre les éclaireurs prussiens coupèrent les li^neH de chemin de

fer, Paris ferma ses portes; il était assiégé et déji\ presque romplètomenl investi.

Upe vie nouvelle, pénible, étranj^'e, douloureuse l)ientùt. avait commencé pour

la population.

N'oiis n'avons pas à raconter l'Iiislolro du si ••;,'•> ; la jjarlio luilitairc setrouvo

dans le rapport do létatinajor allPiuaiid ; la partio morale, celle qui a trait à la

vij intellectuelle, aux mœurs, aux passions, aux sentiments des assiégés est encore A faire. Ce ne sera pas la moins curieuse assurément ; mais elle ne peut être écrite de notre temps. Nous sommes trop près des faits et des hommes ; puis le

public a accepté les fables qu'on lui vend d'habitude au lendemain de ces immenses malheurs ; elles le tlattcnt et il les aime ; la vérité sera pour ses enfants. Mais nous y insistons, quoi Paris curieux que celui de 70 pour les Zola de l'avenir I

î^ans doute vices et vertus s'y sont montrés dans leurs proportions ordinaires, mais avec plus de relief. Toutes les filles odieuses de l'éf^oïsme: l'ambition, la cupidité, l'avarice, s'étalèrent cyni(iuement, s'épanouirent sans vergogne en public, écrasèrent beaucoup de monde, mais en scandalisèrent bien peu.

Le gaspillage des vivres, l'incapacité de Troclui et des avocats du 4 septembre réduisirent les pauvres aux plus cruelles privations et exaspérèrent toutes les souffrances. Ce que les membres du gouvernement dit de la Défense nationale ne comprenaient pas, Bismarck l'avait prévu. II avait soutenu qu'il y avait d'énormes inconvénients et de grands périls à bloquer complètement et à afïamer Pari.'î. On devait nécessairement, selon lui, si le siège .se prolongeait développes dans le sein de cette immense cité, d'aveugles et formidables passions. «Je m'attends pour ma part, disait-il au roi, à voir un dénouement qui dépassera en fureurs et en désastres tout ce que les historiens nous ont raconté de la prise de Jérusalem. Plusieurs centaines de mille habitants peuvent périr dans les hor reurs de la faim ou dans un vaste incendie. Votre Majesté portera la responsabilité de cette catastrophe. »

Les prédictions du chancelier se réalisèrent, comme l'on sait. L'exaltation, très vive en septembre, devint du délire et de la folie en février et en mars. Ceux qui ont été de la garde nationale et qui ont fait la queue doivent se rappeler les étranges propos, les idées inouïes, qu'ils y entendirent parfois.

Dans les commencements, lorsque l'imagination n'était pas encore affolée et hallucinée par la faim, quand les Parisiens possédaient encore un sang-froid relatif, leur toquade était de voir la trahison et l'espionnage partout. Dès le premier jour du siège, le 19 septembre, la foule surexcitée par la déroute des conscrits de Châtillon, se mit à faire le soir la chasse aux espions, aux prétendus fai-

Vas-tu te taire, nom de D....I cria l'agent furieux.

seurs de signaux. On en voyait particulièrement aux étages élevés, d'où l'on pouvait avoir vue sur la campagne. L'habitant d'un cinquième n'avait qu'à faire sécher un mouchoir à sa fenêtre, ou le soir en se couchant il n'avait qu'à déplacer plusieurs fois sa lumière et il était dénoncé comme ayant des intelligences avec l'ennemi.

Une vieille dame fut longtemps surveillée et faillit être arrêtée, à cause des ombres que son perroquet projetait le soir sur les rideaux en grimpant le long de son perchoir.

LlY. 77. A. Fayard, 'dlÊur.

010 iiisToiiii'; ni; taiais-iidyal

Sans iloulc It's l'jii^.Mfiis aviiifiil à l'.iiis (les ns|iioiiH, coinino «ohm t-ii ;n ions i\ Vorsaillea ; mais lo gouvernement ilo lu DéfonHO leur lainsait peu de cIkjmj à faire. Il pornieltail à uno preaso bavarde de raconter dans leurs moindreR détail» tontes noH misères, nos rôvos, nos projets ot les siens, et lorsqu'il s'apiiiVtaitî\ faire une sortie, il s'tMnpressaitd'on informer le monde par des afli» li^s. L'espion prussien ;\ Paris jouissait «l'une vi-rilabie sinôcure.

Sil travaillait c't'tait pour faire du zèle et avoir l'air do gagner son argent, autrement ([u'on partageant la misère des i

l/ennemi possi'ilail depuis longlcnii ['lans do Paris, par arrondisse-

ments et par iiuartiers, annotés de tous les renseignements désirables pour une arnu'c d'occupation et de réquisition, et pendant l'exposition universelle de is»i7 M. de Mollko avait utilisé ses loisirs à relever, lecrayon à la main, toutes les jiositions stratégiques de notre nouvelle banlieue ; il avait choisi ainsi l'empla» cmcnt de ses batteries de siège.

Ooe pouvait-il désirer <le plus ?.., Que restait-il encore à faire à «les espions laissés dans Paris?

C'.o sont des points de détail à écLurcir.

Mais la population assiégée ignorait tout cela et se taisait d'étonnanles illusions. Elle croyait fermement au danger des espions, comme plus tard, vers la Un de la crise, elle crut aux généraux vendus... sans réfléchir que puisqu'ils étaient incapables il élaitinutilede les aclieler.etque si l'arm' ' en'en-

trait pas dans Paris, c'est qu'elle élait retenue par d'autres c ■ - politi-

ques et militaires que celles du danger d'un assaut. On le verra plus loiu.

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