‹ Histoire du Pape Calixte IIChapitre 16 sur 40 · XXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXII INTRODUCTION

retira à Sienne, pour aller de là en Allemagne combattre son rival, Hermann de Luxembourg, qui avait été élu roi le 19 août 1081. Les Normands firent le siège de Rome, où ils pénétrèrent après une certaine résistance. Le vainqueur fut impitoyable ; il mit tout à feu et à sang ; l'incendie consumait sur trois points différents les palais, les églises, les maisons particulières ; non seulement les défenseurs de Rome, mais encore des femmes, des jeunes filles, des religieuses furent égorgées et, du haut du château Saint-Ange, Grégoire pouvait contempler ces scènes de carnage et la destruction d'une grande partie de la ville des papes. Ramené au palais de Latran, à la fin de mai, il ne tarda pas à s'apercevoir de l'antipathie des Romains, qui le rendaient responsable des horreurs de la guerre ; il comprit que le séjour de sa capitale deviendrait dangereux pour lui et décida de se retirer à Salerne. Il y mourut, le 25 mai 1085, après avoir, une fois encore, lancé l'excommunication contre Henri IV' et l'antipape Guibert. Aussitôt, les évêques allemands, du parti de Henri, réunis à Mayence, avaient prononcé de nouveau la déposition de Grégoire et confirmé l'élection de Clément III.

Lorsque Grégoire descendit dans la tombe, la situation était très grave. La simonie et le dérèglement des mœurs du clergé continuaient à déshonorer l'Église ; la querelle des investitures, cause de tant de guerres sanglantes, ne s'était pas éteinte avec lui. L'empereur avait ressaisi la puissance qui avait paru lui échapper un instant ; il était, plus que jamais, en état de soutenir la lutte. Le schisme, qui avait opposé à Grégoire l'antipape Guibert, avait divisé l'Église en deux partis d'importance presque égale. Pendant un an, la chaire de saint Pierre devait demeurer vacante, et l'autorité du pontife romain, déjà si affaiblie, diminuer encore.

Si Grégoire VII ne parvint pas à réaliser complètement

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les réformes pour lesquelles, moine, conseiller de plusieurs papes et pape à son tour, il avait tant combattu, ce n'est ni le génie, ni la persévérance, ni la foi en sa mission qui lui firent défaut. Il n'atteignit pas son but, au moins dans la querelle des investitures, pour n'avoir pas su mesurer ses coups et pour avoir voulu faire prévaloir des idées trop absolues. Les empereurs, à tort ou à raison, se considéraient encore comme les défenseurs-nés de l'Église. Il ne pouvait pas assurément être facile de leur faire accepter les théories que Grégoire, dans son désir de rendre à l'Église son indépendance, exprimait dans ses lettres, théories dont les Dictatus papœ sont comme la suprême expression et dont la lettre du 15 mars 1081, à Hermann, évêque de Metz, qui établit pour le pape le droit d'excommunier et de déposer les empereurs, est, pour ainsi dire, le commentaire (*). Grégoire ne triompha pas non plus de la simonie et de l'incontinence des clercs, parce que les vices de son temps furent plus forts que lui.

Sa lourde succession échut à Didier, abbé du Mont-Gassin, qui prit le nom de Victor III. Il ne l'accepta que malgré lui. La mort le déchargea bientôt de ce fardeau ; mais il avait régné juste assez (24 mai 1086-16 septembre 1087) pour excommunier, dans un concile qu'il avait réuni à Bénévent, l'antipape Guibert et condamner la simonie et les investitures.

Après une vacance de six mois, la tiare fut offerte (12 mars 1088) à Eudes de Ghàtillon, cardinal-évêque d'Ostie, célèbre sous le nom d'Urbain IL Appelé à Rome par Grégoire VII, dont il avait la confiance, il avait joué un rôle important pendant la dernière période de son pontificat, notam-

(1) Voir ces Dictalus dans la Bibliolheca rerum germanicarum, de Jaffé, t. II, Monumenta Gregoriana, 1. 11, 55 a, p. 174-175, et la lettre à Hermann, ibid., 1. VIII, 21, p. 453-4G7.

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