CHAPITRE VIII
Entrée solennelle de Calixte II à Rome. — Voyage au Mont-Cassin, à Bénévenl, etc. — Concile de Beauvais et canonisation d'Arnoul de Pamèle, évêque de Soissons. — Hommage de Guillaume, duc de Pouille et de Calabre, à Calixle. — Première promotion de cardinaux. — Rétablissement de l'évêché de Tretaberne. — Affaire des évêquos de Corse et convention avec les Génois. — Concile de Soissons et condamnation d'Abailard. — Siégé et prise de Sutri et capture de l'antipape Bourdin.
Il y avait près de deux ans (') que Rome ne possédait plus le pape légitime et que la chaire de saint Pierre était occupée par Maurice Bourdin, qui avait pris le nom de Grégoire VIII. Pendant ce temps, rattachement des Romains à la papauté n'avait pas subi d'atteinte, et la cause de l'antipape ne semble pas avoir gagné beaucoup d'adhérents. Aussi, quand la nouvelle de l'approche de Calixte II fut connue dans Rome, Bourdin, qui avait compté, mais en vain, sur l'appui de l'empereur Henri V, comprit que sa situation était gravement compromise. Il s'empressa de se réfugier à Sutri.
Sa fuite contrasta singulièrement avec la réception enthousiaste que les Romains firent à Calixte (-), et dont un témoin oculaire, Ëginon, abbé de Saint-Udalric et Sainte-Afra d'Augsbourg, qui vécut plus d'un mois dans l'entourage du pape, nous a transmis les détails. Une foiile considérable de tout âge et de toute condition, les cardinaux, les évoques, le clergé, la noblesse et le peuple accoururent à
(1) Depuis août 1118.
(•2) Kt cura ad ejus receplionem tola civilas anelarel et veheraenli desiderio ferverel.... (BosoN, dans Watïerich, t. II, p. 118, et dans l'abbé Duchesne, t. II, p. 377). — Romam non mullo post sanus et ineolumis rediit, ubi a jam dicto Pelro, Portuensi vicario, cardinalibus, clero loto ac populo lanta gloria est ot honore susceplus quanta diebus nostris nuUus umquam fait praesul de Roma tractatus. (Pandolphe, dans Watterich, t. II, p. 115; dans l'abbé Duchesne, t II.. p. 302 ; dans Migne, t. CLXIII, col. 1079.)
sa rencontre ; la milice romaine vint an-devant de Ini, à trois jours de marche, pour lui servir d'escorte. Non loin de la ville, des enfants, portant des rameaux et des branches de feuillages, l'acclamèrent; il les bénit en répétant les paroles du Christ : « Laissez venir )) à moi les petits enfants, car le royaume des cieux est pour ceux » qui leur ressemblent. » Puis, le front ceint de la tiare, il entra, le 3 juin, dans Rome, dont les rues et les places étaient richement décorées. Les Juifs, aussi bien que les Latins et les Grecs, prirent part à l'allégresse générale. Il fut intronisé à Saint-Pierre (*) et arriva par la Voie sacrée à Latran, vers quatre heures de l'après-midi ; il y reçut les hommages et le serment de fidélité de Pierleone, du préfet de Rome, de Léon Fraiapane, d'Etienne Normannus, de Pierre Golonna et de toute la noblesse romaine (2).
(1) BosoN, dans Watterich, t. II, p. 119, et daas l'abbé Duchesne, t. II, p. 377. II y a un peu de confusion dans le récit de Boson, qui fait coïncider l'entrée de Calixte II à Rome avec le retour de Bourdia, après la prise de Sutri.
(2).... Jam enim quis illius terre consensus, quanlus omnis sexus et aetatis apparat us 1 Militiee quoque Romanœ, ultra dierum iter occurrenlis, quam jocundus fuerit comi talus, Gaesar, si superesset, indignans miraretur, TuUius forsilan attraheretur, dum vexillo crucis omnium consulum et imperatorum superari tropliaea conspicaretur. Appropinquante vero summo ponlifice ad Urbem, puerorum et infantum cum ramis omnigenarum arborum occurrentium excipitur laudibus ; quos ne quis opprimeret vel abigerel, cum Jesu benedicens aiebat : Sinite parvulos venire ad me, lalium est enim regnutn cœlorum. Deinde coronatus, ut regali sacerdotio ecclesiam credas poliri, per médium dcducitur civitatis plateis auro, gemmis seu prctiosissimis palliis undiquo adornatis. Nue defuere Greecorum et Lalinorum concentibus confusi Judasorura plausus, ut cœca gens vel invita cûafiteatur, unde magis puniatur. Vix hora décima cum essel 3 non. junii, a mane prolacta rarescit processionum frequentia, quando et idem pater universalis a Laleranensi exceptus sede in palatium.... (Uodalscalcus de Eginone, dans les Monum. Germ liisl., Scriplores, t. XII, p. 446; dans Watterich, t II, p. 138; dans Migne, t. CLXX, col. 860.) — Calixte II lui-même, dans une lettre à Etienne, son légat à Trêves, complète les renseignements relatifs à sa r^^ception ; Ceterum fralres nostri episcopi et cardinales cum toto clero ac nobilitale populoque extra Urbem obviam uobisprogressi, summis lionoribuscxceperunt, et Frigii quidem, corona capiti nostro imposita, gaudentes exullantesque per Viam sacram ad Lateranense palatium usque solemni nos ritu prosecuti sunt. Ubi poslquam, aulliore Deo, beno ac secure fuimus, Petrus Leonis in magno hominum omnis ordinis cœtu cliontelaribus sese sacramontis Ecclesioe nobisque dovinxit. Similitor a prœfecto et fratribus ojus, necnon a Leone Frangipane totaque illa gonte, Stephano Normannoquo factura. Neque ab horum sese studiis, impigra parondi volunlate, Petrus Columna ceteric]ue nobiles Romanorum secrovcro. (^Lettre du 11 juin, n" 176 du Bullaire, t. I, p. '261; — J.-L., n° 685'2 (5008).
Nous ne savons rien ou presque rien de ce qui se passa à Rome pendant la période qui suivit immédiatement l'arrivée du pape (i), et nous regrettons qu'Éginon, qui séjourna auprès de Calixle jusqu'au 1" juillet, ne nous ait pas tenu au courant de ses actes et se soit seulement contenté de nous vanter la gravité de ses mœurs, sa douceur, son afiabilité et son austérité (-). Galixte, il est permis de le supposer sans crainte de se tromper, dut avant tout apprendre, au moins chercher à apprendre à connaître ceux des cardinaux et des membres du clergé au milieu desquels il allait vivre désormais, et bien qu'il eût certainement, depuis son avènement au souverain pontifical, déjà été plus qu'initié aux principes du gouvernement de rÉghse, il eut aussi à se rendre compte sur place d'une manière plus complète de l'organisation de la curie romaine.
Pendant son séjour en France, Galixte avait pu juger quels avantages moraux la papauté, en possession de tout son prestige, pouvait retirer d'un contact direct et fréquent avec les peuples. Son autorité n'avait jamais été assise en France sur des bases aussi solides. Il lui sembla donc utile de parcourir la partie de l'Italie qu'il n'avait pas traversée; c'était, sans aucun doute, le meilleur moyen d'arrêter les progrès qu'aurait pu faire la cause de l'antipape et de réchaufïer le zèle des sujets et des partisans de l'Église.
Le 16 juillet, il était à Palestrina (3) ; de là, il vint par la Campanie au Mont-Cassin. Il fut reçu au monastère avec les plus grands honneurs et, d'après la chronique, il fut défrayé par l'abbé pendant près
(\) D'après GtACONius, Vitae el res gestae pontificum Romanorum, p. 383, Calixle aurait canonisé Gérard, évêqiie de Potenza.
(2) Âbhinc usque in Ical. julii praesentia jugiler tantae sanclilatis perfruebar viri, hac inslanlia neseionle faslidium, quia semper in majus accendobalur desiderium. Siquidem liylaris vuitiis sub raorum gravilate, dulcedo affabililatis sub verboriim pondère, jojuniorum seu vigiliarum discretio, absque eo quod inirinsecus lalet, cunctis inluentibus in eodem pâtre, uno alque eodem spiritu opérante, mirabili elTeelu pa(el. Laus omnis inferior.... (Uodalscalcus, l. l.) — Le 25 juin, Galixte ratifia, par bulle, la bénédiction abbatiale qui avait été donnée à Éginon, par riermann, évêque interdit d'Augsbourg. {Bullaire, n" 178, t. I, p. 265; — J.-L., n" 6854 (5009). Ge fut sans doute par la même voie qu'il écrivit à Gthon, comte palatin, pour le féliciter de son repentir et lui recommander A zzon, évêque d'Acqui, son parent, qu'il envoyait en Allemagne. {Bullaire, W 179, t. I, p. 266; — J.-L., n-eSSS (5092).
(3) Bulle à Silvion, archidiacre de Vienne. {Bullaire, n" 180, t. I, p. 267; — J.-L., n" 6856.)
de deux mois qu'il passa dans le pays (i). 11 reconnut d'ailleurs la généreuse hospitalité qui lui avait été accordée en confirmant les donations faites à l'abbaye par un certain Gonnier et sa femme Hélène, et en recommandant à Roger, évèque de Volterra, son légat, de les prendre sous sa protection C^).
La ville de Bénévent, avec une partie du territoire environnant, avait été cédée, en 1053, au pape Léon IX par l'empereur Henri III, à titre d'indemnité pour des droits féodaux auxquels il avait renoncé sur Bamberg. La situation de cette ville avait depuis paru compromise pour l'Eglise ; le pape Gélase 11 y avait envoyé pour la défendre contre toute attaque Hugues, cardinal du titre des Saints-Apôtres (3). Il s'acquitta si bien de celte mission que, au rapport de Pandolphe, c'est à lui que Bénévent dut de ne pas tomber au pouvoir des Normands (4). Hugues ne fut certainement pas étranger à l'idée du voyage que Calixte entreprit quelques jours plus tard et dans lequel il l'accompagna {■>). Les incidents du séjour du pape dans cette ville nous ont été rapportés, avec des détails très circonstanciés et très précis, par l'annaliste Falco.
C'est le 8 août que Calixte y fit son entrée. Il fut accueilli avec les démonstrations de la joie la plus vive et avec la plus grande pompe par les Bénéventins, le clergé et les religieux, qui allèrent à sa rencontre jusqu'à deux milles de la cité. Les AmalQtains, nom générique sous lequel on peut, je crois, désigner les marchands de
(1) ... l'.ipa Calixtus Urbom cgressus venit ad hoc monasterium ei a praedicto nostro abbale cum ingenli houore susceptus die illo missam sollempuiter celebravil atque in hac terra per duos fere menses est remoratus. Quom videlicet pontificem noster abbas honorifice nimis sustentavit et ia omnibus necessitatibus ejus stronuo salis deservire curavit. (Pétri Chronicon Casinensis monasterii, dans VV.\tterich, t. II, p. 139, etc. — Gf Pandolphe, l. l.)
(2) BuUaire, n"' 181-183, t. I, p. 267--270; — J.-L , a- 6857 (ô010)-6859 ^5012).
(3) Pandolphe, dans Watterich, t. II, p. 139, et dans le Liber ponlificalis, éd. DUCHESNE, t, II, p. 297.
(4) Nisi ipse [HugoJ resistcret et mille modis ipsis sagaciter obviassel, Normanni illam hodie et non papa tenerent. (M., ibid.)
(5) Ibi aliquandiu [Calixtus] commorans Hugouem cardinalem a Benevento vocavit; idem enim domnus Hugo Beneventum tcnebat. Gum quo siraul et aliis pariter Campaniam cl Casinense cenobium ipsum adiit Beneventum. {Id., ibid.) — Audiens ilaquo Ugo cardinalis, qui lune Benovcntanam civitatcm rogobal, .\postolici adventum, Romam feslinus tetendil. (Falco Beneve.ntanus, dans Migne, t. CLXXIII. col. 1179.)
Bénévent (i), avaient tendu des étoffes précieuses dans les mes que le pape devait traverser; sur son passage brûlaient, dans des cassolettes d'or et d'argent, de l'encens et des parfums, et se faisaient entendre les tambours, les cymbales et les instruments de musique; de notables citoyens tenaient à tour de rôle les rênes de son cheval; en un mot, la réception faite à Calixle fut tout à fait triomphale.
Peu de jours après , le pape, à la prière de plusieurs habitants, autorisa le retour de Landolphe, ancien connétable de Bénévent, qui, vers 1117, à la suite de troubles survenus dans cette ville, avait dû s'en éloigner et se réfugier à Monte-Fusco. Aussitôt les amis de Landolphe, parmi lesquels le comte Jourdain, allèrent à sa rencontre et le ramenèrent à Bénévent.
Le 30 juillet précédent, était mort Bernard, abbé du monastère de Sainte-Sophie. Le lendemain, une partie des religieux lui donna poar successeur i\.dhémar ou Aymar, neveu de l'ancien abbé Madelme, mais ce choix ne fut pas accepté par tous. Il en résulta une grave discorde. Calixte apprit ce qui se passait au monastère, y vint, réunit les religieux et s'informa des circonstances de cette élection. Pierre, cardinal-évêque de Porto, et les autres cardinaux reconnurent qu'elle n'était pas canonique, qu'elle était par conséquent nulle. Ce fut aussi l'avis du pape. Il engagea les religieux à procéder à l'élection d'un nouvel abbé. Elle eut lieu le lendemain 14 août. Jean le Grammairien, personnage que Falco qualifie de louable à tous égards C^), fut choisi; son élection fut soumise à l'agrément du pape, qui la trouva régulière et la confirma. Le 19, Calixte vint à Sainte-Sophie et, pendant la messe, donna à Jean la consécration abbatiale; il fit, le même jour, dans l'église de Sainte-Sophie, la dédicace de l'autel de saint Mercure.
L'archevêque de Bénévent, Landolphe II, étant mort, Roffred II fut désigné pour lui succéder. Lors du voyage de Cahxte , Roffred était élu depuis quelques mois déjà. Il fut installé, le 18 septembre, solennellement par le pape, au palais archiépiscopal, et consacré le
(1) .\malfi, ville renommée pour son commerce au moyen âge, relativement rapprochée de Bénévent; il est très possible qu'il y ait eu une nombreuse colonie de commerçants.
(2) Joannes Grammaticus, vir per cuncta laudabilis.
lendemain, en présence de dix évoques, ses suffraganls, el de l'abbé de Sainte-Sopbie (i).
Géraud, archevêque de Ragnse, fut également consacré le 28, à Bénévent, par Galixte, qui lui donna le palliiim, lui conféra la dignité de métropolitain des évèques de la Dalmatie supérieure, et confirma les possessions et les privilèges de son église (2). Galixte décida encore que l'église d'Aversa dépendrait de celle de Rome (3), et confirma les possessions et les privilèges de l'abbaye Saint-Pierre sur le mont Viillurne (.4).
Galixte avait continué à Girard, évêque d'Angoulême, les fonctions de légal en France, dont Pascal II l'avait investi le 14 avril HIO (S), mais il ne lui avait pas renouvelé officiellement cette dignité. Il le fit par une bulle qu'il adressa, le 16 octobre, aux archevêques, aux évèques, aux abbés, aux princes, an clergé et aux fidèles des provinces de Bourges, de Bordeaux, d'Auch, de Tours et de Bretagne, en leur recommandant d'obéir à Girard comme à son vicaire et de se rendre tous à son appel, lorsqu'il célébrerait des conciles, etc. (G). Vers ce même temps, le 18 octobre, un autre légat du pape. Gonon, cardinal-évêque de Palestrina, présidait à Beauvais un concile ou synode, qui avait été convoqué au sujet de la canonisation d'Arnoul de Pamèle, évêque de Soissons, mort dans le monastère d'Aldenbourg, qu'il avait fondé au diocèse de Tournai 0). Un de ses successeurs, Lisiard de Grespy, désirait vivement faire ramener ses restes à Soissons et obtenir sa canonisation. Mais l'évêque de Tournai ne se prêta au premier de ces désirs que lorsque Gonon et le concile eurent décidé, sur l'avis de Guillaume de Ghampeaux, évêque de Gliàlons-sur-Marne, qu'il y avait lieu d'inscrire Arnoul au rang des saints i^'. A ce con-
(1) Falco Beneventanus, Chronicon, dansJJuRAToni, Rei'um ilalicarum scriptores, t V, p.90-, dans Migne, t. CLXXIII, col. 1181 ; Watterich, t. II, p. 140-141.
(2) Bullaire,^' 18(5 ot 187, 1. 1, p. 273 et 275 ; — J.-L., n" G862 (:)C14)et6863 (5015).
(3) BuUaire, n" 185, t. I, p. 271; — J.-L., n" 6861 (5013).
(4) BuUaire, n° 188, t. I. p. 277; — J.-L., ii° 6864 (5016).
(6) BuUaire, n' 189, t. I, p. 279; —J.-L., n" 6865 (5017). — Cf. l'abbo Maratu, Girard, évêque d'Angoulême, p. 199
(7j Selon quelques-uns en 1082, selon d'autres en 1084, ou encore en 1087.
(8) Mansi, ConciL, t. XXI, coL 259. — Cf. Histoire des conciles, par M?'' HiiFÉLiî, évêque de Rollenbourg, traduite par M. l'abbô Uelarc, t. VII, p. 161; — Schoene, der Cardinallegat Kuno, p. 63-64.
cile assistaient Raoul, archevêque de Reims; Guillaume de Champeaux, Geoffroy, évêqiie de Chartres ; Henri, d'Orléans ; Gilbert, de Paris; Pierre, de Beauvais ; Engiierrand , d'Amiens; Robert, d'Arras ; Jean , de Té roua ne ; Lambert, de Tournai; Burchard, de Cambrai; Barthélémy, de Laon ; Lisiard, de Soissons; Arnoul, abbé d'Aldenbourg.
Pendant quil était à Bénévent, vraisemblablement dans la seconde moitié d'octobre, Calixte II reçut l'hommage lige de Guillaume, duc de Pouille et de Calabre, et lui accorda par l'étendard l'investiture de tout son duché. Romuald de Salerne nous a conservé la formule d'investiture employée par le pape : « En l'honneur de Dieu, de saint » Pierre, le prince des apôtres, de saint Paul, et comme marque de » la fidélité que tu dois au siège pontifical romain, à nous et à nos n successeurs canoniquement élus, nous te donnons et te concédons » la terre et tout le domaine que nos prédécesseurs les papes Nico- » las, Alexandre et Grégoire ont autrefois accordés à ton aïeul Robert » Guiscard, que le pape Urbain et son successeur Pascal ont ensuite » donnés au duc Roger, ton père, et que Pascal et le pape Gélase » t'ont depuis donnés (0. »
Jourdain, prince de Capoue ; Rainulfe, comte d'Airola; Jourdain, comte d'Ariano, et Robert, comte de Loritello, lui firent également hommage et lui prêtèrent serment de fidélité {-).
Calixte vint, paraît-il, au mont Gargano, puis à Troïa. Le duc Guillaume s'empressa d'aller à sa rencontre avec son entourage ; il le reçut avec de grands honneurs et l'accompagna à pied jusqu'à la
(1) Ad honorem Dei et beati Petri, apostolorum principis, necnon et Pauli, fldclilalem quoquo Romani pontificalus et nostram uoslrorumque successorum canonice iatranlium, donamus el concedimus tibi lerram el omnem honorem quaecumque nostri prœdecessores, videlicet papa Nicolaus et Alexander atquo Grogorius donaverunt olim Roberlo Guiscardo, avo tuo, ac deinde Urbanus papa et Paschaiis ejus succGssor donaverunt duci Rogerio, patri luo, idemque Pasclialis postea atquo Gclasius papa donaverunt tibi. (Romualdus Salernitanus, dans Muratori, Rerum italicarum scrip tores, t. VII, p. 182; Watterich, t. II, p. 141; Monum. Germ. hisL, Scriplores, t. XIX, p. 417.)
(2).... Benevcntum porreximus, ubi ducem Apulie, principem Capue ac celcro3 barones et capitaneos terre in hominium et fidelilalem nostram recepiraus. (Lettre de Calixte à Gui, évèque de Coire, du 4 février 1121. Bullaire, a" 217, I. I, p. 319; — J.-L., n» 6892 ^5034). — Cf. Pandolphe, dans l'abbé Duchesne, t. II, p. 303.
cathédrale (i). Selon une ancienne clironiqne, Calixte passa également par Bari, où il aurait fait remellre en liberté Constance, fille de Philippe I", roi de France, et femme de Bohémond, prince d'Antioche (2). Il établit dans ce pays la trêve de Dieu.
Le retour à Rome se fil par Bénévent, où il confirma, le 19 novembre, les privilèges et les possessions de l'abbaye Sainte-Sophie de cette ville (3), par GapoueC^), San-Germano (^) et les Maremmes i^).
Un des premiers soins de Calixte, en rentrant dans la ville, fut de faire une promotion de cardinaux. Furent élevés à cette dignité : Pierre, de Fontaine (près Dijon), cardinal-prêlre du titre de Saint- Marcel, qui devint légat en France sous Honorius II ; Etienne de Montbéliard, évèque de Metz, neveu du pape, cardinal-diacre dn titre de Sainte-Marie in Co.wiidin ; Etienne, cardinal-diacre du titre de Sainte-Marie in Dominica ; Jonathas, cardinal-diacre du litre des Saints-Cosme et Damien, en remplacement dePierleone, qui devint cardinal-prêtre de Sainte-Marie au Transtevere ; Aimery de la Châtre, cardinal-diacre de Sainte-Marie-Nouvelle; enfin, Pons, abbé de Cluny. Celui-ci, nous l'avons vu, avait été nommé cardinal par Calixte, lors de son séjour à Cluny, au mois de janvier précédent {'\
(1) hl., ibid. — Le 6 novembre, Calixte accorda, de Troïa, à Bysancius, archevêque de Trani, l'usage du pallium et lui confirma les possessions de son église, qu'il décida ne dépondre que de Rome. (Bullaire, n" 190, t. I, p. 280 ; — J.-L., n" 68116.)
(2) Et perrexit Bari et iiberavit de captivilate reginam Boamundi. (Chronicon Fossas novx, citée par W-^tterich, t. II, p. 141. — Cf. les Familles d'oulre-mer, de DU Gange, publiées par M. Rey, daûs la Collection des documents inédits, p. 179- 180. Cf. aussi les lettres de Calixte, du 31 décembre 1120, à Diego, archevêque de Compostelle, et du 4 février 1121, à Gui, évèque de Coire. Bullaire, n° 201, t. I, p. 296 -, — J.-L., n- 6877 (5024), et n" 217, t. I, p. 319 ; — J.-L., n" 6892 (5034).
(3) Pacem et treugam Dei per totam terram illam statuimus. (Lettre à Gui, évèque de Gûire.) — La trêve de Dieu était une iustilulion chère à Calixte II, qui l'avail déjà établie au concile de Reims, en ajoutant, entre autres stipulations, celle-ci aux anciennes, savoir : que le mercredi, on annoucerait, dans toutes les paroisses, au sondes cloches, l'ouverture de la trêve de Dieu. (Mansi, Concil., t. XXI, col. 236. — Cf. HÉFÉLÉ, Histoire des conciles, tr. Del.vrc, t. VII, p. 160.)
(4) Bullaire, W 191, t. I, p. 282; — J -L., n» 6867(5018).
(5) De Capoue, le 1" décembre, Calixte confirma les possessions et les privilèges du Désert di3 San-Gavino. {Bullaire, W 192, t. I, p. 286; — J.-L., n° 6869 (5020).
(6) Trois lettres à ou concernant Wulgrin, archevêque de Bourges, et un privilège pour Saint-Melain;! de Rennes, 3 et 4 décembre. [Bullaire, n" 193-195, t. I, p. 288- 290; — J.-L., n" 6870 (5021)-6871.)
(7) Post hec ad Urbem reversi, B. Pétri ecclesiam visitavimus et in ea prosbylerorum, diaconorum ordiuationes fecimus.... (Lettre de Calixte, déjà citée, à Gui^
Quelques concessions ou confirmations de privilèges à des églises et à des monastères (i), une lettre de Calixle à Diego, archevêque de Composlelle, dans laquelle il lui recommande encore son neveu, le roi Alphonse (~), tel est, en apparence, avec le rétahlissement de l'évêché de Tretaberne, ce qui seul mérite d'être signalé pour la fin de l'année 1J20 et le commencement de 1121. La ville de Tretaberne avait eu autrefois un évoque, mais, à la suite des invasions des Sarrasins, elle perdit son siège, qui fut réuni à celui de Scylla. Plus tard, le clergé et la population, dont l'importance s'était accrue, demandèrent au pape de leur rendre leur évêché. Galixte envoya à Tretaberne Didier, cardinal du litre de Sainle-Praxède, qui fit une enquête dont les résultats furent favorables. Le pape, alors, consacra Jean, le nouvel évèque, et Tretaberne rentra en "possession de son siège épjjcopal. Une bulle du 14 janvier lui rendit son ancienne situation et lui confirma la propriété des quelques territoires et biens qu'il avait (3).
Le 3 janvier 1121, Galixte retira aux archevêques de Pise le droit de consacrer les évèques de Corse. Cette mesure, considérée isolément, semble insignifiante en elle-même, mais, rattachée à certains incidents qui la précédèrent, elle a toute l'importance d'un véritable événement. Nous verrons en effet que l'affaire passionna profondément Rome, la Corse, Pise, Gênes, on pourrait ajouter Tllalie presque entière; et elle était pendante depuis longtemps.
Urbain II, voulant reconnaître les services rendus à la papauté par l'église et la ville de Pise, avait déjà, à la demande de la comtesse
évèque do Coire.) — L'énumcralion de ces cardinaux est cmprunléc au Trésor de chronologie de M. de Mas Latrie, qui a lui-même ulilisé les listes do Caudella, op. l., t. I, p. 2.J.1, et de Moréri, Diclioniiaire, t. III, col. 192. •
(1) Bulles pour Oulx, Vendôme, Vierzon, Cluny, Saint-Pierre et Saint-Paul de Canlorbéry, Lérins, la Trinité de « Brodoio, » Saint-Laurent de Gènes, Ravenne. Saint-Philippe et Saint-Jacques de Heiligcnforst, Allligelicm, Modène, Saint-Sixle de Plaisance, Saint-Clément de I oscillera, Furnes. {Bullaire et Catalogue des actes, n" 196-225; — J.-L., n°' 0872 (5022)-689<) (5Û40). — Galixte confirme la primatie de l'église de Lyon, 5 janvier 1l2f {liullaire, n' 242, t. I, p. ;)57-, — J.-L., n" 0888 (5030), et écrit deux lettres à Gui, évèque de Coire, la première plusieurs fois citée; la deuxième, du 0 avril, pour l'inviter à conserver ses fonctions épiscopales. {Bullaire, n" 226, t. I, p. 333; — .1 -L., n" 6900.)
(2) Lettre du 31 décembre. {Bullaire, n" 201, t. I, p. 296; — J.-L., n" 0877 (5024).
(3) Bullaire, a" 215, t. I, p. 3Î4; — J.-L , n" 6890 (5032).