‹ Histoire du Pape Calixte IIChapitre 29 sur 40 · HA HISTOIRE · texte numérisé non relu

HA HISTOIRE

Mathilde, donné d'abord à Daimbert, évèqne de Pise, et à ses successeurs, File de Corse qui, sous le pontifical de Grégoire YII, avait fait retour à l'Église Romaine (' .Quelques mois plus tard, le 2i avril 1092, il soumit les évêques de Corse à l'église de Pise , nomma Daimbert archevêque de File et lui accorda le droit de les consacrer (2). Cette cession et ce privilège mécontentèrent fort les Génois et occasionnèrent entre eux et les Pisans de graves dissensions. D'un autre côté^ les évêques corses ne consentaient pas à se laisser consacrer par l'archevêque de Pise. Aussi Urbain, redoutant les conséquences de ce conflit, décida-t-il de rendre au pape, à partir de ce temps et malgré les nombreuses réclamations de l'archevêque de Pise, le droit de consécration de ces évêques.

Pascal II ne voulut rien changer à cet état de choses , mais Gélase renouvela le privilège primitivement accordé par Urbain ; il le révoqna, dès qu'il apprit l'agitation qui se produisit à ce sujet entre les Génois et les Pisans (^).

Lorsque, vers le milieu de mai 1120, en venant à Rome, Calixte passa à Pise, il fut sollicité par le clergé et le peuple de cette ville de rendre à l'archevêque le privilège tant désiré ; il le fit, mais il en résulta des maux sans nombre. La discorde ne fit qu'augmenter entre les Pisans et les Génois ; les dévastations et les luttes sanglantes re-

(1) Bulle du 28 juin 1091 U.-L., n" r)449 (40G6).

(2) J.-L., Il" 0464 (4078).

(3) .... Pic recordatioais dominus papa Pascalis, quaniquam iii mullas cl gravissimas devenisset necessilatos, nullis lamen [irecibus aut promissionibus ad iioc induci potuit ut predictain Pisanis firmaret concessionem, scd predecessorum vestrorum coQsecralioaes Romane Eeclesio coaservavil. Ciijus succcssof papa Gelasius, inajori et graviori nccessitale Romani exirc coaclus, transmontanas partes navigio adeundo, privilcgium idem, quod a domino papa Urbano de consecralione vesira Pisanis collalum fuerat, cum Pisas vcnissel, rennovavit. Quod lamen poslmodum eamdem Pisanorum ol Januensium perlurbationem prospiciens annulavil. Nos eliam, qui in eorum loco, immo beati Pétri, licel indigni, successimus, de ullramonlanis partibus ad Urbera accélérantes, Pisas dcvenimus, ubi coriimdem predecessorum noslrorum Urbani et Gelasii vestigia subseculi , ejusdem populi precibus ac devolionc dovicli, eamdem innovavimus concessionem. Cum vero ad Urbem por Dei graliam vcnissemus, de facto noslro non modicam cleri et populi perturbalioncin invenimus, eo quod in coucessione illa que extra Urbem cum paucis facta fuerat. Romana Ecclesia diminutionem paciobalur et tolius discordie, ut dictum est, rninislrare fomitem vidcbalur. (Bulle do Calixte, du 6 avril 1123; Buliaire, n» 389; — J.-L., n" 10:>C,.) — La bulle du 3 janvier 1121 contient, en résumé, les mémos renseignements.

DU PAPE CALIXTE II. lia

commencèrent. A la faveur de ces querelles, les Sarrasins envahirent des localités du littoral qu'ils mirent à l'en et à sang; ils firent prisonniers quantité d'hommes, de femmes et d'enfants. A Rome même, l'émotion fut si vive qne, dans une assemblée tenue en plein air (lovant l'église Saint-Pierre, presque tout le clergé et le peuple demandèrent qne ce privilège lût annulé, parce qu'il portait atteinte à la puissance de l'Église de Home et qn'il était la cause des scandales et des guerres qu'il y avait lieu de déplorer. Dans la même réunion, des clercs et des laïques, députés par les Corses, appuyèrent cette demande.

Il y avait pour les Génois un intérêt majeur à empêcher que la décision de Galixte fût suivie d'effet; aussi s'empressèrent-ils d'entamer pour cela des négociations avec la cour de Rome. La convention ou le projet de convention qui en résulta est arrivée jusqu'à nous. C'est un document du plus haut intérêt, très peu connu, qui montre sons un jour singulier les personnages et les mœurs de ce temps (ih

L'ambassade génoise était composée de Capharo et de Berizo ; du côté des Romains, les négociateurs étaient le préfet de Rome, Pierre; Etienne Normannus; Léon, tils de Pier Leone; Cencio Fraiapane, et son frère Léon, représentés par Gentil de Franco. La conférence eut lieu, avec l'autorisation du pape, devant l'église des Saints-Cosme et Damien, en présence de Pierre, cardinal-évêque de Porto; d'Azzon, évèque d'Acqui, parent de Calixte; des cardinaux Jean, du titre de Saint-Chrysogone, et Pierre, du titre de Sainte-Marie au Transtevere ; de Pier Leone, d'Octavien, frère du préfet de Rome ; de Nicolas « de Ancilla Dei, » ces (rois derniers laïques.

Capharo et Berizo promirent de revenir à Rome , avant la Saint- Martin, pour payer à la cour pontificale quinze cents marcs d'argent, savoir, douze cents pour le pape lui-même et trois cents pour sa cour. Cette somme était payable en or, en argent et en monnaie, le marc valant treize sous de monnaie de Pavie. Les clercs romains

(1) Il est conservé à la Bibliotlièquc tle la ville de Gènes et ou le considère comme contemporain. M. de Pflugk-Harttung, qui l'a publié dans son Iter italicum, 2= partie, croit qu'il est peut-être original. Il en existe aux Archives do Gènes une copie dans ies Miscellanées Pocli. Les Monumenta Germanix hislorica. Scriplores, t. XVIII, p. 356, en avaient déjà donne le texte

qui donneraient à celte affaire leur approbation et l'appui de leur autorité recevraient cinquante onces d'or.

Dans le cas où les Pisans déclareraient, au sujet de la question corse, la guerre à l'Église Romaine , les Génois , — leurs consuls ou leurs ambassadeurs s'y engageraient par serment quand ils viendraient à Rome, — les Génois prêteraient secours à l'Église et ils feraient eux-mêmes la guerre, mais ils ne concluraient ni paix, ni trêve, ni suspension d'armes sans l'autorisation du pape Calixte ou de son successeur. Les ambassadeurs génois versèrent alors cinq cents marcs à la cour pontilicale.

A leur lour, les négociateurs romains jurèrent que si les Génois exécutaient cette convention, le pape et ses successeurs, du consentement des évêques et des cardinaux, n'accorderaient à l'égbse de Pise ni à aucune autre le privilège de consacrer les évêques corses; le pape interdirait aussi publiquement à l'arcbevêque de Pise de les consacrer; il donnerait lui-même aux nouveaux élus, si toutefois ils en étaient dignes, la consécration épiscopale quand ils viendraient le trouver ('). Cette convention fut conclue le 10 juin IHO ('-'.

(1) Firmavcrunl scse usque ad festivitalem sancli Martini Romam revcrsuros. paralos persolverc curiae Romanœ mille quingentas marcas argenli, ad opus domiiL pape mille ducentas, et curie Irecenlas.... et quinqiiaginta uneias auri Romanis clericis, qui causée huic assensum prebeant et auclorilatcm.. . Si pro causa hac a Pisauis guerra Romance increverit .EcclesiEe, bona fide Romanam juvabuat .ïcclcsiam, et per se guerram facient, nec pacem, nec Ireguam sen guerram recredulam facieni, sine data parabola domni pape Cali.xli vel calholici succesjoris ejus.... Dominus papa Calfixtusj Corsicanis episcopis privilegium facicl.... scilicet consecralionem eorundem opiscoporum , nec ipsa nec successores ejus Pisanse nec ullL concèdent /Ecclesiae, set soli Romanaj conservabunt .Eeclesiœ. Idem eliam dominus papa consecralionem episcoporum de Gorsica Pisauis publiée interdicet et eleclos ejusdem insulœ ad se venientes, si digni invenli faerint, consecrabit.... (Éd. Pfi.ugk-Harttung, p. 456-4.57.)

[î) Ce document est daté : Acium est hoc anle ajcclesiam Sanctorum Cosme et Damiani in Silice, xvi kal julii, anno Dominicœ incarnalionis millésime centesinio vicesimo primo, ponlificatus dornni pape Cal[i.KliJ secuudi anno secundo. Les Moiiumcnla Germanix et M. de Pflugk-H.vrttuxg l'ont publié avec la date du 16 juin 11-^1 ; mais il est daté d'après le style pisan et il est réellement de l'anuéo 1120, comme l'indique la fin : ponlificatus domni pape Caljixti| secundi anno secundo. La seconde année du pontificat de Calixte va du 2 février 1120 au 2 février 1121. — En 1121, la négociation n'aurait plus ou do raison d'être, puisque la bulle du 3 janvier avait enlevé aux archevêques do Pise le privilège dont les Génois étaient si jaloux.

1)U PAPE CALlXTf: II. 117

Ce qui ajoute encore à l'intérêt de ce document, c'est la liste des petits cadeaux donnés et des sommes d'argent payées ou promises par les ambassadeurs génois soit au pape, soit aux cardinaux, soit enfin aux autres personnages qui, par leur situation, pouvaient les aider à obtenir le résultat qu'ils poursuivaient.

Capharo et Berizo promirent pour le pape dix-sept cents marcs d'argent, dont cinq cents avaient déjà été versés ; aux cardinaux, aux évêques et à quelques laïques trois cents marcs d'argent; à des prêtres et à des clercs cinquante onces d'or; à Pier Leone, cardinal-évêque de Porto, trois cents onces d'or de tarins ou taris, sur lesquelles il en avait reçu vingt cinq, l'once valant dix sous de monnaie de Pavie; à Pier Leone, cent marcs d'argent, dont il avait reçu cinquante; aux fils de Pier Leone, cinquante-cinq marcs d'argent; à Léon Fraiapane, quarante; au préfet de Rome, cent; à l'évêque d'Acqui, cent livres.

Ces diverses sommes représentaient les cadeaux officiels que Capharo et Berizo s'engagèrent par serment à faire ; il y avait en outre des dons oflTerts ou promis à titre gracieux , mais non sous la foi du serment. A la femme de Pier Leone, une émeraude; à Pier Leone, un objet niellé (?), des épices et autres menus objets ; à Etienne Normannus, vingt-cinq marcs d'argent, sur les trois cents marcs dont il a été question plus haut, avec promesse de parfaire ce qui manquerait; à Gale de Cognone, qui était probablement un capitaine de navire, vingt sous par mois pour chaque homme et vingt livres pour son navire dès qu'il aurait quitté les eaux de Kome; aussitôt qu'il serait arrivé à Gênes, deux deniers par jour et par homme (').

L'aflaire de la consécration des évêques corses fut ensuite discu-

(1) .... Domao pape marcas argenli MCGCCCGG, de quibus jam liabumus datum oi CCGCC....; cai'dinalibus vero et episcopis una cuni quibiisdam laicis marcas argenli GGG, presbileris et clericis uncias auri L; Petro, Porluensi episeopo, uneias auri de tarinis GGGIII, de quibus jam habet XXV....; Petro vero Leonis marcas argent! G, de quibus jam babel L....; Qliis Pétri Leonis marcas argenti G, episeopo .\quensi libras denariorum Papiensium, qui modo Papie currunt, G.... Uxori Pétri Leonis prasinam I et Petro Leonis niellum unum et gariofolos et alia servicia. Stephano Normano marcas argenti XXV de predictis CGC marcis, quod minus habuerit, promisimus adimplere. Gale de Gognone juravimus per mensem dare per unumquemque hominem solidos XX et ad galeam libras XX postquam de f[a]uce Romana exierit, et postquam Januam venerit, unoquoquo liomini denarios II per diem.... (Éd. Pflugk-Harttu.ng, p. 457-458.)

tée longLiemenl entre les cardinaux;, les évêques, le clergé et la noblesse romaine, el il fui décidé, à la grande satisfaction du peuple, que ce privilège, qui diminuait la puissance de l'Église, n'aurait aucune valeur, parce qu'il avait été accordé hors de Rome, avec l'assentiment ou à la connaissance de trop peu de personnes, et surtout à cause des scandales et des dangers qui en résultaient. La consécration des évêques corses fut donc enlevée à l'archevêque de Pise et rendue au pape, à qui seul ils devaient désormais obéir. La bulle donnée à cette occasion fut souscrite par vingt-huit cardinaux (' .

Peu de temps après, au mois de mars ou d'avril M21 (2), fut tenu un concile à Soissons. Il fui présidé par Conon, évêque de Palestrina, légat du pape. Il avait été spécialement convoqué pour examiner et juger r/??^/"orft<c<«'on à /a iki'ologie d'Abailard, ouvrage dans lequel on l'accusait d'avoir établi l'existence de Irois dieux. Abailard vint près de Conon et lui remit son livre, se déclarant prêt à rétracter tout ce qui serait reconnu contraire à la foi. Sur l'ordre du légat, Raoul, archevêque de Reims, Albéric et Lolulf furent chargés d'étudier le traité, afin de rechercher s'il contenait des erreurs. Les juges du grand philosophe étaient ses adversaires ; il était condamné d'avance, malgré le zèle avec lequel le défendit Geoffroy, évêque de Chartres, et quoiqu'ils n'eussent rien trouvé à reprendre à sa doctrine. Conon, ébranlé par les arguments de Geofiroy, aurait volontiers abandonné l'accusation ; il avait mèm(^ décidé qu'.\bailard pourrait se retirer, mais il fut circonvenu par l'archevêque de Reims et les autres adversaires d'Abailard, qui lui firent clianger d'avis, le déterminèrent à condamner le livre sans enquête, à le faire brûler publiquement et à faire enfermer l'auteur dans unjnonastère. Abailard fut appelé devant le concile et obligé de jeter lui-même son livre dans le feu. Ensuite, on lui lit hre le symbole de saint Athanase; il le lut en versant des larmes d'indignation et de rage. Le concile fut dissous et Abailard confié à l'abbé de Saint-Médard de Boissons.

Ce que nous savons de ce concile nous est coinui par le seul récit

(1) V. Btdiaire, n" '.'(lii, t. I, p. 001 : — J.-L., 11° fiSSG (J0'2.S). — Cf. Limpkrani, Isloria délia Corsica, t. II, p. 6-'20, cl Disserlazione ilel domiuio nnlico Pisano sulla Corsica, dans le Ilullelin île la Sociélé des sciences historiques et naturelles de la Corse, t. VII, p. 24-36.

(2) ScHOENE, der Cardinallegal Kuno, p. 76.

DU TAPE CALIXTK 11. 119

qu'en a fait lui-même Abailard. Il n'est peut-être pas d'une impartialité absolue, mais il est aussi modéré que possible, au moins en ce qui concerne le légat du pape, qui étail d'ailleurs tout disposé à la bienveillance. Il convient d'ajouter que Conon ne semble pas avoir eu sur certaines questions théologiques des notions bien sûres ou des idées très orthodoxes ; il dut paraître étrange à l'accusé d'entendre le président du tribunal qui le condamna commettre une erreur aussi grave que celle qui l'avait amené devant ses juges (0.

Galixte célébra à Rome les l'êtes de Pâques, qui, cette année-là, tombait le 10 avril. Aussitôt après, il fit marcher contre l'antipape Bourdin, fixé à Sutri, une nombreuse armée commandée par Jean de Crème, cardinal de Saint-Chrysogone, dont il a été déjà souvent question, et qui, au cours de cette campagne, le 17 avril, se fit accorder par Galixte la confirmation des, possessions et des privilèges de son église (2), Cahxte était présent au siège qui fut ouvert contre cette ville. Le huitième jour, c'est-à-dire le 23 avril, les habitants voyant battre leurs murailles et se souciant peu d'assumer les conséquences d'une longue résistance au profit d'un personnage qui, pendant son séjour à Sutri, ne se serait pas contenté de vivre en état d'hostilité contre Rome, mais se serait encore rendu coupable d'actes de brigandage {^\ les habitants livrèrent Bourdin au pape (4).

Une foule hostile vint l'insulter; les uns lui criaient : « Maudit, » maudit, qui as causé ce grand scandale ; » d'autres : « Ah ! tu as essayé î) de partager la tuniqiie du Christ et tu as osé détruire l'unité de la » foi catholique (5). » On le fit monter à rebours sur un chameau,

(1) Conon aurait dit, d'après Abailard, que la foi universelle csl qu'il y a trois lout-puissants, au lieu de dire que les trois personnes de la Trinité sont toutes-puissantes. — Ms' Hkfélé, Histoire des conciles, t. Vil, p. 162-166, Irad. Delarc, a reproduit, en le traduisant, le récit d'Abailard. Cf.' Schoene, der Cardinallegal Kuno, p. 74-76, etc.

(-2) Bullaire, n" 227, t. I, p. 384; — ,1.-L., n" 6901.

(3) Interea Burdinusin Sutrio prope Romam ^cclesiam persequi, peregrinos praedari, in papam et in alios maledicta congerere, queque alla hujuscemodi poteral tam por se quam per alios facere non cessabat. (Pandolphe, dans Watterich, t. II. p. 117, et dans le Liber pontificalis, éd. Duchesne, t. II. p. 303.)

(4) Octavo vero die illius obsidionisdicti Sutrini dedorunt cum in poteslale Calixti pape et Romanorum. (Annales Romani, dans les Monum. Germ. Insl., Scriptores, t. V, p. 479, et dans le Liber pontificalis, t. II, p. 347.)

(5) Annales Romani, ibid.\ Boson, dans Watterich, t. II, p. 119, et dans le Liber pontificalis, t. II, p. 377.

dont il tenait la qneue en guise de bride, et sur ses épaules fut jetée une peau de mouton toute sanglante, qui simulait la chape d'écarlate dont le pape avait coutume de se couvrir. C'est dans cet accoutrement et dans cette posture humiliante qu'il précédait le cortège pontifical et qu'eut lieu le retour à Rome. Comme le fait remarquer Boson, cet exemple était destiné également à couvrir Bourdin de confusion et à inspirer de la terreur à ceux; qui, dans la suite, auraient la témérité d"usurper le Saint-Siège (').

Calixte rentra triomphalement à Home, sans doute au commencement du mois de mai; ([uant à Bourdin, il fut insulté, hué par la foule et jeté en prison au Septizonium. Peu de temps après, il fut interné à Passerano ('^) ; puis il fut coniraint de reprendre l'habit monastique à l'abbaye de Gava ; en ll''2'2. il fut transféré à Kocca- Janula, près de San-(iermaiio ; eniin, en ll^-i, par ordre d'Honorius II, à Castel-Fumone, où peut-être il finit ses jours (^).

La répression, comme on le voit, fut sévère. De tous les chroniqueurs qui ont eu à s'occuper de cet événement, Eklvehard est le seul qui laisse entendre que Calixte ait eu un sentiment de pitié envers son rival vaincu (*). Mais il est probable que si Calixte avait été le prisonnier de l'empereur ou de Bourdin, son sort n'eût pas été plus doux.

De Sulri, Calixte annonça, le 27 avril (•'), aux archevêques, évêques, abbés, religieux, clercs et laïques de France, la prise de celte ville et la défaite de l'antipape. « Parce que le peuple, disait-il, a abau-

(1) Talibus ergo indumenlis onialus in comilala poiililicis prcccdcbat roverlcns ad Ui'bem cuin lanlo dedecore, quatoiius ol ipse in sua confundalur erubescenlia et aliis exemplurn preberct ne similia ullerius allemplare présumant. (Boson, dans Wattericii, t. II, p. 119, et dans le Liher ponUficalis, t. Il, p. 377.)

(2) Annales Romani, dans les Mnnuin. Germ. Iiisl., Sn'iptores, t. V, p. 479, et dans le Liber ponUficalis, t. Il, p. 318.

(3) Il vivait encore ca 1137. Tous les anciens chroniqueurs qui ont parlé de Bourdin s'accordent sur les circonstances de sa prise et de sa captivité; quelquesuns diflcrent seulement sur le lieu de sa détention. .M. Paul Guill.wime, ilans son Essai hislorique sur l'abbaye de Cavu, a groupé (p. 8:>-8S) lous les témoignages qui se rallaclientà cet cvénemcnl.

(4) .... l'ost plures vulgo sibi conlumelias illalas visa manibus corum ab aposlolico eieptum (Burdinum).... (lÎKKEn.vRni Chronicon, dans les Monum. (ierin. Insl., Scriplores, t. VI, p. 'P.îH, et dans Wattericii, t. II, p. 142.)

(ô) Calixte n'était donc p;is de retour à Home le 23 avril (i.x kalend maias) comme l'écrit Falco de Bénévent.

» donné la loi du Seigneur el qu'il ne marche plus dans les voies de » la justice, le Seigneur l'a châtié par la verge et le fouet de ses ini- » quités et de ses péchés. Comme il conserve cependant encore des » senlitnonts d'amour paternel, il n'abandonne pas ceux qui ont » contiance en sa miséricorde. Pendant longtemps, à cause de leurs » péchés, les fidèles de l'Église ont été tourmentés par Bourdin, » l'idole du roi des Allemands ; les uns ont été pris, les autres ont » succombé aux: iiorreurs de la captivité. Dernièrement, après avoir » célébré les fêtes de Pâques, ne pouvant plus supporter les plaintes » des pèlerins et ^s pauvres, nous avons quitté Rome avec les » fidèles de l'Église et nous avons assiégé Sutri, jusqu'à ce que la » puissance divine nous ait livré notre ennemi Bourdin, qui y avait » établi un asile au démon, el qu'elle ait fait tomber celte ville en » notre pouvoir. C'est pourquoi nous vous prions de rendre avec » nous, pour de si grands bienfaits, des actions de grâces au Roi des » rois, et de demeurer constamment dans l'obéissance et le service n de l'Église, devant recevoir présentement et à l'avenir du Seigneur » tout-puissant et par sa grâce la récompense qui vous est due. Nous )^ vous prions aussi de vous communiquer sans retard ces lettres les » uns aux autres (i). »

La prise de Sutri fut un des événements les plus considérables du pontificat de Galixle II; elle mil, pour un temps, lin au schisme qui divisait l'Église et priva l'empereur, au point de vue spirituel, de son plus ferme appui. Les résultats ne s'en firent pas longtemps attendre.

(( La basilique de Saint-Ghrysogone, dit M. l'abbé Duchesne dans une des notes de sa remarquable édition du Liber ponti/icalis, « res- )) taurée par le cardinal Jean de Crème, peut être considérée comme » un monument de cette victoire {-). »

^1) Bullaire, n" J-'H, (. I, p. 337; — J.-L , n" 6902 (5041) ....Diu si(iiiidem peccalis cxigenlibus i)or illud Theutonicorum régis idolum, Burdinum videlicot fidèles Ecclosite coiiturbaU suât cl alii quidem capti sunt, alii usque ad rnortem carceris macerationc afflicli sunt. Nuper autem feslis pasclialibus celebratis, cum percgrinorum et pauporum clamores ferre penitus non possemus, cum Ecclesia fidclibus ab Urbj digrossi sumus et taradiu Sutrium obscdimus, douce divina poteulia el supradiclum Ecclesiie iuimicum Burdinum, qui tliabolo nidum ibidem fecerat et locum i()sum omnino in nostram Iradidit poteslatera.. .

(2) T. II, p. 3-27, n. 24.

Ce fut aussi en souvenir de l'écrasement de Bourdin que, peu de temps après, fut placée dans une salle du palais de Latran, au-dessous d'un tableau représentant Calixte II, et dont il sera parlé plus loin, celte inscription :

Ecce Calixtus, lionor patriœ, decus impériale, Nequam Burdinum damnât pacemque reformat.

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