‹ Histoire du Pape Alexandre VI, et de César BorgiaChapitre 5 sur 7 · IB · texte numérisé non relu

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par Louis XII , qui voulait faire valoir ses droit» à la succession des Yisconti^ droits qu'il tenait de son aïeule Yalentine , engagea Frédéric à ne pas irriter le Pape , dont on aurait bientôt besoin , si ritalie était de nouveau attaquée ; Frédéric resta inflexible. Il répondit que le danger d une seconde incursion française paraissait à la vérité imminent, mais qu'il se reprocherait davantage les suites bien autrement dangereusesd'une alliance qu'il aurait lui-même formée.

Cependant les craintes du duc de Milan seréalisèrent; le Pape, n'espérant phis rien pour son fils du côté de Naples, se tourna tout-^-fail vers k France. Deux mois après Tavènement de Louis XII, il envoya trois nonces extraordi*» naires pour le complimenter, et l'engager en même temps à faire donner à César cette même fille de Frédéric, nommée Charlotte, qui était élevée depuis quelque temps à la cour de France, et sur le sort de laquelle il s'imaginait que Louis voudrait bien s'arroger quelques droits. Louis promit d'aider César, tant sur ce point que dans ses autres poursuites d'honneurs et de grâces, à coiMiUtîan que le Pape, à son tour,^ non - seulement favoriserait le roi dans sesen^ treprises de Milan et de Naples, mais pour le^

la» 137 c«( moment >lui accorderait la diAsoIution de son mariage ayec Jeanne de France, stérile et difforme, qu^il n'arait épousée qu'en Tue de ne pas irriter Louis XI, dont elle était fille, dissolution qui devait être suide des dispenses nécessaires pour lépouser Anne, duchesse de Bre«tagne, et veuve du roi Charles. De plus, il demandait le chapeau pour Georges d*Amboise, archevêque de Rouen , son ministre et son ami.

Alexandre condescendit à ces diverses demander, et résolut de courir avec son fils la fortune de la France , par qui seulement il es-^ pérait alors d'élever sa mafeon. Il tint un consistoire, où le cardinal César, qui s'était auparavant concerté avec son père, déclara que ^ depuis ses premières années, son inclination l'avait porté vers le siècle ; que c'était seulement pour obéir aux ordre» absolus de Sa Sainteté qu'il était entré dans l'Église , avait accepté la pourpre et reçu l'ordre sacré du diaconat ; mais qu'il reconnaissait plus que jamais combien il Ivii était impossible de rester dans un état auquel ses dispositions naturelles étaient si contraires. En conséquence , il suppliait humble«ment Sa Sainteté d'avoir égard à des penchans inTincibles, et de permettre qu'il rentrât dan^

le siècle, et contractâf un légitime mariage. Eu même temps , il pria les seigneurs cardinaux d'intercéder pour lui auprès du Soureraio Poo-* tife, i qui il résignait toutes les églises, abbaye» et dignités qu'il pouvait avoir reçues. Les cardi* naux, d'un aeeord unanioie, remirent la déei^ sion au Pape, qui, déclarant à mn tour ne pouvoir pas plus long^ecnps forcer des inclina'»tions si marquées, accota la rbnonciatioo , et accorda la dispense demandée.

César se hâta de quitter la pourfHre et d'en^ dosser Thabit français. Le même jour, il reçut M« de YiUeneuve, que le roi lui envoyait exprès pour raccompagner dains son voyage» à Paris.

Après avoir pendant un mois prodigué à ce gen* tilh4)cnme toutes les caresses imaiginablâ ^ et tous ks honneurs dont pouvait. être flatté un envoyé du roi, il partit avec lui pour la eotur de France, emmenant à sasuite Paiul.J<9r<ian Qirsinio^ et plusieurs autres prineipaïux barons et cbeva* liers de TÈtat Ecclésiastique» S'il faut en croire les. bruits du temps, il se fit éigâlenient aceom-^ pagner d'un trésor, tel que poti^ail le désirer Tambitiéux César, allant dans une coar éteacH gère du premier ordre épouser nneJfiHe de roi, et voulant étaler une piompe analogue à sesliau<-

tes prétention»» On cite, comme un trait de ma^ guifieenoe inouï à cette époque, un nombre con«sidérable de superbiîs chevaux , ferrés d'or.

Ferdinand et Isabelle, voulant rompre les intrigues d^ la France avec Rome, envc^^èrent auprès d'Alexandre deux ambassadeurs extraordi^ naii«es» qui » malgré la demande qu'ils en firent,, ne purent être reças en plein consistoire, et n'obtinrent qu'à grand'peine d'être présentés au Pape^ entouré de six cardinaux seulement.

Ces amrbassadeurs se plaignireiat.du changement d'état accotdé à César, et surtout de son voyage à la cour de Louis XIL Hs demandèresit it Sa Sainteté, au nom des peuples chrétiens dont le repos allait être menacé, de vouloir bien rappelas l'ex-eardij^al , et dé le faire rentrer dans son ancien état»

Le Pape r^ondit que la chose étaot faite,' ^t que d'ailleurs il n'avait pas été possible qu'elle ne le fût point. Les ambassadeurs passèrent de» plaintes aux vifs reproches; des bumblos sup-* plications, aux menaces. On s'échauffa des deux côtés; raltercatioo en vint au point que, les* am« bassadeurs ayant denvandé qu'on fît venir vnt notaire et des témoins pour recueillir leur* pro-

«a» 140 «I tentation solennelle, selon le comtnandeinent qu'ils en avaient reçu de leur cour, le Pape, indigné, les fit sortir de sa présence, en leur disant qu'ils allassent protester chez eux.

Après un Yoyage où il fut niagnifiqu€aient accueilli partout, arriva à la cour de France César Borgia, que nous appellerons à l'avenir le duc de Yalentinois ; Louis XII , voyant qu'il tenait beaucoup au nom de Valence, quoiqu'il eût résigné l'archevêché de cette ville espagnole, lui accorda l'investiture de Valence ^n Daupbiné, avec le titre de duc etune pension de vingt mille francs , outre pareille somme à lui assignée pour la conduite de cent lances. >

La pompe de son entrée et la splendeur habituelle de son train obtinrent les applaudissemens unanimes d'une cour accoutumée à l'éclat. La manière pourtant dont il rechercha d'abord ses avantages, dans les négociations qui curent lieu, se trouvant un peu:étrangère aux coutumes françaises , alors encore assez franches et loyales, malgré les exemples de Louis XI, excita quelque indignation , même dans l'esprit de Sa Majesté et des principaux ministres. Pensant qu'il vaut toujours mieux compter sur les

la» 1^1 «e$ «spàrat^e» des hommes que sur leur reconnafissauce 9 et bien qu'il eût apporté la bulle de dispeDse pour le mariage du Roi , avec Anne de Bretagne, il supposa ne l'avoir pas reçue encore, ajoutant qu'il l'attendait chaque jour. A vrai dire , son père en la lui remettant, lui avait conseillé de la faire valoir pour le mieux et de la publier dans le temps qui lui paraîtrait le plus opportun. Mais le roi fut instruit de cette finesse. Il consulta ses théologiens. Ceux-ci répondirent que , pour la sûreté de la conscience , il suffisait d'être certain qu'une bulle avait été expédiée, bien que, par la faute d'autrui, la publication n'eût pas lieu. Alors , il contracta publiquement et consomma son second mariage , le premier ayant été dqà solennellement déclaré nul.

Le: duc de Yalentinois, se voyant ainsi déjoué, prit le parti de présenter la bulle. On rapporte qu'ayant su par qui: le secret avait été trahi , il fit emprisonner quelque temps après cet imprudent révélateur, qui était un évéque, ancien nonce ordinaire du Pape en France.

Le roi et le duc désiraient avec une égale ardeur la confédération projetée. Us touchaient au QQOnleut d'avoir aplani tous les ' obstacles qui

pouvaient se rencontrer encore. Le inarriag:^ de César a?ec la princesse Charlotte paraissait assuré, le roi ayant donné sa parole, sans autre réserve que le consentement de la princesse ellemême, consentement qui ne paraissait pas douteux. Le bruit public à ta cour donnait ce mariage comoie très-prochain. A Rome, il passait non-seulement poar conclu , mais pour consommé.

Cependant, la ferme l'ësolotion de la jeune princesse déconcerta les espérances de la politique. Elle déclara ne vouloir point pour mari un prêtre , fils de prêtre , un fratricide , un homme infâme par sa naissance, et plus encore par ses moButrs. On me sait point sH faut absolument faire honneur de ce noble refus à la princesse, ou si le roi Frédéric son pète l'exigea. Quelques-uns même oot écrit que Louis XII, se jouant d'Alexandre et de son fils , Tarait secrètement sug^é.

Pour rendre son union avec le Pape plus ferme que par un mariage avec la fille de son compétiteur à la couronne de Naptes, le roi eut la pensée défaire entrer le duc de Yalentioois dans sa profHre fonitlle, en lui donnant la fille d«

roi de Mavucre iià conditioD que le Pape ferait à^cette {>fiiooes«e deui; cedt aiille écus de dot, ellélèierait au oardinalat Monseigneur d'Albret, don frère, proiootioa qui eut lieu peu de temps aprèftc • . » I. . . • . .. -i

.Quand le projc^t de mariage avec U princesse Ch^^rWtte eut écboué , te d^o de Milan ne mun-* qua pas do proposer au Pape une ligue nouvelle entre iSa Sainteté, les Florentins, le roi Frédéiic et lui, Oe,tte ligue devait aider Alexandre à combattre les.vics^irQS de l'Église , contre les prétention^ desquels 11 av^it , ainsi que son fils , tçurné ses pensées ; et de plus, on promettait une. forte somme pour acbett^r k César un bon État en

l.e P^pe , à l'effet d'endormir «fs voisins , feignit,yde prêter l'oreiUe^ à ces propositions; il voyait bien qu'en cei moment l'alliance avec les Français était plus avantageuse , par la chaleur que donnait à leurs desseins un règne nouveau. Florence, un des plus désirables appuis de toute entreprise, soit-contre Milan, soit contre Naples, flottait encore; et cette hésitation même f^is^it ranger sotvs les bannières de la France les ducs de Savoie ^ de Forrare , les vicaires de

rÉglise ; et, ce qui était d'un plus grand poids / la république de Venise. Menacée parles grands préparatife de Bajazet, sur terre et sur mer, elle ne Toulait pas s'attirer sur les bras un second ennemi, non moins puissant et avec leqael il n'était pas possible de rester neutre* D'ailleurs , les " anciennes inimitiés qui existaient entre cette république et le duc de Milan , peut-être aussi la promesse d'être appelée au partage des conquêtes à faire , étaient des motifs de délei^ mination assez puissans. On disait alors publiqu4?ment à Venise, qu'il valait- mieux avoir pour voisin un roi qu'un traître. Cette qualiâcation odieuse , Louis-le-More se l'était attirée , non-seulement par ses fourb^ies habituelles, mais par ses anciennes intrigues, dans les affaires des Vénitiens avec Pise , et tout récemment encore par des manœuvres concertées avec le roi de Naples , pour lancer Bajazet clans une guerre à laquelle cet ambitieux sultan n'était déjà qUe trop porté.

Le Pape, ayant bien considéré cet état de choses, demanda que la première Condition de son alliance avec Louis XII fût remplie. En conséquence , un courrier extraordinaire vint bientôt apprendre à Sa Sainteté que le mariage

entre le duc de Yalentinois et Mademoiselle d*Albret, d^àit été célébré le lo mai , et consommé le 12. Elle apprit en même temps que, le jour de Pentecôte, le duc son fils avait reçu des mains mêmes du' roi Tordre de Saint-Michel, le plus recherché alors dans toute la chrétienté.

Du moment t}u*à ces conditions et à d'autres plus tard connues, le roi se fut assuré d'A* lexandre et de César ; et que , d'un autre côté » Talliance eut été conclue avec les Vénitiens, à qui furent promises Crémone et la Ghiaradadda^ il résolut de se mettre en marche. Son conseil n'était pourtant pas de cet avis , pensant qu'on n'avait pas amassé encore des sommes sufE*^ santés, et qu'une année de plus, employée aux préparatifs de la guerre, en assurerait d'autant mieux le succès.

En vertu de sa résolution propre et partîcU* lière , le roi fit partir pour le Piémont, où Ton tenait son parti , le nombre de troupes qu'il crut nécessaire, sous la conduite de Trivulce ou Tri^ vulzio, italien, de Louis de Ligny , français -, et d'Evrard Stuart, dit d'Aubigny , écossais. Il se rendit lui-même à Lyon , pour presser les mou* vemens etpasser les monts au besoin. Le due de

YalentiDois, le caifdinal de la Rovère et plusieurs seigneurs italiens, tnéeontens de Tétat actuel des choses dans leur pays» étaient à sa suite.

Les succès de Louis ne furent pas moins pro* digieux dans le Milanais que ceux du roi Charles rivaient été dans le royaume de INaples. Les Sforzes se virent tout à coup délaissés par leur* parens et amis , trahis par les capitaines même en qiii leur confiance était plus grande et jiaraissaît le mieux fondée , abandonoés par leurs isu^ets , qui ^ dans un changement prochain ^ croyaient voir , ainsi, qu'ont jfeit tant d'autre» peuples , le remède aux maux soufferts. A l'approche de l'ennemi tombèrent les citadelles les mieux fortifiées. Les Français d'un côté , les Vénitiens de l'autre , s'avançaient en vainqueurs* Vainement le duc, aux aBois, essaya sur le peuple de la capitale l'effet d'un discour» très-pathétique ; sous ses propres yeux, le tj:ésoriér-général fut assassiné,, et.il se vit contr^iint, avec son fils et le cardinal Iseagne, d'abandonnet Milan, après avoir confié le château à la foi de Bernardine da Certèé La cour de l'empereur MaximiKeii fut son asile; il vint y demander protection et secours.

»> U7 ee$ On lie saurait dire à (juel point l'arrivée des troupes de France, en Italie, et leurs premiers succès élevèrent Taudace du duc de Valentinois et de son père. Ils se communiquaient par des courriers fréquens leurs espérances et leurs desseins ambitieux.

Or, il arriva que le Pape, après un consistoire tenu fort sècrètemetit, envoya au duc son fils, alors à Lyon , auprès de Louis XII, un certain Giacorno, qui avait été maître dliôtel de* César, dans les temps de son cardinalat. Les dépêches confiées à ce Gîacorno renfermaient des instructions sur la manière d'employer les forces do roi et de faire servir son autorité à l'agi andissement des Borgîa, ainsi qu'à l'oppression des plus grands princes d'Italie. Le dfuc de Milan n'avait pas encore quitté ses' États; îl frft averti à temps par son ambassadeur à. Rome, qui avait pénétré le secret de ces dépêches ; on arrêta le maître d'hôtel à son passage dans la capitale de la Lombardie, et on le contraignît de livrer ks pièces mystérieuses dont il était porteur.

Le Pape, à cette nouvelle, fut saisi de ratgé. Ludovic Sforze, qui savait de quoi Alexandre

^»» us «e$ était capable, fit prévenir son ambassadeur ef les gens du cardinal Ascagne qui étaient encore à Rome* Us eurent le teipps de sauver leurs per^ sonnes et leurs biens, avant que le Pape eût donné Tordre de fermer les portes de la Tille.et de ne laisser sortir personne , sans une expresse permission du gouverneur; ordre que suiyit immédiatement celui d'arrêter tous les individus attachés au service des Sforzes. Un seul valet de chambre , ignorant ce qui se passait, se trouva pris. L'archevêque de Gènes, les évêques» de Sestri et d'Alatri , Monsignor Marini , proto notaire du Saint-Siège, en même temps que du duc, toutes personnes attachées au 'cardinal Ascagne, se retirèrent dans le palais Colonna.

Alexandre envoya lui-même le gouverneur et son secrétaire des brefs signifier au cardinal Colonne de livrer suT-le -champ tous ceux qui s'étaient réfugiés auprès de lui. Le cardinal ;lit 4es représentations qu'on n'écouta point, et auxquelles on oppo^sa même des ordres encore plus rigoureux. Craignant les suites d'ujie plus longue résistance, il trouva le moyen de faire entretenir et amuser dans ses appartemens le gouverneur et le secrétaire des brefs , tandis que , profitant de la nuit, il s'évadait de son palais

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avec les serviteurs du cardinal Ascagne et se dirigeait vers sa terre de Nettuno.

Le gouverneur et le secrétaire s'étant aperçus du tour qu'oïl leur avait joué en donnèrent avis au Pape » qui , transporté de fureur , manda incontinent y quoiqu'il fût un peu plus de minuit » monsignor Luigi Capsa, évêque de Pesaro et régent de la chancellerie. Il le fit garder toute la nuit par le dataire , et , le lendemain , après les plus sanglans reproches sur des intelligences qu'il lui supposait avec le cardinal Ascagne , il lui demanda un état détaillé des biens apparte-* nant à ce prince de l'Église, puis le congédia, mais dans un état de'ssrisis^Êtnent et de peur tel que peu de temps après ce pauvre régent de la chancellerie mourut.

Le même jour furent exercées par le gouverneur de Rome et ses officiers les plus scrupuleuses perquisitions dans le palais du cardinal Ascagne ; mais on ne trouva point ce qu'on cherchait, et Ton sut bientôt que les objets les plus précieux avaient été portés dans un monastère de femmes. Alexandre les fit enlever , et se les appropria, tl y avait, entre autres curiosités, les douze a^)Atres eu argent.

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Un nommé Pierre Çaldès , conou sous l'appellation de Piétro • employé dans le9 apporte^ mens secrets du Pape, eut le sort, peu rare en ces tepips-là , d'être tué par trahison et jeté dans ïc Tibre. Il fut apparemment isoupçoooé d'avoir trop p^rlé.

Cette découverte d^s intrigues tramées par les Borgia pour l'élévation de leur maison tourna d'abord , comme on voit et comme nous aurons occasion de le voir encore, au (Préjudice des Sforxes ; et les tentatives faites pour déjouer des projets ambitieux n'ayant pas réussi, ne ser^ virent , avec des hommes armés de tant d'im-p pudence et d'audaea, qu'à rendre l'exécution de ces projets plus prompte et plus sûre.

Commençant par ce qui dépendait plus particulièrement de lui, Alexandre déclara sa £Ile, Lucrèce Borgia d'Aragon, gouvernante à vie de Spolète et de son duché , avec tous les émolu^ mens, droits et juridictions compétens. Et d'autaqt que les actes les plus avantageux et les plus agréables paraissaient ne plus Tétre , s'ils ^'étaient accompagaéa d'un faste, d'un» éclat qu^ réjouît ^a vapité et fit. le tourment des envieux, il voulut que la princesse allât se mettre

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en possession de son gouvememeot , sous la conduite de don Geoffroî , son frère , et aVec la suite la plus brillante. Il faut observer que , dans ce même temps, don Alphonse d'Aragon, son mari, venait de l'abandonner, sans prendre congé du Pontife , dont le ri^sentîment fut très* fîf,; il s'était retiré dans une terre des Colonnes comptant passer de là dans le royaume de Naples , pour la ruine duquel les Borgia conspiraiei^t assez visiblement avec la France.

Lucrèce ne se montrait jamais en public à Rome, qu'avec un cortège de deux cents chevaux, montés par les premières dames et les plus illustres cavaliers de la ville. ËUe avait tou^ jours à sa suite les prélats attachés au palais et lés intimes du Pape. Dans les isolennités de l'année sainte, on vit des évêques lui dire la messe , pendant que d'autares lui donnaient le bras ou lui rendaient de ces services qu'on ex^ge seulement des plus bas domestiques.

Un jour après le départ de Lucrèce pour son gouvernement, le cardinal Jeaû Borgia, petitneveu du pape, fut déclaté en consistoare léjgat à Latere de tout le monde chrétien. Le faste ordinaire des Borgia fut déployé dans cette occa-^

tao 152 <«( âioii. On donna au légat une suite noiabreuae d'archevêques , d'évêques , de prélats et de ca-» ▼aliers de la plus haute di&tinction , toutes per^ sonnes qui fondaient dé grandes espérances sus la fortune d'un petit -neveu de Sa Sainteté»

qi^is qiii ne se doutaient guère que le duc de Yalentinois saurait bientôt arrêter ce cardinal daqs sa marche , comme nous le verrons ci-i après/ ^

Cet essor que prenaient le pape et les siens devenait chaque jour plus audacieux et plus vaste ; car lés nouvelles qu'on recevait du rd Louis étaient chaque jour plus favorables. Le plus important succès fut la reddition du châ^ teau de Milan. Le gouverneur s'était laissé corrompre par l'or que lui offrit Trivulce.

Louis XII partît de Lyon,, suivi de sa.cour et du duc de Yalentinois, qui pénétrait toujours plus avant daqs ses bonnes grâces^

Le Pape , comme à Tenvi des succès du roi , voulut ajouter à son domaine propre ce qui res^ tait de biens au cardinal Ascagne ainsi qu'à ses adhérens. Il se rendit ea conséquence , aceoixi* pagné de quatre cardinaux et de sa cour, à

Népi» ville qu'il avait auparavant donnée lui* même au cardinal Sforze, pour )e récompenser de son suffrage au conclave , çt dont il lui plai«« sait maintenant de se remettre en possession. Lucrèce et Geoffroi, son frère, vinrent trouver le Pape en ce lieu. Don Alphonse, oaari.de Lucrèce, y vint aussi, poussé par son mauvais génie, et séduit par des caresses nouvelles malgré les rai* sons qu'iKavait eues précédeminent pour s'éloigner.

Après un séjour agréable à Népi, Alexandre, de retour à Rome ,. crut qu'il était temps de son-^ ger à dépouiller les barons Romains pouf.enrir chir ceux de ses fils et de ses neveux qui ne pouvaient point acquérir par la voie des armes, comme le duc de Yalentinois se préparait à le faire. Sous prétexte de je ne sais quel délit, fut tout à coup enfermé au château Saint -Aag^ monsignor Jacomo Gaëtano , pxotonotaixe apos« tolique, fils d'Honorato : en même, temps, le fds unique d'un autre Gaëtano , jeune homme plein d'espérances , qui était resté dans, le monde comme l'unique soutiea de cette maison , fut pris en trahison et étranglé. Sa Sainteté déclara que Sermopeta et autres lieux rpley^nt des Gs^tano étaient dévolus J^ la chambre apos-

tolique; maiiÉ, dans le fait, il eii fit une Teote simulée à Lucrèce , qui parut les acheter de la chambre au prix de quatre-vingt mille écus.

' Ce[iei>dant le 6 octobre de Tan i499> ^^ ^^^ de Franoefit' soi^ entrée solennelle à Milan , avec toute la mragnificence et la pompe qu'on devait attendre d'un tel prince , de la plus brillante cour de l'Europe , d'une armée qui , pour ainsi dire, n'avait pas versé une goutte de sang ni perdu un seul homme , et d'une ville qui , s'étant d'elle-même soumise, n'avait rien à regretter de cette splendeur, de cette opulence, qu'elle montrait alors au plus haut degré.

D^ tous les* princes Italiens à qui Louis XII avait fait des promesses, le duc de Valentinois ftrt le premieir à reconnaîti-c qu'elles étaient sincères. Outre une déclaration solennelle de la proteciSon que lui accordait le roi dans l'entreprise formée contrôles vicaires de la Romagne , troîs cents lances, eommand^espar Ivés d*Allègre furent misés à sa disposition , ainsi que quatre mille Suisses^, éous les ordl'es du bailli de Dijon. Le prénïier corps était à la solde du ix)i; le i^feond devait être à celle du Pape. Cinquante mîHe ducats fureïiten outre prêtés à la chambre

dpoHtoUque par le comoierce de Mifeo. Le légat Jeau Bor^ et le cajdinal de la ftovèpe cau-^ tionnèrent cet emprunt. Le eardioal de la Ro* yère^ qui jusqu'alors s'était méfié des Boifia, peM}^issa, dans cette oc^casion , entraîner par ramitié étroite qui le liait au .roi^ Mais cette complaisauçe ne devait point sauver les maisons de Montefeltre et de la Rovère^^ quoique toutes deux eussent été mises sous là spéciale pro« tection de la France, et. qu'en ce même tempa Jean de la Rovëre , préfet de Borne , eût >été nommé capitaiae général des Florentins , con^ fédérés avec Louis.

Tandis que César se disposait ainsi à faire taloir le sort des armps contre les vicaires de la Romagoe» Alexandre mettait en avant, pour la même cau^e, divers/ prétextes de, raison et de justice. ' ' -r î

Durant les révolutiods suscitées en Italie par les Guelfes et les Gibelins , ainsi que pendant la longue absence des Papes ', retirés à Avignon ,i la plupart' des villes d^ la Romaghe, de la Marche et de TOmbrie avaient été usurpées par des familles qui , selon les circonstances »

avaient obtenu , siHt des Empereurs , , soit des

Souverains Pontifes, la confirniâtion d'un pouvoir qui cherchait à s^ faire légitimer. Mais depuis que les armées impériales ne se montraient plus avec tant de prépondérance en Italie , c'était à ràutorité du' Saint-Siège que ces familles usurpatrices avaient eu surtout recours. Elles reconnaissaient le domaine suprême et direct de rÉglise, recevaient l'investiture des mains pontificales , s'obligeaient à un cens aunliel, et prenaient, au gré de leur Sui^ràin, successeur des apôtres, le titre de seigneur ou de comte, de 'marquis ou de duc, mais phis généralement celui de vicaire de l'Église.

On déclara, non p^s simplement en consistoire, mais par sentence déjuges, que lesdits seigneurs ^ ou n'/avaient pas payé le cens aux termes convenus , ou avaient enfreint les conditions de l'investiture et manqué à leurs devoirs de vassaux. A raison de quoi on prononça que leurs domaines rentraient en la possession de l'Église, et celle-ci nommait pour son capitaine-général, leidnc de Valentinois , avec charge de les recouvrer, ou plutôt de les prendre pout lui-même, sous une investiture nouvelle.

Voici quels étaient ces seigneurs : les Sforza ,

dePesarOylesAfa/nf^^it, de Rimini^ led Af aitj^i/f , de Faenza^ les Riarii, d'Imola et de ^Forli i les JTarani, de GamerioO) ]c$ Moniefeltri ^ ^'Urbino» Mais afin de porter des coups plus assurés , on résolut de ne fulminer la bulle qu'au moment où Ton serait on mesure de l'appuyer vivement par les armesl

Après un mois de séjour , le roi partit de Milan ^ où il laissa Trivulce , gouverneur d'une conquête pal affermie. Le duc de Valentînoîs partit aussi; et tandis qu'il faisait marcher sa troupe vers Iraola , dont la prise déviait, être son opération première, il se rendit en poste a Rome , y entra incognito , et y resta trois jours ^ pendaat lesquels jl eut de.longuesat secrètes couf férences avec le Pontife , puis il rejoignit son année, emmenant avec lui les troupes de Sa Sainteté; et, sans plus dé retard , il se présenta devant la viUe menacée^

Peu propre à une défense, et abandonnée de ses maîtres, qui s'étaient retirés! à Fbrii, Imola fut obligée diC se rendre à cotnposîtion , ainsi que le château. D'Imola , lé duc vint avec rapidité se jeter sur Forli. Dans cette pk(ee était entrée ^ avec toutes les forces de l'État, Catheriae

âfonîa, vetive de Jérôme «t mère il'Ohaviaiw Riam^ ' femate d'tme rare pnidebcê et d'un courage vjril , msdA qui , prirëe de tout seeours , ne poissait pas réwter toikg-^temps aux armes pontificales» Si pourtant l'attentat audafeieux d^un de ses sujets eût réa^st , eette femme géné-^ reuse aurait pu voir son État et l'Italie entière délivrés de la tyrannie des Borgia.

Un certain Tomasino, musicien du Pape , était retourné de ForK , sa patrie , à Rome , avec une lettre supposée de lat communauté de Forli, par lacfuelle^ Sa Sainteté était suppliée d'admettre les habitans à composition : cette lettre était imprégnée d'un poiison si subtil et si violent^ qu'il eût suffi de l'ouvrir pour s'ea iofeeter et mourïr peu de jours ou même peu d'heures après- To«na«hio portait sa lettre dans une canne pfPcée.tPour s'introduire -aiippès du Pape, il fit demander un de ses compatriotes portant le même nom que lui, et sous la garde duquel était une porte des appartemens pontificaux.

Il lui confia son dessein. L'un et l'autre étaient fort attachés à leur seigneur ; une prompte ré-^ solution fut prise. On ne sait par quel moyen Alexandre découvrit èe qui se traînait contre sa personne. Les deux Tomasino furent arrêtés,

»» 459 flcai conduits au château et forcés» à des aveox^ Lq musicieur à qui i'oU'4eaiau^a s'il m'aTait paiâ songé qu'eu voulant exécuter un tel crime y ri courait à une moirt certaine, féponidit qd'il n'avait eu qu'une pensée , à savoir que la dame Catherine ^ Sfor;5a , do»t il était le sujei , une iois k Pape mort, sei^it délivrée- de la/giHérrë que lui faisait le Yalentino. . . .

Le matin de ce même jour et avant l'arrestation de ces deux hommes, le cardinal Raphaël Riario, oncle des seigneurs d'Ioaola^ et de Forli , prétextant d'aller à la chasjse^, avajd; passé de Rocne à Monté- fiotondo*^ Delà, ne.gard^at à^veo lui que trois serviteurs, il s'était rendu f^ deit chemins peu fréquentés à .Sarzane, Mais Catherine ne put se déroiber aux trfforta dir%és<ooix*tre eîle. Déjà les murailles étaient eataniéas; les fossés eomhl^s offraient un accès à l'ennemi; les défenseiirs de la ville ne voyaient pluis de résjgt^n.çe à. faiiiç. Çathctrine paurtant n'iavait ao^ cueilli encore aucune proposition ; elle ne voulut céder qii'à la nécessité, et Consentit à se retirer,. suivie des siens, dans le château, qui se présentait comme un dernier refuge*

Cette retraite se fit avec tant de confusion ,

par une soldatesque découragée , que les assaillaos purent entrer sur les paé des assiégés. Le carnage fut horrible. Catherine , restée prisonnière , fut envoyée au château Saint-Ange. Elle dut , peu de temps après , sa délivrance , à Tin^ tercession dlves d'Allègre et de la république deFloreûce. Jean de Médicis, fils de Pierre Fran-' çois, répousa parla suite, et la rendit mère de cet autre Jean^ qui fut un des plus illustres capitaines de son siècle , et qui donna le jour à Gosme, premier grând-duc de Toscane.

On eût pu penser que les habitudes cruelleâ du duc de Valentînois, se contenteraient des victimes que la gtierre lui offrait ; les choses pourtant n'allèrent point ainsi. Dans le même temps qu'il faisait aux Riario une guerre ouverte , il dressait des embûches à son propre parent, le cardinal JeanBorgia , nommé, comme nous rivons dit , légat à Latere^ et lé faisait empoisonner, sans autre^motif , peut-être, que le penchant à la douceur/dont ce prélat , ami du feu duc de Gandie, avait donné des marques.

Ce fut au camp devant Forlî , à Sa propre table , et en violant tous les droits de l'hospitalité, que César fit administrer le poisom Le cardinal,

la» 161 «d qui devait se rendre à Romey prit la poste ep se levant de table. Arrivé à Urbîno , il ressentit les premières atteintes; mais, voulant braver un mal inconnu, il poursuivit sa route. Ayant appris que Forli venait de succomber, il se décida à rebrousser cbemin pour aller féliciter le duc de sa victoire. La mort l'arrêta à Fossombrone.

Son corps fut porté à Rome , et eù^eveli sans pompe à Santa- Maria del Popolo , où son ami, le duc de Candie , l'attendait* On ne fit aucune recherche sur les causes d'une mort si préma* turée.

César n'était pas encore entré dans Forli, lorsqu'il fit assassiner à Rome Don Juan Gervi* glione , homme de naissance et bon soldat, qui était alors capitaine des gardes de Sa Sainteté , et s'était rendu fort coupable, sans doute, puisqu'il n'avait pas voulu que sa femme , de la maison Borgia , se prêtât aux impudiques fan-^ taisies du duc. Le malheureux fut atteint par des coupe -jarrets à la solde de César, un soir qu'il retournait chez lui, après avoir soupe chez des amis, qui voulaient l'empêcher de sortir seul, sachant à quelles inimitiés il s'était exposé. Un des assassins , lui demandant son nom ,

l'arrêta par ciu coup porté dan$ 1^ poitrioe; un aiitre fit tomber sa tété à ses pieds.

Le gouverneur de Rome^ ayant porté plainte ail Pap^ de ce crime, put s'apercevoir que ^a iré^ii^ssîte lé rendait,^ aux yeux de Sa Saiptc^é, beaucoup moiiiSi odieux qu'un autre attentat de ce genre , qui n'avait pas été accompli et pour lecjtiel naguère elle avdit montré une vive indignation. C'était contre Monsignor Degli Spiriti , de Yiterbe , protonotaire participant , et hopi^^ie fort ricjiie, que ce coup, dunt^ en apparence, on eut tant d'horreur , avait été dirigé. Nous verrons plus tard ce même prélat^ engagé en d'autres périls, par suite de ses liajsotia jivec les Ursins^, dans le palais dciquels il chercha un asile en cettfe première occasion.

Ainsi, la guerre ouverte faite par >î père et le fils, sous la protection d'uu roi puissant et victorieux , contre les princes qu'on ne pouvait dépfosséder que par la force, donnait une activité nouvelle à cette goerr^e secrète du poignard eft du^ poison , qui fouxAissàit des dépouilles et procurait des trésors pour aliiDeôti^fr ,1^ première.

Après Monsignor DegU Spiriti, vint le tour

^ 163 ami de Môns^îgtfc^r Agnellî , de Afantoue , archevêque de Cosenza, clerc de la chambre apostolique et vice-légat de Viterbe. Ce qu'il possédait fui partagé ^n trois lots : le duc de Valentrnoîs eut les biens et Targcût ; François Borgia , Farlîhevêcheî et la plâ<^e dé clerc de là chambre fut rendue, pour la somme de cinq mille six eentg dticat&, à Venturo Bed^Assai, marchand siennois , qiii devint par-là bomtne d'importance à la èùut.

Alexandre avait établi pour règle que touis lies biens ecclésiastiques vacans Itii étaient dévolus. Il ne reconçaîssaît, ni à cardinal, ni à prêtre, k facuhé de tester. S'il arrivait que quelqu'un d'entre eux eût disposé par testament de biefis liôn possédés à titre de bénéfice , Alexandre substituait aux exécuteurs testamentaires le gotiverneuar de Rome, qui ne savait remplir èette charge qu'en envoyant au palms^ po^ntiâcal tout ce qu'avait laissé le défunt en mobilier et en espèces, laissant au dataire le soin de vendre'les bénéfices. Le trafic des bénéfices prît une si grande e^xtensîon et devint si scandaleux, à ce que rapporte le cardinal Bembo dans ses histoires , que les princes séculiers se virent contrainte de défendre à> leurs sujet* d'y prendre

^»> 164 œ^ part, sous peine d'exil et de confiscation des biens. ,

Cinq mois ne s'étaient pas encore écoulés depuis la fuite des Sforzes et l'entrée des Français à Milan que la plus grande partie de la noblesse et du peuple, lassée de la domination étrangère , avait engagé le^ anciens seigneurs à venir reprendre possession du pays. Les Sforzes rassemblèrent le plus de troupes qu'ils purent, surtout parmi les Suisses, ces auxiliaires intéressés, que les ducs de Milan avaient les premiers pris à leur solde; puis ils rentrèrent dans leurs États par cette même route de Cômo, qui les en avait vus sortir. Us furent reçus avec un tel essor d'enthousiasme, que Trivulce n'ayant pas assez de soldats pour le con^primer et pour repousser l'ennemi , demanda des secours à Venise; il rappela, en même temps, Ives d'Allègre et le bailli de Dijon, qui étaient avec leuxs troupes dans l'armée du duc de Valentinois.

Celui-ci, trop faible alors pour de nouvelles entreprises,, reprit le chemin de Rome avec ses soldats, qu'il ne voulut pas envoyer au secours de Trivulce.

L'entrée du duc à Rome fut un triomphe où

se déploya tout le faste de la famille. C'était le 26 février de Tannée i5oov Quoîqu'en un tennps de jubilé, on se livra aux folies du car-^ naval avec une licence extrême. Ce fut apparemment cette licence qui inspira au. duc l'idée de représenter , dans une mascarade , le triom* phe de Jules César avec des chars et des cos^ tûmes antiques. Il figura comme personnage principal dans cette représentation, qui plut infiniment au Pape. Sur ses enseignes, on voyait écrit en lettres d'or : O Cesare nulla, ou César ou rien.

Le quatrième dimanche de carême , il fut élevé à la dignité de général et gonfalonier de la Sainte-Église. Dans le serment qu'il prêta en cette occasion , il se qualifia : César Borgia de France, La décoration précieuse de la Rose d'Or fut un accessoire de son grade.

Une querelle qui survint au milieu des fêtes entre deux soldats, dont l'un était bourguignon, et l'autre , français , troubla la joie du gonfalonier. Autant soigneux alors de ne pas déplaire à la France , qu'il avait été auparavant pour elle un implacable ennemi, il voulut en vain, par les plus brillantes offres , arrêter la fureur du bour-

^^> 166 iÇl

guignpn qui ét?ît l'offeMé. Cet hooim* persista ;. îl y eut un duel, et Ip français fut tué» Gés^ir dît qiji'il eût préfiérié à ce malheur la per^e de vingt mille ducats. Les hommes étaient chers eu oetemps - là ; mais seulement les hommes de guerre; car, dU reste, on s'assassinait pour peu de chose.

L'aJffiectation que les gens de la maison d'Au* triche mirent à fêter leur compatriote vainqueur^ la joie que montra DonaSancia d'Aragon», femme du prince de Squillaci, blessèrent nve* ment le duc. Cette princesse fut bientôt punie de sa partialité dans la personne de sa tante^ la^ reine Béatrix de Hongrie, dont Je Pape cassa le mariage avec le roi Ladislas , qui^ après avoit* reçu d'elle sa fortune , la trouvait maintenant trop YÎeille. Béatrix fut de pkis condamnée k payer vingt-cinq mille ducats pour les frais de la sentence.

Tandis que les ennemis de la France faisaient «cdater une joie si ridicule pour la Yictohre d'un soldat bourguignon , ils avaient à s'affliger des nouveaux malheurs arrivés aux Sforzes. La promptitude avec laquelle le roi Louis envoya des secours , et la trahison des Suisses forcèrent

»> i«7 ^ le duc dfe Milan à qtiîtter une seconde fois ses Éiats. DécôiiJ^ert par (ie« perfides a«xiliaîr«R^ dont il avait pris l'habit , pour assurer sa fuite , îl tomba au pouvoir d^s^ Prànças^

Le cardinal Àscàghè,sott frère, égalemerlt trahi par ceux eh qui sa confiance devait êtrie plus entière, fut pris par Charles Orsino., CoH^ dottlere des Vénitiens , et tntehé à Venise avfiç ice qui restait des trésors de là famille.

I n serait difficile dlmaginer les transports

d'Alexandre et de son (ils , dn apprenant ces derniers revers des Sforzes ; les espérances de leur ambition s'âccrufent à Tinfinî. On publia les nouvelles successives , qiii venaient de la hai^té Italie, an son des tambours et des tmmpettes, ainsi qu*aux acclamations de Francia! Franciùl Orsof Orso (*)! Des fènx de joîe furent de toutes parts allumés; on se livra aujc réjouissances les plus vives, comme si Ton eût repris Oonstanti- Dople sur les Turcs. Ces fêtes mondaines étaient mêlées aux graves cérémonies de la semaine sainte, et aux solennités du jubilé, quiavaienit attiré à Ronie plus, de deux cenjt mille pèlerins.

(') Orto l Orto / dtiît le cri de guerre de» Urtin».

I» 168 cck

Le. Pape envoya. Dieu «ait à quelles intentions , révêque de Tivoli à Venise pour réclaaier le cardinal Ascagne , conune son su|et. Mais, prévenu par le roi de France, il ne crut pas de* voir insister dans sa demande. Le cardinal fut donc remis aux ministres du roi. On le conduisit d'abord au château de Milan, les mains libres et en habit de cardinal , tandis que les prélats , les protonotaîres , les abbés et les gentilshommes de sa suite étaient attachés sur de viles montures. De là il fut transféré au château de Bourges , d'où il sortit quand l'Église fut délivrée du chef sacrilège qui la déshonorait.

Le duc, son frère, resta jusqu'à la fin de ses jours prisonnier dans la tour de Loches : fin peu digne de ce prince, si l'on considère ses talens et ses qualités toutes royales, mais qui paraît bien méritée d'un autre côté, quand on se rappelle qu'il osa le premier appeler en Italie des armes étrangères.

La domination des Français sur l'État de Milan se ^trouvant aipsi assurée, et le roi ne pouvant pas s'occuper encore de l'entreprise contre Naples , ni terminer les arrangemens de paix ou de ligue avec les princes voisins, les forces de la

i»> leo cd France au delà des aiofits restaient à la disposition et au service de ceux des confédérés qui pouvaient en ajvoir besoin. Louis envoya d'abord aux Florentins , sous le comoian^ement de Beaumont, et pour lesi aider à reeouvrer^Pise, six cents lances par lui payé<js , et sept mille Suisses avec bon nombre de Gascons, aux frais de la république. Il joignit à cet envoi Tartillerie et les munitions nécessaires.

La retraite de César et de ses tvdupes , quand ils'étaitagid'opéff«rdansle Milanais, avait blessé le roi ; néanmoins, sentant de quelle importance étaient, pour Teatreprise de Naples, les secpurs de plusieurs sortes qu*Alexandre et son fils pouvaient donner, il leur promit sop assistance d'autant plus volontiers , que la légation .de tout son royaume venait d'être accordée par le Pape à un Français, lecardinal de Roban, et non plus à un étranger ; ce qui pouvait être d'une grande importance pour l'avenir.

Alexandre et le duc de Yalentinois, annés d une confiance d'autant plus forte t[ue ce même cardinal de Roban, qu'ils pouvaient regarder comme leur créature , gouvernait pour le roi en Lombardie , pensèrent que l'exécution de leurs

desseins était désotmaîd infaillible, s'ils poutaîefit y employer bieaucoiip d*argent. Pour en amasser , lés itioyeiM» employas jusqu'à ce moment par le^sb pontifical ne suffisant point , il fellah récourir à ce qu'il y aurait de plus expé^ dîtîf, c'est-â-difé aux assassinats , aux envahissemeus de domaines, aux extorsions de toute espèce.

A ces moyens vîolens et impies on pouvait en joindre de sacrés qUi ne^ seraient pas moins efficaces. L'invasion des Tures dans les Étals du t6i deHongfie et de la république de Venise, fournit le jprétéxte d'un appel kypoerite au^ète, à la générosité de tous les princes chrétiens. Mais, pénétrant les vues* secrètes de Rome , les princes restèirent sourds A sa voix.

Une nouvelte tentative, ftïite dans un consistoire secret , où furent appelés les ambassadeurs de toutes les Puissances , n'ayant pas été plus heureuse, Alexandre résolut de n'avoir recours qu'à lui-^tnême pour arriver à' ses fins* Bn conséquence^ il fulmina deul bulles. La premiëh? établit, pOur trois ans, la dime s^ur tous les bien« ecclésiastiques, de quelque niiture, de qaelque origine qu'ils feissent ; les -revenus éés oeuvres

m> i74 40( pies, ctux même des cardinaux ne furent point ^foeptés. Par la deuxième bulle , tous lès biens des Hébreux furent assujettis , ég/akdient pour tmis ans^ à la rétribution d*an vingtième.

Ces <ieux impoisîtiodis produisirent des som<mes considérables. Tâut d'airgént^ à Texoeption de celui qu'on recueillit dans les États de Venise â au lieu de servir contM lels ennemis du B&ax clirétien , «comme on le disait, fut etnployé par le duc de Valedti^soifi , dans une guierre pluf sacrilège qu'aucune de celles dont les Ture»

menaçaient l'Europe. Ces divers genres d'extoi^ sitfn ne suffisaient point ccpendatut ; car, outre les dépén&es de la guerre ^ il fallait endore po|iir«voir à celles qu'imposaient le luxe de Césat €|t son goût eflfréoé pour les plaisirs , goût qui n'épmuvait aucune altération , aucune atteinte des affaires les plus sérieuses.

Un trafic d'indulgences co^mtqença. Tous les fidèles, en payant le tiers des frais qu'aurait pu leur coûter le pèlerinage à Rome , étirent l'avantage, de faite descendre sur leur tête le paf^ don du jubilé , à l'égal de cieux , qui, suivant Us^ rites anciens^ n'avaient manqué à aucune xles^ visites rei[iiises dans les basiliques de la ville pon-

tiûcale, expressément désignées. Des seuls États de Venise , on recueillit , par ce moyen , sept cent quatre-vingt-dix-neuf livres d'or, somme très-considérable pour ce temps-là et qui prouverait au besoin que, dans ce pays, les grands crimes , pour lesquels surtout il faut des indulgences, étaient fort communs.

On donnait pour motif à cette levée d'argent rintention d'armer un bon nombre de galères , pour aider :les Vénitiens contre les Turcs; mais tout le secours accordé fut spirituel,' et consista dans un Ave Maria que les fidèles eurent ordre de réciter à midi , au soo de la cloche ; pratique depuis ce temps convertie en une obligation perpétuelle que ce même son rappelle.

Un double accident fut sur le point d'arrêter tout d'un coup le Pape et son fils, dans le cours de ces impiétés , qu'ils regardaient comme des actes de triomphe.

ta veille delà Saint-Pierre, une pièce de fer d'un poids énoi>me> se* détachant. du campanille de l'ancienne église pontificale, tomîbaaux pieds d'Alexandre, dans l'instant qu'il passait avec le cardinal Capuano , se rendant à la tribune des

«»> 173 ie( bénédictions. Le lendemain , comme il était dans son appartement avec ce même cardinal et Mcnsignor Peto , son cameriere secret, un ouragan terrible renversa une cheminée , qui rompit la toiture , et, traversant le ptoncher.supé-* rieur , vint tomber à Tétage où il se trouvait. Ses deux compagnons , qui , par sou ordre ^ avaient aux premiers chocs de la tempête, fermé les fenêtres, voyant tout à coup Tappartement encombré de débris , sautèrent sur les parapets des croisées , et se mirent à crier aux gardiens de la porte : Le Pape est mort! Le Pape est mort! Le bruit fut porté aussitôt dans toute la cité , par leffet d'un désir commun à tous, et Ton peut s'iaiaginer quelle commotion il y eut.

L'écroulement ayant cessé , et la poussière s'étant dissipée , le cardinal et le cameriere descendirent de l'endroit qu'ils avaient pris pour refuge, et s'approchant de la place où ils avaient laissé le Pape , ils y trouvèrent sans vie LorenzodiMariano Chigi, gentilhomme siennois; deux autres personnes , tombées comme lui avec le plancher supérieur, étaient mourantes. Cependant ils criaient en vain : Padre Santol Padre Santo! Le Saint-Père ne répondait point , et leur croyance fut d'abord qu'il avait péri , quand ils

$»> 176 «oi tinrent à k découvrir enfin tout étourdi du coup , et bkssé , quoique non grièvement , eii plusieurs partie» do eosrps. La poutre, qui s'était cassée an milieu , avait laissé les deux bouts dans les murs latéraux, et Tun de ces bouts; avait fait voûte au-dessus du baldaquin do trône ponikifical. Les blessures du Pape provenaient de quelques éclats, et Ton put sans grande peiiie le porter dans une chambre pour recevoir les secours de l'art.

La' nouvelle se répandit à l'instant, et dans le palais et dans la ville. Le duc de Yalentinois accourut aussitôt, et les grands feignirent alors autant de joie pour la conservation ines|>érée du Pontife, que le bruit de sa mort leur en avait fait réellement éprouver. Sa Sainteté voulut rendre à Dieu et à la Vierge de solennelles actiqns de grâce, dans Téglise del Popolo, qui, sans doute , mérit^ ce choix par un portrait de la Vannozza qu'on y vénéifait sous les attributs d'une sainte, dans unef cl^apelle à ganche du nj^aitre-aiutel. La même femnie , sous des attributs, de déesse, avait été peiute par un bon mai- Ire ^ dans les appartemens du Pape au Vatican* Après toutes les cérémonies qui eurent lieu avec tOtutc la pompe dont se piquaient les Borgia,

Sa Sainteté offrit ui^ gf^qd et riç}ie calice , plmn de trpiîf cepts écus d'or? que le caidinal de Sienne eut blei^ soip de faire voir au peuple, ea les versant ^ur )e ipaitre-autel.

Ceç marques de piété a'etmpéchèrent paft ué^nmoints le Pape et son fils de parcourir l^ carrièite de criitse^ dans laquelle ils éta[ient entrés, A (quelques jours de là , pouJ[ s'assurer la possession de, Sermoneta , pu fit périr de poison^ ^n.xîhâteau £{aintrAnge» liiap$ignor Caëtano qu'on j avai;t eiuprisonné, conm^e nous, l'avons dit , sous de faux prétextes. Afin de laissçj^ croire que sa mort avait été naturelle , on le laissa conduire à sa sépi^lture dans l'égUse de^ SaÂnt-Barlhél^uiy , par les serviteurs et amîs de sa mçdson , avi nombre desquels se montrèrent tous les familiers du cardinal Farnèze. Le corps étîiit couvert} mais la mère affligée et les sœurs du défunt osèrent chercher et mettre en éyîp dence les trs^ces du poison^

Don Alphonse d'Aragon ? mari de Lucrèce,; eut, à la même époque , un sort pareil. Ce parent n'était plus au gré des Borgia^ d^jpflis que leurs intérêts se trouvaient appuyés sur la France» et que, de concert avec Louis XII, il

était question de dépouiller le roi de Naples, oncle d'Alphonse. L'infortuné jeune homme, qui avait d'abord bien jugé sa situation » s'était éloigné 9 comme nous l'arons dit ; mais bientôt des séductions furent employées, auxquelles il ne sut point résister, et il reprit le chemin de Rome , où , parmi les témoignages d'afifection qu'on lui donna, il faut compter un combat de taureaux , à la manière espagnole. Ce prince et César y jouèrent un rôle brillant ; ils tuèrent avec l'épéé plusieurs de ces aniitiaux, après les avoir irrités à coups de dards et de flèches, suivant l'usage.

Cette fête sanguinaire devait servir comme de prélude à la mort du^rînce. Peu dé tlémps après, se rendant, le soir, à une invitation de César, il fut attaqué par une troupe d'hommes armés, sur l'escalier de Saint - Pierre , et laissé pour mort. Les assassins s'échap|)èrent par ce même escalier , et se rendirent à la place où les attendaient quarante hommes à cheval avec lesquels ils sortirent de la ville. Le prince fut trouvé respirant encore ; on le porta au palais , dans son appartement.

Pour assoupir des soupçons que toutes les cir-

constances éveillaient. César ût arrêter et peiu de temps après décapiter , comme coupable de ce meurtre, François Marie Gazella , oncle materael d'Alphonse.

Les blesaures n^^àient cependant pas aiortelles, et il ne fallait pas qu'Alphonse vécût l Don Michelotto , ministre des plus grands forfaits de César, se ^chargea d'étrangler le prince dans son lit. On lui fit des funérailles., si^on tout-à-^fait en rapport avec sa condition^ du moins assez décentes. Mais comme uù bruit .dé guérison s'était déjà répandu, il fut de noùr Teau question d'écarter les soupçons. En conséquence , des gens de justice saisirent quelquesuns des médecins et chirurgiens qui l'avaient soigné, ainsi 'qu'un certain bossu > son valet dq chambre. On ne relâcha ces- personnes. qu'après quelque temps , et lorsque; Jes espritsî ne; s'occupèrent plus du prince.

Bien qu'elle fût acco.utiumée à changer» de mari, selon les. caprices et lesiolérêts.dQ sa, far mille (Alphonse. avait été le troisième) > Lucrèce oe supporta pas sans. trouble et san^. douleiur cette m^anière de la rendre; vfsu^e. Ne dissiniun lant point Ué sentimens fâcheux qui l'agitaient ,

e\l^ (juitta la CDM, et se retira à N^i, avec toute ftà ÉDaiâon et une suite de six ceuts cheraux.

Vers ce temps-là , vint à Rome , dé la part du roi , ce même seigneur de Villeneuve qui avait eu précédemniient la mission d'accompagner le duc de Valentînois en France. On fit. pareille* ment arriver Marie Giorgi , ambassadeur extraordinaire^ de la république de Venise , chatigé non-seulement de traiter les affaires courantes, mais encore de porter au Pape et à son fils des lettres qui leur conféraient la noblesse vénitienne, distinction que depuis long-temps ils rechercbaient Tun et l'autre.

Ces ambassadeurs de deux puissanees, qui prêtaient leur appui au duc , ayant réglé ce qu'il pouvait y avoir encore d'incertain dans ses intérêts , il ne manquait plus, pour marcher sur la Romagne avec l'armée» qu'une bonpe pro^ motion de cardinaux, à dessein d'en tirer de fôrtes sommes d'afrgeût, de se faire des créatures, de-contentér le>s couronnes amies, et d'acquérir des sojéts à' qtii l'on pût confier des légations brillantes ) dont le but serait toufours <i '^masser de For. La liste me put êtie arrêtée qu'après trois consistoires. L^sélus furent au nombre de douze.

m^ t79 net parmi lesquels on rèfma^xqua deux Borgl^ 5 Api^^ dée d'Alhret^ fils du roî de Navtow et }>(^^u**ff^ du duc de Valentînois, ainsi que Marc Gornaxo^ iiQbt0 vénitien.

Céujf, des nouveaux princes de l'Église qui se trouvaient pour lors à Rome ifeçurent immédiatement la barrette des mains du Pape, et furent adoiis à faire leuj cour à César , qui les retint ft •dîner. Ils s*y trouvèrent avec les cardinaux Jules Paul et Ursins, ayec Vitellozzo Vitelli , Jean Paul Baglione et Jacques Santa-Croce , tous personnages tjui étaient alors intimes amis du duc, mais qu'il traita presque tous dans la suite plus cruellement encore que ses ennemis actuels.

Des légats apostoliques > choisis parmi le^i^oju-» veaux princes de TÉglise , partirent ppqr lieqf destination reâpectire. Mais comme 4e9 levéï^a d^ai^enty p^r les moyens qm nou$ avons 9igQa«lés, demandaient plusoà moins de tdmpa, Cé^ sar recourut à des emprunts. Augiitôtin G^igl , frère de oe Lauuent qui avait p<éri au palais p^^^ tifteal, et l'un des gentilshommes les plus riches comme les plus magnifiques de 8«^n iemp^^^n^ se borna p(nnt à lut prâtet Aet^ sùm&ies eon9ih

la» !$• «d défàbles, il fit' fondre ;sff vaisselle- pour la conveftir*^h''nionîiaie- i ' ' . .». ,/., ,..

Ainsi muni , et après avoir joint seâ.troupesà celles que le roi de France lui accordait, il se init^çn marche pour la Rpmagne, se.dirigeant sui: Içç.pJiacea djDnl la c^^qucte avait été interfoiï^pue par les causes précédçm ment e;[pliquées. A s.oii îïpproclie, tomba en son pouvoir la ville ^e P/ésaro. Jean Sforza en avait été mis en possessjop, pour avoir porté pendant quatre ans à la cour des Borgia le titre de mari dêXucrèce. Ne voulant point exposer ses sujets, qu'il aimait, aux hori-eurs inévitables d'une cojicjuéte disputée, .il prévint par sa fuite l'arrivée du duc.

Pandolfo Malatesta , seigneur de Rimini, suivit cet exemple. Maître de ces deux places, où il laissa garnison , l6 duc passa incontinent aii siège de Faënza, qui était alotrs possédée pArîAsr tor Manfredi, jeuntî^ homme de. dixrhuit^aaa. Bien que là crainte de déplaire au roi de France eût ^cartè'd^ lui le^ Beotttivogli ^ ses propres parens., ainsi que .les Véaitiens etilesl Florin tlas, qui,^ax'termes>do traités existans, auraient dû ié see<furffÉ ,» Âiêtob Man&èdi lut si îl)ien secoqdé dans sa défense par le z«le et ram^iïurjde ses sur

jets , et si fidètementsem par- quelques' boidats êfipâDgers pris ^à fta ;soldev*qoe»'le'diic^e Va» lentinois, après de longs et vains efforts, Jeva te siège.

Avant d'arriver SOUS les-mors deFaèuza/CéT silr avait fait occuper p^r Denis de NaLdi, capH tâine, né dai^s là côûtrée/et ^depuis paude temps é^gdgé^â 'Stfnsêtm^e; ia terre de BeraigheUa^^ le vieux diiâteau iCJfe le nouveau, avec toute l'a vallée de Lamoiia. U comptait avoir le châ^ teau de Fâënza.,. au. moj^ien d.e quelques ii^T idyiigences prâtii|uéBf av)ec le gouv'erjD(^Ci{;q\u t'ai^t (ètë aupârcfv^nA de tous les J^tats d^A^l^, L^Dtrigup ayant » été^ découverte , le . traître fut arrêté! par le» habitans eux-paêçi^s , dont * la; rp* sîstance acquit an degré ribuvepîu d'éneiîgie.

L'approche de l'hivier , qui fut rigoureux^ CiBtte année , força le duc de Yàlentinois à prendre ses quartiers dans les terres voisines , non sans un profond dépit Contraint de laisser reposer quelque* tfen»pîB«'6è8î fureursf gitérriëres , ' ij s'abdiirr doima sans rë1si£r«e:!Mx autres paissions .qui le sQl)jilguaieM. ) Gésène , Forti , Imola , forent les théâtres divers d'une licence que la politique même réprouvait^ dans unel domination nou-r

irèUe. Parmi €e» excès ^ il en est un qui , en rai-^ 90A des oiitoonstances , ne peut étue ou]^lié 4aB» ïiotreïéelt.

Élizabeth Gonzague, duchesse d'Urbin, en-- TO^aiti^ J. B. Caiacciolôi capttaint général de Fittfanteiiie vénidenàe ^ une de ses filles que ce gentilbonime iKipolîtaia avait épousée^ et qui était remarquable par sa beauté autant que par réducaiion brillante dont dos panens l/avaieot d^tytée. €ette je^ine personne trayerèait la Aomagne avec une suite convenabJe à son raftg». lorsqû^lle fut rencontrée par Jp. duc de Yalenti'^ ndfs; Ne cherchant point à réprimer la passioU tfin cette Tue excita en lui, et certain que , pour la satisfaire y il ïie ponvah recourir qu'à la vior lence , il fit partit de Césène une tcoupe de gens à cheval , qui tombèrent sur l'escorte , tuèrent ou mirent en fuite ceux qui la composaient, et «ttlev^nt la demoiselle.

Vu d« ceux qui avaient pris la fuite porta la nouvelle à Tépoux. Il se tirouvait à Yeniâe.* Qu'o» fiig« de son désespoir f Transporté de fureur, il se rendit au palais ducal , se présenta au doge,, au conseil des dix : Permettez-moi , seigneurs r dit41, de venger l'affront qui m'a été fait,^^ de^

perdre qette vie que j'avais e^^a^civée à votre $emce, ou cfôter de ee majw4«^j«^iplu^;iaf<ifflfi scélérat qui jamais ^t souillé la terne de ^a pré* sende, uo moQfiftre dont la aaifii^n<;e fut up cdme , tfisie i^résage de toua-ceux qui devaXeot remplir ises jours* Souffrez que j'*easaie :de »pu«* nir ' Tof^es&e^r de l'Italie, le ffoiîurbe -ambj^ tieux qui ae sert de voits pour arriver à b^9 &a»y et qui youdra vous soumettre è, son joiig,. du moment qu'il l'aura, imposé, aux autras priac^, dMit,»par sesJutrigueB et â son avantage, vous êtes 9 à tojt, dévenus le^ ennemis.

Le bruit de l'enlèvement était déjà parvenu aux seigneurs de Venise. Ils étaient vivement indignés , tant pour l'action en elle-même que pour l'injure faite à la république -^ dans la personne d'un de ses capitaines les plus illustres. Les plaintes de Caracciolo^ accrurent leur ressen* timent. Ils tâchèrent cependant d'apaiser leur capitaine , et lui {Promirent de regarder son malheur comme un afiront fait à eux-mêmes, si Borgia du moins ne donnait pas satisfaction.

Le même jour on fit partir pour Imola, où le duc était alors, Louis Manenti , secrétaire du conseil. Il avait charge de témoigner ce qu'é-

la» 1S6 CCI prouvait la Seigneurie pour une insulte à laquelle tant de '8é#f4ce^ rendus ne rayaient point préparée, et devait demander avec instance, au uonry de la république, le proinpt renroi de la denïoidellè. En outre , et dès lé lendemain , fut appelé auprès dés seigneuï*s de Venise Tam^assadeur de 'France , qui entra si bien dans leur ressentiment pour une injure dont son mattre lui-triême se trouverait offensé,' que,- de son propre' mouvement , il se rendit à Imola pour appuyer lès démarches du secrétaire ManeiHi.

Peu satisfait encore, le sénat écrivit au Pape pour se plaindre et obtenir réparation.

Le duc, répondît que, loin d^a voir commandé Tenlèyement , il n'en av;ait connaissance aucune; il promit de n'épargner rien pour en découvrir les auteurs , et satisfaire par leur punition, le roi, la république et lui-ménae, dont ie nopti jiv^it .é!té^ dit-il, si effroptémeut cpmpronais. Veuillez bien croire, ajouta-t-il, que je n'aurai jamais recours à la violence pour avoir de belles filles, tant qu'il en viendra vers moi §ans contrainte et de boi^ gré.

Cjus répionses, dans lesquelles il persista, don-

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tièrept lieu; de lai part des .YénttîeKis^ 'à pluc^ d*une lettre et d'un message. Toute&ûs la guerre q^ti^ls avaient' à soutenir contre les Turos, ne leur permettant pas de rompre avec le Souterrain Pontife, ils. renvoyèrent à uii autre temps le doin de leoi vengeance ;- et s'occtipërent de modérer la douleur de Caracciolo, quiy dans la du|*ée > de ces pourparlers ^ était, devenu capable de consolation.

Cependant le duc avait trop d'esprit pour ne pas voir que ce fréquent usage de la fraude, de Finîtrsf ice , de la violence, ne pouvait, que. le rendre odieux aux princes oomme aux peuples»

Mais il avait vu de bonne heure que*^ dains'sa situation, il né pouvait'rien acquérir ni garder sans fraude, sans injustice^ sans violence; et, préférant la haine dans la grandeur, à l'amitié dans la médiocrité, il s'appliquait cette maxime de iJSéscKn ; Oderim «fànefmftc/^^^jqti'âT croyait autant; convenable à ceux qui fondent de nouveaux États par la force, qu'elle Test peu à quir conque n'a qu'à jouir de possessions hérédir tair^ment acquises. La seule réputation qu'il recherchât était celle de vaillant et habile capitaine ; et rien ne lé détournait des soins à prendie pour l'obtenir.

Les rigueurs^de Thivei^ ne rempêchéfentipotul de bloquer étroitement la place de Faênxa.ConifH tant surde nouyelleg intelligences, il tenta, m «îs sanasucGës, une escalade nocturne^ puisse jeta sur Rbssi et les austres terresde la {mnoipauté. Am retour du printemps, il ramena toute AC>a.arr niée sous les murs de la place; il les.fitibattre pendant plusieurs jours; après quoi ^ lestrolipes françaises et espagnoles qu'il arait à sa 3olde donnèrent un assaut ; elles' furent repoussées amec perte» Trois jours après, de plus vigoureuses tentatives furent faites; il se montra le premier au haut de la muraiUe; niais la rési^ance opiniâtre qu'il trouva le contraignit de se reti* rer aTec deux mille hommes de mcûns, parmi lesquels se trouvèrent Ferdinand Farnèze et au-^ très gens de marque.

Cependant les boui^eois que n'avaient effrayés riî l'araiée d^* ^ dwc v ni les exôomjmi nications lancées par le Pape, considérant les maux qu'ils avaient déjà soufferts, la disette de vivres qui commençait à se faire sentir, et les dangers d'une résistance qui, en face d'une si forte armée, deviendrait tôt ou tard iiiatile et les exposerait à tous les désastres d'une vilk enlevée par la force, songèrent à capituler. Les

troupes élïàngères d*abord , puis le» gens du l^ays flreat connaître leur ftetitiment au jeune sei^nevr. Il fut contenu qu'on livrerait lea murs de la patrie, à condition q^e la vie et les biens des habitans seraient garantis de toute insulte^ et que le prinee aurait ht faculté' de se clioisir une retraite où il }ouirait du revenu de ses terres.

Le due ne trahit point là parole donnée aux babjtans, il' s'abstint même d'entier de sa peiw sonne dans la ville; imis' il ne fut pas si scni-^ puleux à regard d'AstoIr. L'amour de ses sujets^ Talliance des Vénitiens et des Florentins, sa pfK rente a^ec les Bentîvogli, et même, selon quel^ ques historiens, son esrc^ssive beauté, furent cause que son vainqueur le retint auprès de lui, pour l'envoyer ensuite au château Saint- Ange, où, avant d'être mis à mort, il devait servir aux infâxnes voluptés d'un homme qui méprisait autant les lois de Dieu que celles de la natu«e« Un an^ après, on trouva le malheureux prince noyé dans le Tibre ; auprès de lui étaient deux jeunes^ hommes, l'un de quinze ans, l'autre de vingts cinq, une dame fort belle, et quelques autres^ personnes qui, l'ayant suivi, avaient partage sa triste destinée.

En même temps que le Pape recevait des uouyelles de cette victoire, après laqiiheUe, et en vertu d'une investiture doQ«>ée avec Je çof^-y sentement du consistoire , son fils. prit le titDe de duc.de la Romagne^îl aippteoaitquei 1^ lég^t apostolique eniHoDgrté avait eufin couiclu uae ligue entre le souverain de( c6 rôyaumer, la xér publique de Venise et Sa Sainteté contre Bajazet. On l'informa aussi que les différens survenus entjoe te rôi de GàstUle ^t celui de Portugal, au sujet de la navigation dé l'Océan et de lU possesisioD des terrcls u^myie^emient décofuvert^s, avaient été arrangea aju .lîioy'e'à de cette lignefa* meuse qu'en «à qualité 4Tai*foitjrç'^:bi()iai.parJes deux «oUverainss il ^^^it fîctivi^m^t tirée du nord au midi^leaptas^^t à trois çfitkX milles 4es lies Gorgones, aujputd'hui niQmïpées^ du Çap VerU

: A ces houreux évènemons, sé;jojgnit l'anniversaire de là fondation de Rome, que le peuple Romain avait coutume de célébrer depuis les jours de PornpoiiiusXa&tus, à ce qiî'on dit. Â;U88i, par toute la ville, on ne vit que fêtes et feux'de joie* Le prince de Squillaci et Charles Orsino étaient à la tête de ces réjouissances , qu'inspirait surtout le désir de flatter la vanité

«» 169 «e( du Pape; Ces deux seigneurs couraient les rues, suivis, d'une jeunesse nombreuse ^ armée: de torches, et faisaient: crier tour à tour : Five Alixandrel rme CésArl. vivant les Borgial vivmt les Vrsms l vhe i h duc.de la Rovmgne !

L'atnbîtîon du duc n'était pourtant pas satisfaite. Il tourna, ses pensées et ses armes sur Bologne et. contre les Bentivogli, qui en étaient les Diattres, porté à cette invasion nouvelle par- les M'aresdotti et «par d'autres, gentilshommes Bolo-» nais- Mais il y trouva plus d'obstacles qu'il n'avait cru. Jean Bentîvoglio et ses fils, que secozH daient les bourgeois, s'étaient préparés à u»e défense vigoureuse; et à peine César fut-il arrivé devant la place, qu'un ordre exprès du rôi de France lui enjoignit d'abandonner cette eo* treprise, formée à. tort, contre une ville et des seigneurs qui depuis long^-temps étaient sous. la protection de sa.courdnnp^ Jl fallutiobéir, waà^gré les vives plaintes de Sa Sainteté ,1 ' qui criit son autorité souveraine lésée par cette intervention dc'Ja, France.' * ■. /

-Al l'aide dé Paul' Orsiho,! César fit un accord atecfBentivoglio,'au m^y^n dpquol ceilui-*ci accordait le passage par ses États, plus des vib^rc/.

cent hoiiimes d'armes, et deux mille hmomefl de pied. Ces troupes suivraient le duc en Tos* cane 9 où il voulait par la force changer le gou^ vemement de Florence. La tenre de Caatel- Bolognèse devait en outre appartenir au médiateur, Paul Orsino.

Cependant, pour semer des gcfoiea de dis^ corde dans une cité sur laquelle il n'abandoa-* nait pas ses prétentions, le due de Yaleutinoîs fit connaître à BentÎTOglio la coorespondaace qu'il avait eue avec ses ennemis. Ceux* ci dèi lors se tinrent non -seulement en garde, vais âongèrent à prévenir les coups dont leurs intrigues pouvaient être punies» De leur côté^ les Bentivogli, qui avaient le pouvoir en main, s'en servirent pour satisfaire leur vengeance. Us tom* bèrent sur les Marescotti, et eurent soin de les faire égorger par les jeunes gens des premières familles, à la tête desquels s^étaient mis Hermès Bentivoglio*

Au reste, le duc tenait beaocoup aux trofi|^s de Bologne, parce que celles de France qui étaient avec lui avaient reçu Tordre d'attendre l'armée du loi^ qui masehaiteB ce moment sur Maplesr

la» l9t «Qi Loois XII, pour assurer mieux son entreprise, «ivait fait ayec le roi d'Espagne un arrao*^ gement dont Charles YIII avait senti , mais trop tard, la nécessité.

La Sicile, depuis le roi Pierre, auteur des yêpres siciliennes, appartenait à la branche légitime d*Aragon; mais c'était une lignée bâtarde qui régnait à Naples. Pour favoriser les prétentions du roi Ferdinand d'Espagne, il fut convenu que la Calabre et la Pouille, plus voisines de la Sicile, seraient pour lui, tandis que l'Abruzze et la terre de Labour reviendraient à la Frdiice. Chacun des deux princes aurait à faire la conquête de la part qui devait être sienne. Ils n'étaient pas tenus à s'aider; mais la neutralité la plus rigoureuse était prescrite à l'un vis-à-vis de l'autre.

Ferdinand arait accédé d'autant plus volon^ tiers à cet accord, que le peu d'aptitude des Français à ganier ce qu'ils savaient si rapidefuent conquérir, lui faisait espérer de saisir k lot de ses co^partageana, aussitôt qull leur échapperai** Ce traité, au reste , ne devait être publié qu'au moment d'agir.

«» tOÎ «c«

En attendant^ les troupes d'Espagne, soud la conduite de Gonzalye, étaient entrées . comiue auxiliaires dans le royaume de Naples. En mê^ me temps , le roi Louis ayait acheté de Teiupe-* reur une trêve de plusieurs mois, accordée ainsi contre la parole expresse que le roi Frédéric de Naples avait reçue, et d'après laquelle le chef suprême de l'Allemagne devait non -seulement ménager les intérêts du prince italien dans les traités à venir, mais encore attaquer le Milanêz , si une diversion était jugée nécessaire.

Le duc de Valentinois cependant s'était jeté sur la Toscane avec son armée , qui /le compiv? sait de sept cents hommes d'armes et de cinq mille fantassins, les meilleurs qu'on pût alors trouver dans toute l'Italie ; à cette troupe d'élite , il fallait ajouter les deux cents hommes d'armes et les deux mille fantassins, que Jean Bentivoglio s'était engagé à fournir, et qui devaient être sous la conduite de son fila.

Voici quel était le but de César : il voulait occuper , Âvant le passage des Français qui allaient à Naples , uo'pays qui tint- de Tpee à l'autre mer; L'état de désordre et d'anarehie • ok se voyait réduite la république de Florence, état qui dé-

la» 193 «d coDcert'ait d'avance les mesures protectrices de Louis XII, faisait espérer que des forcer peu considérables réussiraient à soumettre le pays.

Ayant de franchir la frontière, il fit demander ^ux Florentins le passage et des vivres. Ce n'était qu'un prétexte. Il n'attendit pas la réponse pour entrer sur leur territoire. /

Ayant rencontré Pierre Soderini , Alamanno Salviati et Jacques Nerli, députès^ers lui par la ville de Florence, il les amusa de paroles jusqu'à ce qu'il eût passé l'Apennin sans obstacle ; mais, arrivé à Barbarino, il commença à se montrer exigeant : il voulait que les Florentins se confédérassent avec lui ; il demandait des troupes convenablement soldées ; il prétendait surtout qu'on s'occupât de réformer le gouvernement.

Bien qu'il ne déroulât pas toute sa pensée sur te dernier article , on pouvait comprendre par quelques mots échappés çà et là qu'il songeait à rétablir Pierre de Médicis , qui , à son invitation et par son moyen, s'était réfugié à Lajano, terre de l'État de Bologne.

Ce n'était pas , on peut le croire , pour rendre

à une maison illnstre toute son ancienne puissance; mais il avait besoin pour le moment de s'attacher les Ursins, parens des Médicis, etYrtellozzo Vitelli , autant ami de Pierre qu'implacable ennemi des Florentins , auxquels il avait à reprocher la mort de son frère PauL D'un autre côté, le retour des Médicis était une sorte d'épouvantail , qui pouvait contraindre la république désespérée à se jeter dans ses bras- Mais Louis XII se déclara contre cette intrigue, et donna ordre à d'Aubigni, qui était en Lombardie, de repousser par les armes, s'il était nécessaire, les prétentions de l'ambitieux Borgia ; ne se voyant pas assez fort pour résister aux volontés 'du roi , le fils d'Alexandre leva son camp , bien qu'il ne fût plus qu'à six milles de Florence. II se retira en ennemi, brûlant et dé-* truisant ce qu'il ne pouvait emporter, et alla décharger toute sa colère sur Jacques d'Appiftno, pripee de Piombino.

Après avoir occupé Serghereto , Scarlino , ainsi que les îles d'Elbe et de Pienza, il mit le siège devant Piombino, où Jacques Appiano s'était renfermé avec toutes ses forces. Les Pisans, à l'instigation de Vitellozzo, leur ami, four-

la» 195 eef Tiirent rartîUerîe néc^essaire , et l^oii se mit à battre la place.

Le Pape cependant, qtiî voyait Tarmée du roi, son allié, marcher sur Naples, et fixer Tatténtion soucieuse de tous les princes italiens , se lirrait à ces mouremens effrénés d'orgueil et d^ambition que Taspect de ses forces et de celles que lui apportaient ses adhérens, lui avaient toujours inspirés; Déjà se voyaient menacés dans kur vie ou dans leurs biens tous ceux qui lui donnaient quelque ombragé, ou dont les riebesses allumaient sa convoitise.

Les ColonnefI, par leur ancienne amitié av€C les Sfories et par leurs liaisons récentes avec lesî Aragonais de Naples, se trouvant exposés à la haine des rois de France et d'Espagne autant qu*à celïe du Pape, et prévoyant une ruine inévitable , songèrent à sauver du moins leur vie en déposant leurs biens aux mains du sacrécollége.

Le Pontife , instruit de cette résolution , dédarà qu'il ne reconnaîtrait de' consîghataîré que lui-même, et menaça les Colonnes de là prison et mém^ de la mort , si les clefs de toutes leurs

possessions ne lui étaient remises. Prenant con~ seil de la nécessité, les Colonnes remirent les clefs à révêque de Césène , auditeur général de la chambre apostolique, envoyé auprès d'eux à cet effet par le Pape.

Lie cardinal Colonna , craignant pour ses jours, renonça spontanément à l'abbaye de Subiaco, dont il était commendataire perpétuel, ainsi qu'à toutes les terres qui en dépendaient, au nombre de dix-huit, et dont Sa Sainteté crut devoir former un majorât pour sa propre famille. Elle fit prendre possession en son nom de^ toutes les terres qui avaient appartenu aux Colonnes, et donna sa livrée aux gardiens. De plus , elle fit raser Marino, qui avait servi de place d'armes aux soldats et adhérens de cette maison.

Les Savelli eurent la même destinée. Il ne leur resta que la vie et l'espérance d'un changement de fortune.

Le grand nombre de cardinaux et de prélats riches qui mouraient, la promptitude avec laquelle on disposait de leurs dépouilles faisaient naître et propager les plus sinistres soupçons. Les testamens, faits en vertu du pouvoir de tester

accordé par les prédécesseurs d'Alexaudre ou par lui-mêoie, étaient regardés comme nuls.

Un cardinal ayant éprouvé une attaque violente , qui fit craindre pour ses jours , et ne voulant pas que le Pape eût son argent et ses effets , disposa , avant sa mort , en faveur des œuvres pies, et les fit mettre en possession sur-lechamp. Il guérit contre toute espérance, et se trouva ainsi dépouillé par ses propres mains.

C'était surtout au duc de Yalentinois que revenaient ces spoliations fréquentes. Lucrèce avait obtenii quelques dépouilles assez considérables, entre autres celles de Pierre Carenza , camérier secret de son père ; le duc s'en empara.

L'armée de France s'avançant vers Naples,.

Alexandre écrivit à son fils de venir à Rome avec une partie de ses troupes , tant pour se trouver au passage que pour suivre en qualité de lieutenant du roi. Peu de temps après l'arrivée de César, les Français entrèrent dans Rome, où ils s'arrêtèirent cinq à six jours. L'armée se composait de deux mille chevaux et de dix mille fan-

t95sin& Suisses, Gascons» et autres; elle trainait treute*$ix pièces d'artillerie.

Le Pape avait déjà, en plein consistoire, fulminé la déchéance de Frédéric , et donné l'investiture de ses États au roi de France , non plus avec le titre de roi des Deux-Siciles,niais avec celui de roi de Naples et de Jérusalem. Le roi Ferdinand d'Espagne fut investi de la Fouille et de la Calabre , à titre de duc. Le jour qui suivit le départ des Français , la ligue de Sa Sainteté avec les rois de France et d'Espagne , contre un prince chrétien, fut publiée avec autant de pompe que l'avait été , peu de temps auparavant , la croisade du roi de Hongrie et des Vénitiens contre les Turcs , dans laquelle le Pape était pardllement entré. On ne manqua pas de raisons^ pour motiver cette nouvelle ligue. L'Espagne surtout, dont ta conduite excitait le plus de blâme , ne fut pas la phis stérile en protestations de justice, en expositions de giie£B.

Le duc de Yalentînois resta cinq j.ours àBome,^ après le départ des Français , tant pour attendre sa troupe , que pour se concerter avec son père sur les moyens de faire tourner à leur profit l'ex* pédition contre Nazies.

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Le seul avantage qui se présentait pour eux , en attendant les bienfaits du temps et la dtviMon du royaume , fut l'oppression totale des Colonnes. On se liâta de leur enlever Tagliacozzo, et d'en investir Jean Jordan Orsino , fils de Vir*ginio.

En passant par Vîterbe pour se rendre à Rome^ où César les attendait^ Jean^PaulBaglione et autres partisans des Ursins étaient tombés sur les habitans de cette première ville, favorables à la cause des Colonnes^ et en avaient tué un grand nombre, surtout des plus marquans.

Le duc^ étant parti de Rome , joignit l'armée du roi à Capoue , dont elle formait déjà le siège. Frédéric ql 'avait compté que sur la résistance de cette ville et sur celle de la capitali?. Les Français battaient la place depuis plusieurs jours , ^non sans éprouver de grandes pertes ; niais la terreur des citadins et des gens de la campagne^ qui s'y étaient réfugiés , appelait le moment d'une capitulationi

Déjà même Fabrice Colonnà, qui commandait un des bastions^ était entré en pourparler , loiè-* que le duc de Yalentinbis , par l'intelligence

qu'il ayftit pratiquée avec un des habitans accoutumé aux trahisons , profita de la négligeuce que Tespoir d'un arrangement amène d'ordinaire, et pénétra dans la ville avec tes gens, qui furent aussitôt suivis des Français. La fureur de ceux-ci , excitée par les pertes qu'ils avaient éprouvées aux di£Férentes attaques et par Kavidité du pillage , ne connut point de frein. Combattans ou bourgeois , sans distinction d'âge, d'état ni de sexe, tout ce qu'ils rencontrèrent fut passé au fil de l'épée. Le traître qui avait livré sa patrie périt lui-même. Les Églises , les couvents d'hommes, les monastères de femmes n'opposèrent aucune barrière aux cruautés , aux- rapines, à la plus effrénée licence. On vit des femmes se précipiter dans les puits , dans la rivière , pour échapper au déshonneur. D'autres s'étaient renfermées dans une tour : le duc de Yalentinois força cet asile , choisit quarante des plus belles, et laissa le reste en proie aux soldats.

On tient que le nombre des morts fut de six mille. Tous les officiers de marque furent faits prisonniers. On distinguait parmi eux Fabrice Qolonna , Don Hugues de Cardona et Ranuccio de Marciano. Celui-ci , blessé dans les préeé-

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dentés affaires d'un coup d'arbalète, était tombé aux mains des soldats Italiens. Il mourut , deux jours après, par l'effet d'un poison que Vitellozzo fit mettre dans sa blessure , pour yenger son frère Paul , dont les partisans de Ranuccio avaient demandé la mort aux Florentins.

De son côté , le duc voulait avoir à sa disposition Fabrice Colonna, dans le dessein de le faire mourir. Il le réclama au nom de Sa Sainteté; mais ce fut en vain. Jean-Jordan Orsino, bien qu'il appartînt à une faction contraire, intercéda pour cet illustre baron auprès des généraux Français.

Avec Gapoue , tombèrent les dernières espérances du roi Frédéric. Se voyant bors d'état de garder Naples et les autres parties de son domaine , qui y suivant le projet de ses ennemis > devaient composer le lot des Français , il icônvint d'en faire la remise avant six jours , à "condition qu'on lui permettrait 9 non-seulement de se retirer pour six mois dans l'île d'Ischia avec sa famille et ses ricbesses , à l'exception de l'artillerie que le roi Charles avait autrefois laissée , mais encore d'aller, après ce terme, où bon lui semblerait hors du royaume , et d'envoyer, dès

ce moment , une partie de son monde au secours de son jeune fils , le duc de Calabre, qui s'était renfernié dans Tarente , par suite de Hn- Tasion que venait de faire Gonïalve dans les deux provinces réservées au roi d'Espagne, son maître.

Avant les six mois, Frédéric prit le parti de venir en France , et le duc de Calabre fut contraint d'aller en Espagne. On accueillit l'un et l'autre avec ces honneurs qui ne «auraient con* soler de la perte, sans cesse présente, d'un trône.

Les Français, ayant pris possession de Naples avec tant de facilité, n'avaient plus besoin de toutes leurs forces. En conséquence , le duc de Valentînois envoya Jean-Paul Baglione et Vîtello2zo Yitelli avec bonne partie de ses troupes au siège de Piombino. Le prince, ne voyant pas qu'il pût résister , laissa garnison dans la place, et vint en France implorer l'assistance du roi , dont la protection jusqu'alors lui avait été assurée. Mais Louis ne crut pas devoir s'opposer aux volontés du Pape et de César.

Piombino , privé ainsi de tout secours , attaqué même par des voisins qui auraient dû venir

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à Bon aide » et entre autres par les Siennois et leur seigneur Pandolfe Petrucci , fut obligé de se rendre*

Le Pape cependant consacrait par des bulles ses différentes conquêtes, reprises ou usurpations, et visitait les lieux avec le plus grand faste, aux acclamations répétées de f^ive Alexandre! Vive Borgial 11 érigea deux duchés : Tun de Népi, Tautre de Sertnonéta ; les terres des Colonnes en formèrent Tapanage. Jean Borgia, un de ses fils , qui n'avait pas eu pour mère la Yannozza , reçut le duché de NépL Dans Tacte d'investiture , le titulaire est qualifié , mais à tort, fils de César. Le duché de Sernionéta fut donné à Don Roderigo , dit d'Aragon , fils de Lucrèce , né quelques mois avant la mort de Don AI^ phonse , et traité , comme on voit , bien autrement que son infortuné père.

Lucrèce, dont la rancune pour la mort imprévue d'Alphonse n'avait pas eu beaucoup de persistance » était en si grande faveur auprès d'Alexandre, que, durant les voyages du Pontife dans les États enlevés aux barons romains, elle n'avait pas d'autre logement à Rome que le» propres appartemens de son père ; elle prenait

soin du gouvernement de l'Église, envoyait les lettres , expédiait les affaires , et assemblait les cardinaux, quand la formalité de leur avis était nécessaire , quelquefois même par ostentation seulement.

On a dû s'apercevoir que , dans les divers projets du Pape pour Télévation de sa famille , il songeait d'abord à débarrasser Lucrèce des maris qui ne pouvaient plus contribuer à la grandeur commune, et lui en cherchait d'autres, dont l'alliance fût utile aux vues du moment. Il était alors question de lui faire épouser, par les bons offices du roi de France, Don Alphonse d'Est, fils aîné du duc Hercule de Ferrare. Cette alliance paraissait propre à consolider les acquisitions nouvelles, et même pouvait en faciliter d'autres.

La maison d'Est écouta les propositions qu'on lui fit , et qu'en d'autres temps elle eût sans doute re jetées; mais elle craignait alors de déplaire à un puissant roi; et d'autre part, si Tamitié des Borgia ne comptait pour rien , leur haine était par contre assez redoutable ; les Aragonais ayant connu par deux fois , à leurs dépens, de quoi cette perfide riace était capable.

On ne saurait dire avec quelle joie de parvenus la conclusion de cet honorable et important mariage fut apprise par les Borgia. La publication eut lieu , au bruit de Tartillerie du château Saint-Ange , qui ne cessa de tirer depuis midi jusqu'à la nuit. Lucrèce alla rendre de solennelles actions de grâces à la Madonna del Popolo, en habits magnifiques de fiancée; toute la noblesse romaine des deux sexes formait son cortège ; des prélats et des évêques en grand nombre raccompagnaient aussi. Les feux de joie et les illuminations durèrent plusieurs jours.

La nouvelle de la capitulation de Piombino et l'arrivée du duc dé Yalentinois à Rome ne purent qu'augmenter cette ivresse. On permit les mascarades, à partir du mois d'octobre, où l'on était alors , jusqu'au carême ; des courses nombreuses, dans plusieurs desquelles on vit des femmes se disputer le prix, furent ouvertes du pont à la place Saint-Pierre. On donna plusieurs combats de taureaux, à la manière espagnole; et tous les jours, tant au palais qu'au dehors sur la place , des pièces de théâtre furent représentées. Les histrions, habillés de drap d'or, par les soins de Lucrèce , parcouraient la ville ,

les un$ à dicvdl, les autres à pied , criant à tuetête : Vive la duchesse de Ferrarel Vive le Pape Alexandrel

Dei^ fêtes licencieuses eurent pour théâtre les appartemens même du Pontife ; et c'est là que le duc de Yalentinois donna ce scandaleux banquet où Ton eût dit qu'il prenait à tâche de surpasser, en fait de luxure, les empereurs romains les plus horriblement dissolus. Cinquante couptisanes nues dansèrent devant cette famille incestueuse , et des palmes furent décernées aux mouyemens les plus lascifs. Le crime affreux de la bestialité y reçut même des encouragemens.

Pour combler la joie délirante qui poussait à ces infâmes saturnales , le cardinal d'Est se rendit à Rome avec Don Ferdinand et Don Sigismond, ses frères. Us amenaient une grande suite de prélats et de seigneurs. On remarquait parmi ces derniers le seigneur de Corrégio et son fils, ainsi qu'Annibal BentÎTOglio ; le nombre des simples gentilshommes était infini.

Sa Sainteté, voulant que le cardinal d'Est reçût l'accueil le plus magnifique , lit aller au-devant de lui le duc de Yalentinois pisqu'à Ponte Molle,

avec les ambassadeurs séculiers des rois de France et d'£spagne. Tous les référendaires et les prélats attachés au palais , toute la maisou du Pape , deux cents hommes à cheval et cent hallebardiers à pied , outre une foule innombrable d'autres serviteurs, et une multitude. de trompettes, de timbaliers , de musiciens, tous richement vêtus et en grande livrée , se joigni<rent au cortège. Le duc se plaça, à la gauche du cardinal, et l'accompagna ainsi au palais. Vingt cardinaux. 9 qui étaient venus à la porte det Po^ pobjf se mirent à chevaucher devant eux.

Il est à remarquer ici que, depuis son retour en Italie , César Borgia avait pris Thabitude de ne céder la préséance ni aux ambassadeurs des couronnes, ni aux princes de Germaniç, ni à ceux du sang royal de France , comme il le fit voir en la personne de Louis de Bourbon , duc de Vendôme , venu pour l'année sainte , ni h tout autre grand ou dignitaire en faveur de qui ce droit n'eût pas été reconnu en chapelle sur quelqu'un des cardinaux. Il ne l'accorda pas en cette occasion aux deux frères du cardinal d'Est et à l'époux, bien qu'il se plût à leur pw>^ digqer en particulier toutes les marques possibles d'attention et de courtoisie.

la» 208 «e!i Des témoignages solennels d'amitié étaient en même temps donnés à leur illustre mai*son; Toici les principaux : avec le consentement d'un consistoire » le cens que les ducs de Fcrrare payaient à la chambre apostolique fut réduit de quatre mille écus à cent; dans un autre consistoire, le cardinal de Saint- Pierre -Ez- Liens, qui voulait en cela se prêter aux goûts du Pape, ayant renoncé librement , par Toi^ane du cardinal de Lisbonne, à rÉglisc de Bologne, dont il était comniendataire et administrateur perpétuel , Sa Sainteté démembra de cette mense épiscopale la terre de Gento et le château de la Piève, qu'elle donna au duc de Ferrare pour la dot de Lucrèce, outre une somme de mille écus comptant.

Quoique la cérémonie des épousailles eût été faite à Ferrare , entre Don Alphonse et le procureur de Lucrèce, Alexandre désirait néanmoins qu'on réitérât à Rome cette solennité, sur laquelle la bénédiction d'un pontife répandrait tant d'éclat. Mais , quoique Sa Sainteté prétendît avoir là-dessus une opinion favorable émanée des principaux théologiens de sa cour, le cardinal de Sienne lui exposa franchement que le

mariage ne pouvait être administré deux fois au même couple.

Le Pape, ne voulant pas contrevenir aux rites de l'Église, ni perdre les préparatifs déjà faits » prit un moyen terme. Il fut convenu que Tavant-dernier jour du mois de décembre, après les mascarade», après les courses de la place Saint-Pierre , Donna Lucretiâ , au son des tropipettes , des instrumens de musique, sortirait de son palais , peu éloigné du Vatican, et se rendrait, suivie d'un pompeux cortège de dames, de chevaliers, et marchant au milieu de ses deux beaux-frères, à la première salle Pauline, où Sa Sainteté l'attendrait avec un grand nombre de cardinaux et le duc de Yalentinois.

Là était cbressée une table dont le Pape oc«cupa un des côtés ; l'épouse se plaça devant lui, et Don Ferdinand, comme procureur de Don Alphonse, lui mit au doigt l'anneau nuptial ; ensuite s'avança le cardinal d'Est , qui donna quatre autres anneaux , formés des pierres ^ les plus précieuses. Après quoi, fut apportée sur la table une cassette d'où le cardinal tira une grande quantité de joyaux , de bijoux , de grosses j)erles, pour la valeur de cent mille écii»; il les

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ofSrh à Vépoiïse , et la pria de s*en servir jusqu'à ce que son époux lui eu eut donné de plus beaux encore et qui fussent mieux proportionnés à son mérite.

Cette cérémonie terminée , Alexandre se retira dans une autre salle ; de superbes feux d'ar* tifice furent tiré^sur la place, et les danses se prolongèrent jusqu'au milieu de la nuit dans la salle Pauline.

Le voyage de la princesse à Ferrare ne se fit pas avec moins d'appareil. Outre les deux beauxfrères et les gentilshommes venus avec eux, le Pape voulut que le sénat de Rome mit à la suite de sa fille tous les seigneurs romains qui , par leur fortune , pourraient étaler le plus de magnificence dans les habits et la livrée. Ou distinguait parmi ces gentilshommes Olivier Mattei et son frère , fils de Pierre , un des chanceliers de la cité, et petits*fils d'Alexandre par leur mère, laquelle devait sa naissance aux amours du Pape avec une autre femme encore que la Yaanozza, et que la mère du petit duc de Népi, dont nous avons parlé. Franyois Borgia, dit le cardinal de Cosenza, fut nommé légat à Latere, pour accompagner Lucrèce jusqu'aux frontières de l'État

ecclésiastique , où elle devait être remise à ÉIî^ zabeth Gonzague, duchesse d'Urbîn.

Il convenait que Tarrivée de la princesse à Ferrare fût suivie de fêtes ; Sa Sainteté, par un în^' doit, prolongea le carnaval jusqu'au dittianche de LcBiarêj^yec dispense de maigre et d*abstiiience.

X Toutefois , le tumulte des réjouissances pu^ bliques n'étouflfaît pas à Rome les murmures et les cris des mécontens. Ceux qu'on araît persécutés, dépouillés, se livraient à des plaintes d'autant plus amères, qu'ils voyaient le public porté davantage à oublier leurs infortunes au milieu des f^tes et des plaisirs dont on le rassasiait. Les médisances sécrètes étàîerft punies Secrètement ; on les noyait avec le détracteur dans le Tibre* Les traits lancés à la lumière du jour étaient aussitôt repoussés par des punitions exemplaires.

Un homme qui , sous le masque , àraît osé adresser au duc de Valentinois des invectives mordantes, fut incontinent saisi, garrotté, con-*duît dans lés" prisons de la Corte Savella; ce malheureux eut, la nuit même, une main et là langue coupées. La langue fut attachée à Vnn des doigts de la main , et Ton tint exposé pert*

)»> 212 «ei danl deux jours ce trophée de vengeance à l'iyie des grilles extérieures de la prison.

Alexandre et son fiis eurent connaissance que le frère d'un certain Jean Lorenzo, vénitien^ assez fameux dans les ii^ttres, avait traduit en latin et envoyé à Yenise, dans le dessein de les faire imprimer, quelques pamphlets écrits en grec contre les deux Borgia, et trouvés dans les papiers dudit Jean Lorenzo, mort depuis peu de teihps. Ils donnèrent des ordres aussi pronapts que secrets pour qu'on l'arrêtât, et qu'on saisît tout ce qu'il y aurait dans sa maison , d'elTets et de papiers tanf à lui qu'à son frère.

La république , en apprenant l'exécution de <;ette mesure, se hâta d'enjoindre à son ambas- ^ sadeur de réclamer instamment un de ses sujets., qu'elle appréciait beaucoup. L'ambassa* deur s'acquitta de cette mission avec le plus grand zèle. « Je n'aurais jamais imaginé, dit Alexan- » dre , Tintérêt si vif que la république prend à » ce misérable : mais les démarches en sa faveur D viennent trop tard, et j'éprouve le déplaisir de » ne pouvoir y céder; l'homme en question ayant » été depuis quelques jours étranglé et jeté dans »le Tibre. »

Googk

Peu de temps après, parut imprimée une lettre en latin, sans signature, écrite du camp espagnol sous Tarente à Silvîo Savello , qui létait en Allemagne auprès de l'empereur. Un exemplaire en parvint au cardinal de Modène , qui le remit au Pape et à César Borgia. Cette lettre renfermait , entre autres inculpations , certains détails de débauches que la dignité de Thistoire repousse; ils se rapportent à la trop fameuse orgie qu'imagina le duc de Yalentinois , dans le goût antique, et qui fut célébrée, la veille de la Toussaint, dans les appartemens pontificaux.

La gravité de ces inculpatÎMis, où le cardinal de Modène lui-même n'était pas épargné, ne changea rien à la conduite du Pontife et de son fils.' Ils poursuivirent avec la même assurance le cours de leurs monstrueuses débauches et de leur ambition effrénée.

Le roi Frédéric ayant fait procéder à la vente de toute l'artillerie et des armes qu'il avait emportées à Ischia, dans sa retraite, ils acquirent au prix de quatorze mille ducats ce qui valait bien quatorze fois davantage. Ce n'était point assez. Les Colonnes, avant d'abandonner leurs États, avaient fait enterrer, pour les soustraire aux recherches de leurs ennemis et les retrouver dans

»» 2iA «f

VQ meilleur temps , les pièces d'artillerie et fes^ autres armeç qui garnissaient leurs châteaux. Alexandre se transporta lui-même sur les lieux avec les cardinaux d'Est » de Gosenaui et Borgia. Ps^r des emprisonnemens et deâ tortures , par des menaces de mort , il obtint la révélation de ^es dépôts, et, tout triomphant, il fit porter à Rome ces divers instrumens de guerre rendus au jpur.^

Bientôt après, te père et le fiïs, avec ces armes nouvelles, se rendirent à Piombino et dans les autres tei^^es enlevées à Jacques Appiano; ils avaient un double dessein : s'assurer la possession du pays et y former un arsenal à portée de la Toscane, objet de leur constante ambition^

Ce voyage se fît avec la pompe accoutumée..

S^ Sainteté vint s'embarquer au port de Corneto,. où l'-attendaient six galères. Elle était accompagnée 4es cardinaux d'Est, Borgia, PallavicinOt Qrsino, de Gosenza^ et de Sanseverîno^ du duc de Valentinois et d'un grand nombre de prélats. Tonte sa maison, celle du duc, celles des cardjin^ux étaieiit i la suite.

Arrivé à PiombiûO) Alexandre fit reconnaître son fils pour seigneur de cet État, portant ainsi une nouvelle atteinte aux droits de TÉglise ; car, en adiïiettaût la réalité de ces droits sur les lieux enval^is, le Pape ne devait pas oublier qu'il n'était qu'usufruitier, et par conséquent ne pouvait donner à sa propre famille ce qu'il réclamait au nom des apôtres.

Il visita les terres et en particulier l'île dTElbe. Des ordres à donner pour de nouvelles fortifications, une grand'messe célébrée avec le plus grand faste, et des bals où les plus belles filles du payé étaient invitées, occupèrent seâ moméns. Les insulaires reçurent des marques nombreuses de libéralité. C'était une semence qu'il répandait avec soin pour des projfets à venir. Déjà même un bruit se répandait que lésPisans appelaient le duc à leur tête ; mais cette nouvelle ne se confirma point.

Ail letour, une temp&te accueillît les voya^ geurs. Céâar é'était fait débarquer un peu auparavant. Son père, resté à bord, ne partagea poin^i à ce qu'o^ dit, cet abandon de terreur que riUustre cortège éprouvait ; il ne cessa d'ia-

^ voquer avec calme et tranquillité le nom de Jesu» et défaire des signes de croix.

Cependant une révolution s'était opérée à Arezio en faveur de Pierre de Médicis. Vitelloizo, Jean*Paul Baglione, les Ursins et principalement Pandolphe Petrucci l'avaient provoquée; la Toscane entière paraissait y accéder. Les Bor- ~ gia voyaient plus de chances en leur faveur dans le pouvoir sans cesse vacillant de la multitude que dans l'autorité ferme d'un seul ; et le crédit nouveau des Orsini, des Baglioni, des Yitelli, présentait un obstacle de plus au dessein depuis long-temps conçu de les abattre un jour. Mais ils dissimulèrent, tant pour ne pas donner d'ombrage à ces capitaines, que par l'espoir de faire tourner à leur profit particulier les dissensions renaissantes des Florentins.

Le duc de Yalentinois trouva même dans la circonstance un avantage présent. D'accord avec son père , il forma une entreprise que bien certainement Baglione et Yitelïi auraient contrariée» s'ils ne se fussent pas jetés dans l'embarras des affaires de Florence, Cette entreprise était l'acquisition du duché dlJrbin , qui touchait auK possessions de ces deux capitaines.

la» 247 o< L'antique affection des peuples pour la maison de Montefeltro , qui les avait si long-temps gouyernés, et surtout pour le duc Guid'Ubaldo, dont le mérite et la magnificence avaient fait de la cour d'Urbin l'école, si on peut le dire, de la politesse italienne ; la protection du roi de France ; des liens de parenté avec la maison de la Rovère, à qui la succession était dévolue ; l'amitié constante de la république de Venise pour îe duc et pour ses ancêtres , amitié fondée sur une continuité d'importans et réciproques services ; les soupçons que non-seulement les princes Toisins, mais l'Italie entière ; allaient concevoir d'une acquisition qui ferait supposer des desseins plus vastes encore, toutes ces considérations ne permettaient pas une attaque ouverte r c'était à la fraude qu'il fallait recourir, et l'autorité du Sape ainsi que l'habileté connue du duc étaient là pour légitimer au besoin des moyens iniques.

Guid'Ubaldo s'était endormi au bruit flatteur des protestations amicales ; quelques témoignages positifs avaient même été donnés ; d'ancienà différens, au sujet de redevances envers la chambre apostolique, venaient d'être arrangés à l'en- , tière satisfaction de ce prince. Par ses instances,

il avait obtenu pour François >* Marie de la Rov«re, son neveu, la piéfeeturc de Rome, vM^ante par la mort du père. On lui faisait espérer l'autorisation jugée nécessaire pour adopter comme fils çt héritier ce même François-Marie, qui venait d'épouser une B6rgia« Si les entreprises dé|à mises à fin jetaient quelques soupçons dans son esprit , les brefs les plus caressans venaient aussitôt effacer des impressions fâcheuses. •

Pour le tromper mieux , César envoya le duc de Gravioa , qui était un Ursin , et Liverotto da Fermo, avec une partie de ses troupes^ ravager rÉlat de Camérino et commencer le blocus de cette ville , tandis que , feignant de vouloir se rendre de sa personne à la même destination , il sortait de Borne, suivi du reste de ses gens, et marchait vers Pérouse.

Là, il fut jointparrévêqued'Elva, commissairegénéral de l'armée; et deux Espagnols portèrent au dm d'Urbiu un bref où l'on disait que son attaclob^n^nt pour le Sadnt-Siége, apostolique et pour la personne du Pape faisait croire qu'il concourrait volontiers à toutes les entreprises du duc de Valeatiuois^ et $e prêterait en conséquence aux mesures quel'évêque d'Ëlva, conformément

aux instructions reçues ^ aurait à lui préposer Cea deux Espagnols demandèrent rartilleria mcess^ire ppnr le siège d^ Caipériao, k réparçttio^n des chemins, les moyens de transport sul&Sians, puis le passage vt les vivres pour quinze cents hommes 4e piçd, qui seitaient chargés de Tescorte.

Le duc promit tout ce qu'où lui dem^nd^. II envoya même à Spolcteun de ses çeixtilskQmraes vers Cés^r, pour Tassurç^r de sou aitjtachement et lui offrir tous les services qui dépendraient de ses^ États et de sa personne. César se montra extrêmement sensible à c^s marques d'amitié; il y répondît par des protestî^tions extraordinaires de gratitude, et dé<?lara qu'il ne voulait avoir d'autre frère en Italie que le due d'Urhin. En Pdême temps, il le pria d'envoyer mîUe hommes de pied à Yitellozzo en Tosç^ue.

Le gentilhomme du duc ayant été congédié, César fît partir de Spolète deu?c mille hommes, qui s'acheminèrent h marcheiSi forçéeis vers l'État d'Urbin , sous le prétexte d'escorter l'artillerie promise ; en ce même temps, du côté de la Eomagne et de Fano> le reste des troupes s'ébranla ; elles avaient ordre de tenir, en s'aipprochant des

^ 220 ^mk frontières, tous leÉ passages fermés, afin quTl ne restât à GuidTJbaldo aucune issue pour fuir» et que toute facilité fût laissée pour envahir le pays.

Ces dispositions faites, il se mit à la tête d'un bon corps de cavalerie, courut à Nocéra, qui était sur la route de Camérino, puis, se détournant vers Sîgillo et la Schioggia, il fondit sur les terres du prince , saccageant tout sur son passage, et annonçant que, dans la matinée suivante,^! voulait arriver à Urbin.

Le bon duc faisait ses dispositions pour en- . voyer des rafraîchissemens à Borgîa , lorsqu'il apprit cette invasion subite; on lui dît aussi quelles manœuvres avs^ient été faites en même temps et de divers côlés pour lui fermer toute issue. Hors d'état de se préparer à une défense dont il n'avait pas prévu le besoin, il ne songea plus qu'à se sauver par la fuite avec le préfet de Rome, son neveu, après avoir commandé à sqs sujets de ne pas irriter le tyran.

Arrivés à Santa-Agata , terre de Montefeltro, ils se travestirent l'im et l'autre en villageois, et prirent chacun une route dififérente avec deux

$90 221 cest

serviteurs pour toute escorte. Le duc se dirigea vers Mantoue ; son neveu prit la route de Savone. Ils arrivèrent , non sans avoir couru plusieurs dangers , en lieu d'asile.

Ainsi le triomphe inique du duc de Valentînoîs ne fut point complet. Il avait pris possession de rÉtat d'Urbin ; mais les princes, dont la mort seule pouvait assurer sa conquête, n'étaient pas en son pouvoir, et il semblait pressentir que les maisons de Montefeltro et de la Rovère, en se relevant, feraient un jour tomber la sienne.

Avant son départ de Rome , il avait ourdi la plus abominable trame contre le cardinal de la Rovère , protecteur naturel des princes dont la perte était jurée. Le cardinal d'Albret, suivi de Troccies, son camérier intime , devait s'embar-* quer sur une galère pour aller, disait-on, audevant du roi de France , qui venait en Italie ; mais il y avait un ordre secret d'envoyer, par l'esquif, à Savone, dès qu'on, serait en vue et à portée de cette ville, un serviteur, bien connu du cardinal de la Rovère, et qui, en annonçant, que son maître était sur le vaisseau, allant à la. rencontre du roi, engagerait par belles manières à venir le jvoir à bord : son Éminence n'y se-

rïiH p^% plus tôt montrée qu'on aurait repris la route de Rome.

11 ne tint pas à eux que le cardinal ne donnât dans le piège ; mais ce prince de TÉglise , dont le coeur était peu fait pour la fraude , arait un esprit très-capable de la découvrir. Il s'excusa poliment de tre pouvoir faire sa cour à ce beaufrère de Borgia, en qui probablement il avait déjà reconnu quelque pencbant à s'infecter de là corruption d'autrui , et à contracter allîance avec le crime.

César passa quelques jours à Urbîn dans une péuible hésitation , entre deux partis d'égale importance qui se présentaient à la fois. Devait-il effectuer k siège de Camérino, dont le blocus étaitcommencé? fallait-il se joindre à Vitellozto, dont l'armée, qui s'appelait ecclésiastique, après s'être empai^éc de la citadelle d'Arezzo, faisait en Toscane des progrès notables. Suivre le mouvement auquel poussait Vitellozzo, c'était le parti léplas^ avantageux; mais Louis XII, qui s^étâit opposé à une première invasion, en sôufifriraît-il une seconde? Cette considération prévalut dans Tesprit de César. Se bornant à faire passer en secret des secours à Vitellozzo, pour nourrir une

)»> 22S tel

entrejxrise dont le temps, peut-être, lui appren«« drait à profiter , il tourna toutes ses pensées et toutes ses forces vers le duché de Câoiérino.

Mais av^ant de quitter Urbin, pouvait-il ne pas dépouiller le palais ducal de toutes les richesses qu'avaient amassées tant de princes magoifiquo» et de glorieux capitaines ! Il fit enlever particur lièrement cette belle collection de livres que le duc Frédéric avait formée. Tout fut transféré au eh&tçau de Forii, la plus forte place de ses nouveaux États.

Les Florentins , cependant , ne s'étaient pas mépris sur les intentions du fils d'Alexandre. Ils le présentèrent au roi Louis comme Tunique au-» teur de la guerre qu'on leur faisait , et surent rappeler tout ce qui annonçait en lui y comme chez son père, le projet formel d'asservir l'Italie entière. Charles d'Amboise, seigneur de Chaumont, lieutenant du roi dans le Milanez, appuya ces plaintes, et montra qu'on ne pou'itait se fier aux Borgià, depuis, surtout, que le succès avait accru leur naturelle insolence.

L'indignation du roi fut vive ; non-seulement il envoya aux Florentins de la cavalerie , trois

la» 294 tel

mille Suisses et une artillerie redoutable , mais il annonça'de plus la résolution d'aller lui-même enlever au duc de Yalentinois la Romagne et les autres États envahis^ disant qu'une telle guerre contre les troupes du Pape serait plus profitable à la chrétienté, que toutes celles qui pourra«ient être dirigées contre les Ottomans.

Tandis que ces plaintes et ces propos avaient lieu 9 le duc de Yalentinois , ayant serré de plus près la ville de Gamérino , parut vouloir prêter l'oreille aux propositions d'accommodement qui lui avaient été faites par Jules«-Gésar de Varano, seigneur du pays , pendant un . armistice de quelques jours. Mais^ tandis que le possesseur de Gamérino se reposait avec sécurité sur la parole donnée , le duc fit tout à coup attaquer cette ville avec toutes ses forces , s'en empara, et vit tomber en son pouvoir Jules-Gésar avec ses deux .fils, Venânce et Annibal. Peu de temps après, suivant son usage, il les fit étrangler tous les trois. Jean-Marie, un autre fils, que son père avait auparavant envoyé à Venise, survécut à sa patrie et à sa famille , pour les rétablir un jour l'une et l'autre.

Ges deux opérations, d'Urbin et de Gamérino,

^D 225 cd

terminées en peu de jours, étonnèrent les princes italiens et jetèrent partout l'alarme. C'était avec d'autant plus de raison ^ que l'adroit Borgia savait bien garder ce qu'il avait pris. Il parvenait même à rendre son gouvernement agréable aux peuples. Tous ces États de la Romagne n'avaient pas eu pour maîtres un Guid'Ubaldo, aimé de ses sujets comme un père, ni un Astor Manfredi^ intéressant par sa jeunesse, ni une Catherine Sforza, qui sut inspirer tant de courage aux habitans de Forli. Borgia n'avait renversé presque partout que des tyrannies odieuses non-seulement en elles-mêmes, mais par les crimes qu'elles autorisaient. Ce n'était que vols , brigandages , querelles particulières et meurtres. Les seigneurs ne songeaient qu'à dépouiller leurs sujets; punir des malfaiteurs, quand surtout cette punition ne pouvait enrichir le fisc, c'était un soin qu'ils semblaient ne pas compter parmi leurs droits et leujfs devoirs.

Pour établir la sûreté publique, César plaça l'autorité la plus absolue aux mains de messcr Ramiro d'Orco, homme cruel et juge expéditif, à qui la Romagne dut bientôt une tranquillité

depuis long-temps inconnue.

la» 226 ^ Quand ce premier bien eut été opéré. César vint à craindre que l'instrument dont il avait fait usage ne se rendît trop odieux; c'est pourquoi il créa , au centre de la pronnce , sous la présidence d'un homme cher au peuple par ses vertus et son mérite , un tribunal civil auprès duquel chaque ^ille avait son avocat.

Mais le souvenir des rigueurs passées nourrissait contre lui quelques haines, auxquelles il avait le temps de prendre garde, dans un pays qu'il n'avait plus besoin de soumettre par la force; il le savait, et, pour détruire tout germe de malveillance, pour gagner entièrement les esprits, il voulut montrer que la cruauté, dont on avait eu à se plaindre, ne venait pas de lui, mais du caractère féroce de son ministre. Profitant du premier prétexte qui s'offrit pour mettre les mains sur messer Ramiro d'Orco, il fit voir un beau matin, au retour de la lumière, cet homme si redoutable étendu sur la place de Cézène, la tête séparée du tronc, à côté d'un billot et d'un glaive ensanglantés. Borgia , comme oD voit , savait parler à l'imagination du peuple.

Cependant, la révolte de Toscane, si chère à Borgia , par les conséquences qu'elle pouvait

avoir en sa fareur, s'arrêta au milieu de ses prcH grès. La déclaration du roi de France d'abord, puis les craintes de César , furent les obstacles qu'elle rencontra. Pour ne pas irriter un allié puissant , le duc de Valentinois fit intimer l'ordre à Yitelloi^xo de quitter Tolontairement Arezzo et ]es autres terres qu'il occupait en Tos* cane, s'il ne voulait pas y être contraint par les armes.

De leur côté les Orsiqi, Vitellozzo, Baglione et Pandolfo Petrucci, songèrent enfin qu'il valait mieux garder leurs forces pour s'opposer aux entreprises ambitieuses de Borgia.

Le cardinalJean*Baptiste Orsino fut alors député viers le roi pour excuser le mouvement d'Arezzo, et porter plainte contre le Pontife et son fils. Il fit ce voyage sans Taultorisation du Pape ; Alexandre , à qui, en alléguant d'autres motifs, il en avait fait la demande, n'avait point voulu l'accorder.

Cette démarche devait lui coûter la vie, ainsi qu'à la plupart des siens ; elle devait faire tom^ ber sa famille de la plus haute /élévation où ja-*> mais elle fût arrivée. Le duc de Ferrare portk

ia» 228 «et

des plaintes semblables au roi Louis; le duc d^Urbin, le marquis de Mantoue, le cardinal de laRovère, Bentiroglio, la seigneurie de Venise et les Florentins les répétèrent, .

Le roi était flatté qu'on le prît ainsi pour arbitre des intérêts de l'Italie ; niais il écoutait en même temps les explications que le Pape et César lui faisaient passer par leurs ministres , et surtout par Troccies, le plus adroit de tous. Le père et le iils , toujours si habiles à choisir l'à-propos , surent ofiErir des secours considérables, dont la division, qui existait déjà entre les Espagnols et les Français, pouvait bientôt faire sentir le besoin. Ayant en outre prorogé de dixhuit mois la légation de France, ils avaient par là gagné le cardinal de Rohan, qui, du reste, à raison de ses prétentions à la chaire de saint Pierre, était porté à servir Rome envers et contre tous.

Des différens survenus avec les cantons suisses , pour la terre de Bellinzona , les vallées de la Valteliné et de Schaffouse ; les préparatifs m«nàçans d'un voyage de Tempereur en Italie, où il avait, disait-on, l'intention de se faire couronner; la connaissance de l'inquiétude avec la-

lao 229 cet

quelle Venise voyait aux mains du roi et l'État de Milan et le royaume de Naples , toutes ces circonstances déterminèrent Louis XII à resserrer ses liens avec les Borgia. Et ce même prince, qui trouvait naguère plus conforme à la religion de porter secours à des chrétiens , opprimés par unpontifev que de guerroyer contre les Turcs, déclara bientôt que sa confédération avec lé Pape méritait de passer avant tout autre engagement ; que la pirotectioa accordée à divers princes ita-* liens ne devait porter aucun préjudice aux intérêts de rÉglisie; et (Qu'enfin, il n'avait ni la volontq ni le droit de s'opposer à ce que pourrait faire Alexandre des terres et domaines qui ap,-* partenaient au Saint-Siège.

Cette déclaration , si opposée aux sentimens naguère manifestés, ne se fit pas expressément tout de suite. Il laissa quelque temps ceux qui recouraient à lui se nourrir d'espérances vaines.

Le duc de Valentinois , instruit de ces dispositions favorables, se munit de bonnes sommes d'argent, acquises par ses moyens ordinaires, spécialement par la mort du cardinal deModène, agent principal des rapines pontificales, dont la fin précipitée ne donna pas moins- à parler que

sa vie , et résolut d'aller à Hilao , où le roi ve-* naît d'arriver.

Pour tromper ses ennemis « César se mit en route , déguisé eh cheyalier de Malte , arec le cardinal Borgia, Troccies et un autre de ses familiers. A Ferrare^ il prit avec lui son beaufrère, le prince Alphonse. Tandis qu'on le croyait dans la disgrâce du roi, et qu'on ne pouvait pas se persuader qu'il vînt se livrer ainsi, 4e prince lui fit un accueil plein de bienveillance, et lui donna toutes les marques d'affection et d'estime qui étaient en son pouvoir. Il n'eut pas de peine à recevoir comme bonne sa justification au sujet d'Arezzo et du val de Chiatiâ. César réussit d'autant mieux à rejeter cette affaire sur les Orsini, «ur Yitellozzo et Baglione , qu'il les présenta comme des partisans de l'Espagne.

Pour gage des bonnes volontés de Louis XII, il reçut l'offre de trois cents lances, qui l'aideraient d'abord à réprimer Jean-Paul Baglione et Yitellozzo , puis à prendre Bologne , au nom de l'Église ; Bologne , dont il voulait faire la capitale de son duché de Romagrie.

Mais cet arrangement ne fut pas divulgué tout

ta» 231 <«K d'abord ; et Louis XII , qui n'était pas inhabile en dissimulation, sut donner à entendre aux enneoii» de César qu'il songeait à emmener en France, pour mieux garantir la sûreté .coma>une , cet homme si dangei:eux. Il fit même au cardinal de la Rovère quelques promesses en faveur du docdIJrbin, mais tout cela pour gagner du temps; enfin il repartit pour la France, et les adversaires de César Borgiay qui resta ^n Italie , purent alors comprendre à quel point on les avait joués.

iieur confusion et leur terreur s'accrurent bientôt : carie duc de Yalentinois était à peine passé à Imola, où se rassen:àbkit son armée, qu'on vit ifrriver à Bologne un homme venant de la part du roi , pour signifier à Jean Bentivoglio que icette ville étant du domaine de l'Église, sa majesté n'avait pu refuser à un Souverain Pontife les secours nécessaires pour la recou-vrer ; mais qu'en vertu de la protection royale ^ il serait permis aux Bentivoglid'y rester, comme simples particuliers, avec la. jouissance de leurs revenus propres.

A cette nouvelle, tous ceux qui avaient à craindre le duc de Yalentinois virent bien qu'il

était temps de songer à leur sûreté ; et, quoique les Orsini, Yitellozzo, Baglione et Lirerotto da Fermo , eussent reçu depuis peu leur solde , comme capitaines de César , ainsi que de l'argent pour enrôler de nouvelles troupes , et les mener àTentreprise de Bologne; qui n'était alors que projetée encore, ils crurent convenable de rester avec leurs soldats en des lieux sûrs^ pour voir ensuite ce qu'il faudrait faire ^ dans l'intérêt général.

L'occasion de se décider se présenta bientôt- Mous avons vu comment la Romagne,long-leinps agitée de désordres particuliers , avait recouvré la paix sous Borgia. Il n'en fut pas de même des États d'Urbin. Jadis heureux et tranquilles sous leur prince, ils montrèrent, p^r toutes sortes de résistances, le vif regret de l'avoir perdu, et leur haine profonde contre celui qui l'avait dépouillé. Les sujets fidèles de Guid'Ubaldo massacraient^ selon qu'ils en trouvaient loceasion, les gouverneurs de Gésar , emprisonnaient ses magistrats et ses juge^, attaquaient ses troupes.

Un important succès rendit l'insurrection complète. Le gouverneur de San-Léo, fortifiant cette place qu'il tenait pour César, y faisait entrer

quelques pièces de bois. Des conjurés , postés dans les environs, attenciUreat un moment où le pont-levis, embarrassé de grosses poutres , ne pourrait être levé par ceux de l'intérieur, çt, sautant sur le pont, ils entrèrent dans le château , dont ils se rendirent maîtres.

Cette prise de San-Léo ne fut pas plus tôt connue, que tout l'État d'Urbin se déclara poux Guid'Ubaldo, l'ancien duc Ce prince, au premier avis, passa de Venise à Sinigaglia, et, de cette dernière ville, à sa résidence ordinaire.

Tous ceux qui presdcntaient leur pjerte prochaine , à la vue des progrès successifs de Borgia, progrès que Toccupatiop de Bologne allait rendre plus formidables encore , pensèrent que le moment d'agir étaitvenu. Eu conséquence, ils s'assemblèrent à Magione, dans, le Pérugin. C'étaient le cardinal Orsino, le duc de Gravina et Charles Orsino, au nom de toute leur maison ; Vitellozzo Vitelli, Jean-Paul Baglione, tyran de Pérouse ; Liverolto da Fermo ; Annibal Bentivoglio, pour son père; Jean-Antoine de Venafro, ministre de PandolfoPetrucci, chef de Sienne.

Dans cette assemblée, on forma une confédération, qt leçigagement fut pris de mettre, en

campagne sept cents hommes d'armes et neuf mille fantassins. Une partie de ces troupes de* vail servir à Bentirogiio , pour attaquer César , du c6ié dlmola ; le reste diiTcherait à reprendre Fesaro, Rimini, et. porterait secours- au duc d'Urbin.

I>ans la crainte que cette ligue n 'irritât le roi, qui , pourtant , selon eux , ne pouvait voir avec déplaisir qu'on voulût détourner et restreindre les trop vastes desseins de César , les confédérés s'accordèrent à concourir, de leur personne et avec leur monde, à toute entreprise pour laquelle Louis XII réclamerait leur assistance.

Ce fut aussi par le même motif que les Go* lonnes , ennemis si déclarés et si poissans des Borgia, ne furent point appelés à faire partie de l'union. Ils auraient donné , par leur présence dans les rangs des confédérés, trop d'inquiétude à la France.

On parla beaucoup el diversement sur cette grande mesure. Chacun sentait le besoin d'opposer une digue à l'ambition violente des Borgia; mais, en même temps, on craignait que le résultat de l'entreprise ne répondît point à la jus-

» 235 ifll

tice des motifs > et que ce noble mouTetnexit ne tourn&t à la ruine <le ceux qui rayaient conçu.

Une chose étonnait surtout : c'était la résolution des UrsinSy qui s'exposaient à perdre en un moment le fruit de dix années de soins obséquieux auprès d'Alexandre tt de César. D'autres personnes , qui jugeaient mieux l'état des choses, pensaient qu'une telle mesure était indispensable, César ayant arrêté, sans nul doute , dans sotk esprit, la perte deèYitelli, des Baglioni, des UrsiuseuX'-niêmes. On va jusqu'à dire qu'ils furent secrètement arertis de pourvoir à leur sûreté ; et cet avis leur vint de la cour de France , où tout le monde ne ressemblait pas au cardinal de Rohan, qui approuvait et servait en toute reilcontre l'élévation tyrannique des Bor^a , et l'abaissement des princes italiens.

D'autres motifs encore purent concourir à déterminer les Ursins, Le duc de Yalentinois roulait qu'ils fissent avec lui la guerre aux Bentlvoglî 5 devenus leurs proches parens , pat le mariage d'une fille de Jules, nièce du cardinal Orsino, avec Hermès, fils dé Jean Beiltivoglio; D'un autre côté, quel espoir leur restait-il de contribuer au rétablissement des Médicis , qui

tenaient aussi à leur famille, tant qu'ils suivraient le parti et les. intérêts de César, enneaii par ambition de cette maison puissante. Déplus, en.6tant au duc de Yalentinoifi ces condottieri, les plus renommés de lltalie, et qui menaient à leur suite les plus, vieux et meilleurs soldats, on devait, selon toute apparence, tellement l'affaiblir, que, loin d'avoir.désormais aie craindre, on pourrait au contraire 1 offenserâmpunément^

En effet, si l'uniformité des vues et la constance dans l'exécution eussent répondu à la sagesse du projet primitif, nul doute que les intérêts des Ursins et des autres n'eussent été pleinement garantis.

Les Vénitiens et les Florentins furent invités à faire partie de l'association ; mais la crainte du roi de France retint les premiers, bien qu'ils fussent particulièrement amis de tous les confédérés ; et qu'ils eussent une extrême jalousie de Borgia ; quant à ceux de Florence, leur haine pour Yitelloz^o %t pour les Ursins .leur suggéra l'idée de faire plutôt cause commune avec le duc de Valentinois,

IVillustre secrétaire de Florence, Nicolas Ma-

chiavel , que la république envoya vers César, pour lui offrir des secours, raconte qu'il le trouva dans un découragement profond ; car il se voyait presque sans troupes 5 bien qu'à la veille d'une guerre qui paraissait devoir être poussée avec la plus grande vigueur.

Les offres des Florentins relevèrent son courage* Il résolut de gagner du temps, avec le peu de troupes qui étaient autour de lui. Il en vint bientôt à penser que cette épreuve, quelque difiScile qu'elle pût être, ouvrirait la voie à l'exécution de ses plus vastes desseins : ces nouveaux ennemis, une fois terrassés, il ne devait plus trouver d'obstacle pour arriver aux autres, et les abattre. C'est pourquoi il appliqua toutes les ressources de son esprit , aux apprêts de la guerre et au manège des négociations souvent plus efficaces que les armes.

D'abord il demanda de prompts et puissans secours au roi, qu'il ne manqua pas de prévenir contre les confédérés , et il envoya des officiers lever des hommes à tout prix. En même temps, il engagea le Pape à faire des propositions aux membres de là ligue, selon leurs intérêts divers, afin d'en détacher quelques-uns où de les tenir

du moins en suspens jusqu'à ce qu'on pût les attaquer arec atantage.

Le Pape, faisant usage de tous les artîfiees qu'il possédait, chercha, par le moyen de Jules Orsino, à gagner le cardinal son frère, ayec qui de longues et étroites liaisons d*amitié donnaicat l'espoir d'un succès plus facile. Explications, excuses, promesses des plus grands hon<neurs, rien ne fut épargnée

Le duc de Yalentinois» en pratiquant des me* nées semblables avec chacun des confédérés en particulier, eut soin d'y mettre pourtant ce qu'il fallait de publicité pour faire uaitre uiie méfiance mutuelle, et empêcher cette exécution prompte et soutenue qu'ils étaient en état de donner à leurs desseins , et qui probablement eût opéré sa ruine.

Cependant la troupe des Sentivogli ayant passé de Gastel-^San*Pietro à Ooccia, lieu voisin d^Imola , l'avait pris et saccagé. Le duc de Gravina et Paul Orsinp, qui , avec leurs gens et les six cents soldats de ViteWozw^ étaient entrés dans le duché d'Urbin , rencontrèrent, auprès de Gagli, don Michelotto et don Ugo de Car*

i» M9 <«(l doQâ, qm avaient emporté et mi:s à sac Foësombrone et repris la Rigola , où le premier, plu 8 adroit sieaire que brave bapitaioe^ avait, de sa propre main, donné la mort à Jales César de Yarano, qui y était détenu. Ces deux lieutenans de César Borgîa furent complètement battus ; Ugo de Cardona fut tué, avec un grand nombse des siens; presque tout le reste fut pris. Micheiotto put à grand 'peine se sauver à Fano^ d'où le duc de Yalentinois le fit aller à Pesaro, tant par* ee que cette dernière ville n'était pas aussi bien disposée en sa faveur, qi^gMu: porter la mort à Yenance et à Annibal oHHRno, qui, échappés de ses mains, avaient cherché en ce lieu un refuge , dans le même temps que le peuple de Camérino, ayant rappelé de Yenise Jean-Mari/^, leur frère aîné , s'était révolté contre l'usurpa* teur.

Les circonstances se montraient favorables , comme on voit, pour enlever au duc tout ce qu'il avait pris; la fortune souriait aux confédérés; tant d'inventions criminelles, tant d'actes de perfidie , tant de lâches assassinats allaient être stériles, ce qui, pour un ambitieux, eût été la plus cruelle des punitions; mais les nouveaux ennemis de César laissèrent enchaîner

«a» 260 «cK

leur bras, et suspendre leur élan d'abord assez vigoureux, assez ferme, par des artifices qui causèrent leur perte et sauvèrent le fils habile et audacieux d'Alexandre.

Pendant ce temps, dont ils profitaient si mal, César avait assemblé de divers points un nomn bre considérable de troupes; Chaumont avait reçu du roi Tordre d'envoyer prompteraent à son secours quatre cents lances, et de l'appuyer par tous les moyens qui seraient en son pouvoir. 4^

Surpris et confondus, les confédérés se crurent bientôt réduits à écouter les propositions qui leur étaient faites. C'était où les attendait le duc ; car, bien qu'il fût maintenant en forces, la fraude secondait mieux ses vues qu'une guerre ouverte.

Tandis que le Pape continuait son manège avec les Ursins , et ourdissait des trames nouvelles auprès des Bentîvogli par l'entremise de Charles Degl'Ingrati , ambassadeur de J€an à Rome, César traitait aussi avec les mêmes Benlivogli et avec Pandolfo Petrucci, qui eut soin d'envoyer à Imola Antoine de Vcnafro , pour

^»> 2/ki <«

suivre de plus près ses affaires : le fils d'Alexandre se ralliait plus étroitement à Paul Orsino, tih du cardinal.

Ce Paul n*était pas le moin$ considéré de sa maison; sa valeur était grande; et la répu<^ tation des soldats qui le suivaient égalait bien la sienne. Le duc , en l'appelant auprès de lui^ avait envoyé comme otage le cardinal Borgia dans les terres des Ursins. « C'est moins la perte • de tant d'excellens capitaines qui m'a affligé , «disait César, que la c^ÉMHMfcasser pour un «homme insouciant d^jf^HI d 'autrui, et in^ «capable de s'attacher des amis. » En conséquence, il voulait entrer en accommodement avec eux, leur promettant toutes les satisfactions qu'ils pouvaient désirer, et cela dans un moment où les secours envoyés par le roi de France, joints aux forces qu'il avait rassemblées luimême , ne pouvaient laisser croire qu'il eût besoin de la paix. Il offrait d'amener à bon terme, de la manière qui paraîtrait convenir le mieux, toute discussion existante avec lesBentivoglî, pourvu que sa réputation politique n'en souffrît point. Quant à Paul, il sut lui prodiguer des protestations d'estirne et d'amitié si persuasives; il lui fit de si attrayantes promès-

lô

8efc» qu'après Tafoir fasdné^ il s'en semt pour fasciner les autres.

C'est vraiment chose étonnante que cet homme ; i dont ; la ^ perfidie airah immolé déjà tant de nctitnes ,: ait pu tromper si facilement les plud habilçs capitaines d'Italie! Pour les. gagner p^ux , ce jne fut ^int assez deies reprendre i 8^^ service, il leur donnarquatre mille ducats en pjré&ent ; IL leur promit de laisser en paix les PenHyoglî, et contraisfc^ :méme avec Jean- une alliance de faaijHMMj^aissaiit' :1a; faculté de ne se. rendre sauprèsl^m' qu6 lorsqu'on le Juge*rait. à propos. De leur côté^i ces capitaiiies pro-^ mirent de remettre en son .pouvoir le duché d'Urbiû et les autres tetares/dontâls. s'étaient eon parés ; de le serfir dans toutes ses entreprises ^ et de ne faire la ;guerré ou fournir des troupes à qui que te fût sains '$m autorisation;; « . j >

r Guid'Ubaldo aevit.de nouveau fcârcé d'aller â Venise ; il fit juiner auparavant toutes Jes places de;éo& État y parce que mettant sdn appui sur les peuples, il aevoiflait .pas que: des places^ dont il né pouvait assurer la défen^^ devinssent entréles mains de soùennemiun moyen d'iii^ quiéter^; d'opprimer ses amis.:

ta. 243 <« ! Ceax de» cdncbttierî qui hésitèrent davantaj^e, furent Baglioae et Vîtell<ifczo. ^'

Lé duc de Yaleùtinois ayant ai il8i.reci)uvré les dtichës'd'Urbin.et de Gamérino» dont les qi€^î* très s'étaîisnt enfuis eu voyant Vitellozzo et Ba- ^uoev qui avaient auparavant promis db les défcndrei, rester oisits où même »onger à s'unir de nouveau, pour les attaquer^, aux troupes :d.*u)i implacable 'àdverfiairt^ lit dcnuodï r aux'îcoii^ dcxttierl à quoi ils voiilaig|É|Hbecnpés pt^urje monoentS^ n yeur jiM^^^^^n e(^ sujet. iLa délibération fut If Ml ^M^^W^^^ da Fermo Offrit enfin d'aller eu T^sc ai u' ou d attaqii^^SiniiT, gaglia. eësar dît-qu'il ne fallait pàè^so;ngej? à «la Toscane^ parce 'que les Flèrèntin» étaient 909 amis, et il se décida pour Siriigaglia, j ..

Jeanne de Montefeltro tenait cette place au nom de Fiîahçoîs* Marie delà Jlovère, sondils, envoyé, à. Rome par le cardinal de^ Sj^iuit-Piejrer Ez-pLiensyson oncle- PaulOrsinô; le duc de Qravina , .Vitellûzao, Liverotto daFeruio^ se mirent en mesure d'enlever la fille î ce, qui leur réussit promptemeiit. Jeanne de' Montefeltro^ duinipment qu^'elle s'était vue abandonnée,; avait pri^ia fiiite, et s'était retirée dans les États qu'elle po^r

»> ^f$U <« sédait au royaume de Naples, laissant le châ~ teau à la garde d'André Doria.

Les alliés de César, en lui faisant savoir la prise de la ville , lui apprirent en même temps que le gouverneur du château ne voulait en remettre les clés qu'à lui-même, et l'engagèrent en conséquence à venir. Le duc vit que l'occasion était bonne, ceux qu'il avait dessein de perdre l'appebîit <.iix-inênîc?! là où il avait dessein de les MiiLefitf^^xt.Mïgédia toutes les troupes française^^^^^^É|irrent en Lombardie, à l'exception n^mHives, commandées par monseigneur <k' Caudales ; son beau—frère; et partant de Césène, vers la mi -décembre, il se rendit à* Fano, d'où il engagea les condottieri, par toutes sortes de caresses , à l'attendre dans Sinigaglîa.

De son côté , Alexandre ne négligeait rien pour surprendre toujours plus la confiance des anciens confédérés et surtout des Ursins ; lettres, ambassades, protestations animées, marques quelconques d'amitié, tout fut mis en usage. Il avait soin de dire avec abandon , quand des gens qui paraissaient devoir rapporter ses paroles étaient là pour l'entendre , que la mai-

^ 245 «ei son Borgia uè pouvait subsister, ni à Rome, ni en Italie, sans l'appui des Ursins; que le duc de Valentinois ne s'étant élevé qu'à l'aide des Ursins, c'était par eux qu'il comptait se maintenir; « moi-même, ajoutait-il , je suis disposé à rési- » gner la tiare entre les mains du cardinal Orsi- >no, à cette seule condition que l'alliance la «plus ferme, l'union la plus indissoluble soit » formée entre nos deux maisons. »

Ces paroles emmiellées rëtT-^îr t comme les encliantemens de Clrc^ ^l- fit le sens à

ceux qu'on voulait p^^B- ' que le car-

dinal Orsino, retouj^M a de temps

après l'accord, fut a vont yav pliisiinrs personnes de ne pas se livrer aux embûches des Borgià, mais qu'il se moqua pleinement des craintes qu'on voulait lui inspirer. « Je n'ai jamais été brouillé avec le Pape, répondit-il , et j'ai toujours retiré de grands avantages de cette bonne intelli-^ gence. »

Seul parmi les cojidottieri qui étaient à Sini*gaglia , Vitellozzo semblait éprouver quelque méfiance. La mort de son frère lui avait appris à ne pas trop compter sur la foi des princes qu'on a offensés. Néanmoins Paul Qrsino, que,

par ses fions et ses. promesses, le duc av'àit Te plus coibpl^teiiieBt sédîiity persuada. l^expiériménté capitaine' ; il consentit i attendre^

• Gésar^ aviiht le 3o; décembre^ Jour fixé pour -son départ de Fano^comikianiqua: son dessein à' huit'de ses {)$dés, du* nombre desquels: fureot Wîehelotto et iib mansignare, fait depiais cardinal. Ils devaient, axissit6t que Vitelloxzo, Paul Orsino, le duc^^^|raTiDa, et Liverotto da Fer- ^b, serf^îen^^^^^^^encontref lésimflftré au ffinilieu d 'p ii J^^^^^^m^cu ter cet ordre . a^ec plus de pré ds^^^^^^Bdes quatre eapitaines iétaît-désigné à^HHI^pt affidés. Quàiid.on les aurait enfermés ainsi , on les . entretiendrait jusqu'à' Sinigaglia^ sans y mettre pourtant aucune àireclatîoifi , et on entrerait avec eux au iogenïént du due ; où ne devait pas les quitter qu^is ne fussent pris;.

Il fut ordonné ensuite que toute la troupe. ^ consistant en deux mille chevaux et dix mille Sommes dé pied ^^ se trouverait au point du jour èur le Métauro; mière éloignée dé Fanode cinq milles, et attendrait le duc en ce lieu.

Gésar; aiyànt donc joint son armée sur le Mé-

tsmtOf kdernter.pur de décembre 9 fît partir en ayant deux cents chevaux, ensuite l'infanterie, puis 6Ç jmirt en marche avec sa suite et le reste de son monde* :■

Faoo^et l^nigaglia sont deux vâlesde lai Mak-» che situées sur le hocd de là mer. Adriatique ^^à la distance de quinze milles Tune de l'autre. En aUantàSiïiigagIia,.on a constamment^ sur la droîjle^ deis montagnes y dont. quelques^ unes s'avanoeat tellement vers la mer, qu'il peste à peine \jn pass^»^e entre Ifitt^^^BjiH les flots;. la plus grande largeur sÉÉ^^^^^p deux tnilleSé Sînigaglift n'est éloip^flPH^^Rtes montagnes que de il a portée d-un 'trait ;. un peu moias.d''^ mille d'Intervalle la sépare de. là mer. Une pen» tite/ rivière côtoie e^i baigne' la paiitâe desjpaurs qui regarde Fano, et qui est en face du chemin.. Quand on approche de Sinigaglia, il faut longer quelque temps les montaçne»; pujs arrivé.! la rivlète, on tourne sa gauche vers la nieir^ Jusqu'à un pont^ qui mène à la pocte de la ville. Cette porte ne &^ouvre i point à l'ôpposite du pont , mais elle est placée à quelque distance ettrans^ velDsalement^ . Avant la porte 5 est un faubourg avec unq place qui borde un des côtés delatri-^ yière. -^ . ^' -:^ : •> .. .'.-.,. r. .

la» 268 <« VîtellozM) et les Ursins avaient envoyé ïeiir« troupes dans certains châteaux éloignés d'environ six milles, afin que le duc pût loger les siennes dans Sinigaglia. Il n'était resté que la bande de Liverotto, composée de mille hommes de pied et de cent cinquante chevaux; elle était logée dans le faubourg. >

Quand la tête de Tavant-garde de Borgia, formée de cavaliers ^ fut arrivée au pont , elle ne le passa pniti^^M^ tournant les croupes des chevaux, d'i|^^^^^b|s la rivière, de l'autre, vers la c«!rn|>à'^^^^^^^Ha au milieu un chemin où ri JifnilMRm^^Rtnur entrer dans la ville, sans s'nrréter. Vitellozzo, Paul Orsino et le duc de Gravina, montés sur des mules et accompagnés d'un petit nombre de cavaliers, vinrent au-devant du duc.

Vitellozzo, sans armes, enveloppé d'un manteau fourré de vaîr, semblait, par sa tristesse, montrer quelque pressentiment de sa destinée. Cette contenèinee étonnait dans un homme qui avait donné, pendant sa vie, tant de preuves de courage et de résolution : y a-t-il donc des moraens où l'homme croit ne pouvoir plus soutenir de lutte, et se jette au-devantde son sort.

couime l'oiseau timide dans la gueule ouverte du seipent? On raconte que Vitellozzb, en quittant sa troupe pour venir à Sinigaglia et aller audevant du duc, fit en quelque sorte ses derniers adieux, recommanda sa maison et ses biens à son lieutenant, et avertit ses neveux de songer, non à la fortune qu'avaient eue leurs pères, mais à la vertu militaire dont ils avaient donné des preuves.

Les trois capitaines éhnit domsarrivés en présence du duc, le saluèrent ^^Hpotiment, et furent reçus de lui a^cc ^p^H^lltint visage ; mais ceux qui eji avatt^it rt-çi^^ordre se rangèrent incontinent à leurs côtés.

César, ne voyant point Liverotto, en demanda des nouvelles. On lui répondit qu'il attendait sur la place du faubourg avec ses gens. Il fit alors à Michelotto, chargé de ce capitaine, un gigne de l'œil qui fut bien compris. Miclielotto, en conséquence de cet ordre muet, passa en avant et vint joindre Liverotto, qui commandait à sa bande quelques évolutions sur la place et lui fit observer qu'en la tenant ainsi hors du logement, c'était s'exposer à ce que les soldats, qui allaient entrer, s'en emparassent; il lui conseilla donc.

de la loger, et de venir de sa personne ^^devant du duc : jc'est ce que fit Lii^erotto. César, l-ajant aperçu y l'appela. Liyer(»tto le salua respectueux sèment , et le suivit comme les autt^s,' >

'i {Intrés dans Ssnigaglià, ils descendirsent'tous de cheval à la porte- du logement 4estiaé au âue, qui les pria fort gracieusement de venir faire collation avec lui. Paul Orsino, qui était le plus près de César , donna l'exemple , et ils selaissèreni - i^' uricr. j , «^ î

Quand ou l*lllta|tt^^uns Tappart^melit qui offrait le p3ii dj: tfcWi pour rexécution j des mesures concertées, César quitta ses botes ^ aussitôt, montant à cheval, il alla ordonner que les troupes de Liverotto et des autres condottieri fussent désarmées. On attaqua d*abbrd les geds dé Lîverottp, qui s'étaient logés dansle^feubourg, et qui .furent presque tous massacres; OLes tnmk^ pes des Urisins et de Vitellozio éloignées», comme nous l'avons dît, surent ou pressentiront Ija ruine de leurs chefs; elles eurent le temps de se réu* nir , et parvinrent à se sauver j ^nsî que>le fils de Paul Eabîo, qui n'était pas entré dans k ville.

. Ou raconte ceci de César : Tandis qu'on pas-

«art au fil; de Tépée îles soldais de LîTerottoi iï apeirçut un envoyé de» Florentins : cVoilà la vengeance, lui dit-il, que je devais: .proQuarer. à vos seigneurs, et que, dans Urbin, j'annonçai à iDônsigsnor de YolteÀraysans lui découvrir pourtant cnon secret; voilà comoie j'ai^uj profiter dfrl'oecasïon, :el' servir votre. république^ en te délivrant de ses pires ennemis!» En tnêipe temjls qu'on égorgeait dans.le faubourg, les condottieri furent attaquée par 0on Michelotto elles autres iscéléràts, ses compagnons, qui étaient restés constamment autour d^euDt. A cej mots : «Yoiis êtes prisonniers! » les mâlbeuillfl^ portèrent la main à leurs épées , hors Vîtellozzo qui n'en îfViait» point; ' '• . > • -■': > . ^ i.:« \, '«i.-.i

• Mais les soldats du duc, après avoir pillé le quartîeip des gens de Liverotto ^ tombèrent sur la ville; î) fallut que César en fît sùr^rle-chaiiip.' punir de m^rt quelques-uns, sans quoi^ Sinigaglia aurait été etitièrement saccfitgéc. ,

La nuit étant venue, c^était la derniéreide l'an i'5oil- et le tumulte s -étant apaisé, Borgia fit étrangler Liverotto et Vitellozzo : ce dernier priît ses bourreaux de demander pour lui au Pape indulgence plénière de ses. péchés. Lire-

{Sa 252 «d

rotto , reconnaissant les torts dont il s'était rendu coupable envers le duc , les rejeta sur Vitellozzo, qui avait été son maître.

Paul Orsino et le duc de Gravina furent laissés en vie, jusqu'à ce qu'on eût reçu de Rome h nouvelle de ce que le Pape, à qui l'on se hâta d'écrire , aurait fait de son côté.

Au reste , Yitellozzo et Liverotto étaient deux scélérats, bien dignes d'un châtiment; mais il ne fallait pasj^un duc de Yalentinois se char^ geàt de l'infli^^H oici ce qu'avait fait Liverotto.

Resté orphelin dès l'enfance, il avait été recueilli et élevé par un oncle maternel, nommé Jean Foglianî, qui le confia, dans sa première jeunesse, à Paul Vitelli, pour apprendre, sous un tel maître, l'art de'la guerre, et parvenir à quelque bon grade dans la milice. Après la mort de Paul , il servit sous Yitellozzo , son frère, et en peu de temps , par son esprit , sa force de corps et son courage, il devînt un des premiers Heutenans de ce condottiere. Mais bientôt il regarda comme' chose servile de ne commander que sous autrui ; et , comptant sur quelques citoyens de Fermo à qui n'était point chère la li-

«a» 253 oe^ berté de leur patrie , ainsi que sur le crédit de ses compagnons et de son maître, il écrivit à son oncle, Jean Fogliani, qu'ayant passé déjà plusieurs années hors de son pays, il désirait venir ?oir son tuteur , visiter le lieu de sa naissance et reconnaître son patrimoine ; il ajouta dans sa lettre que, n'ayant travaillé que pour acquérir de l'honneur, et voulant montrer k ses concitoyens qu'il n'avait pas perdu son temps, il paraîtrait avec une suite respectable et une escorte de cent chevaux : en conséquence, il priait son oncle 4^ préparer les habitaus de Fermo à le recevoir convenablement.

Jean Fogliani , sur qui la gloire de son pupille allait en quelque sorte rejaillir, dans cette belle réception qu'on lui ferait, ne négligea rien pour qu elle fût des plus éclatantes ; il le logea -chez lui, et Lîverotto passa quelques jours à préparer Texécution de ses abominables desseins.

Jean fogliani et les hommes les plus recommandablesde Fermo furent invités à un banquet solennel, que Liverotto voulut donner en retour des politesses reçues. Vers la fin du repas, il fit, à dessein, tomber l'entretien sur le Pape Alexandre, sur César, son fils, et sur leurs entreprises.

9m» 25& «d Jean Fogliani et les autres convives n'en parlaient pas avec cette réseryequ'onpeutbiengardef ailleurs, mais non pa& toujours à table, quand tout à coup Lirerotto^ se k^ant, «e mit à dite qu^Il fallait traiter ces clioses-là en des lieux plus Secrets ; etil se rétif a dans une chambre où Jeap, Sou oncle, et les autres citoyens le suivirent»; A peine furent^ils tous entrés^ que des soldat«^ cacliéS' par lui , se jetèrent sur ces malheûreui et les égorgèrent. Après quoi, teint idu sang di^ son bienfaiteur et des personnes les plus respec^ tables, Livérôtto monta à cljeval, parcourut la ville, rasseinbfa les mauvais sujets surlesquek il comptait, et assiégea dans leur palais les magistrats du pays, qui, cédant à la peur, consentirent à former uni gouvernement à la tête duquel il fut placé. Cette. trahison avait eu lieu un an avant celle de Sinigaglia. Liverotto était èn-^ eore fort jeunel

Cependant le Pape, ayant reçu la lettre de «on fils,- né, voulut pas être surpiassé eu perfidie. U fit aniioncer au cardinal Orsino, vers lé milieu liela nuit,.que lé duc de Yalentidois avait réussi à s'emparer du château de Sinigaglia. Le ea;di« nal s'empressa , ie matin, de se rendre ali palais :avec sa suite; ordinaire pour complimenter k

^ 255 oe$

Pape* En son cheiDÎn , il fut joint par le gourerneur de Rome et ses gens : on parut l'avoir rçpcontré par Ixazard,

A peine était-il descendu de cheval, commençant à monter l'escalier , que tous les chevaux et mules de sa suite furent menés dans les écuries di^ Pape , et quand il fut à la salle du Perroquet^ W se vit tout à coup, ainsi que les siena, au milieu d'une qaultitude d'hommes arr mes. A cette vue, il fut saisi de terreur ; mais les soldats le rassurèrent, et lui dirent dépasser dans les appartemens du vicaire , qui étaient à la tour neuve, au-dessus du ji-^rdin. Ce qu'il fit. l» 'abbé d'Alviano., le prQtQnotajre, Orsino et Jacques Saata-Groce qu'on avait iirrêtés avec lui, le suiyireot*

D^ns Je même temps , Monsignor Adriano, sevKiétaire du Pape, manda Mpnsignor.Rinaldo QrsinK>, archevêque dç; Florence, lequel s'étanjt rendu prioinptement auprès de lui? fut arrêté comme \ts iiutrea et mis soufii bonne garde. ,Çe ^nsigoor Adrîano, qui, le. premier, avjiit eu conoaissance de;la trahison de Sinîgaglia, car il avait ouvert lui-même la; lettre de Cé^ar, n'avait pas voulu, depuis pe ixK)ment, sortir de^

appîirtemens du Saint- Père, afin qu'on ne pût pas Taccuser d'avoir prévenu les Ursins, si, par cas, ils ne venaient point se jeter dans le piège où on les attendait.

Le gouverneur, étant parti avec son monde, alla occuper le palais de Monte-Giordano , dont tout le mobilier fut transporté au Vatican. On eut l'inhumanité de mettre dehors la mère du cardinal; cette pauvre femme, dans le moment et à cause de la terreur qu'inspirait le Pape, ne trou va. point d'asile.

Ensuite , on saisit l'auditeur de la chambre et Monsiguor Degli Spiriti, partisans des Ursios ; avant de les faire mourir, on eut soin d'enlever leurs richesses, qui étaient fort considérables. Toutes les personnes arrêtées furent conduites par le gouverneur au château Saint-Ange. Le protonotaire et Jacques Santa-Croce n'y entrèrent pas tout.de suite. Le prince de Squillaci, qui allait, au nom du Pontife , prendre possession des terres confisquées sur la maison dont ils géraient les affaires, les emmena avec lui, pour se faire remettre et consigner les biens de Paul Orsino et de ses parens emprisonnés, ainsi que l'abbaye de Farsa.

to»357 «ef Le sacré-collége , à roccasion de la chapelle tenue le jour de rÉplphànie, crut devoir recommander au Saint-Père la personne et les intérêts du cardinal. Le Saint-Père, en réponse, fit une véhémente déclamation sur les complots des tJrsins contre la personne et les États du duc de Valentinois, complots attentatoires , disaitil , au pouvoir souverain et au domaine de la chaire apostolique.

Cependant le duc s était dirigé avec ses for^ ces vers Città di Gastello, traînant avec lui ses prisonniers. Cette ville venait d'être abandonnée par les Vitelli; en apprenant la mort de Yitellozzo, ils avaient cru devoir chercher leur salut dans la faite. On n'eut besoin que d'y mettre garnison pour le Saint-Sîége.

Avec la même célérité, César se rendit à Pérouse, où Jean-Paul Baglione ne se trouvait plus; il n'avait jpàs voulu confier sa vie aux fraudes d'un ennemi trop bien connu maintenant pour impla*cable. Son frère, qui dépuis quelque temps avait obtenu un archevêché, au prix dç cinq mille ducats, s'était enfui de même.

Après avoir mis garnison dans Pérouse, au

nom de l'Église, et y avoir rappelé Charles BagUone , les Oddi et autres ennemis de Jean- Paul, le duc prit la route de Sienne, pour se venger de Pandolfo Petruçci. Plusieurs exilés de cette ville, qui étaient auprès de lui, Texci* talent & cette entreprise.

Ayant appris, avant d'arriver, que le Pape était maître du cardinal et des Ursinsde Rome, il )ugea que le temps était venu de faire étrangler ceux qui étaient en son pouvoir, le duc de Gravina, Paul, et Je chevalier Orsipo ; c'est ce que firent, par ses ordres, à Castel délia Piëve, Don jUicholotto et un certain Marco, romain.

: Quand il se vit sur la frontière de TÉtat de Sienne, des négociations furent tentée?, soit avec les bourgeois, soit avec Petrucci lui-même, it qui le Pape avait déjà écrit plusieurs brefs affectueux; mais ce moyen n'ayant pas réussi, il fit entrer son arm^e dapi^le territojre Siennois, le fer ^% la flamme à la main. Elle répandit tant de lerreujr, que les habitans désertaient à fqrce le pays, emportant avec eux. ou çach^int leurs richesses. La soldatesque , à qui le duc avait permis toute violence, ne trouvant que des vieillards ou de vieilles femipes dans les hameaux

et YÎllî^e&> les Suspendait en Kair, et, allumant du feu sous leurs pieds , les forçait à dé*clarer ce qu'on avait caché : s'ils gardaient le silence^ on le» laissait périr tnisêrablemént.

C'est ainsi que le duc de Yalèntinois se ren- 4it maître de Pérouse^ de Chiusi et des autres terres voisines.

Les Sienpois, effrayés^ et sachant que l'armée du duc s'était grossie des secours que Benti^ voglio avait promis, lors du r&ccorhmodement fatal où presque tous les autres confédérés avaient déjà trouré leur perte / résolurent dç donner satisfaction à César, en mettant dehçfts Petruccî, pourvu que le duc rie formât pas d'autres prétentions; ce dont il leur donna Tassurance, déterminé surtout par les difficultés que présentait<:ette ville,' grande, forte, et bien inunie. D'ailleurs le besoin d'aider lé Pape ik détruire totaletnefnt les Ursiûs le rappelait à Rorïie. H était de plus informé que le roi de France, à <iuî la ruine, de Vîtelkyzzo et des autres n'avait pas déplu, ne montrait pas les mêmes senti^ mens au sujet de Sienne, qui n'appartenait point à l'Église, et dont la possession, non-seulemetlt augmenterait trop la puissance des Burgia, mai»

leur servirait encore de point d'appui pour de plus grandes entreprises en Toscane.

Ainsi l'accord fut conclu. Pandolfo Petrucci sortit de Sienne, accompagné du chancelier de César et d une forte escorte de soldats siennois, ayec un sauf-conduit des Florentins. Il prit le chemin de Lucques, où sa fin allait être la même que celle des autres confédérés. Mais les soldats à qui la commission avait été donnée furent arrêtés fortuitement à Cascina par un commissaire florentin ; et Petrucci se rendit à Pise.

Le duc de Yalentinois se rendait auprès du Pape avec ses gens. Arrivé dans la campagne de Rome , il eut à réprimer la fureur de quelques Ursins , qui , unis aux Savelli, couraient le pays.; il les força de se retirer dans les lieux forts, où bientôt ils furent réduits aux extrémités. Ayant d'abord attaqué les États de Jean- Jordan Orsino , il ne tarda pas à s'emparer de Vicovaro, origine première, comme nous l'avons dit en commençant, de toutes c"és convulsions. De là il entreprit la conquête de Bracciano, dont il fallut pourtant s'abstenir , par l'exprès commandement du roi de France , sous la protection duquel était Jean Jordan, qui faisait la

«a» 361 «e( guerre à son service dâiis le royaume de Naples.

En vain le Pape et Gésar offrirent-ils de donner en compensation la principauté de Squillaci, le roi ne voulut rien entendre , et décidément irrité contre le duc de Yalentinois , dont l'ambition devenait trop alarmante, ilTit, avec' Tentremise de François de Narni, serrer les nœuds d'une ligue entre les. Florentins, les Boulonais, les SiennoLs et les Luquois, pour leui? défense communes .

Cependant le duc, obligé de respecter Brac-^ ciano, se porta au siège de Cera, château très-^ fort des Ursins, où se trouvaient, avec bon nombre de soldats, non-seulement Jean, seigneur du lieu, et Renzo, son fils, mais. encore Jules, frère du cardinal, et Franciotto, qui fut élevé: depuis à cette dignité. Après, une longue et vigoureuse résistance, ils se virent réduits à capituler ; trop heureux que Gésar tint cette fois les conditions accordées , ils se sauvèrent à Pitigliano, qui, protégé parla république de Venise, en considération du comte de Pitiglîano, un de Jeurs condottieri , était le seul lieu où les Urstns pussent trouver un refuge.

Dans le temps qu^ César mettait à fin ces ope^ rations , une seconde armée du Pontife enlevait Palombera, Lenzanoetautreschâteaux, qui, d'a-^ bord 6tés aux Savelli^ pour être donnés aux Ursins, avaient été peu de temps auparavant repris^ par les anciens possesseurs , quand les tJrsîns. s'étaient déclarés contre le duc de Yalentinois^ c et maintenant se trouvaient à la fois défendus par les uns et par les autres contre les armes papales. Cexveti, où, avec Organtin Otsino et une forte suite^ s'était réfugié ce Fabio, échappé à la trahison de Sinigaglia , fut obligé de se rendre ainsi que plusieurs autres lieux appartenant à cette famille, contre laquelle on montrait maintenant une anlmosité si grande, un acharne-^ ment ai cupide. ,

Pour achever sa ruine y iï ne restait plus qu*à poursuivre Fentreprisc contre les États de Jean Jordan, qui, venu secrètement de IVaples, était entré dans Braeciano. Les mauvais succès de Tarmée française vers Naples, depuis la rupture avec les Espagnols ,semT)laient ofErir une conjoncture favorable à ce dessein des Borgia comm e à tous les autres. Aussi le Pape ep avait^ildéjà ptofité : d'abord, il &t condamner juridique-- ^ent les Ursins à perdre leurs possessions ; eor-

suite, UB ocdre fut donné d-ôterseerètement dt^ ce inonde son anden* bon aaiî le cardinal , qui était encore au château Saiat-Ange, ce qui fut pratiqué ainsi ;

Le Pape jusqu'alors avait usé de quelques mé^ nagemens envers icet illustre prisonnier, auquel s'intéreisaioBt t^nt de personnes puissantes. Il lui avait permis de.recevoir la nourriture que sa mère, accueillie enfin par les siens, lui faisait apprêter,, et que lui portaieutv avec toutes les choses dont il pou'vait avoir! besoin, un certain Antonio de Pistoie et un autre domestique* Mais les suc-' ces défà obtenus contre les UrsijQS enhardirent Alexandre:. Cette nourriture apportée du dehors était un obstacle à ses fins. Il s'agiss>ait de la supprimer.

Alexandre savait que lecardinal avait reçu en dépô^ une somme de denx naille écusi, et qu'il avait acheté des héifitiers de Yirginio Orsin(> une perle fort grosse et fort belle , valant à peu près cette même soniitte. Ni le dépô-t ni la perle ne s'étaient trouvés dans le palais. Il demanda ri-^ gouren^ement qu'an les renaît entre ses mains, et défendit d'apporter des vivres du dehors, jus-t qu'à ce que cette remise eût été faite, La mère

^u cardiual et une amie yinrent à sod secdûrs ; Tune en payant les deux mille écus, l'autre en portant au Pape la'perle en question, qu'elle devait à la générosité amoureuse du prisonnier. Mais ces marques d'affection furent inutiles : quand la faculté de recevoir une nourriture dont il n'eût point à se défier lui fut rendue , rinfortuné cardinal avait déjà le poison dans son seîû.

Les effets en furent lents et prirent l'apparence d'une infirmité naturelle qui le menait à la mort. II touchait à ses derniers momens lorsque le Pape , tenant un consistoire , représenta avec une feinte indignation comme quoi les Ursins y plus rebelles que jamais envers le Saint- Siège 9 fprmaient le projet d'entrer dans Home en trahison et de mettre la ville à sac, sans respect pour la majesté pontificale et pour le sacrécollége; en conséquence, il conseilla aux cardinaux de pourvoir à leur sûreté , en garnissant leurs demeures de soldats et d'artillerie , et se plaignit, avec amertume du duc de Valentinois, qui , par considération pour le roi de France , n'exécutait point les ordres à lui donnés, et n'agissait point en vrai capitaine de l'Église , puisqu'il s'abstenait de soumettre Bracciauo et au-

très lieux où les rebelles étalât toujours sûrs de trouver un asile', dont il fallait absolument les priver, Il ajouta que le cardinal Orsino lui avait. fait offrir vingt-cinq mille écus pour sa délivrance, et qu'en réponse il l'avait engagé à ne rien craindre, et à se faire guérir de sa maladie.

C'était un lundi que Sa Sainteté parlait en ces termes^ et, le mercredi suivant, le cardinal céda à la violence du poison. Pour couvrir la cause de cette tnort, et se soustraire à une infamie , dont, en d'autres occasions , il avait paru ne pas redouter les atteintes, le Pape ordonna de superbes funérailles.

Mais s'il avait essayé d'en imposer au sacrécollège, r'elativement au cardinal, il n'avait rien dit de contraire à sa pensée , au sujet de Bracciano; car il envoya incontinent à César beaucoup d'artillerie, avec ordre exprès d'enlever cette forteresse. Le Pape et son fils témoignaient déjà moins de respect pour Louis XII, depuis que ses mauvais succès dans le royaume de Naples avaient affaibli l'autorité de ses armes et laissé accroître d'autant l'autorité du Pontife. Peu jaloux de rester désormais dans son alliance, ils en étaient presque à se féliciter des traverses

qu'il afàit 0|>po9ce8 à Tentreprise de Bologne et à celle de la Toscane ; ils lé remerciaient, en quelque sorte , de son adhésion à la dernière ligue, en vertu de laquelle Petrucci était rentré dans Sienne, sans rien perdre de son premier pouvoir. C'étaient là tout autant de griefs qui pouvaient justifier leur conduite.

Cependant, pour donner couleur à ut^ attaque ainsi faite contre les expresses défenses du roi, le Pape lui fit savoir, par un bref, qu'il avait découvert, en lisant les papiers du cardinal Orsino, la part que Jean Jordan et les siens avaient prise à la conspiration de la Magione; il déclarait, en conséquence, ne pouvoir pas le laisser dans le voisinage des terres papales ; mais, par égard pour la protection de Sa Majesté , il était disposé, comme auparavant, à lui donner quelque autre état en compensation.

Ce qu'il y eut de plus remarquable, c'estque les Florentins ayant marché contre les- Pisans avec Taide du roi et sous la conduite du bailli d'Occan, suivi de quelques lances françaises, non-seulement le duc de Valèntinoie secourut en secret ceux de Pise , maïs il acoueîUît assez publiquement les propositions qu^ils lui firent

»> 247 «e$ de le mettre à leur tête ; ce qu'auparavant il aurait rejeté sans nul doute , par égard pour le roi , et quel que fût d'anlleurs s^on désir de se dour>er en Tosdane un point d'appui gi avantageux. I>es ambassadeurs pisans, chargés de tertniner cette importante négociatiou ^ étaient même partis pour Rome f mili^ la paix conclue à Blois, entre le roi de France et Philippe, due d'Autriche, au m)m de l'Espagne, relativement aux affaires d'Italie, quoique sans effet pat' la suite, servit pour le moment à arrêter les Borgia dans leurs manoeuvres sur Pise, et suspendit les hostilités contre Jean Jordan , jusqu'à ce que le roi , arbitre jchoisi par }es deux partis, itialgré sa répognfan* ce, eût fixé la compensation à donner pour TÉ^ tat dé Braceiano.

César n'ayant plus alors d'emploi ii faire de ses armes, retourna à Rome, d'où le cardinal d^Est se mit en devoir de partir aussitôt. On raconte que ce prince de l'Église avait eu des relations suspectes avec doua Sancia , belle-^œur de César, dont elle était plus aimée que de don Geoffroi, son mari; et que, sachant de quelle manière le duc de Valentinois traitait ceux qui l'outrageaient dans ses amours, il avait cru prudent de se retirer à Ferrare. Il fut bien moins avisé

ta» 268 ic« que lui le cardinal Jean Michel » à qui le sort du cardinal Orsino, son plus intime ami, et plus encore les grandes richesses qu'il avait acquises comme neveu du pape PaulII 9 auraient dû ins* pirer de justes méfiances. Sa destinée fut la même que celle de tous les cardinaux qui avaient donné leur suffrage à l'ingrat Alexandre ; il fut empoisonné par les mains de son propre échanson, q[ue la justice punit de ce crime, sous le pontificat de Jules IL

Cependant le roi Louis, ayant souffert dans le royaume de Naplés, et tandis qu'on parlait de paix, la guerre la plus désastreuse, cherchait à réparer ses pertes par de vigoureux efforts, et faisait les plus considérables armemens de terre et de mer que jamais on eût vus en France. Il les dirigeait tion- seulement contre lltalie, mais contre T Aragon et la Castille, par la Biscaye, le Roussillon , la côte de Catalogne.

Comme il avait besoin pour le passage de ses troupes et les occurrences possibles de la guerre, qu'un Pontife armé et d'un esprit inquiet, ombrageux, dévoré d'ambition, tel qu'Alexandre,, ne fût pas contre lui , il faisait traiter secrète-* ment avec Rome, et promettait de satisfaire aux

»i 26\l «e( plaintes de cette cour, tant pour les États de Jean Jordan, qu'au sujet du rétablissement si odieux de Petrucci à Sienne. Ces démarches roccupaient d'autant plus, que, par des lettres interceptées, il avait appris un accord passé enr tre le Pontife et Gonsalve , aux termes duquel Sa Sainteté promettait de suivre les intérêts de ^Espagne, pourvu qu'après avoir pris Gaète , la seule place qui restait aux Français, Gonsalve unît ses armes à celles de César pour entrer en Toscane,

Ce changement ne devait point étonner dans les Borgia : depuis que leur alliance avec la France ne leur promettait plus rien d'avantageux , il fallait bien tenter des fortunes nouvelles avec de nouvelles amitiés. Mais comme l'armée du roi, commandée par La Trémouille, était déjà en Lombardie , ils crurent devoir temporiser, et de protestations en difficultés, de paroles éludées en d'autres promesses qui ne seraient pas moins vaines, laisser naître les cir- <;6nstances favorables et ne pas se lier les mains avant de savoir ce qu'il adviendrait de cette troisième expédition française.

Pour tirer parti des circonstances à naître, il

«Bp ^10 ^m fallait ^ tenir prêt à la guerre, et 6utto«t aroir de l'argent. Le Pape et son fil$ jugèrent coo^enable de faire une promotion de cardibaux^ De toutes les spéculations de finance, c'était la plus agréable à la cour de Bome; car eeu3i^ qu'on élevait ninsi à la pourpre, laissaient v»quer deA fooctiopâ et des charges qui faisaient encore des heureux.

Le jour de Saint-Pierre fat promulgué le nouveau choix. C'étaient les neuf prélats les plus riches de la cour. On remarqua dans le nombre cinq sujets de l'Espagne, parmi lesquels trois Valencîens.

Qui ne croirait l'avidité des fiorgia satisfaite par le prix simoniaque imposé à ces prélats riches et vaniteux? et comment ceux-ci pouvaient-ils s'imaginer que des honneurs payés si chèrement étaient exposés à n'avoir d'autre durée que celle des cérémonies et des fêtes dont une promotion est accompagnée, et qui en forment pour ainsi dire le complément?

Le Pape et son fils se concertèrent pour empoisonner dans un souper la plupart des nou*

la» 271 a«(

Yeaux prioceg de l'Église, et quelques-uns des plus riches parmi les anciens. Apre» la simonie, il fallait, bien que vînt la confiscation. On choisit la yîlla du cardinal Adrien de Corneto, dans le voisinage du Vatican. Ce cardinal était un de ceux dont on avait décidé la mort. En conséquence, le duc de Valentinois envoya au bouteiller du Pape quelques flacons infectés, dît un chroniqueur^ de cette poudre blanche semblable à du sucre, dont les Borgia s'étaient servis tant de fois ; il lui enjoignit de ne donner à boire de ce vin qu'aux personnes qu'il indiquerait luimême.

Le Pape arriva sur le soir à la vigne avec son fils; la chaleur avait été extrême; on étaif au deuxième jour du mois d'août. Alexandre, diton , avait coutume de porter constamment sur lui, dans une boîte d'or, le sacrement de TEucharifitie, parce qu'un astrologue lui avait prédit qu'avec cet objet sacré il ne serait point en danger de périr. Cette fois il s'aperçut, en arrivant, qu'il avait laissé la précieuse boîte dans sa chambre, et il ordonna à monsignor CaraOFa, qui depuis fut pape sous- le nom de Paul IV, d'aller bien vite la chercher. Monsignor Caraffa obéit.

Le Pape, échauiSe par le désir et Timpatience du crime, altéré par Texeessive chaleur de la saison, demande, avant de se mettre & table, qu'on lui apporte à boire. Le hasard voulut que le bouteîUer ne fût point là. Il avait oublié quelque part une assiette de belles pêches envoyées à Sa Sainteté, et qui lui avait été consignée, dans un moment où il examinait une race de chevaux.

Le sous-bouteiller, ne connaissant pas Tordre que César avait donné, ou croyant peut-être que le vin contenu dans les flacons mis à part était le plus précieux, en donna à l'échanson, et le Pape en but ainsi que le duc de Valentinois, qui venait d'arriver. Monsignor Caraffa fut de retour l'instant d'après avec la boîte d'or, et la remit au Pape; mais la mort avait déjà pénétré dans le sein d'Alexandre. A peine fut-il assis à table, qu'une attaque soudaine le laissa comme mort. Le duc de Valentinois ne tarda pas d'éprouver un semblable accident. On les porta tous les deux dans leurs appartemens, et ils ne se revirent plus.

Au bout de huit jours, Alexandre, qui avait repris quelque usage de ses sens, ce qui lui permit de recevoir les sacremens de l'Église , mais sans avoir pu , toutefois , nommer César ni Lu-

crèce^ les deux objets pour lesquels il avait bou*" leyerfié le monde, mourut misérablement à Tàge de soixHote-oDMî ans , et dans la onzième année de son pontificat*

Le due de Yalentinois ne mourut point; il devait survivre à sa fortune, à sa^ grandeur, ainsi qu'au rétablissement de ses plus mortels en*^ nemis«

Pout s'assurer ses États après U mort d^À^ lexandre, il avait faitpérir tous ceux qui tenaient le plus. aux familles dépouillées; il avait gagné toute la moyenne gentiihommerie de Rome;. les membres du sacré '-collège ataient ététéduitsi ne: faire que ses volontés; il avait tâcbé, en un mot^ de se rendre si puissant avant la mort de son père, qu'il put résister par lui-même à une première attaque. Là souveraineté de la Toscioe était dans ses vonix.; toutes ses pensées étaieïit dirigées: sur ce point s déjà il possédait Pérouae et le Eicentiat Pise était sous sa protection* U n'avait pas à craindre les Français : ainsi qu'a,u]( Espagnols , son amitié , son alliance leqr éWit nécessaire. Il aurait fini par se rendre tout-à-fait maître de Pise ; Lucques et Sienne se seraient soumises,', soit par haine des Florentins» soit par

)»euir$ kis Flerentini eux^mémeB^ towjeurg si di« Tisés, si agités de passions turbulentes qui épni* salent leurs forces ^ n'auraient pu lui icixaippet.

Mais Alexandre mourut cinq ans après que non fils tut Mtntsiencé k tirer répce. il le laissa biiflade lui-^fitiéitïe à mourir, au milieu de deux armées rivales, n'ayant pu affermir encore que son État de la Romagne, tous les autres étant à peu près en Tair et sans base. Les fondemeoff qiilil aTait eu h temps de poser étaient bons, puisque la Romagne Tattendit plus d'un mois, et qu0 dans Rome, bien qu'il lut mourant^ dans Rome où rentrèrent, plus tôt ou plus tatd; les BagHônt , les Yitelli , les Ursius et tant d'autres qui ataieiit desparens à venger, il necourùâ au^cun-^ritaible risque. II a. dit lul*>méme k ViWM*tre' secrétaire de Florence, dans le moment oà Jule» 'Il venait de monter à la chaire de Saintr* Pierre , qu'il arait pcnsé'â tcmteo ks circonstan*^ èe^ dont la mort delsbii p^e pourrait être la dause^ qu'ils avaitpotir^ù à tout, liot^ à oepditit seul,. d'être lui-même en danger deixiort lors* q[U*il ttuîteit un si gt^nd besoin d'agir;

il né se montra- pas néanmoins abattu ^ et fit léte' «anx^difficultèb s»ttrvenuès dans sa|3JOsitiou*

En a^f>f enant la mort da Pape » et avant qu^oKl }a connût publiquement y il prescrirait à Bon Michelotto d'«mpêcher l'entrée et la sortie du palais à qui que ce fût , et d'enlever tout ce quïl pourrait y avoir d^argent et d'effets précieux dan» les apparfeinens du Pontife. Don Michelotto y aidé d'une forte suite, exécuta cette commission avec sa ponctualité ordinaire; il mit un poignard sur le sein au cardinal Casanova, pour qu'il livrât les clés du trésor d'Alexandre, dont il avait la garde. L'enlèvement opéré, on ouvrit les portes, et l'on publia la mort du Pape.

tJnc extrême joie se manifesta non-seulement à Rome, mais dans toute la chrétienté. Autant on avait craint Alexandre VI durant sa vie, autant les mépris publics lui furent prodigués à saiport* La présence des troupes de César, qui entouraient le Vatican, empêcha seule qu'on outrageât ses restes, abandonnés comme le sont tou« lonTs les dépouilles mortelles dest^apés, domt les parenset les Btnis se soucient fort peu^ distraits qu'ils sont des devoirs funèbres, des soirvs d'af-^ fectîon et dé respect, par bien d*autres soins«

A la nouvelle de cette mort, les Colonnes i qui, soutenus par les armée espagnoles., ^ictc^'

)a» 376 <e« rieuses dans le royaume. de Naples, araieut reprit;, au sein des Abruzzes» ceux de. leurs do^ maines que le Pape avait autrefois donués aux Ursins, leurs éternels rivaux, entrèrent avec précipitation sur le territoire de Rome , pour recouvrer les autres Étals dont ils s'étaient. vus injustement dépouillés.

Bans cette pénible conjoncture, leducdeValentinois estima d*abord qu'il serait trop désavantageux pour lui d'avoir à la fois sur les bras lesColonnes et lesUrsins ; puis reconnaissant, d'autre part, que ces derniers devaient être plus irrités, parce qu'en outre des biens on leur avait ôté du sang, il prit le parti de se réconcilier avec les Colonnes , en leur faisant restitution de leurs terres, que lé Pontife avait fait tenir en bon état, et qui étaient nûême améliorées.

' Non moins promptemerit , et selon les vœux des peuples, passèrent au recouvrement de leurs États lefili seigneurs de Pe^arO, de Camérino , de Città di Castello, de Piornbino, et le duc.d'Urbin ; celui-ci fit reprendre en même temps les domaines: de François-Miarie de la Rovère, qui était auprès du roi de France.

m» 977 HSH

Malatesta Toulut pareillement rentrer dani Rimini; mais, repoussé par le peuple, qui ne l'aimait point, et trouvant une forte résistance dans le château, qui tenait pour César, il se vit contraint de quitter ses États une seconde fois.

Uni à Louis Orsino , comte de Pitigliano , et au duc d'Alviano, de la même maison, qui, .avec Tautorisation des Vénitiens et bon nombre de leurs troupes , était venu au secours de sa famille , Baglione , après avoir maltraité , à Viterbe et à Lodi, le parti contraire , et triomphé depuis dans un combat plus sanglant, se remit en possession de Pérouse, d'où furent chassés les gens du duc de Yalentinois , et continua d'aider les autres Ursins à rentrer dans leurs biens.

. C'était surtout à Rome que régnaient le trouble et la confusion. Aussi le sadré- collège , au lieu de s'occuper des obsèques du Pontife mort et de l'élection de son successeur, ne songeait qu'à prévenir les désordres. Le duc de Yalentinois se maintenait puissamment armé au Vatican , et sa troupe , aux ordres de Don Michelotto , parcourait Rome, inspirant une grande terreur au peuple et aux cardinaux eux «-mêmes. Le ch4<^

leau était sous la garde de l'évéque de NicaafF<>>^ à qui Alexandre Tavait coafié.

Permettre au peuple de prendre les arme& contre les gens de Borgia, c'était accroître le péril bien loin de l'écarter. On aurait pu solder un eertaii) nooibi^e de gens qui dépendissent dusacré -collège et fussent employés à sa défence^ non moins qu'à celle de la rille; mais pour une telle mesure , il fallait beaucoup d'argent , et la pénurie d'espèces était si grande , qu'on n'ayait pas même de quoi aubvenir aux dépenses do.

jour..

Cependant, après. plusieurs coofécences, te^ Bues soit à la Minerve soit au palais du cardinal Caraffa, on trouva le moyen de réunir deux niîDe hommes de pied, qu'on fit commander au nom du sacré-coUége, par le despote Charles Tharno, polonais, que le gouverneur du château^ ainsi que le duc de Yalentinois, se montrèrent disposés à reconnaître, pourvu qu'on les laissât dans leurs charges et droits jusqu'à rélection d'un nouveau Pontife.

Mais tandis qu'on s'imaginait avoir pris asset: 4e SOWÎ5 pour, ramener le calmiî, on vit s'élever

des occiistoos imprévues 4c piu« grands troubles. Le sacré^ collège avait cr» devoir retenir, par une défeuse foraielle, les Colonnes et les Ursin» à plus de dix milles de Rome ; cependant Pjfosper Colonne y entra avec un grand nombre de soldats espagnols, tout en faisant faire, par Té^ vaque de Cortqne , des protestations du plus grand respect. Le jour suivant, avec deuxcents^ chevaux et plus de mille fauttissins, le comte de Pitigliano et Fabio Orsino, brûlant de tirer vengeance, soit des Borgia, soit des courtisans es^ pagnols, qui en dépendaient, et qui avaient, quelque temps auparavant, fait mettre le feu au palais de Monte-Gîordano, exercèrent contre leurs personnes et leurs maisons les plus terril blés représailles. Ge fut au point que Fabio 9 ayant tué un homme attaché à la maison iBor*^ gia,âelava les mains et la bouche avec son sang« La troupe du duc de Valentinois ne restait pour-* tant pas oisive.

Tandis que , d'un côté, Tarmée de Gonzalve se montrait anx frontière» de l'État ecclésiastique, de l'autre , celle de. France, après avoir traversé la Toscane, était arrivée auprès de Népi. Tout portait dans les âmes le pressentiment des plus grands maux. Dans cette extrémité, le sa^

cré^oHëge convoqua les anibassadeurs de TeiD^ pereur, des rois de France et d'£spagoe, ainsi que celui de la république de Venise , et les pria de faire en sorte que Rome fût délivrée de» sol dats de partis ; que César Borgia surtout con^ sentit à quitter la ville avec ses gens , sauf à le menacer, en cas de refus, de le faire mettre dehors par les troupes espagnoles et françaises qui n'étaient pas éloignées. Après quelques ob-^ servations sur les difficultés que le duc de Yalentinois pourrait opposeï;, les ambassadeurs promirent d'agir ensemble ou séparément dans les vues du sacré-coUége.

Les Ursins sortirent les premiers. Prosper Colonne se proposait d'en faire autant ; mais on le retint avec ses Espagnols jusqu'à ce qu'on eût vu quel parti César Borgia prendrait enfin. Il objectait sa maladie qui l'empêchait de sortir de Rome , invoquant là-dessus le témoignage des médecins qui le soignaient, et représentant aussi combien peu de sûreté il y aurait pont lui à sortir du palais, à congédier ses gens. On pro-^ posa de le faire entrer au château ; mais il de-* manda des garanties que le sacré-coUége n'en-< tendait point l^ii accorder, son intention étant ^ue le conclave se tint au château , et que le

I» 281 «ei duc restât au palais , après avoir • toutefois , li-^ eeneie sa troupe.

Les ambassadeurs-parvinrent enfin à conclure un arrangement. Le sacré -collège promit d'accorder un libre passage, et par la ville et à travers les terres de l'Église, au duc de Yalentinois, à ses soldats, à son artillerie, à ses bagages; et le Sénat ainsi que le peuple s'engagèrent, de leur côté, à ue pas souffrir qu'il lui fût fait aucun mal. Le duc prit l'engagement de quitter Rome dans trois jours; de ne porter aucun dommage aux Romains , soit en leurs personnes ,. soit en leurs propriétés, et de se tenir à plus de dix milles de Rome, pendant toute la vacance du Saint-Siège. Prosper Colonne et ses Espagnols prirent le même engagement ; et, tant pour eux que pour César , les ministres de l'empereur et du roi d'Espagne donnèrent leur caution. Ceux de France et de Venise firent une semblable promesse au nom des Ursins et dç la troupe française.

La convention arrêtée e4; les sermens profélés de part et d'autre , le duc parut vouloir se irendve à Tivoli; il envoya d'abord dans çeXt^

ta» 262 •« direction seize pièces d'artillerie, escortéet par quatre cents soldats du sacré-coUëge, auxquels il fit donner quatre cents ducats de son trésor ; après quoi, s'étant fait précéder de son avantgarde, qui devait attendre en dehors ses voitures , dont le nombre excédait cent , et qui se mettaient en marche', il sortit du palais par la porte du jardin , dans une litière portée par douze de ses hallebardiers, et sur laquelle était jeté un manteau d'écarlate. On voyait auprès de lui un superbe cheval de main, couvert d'une housse de velours noir, où les armes des Borgia étaient brodées. Ce cheval était monté par un de ses pap;es. Toutes ses troupes marchaient devant ou derrière lui.

Le cardinal Cazarino l'attendait au sortir de la porte, dans le dessein de lui parler; mais il lui fut dît, avec les excuse» convenables, que le duc n'était pas en état d'accorder audience. Prospcr Colonne , voulant donner une marque de réconciliation , attendait aussi en ce lieu son ancien ennemi, pour l'accompagner jusqu'à Tivoli, dans ridée qu'il passerait par Ponte-Molle* Le duc lui fit entendre qu'il ne devait point passer le pont. Prosper Colonne ne crut pas alera qu'il fût prudent d'aller plus loin, îl craignit

que tts troupe» d^ Borgia , se trouvant au voisinage des Français, n'essayassent avec eux de Tarrêter au passade du Tibre.

César poursuivit cependant sa route vers Né^ pi, et passa delà à Città-Castellaoa , ville à sa dévotion, et auprès de laquelle se tenait l'ar-^ mée française 9 entre Népi et Tlsola, sous le eommandeoient du marquis de Mantoue, lieu^ tenant du roi en Tabsence de La Trémouille , qui était resté malade en Lombardie. Ces troupes s'étaient ainsi rapprochées de Rome, sous prétexte de veiller à la liberté du conclave, qu'on supposait pouvoir être méconnue par les sol-dats espagnols de Prosper Colonne, et par ceux qui étaient en plus grand nombre à la disposi*^ tion ^e Gonzalve , mais, dans le fait, pour fa-< voriser les prétentions du cardinal de Rohan,^ depuis peu amvé de Frjance avec ses collègues,. les cardinaux Ascagne et d'Aragon, qui ne pou-^ valent que lui donner leurs voix , auxquelles se joindraient incontestablement celles des cardinaux amis de César. Malgré les offres des Espagnols, César s'était rallié plus que jamais aux Français; car c'était d'eux qu'il pensait devoir attendre plus d'utilité ou de dommages, sekxa q^u'll les aurait pour amis ou pour ennemis..

«»• 264 m- Presque tous les cardinaux étaient arrivés à Rome, et les obsèques du Pontife décédé ayant été célébrées à Saint-Pierre, on s'enferma pour procéder au choix d'un nouveau Pape. Contre l'attente commune , l'élection fut terminée au bout de cinq jours.

La fluctuation des divers partis avait fait craindre, il est vrai, que le conclave ne traînât en longueur; mais, d'un autre côté, la présence aux environs de Rome de tant de troupes diverses et opposées, qui semblaient vouloir se disputer une proie , inspirait les plus vives alarmes. On résolut, en conséquence, de nommer un Pape, comme par provision, et le choix tomba sur François Piccolomini , cardinal de Sienne, qui prit le nom de Pie IIL

C'était un vieillard ; il avait de plus à la jambe gauche un mal dangereux, qui devait bientôt lui faire donner un successeur.

Cette élection fut généralement approuvée.

Pie III avait h peu près toutes les qualités qui peuvent rendre digne du souverain pontificat. Bien que les Français n'eussent pas trouvé en lui un ami; quand il était cardinal, ils ne crurent

)a» 386 a«| p^s cependant qu'il dût être leur enaeini en derenant Pape, soit parce que les affaires d'Italie avaient change de face , soit parce qu'étant au déclin de Tâge, il ne bissait plus voir en lui que les pensées > d'un père commun des chrétiens.

L'élection du cardinal dé Sijsnne plut égale-* m^ntauduc de Yalentinois; caU, si François Pîc- Golomiui n'était pas une créature d'ilexandre^ il avait été néani^oins toujours soji Hmi.

Cependant Tarmée française, n'ayant plus au-* cun motif pour rester dans la campagne de Rome, s'acheminait vers Naples, en passant par Ponte-Mol^e, jofiais sans traverser la cité pon-^ tificale. Ce départ laissa le duc de Yalentinois, assez dépourvu de troupes; il en avait céd4 une partie aux Français. Apprenant que Ba-K glione et Âlviaqo faisaient des levées d'hommes à Pérpuse, pour passer à Rome, on ils compr talent se faire justice par euxrmêmes, il ne s^ crut pas en sûreté à Città-Castellana , d'autant plus qu'il éprouvait encore le^ atteintes de sp^ mal. C'est pourquoi il demanda au Pape u)^ sauf-conduit 9 qui lui fut aussitôt accordé, parce qu'on crut que les chefs des partis étant pré**

ÈtnSj il «erait plus fecile de \e$ amener à paix et à composition.

Césat passa donc à Rome, et vint habiter son palais. Il aurait mieux fait cependafit, pour la sûreté de sa personne, comme pour la eon*servation et le maintien de ses grandeurs, de préférer à Rome^ où il ne pour ait plus rien , la Romaine, dont il' otait encore et pouvait rester lemaftre. En cela, il ne montra point m prudence ordï/faire; et quand il reconnut sa famé, il vit en même temps l'impossibilité d'y porter remède,

A peine était^l à Rome, iqne, j^ar ordre do €ontalv;e, fut publié à sotf dé trqtipe, deraut sa demeure et sur les principales pjaees , un édit au nom des souverains espagnols, portant que leurs vassaux et que tous ceux qui dépendaient de leur juridiction, à quelque titre que ce fût, eussent à se rendre dans un terril^ fixé a Tarmée dodît Oomsalve, soiii iés peines led plus graves, <ânt pour eux que pour leurô frères, fils ou noveux. Leduc dé Vaientiftoîs^ par ce moye^i, allait se. trouver privé de ses meîlleutîs capitaines et soldais, lesquels étaient sojeléide la couronne dTBa[)ftgne»

»te7 «é( Cependant^ après la jbublication et pour épi^u* ver la fidélité de ses tr^upesr^ il ordonna ub jour tout à coup de se rntettr(;:euaiarche,Dotifiantaux capitaines qu'il voulait partû de Rooie, ps^èe que Tuixiondes Coloone^et desUrsins^ aiasi quie Tadhérence des uns et des autres au- parti es^ pagnol, ne luf montrait point de sûreté dans la vill^. Son diesaein étaît^ leur dittil, de se retirer à Braéoiano, dont le seigneur^ J^aa Jordan , étant le seuiqul se montrât cncoce.attaobé aux %ançais ^ av^it promiâ au cardinal de Rohaa ëtJÊux ambassadeurs de Sa JVlaje^^té très^-chré-^ tienne de le recef oîr. Ce mouvement lui réussit mal ; car les Ursiûs etBagUonti^ <îui étaient armés /à ;Ron^e via desséid de i'attaquer, ayant appris son. départ, rossortirent par la porte de 3aEi*^Pancracioi et^ pronânjtunlong détour^ par>vinrent à lui cûuper le chemin*

Le duc de Valentinois , surpris! de fcette renccviitrè; et se: trouvant de béauc4>up inférieur nm nombre', parte© que la plupart de ises £spa*ignèls av&ient cru. devoir obtsempérer à Tordl^e dé GotiKalve, prit le parti de rentrer dat^s Roa)^^ et ne retira au palais pontifical^ dansies appalv lemen» ehi (Cardinal de Robam , où ûl i;lroy<ait être plus en sûreté. Mais, voyant que.ses enae*

mis ne cessaient pas de le poursuirre^ et> qu'a^ près aroir brûlé la porte del Toriane^ ils avaient attaqué ses gens arec quelque perte des deux cotes, il résolut de quitter des Keux qyi ne lui offraient point assez de sûreté , et où » d'ailleurs , le Pape était moribond.

À cet efiet, il obtint de Sa Sainteté la per^ mission de passer par le corridor au château Saint-Ange, accompagné < de quatre cardinaux ses amis, et suivi de deux filles qu'il a?ait, aiqM que des petits ducs de Sermonéta et de Né^**

Cette entrée de César au château Saint-Ange lui sMiva la vie, mais lui fit perdra presqu'entiè* rement et sa troupe et ses États. Tous ceux qui étaient autour de Im' , voyant leur chef se précis piter dans l'infortune au lieu de les conduire comme autrefois aux succès, Tabandonnèrent , à l'exception du petit nombre de gens qui étaient sous les ordres de Michelotto. Les cités.de ta Ro* magne, qui fus^ju'aldrs étaient restées à sa dévotion, s'apercevant enfin que leur maître n'était plus en état de les garder, songèrent à prendre chapgne le parti le plus couveuiable. Les. unes rentrèrent sous la domination de leurs anciens seigneurs, les autres passèrent au pouvoir de la

répubKque de Vënlte, qui, pour profiter de cette confoncture, avait envoyé beaucoup dé troupes à Vénîerî, podestat de Havennè; maïs tous les châteaux forts furent conservés par léiiré gou- Terneur^ au due de Yàlentinois.

Cependant le nouvéâli. Pape mourut aii bout de vîngt-sîx jours. Son pontifient ne fut rempli que parles cérémonies du couronnement, pair son ordination de prêtre et sa consécration comme évêque ; il n'était que diacre lorsqu'on lé choisit pour Pontife.

Cette fois encore , 6n différa quelques jours de plus qu'à l'ordinaire l'entrée au conclave ^ pour donner le temps aux troupes des Ursins et de Bàgiione, de quitter la ville. Mais, contre l'usage, réiection était déjà faîfe quand on s'assembla. Le cardinal de Saint-Pierre -Ez- Liens avait attiré sur lui tous lés vœux par la grandeur de sa maison, et par les preuves qu'il avait données de son expérience dans les affaires, tant sous le pontificat de son oncle, Innocent VU! , que dans les temps postérieurs. La magnificence de ses manières Pavait aussi recommandé.

Le duc de YalentJhois et ses cardinàiiji: espa-

gnols ne désapprouvaient point ce choix. Dans une entrevue au Vatican , le cardinal de Saint- Fierre-Ez-Liens s'étail. déclaré solennellement Tami de César, et lui avait promis de faire épouser une de ses fiUes au préfet de Rome^ François-Marie de la Rovère, de lui conserver le généralat de TÉglise, et, ce qui était plus important encore, de l'aider, par les armes et l'autorité pontificales , à recouvrer ses États de la Romagne.

Ainsi, au premier tour de scrutin, et sans con<>' testation , La fiovère, cardinal de Saint-Pierre- Ez-Liens, fut élevé au souverain pontificats II prit lé nom de Jules II. .

Le nouveau Pape> aussitôt qu'il fut en posses-^ sion du Vatican, s'empressa d'y assigner une habitation au duc de Valentinois ; il s'occupa même avec lui du rétablissement de ses affaires ; trouvant plus convenable que les cités de la Romagne restassent à la dévotion de César, considéré comme vicaire de l'Église , que de les voir passer sous la domination de la république de Venise, qui n'en tiendrait aucun compte aux Souverains Pontifes, et se rendrait trop redoutable par cet accroissement d'États*

Cependant le Pape se trouvait alors trop dépourvu de troupes et d'argent, pour arracher aux Vénitiens ce qu'ils avaient déjà enlevé; d'un autre côté, le duc de Valentinois ne voyait autour de lui que peu de soldats; leur nombre aurait suffi peut-être pour garder toutes ces places, avant qu'elles ne se fussent déclarées; mais vouloir en ce moment les ramener par la force, Hsleût été courir lexisque de les faire tomber tote tes aux mains de Venise.

Après de longues délibérations, il. fut résolu que le Pape essi^ierait sur les Vénitiens l'as- .cendant de son autorité désarmée. A cet effet , il envoya auprès d'eux l'évêque de Tivoli pour les engager à se retirer de la Romagne^ sur laquelle ils n'avaient aucun droit à prétendre, cette province étant sous la juridiction souve- raine du Saint-Siège apostolique. Mais le >Pape et César Borgia reconnurent bientôt. que cette négociation n'amenait que de belles paroles , sans aucvn fruit. Le fils d'Alexandre alors proposa à Sa Sainteté de recevoir en gardé les places fortes, afin que le respect pour la juridiction pontificale. en éloignât les Vénitiens ; il demandait seulement qu'on promit de les lui rendre

. . »» 292 «ei aussitôt qu'on n'aurait plus à oraindrc pour elles îiucuQe entreprise.

Le Pape n 'accepta point cette offre, ne vonlaist |)a6, dit-il , s'exposer à manquer de foi et à violer Tacnitié promise. Il se contenta de donner à César Tautorisation de passer à la SpezEia , et de là, par terre, dans les: États du duc de Ferrare ; puis dans la Romagne. En uiêoM temps de?ait s'avancer par la Toscane don Michelotto, avec quelques troupes pour s'unir aux soldats de Naldi, de Yaini, de Sassatelli , et d'autre chefs de £ion parti.

• >En exécution de ce traité , auquel s'étaient entreinis le cardiqal delVohâfi arnsi que les cardinaux espagnols, et qui fut ratifié par tout le .sacré-coUége, le duc de Yalentinois partit pour -Ostie, accompagné de Barthélémy de )a Rovèré, neveu de Sa Sainteté, et d'un grand nombre d'autres personnes de la maison papale.

Mais; dans Tintervalle^ on apprit à Rome que les Vénitiens, ayant acquis, par intelligence avec le gAuyerpeur, la citadelle de Fs^ënza, avaient enlevé èe vive force cette eilé à un aiilrfe Astor , Manfrédi que les habitafis venaient éé mettre

m» 2î>3 «et à leur tête, comme étant de la ftUDÎlJ^ de leurs aacieo^ H^aîtres ^ qiiaiqqe MtgiJtd ; qh syt auÉss} que, -par rocdupotion dâ plusieurs aujrcis teires, loeYériiticnSiparaissliieill ttadre à toute la çour q^éte de lii Ruitiàgne; et le lendeaiaîq du dé* part de Socgia^ le duc CruidlJbaldo d'Uxbin.yiat .dètoandÈX au P^ape^^Tecip^tanCe^ que la focter liesse. deiFôrii, où étaient déposées toutes les dépouilles de mn riùhe palais , fût reimsf^ à Sa Sainteté.

Jfules, par ces diverse.^ considérations, Voysint qu'il lui convenait de recevoir eri dépôt les Jïldces qui teqaîent enfcore pour le duc de Vaîehttnois, et qu'il lui avait offertes, Sfil partir après lui leô cardinaux de Sorrento et de Volterrè , pour lui faire savoir qu'en conséquence des progrèjs t0ujo!ijrs plus forniid?iJ>le^ d<;8 Y^itiiep^v ïï ay;ait j»gé à propos d'ôccepter, aux topditionf prôpoiéefi^ l^^Jeroisfe tenappraire des places de Jft Il4»fnagiaek ;

Ce* cacdiiiaux fletà^Jirent ejcricteai/ent l^]xt <}oi» mission, ta aâissftû s fruiîi, piarce quç César, ay.a«l .raieux senti, depuis la réponse du OPapie, d)e<|uelle conséitiuleaçe pointait #tre }a repùs^ f^ik question V refusa deî U faire,

«I» 294 oef Le Pape, irrité de ce reft», et cédant à la tjck lence de son caractère , ordonna d'arrêter César Borgia ; ce- qui fut fait immédiatement sur les galères même où il s'était embarqué. Le duc de Valeutinois, accoutumé qu'il était à prévenir a?ec les autres les effets d'une rupture ouverte et d'une offense grave, en se voyant arrêté, se crut mort. Mais il connaissait mal Jules, aussi facile à s'apaiser que prompt à s'irriter.

Le duc fut conduit à Rome^ et traité, non ea prisonnier, mais avec tous les honneurs ordinaires. Le Pape le reçut au palais, lui prodigua les caresses; toutefois, il le faisait garder avec soin.

Les négociations ayant été alors reprises avec douceur; César consentit à donner d'abord au Pape son contre-seing pour la reddition de Césène , comme d'une ville immédiatement retournée au Saint -Siège. Le Pape, en conséquence, expédia Pierre d'Gviédo, espagnol, au gouverneur de la place, Diego Chignone, qui était de la même nation. Mais celui-ci, disant que ce serait une infamie d'obéir à un maître qui n'était pas libre , et qu^il fallait châtier ce-

Idî qui veoait Jtenter aûîisi un éeryiteuii iijdèle, fit jeter Oyiédo par-rdessus les murs.

• . ■ ■ I Ce que le Pape ayant su, il vit que^ parles dé^ marches €<:>cnnieBeées, on n'était pas entré dahsi. la voie dq succès; il en fit de nouvelles , et ob^ tint, après plusieurs pourparlers, la convention suivante;^ qui fut validée par une bulle : savoir^ que le duc de Valentinois serait tenu de consi^^ gtier, dans le téJiaie de quarante jours, les cfaâ-t teaux de Césène etide Bertinoro, de donner les contre-seings du château de Forli , avec garantie de banquiers à Rome pour quinze mille du^ cats à remettre au gouverneur, qui disait les avoir dépensés au service de la place; que, d*a«ir tre part, Sa Sainteté devait le faire accompagner à Ostie , où il restetait librement sous la garde dp cardinal de Sainte-rCroix ; que, du moment où ses promesses seraient a^^complies» illui serait permis d'aJier où il voudrait; mais que sî Texécutian ne répojidaU pas aux paroles, il se? rait enfermé au château Saint-Ange.

. En conséqucACCide ce traité, César descendit par le fleuve à Osti^ ; plusieurs de ses serviteurs et le trésorier du ;Paipe étaient avéé lui. Le car-» dinal de SaiiiterïÇïoîx vint ensuite. .

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