M HISTOIRE
Calixte II. En les accordant à son ancienne église", en établissant la primatie de celle-ci sur les archevêchés énumérés plus haut, le pape était dans son droit strict ; tout au pins ponvail-il craindre de mécontenter les intéressés qui crt)yaient leurs prérogatives lésées. Si Calixte n'eût pas rappelé des privilèges imaginaires, il ne fût jamais venu à l'esprit de personne de suspecter Taulhenticité de ces bulles (1).
Le 30 juin, il déclara dissoute une association de biens qui avait été formée par Humbauld, archevêque de Lyon, entre les églises Saint- Jean et Saint-Ëlienne de Besançon, puis annulée par lui comme contraire aux intérêts des deux églises. Anséric, archevêque de Besançon, avait relevé les chanoines des serments faits par eux à ce sujet. Calixte confirma cette décision C^), prise surtout an profit de l'éghse Saint-Jean, dont il n'allait pas d'ailleurs tarder à confirmer la primauté.
De Maguelone, le pape partit, en passant par Béziers (3) et Avignonet en Lauragais W, pour Toulouse, où devait, le 8 juillet (S), être célébré un concile.
A cette assemblée se trouvèrent de nombreux archevêques , évêques et abbés de la Provence, du Midi, de la Gascogne et du nord de l'Espagne C"). Parmi les graves questions qui y furent discutées, la simonie fut condamnée en premier lieu (7). Il fut décrété que pour être prévôt, archiprêtre ou doyen, il fallait être prêtre, et diacre
(1) Voir plus haut, p. '24 et 2J.
(■2) Bullaire, n' 26, t. I, p. 38; — J.-L., n° 6705 (4926).
(3) l"juia. Permission à Raoul, abbé de Saint- Victor rie Marseille, de faire célébrer l'office divin dans la nouvelle église de Tarasconet, en cas de refus de l'évèque d'Avignon, de la faire consacrer par tout autre évèque. {Bullaire, W 28, t. I, p. 40;
(4) G juin. Privilège pour l'abbaye de Sorèze. [Bullaire, a° 29, t. I, p. 41;
(5) Le 9 (VII idus julii), d'après rUDALRici Codex, dans J.vffiï, t. V, p. 352;
— le 6 (in oclavis Apostolorum), d'après une lettre do Cali.\to, du 15, au clergé et au peuple de llildesheim. [Bullaire, n" 53, t. I, p. 38 ; — J.-L., n» 6717 (4933). Cette dernière date est probablement celle de l'arrivée du pape à Toulouse.
(6) Ud.\lbici Codex, dans Jaff^, t. V, p. 352.
(7) Sanctorum Palrum vesligiis insisleates, ordinari quomquam por pecuniaœ in Ecclcsia Dei vel promoveri auctoritate sedis apostolica3 omnimodis proliibemus; si autem sic ordinationem vel promolionem acquisierit, acquisila prorsus careal dignilate. (Id., ibid. ; — Mansi, Concil., t. XXI, p. 225.)
pour être archidiacre (O. Défense fui faile aux grands et aux laïques, sous peine de sacrilège, d'enlever et de retenir les offrandes , les dîmes, les cimetières, les maisons et les autres biens d'un évêque défunt et des clercs {-). Ceux qui, feigUcint une espèce de religion, condamnaient l'Eucharistie, le baptême des enfants, le sacerdoce et les autres ordres ecclésiastiques, le mariage, étaient chassés du sein de l'Église et condamnés comme hérétiques. Ils devaient, eux et leurs fauteurs, être réprimés par le bras séculier, s'ils ne venaient à résipiscence (3). Cette condamnation semble viser les erreurs de Pierre de Brueys, qui soutenait, entre autres choses, l'inutilité du baptême des enfants, et prétendait que l'Eucharistie ne contient ni la chair, ni le sang, ni la figure ou l'apparence du corps de Jésus-Christ C^). Mais il serait difficile d'affirmer qu'il eût déjà prêché ses doctrines en Languedoc, car c'est seulement en HAÏ qu'il fut brûlé vif à Saint- Gilles.
Le concile décida encore que tout ecclésiastique, moine, chanoine ou clerc qui rentrerait dans le monde ou porterait les cheveux ou la barbe comme les laïques, serait excommunié, tant qu'il n'aurait pas réparé sa faute C^). Il paraît qu'il aurait de plus interdit aux clercs tout service aux laïques pour des bénéfices ecclésiastiques; défendu de prendre la part des offrandes appartenant aux évêques, de laisser à titre d'héritage les dignités et les bénéfices ecclésiastiques, et d'exiger une rémunération pour l'exlrême-onction et la sépulture
(1) NuUus etiam ia piveposilum, uullus in arcliipresbytorum, iiullus iu docauum nisi presbyler, nuUus in archidiaconum nisi diaconus ordineluf. (M., ibid.)
(2) Primicias, dccimas, oblalioaes et cimileria, domos etiam et bona caetera deficienlls episcopi et clericorum a principibus et quibuslibet laicis diripi et teneri penitus interdiximus. (Id„ ibid.)
(3) Hos qui, religionis speciem simulantes, Dominici corporis et sanguinis sacramenlum, baptisma puerorum, sacerdocium et ceteros ecclcsiasticos ordines et legitimarum dampnant fédéra nupliarura, tanquam hereticos ab Ecclesia Dei pellimus et dampnamus et per polestates esteras coherceri prœcipimus. Defensores quoque ipsoram ejusdem dampnationis vinculo, donec resipiierint, innodamus. (/(/., ibid.)
(4) L'abbé Guyot, Diclionnaire des hérésies, d'après Bergier, etc., p. 371 et suiv.
(5) Si quis, ecclesiaslicœ milicite titulo insignitus, monachus vel canonîcus aut etiam quilibet clericus, primam fidem irritam faciens, abierit aut tanquam laicus comara aut barbam nutrierit, Ecclesiio comraunione privetur, donec prœvaricationem emendaverit. (Udalrici Codex, dans Jaffé, t. V. p. 253; — Mansi, Concil., t. XXI, col. 225.)
des morls (i). Enfin il y fut traité quelques affaires de moindre importance (-).
Pendant son séjour à Toulouse, qui se prolongea jusqu'au 17 juillet au moins, Calixte approuva l'accord fait par les soins de Léger, évêque de Viviers, et Pierre, cvèque de Die, entre Hugues, évêque de Grenoble, et Guignes d'Albon, au sujet de l'église de Saint-Donat, dont la propriété était reconnue à l'église de Grenoble (3). A la demande des religieux d'Aniane, il fit terminer à leur profit les différends qu'ils avaient touchant la celle de Goudargues et l'église de Saint-Martin W; puis, avec le consentement de Hildebert, évêque d'Agen, il attribua à l'abbaye de la Chaise-Dieu l'église de Sainte-Livrade, dont les clercs avaient mené une vie qualifiée " un peu trop séculière (&). » Enfin il confirma les privilèges et les possessions des abbayes d'Alet et de la Grasse (6), montrant, par sa sollicitude dans les affaires litigieuses, qu'il n'y a point de petite cause, dès qu'il s'agit de faire triompher le droit et la vérité.
Un certain Bruning, soutenu par la puissance séculière, s'était fait nommer par la force évêque de Hildesheim. Calixte donna au clergé et au peuple de celte ville l'ordre de le déposer et de le remplacer, dans le délai de vingt jours, par un autre qui serait élu canoniquement 0).
Les graves affaires de l'Église n'absorbaient pas seules Calixte IL Dans un chapitre précédent, nons avons vu qu'il avait accepté la tutelle de son neveu Alphonse-Raiinond, roi de Galice et fils de la
(!) Ces derniers statuts ne sont pas dans TUdalrici Codex. En voici le texte donné par Maxsi, l. l. : NuUus episcopus, nullus presbyter, nullus omnino de clero ecclesiasticas dignitales vel bénéficia cuilibet, quasi jure hereditario, derelinquat. lUud etiam adjicienles praecipimus ut pro sacri olei et clirismatis ef sepulturœ acceplione nuUuin venditionis prolium exigatur.
(2) Gomme, par exemple, l'attribution, par suite d'une sentence du doncile, à l'abbaye d'Aniane de la celle de Notre-Dame de Goudargues. (BuUaire , n° 35, I. I, p. 48; — J.-L., n» 6714 (4932).
(3) Bulle du 13 juillet. (BuUaire, n" 30, I. I, p. 42 ; —J.-L., n» 6709.)
(4) Bulles des 14 et 15 juillet. [BuUaire, n"" 36 et •''7, t. 1, p. 52 ; — J.-L.» n"' 6715 et 6716.
{ù) Bulle du 15 juillet. (BuUaire, n° 34, I. I, p. 47; — J.-L., n° 6713 (4931).
(6) Bulles du 14 etdu 17 juillet. {BuUaire, n" 31 et 39, t. I, p. 43 et 54; —J.-L., n" 6710 (4929) et 6718.)
(7) Lottro du 15 juillet. (BuUaire, n" 38, t. I, p. 53; — J.-L., u° 6717 (4933).
reine de Castille, Urraca. Ce n'est pas ici le lieu de parler de l'infkience néfaste que cette princesse, par son ambition et le dérèglement de ses mœurs, eut sur la politique de ses États. Calixte dut en gémir plus d'une l'ois. Dans une lettre à Diego Gelmirez, évêque de Gompostelle, pour qui il avait la plus grande aflection, le pape lui demande son appui et pour l'Eglise Romaine et pour son neveu, le jeune Alphonse. Les messagers de l'évêque, Pierre. Girard et A., lui donneront de plus amples explications. En terminant, il l'invite à se rendre au concile de Reims, ou, en cas d'impossibilité d'y assister, à venir le trouver avant son départ pour l'Italie (I).
C'est vers cette époque que Calixte paraît avoir écrit à Henri, roi d'Angleterre, pour l'informer qu'il regrettait sa déclaration en faveur de l'archevêque de Cantorbéry contre l'archevêque élu d'York. Il lui demandait de permettre à ces deux prélats de se rendre au concile de Reims (2) ; il les y convoquait d'ailleurs, en même temps peut-être que Raoul, archevêque de Reims ; Geoffroy, archevêque de Rouen ; Daimbert, archevêque de Sens ; Léger, archevêque de Bourges ; Gilbert, archevêque de Tours ; Baudry, archevêque de Dol ; Bernard, archevêque d'Auch, ainsi que les clercs et les laïques de leurs provinces P); Gui, évêque de Coire (4).
Calixte, avec sa suite, continua sa route vers le nord-ouest. Nous pouvons le suivre par Fronton, Saint-Théodard, abbaye près de Montauban, Saint-Léon (Saint-Léon- sur-Vezère?), Périgueux, Brantôme, Angoulême et Poitiers (à). Dans cette ville, il prononça plusieurs sentences d'excommunication contre les spoliateurs de l'église Saint-
(1) Lellre du 14 juillet. {Bullaire, n» 32, t. I, p. 45; — J.-L., a" B711 (4930).
(2) Quaestio quse lamdiu de professioae tua iater Cantuariensem archiopiscopum et Eborum electum agitatur et sedi apostolicae gravis est, et Eboracensi ecclesiaj non modicum ingerit deirimentum. Eapropter nobililatem tuam rogamus ut eosdem fratres nostros ad concilium pro quo eos vocavimus, sicut aliis jam liis rogavimus, venire permitlas. (Bullaire, n" 44, t. I, p. 62; — J.-L., u" 6722 (4937).
(3) Bullaire, n" 4.5-47, t. I, p. 03 ; — J.-L., n»' 6723-6725.
(4) Lettre du H août. (Bullaire, n" 51, t. I, p. 67; — J.-L., n» 6729.)
(5) Juillet, à Fronton ; le 20, à Saint-Théodard; le 30, à Saint-Léon; du 3 au 5, à Périgueux; le 6, à Brantôme; le 11, à Angoulême; le 27, à Poitiers. (Bullaire, n" 41-5'?, t. I, p. 58-70; — Catalogue des actes,- b°* 41-52 ;— J.-L., n"' 6719 (4934)-6730.)
Hilaire à Luzay et à Champagne (»). L'une d'elles, celle qui frappa Chalon, de Vivonne, Hélie son fils, et sa femme, met en interdit leur demeure et les endroits où ils passent. De plus, Calixte défend à Chalon de prendre la croix et de partir pour la Terre Sainte tant qu'il n'aurait pas réparé ses torts envers l'église Saint-Hilaire('-).
Le 30 août, à Loudun (3), il consacra, le lendemain, l'église de la fameuse abbaye de Fontevraud (4), qui avait été fondée vers l'an 1100 par Robert d'Arbrissel, et où, comme il nous l'apprend lui-même, il s'élait arrêté à la demande de Guillaume , évêque de Poitiers (s). Après la consécration de l'autel, Calixte y déposa des reliques des saints Félix, Adaucte, Saturnin et Sisinne et de sainte Cécile, qu'il avait dans son trésor (6). Puis il harangua la foule, qui était fort nombreuse, et accorda des indulgences aux assistants; enfin il déclara inviolables les dépendances de l'abbaye déterminées par des croix qu'il avait fait placer de distance en distance, et sacrilège quiconque, dans cette enceinte, se rendrait coupable de meurtre, de blessures, de vol ou de quelque autre forfait C^). Le 1" septembre, il assista à une réunion générale des religieux et des religieuses de l'abbaye et approuva la règle donnée par Robert d'Arbrissel (8) ; quelques jours plus tard, à l'exemple de Pascal II (9), il devait confirmer les possessions de l'abbaye et de l'ordre naissants, et faisait un appel aux fidèles en faveur des religieuses de Fontevraud (lo). De cette abbaye, il se dirigea sur Saint-Florent, célèbre monastère bénédictin des environs
(1) Documents pour Vhisloirc de. l'église de Saint-IHlaire de l'oiliers, publiés dans les Mémoires de la Société des antiquaires de l'Ouest, 1847, a" GXIV, p. 12G.
(2) Ibid., W GXV, p. 128
(3) Bulles pour Saint-Cyprien de Poitiers {Bullaire, n- 57, t. I, p. 79 ; — J.-L., n" 6735), et pour Sainl-Laon de Thouars. (Bullaire, n" 58, t. I, p. 81 ; — J.-L., n» 6736.)
(4) NicQUET, Histoire de l'ordre de Fontevraud, p. 197.
(5) Bulle du 15 septembre pour Fontevraud. {Bullaire, n° 61, l. I, p. 85; — J.-L., n" 6739 (4943).
(6) ....Altare ipsius reliquiis bealorum marlyrum Felicis et Adaucti, Saluraini et Sisinnii et bealae Caeciliae virginis, quœ in nostris habenlur (a/., habebantur) scriniis, cond lentes. [Ibid.)
(7 et 8) Ibid.
(9) Bulles du 25 avril 1105 (J.-L., n» 6034 (4052) et du 5 avril 1112. (J.-L., n"» 6315 (4685).
(10) 15 et 16 septembre. {Bullaire, n" 61 et 62, 1. 1, p. 85 et 90; — J.-L., n" 6739 (4943) et 6740.)
DU PAPE CALIXTE II. n59
de Saumur (•), et sur Glanfeuil, autre monastère fondé par saint Maiir, disciple de saint Benoît, dont il consacra aussi l'église (2).
Une cérémonie semblable, sur laquelle il nous est parvenu d'intéressants détails, eut lieu le 7 septembre, à Notre-Dame du Ronceray d'Angers. Accompagné de cardinaux, parmi lesquels Pierre, fils de Pierleone (3), de Pierre, son neveu ; de Grisogone, bibliothécaire de la sainte Église Romaine et chargé de la direction de la chancellerie pontificale; de Renaud, évêque d'Angers; de Galon, évèque de Saint- Pol-de-Léon ; de Brice, évêque de Nantes; du fameux Geoffroy, abbé de Vendôme, qui fut son correspondant, son conseiller et son ami; suivi de nombreux clercs, Calixte consacra le grand autel de l'abbaye en l'honneur de la Vierge. Il y replaça, après l'avoir rescellée, la châsse qui contenait les reliques de saint Pancrace, martyr, et de saint Gatien, évêque de Tours. La consécration faite, il chanta la messe, adressa une allocution aux religieuses et les engagea à célébrer chaque année, le même jour, l'anniversaire de cette cérémonie. Les évêques présents firent ensuite, par ordre du pape, la dédicace de l'église, et, pour clora la solennité, Calixte monta sur une tombe du cimetière Saint-Laurent et parla aux assistants, à qui il accorda des indulgences W.
(1) 3 septembre. Privilège pour Sainl-Vinceut de Senlis. {Bullaire , n" 59, t. I, p. 83; — J.-L-.n» 6737 (4941).
(2) Pétri Chronicon monaslerii Casinensis, p. 793; — dom Galand, Histoire de l'abbaye de Glanfeuil, ms. fr. 18923 de la Bibliothèque nationale, p. 157. — Cf. la notice de Migne, t. CLXIII, col. 1073.... Dum.... atque ecclcsiam Sancti Mauri confessoris, trunslatis isthuc e cœnobio Casinensi corporis sanctorum Anlonii et Conslantiniani solenni ritu dedicasset....
(3) Le texte latin porte : filio Pétri de Petralata. Est-ce une erreur du copiste ou s'agirail-il d'un autre personnage? Obderic Vital, Hisloria ecclesiaslica, I. IV, p. 384 de l'édition publiée par M. Le Prévost, pour la Société de l'histoire de France, nous apprend qu'il aurait été rendu au pape Calixte, le 27 octobre suivant, par Frédéric, archevêque de Cologne, qui l'aurait eu comme otage, je ne sais à quel titre.
(4) Collection Baluze, à la Bibliothèque nationale, ms. n" 379, p. 229; — collection Housseau, ibid., 4, n° 1393; — dom Galand, Histoire de l'abbaye de Glanfeuil, ms. fr. 18923, p. 157; — Recueil des historiens, t. XII, p. 480, et t XIV, p. 199: — Robert, Étude sur les actes du pape Calixte II, app., p. xxiv. — D'Angers, le 9 septembre, Calixte écrit à Turgise, évêque d'Avranches ; à Hildebert, évêque du Mans; au comte de Mortain, aux seigneurs de Fougères, de Mayenne et de Saint-Hilaire qu'il a pris sous sa protection le monastère de la Trinité de Savigny. (Bullaire, n" 60, t. I. p. 84; — J.-L.,n» 6738 (4942). Calixte passa à Bourgueil en allant d'Angers à Tours.
Pendant son séjour à Marmoiitier, Galixte consacra, presque avec la même suite que celle qui vient d'être signalée, le grand autel de cette insigne abbaye Ci). Il donna aux religieux plusieurs privilèges et, à leur demande, il leur renouvela l'absolution de leurs péchés et de leurs fautes, qui leur avait été déjà accordée par Urbain II, lorsqu'il vint à Marmoutier, au mois de mars 1096. Cette absolution, par une singulière bizarrerie, porte sur les péchés résultant d'achats, rachats, ventes, possessions d'églises, de dîmes, etc., ce qui semble prouver que les religieux de Marmoutier n'étaient pas plus persuadés qu'il ne convient de la pureté de l'origine de leurs biens qui, comme on le sait, étaient immenses ("2).
De Tours, où il était encore le 24 septembre, Calixte s'achemina vers Paris, par Orléans (3), Ëtampes, où il se rencontra avec Louis le Gros, roi de France, son neveu par suite de son mariage avec Adélaïde, fille de Huinbert II, comte de Savoie, et de Gisèle, sœur du pape (4) ; puis enfin^ par Morigny, abbaye bénédictine, dont il consacra l'église le 3 octobre (5). Paris le retint quelques
(1) Tercius extitit Galixtus papa secundus, primo Viennensis archiepiscopus, Guido vocatus, qui aUare matutinale multis sanclorum pignoribus positis consecravit. Hic privilegium libertatis et immunitatis nobis donavit, assencieatibus et subscribentibus omnibus et singulis cardinalibus suis. [Chronique de Marmoutier, ms. lai. 15067 de la Bibliollièque nationale, fol. 32.) — Gum ad locum ipsum (Majus monasierium) per Dei gratiam venissemus, una cum fratribus nostris, Lamberlo, videlicet Hostiensi episcopo, et cardinalibus presbiteris Bosone, Deusdedit, Johannc et diaconibus Petro, Gregorio, Grisogono, scdis nostrœ bibliolliecario, et Peiro et Gualoiie, Leonensi episcopo, nostris coufirniari litleris poslulaverunl. {BuUaire, W 64, t. I, p. 92 ; — J.-L., n" 6743.)
(2) Ibid. — V. BuUaire, n" 64-66, t. I, p. 92-94; — J.-L, n" 6743-6744. — Le 23 août, il invite Renaud, évêque d'Angers, à consacrer l'église Notre-Dame do « Spovano. » {BuUaire, n' 63, t. I, p. 91 ; — J.-L., n" ii742.)
(3) Chronicon Mauriniacense , dans Duchesne, Hislorùv Francorum scriplores, l. IV, p. 369; — Monwn. Germ. hisL, Scriplores, t. XXVI, p. 39.
(4) Ibid. Cf. GoFFRiDi, abbatis Vindocinensis, Epislolœ, l. Il, 28, dans Migne, t. CLVII, col. 98. — Le 3 octobre, Calixte confirme d'Elampes les possessions de l'abbaye Saint-Gliislain de Zell. {BuUaire, n" 67, t. I, p. 96; — J.-L., n" 6746 (4944).
(5) Anno igitur incarnati Verbi MGXX, dedicala est ccclcsia Mauriniacensis cœnobii a domino papa Calixto secundo, V non. oclobris, cum maximo lionoro et rcverentia, in bonore sanctaj Trinitatis et sanclœ Cruels, ac bealae seraper virginis Mariœ et bealorum aposlolorum Pclri et Pauli et omnium sanctorum Dei Inter eas venerabiles personas quœ liuic sanctœ dedicationi affuerunt, venerabiliores fuerunt Cono, Prsencsiinus episcopus.... Boso, de litulo S. Anastasiae..., res etiam
jours (1). Ce fut, avec Saint-Denis, Senlis et Soissons C^), une de ses dernières étapes vers Reims, où il arriva le 18 octobre (3).
Francoi-um Ludovicus, et Adelais, uxor ejus, et Willermus dapifer, etc. {Chronicon Mciuriniacense, l. /.)
(1) Peut-être du 4 ou du 5 au 10 ou 11 octobre. Le 8, il coafirme les privilèges de l'abbaye de Vendôme [Bullaire, n" 68, t. I, p. 9^ ; — J.-L., 6747 (4945).
(2) U octobre, à Saint- Denis ; 13 octobre, à Senlis; 16 octobre, à Soissons.
(3) In feslo S. Lucae evangelistac [Annales Anglo-Saxonici, dans les Mon. Germ. hisl., Scriplores, t. XIII, p. 118.) — Pendant cette première période de son pontificat, Galixte II accorda encore des bulles de confirmation de possessions ou de privilèges aux églises do Carpentras, de Thérouanne, de Saint-Étienne de Gahors, de Périgueux, de Toul : aux abbayes et monastères de la Cliaise-Dieu, de Tournus, de Vaux-sur-Poligny, d'Aurillac, de Blesle, do Saint-Biaise, d'Alet, do Conques, de Tourtoirac, de Sainl-Èvre-lez-Toul, de Notre-Dame do Saintes, de la Trinité de Poitiers, de Bonneval, de Vendôme, de Déols, de Saint-Denis et de Saint-Pierre de Loo. U interdit les vexations à l'égard des religieux de Saint-Frédien de Lucques. Le texte et l'indication de ces documents, qu'il serait fastidieux de signaler toujours à leur ordre chronologique, est dans le Bullaire et dans le Catalogue des actes.