‹ Histoire du Pape Calixte IIChapitre 30 sur 40 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Nouvelle expédition de Calixle II. — Alphonse, comte de Toulouse, et l'abbaye de Saint-Gilles. — Lotti'e de Louis le Gros, roi de France, à Calixle, au sujet de la primalie de l'église de Lyon. — Dièle de Wurzbourg. — Traités de Geoffroy, abbé de Vendôme, sur les investitures. — Affaires d'Espagne. — Érection de l'archevêché de Tolède en métropole, — L'église Sainl-Jean de Besançon devient seule cathédrale. — Calixle II en Calabre.

Après deux courts séjours à Rome (•), coupés par une excursion à Albe ou Albano i~\ Calixte voulut, semble-l-il, reprendre le cours de ses exploits belliqueux. Les Annales de Ceccano nous apprennent en effet qu'il marcha, avec une forte troupe, contre Arnara, où il était le 29 mai ( -), mais l'ennemi qu'il se proposait d'attaquer se déroba, et l'armée pontificale dut se retirer sans coup férir. Quel était cet ennemi? Les Annales ne nous l'apprennent pas; c'étaient sans doute quelques partisans de Bourdin ou des sujets révoltés de l'Église, que la prise de Sutri ci la défaite de l'antipape n'encouragèrent pas à accepter la lutte.

Le terrain déblayé de ce côté, Calixte continua ses pérégriuations dans les environs de Rome, à Pagliano (*), à Tivoli (&), puis à Farfa (6).

(1) Le 9 maij.CaliKte donne à Lalran une bulle pour l'église de Berclitesgaden [Bullaire, n" 229, t. I, p. 338; — J.-L., n" 0903 (5042)-, le 25, une bulle pour la basilique Gonstanliniennc. [Bullaire, n" 233, t. I, p. 345; — J.-L., n° 6907.)

(2) Le 18, il donne, à Albano, deux privilèges pour l'abbaye de Tournus. [Hullaire, n" 230 et 231, l. I, p. 340 et 341; —J.-L., n" 6904 (5043) et 6905 (5044).

(3) D'Arnara, il écrit à Gauthier, évêque de Maguelone, do terminer un procès entre les frères du Saint-Sépulcre et les religieux d'Aniane. {Bullaire, n° 234, t. I, p. 348; — J.-L., n» 6908 (5045).

(4) Privilèges pour les églises de Vérone et de VeroJi, du 14 et du 15 juin. [Bullaire, n" 237-238, t. I, p. 348 ; — J.-L., n°' 6909 (5046) et 6910.)

(5) A Tivoli, le 21 et le 22 juin ; Calixle adresse, le 21, deux lettres à Diego, archevêque deComposlelle(BuFaiVe, n»' 239-240, 1. 1, p. 354 et 355; — J.-L., n°* 6911 (5047) et 6912 (5048); et les lettres relatives à Saint-Gilles, dont il va être question plus loin

(C) Monum. Germ. Iiisl., Scriptores, t. XI, p. 582.

C'est pciîdanl qu'il élail à Tivoli qu'il intervint en faveur de l'abbaye de Saint-Gilles, à laquelle, nous Tavons déjà vu, il portait un intérêt tout particulier. Alphonse, comte de Toulouse, sur le conseil et avec l'aide de Raymond des Baux, d'Elzéar de Gaslries, de Guillaume Raynouard, s'était emparé à maiu armée du bourg et de l'abbaye de Saint-Gilles, peut-être afin de les punir d'avoir pris fait et cause pour Raymond Bérenger, comte de Barcelone el de Provence, qui était en guerre avec lui; y avait tout mis à feu et à sang et avait forcé les habitants à refuser le serment de fidélité qu'ils devaient à l'abbaye; il avait même fait bâtir un château destiné à détruire Saint-Gilles en cas d'insoumission à ses ordres. L'abbé Hugues et ses religieux se plaignirent au pape, qui s'empressa de prendre toutes les mesures nécessaires pour faire réparer les torts dont Alphonse et ses complices s'étaient rendus coupables à l'égard de l'abbaye. En eflet, par une bulle du 22 juin, il chargea Alton, archevêque d'Arles; Foulques, archevêque d'Aix; Bérenger, archevêque de Narbonne, et Gauthier, évêqiie de Maguelone, d'ordonner au comte de Toulouse d'accorder, dans le délai de quarante jours, toute satisfaction aux religieux de Saint-Gilles, notamment de détruire le château, de rendre à l'abbé et à ses religieux le monastère el le bourg, avec ce qu'il leur avait enlevé; sinon il serait excommunié, ainsi que ses complices, et l'interdit lancé sur leurs terres (il. Raymond, évèque d'Uzès; Amelius, évêque de Toulouse, et Jean, évêque de Nimes, reçurent les mêmes instructions (-) ; les habitants de Saint-Gilles furent déliés du serment de tidélité qui leur avait été extorqué par le comte et invités à observer celui qu'ils avaient autrefois prêté à l'abbaye (3) ; enfin Galixle enjoignit à Alphonse personnellement l'ordre de remettre, sous peine d'excommunication, les choses en leur ancien étal (^), el à ses complices celui de l'y engager (5). Au lieu d'obéir, Alphonse continua ses violences, fil emprisonner l'abbé de Saint-Gilles dans le château de Beaii-

(t) BuUaire, n" -241, t. I, p. 350: — J.-L., n° fi9l3 ^5049). (•2) Id.,ibid., n" 242, t. I, p. 307; — .l.-L., n" 6914 (ÔOôO).

(3) /rf., ibid., n" 244, t. I, p. 359; — J.-L., n" 6916 (5052).

(4) M., ibid., n» 245, t. I, p. 360; — J.-L., n' 6917 (5053^.

(5) Id., ibid., n° 243, 1. 1, p. 358; —J.-L., a" 6915 (5051).

Caire, puis l'envoya à Gliiiiy, avec défense de revenir sans sa permission (1).

Calixte était de retour ù Rome au commencement de juillet; il n'y resta que peu de temps (2)^ car, dès le 24 de ce même mois, nous le trouverons déjà à Aversa (?■), première étape d'un nouveau voyage en Italie qui devait durer plus de sept mois.

Nous avons vu, dans le chapitre précédent, que, par une bulle du o janvier 1121, Calixte avait conflrmé la primatie de l'archevêque de Lyon. Cette primatie devait s'exercer sur les provinces ecclésiastiques de Lyon, Rouen, Tours et Sens. La puissance de la métropole de Sens, qui avait alors pour suffraganls les évôchés de Chartres, Auxerre, Troyes, Orléans, Paris, Meaux et Nevers, dont lajuridiclion s'étendait par conséquent sur une partie considérable du domaine royal, se trouva amoindrie. Louis le (îros dut, à ce sujet, faire des remontrances au pape, qui semble avoir déclaré que cette mesure n'était que provisoire, mais cette explication ne satisfit guère le roi. En effet, il écrivait à Calixte que l'archevêque de Lyon n'avait pas renoncé à l'espoir de soumettre celui de Sens à son obéissance (^), et il ajoutait qu'il préférerait voir tout son royaume en feu et sa vie en danger plutôt que d'endurer cet opprobre. Il lui représente ensuite les bons offices que la France a rendus à l'Église Romaine, qu'elle a toujours secourue dans ses besoins, sans se laisser jamais détourner, ni par les prières ni par les promesses de l'empereur, de la fidélité qu'elle lui doit; il le prie de conserver pleine et entière à l'église de Sens l'antique liberté dont elle a joui jusqu'à présent et de ne pas permettre qu'elle subisse une sujétion qui lui a été imposée impru-

(1) L"ahbé Goiffon, Sainl-Gilles, son abbaye, sa paroisse, son (irand prieuré, à la suite clu BuUaire de l'abbaye de Sainl-Gilles, p. 60-Gl.

(2) Le .'), Calixte écrit à Diego, évèque de Composlelle {BuUaire, n" 247, t. I, p. lîfil. — J.-L., Il" 6020 (âOJG); — le fi, il confirme la règle et les possessions des frères du Sainl-Sépiilcre et écrit à l'archevêque de Césarée et au patriarclie de Jérusalem {BuUaire, n" 248-250, t. I, p. 362-363; — J.-L., n°' 6921 (0057) ; 6923 (5059).

(3) Lettre à Marc, clerc vénitien {BuUaire, n" 251, t. I, p. 366; — J.-L., n» 6924 ',3060).

(4) — De sententia sane in metropolitanum Senonensem pro nostro honore relaxata animum nostrum ex parte mitigastis; scd quoniam ad tempus est relaxala, suspensum vcliementcr ac dubium reddidistis. Videlur enim aliquam adhuc spem habere Lugdunensis archiepiscopus super illa quam queerit subjectione.... (Lettres adressées à Calixte II, à la suite du BuUaire, n" 5*.]

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