‹ Histoire du Pape Calixte IIChapitre 21 sur 40 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Voyage de Gui de Bourgogne à Rome. — Son procès avec saint Hugues, évêque de Grenoble.

Conformément à l'usage, le nouvel archevêque de Vienne ne tarda pas à faire à Rome le voyage ad limina. Pendant son séjour dans la ville pontificale, Gui se lit remarquer par ses qualités et il sut s'attirer Feslime et l'affection de tous ceux avec qui il fut en relation. Urbain II surtout lui témoigna le plus vif attachement ; il le retint auprès de lui pendant quelque temps. Lorsque, dans le courant ou vers la fin de 1089, Gui dut retourner dans son diocèse, le pape lui remit, pour le clergé et le peuple de Vienne, une lettre dans laquelle il exaltait sa science, ses mœurs, sa prudence et son caractère. Il le recommandait d'une manière toute spéciale à son peuple, et, pour lui prouver son affection, il confirmait les privilèges accordés par ses prédécesseurs à l'église de Vienne. Enfin il ordonnait la restitution entre les mains de Gui des biens qui avaient été enlevés à cette église par le prévôt Artaud (i).

De retour dans son diocèse. Gui s'occupa avec un zèle infatigable

(I) Bcali Pétri filium, nostrum aulem fralrem, venerabilem alque charissimum archiepiscopum veslnim, venientem ad nos congrua reverenlia ot débita dulcedine cbaritatis excepimus Qui voro anleliac nobis facie ignotus exstiteral, morum honestalem et indoUs ejus egrogiae voleutcs industriam experiri, nobiscum cum aliquandiu propensiori atTectione duximus detinendum. Gratias autem Deo, quia ia eo et scientiœ saporem et houeslatis odorcm bonum invenimus. Morum igitur ejus maturilate, industrise probilalo animique prudentia plurimum delectati, oum jatn de charo cliariorem, do familiari familiariorem efTecimus, adeo ut dehinc non lanquam Gallum, sed tanquam Homanura in Romaua curia censeamus. Unde et revertentem ad vos nostris litteris prosecuti, charilali vestrœ altentius commendamus, ut qui par se vobis charus liacteous et venerabilis habitas est, per nos deinceps charior et vencrabiiior habeatur. (Dom Bouquet, Becueil des historiens, t. XIV, p. 691; — Gallia christiana, t. XVI, instr. 27; — Migne, t. GLI, col. 316; — Jaffé-Loewen- FELD, n° 5421 (4048).

des intérêts temporels de son église et de ceux des établissements religieux compris dans les limites territoriales de l'archevêché de Vienne. Vers 1090, il lit d'importantes acquisitions à Pact, à Romanèche et ailleurs CO ; le 9 septembre 1091, à sa demande et à celle de Hugues, évêque de Grenoble, de pieux habitants de TuUins donnèrent à Tabbaye Saint-Pierre hors les murs de Vienne la chapelle Saint- Barlhélemy et l'église Saint-Maurice de Tullins, avec les dîmes de leurs possessions (2).

Cette sollicitude pour les intérêts de son église ne tarda pas à entraîner Gui dans une aventure où il oublia le sentiment de sa dignité et laissa succomber l'honneur. Je veux parler de son long démêlé avec saint Hugues, évêque de Grenoble, au sujet de la possession des églises du pagus Salmoracensis^ pays ou comté de Sermorens, dont le cheflieu, considérable au moyen âge, n'est plus maintenant qu'un faubourg de la ville de Voiron, dans l'Isère. Les divers incidents de ce démêlé ont été racontés par saint Hugues lui-même, dans un mémoire destiné, naturellement, à prouver la légitimité de ses droits et de ses prétentions et, comme conséquence, l'inanité de ceux de son adversaire (3).

Quelques-uns des érudits qui ont eu à s'occuper du difiPérend entre les deux prélats ont fait remarquer que le témoignage de Hugues peut être suspect de partialité et que la conduite de Gui aura été présentée sous un jour qui est loin de lui être favorable. Mais il est certain que si l'archevêque de Vienne a entamé et poursuivi la lutte avec la ténacité , avec l'esprit de suite qui sont une des marques distinctives du caractère de sa race et dont il sut toujours faire preuve, il y apporta aussi une passion qui le condamne et que n'ex-

(1) L'abbé U. Chevalier, Cartulaire de l'abbaye de Sainl-André-le-Bas de Vienne, 2' appendice, p. 32.

(2) Id., ibid., app. 66*, p. 277.

(3) Ce mémoiro a élé imprimé dans 1g Theodori, archiepiscopi Canluariensis, Pœnilentiale, t II, p. 526 et suiv. ; dans le Recueil des historiens, do dom Bouquet, l. XIV, p. 757 et suiv. ; dans la Vie de saint Hugues, évêque de Grenoble, par M. Albert DU Boys, p. 452 et suiv. ; dans les Cartulaires de l'église cathédrale de Grenoble, de M. J. Marion, ouvrage d'après lequel seront faites les citations. Il a élé analysé par M. Albert du Boys, dans sa Vie de saint Hugues, p. 100, 113, 159 et suiv. ; par M. l'abbé Collombet, dans son Histoire de la sainte église de Vienne, t. I, p. 481 et suiv., et par M. Marion, Cartulaires, p. xxxiii-xl de l'Introduction. Il m'a paru utile, même nécessaire, de donner en notes de nombreux extraits de ce mémoire, qui seuls permettent de croire à certains incidents du procès.

dise pas la fougue de la jeunesse, il se servit d'armes que la morale la plus élémentaire réprouve.

Depuis un temps assez reculé, le pagus de Sermorens, qui touchait au diocèse de Vienne, faisait partie du diocèse de Grenoble. Les seigneurs de la région ne se faisaient pas faute de spolier les églises, mais il paraît que les droits des évoques de Grenoble avaient toujours été reconnus. Gui de Bourgogne, plus osé, réclama le pagus comme dépendance de son église. Hugues vint le trouver à Vienne pour discuter avec lui, mais le différend n'ayant pas été terminé, il fut décidé qu'il serait soumis à un arbitrage et qu'une nouvelle conférence aurait lieu à Romans. Au jour fixé, Gui s'y rencontra avec Gontard, évêque de Valence, et Gui, évêque de Genève ; Hugues avec Pons, évêque de Belley, et Landry, évêque de Mâcon. Hugues fournit, par écrit et par d'autres témoignages, la preuve que le pagus de Sermorens était, depuis cent ans et plus, en la possession de l'évêché de Grenoble, mais il avoua ignorer l'origine de cette possession. Gui de Bourgogne prétendit qu'un de ses prédécesseurs sur le siège de Vienne avait, à l'époque où le diocèse de Grenoble était ravagé par les Sarrasins, cédé, mais pour un temps seulement, ledit pagus à l'évêque de cette ville. Invité à le prouver par écrit, Gui répondit qu'il ne possédait pas d'acte de cette cession, mais que la tradition suffisait. Alors les chanoines de Grenoble demandèrent aux évêques de décider si leur église pouvait, sur de simples allégations que rien ne justifiait, être dépouillée d'une possession remontant à une époque aussi reculée.

Gui, voyant sans doute sa cause perdue, ne voulut pas entendre prononcer le jugement. Il avait sous la main des chevaliers du territoire contesté, qui étaient là sans doute pour provoquer par la force l'arrangement du différend; il envahit brusquement ce territoire (U. C'était hardi, plus expéditif et ce semblait sur.

Hugues, pour qui la force ne primait pas le droit, réclama auprès d'Urbain II contre une pareille manière d'agir. Le pape chargea son légat Hugues, archevêque de Lyon, de juger le différend. Le légat fit comparaître devant lui Gui et Hugues, à Baon, près de Givors,

(1) Sed Viennensis archiepiscopus noluil audire judicium, quoniam eo tempore milites illius lerra; ad pacem facioudam conjuralos in manu sua tonebat. Quod judilio non poluil, opporlunitale accepta, violontor abstulit. (Marion, Cartulaires, p. 49.)

Mettant de côté les sentiments d'affection qu'il avait voués depuis longtemps à l'évêqiie de Grenoble et ne consultant que la justice, il rejeta les prétentions de l'archevêque de Vienne, qui n'avait, pas plus qu'avant, pu produire de titre de propriété, et il confirma à l'église de Grenoble la possession en litige. Au reste, la question devait être jugée plus à fond au premier concile qui serait tenu en France.

L'archevêque de Vienne ne voulut pas reconnaître la sentence du légat ; il ne rendit rien. Bien plus, pour s'assurer la paisible possession de sa conquête, il envoya secrètement à Rome un messager qui devait obtenir d'Urbain II la confirmation des biens et des privilèges de son église. A en croire saint Hugues, celte confirmalion coûta cinq cents sous que Gui aurait payés ou fait distribuer à la cour de Rome, mais il réussit à faire intercaler le nom de Sermorens parmi les biens dont il désirait obtenir confirmalion. Le pape, sans défiance, accorda le privilège demandé. Il est vrai qu'il ignorait la sentence rendue par son légat (i).

Dès que saint Hugues connut le résultat de la démarche si habilement tentée par son adversaire, il envoya à son tour à Rome, pour se plaindre au pape du peu de cas qui avait été fait de la sentence du légat et pour protester contre la surprise faite à sa bonne foi. Le 16 mai 1094, Urbain II écrivait à son légat qu'il approuvait le jugement rendu par lui, qu'il n'avait voulu confirmer à l'église de Vienne que ses possessions légitimes, et il l'invitait à mettre le plus tôt possible un terme au différend qui existait entre l'archevêque de Vienne et l'évêque de Grenoble (2). En même temps, il informait celui-ci qu'il ratifiait la sentence de son légat et il lui renouvelait les dé-

(1) ....Eo tempore Romam ad dominum papam Urbanum legalum cum lilteris suis miserai, posfulans ab oo ut quœ juris orant Vieanensis aîcclesiae privilégie confirmaret; pro cujus impetratione, sicut ipse nobis postea confessus est, quingentos solides ia Romana curia dispensavit : in quo, inter alia, Salmoriacensem paguiii, quem noviter arrlpuerat, fraudulenler et per surreptionem scribi fecit, domino papa ipsius pagi querimoniam prorsus ignorante. {Ibid,, p. 50.)

(2) ....Inter Viennensem archiepiscopum, Guidonem, et Gratianopolitanum episcopum, Hugonem, quid rerura sit sagacitas tua longe melius intra provintiam iuvestigare prevalet quam nos qui lam longis terrarum spaciis absumus. Quod igitur de eodem negotio tua fraternitas statuit nos de tuae justicice integritate securi, nostra assertione flrmamus. Si quas vero nostrye auctoritatis lilteras Vieanensis objecerit, nosse vos volumus quia nos nichil ipsi aut aecclesiae Vionnensi concessimus, nisi quod juste hactenus possedisse cognoscitur, etiamsi per subreplionom forte, quod

clarations déjà faites au sujet des possessions de l'église devienne (').

Peu après, Hugues, archevêque de Lyon, tint un concile à Autun. Gui et Hugues de Grenoble furent invités à s'y rendre, leur différend devant être jugé par les membres du concile. Jusqu'alors, on s'en souvient, Gui n'avait invoqué que la tradition à l'appui de ses revendications, mais an concile, après une longue discussion, il produisit avec arrogance un acte qui semblait usé par le temps et qui était destiné, selon lui, à établir les droits de l'église de Vienne. D'après cet acte, Barnuin, archevêque de Vienne, aurait autrefois donné à Isarn, évêque de Grenoble, l'église de Saint-Donat et le pagus de Sermorens, mais seulement jusqu'au jour où la paix serait rétablie dans le diocèse de Grenoble, qui était alors ravagé par les Sarrasins. La production de ce document jeta d'abord Hugues dans la consternation et il vit sa cause perdue ; mais, ainsi qu'il le dit lui-même, il respira plus à l'aise dès qu'une lecture attentive eut permis de reconnaître qu'il était faux, et il demanda qu'il lût déposé entre les mains du légal. Barnuin avait été archevêque de Vienne de 886 à 899 environ; Isarn, évêque de Grenoble, vers 950; la donation en question était donc impossible. Enfin, Hugues put heureusement prouver par des chartes qu'Alcher, prédécesseur d'Isarn, avait possédé le pagus de Sermorens et que l'éghse de Saint-Donat avait été concédée aux évêques de Grenoble non par Barnuin, mais par le roi Boson et par le roi Louis, son fils, ainsi que leurs actes en faisaient foi. Quant à la prétendue donation exhibée par Gui, elle avait élé fabriquée par un moine de Saint-Rambert, nommé Sigibod ou Siébod, très habile à imiter l'écriture ('-).

Écrasé par des arguments aussi probants, l'archevêque de Vienne

absit, aliquid videatur exlortum... Tu hanc eorum dissensioaeui, quanlo cicius poleris, adjuvante Domino, sopire procura, elc. (Marion, Cartuiaires, p. 51; — Dora Bouquet, Recueil des historiens, t. XIV, p. 758; — Migne, t. CLI, col. 389, etc.; — Jaffé-Loewenfeld, n" 5523 (4134).

(1) Pro negolio luo confralri noslro Lugdunensi Hugoni archiepiscopo rescripsimus. Quod enim ipse nostra vice statuit nos nostra assercione corroboramus. Si quas vero nostrse auctorilalis lideras Viennensis archiepiscopus opposuerit, nichil causai luee ofiQcere arbitroris. Nos onim nichil ipsi aul ecclesise Viennensi concessimus, nisi quod juste hactouus possedisse cognoscilur. (/(<., ibid. ; — Jaffé-Loewen- FELD, a' 5524 (4135).

(2) Innoluil eodem leinpore, divina nobis favente clementia, cartam illam, quam in Augusloduncnsi concilio archiepiscopus Viennensium adversus nos de Salmoria-

n'avait plus qu'à abandonner un système de défense qui lui avait trop peu réussi. C'est ce qu'il lit ; il retira le faux. Mais comme il ne voulut pas se tenir pour battu, il se rejeta sur le privilège qu'il avait par ruse obtenu d'Urbain II, privilège qui, nous l'avons déjà vu plus haut, ne tarda pas à être désavoué par le pape lui-même. Celte nouvelle tentative n'eut auprès du concile pas plus de succès que la précédente. Cependant les archevêques et évêques présents essayèrent, à la demande du légat, de mettre fin au différend. Gui se vit alors condamné; pour éluder un jugement devant lequel il n'aurait pas pu ne pas s'incliner, il s'engagea à étudier, à Vienne, avec ses chanoines, la question des droits de l'église de Grenoble sur les possessions en litige. Au jour fixé, Hugues se rendit à Vienne, dans l'espérance d'obtenir une solution ; il n'y trouva qu'une déception de plus. L'archevêque, qui se sentait fort chez lui, refusa purement et simplement de tenir ses promesses ('). Saint Hugues aurait dû s'en douter, tant son métropolitain avait fait preuve de mauvaise volonté, pour ne pas dire plus.

Pendant que se succédaient les étranges péripéties de cette lutte, Urbain II convoqua, au commencement du mois de mars de l'année 1095, un concile à Plaisance. Il ordonna aux évêques d'en deçà des monts d'y assister. Celui de Grenoble se mit en route pour s'y rendre. Il tenait à se plaindre personnellement au pape ou au concile du tort que Gui, par ses procédés injustes et violents, causait à son église. Au delà des Alpes, il rencontra Gui à Saut' Ambrogio, village du Piémont, sur la route de France en Italie. Gui, dans la crainte sans doute d'être condamné par le concile, suggéra à Hugues l'idée de ne pas aller plus loin, en lui promettant de s'en rapporter, pour leur différend, au jugement de l'archevêque de Lyon. Hugues, toujours confiant, toujours crédule, revint sur ses pas. Il se dispo-

ceiisi pago protulerat, cercioribus inditiis falsam esse. lUe eniin, cui scriplor eju3dcm cai'tue infirmitale detentus coafessus fueral, nobis palefccil, Qucni scriolorem, nomiae SigiboJuin, Sancti Ragnaberti monaclium, per amicos nostros ejusdem cœnobii monaclios evocatum, apiid nionaslerium quod Granariura dicilur, anie altare bealai Mari£e, sub invocatioue divinae presentiœ, excommunicalionem intentando adjuravi.... (Marion, Carlidaires,p. 57.)

(I) Quod ille plurimum formidans et quasi imminentom judilii senlenliarn evadore cupions, jus aîcclesiae nobis commissae. sicut cum aniecessoribus noslris melius posséderai, Vienne, consilio canonicorum suorum, nobis resliluere promisil. IgiUu' dieconslilula Viennam vcni ; sod quod ipse promiserat minime implovit.(/M(^., p. 53.)

i4 HISTOIRE

sait à aller à Lyon au jour indiqué, mais, selon son habitude, l'archevêque de Vienne ne voulut pas entendre parler d'accommodement ('). Ceci se passait dans la semaine où avait Heu le concile; Gui avait voulu empêcher Hugues d'y assister; son but semblait atteint. Mais l'évêque de Grenoble, justement irrité d'avoir été joué de la sorte, s'empressa de repartir pour Plaisance; il put y arriver le dernier jour du concile. Il dénonça, en présence du pape, à l'assemblée les procédés violents et les fourberies de l'archevêque de Vienne; il montra son mépris pour les décisions du pape et pour le jugement du légat, archevêque de Lyon. Après cet exposé, le pape, sur l'avis unanime du concile, rendit à l'évêque de Grenoble l'entière possession du pagus de Sermorens et cassa de nouveau la bulle que l'archevêque de Vienne lui avait extorquée subrepticement. Enfin, Urbain II, par une bulle du 12 mars 1095, reprochait vivement à Gui sa conduite dans toute cette affaire et il lui ordonnait, sous peine de perdre les bonnes grâces du Saint-Siège et les siennes, de reconnaître les droits de l'évêque de Grenoble sur le pagus de Sermorens (2).

On pourrait croire que Gui consentit enfin à s'incliner devant les décisions du concile. Il en fit le même cas que des bulles d'Urbain à l'archevêque de Lyon et à l'évêque de Grenoble ; il s'en soucia comme des décisions du concile d'Autun. Il refusa donc d'obéir aux injonctions contenues dans la bulle du pape; bien plus, il accabla d'invectives et de mauvais traitements le messager qui lui avait apporté cette bulle (3).

(1) ....Super tanla injuria queriraoniam faclurus cum pergerem , Viennensem archiepiscopum in Ilaliam apud Sanctain Ambrosium ropperi. Quod ut me ab inceplo ilinere -revocaret, ebdoraada qua cuucilium Placentinum papa celebraro disposuerat, consilio Lugdunensis archiepiscopi se obediturum de causa uosira spopondit. Mac intenlioueab ilinere domum regressus, cum Lugdunum vcnire, delerminata die, properarem, Vionnensis placitum renuntiavit. (M.\rion, Cartulaires, p. 53.)

(2) Sinodali judilio cum (Gralianopolitanum episcopum) de pago illo, salva

lu8B aecclesia) justicia, reinvestivimus, et libi, prescntium lilterarum auctorilate, precipimus ut eandem investlturam adimpleas et eum quiète possidore permittas, donec aut ante nos, aut anto legatum noslrum, canonico juditio decidatur. Quod si contempseris, profecto novcris beati Pétri ac nostram te gratiam amissurum.... (M.\- Rio\, Cartulaires, p. 54 ; — Gallia chrisliana, t. XVI, instr. 28; — Dom Bouquet, Recueillies historiens, t. XIV, p. 759-, — Migne, l. CLI, col. 40G, etc., etc.: — J.\ffé-

LOEWENFELD, n° 5048 (4104).

(3) Quibus lilleris Vionnensis noiuit ob;edire : imrao lilterarum portitorem minis atque conviliis dohonestavit. (Marion, Cartulaires, p. .i4.)

Fort de l'appui du pape et du jugement du concile de Plaisance, Hugues résolut de défendre ses droits jusqu'au bout. Il alla de nouveau trouver Urbain II à Milan et lui tit connaître le refus opiniâtre de Gui de se soumettre à l'arrêt de ce concile, aussi bien qu'à la bulle du 12 mars, Urbain, persuadé que pour amener Gui à composition , il ne suffisait pbis d'employer la menace, délia les clercs et les laïques du pagus de Sermorens de toute obéissance envers l'archevêque de Vienne, leur métropolitain, et leur prescrivit d'obéir à Hugues, comme à leur propre évêque, tant que, les deux prélats étant présents, leur différend n'aurait pas été jugé. Dans le cas où l'archevêque de Vienne persisterait à ne pas reconnaître les droits de possession de l'évêque de Grenoble, celui-ci pourrait être dégagé de toute subordination envers Gui (i). La bulle est du 26 mai 1095.

Peu de temps après, Urbain II vint en France pour prêcher la première croisade et présider le concile de Clermont. Le 5 août, il était à Valence, où il consacra la nouvelle cathédrale (2). Gui vit le pape, qui l'entretint de son différend avec saint Hugues et l'engagea à y mettre un terme. Rendez-vous fut donné à Romans aux deux prélats. Au jour fixé, vers le 20 août, Hugues se présenta chargé de documents anciens qui prouvaient ses droits, mais Gui voulut faire triompher ses prétentions par d'autres arguments. Il s'empara d'abord du château et des fortifications de Romans, les fit garder par une troupe de gens d'armes, afin de pouvoir, si le pape se prononçait contre lui, le retenir prisonnier et lui forcer la main. Urbain II céda-t-il à la peur ? Il ne résista pas au turbulent archevêque, il partit de Romans sans avoir prononcé le jugement (3).

(1) ....Precipimus ul., ejusdem Vienuensis archiepiscopi sulijectione poslhabila, quam a vobis videtur violonter exigere, Gratianopolitano deinceps tanquam proprio episcopo obadiatis, donec utrisque preseatibus idem uegotium, in nosd-a vel legali noslri aiidienlia, canonico juditio diffiniatur. Si vero etiam nunc Viennensis archiepiscopus usque ad canonicum jiidicium super investicione bac inqulelare presumpserit, DOS ipsum intérim ab illius obaediontia subtrabimus. (Marion, Carlidaires, p. 55, etc., etc.; — Jaffk-Loewenfeld, n" 5568 (416G).

(2) V. son itinéraire dans Jaffé, sous cette date.... Qui Valentiam ad dedicandam majorem ecclesiam veniens.... (Marion, l. l.)

(3) Arcliiepiscopus Viennensis, spiritu superbiœ afilatus, arcem loci et munitionem cum armatis occupavit mililibus, ul, si quid contra voluntatem suam papa loquerelur, ipse apud se in sua potcstate permaneret. Et ideo papa suo etiam jure, abbatia videlicet Romanensi, laliter espoljatus. causam nostram difDnire non potuil. {Ibid., p. 55.)

Hugues assista au concile de Clermonl, qui eut lieu du 18 au 28 novembre suivant, sous la présidence d'Urbain ; il renouvela an pape et au concile ses plaintes contre rarchevêque de Vienne, qui ne paraît pas avoir été au nombre des prélats présents à cette imposante assemblée. Une fois de plus, Urbain confirma la possession du pagus de Sermorens à l'église de Grenoble, qu'il releva de Fobéissance due par elle à son métropolitain aussi longtemps qu'il refuserait de se soumettre à la volonté du pape. Cette mesure fut portée, le 29 novembre, à la connaissance de Guignes III, comte d'Albon, du peuple et du clergé de Grenoble, et il fut interdit aux clercs et aux laïques du pagus de faire acte d'obéissance à Gui de Bourgogne (i). De même^ par une bulle datée de la veille, le clergé et le peuple de Romans étaient informés que le gouvernement de l'abbaye était enlevé à Gui et défense leur était faite de le reconnaître comme abbé (2). L'archevêque n'en continua pas moins d'administrer en fait l'abbaye et d'en être regardé comme l'abbé (3).

Le comte d'Albon prit à cœur la mission dont le pape l'avait chargé. Il alla trouver l'archevêque de Vienne et, par les prières et les menaces, l'invita à renoncer définitivement à ses prétentions sur le pagus de Sermorens. Ce que le sentiment de la justice et du devoir, ce que les injonctions du pape et les décisions de trois conciles n'avaient pu faire, l'attitude énergique de Guignes l'obtint. L'orgueilleux Gui céda. Par un acte passé dans la chapelle d'Arey (?) fapud capellam Arearuyn), en présence de Gauthier, évêque d'Al-

(1) ....Quamdiu Viennensis archiepiscopus liuic tliirmilioni obœdire conlempseril, tam ipsum (Hugonem) quam Grulianopulilanam a.'cclesiam ab ejus oba^dienlia subtraxiraus. Omnibus e(iam in eodcm pago couimoranlibus, tam clericis quam laicis, ne Viennensi arcliiepiscopo obwdianl interdiciraus.... ilbid., p. 56; — Jaffé-Loe- WENFELD, n° 5595 (4189).

(2) Quia frater nosler Viennensis areliiopiscopus ad justitiam et satisfaclionem lara pro ecclesie vesire injuria quam pro querclis aliis ad nos veniro contempsit, nos ... ei Romanensis ecclesie abbatiam per nos lanquam uoslri juris concessara, omnimodis interdiximus.... Et vos igilur liUeris prusenlibus prohibcnuis ue ullerius eidem arcbiepiscopo tanquam abbali obedionliam persolvalis aliquam: et si pro causa bac inlerdictionem aliquam aut excommunicalionem vobis intenderit, nihil apud vos valere decernimus. (Giraud, Carhdaire (le Romans, p. 19; — Jaffé- LoEWENFELD, W 5591. — Cf. aussi la bulle à Gui, ibiiL, p 18, n» 5009 de Jaffé-

LOEWENFELD.)

(3) Dans les actes relatifs à l'abbaye de Romans, où il est fait mention de Gui, on rencontre souvent la formule : « ubi pra)Osse videtur. » Cf. Giraud, passim.

bano ; de Léger, évoque de Viviers ; de chanoines des églises de Vienne et de Grenoble, de Guignes et des principaux seigneurs de la région, il renonça à ses prétendus droits sur lepagus de Sermorens C^).

11 semble qu'après cette soumission, Gui se réconcilia avec le pape. En effet, il se rencontra, le 30 mars 1096, avec Urbain II à Poitiers, où il souscrivit comme témoin, avec d'autres archevêques et évêques, des cardinaux et des moines, une bulle qui terminait un différend entre les religieux de Cormery et ceux de Saint-Martin de Tours ("^). De même, le 12 juillet suivant, il assista au concile de Nimes présidé par Urbain II ; il ligure comme témoin à une donation faite par Raimond, comte de Toulouse (3).

Mais Gui ne larda pas à regretter d'avoir faibli. Hugues, étant allé en Italie, tomba malade et fut obligé de demeurer dans la Fouille près de deux ans. Gui profita de cette circonstance pour reprendre le pagus de Sermorens ; de plus, il s'empara de nouveau de l'abbaye de Romans. Le pape, saisi par l'évêque de Grenoble des nouveaux méfaits de Gui, donna à Hugues, archevêque de Lyon, par une bulle du i juin 1097, l'ordre de mettre une bonne fois un terme aux agissejnents de son voisin de Vienne, en rendant à l'église de Grenoble tous ses droits et en vengeant Fautorité du Saint-Siège méconnue (''). Dans les autres circonstances, assez rares d'ailleurs, où Urbain est encore obligé de s'adresser à Gui, c'est pour lui faire des reproches et lui enjoindre de réparer ses torts, comme ce fut le cas, par exemple, pour l'abbaye de Saint-André-le-Bas de Vienne (=J).

(I).Mahion, Cartulaîres, p. 56.

(•2) Gallia chrisUana, t. XIV, instr , 7'i ; — Jaffé-Loewenfeld, n" 5033 (i215).

(3) D'AcHERY, Spicilegium, t. I, p. 029.

(4) Quam arrogaulcr, quam indigne adversus nos el sanctam Romanam ^cclesiam fralor noster Vienaensis archiepiscopus, Guido, se habuerit, scienliam vestram nequaquam lalel. Prêter caitcra vero, cerviccm suam adversus humililalera nosLram adeo sustLiIit ul et Romanensem abbaliam a nobis intcrdiclara reinvaderel et fratri nostro, Gratiaaopolitano episcopo, œcclesias quas nobiscum ipse restituerai sine juditio rcauferret. Tuam crgo fralernitateni pro nobis omnino ad justiciam excitari precipimus. Sentiat ut adamantem et silicem faciem tuam, remotaque preterilae ienitatis reverentia, omnino secundum justiciam Gratianopolitanœ aecclesiœ sua jura restituas et aposlolicœ sedis injurias ulciscaris.... (M.vnioN, Carluluxres, p. 57, etc.; — Jaffé-Loewenfeld, n° 5685 (4259).

(5) Quod Sancli Andrée monaslurium in urbo tua situm ad meliorem sludueris statura reducere, gratum babemus, sed graviter ferimus quod ejusdem loci moaaclios injuriis e.Kpulisti. Prœsentibus igitur littoris tuas fralernitati priecipimus

Le pape, afin de bien témoigner ses sentiments à son égard, ne le traite plus dans ses bulles de « cher frère, » qualité qu'il donne généralement aux évèques.

Urbain II mourut le 29 juillet 1099, un peu pins de dix ans après avoir reçu à Rome le jenne archevêque de Vienne, le prélat dont il avait, dans la lellre au clergé el au peuple de cette église, tant vanté la douceur et la probité. Si, dans la suite, son opinion changea, c'est que Gui, il faut lui rendre cette justice, n'avait rien négligé pour cela.

Dans sa lutte conLre l'évêque de Grenoble, Gui avait eu un complice, ou au moins un auxiliaire, dans un seigneur du pays, Geoflroy de Moirans, qui s'était emparé de l'église de Saint-Donal et de ses revenus. Cette église avait autrefois et depuis longtemps appartenu aux évèques de Grenoble. Hugues, archevêque de Lyon et légat du pape, lui ordonna de la rendre à l'évêque Hugues, son légitime possesseur. Geoffroy refusa d'abord, mais ayant été excommunié, il fut saisi par le repentir. Il vin', à Grenoble et, en présence des archevêques de Lyon et devienne, dans la chapelle de l'évêclié, devant l'autel de Saint- Michel, il rendit solennellement à Hugues et à ses successeurs sur le siège de Grenoble l'église de Saint-Donat, avec ses revenus et ses dépendances. En compensation, Hugues lui donna quelques fiefs. Cette restitution eut lieu en 1099, du temps du pape Urbain II, est-il dit dans l'acte, et avant la prise de Jérusalem par les Français et les Bourguignons (i\

C'est au pape Pascal II qu'il était réservé de mettre un terme définitif à la lutte entre l'archevêque de Vienne el l'évêque deGrenobl'\ Pendant son séjour à Lyon, au mois de janvier 1 107, les deux prélats vinrent le trouver et la cause du diflérend lui fut exposée. Il mit d'accord les parties, en décidant que le territoire contesté serait divisé par moitié. Gui aurait la portion la plus rapprochée du diocèse

ul tam oorum bajulos quam et alios qui de loco illo cxturbali sunt, quiète ac tranquille convorsari pormiltas, nec ullerius eis molestias ingéras, nequo alicui molestari facias et no; eliam prienipimus et ipsi coram nobis polliciti sunt abbali sui loci qui eis prepositus est obedire. Volumus igitur et praecipimus ut fratres quos in cuitodiam tenes absolvas, Mamlamus itaquo cl praicipimus ut prœtor loci ipsius nulli alii professionem facere compoUaalur. (L'abbé U. Chevalier, Cartulaire de l'abbaye de Sainl-Anclré-le-Bas de Vienne, p. 138; — Jaffé-Loewenfeld, n' 5770 (4;jl9).

(H Marion, Carlulaires, p. 136; — Cf. Ibid., p. 75.

de Vienne ; levéqiie de Grenoble, la parlie comprise du côlé de celte ville, au delà de la Bourne et de l'Isère. Hugues, en échange de la moitié de territoire qu'il était contraint d'aliéner, obtint l'église de Saint-Donat avec ses dépendances. Celte église était dans le diocèse de Vienne : l'ordination des clercs et la consécration des autels fut conservée à l'archevêque. Aux termes de l'accord et du jugement, dont Gui aurait eu mauvaise grâce à se plaindre et que Hugues accepta autant par amour de la paix que par déférence pour le pape, les diocèses de Vienne et de Grenoble eurent, dans le pagus de Sermorens, chacun onze localités, avec leurs églises. Le premier eut Saint-Geoirs, Bressieux, Viriville, Ornacieux, Boczosel, Lemps, Planèze, Clermont, Saint-Geoire, Paladrnd et Virieu; furent attribués à Grenoble : Vinay, Nerpol, Châteauneuf, TuUins, Rives, Moirans, Voiron, Tolvon, Miribel, le Menuet des Échelles, Voreppe, et de plus l'église de Chasselay. Il fut convenu que si l'une des deux parties voulait troubler l'autre dans sa possession, le perturbateur serait privé de sa moitié au profit de l'autre partie. Cette décision fut prise à Lyon, le 29 janvier, en présence de Richard, évoque d'Albano ; d'Aide, évèque de Plaisance; de Pons, évêque du Puy; de Léger, évêque de Viviers; de Gui, évèque de Genève; d'Euslache, évêque de Valence ; de Conon, évêque de Maurienne, et de Guigues, comte d'Albon. Elle fut consacrée par une bulle du 2 août suivant, qui relate toutes les circonstances de l'accord et fixe le partage (*).

Ainsi finit cette longue lutte qui, en réalité, tourna au profit de l'église de Vienne. C'est le résultat auquel tendait Gui de Bourgogne; il ne dépendit pas de lui qu'il ne fût plus complet. Le recueil des pièces que Hugues avait rassemblées pour établir ses droits, forme une partie du cartulaire de l'église de Grenoble, appelé aussi de saint Hugues, qui a mérité d'être publié dans la collection des documents inédits sur l'histoire de France. Il contient, ainsi qu'il a déjà été dit, tous les détails du procès qui ne fil pas, tant s'en faut, honneur à l'archevêque, Heureusement, il y a de plus belles pages dans sa vie.

;l) Ibid., p. 1, etc.; — Jaffé-Loewenfeld, n" 0163(4576).

Page 1