CHAPITRE V
Calixte II est couronné à Vienne. — Approbation des cardinaux, du clergé el du peuple romain. — Consécration de l'église de Saint-Antoine en Viennois. — Voyage en Provence et en Languedoc. — Concile de Toulouse, — Continuation du voyage par le Poitou, l'Anjou, la Touraiue, l'Orléanais, le Parisis. — Arrivée à Reims.
Ce n'était pas sans une certaine appréhension que le nouveau pape avait vu son élection. Il avait d'abord résisté, parail-il, et accepté malgré lui le lourd fardeau qui venait de lui être imposé (i). C'est qu'il ne connaissait que trop, pour avoir été le témoin des luttes et des tribulations de Pascal II et de Gélase II, l'avenir qui lui était réservé. N'avait-il pas été, lui, l'ennemi le plus acharné de Henri V, et la guerre n'allait-elle pas recommencer plus violente, plus implacable que jamais ?
Dans une lettre qu'il écrivit peu de temps après à Adalbert, archevêque de Mayence, qui était, avec Frédéric, archevêque de Cologne, un des plus dévoués partisans de la papauté en Allemagne, il relate en quelques mots les circonstances de son élection ; un passage de cette lettre laisse deviner ses préoccupations. « Le pape » Gélase, d'heureuse mémoire, disait-il, m'ordonna, en partant de ') Vienne, d'aller le rejoindre à Cluny. Pour obéir, je quittai Vienne ») quelques jours après, mais j'appris en route que Gélase était mort. n Toutefois, afin de consoler, ainsi qu'il convenait, ceux de nos » frères qui l'avaient accompagné, j'allai jusqu'à Cluny, en proie à
(1) Qui ((lalixtus) se indignum iterato reclamans idcirco niodis omnibus resislebat, quia incertum habebatur a mullis utrum Romœ ratura faclum hujusmodi lenorotur. {Vie deCalixle II, par Pandolfe, dans Watterich, t. II, p. 115, et dans le Liber pontificalis, t. II, p. 302.) — M. l'abbé Duchesne a consacré à Pandolfe une étilde très intéressante, qui, sous ce titre : Pandolfe, biographe pontifical, a été lue dans la séance publique annuelle des cinq Académies, du 25 octobre 1889. Elle forme les p. 43-59 du recueil des lectures faites ce même jour.
» une grande douleur. Comme je m'attachais surtout à les consoler, » ils m'imposèrent un fardeau au-dessus de mes forces, car, le len- » demain de mon arrivée, les évêqnes, les cardinaux, les clercs et » laïques romains me choisirent à l'unanimité, malgré moi et malgré » ma résistance obstinée, comme chef de l'Église Romaine, sous le » nom de Galixte II C^. »
D'un autre côté, Calixte pouvait craindre que son élection ne fût pas agréée par les cardinaux, le clergé et le peuple de Rome. Un de ses biographes, Pandolfe, dit qu'il refusa de vêlir la chape rouge, insigne de la papauté, avant que le choix fait de lui eût été sanctionné à Rome. Mais, ainsi que Ta fait remarquer le savant éditeur du Liber ponti/icalis, celle assertion de Pandolfe est un peu forcée. En effet, Calixte II, après être passé à Lyon, où il fui reçu processionnellementetavecde grands honneurs par l'archevêque Humbauld (2), fut « couronné, c'est-à-dire installé religieusement à Vienne, le dimanche » suivant, 9 février (3). Ce n'est que le 1" mars que se tint à Rome » l'assemblée du clergé et du peuple où fut ratitié le choix du nou- » veau pape (4). »
Nous allons voir d'ailleurs que les craintes de Calixte n'étaient pas justifiées.
Le jour même de l'élection, Roscemanus, cardinal-diacre de Saint- Georges au Vélabre, partit de Cluny pour aller annoncer à Rome la mort de Gélase et le remplacement de celui-ci par l'archevêque de Vienne. Pierre, cardinal-évêque de Porto, remplissait les fonctions de vicaire, dont l'avait investi Gélase II avant son départ pour la France ; c'est donc à lui que furent notifiés les graves événements qui venaient de se produire [■'). 11 fut profondément affligé de la mort
(1) ....Invitum me ac penilus resislenlem.... N° 1 da Bullaire du pape Calixle II, t. I, p. 1 -, — Jaffiî-Loewexfeld, n° G682 (4912). — Désormais, j'abrégerai ces deux noms par les initiales J.-L.
(2) Dominus Lugdimcnsis archiepiscopus, fada processiono solemni, dominum papam Calistum el nos Iionorifice suscepit. (LcUre do Conon, évoque de Palestrina, dans d'âchery, Spicilegium, 2* édit., t II, p. 512.)
(3) C'est Lambert, eardinal-évèque d'Oslie, qui couronna Calixte II. (Pandolpe, dans Watterich, t. II, p. 115, et l'abbé Duchesne, Liber pontificalis, t. II, p 302.)
(5) D'après VHisloria Composlelluna [Espana sagrada . t. XX, p. 273), c'est Pierre, évèque do Porto, qui serait parti de Cluny pour notifler ù Rome lu mort de Gélase et l'élection de Calixte.
de Gélase et ne put s'empêcher de verser des larmes. Il s'empressa de convoquer les cardinaux qui étaient auprès de lui et quelques Romains restés fidèles à la cause de l'Église. Ensuite il monta au Capitole, montra et fit lire les lettres qu'il avait reçues. Tous les assistants furent conlrislés d'apprendre la mort de Gélase, mais ils se réjouirent de savoir qu'il avait été remplacé par un homme prudent et vertueux (').
Le lendemain 1" mars, les cardinaux, une partie du clergé, de la noblesse et du peuple de Rome se réunirent à l'église Saint-Jean de Insala et approuvèrent solennellement l'élection de Galixte, Le clergé chanta un Te Deum, et, selon l'usage, les laïques s'écrièrent tout d'une voix : » Saint Pierre a choisi Galixte pour pape (2) l »
L'élection de Galixte fut agréée par le préfet de Rome (3) et par Pierleone, un des principaux de la ville, père de Pierre, cardinaldiacre des Sainls-Gosme et Damien, qui fut plus tard l'antipape Anaciet II (4).
Nombreuses furent les adhésions qui vinrent de Rome. L'une d'elles contient une quarantaine de souscriptions, tant personnelles que collectives, émanées de cardinaux, de prêtres, d'abbés et de clercs de tout ordre (5), En tête figurent Grescentius, évêque delà Sabine ; Pierre, évêque de Porto, et Vital, évêque d'Albano. De son côté, Pierre, évêque de Porto, écrira en son nom aux cardinaux et aux personnes de la suite du pape pour leur dire que si la mort de Gélase
(l) Quibus leclis, una voce el conoordia Dominum laudavere omnipolenlem, quod eis virum prudenlem et ornalum moribus io ponlificem largitus est Do obitii vero aposlolici Gelasii valdo turbati sunt. (Falco de Biînévent, dans Mun.\TORi, Beriim italicarum scriptores, I. V, p. 92; —dans Migne, t. CLXXIII, col. 1175; — dans Watterich, t. II, p. [-l'i.)
(21 Les détails de celle cérémonie sont contenus dans une lettre des cardinaux, des évoques, du clergé et des laïques do Rome, à ceux de la suite de Gélaso restés à Cluny. Particularité curieuse, elle est signée par nombre des assistants, à commencer par Pierre, cardinal-évèque de Porto; (>re3cenlius, cardinal-évôque de la Sabine; Vital, cardinal-évêque d'Albano, etc. Cette lettre a été publiée par dom Martê.ne et dom Durand, Velerum scriptorum el monumenlorum amplissîma collectio, t. I, p. 647-649; par Migne, t. CLXIII, col. 1087-1090, et par Watterich., t. II, p. 122-124.
(3) Ibid., et Pandolfe, dans Watterich, t. Il, p. 115, et l'abbé Duchesne, t. II, p. 30.
(4) Pandolfe, ibid.
(5) C'est la lettre dont il est question dans la noie 2.
lui a causé du chagrin, il s'est empressé d'agréer leur demande, c'està-dire de reconnaître Calixte pour pape W.
Puis ce sont les cardinaux-prèlres restés à Rome ; Boniface, de Saint-Marc ; Jean, de Sainte-Cécile ; Anastase, de Saint-Clément ; Divizo, du titre d'Equilius; Tliiébaiid, du titre de Pammachius ; Reinier, des Saints-Marcellin et Pierre ; Didier, de Sainte-Praxède ; Grégoire, de Sainte-Lucine ; Hugues, du titre des Apôtres. Ils approuvent l'élection de Calixte, bien qu'elle n'ait pas été faite selon l'usage et qu'ils n'aient pas pu y prendre part ("-). Les cardinaux-diacres, à leur tour, envoient leur adhésion (3). Enfin, il n'est pas jusqu'aux membres schismatiques du clergé romain, partisans de l'antipape Bourdin, au nombre d'une vingtaine, qui ne déclarent accepter une élection que ni la lèpre de la simonie ni l'ambition n'ont viciée ; ils expriment le désir qu'il saura faire disparaître de l'Église toute tache d'hérésie W.
Il vint aussi de Rome des adhésions isolées, comme celles de Crescentius, évêque de la Sabine, et de Vital, évêque d'Albano. Ce n'était, il est vrai, qu'une nouvelle reconnaissance du fait accompli. Dans leur lettre, ils annoncent que Calixte a été acclamé par toute l'Église, que son nom est prononcé dans les prières de la messe et employé, selon l'usage, par les notaires dans les documents qu'ils ont à rédiger, et qu'on s'apprête, à Rome, à le recevoir avec joie et avec les honneurs dus à sa dignité (^). Ils terminent en priant les cardinaux de
(1) Licet enim me obitus domiui nostri papae G^elasii) conlrislaverit, pelicioni lamea vestrœ promplo et alacri animo diligenliam dedi atquo ul coleri fraires vobiscum in unum sapèrent, soUicicius claboravi. (Udalrici Babenbergensis Codex, dans Jaffé, Bihliotheca rerum gernianicarum, t. V, p. 348.)
(2) ....Gum ex Romano more electionern facero impodiamur, eloclioncm quam vos de domno Guidoae, dira arcliiopiscopo Viennensi, nune vero domino nostro, fecislis, caritate débita consentimus et cousentiendo nos spirilu divine aillante laudamus, unanimitale viacicuto corroboramus. (Udalrici Codex, dans JAFrÉ, ibid., p. 349.)
(3) ....Dilectioni vestrai notum sit.... nos ... de tanli viri electione idem sentiro, idem laudare, confirmare ac per omnia unanimitatem tenere. (W., ihid., p. 350.)
(4) ....Kleclionem vestram, quam noque lepra Simonis, neque tumor ambitionis infecil, lanquam a Doo dalam amplcsi sumus. — Celle lettre, publiée par Martène et Durand, Velerum scripl. el monument ampl colleclin,l. I, p. G49; puispar .Mansi, Concii , l. XXI, col. 2 >4 : par Migne, l. CLXIII.col. 1337, et W.vcterich, t. Il, p. 124, contient la souscription de dix-neuf adhérents, parmi lescjucls deux cardinaux.
(5) Domnum papam (]alixtum Iota Klcclesia praîdicat, nomen cjus in missarum orationibus celobratur et a scriniariis, sicut consuotudo est, iu carlis quas faciunt
suggérer au pape l'idée de convoquer un concile pour la pacification et l'affranchissement de TËglise du pouvoir laïque (<). Ce fut sans doute cette lettre qui engagea Galixte et sou entourage à réunir un concile à Reims au mois d'octobre suivant.
Dans le même temps, les évoques et les cardinaux qui n'avaient pas quitté Rome notifièrent aux évêques, aux abbés et aux fidèles de France et des autres pays l'élection de Galixte II et les invitèrent à le reconnaître comme pape et à lui obéir i.V.
Les opposants ne paraissent pas, du reste, avoir été nombreux (3). Nous savons que, parmi les évêques français, Girard, évêque d'Angoulême et légat du Saint-Siège, refusa d'abord d'approuver l'élection de Galixte. Le pape et les cardinaux étaient encore à Gluny. Mais Girard ne tarda pas à se soumettre. En effet, Galixte n'était pas encore parti de Gluny, c'est-à-dire moins de quatre ou cinq jours après son élection, que, d'après une lettre de Gonon, cardinal-évêque de Palestrina, à Hugues, évêque deNevers, Girard avait adhéré W.
Il a été parlé plus haut de la fondation de l'ordre des Antonins, que Gui de Bourgogne avait vu s'établir dans son diocèse, et de la construction d'une église à la Motte-Saint-Didier, en l'honneur de saint Antoine. Le 20 mars 1119, Galixte II, accompagné de Lambert, cardinal-évêque d'Ostie, de Jean de Grême, de cardinaux, et en présence de clercs et de laïques , consacra cette église , en menaçant
ponitur.... Nos pro viribus oporamur ut domnura papam et vos cum honore et gaudio suscipiamus.... Ex consilio autem noslro, si vobis placet, domno papœ suggerite coacilium celebrare; de pace, si fieri potest,et de Ecclesice liberatione tractare. [hl., ibid., p. 351.)
(1) Cette idée do convoquer un concile est également exprimée, et dans les mêmes termes, par les autres cardinaux, dans une lettre aussi adressée aux cardinaux restés en France. C'est cette lettre qui nous apprend que la proclamation de Calixte eut lieu à Rome, le 1"' mars. {Id , ibid.)
(2) Id., ibid., p. 350.
(3) ....Cardinales qui cum Gelasio vénérant simulque omnis ecclesia Cisalpina Guidonem, arehiopiscopum Vionnensem, in papam grandi paratu levantes, Calixtum vocarunt, religionis et efTicaciee ipsius contuitu, sperantes se pcr illius potputiam, quod esset in auxiliando facultatis maximœ imperatoris viribus obniti posse. (Wil- LELMi, Malmesburiensis monaclii, Gesta regum Angloriim, 1. V, dans Migne^ t. GLXXIX, col. 1381.)
(4) Nam et Engolismensis episcopus, antequam a nobis discederet, subscripserat et domino papae humiiiler se subdiderat. Inde venimus Viennam.... (D'Acheby, Spicilegiwn, t. II, p. 512; — l'abbé Maratu, Girard, évêque d'Angoulême, légat du Saint-Siège, p. 182.)
d'anaLhème ceux qui atlaqueraienl le cimetière , s'empareraient des biens du monastère ou molesteraient les religieux, leurs gens ou les hommes dépendant de l'ordre. Parmi les assistants, on remarquait avec ses fils Guignes Didier, un des principaux bienfaiteurs des Antonins. La main dans la main du pape, il jura de n'exercer aucune violence contre les religieux, les clercs et les biens de cette église et s'engagea , dans le cas où il viendrait à enfreindre sa promesse , à réparer ses torts, dans le délai de treize jours, sur l'avertissement qui lui en serait donné (').
Calixte II voulut voir les reliques de saint Antoine ; elles furent comptées sur le maître-autel et renfermées dans une châsse neuve, de bois de cyprès, faite par Guignes de Saint-Romain (-).
Le 7 avril, Calixte est encore à Vienne; ce jour-là, en effet, il donne, de sa ville archiépiscopale, un privilège pour l'abbaye Saint- Paul de Besançon (3), mais il n'allait pas tarder à entreprendre, à travers la plus grande partie de la France , ce voyage qui devait durer près d'un an. Il fut décidé sans doute en même temps que la convocation, pour l'automne suivant, d'un concile à Reims, concile dont Crescentius, cardinal-évèque de la Sabine, Vital, cardinal-évêque d'Albano, et les autres cardinaux de Rome avaient suggéré l'idée à leurs frères qui étaient restés en France. C'est en attendant l'ouverture de ces grandes assises ecclésiastiques et son départ pour Rome, que Calixte allait, tout en apprenant à connaître le clergé séculier et régulier de France, se l'attacher, présider le concile de Toulouse, essayer de ramener Henri V à de meilleurs sentiments, conférer avec Louis le GroS;, roi de France, et Henri I", roi d'Angleterre, au sujet des affaires religieuses de leurs royaumes, apaiser le conflit qui s'était élevé entre eux, rendre la justice, accorder des privilèges aux églises et aux monastères, etc. Nous allons le suivre pas à pas dans ces pérégrinations dont l'efTel moral fut certainement considérable , car le nouveau pape se présentait aux populations avec le prestige de son nom et de ses alliances, avec le souvenir de sa lutte contre Henri V et de son altitude respectueuse, mais ferme, envers Pascal II, avec la
(1) nullaire, n» 3, l. I, p. '.' ; — J.-L., n' 6G84 (4'J13).
(2) Acla sanctorum, janv., l. II, p. 155; — l'abbé Collombet, Histoire de la sainte église de Vienne, t. II, p. 8.
(3) BuUaire, n" 4, t. I, p. 3-, — J.-L., n" 6G83.
réputation d'une énergie indomptable; en un mol, comme le futur libérateur de l'Église.
C'est d'abord au Puy que nous le rencontrerons, depuis le 15 jusqu'au 20 avril. Pendant son séjour au Puy, le pape accorda à Bernard, archevêque d'Auch, la libre sépulture des morts dans l'église Notre-Dame de cette ville (i), puis il invita l'abbé et les religieux d'Aniane à venir le trouver pour terminer le différend qui s'était élevé entre eux et les religieux de la Chaise-Dieu, au sujet de la celle de Goudargues (2). Le lendemain, 16^ il écrivit à Frédéric, archevêque de Cologne, un des plus ardents défenseurs de la papauté en Allemague, ainsi que nous l'avons vu plus haut, afin de l'encourager à combattre aussi vigoureusement que par le passé et à ne pas se laisser corrompre par les créatures du tyran, c'est-à-dire de Henri V. Il l'informait en même temps de la célébration, l'automne suivant, à Reims, d'un concile où serait examinée la situation de l'Église (3). Frédéric lui répondit en le félicitant de son élection (^).
Continuant sa route dans la direction de l'Auvergne, Calixte arriva à Brioude (â\ qui avait une église dédiée à saint JuKen et un important chapitre de chanoines réguliers, qu'il devait peu après placer sous la dépendance immédiate du Saint-Siège et enrichir de plusieurs privilèges (6). Le 10 mai, il était à Sauxillanges, abbaye de l'ordre de Cluny; le 19, à Clermont; le 21, à Mauzac, abbaye béné-
(1) Bullaire, n" 5, t. I, p. 5.; — J.-L., n» 6686 (4915).
(2) Bullaire, n" 6, t. I, p. G ; — J.-L., n" 6687.
(3) Eslo igitur providus, frater carlssime, alque sollicite, sicul cœpisli, circumspice.... Conslanler igilur âge, slrenue mile; Ghristi, atque in propositi sladii certamine donec ad bravium pervenias, currere non désistas. Penilus etiam caveas ne pessima investitorum a tyranno illo puiredine tua sinceritas contingatur. {Bullaire, n° 7, t. I, p. 7; — J.-L., n<- 6688 (4916).
(4) Lettres à Calixte II, n° 2, à la suite du Bullaire.
(à) De la forme « Privât!, » que l'on trouve dans le ms. lat. 12675, p. 88, — avec (( Brivali, » celle-ci plusieurs fois répéléc, — dans la lettre à Hugues, évêque de Grenoble, et Pierre, évêque de Die, il semblerait que l'on peut supposer que Gali.Kte est allé du Puy à Privas. Mais cette forme orthographique seule permettrait d'autoriser cette supposition. Privas n'avait ni évêché ni abbaye qui put attirer le pape , encore moins le retenir pendant quatre jours, si ce n'est plus (l"-4 mai). — C'est sans doute pendant son séjour en Auvergne, peut-être à Clermont, que Guillaume, comte d'Auvergne, fils du comte Robert, donna à Calixte les églises de Montferrand, dont le pape, à son tour, fit don à l'abbaye de la Chaise-Dieu. (Justel, Histoire généalogique de la maison d'Auvergne, "^Y. 1%.)
(6) Bullaire, n° 16, t. I, p. 20; — J.-L., n" 6697 (4920).
dicline; le 1" juin, à Brioude, où il passe de nouveau pour aller à Saint- Flour, où il est le 2 (0. A Saint-Flour, le prieur des religieux, Anselme, se plaignit au pape des prétentions élevées par un faux prêtre C^), nommé Arnaud, sur l'église Saint-Martin de Chaudesaigues qui leur appartenait. Calixle excommunia Arnaud en présence d'Aymeric, évêqne de Clermont, et de nombre d'antres personnes, et le rejeta du sein de l'Église jusqu'au moment où il viendrait à résipiscence (3),
Le cortège pontifical traverse les monts d'Auvergne et de la Lozère, les Cévennes, et arrive à l'abbaye de Saint-Gilles, qui devait, par la suite, avoir en Calixte II un protecteur dévoué. Nous verrons, en effet, plus d'une fois le pape la défendre contre les entreprises des seigneurs voisins. C'est à Saint- Gilles que, le 19 juin, à l'exemple de Pascal II et à la demande de Gérard, fondateur et grand maître des hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, il contirma les biens et les privilèges accordés aux nouveaux chevaliers par Pons, évêque de Tripoli, les patriarches de Jérusalem et d'Anlioche, etc. (4).
La consécration de l'église de Saint-Julien (à), dépendance de l'abbaye de Psalmody, fut faite par le pape, vers le même temps, avec beaucoup de solennité. A Montpellier, il donna gain de cause aux religieux de l'abbaye d'Aniane contre Atton , archevêque d'Arles, qui leur contestait la propriété de l'église de Saint-Martin (6), puis il vint à Maguelone, antique cité épiscopale , bâtie sur les bords de la Méditerranée, mais dont une ferme moderne et une église fort ancienne et curieuse rappellent seules maintenant le nom et l'emplacement. Pen-
(1) Voir dans le Biillaire cl le Catalogue des actes, les n°' 10-18, t. I, p. 10-25; — n»* 6691 (49l7)-GG98a de J.-L.
(2) Pseudo-presbyler.
(3) Monasticon benediclinum, I. XIV, ms. lai. 12671 (Saint-Flour), p. 18-.'.
(4) Bullaire, n" 20, t. I, p. 27; — J.-L., n« 6700 (4722).
(j) Sancti Juliani aîcclesiam, cellam Psalmodiensis cœnobii, idem papa nimium colebriler dedicavit. (Pandolfe, dans Watterich, t. II, p. 115, el l'abbé Duchesne, p. 302 et 304.) — Saint-Julien serait, ou mieux, aurait été, d'après une note donnée par M. l'abbé Duchesne. à l'ouest de Marsillargues, el, de mt^me que Psalmody. au sud de Saint-Gilles, par conséquent plus près de Montpellier et de Maguelone. D'où il convient, comme l'a très bien fait le savant éditeur du Liber ponlificalis, do reculer la date do celle consécration après le 19 juia, au lieu de la mettre avant le passage du pape à Saint-Gilles.
(^>) Bulle du 15 juillet 1119. [Bullaire, n° 37, t. I, p. 52; — J.-L., u" 6716.)
dant son séjour à Maguelone, qui dura du 28 juin au moins jusqu'au 30, il confirma les possessions et les privilèges de l'abbaye de Saint- Gilles ('). Par une autre bulle, datée aussi du 28, il interdisait d'aliéner ou d'engager le trésor ou les biens de cette abbaye, à moins que ce ne fût pour racheter les captifs, ou en temps de famine ou pour recouvrer des biens aliénés (2). Le même jour encore, il écrivait à l'archevêque d'Arles, aux évêques de Nimes, de Maguelone, d'Uzès et d'Avignon de faire respecter les limites inviolables fixées autour de la ville de Saint-Gilles et confirmées par Urbain II et Gélase II (3). Enfin, pour la première fois, par une bulle restée inconnue jusqu'ici W, il établit la primatie de l'église de Vienne sur celles de Bourges, Bordeaux, Auch, Narbonne, Aix et Embrun ; il confère à l'archevêque de Vienne les fonctions de représentant du pape auprès de ces églises, lui donnant le droit de convoquer les assemblées synodales et de juger en dernier ressort les affaires ecclésiastiques; il en fait le métropolitain des évêques de Grenoble, Valence, Die, Viviers, Genève, Saint-Jean-de-Maurienne, et lui soumet même l'archevêché de Tarentaise. L'archevêque de Vienne se fera précéder de la croix dans le ressort de sa province ecclésiastique et son église ne reconnaîtra aucun légal, s'il n'est cardinal ou a latere. A ces privilèges, il ajoute des conQrmations de possessions qu'il est inutile d'énumérer
C'est ce document, ou plutôt la bulle du 25 février 1120, conçue absolument dans les mêmes termes, qui a été jusqu'ici considéré, par moi, je l'avoue, ainsi que par d'autres, sinon comme faux, au moins comme suspect. Il rappelle, à la vérité, des privilèges antérieurs qui n'ont jamais existé ; il repose peut-être sur des traditions plus qu'erronées ; mais ce qui est hors de doute, c'est que les deux bulles-privilèges de Calixte pour l'église de Vienne sont, au point de vue paléographique et au point de vue diplomatique, d'une authenticité absolument incontestable; elles émanent certainement de la chancellerie de
(1) Ihid., n» 22, t. I, p. 31 ; — J.-L., n» 6702 (4924).
(2) Ibid., n" 23, t. I, p. 34 ; — J.-L., n" 6703 (4925).
(3) Ihid., n" 24, 1. 1, p. 35; — J.-L., n» 6704.
(4) Bulle du 28 juin. [Bullaire, n" 25, t, I, p. 36.) L'original est conservé aux archives départementales de l'Isère, à Grenoble, avec la bulle semblable, dont le texte était connu, qui est du 25 février 1120.