‹ Histoire du Pape Calixte IIChapitre 32 sur 40 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Lettre de Calixte à l'empereur Henri V. — Concordat de Worms et fin de la première querelle des investitures. — Érection de la chapelle Saint- Nicolas à Latran, en mémoire de cet événement.

Préoccupé sans cesse du désir de mettre un terme à la lutte qui, au détriment général, divisait depuis si longtemps l'Église et l'empire; sans doute aussi fatigué de voir que toutes les négociations poursuivies dans le but de rétablir la paix avaient échoué par la mauvaise volonté de Henri V, Calixte résolut de tenter auprès de lui une démarche suprême. Il chargea leur parent commun, Azzon, évêque d'Acqui fi), de porter à l'empereur une lettre moitié dure, moitié aflectneuse, qu'il lui écrivit le 19 février 1122, pour l'engager à renoncer à la lutte et à se soumettre à l'Église. En voi<;i la traduction :

« Calixte évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, à son cousin » le roi Henri. Nous regrettons beaucoup de ne pas oser vous adresser » la formule de la salutation apostolique, comme nous voudrions » pouvoir le faire (2). Nous vous faisons cependant tenir cette présente » lettre et nous envoyons auprès de vous notre vénérable frère Azzon, » évêque d'Acqui, votre cousin et le nôtre, qui nous aime tous deux » d'une affection sincère. Il est chargé de vous faire connaître à fond

(,1) M. Markus Maurer, Puhsl Calixl //, p. 74, a donné un tableau généalogique spécial poLU" prouver la parenté d'Azzon, évoque d'Acqui, avei; Calixle II et Henri V.

(2) La formule de salutation employée à la chancellerie de Calixle a varié. Kn voici quelques exemples : Calixlus.... charissimo in Ghristo fllio Henrico, illustri Anglorum régi, — ou illustri et glorioso Anglorura régi ; — dileclis in Christo filiis Aislano et Siwardo, Norwegiœ regibus; — illustri atque charissimo filio et consanguineo uoslro Balduino, régi [HierosolymitanoJ, etc. — Plus tard, quand il écrira à Henri V, après leur réconciliation, la suscription portera : Icarissimo in Ghristo fllio H., glorioso Romanorum imperatori augusio, salutem et apostolicam benedictionem. (Bulle du 13 décembre 1122, Bidlaire, n" 322; -- J.-L,, a" G995 (5104).

» notre volonté et de vous faire revenir, avec la grâce de Dieu, de » votre trop grand endurcissement. Car nous avons l'un envers ') l'autre beaucoup plus d'obligations que nos prédécesseurs n'en ont )) eu réciproquement. En effet, outre les devoirs de père auxquels » nous sommes teuu en vertu de l'administration du siège apos- » tolique, outre la dignité impériale, que les rois d'Allemagne n'ob- )> tiennent que par le ministère des pontifes romains, notre proche » parenté nous oblige à nous entendre et à nous aimer l'un l'autre, » car personne ne hait sa chair, mais chacun l'aime et la conserve. » Nous vous avertissons donc en qualité de notre parent, que nous » désirons chérir en Jésus-Christ d'une double affection, honorer, » élever au-dessus de tous, de ne pas refuser davantage la paix à » l'Église, de ne pas ouvrir votre cœur aux suggestions des méchants » et de ne pas être le serviteur de tous, vous qui devez commander » à tous. Henri, l'Église, qui donne gratuitement ses biens à tous, » ne cherche pas à revendiquer rien de ce qui est à vous. Nous ne » voulons pas porter atteinte à la gloire de votre royaume, ni à celle » de l'empire ; ce que nous souhaitons, c'est de servir Dieu seul » dans la justice de son Église. Rentrez donc, rentrez eu vous-même » et voyez soigneusement qui vous êtes et ce que vous êtes devenu. 1) Ne vous confiez pas aux conseils orgueilleux des méchants, » parce que Dieu résiste aux superbes. Vous avez pour aides vos » soldats ; l'Église a pour défenseur le roi de tous les rois, qui l'a » rachetée au prix de son sang. Elle a aussi pour protecteurs et pour )) patrons les saints apôtres Pierre et Paul. Abandonnez ce qui n'est » pas de votre ressort, afin que vous puissiez administrer dignement » ce qui vous appartient. Que l'Éghse possède ce qui est à Jésus- » Christ, que l'empereur ait ce qui est à lui. Que chacune des deux » parties se contente de son rôle; que ceux qui doivent observer la )> justice à l'égard de tout le monde ne se dépouillent pas réciproque- » ment par ambition. Si vous voulez nous écouter et suivre les » conseils des hommes sages cl religieux et obéir à nos averlisse- » ments, vous causerez une grande joie à Dieu et au monde, vous » augmenterez la prospérité de votre royaume et de votre empire et » vous obtiendrez en même temps la gloire du royaume éternel. En » outre, vous nous enchaînerez, toute l'Église et nous, par de tels » liens d'affection, que vous paraîtrez véritablement prince, véritable-

» ment roi et véritablement empereur par la grâce de Dieu. Si vous » écoutez aveuglément les tlatteries et les suggestions perverses n des insensés et de ceux qui veulent vous gouverner, si vous » ne rendez pas à Dieu et à l'Église l'honneur qui leur est dû, nous » confierons à des hommes rehgieux et sages le soin de veiller à la » défense de l'Église de Dieu, et non sans dommage pour vous, » parce que nous ne voulons pas que cette situation se prolonge » davantage (n. »

Quelques jours après, Galixte rentra à Rome, où nous le voyons depuis le 10 mars au moins jusque vers la fin d'août. Avec les privilèges qu'il accorda à un certain nombre d'églises et d'abbayes (-), nous n'avons que quelques menus faits à signaler. Il convient de menlioimer en premier heu la lettre du 25 juin, par laquehe Galixte informe Baudry, archevêque de Dol; ses sufiraganls, les évèques de Bretagne, et les abbés de cette province, qu'un concile général serait célébré à Rome au carême prochain, et les invile à être dans cette viUe le dimanche 18 mars H23. C'est la première notification officielle du futur concile œcuménique de Latran (3),

Jean, évêque de Glasgow, avait demandé personnellement au pape d'être dispensé de prêter serment d'obéissance à Thurstin,

(1) BuUaire, n" 278, t. I, p. 402; — J.-L , n" 6950 (5079). — La date de cet important document porte : Datum xi kalendas martii, Leguntii episcopi. Il semble qu'il faudrait lire : Sancti Leutii. V. Jaffé, liegesta, n° cit. — San Leutio est situé non loin de Bénévent, où Galixte II était le lendemain et où il séjourna jusqu'au 23 au moins. Pendant son séjour dans celle ville, il confirma un accord entre les religieux de Saint-F"lorent de Saumur et ceux de Tournus, au sujet de l'église de Loudun {BuUaire, n" -279, t. I, p. 403; — J.-L., n° f)951), et, le 22, il accorda lu pallium à Bailard, arclievèqae de Brindisi, qu'il avait consacré, et confirma les possessions de son église. (BuUaire, n° 2S0, t. I, p. 40<; — J.-L., n" 0903.) Cf. la bulle n" 281, n" 0953 de J.-L.

(2) Aux églises et aux abbayes de Melk, de Saint-Jean, de Saint-Paul de Besançon, de Nolre-Dumc de Reielienbacli, de Notre-Dame de Zwiofalten, d'Eclienbrunn, de Notre-Dame de Goltesau, de Saint-Gabriel de Rolduc, de Saint-Sauveur de Millsladt, de Lucquus, de Sainte-Agatlie de Crémone, de Saint-Sauveur de Settimo, de Saint-Sauveur de Montamiata. de Notre-Dame de Praglia, de Castres, de la Trinité de Mauléon, de Saint-Pierre de Poitiers, de Fulda, de Spolète, de Saint-Remi de Reims et d'Oviedo. A mentionner aussi deux lettres, l'une à Gui, évoque de Côme, du 6 avril; l'autre à Raoul, archevêque de Reims. Ces documents sont compris dans le BuUaire, entre les n" 282 (J.-L., n° 6954 (5080) et 305 (J.-L., n" 6978).

(3j BuUaire, n" 304; — J.-L., n" 6975 (5091).

arclievèque d'York, qu'il n'avait pas voulu, on s'en souvient, reconnaître comme mélropolilain. Galixle ne se prêta pas au désir de Jean ; il se contenta de lui accorder un délai, mais, par une lettre du 26 août, il lui donna trente jours pour s'acquitter de ce devoir (i).

Enfin, c'est vers la même époque que le pape lança l'excommunicaLion contre Alpherade, abbesse de Notre-Dame de Capoue, qui avait enlevé l'église de Gingoli au monastère du Mont-Cassin et, malgré de nombreuses injonctions venues de Rome, depuis 1120, refusait obstinément de la rendre à ses possesseurs légitimes. « Galixle, dit Pierre Diacre, rencontra chez cette femme plus d'en- » têtement et d'orgueil que chez l'empereur schismatique lui- » même (2). » L'abbaye Notre-Dame fut mise en interdit, ainsi que l'église, objet du conflit entre Alpherade et le Mont-Cassin (3).

Le 9 août 1122, mourut à Rome Gonon, cardinal-évêque de Pales- Irina, qui, par ses conseils, contribua tant à faire élire Galixle II, dont il demeura jusqu'à la fin l'infatigable collaborateur.

Il a été dit plus haut (4) que Lambert, cardinal-évêque d'Oslie ; Saxo, cardinal-prêtre du tilre de Saint-Élienne, et Grégoire, cardinal-diacre de Saint-Ange, avaient élé envoyés par Galixle (j) pour rétablir la paix entre lui et l'empereur dans une nouvelle diète qui devail être lenue à Wurzbourg, le 29 juin 1122. Elle n'eut pas lieu, Henri V ne s'y étant pas présenté, sans doute pour témoigner ainsi son mécontentement contre les légats qui avaient reconnu pour évêque de Wurzbourg Rokker, le rival de Gebhard, que soutenait l'empereur. Cette autre tentative de conciliation avortée, les légats, sans doute avec l'assentiment du pape et d'accord avec les principaux

(1) BuHaire, n" 303 et 309;— J.-L., n" 6976 et G982 (0166).

(2) Pétri Diacom Chronicon monasterii Casinensis, 1. IV, dans Monum. Gerin. kist., Scriptores, t. VII, p. 797-799.

(3) Bullaire, n" 235 (J.-L., 6919 (505.^); 2ti8 ^J.-L., n» U!l41 (5073 a): 276 (J.-L., n" 6948 (5078) -, 306-308 (J.-L., n" 6976 (5094)-6981 (5095).

(5) Dominus apostolicus, visa et recopia îegalione impcratoris, pertesus cl ipse dissonaaliaî nimirum inter cos diuliuoD, libcnter assensit, et tam consullu lotius Romani senatus quam eliam omnium episcoporum Ilalicoi'um millunlur ex lalere apostolici Lambertus, Ostiensis episcopus, et Sa.xo, cardiualis de monte Celio, et Gregorius cardiualis ad ordinaudam rem tanti nogotii. (Anselmls Ge.mblacexsis, dans les Monum. Germ. Iiistor., Scriptores, t. VI, p. 378, et dans Watterich, t. II, p. 148.)

chefs du parti ecclésiastique allemand, projetèrent de réunir, pour le 8 septembre, à Mayence, une conférence qui reprendrait le cours des négociations et terminerait l'œuvre de la diète de Wurzbourg.

Lambert, évoque d'Ostie, invita Henri à s'y rendre, en lui rappelant qu'il avait récemment envoyé au pape des ambassadeurs, — Bruno, évêque de Spire, et Erlolf , abbé de Fulda, — chargés de lui demander le rétablissement des rapports entre l'Église et l'empire. Il l'assurait qu'il ne serait rien fait contre lui, qu'au contraire tout serait fait pour lui, autant que la justice le permettrait, et que, loin d'avoir l'intention de chercher à porter atteinte à l'honneur de l'empire, il ferait tous ses efforts pour l'augmenter ('). Il adressa aussi une convocation générale aux archevêques, évèques, abbés, rehgieux, clercs, seigneurs et fidèles de France, en faisant appel surtout à ceux des premiers qui étaient le plus versés dans la science des saintes Écritures (-). Enfin, nous trouvons une lettre des légats à Othon, évêque de Bamberg, qui était prié instamment d'assister à la diète de Mayence (3).

Au jour fixé, ce ne fut pas à Mayence, mais à Worms, que se réunit la diète. Le choix de la première ville, qui s'était révoltée contre

(1) Heligiosi viri, nuulii videlicet magniludinis vestrae, apostolicam sedom nuper adierunt, diceates pacis et concordiœ iater- regauni et sacerdotium jam tandem excellenliœ vestruî consilium placuisse, si tamen salva majeslale imperii et absque diiiiinutione regni lieri potuisset.... Rogamus igilur oxcellentiam vestram ut in concilio episcoporum Moguntiœ celebrando in Nativitate sanctse Marias vestram dignemini exhibere pi'œsenliam. Illud autem scitole : nichil ibi contra vos, sed pro vobis omnia, salva tamen justicia, nos agerc velle, nequo id intendere ut honor imperii vestri aliquod detrimentum paciatur, sed per omnia augeatur. (Udalrici Codex, dans Jaffé, Bibliotlieca rerum gernididcarum, t. V, p. 383.)

(2) ....Vobis igilur omnibus Galliarum archicpiscopis, opiscopis, abbatibus, raonacliis, clericis, prœcipue in sacris Scripturis uruditis et omnibus principibus in verljo Domini et ex auctoritate sancti Peiri et ejus vicarii significamus ac preecipimus ut quicunque adesse possilis, ad sanctum et univcrsale concilium in Nativitate sanctae Mariœ Moguntiae celebrandum occurratis, quatinus ibi de pacc et concordia inter regnum et sacerdotium et de statu Ecclesiae que Dec placita sunt, communi consilio Iractare valeamus. (Id., ibid., p. 385.)

(3) Verum quia vos pro Ecclesiae libertate tuenda sollicitari ac laborare cognovimus, ideo, si pacis ac Iranquiilitatis intuitu nos clementia divina respicere voluerit, vos tamquam specialem ipsius raalris filium ac dileclum in Gbristo fratrem ipsius pacis et consolationis participem esse desideramus. Quapropter fraternitati vestraî per presenlia scripta mandamus ut, omni occasione remota, in beataî Mariae Nativitate Moguntiae nobis occurrere studeatis. {Id., ibid., p. 385.)

146 HISTOERE

Tempereur quelque temps aiiparavanl, ainsi que nous l'avons vu, lui avait sans doute déplu, et il dut témoigner sa préférence pour Worms, qui lui était dévouée. Il arriva dans cette ville à la Nativité de la sainte Vierge, avec les évêques et les grands de son royaume. Les légats du pape vinrent à sa rencontre ('). Les délibérations de l'assemblée dm-èrent plus d'une semaine, an rapport d'Ekkehard (2), et elles furent conduites avec autant de prudence que de soin. Dans une lettre qu'Adalbert, archevêque de Mayence. écrivit au pape quelques jours plus tard, il informe Galixte que les négociations furent très laborieuses. D'une part, l'empereur considérait comme un droit héréditaire l'investiture parla crosse et l'anneau; il ne voulait pas y renoncer et les laïques de son parti l'encourageaient dans sa résistance. Ils accusaient l'archevêque d'être un ennemi de l'empire, parce qu'il s'opposait à l'investiture. Henri consentait bien à céder, si on lui accordait que les élections se feraient en sa présence. D'un autre côté, les légats craignaient, en adhérant à cette condition, d'encourir le blâme du pape; aussi ne le firent-ils que sous la réserve formelle que ce qui se ferait à la diète serait approuvé à Rome t3). De toutes les discussions de la conférence sortit la convention suivante :

« Moi, Galixte évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, je vous » accorde à vous, mon cher fils, Henri, par la grâce de Dieu, empereur

(1) Mense septcmbris, in Nativitatc sanclœ Mariae, Henricus imperator cum episcopis et optimalibus regni venit Wormaliœ, ubi occurrerunt ei legali sedis apostolicse. (Â.NSELMUS Gemblacensis, dans les Monuni. Germ. hist., Scriptores, l. VI, p. 379, et dans Watterich, t. II, p. I4ii.)

(2) Fado igilur univcrsali conventu apud urbem Wangiouuin, qiuc nunc Wormacia dicilur, sicut longum, ita et incredibile memoratu est, (juam praJenli, quam instant! quamque per omnia sollicito cunctotum procerum consilio pro pace et eoncordia pcr unam vel amplius obdomadam certatum sit.... (Ekkf.hardi Chronicon, dans les Monum. Germ. hisl., Scriptores, t. VI, p. 200, et dans Watterich, t. II, p. 149.)

(3) Sed quia lam inperium quam inpcralor tamquam bcrcdilario quodam jure baculum cl auulum possidoœ volcbant, pro quibus uuiversa laicorum niultiludo inperii nos dostruclorcs inclamabal, nullo modo potuimus his inperatorem exuere, donec communicalo consilio cum liis qui adorant fratribus et doniinis cardinalibus hinc periculo nostro compacicntibus, indo liclcsie ccnsuram verentibus et ob hoc vix nobis asscnlientibus, omnes pariter sustiuuimus quod in ipsius prcscnlia Eclesia debeat electionom faccrc, ni! in hoc slalucnlcs nec per hoc in aliquo, quod absit, aposlolicis institulis et canonicis traditionibus prejudieantes, sed totum vestre presentic et vestre deliberationi reservantes. (Lettre n* 7*, à la suite du Bullaire.)

DU TArE CALIXTE II. 147

auguste des Romains, que les élections des évêques et des abbés du royaume d'Allemagne, qui appartiennent au royaume, se fassent en votre présence, sans simonie et sans aucune violence. S'il s'élève quelque différend entre les parties, vous devrez, sur le conseil et le jugement du métropolitain et des évêques de la province, donner votre assentiment et prêter secours à la partie qui en sera la plus digne. L'élu recevra de vous les régales par le siceptre, sans aucune contrainte, à l'exception de celles qui appartiennent à l'Église Romaine, et vous rendra les devoirs qu'il doit vous rendre à cause d'elles. Celui qui, dans les autres parties de l'empire, aura été déjà sacré, recevra de vous les régales par le sceptre, sans aucune contrainte, dans le délai de six mois. Dans les circonstances où vous aurez à m'adresser des plaintes ou à me demander aide, je vous secourrai selon le devoir de ma charge. Je vous donne une paix sincère à vous et à tous ceux qui, au cours de cette querelle, sont encore ou ont été de votre parti. »

« Moi, Henri, parla grâce de Dieu, empereur auguste des Romains, pour l'amour de Dieu, de la sainte Église Romaine et du seigneur pape Calixte et pour le salut de mon âme, je laisse à Dieu et à ses saints apôtres Pierre et Paul toute investiture par l'anneau et la crosse, et j'accorde que, dans toutes les églises de mon royaume ou de mon empire, les élections soient laites selon les règles canoniques et que la consécration soit libre. Je restitue à la sainte Église Romaine ceux des biens et des régales appartenant à saint Pierre qui, depuis le commencement de cette querelle jusqu'à aujourd'hui, lui ont été enlevés soit pendant le vivant de mon père, soit pendant le mien, et que je détiens ; quant à ceux que je ne possède pas, je ferai tous mes efforts pour qu'ils soient fidèlement restitués. Je rendrai de même, avec le conseil des princes et conformément à la justice, les biens des autres églises, des princes, des clercs et des particuliers qu'ils ont perdus dans le cours de cette querelle et que je détiens; quant à ceux que je ne possède pas, je ferai tous mes efforts pour qu'ils soient fidèlement restitués. J'accorde une paix sincère au pape Calixte et à la sainte Église Romaine et à tous ceux qui sont ou ont été de son parti. Je secourrai fidèlement l'Église Romaine dans toutes les circonstances où elle me demandera mon aide, et je lui rendrai la

» justice qui lui sera due, toutes les fois qu'elle m'adressera une » plainte (0. »

La convention fut passée avec l'assentiment et après délibération d'Adalbert, archevêque de Mayence ; de Frédéric, archevêque de Cologne ; de Bruno, archevêque de Trêves ; de Hartwig, évêque de Ratisbonne; d'Othon, évêque de Bamberg; de Bruno, évêque de Spire; de Hermann, évêque d'Augsbourg ; de Godebaud, évêque d'Utrecht; d'Udalric, évêque de Constance; d'Erlolf, abbé de Fulda; des ducs Henri, Frédéric, Bertolfe; des marquis Diepold et Engelbert: des comtes palatins Othou et Godefroy, et du comte Bérenger.

Le concordat fut proclamé officiellement le 23 septembre 1122, à

(1) Ego Galixtus episcopus, servus servorum Dei, libi dilecto filio H., Dei gratia Romanorum imperalori augusto , coQCodo electioQcs episcoporum et abbatum teutonici regni qui ad regnum pertinent, in presentia tua fieri, absque symonia et aliqua violentia, ut si qua inter partes discordia emerserit, metropolitani et comprovincialium consilio vol judicio, saniori parti assensum et auxilium prebaas. Electus autem regalia, absque omni exactions, per sceptrum a te recipiat et que ex his jure libi débet facial. Ex aliis vero parlibus imperii consecratus infra sex menses regalia absque omni exactione per sceptrum a te recipiat et que ex his jure libi débet faciat, exceptis omnibus que ad Romanam Ecclesiam pertinere noscuntur. De quibus vero mihi querimoniam fcceris et auxilium postulaveris secuudum ofiBcii mei debitum auxilium tibi preslabo. Do tibi veram pacem et omnibus qui in parle tua sunt vel fuerunt torapore liujus discordie.

In nomine sancte et individue Trinitatis, ego Heinricus, Romanorum imperator augustus, pro amore Dei et sancte Romane Ecclesie et domni pape f.alisti et pro remedio anime mee dimitlo Deo et sauctis Dei apostolis Petro et Paulo sancteque catholice Ecclesie omnem investiluram per j^anulum et baculum et concedo ia omnibus ecclesiis que in regno vol iraperio raeo suni, canonicam fieri electionem et liberam consecrationem. Possessiones et regalia beati Pétri, que a principio bujus discordie usquo ad liodiernam diem, sive tempore palris mei sivo etiam meo, ablata sunt, que habeo, eidem sancte Romane Ecclesij restitue, que autem non habeo ut restiluantur fideliter adjuvabo. Possessiones etiam omnium aliarum ecclesiarum et principum et aliorum lam laycorum quam clericorum que in guerra ista ammisse sunt, concilio principum vel justitia, que habeo reddam, que aulem non habeo ut restituantur fideliter juvabo. Et do veram pacem domino pape Calixto sancteque Romane Ecclesie et omnibus qui in parte ipsius sunt vel fuerunt, et in quibus sancta Romana Ecclesia mihi auxilium poslulaveril, fideliter juvabo, et de quibus mihi fecorit querimoniam debitam sibi faciam justitiam. Htec omnia acta sunt, etc. {Monum. Germ. hist., Leges, t. II, p. 76. — Ekkehardi Chronicon, ibid.^ Scriplores, t. VI, p. 260; — Anselmus Gembl.\ce.nsis, ibid.. t. VI, p. o78; — Bullaire, n° 313, t. II, p. 63; — J.-L., n° 6986, etc. — Le fac-similé ci-contre du texte impérial du concordat, qui est conservé aux archivcîs du Vatican, a été publié dans les Miltheilungen des Insliluts fur œslerreicliisclie Geschicldsfarscliung , t. VI. Il préseule quelques variantes. Le comité de rédaction de cette Revue a bien voulu m'autoriscr à le reproduire. — Cf. Liber pontificaiis, t. II, p. 378.

Worms, en plein air, sur les bords du Rhin, en présence d'une foule considérable. Lambert, cardinal-évêque d"Ostie, célébra la messe ; il donna le baiser de paix à Henri, en signe de réconciliation, et lui administra la communion. Les légats accordèrent aussi l'absolution à toute l'armée impériale et à ceux qui avaient suivi l'empereur dans sa lutte contre l'Église.

C'est afin d'engager le pape à approuver ce concordat que l'archevêque de Mayence lui écrivit la lettre dont il a été question plus haut et qui relate la résistance opposée d'abord par l'empereur.

A quelque point de vue qu'on se place, on ne peut s'empêcher de reconnaître que le concordat de Worms fut un acte de haute et sage politique, dont les bienfaits, pendant cette période troublée du moyen âge, ont été inappréciables. Il détermine en effet rigoureusement une partie, et non la moins essentielle, des rapports qui devaient exister entre l'Église et l'empire. Le savant évèque de Roltenbourg, M^'' Héfélé, a, dans son Histoire des conciles^ jwgé, comme il convient, ce fait dans trois pages que je demande la permission de reproduire (') :

« Par le concordat de Worms, ou par le pacf.um Calixtinum, comme quelques-uns le nomment, l'empereur renonça surtout à l'investiture par l'anneau el la crosse, il est incontestable que la demande de l'Église au sujet de cette renonciation était basée sur la nature même des choses. L'anneau et la crosse sont les insignes du pouvoir ecclésiastique ; l'anneau est le symbole du mariage mystique avec son évêque, et la crosse est le signe de son pouvoir de pasteur. Par conséquent, en donnant ces insignes aux évêques, l'empereur paraissait affirmer que le pouvoir ecclésiastique découlait du pouvoir impérial et que celui-là était le vassal de celui-ci ; el cependant, telle n'était pas en réalité la pensée des empereurs. Ils ne tenaient tant aux investitures que parce qu'elles maintenaient leur influence sur la possession des évêchés et des abbayes. Leur droit était de conserver celte influence, par la raison que les évêques et les abbés n'étaient pas seulement des pasteurs, mais aussi des princes ayant dans l'empire une très grande situation.

» L'empereur était même obligé de s'appuyer sur ces vassaux

(I) T. VII, p. 176-17<J.

ecclésiastiques pour paralyser les efforts que faisaient les sujets laïques pour arriver à une souveraineté indépendante. Que, dans le fait, les empereurs n'aient voulu s'attribuer les droits d'élection et d'investiture qu'à cause de la position politique des prélats, c'est ce que prouve le contrat de Sutri, dans lequel Henri V renonçait à la fois aux élections et aux investitures, si de leur côté les prélats voulaient renoncer à leurs regalia. En regardant cette puissance politique des évoques allemands comme leur puissance principale, et en partant de ce principe pour se réserver toute influence sur l'occupation des sièges épiscopaux, etc., les empereurs étaient exclusifs, beaucoup plus exclusifs même que Grégoire et ses successeurs, qui voulaient enlever aux empereurs tout pouvoir sur les élections, car en réalité le pouvoir ecclésiastique des évêques était le principal et l'autre n'était que secondaire. Tant que l'on s'obstina de part et d'autre à rester dans des solutions extrêmes, il n'y eut pas possibilité de s'entendre; l'entente ne fut possible que lorsque chacun des partis reconnut les droits de Taulre. C'est ce que fît le concordat de Worms, car il assurait à l'Église la libre élection de ses pasteurs et à l'empereur une influence notable sur ces mêmes élections. Cette influence provenait de ce que l'empereur avait le droit de décider dans les élections douteuses (toujours dans le royaume d'Allemagne proprement ditV, enfin d'un privilège qui fut seulement indiqué sans jamais être exposé en détail. Dans le royaume d'Allemagne, l'élu devait recevoir les regalia avant son sacre ; l'empereur avait donc par là même la possibilité d'éloigner indéfiniment de la charge épiscopale un sujet qu'il croyait être son ennemi. En revanche, on ne lui avait pas fait cette même concession pour les autres parties de l'empire, c'est-à-dire pour l'Italie et la Bourgogne. Dans ces pays, le sacre était tout à fait iiulépendant de l'empereur, et celui-ci était tenu de donner les regalia au nouvel évêque six mois après ce sacre. Quant à la raison qui avait fait accorder à l'empereur ces énormes concessions pour le seul royaume d'Allemagne, c'est que, dans ce royaume, les évêques étaient beaucoup plus riches et beaucoup plus puissants que partout ailleurs.

» Cette influence de l'empereur sur la possession des évèchés, abbayes, etc., étant ainsi sauvegardée, le premier motif pour lequel l'empereur tenait aux investitures s'évanouissait de lui-même. Mais

DU PAPE CALIXTE II. loi

il y Cil avait nn second qui explique bien la ténacité des empereurs dans cette longue question des investitures. Les papes antérieurs avaient regardé le côté ecclésiastique des évèques, etc., devenus princes, comme méritant seul d'être pris en considération, et ils avaient laissé dans l'ombre le côté et le rôle politique de ces mêmes évêques. Aussi avaient-ils défendu que des clercs consentissent, à cause des biens qui étaient en leur pouvoir, à devenir les vassaux et pour ainsi dire les serviteurs d'un laïque. Le résultat logique de cette manière de voir fut la demande émise à Sutri par les papes, d'après laquelle les prélats devaient renoncer à leurs regalia; or, exiger cela, c'était se heurter à l'impossible; aussi pouvait-on avec justice faire valoir du côté de l'empereur que les vassaux étaient tenus au service de l'empire tout autant que les vassaux laïques. Ainsi que nous l'avons vu, le pape Galixte avait reconnu ce qu'il y avait de fondé dans cette réclamation, mais l'empereur ne pouvait se contenter de paroles dans une affaire si grave. Comme un acte solennel, c'est-àdire le sacre, conférait aux évêques le pouvoir ecclésiastique et leur imposait des devoirs rigoureux vis-à-vis de l'Église, de même, un autre acte solennel devait les mettre en possession des regalia, leur imposer des devoirs à l'égard de l'empereur et faire ressortir ce principe que le pouvoir civil des évêques découlait de l'empereur. Le moyen âge allemand, si riche pour tout ce qui touche aux symboles et aux formes extérieures, ne pouvait certainement pas comprendre que l'on contractât des devoirs aussi importants vis-à-vis de l'empire sans qu'un acte solennel et symbolique rendit cet engagement comme visible à tous les yeux. Aussi la remarque du savant évêque de Ghâlons, que les évêques français remplissaient leurs devoirs à l'égard de leur roi sans avoir besoin d'une pareille cérémonie de l'investiture, ne fit-elle aucune impression (0. Néanmoins, l'investiture par l'anneau et par la crosse, à laquelle les empereurs prétendaient avoir droit, était un symbole qui dépassait de beaucoup le but qu'on se proposait; aussi le conflit continua-t-il entre l'empire et l'Église, jusqu'à ce qu'on eut trouvé une autre forme assurant à l'empire ses dsoits sans léser ceux de l'Église; cette forme était l'investiture par le sceptre, laquelle était d'autant

(1) Cf. plus haut, p. G3.

pins logique que les vassaux laïques étaient investis de la même manière.

« Il est possible que la formule de serment que chaque évêque et chaque abbé devaient prêter à l'empereur ait été rédigée à Reims; elle était ainsi conçue : « A partir de ce moment, je serai, de toute » ma volonté et de tout mon pouvoir, fidèle à l'empereur; je ne » prendrai part à aucune attaque contre sa vie, ses membres, son » empire et contre son pouvoir légitime, et, dans l'intérieur de l'empire, » je le défendrai de toutes mes forces contre quiconque voudrait l'atla- » quer. » Après la prestation de ce serment, le commissaire impérial devait à son tour faire à l'évêque ou à l'abbé la promesse suivante : « Mon maître (l'empereur) ne se vengera en aucune façon de ce que » tu as pu faire contre lui, et il ne t'enlèvera pas les biens que tu » possèdes d'une manière légitime (i). »

Le 11 novembre suivant, Henri V présida à Bamberg une assemblée des seigneurs allemands qui n'avaient pas pu assister à la diète de Worms. Ils appronvèrenl ce qui s'était passé dans cette dernière ville.

La première querelle des investitures était donc définitivement terminée; l'Église recouvrait son indépendance, sans que l'honneur de l'empire en fût diminué, ce que Henri semblail redouter par-dessus tout ; la paix et la tranquillité allaient succéder aux luttes qui avaient, à propos de cette question irritante, ensanglanté si longtemps l'Allemagne et l'Italie. Ce résultat, que tant de papes avaient poursuivi sans l'atteindre, Calixte l'avait obtenu, grâce à son habile'é, à sa persévérance et à son énergie. Il suffirait pour lui assigner une place parmi les plus grands papes du moyen âge, à côté de Grégoire VII et d'Innocent III.

Grégoire, cardinal-diacre de Saint- Ange et l'un des trois légats qui assistèrent à la diète de Worms, fut chargé d'aller informer le pape de ce qui s'y était passé. Il était accompagné d'ambassadeurs de l'empereur qui devaient remettre de sa part à Calixte des présents. La nouvelle de l'heureuse issue de la diète combla de joie le pape, qui, le 13 décembre, s'empressa d'écrire à Henri une lettre de

(1) Mansi, Concil., t. XXI, col. l.'7G. — Cf. Pandolphe, dans Watterich, l II, p. l'20, cl dans l'abbé Duchesne, l. II, p. 378.

remerciements et de félicitations pour sa réconciliation avec l'Église. Il lui recommandait ses deux légats, Lambert, évêque d'Ostie, et le cardinal Saxo, qui étaient auprès de lui, et le priait de les renvoyer au plus tôt, à cause du concile général qui allait se tenir à Latran. « Quant à vos ambassadeurs, ajoutait-il, ordonnez-leur de » rendre en entier les régales à l'Église Romaine, selon que vous » l'avez promis. Nous vous remercions à ce sujet au nom de notre » neveu, Etienne, évêque de Metz, et de ses frères, parce que nous » savons qu'ils ont les premiers éprouvé les effets de votre bonté. ^) C'est une preuve que la paix part d'une bonne volonté, lorsque les » œuvres sont faites de bonne volonté. Nos frères les évêques, les » cardinaux ettout le clergé romain s'unissent à nous pour vous saluer, » vous et les princes de votre cour, priant la miséricorde de Dien de » vous garder longtemps pour son honneur et celui de son Église (i). » La réconciliation semble avoir été sincère de côté et d'autre. A la lettre du pape, Henri répondit par une autre lettre, non moins affectueuse, qui témoignait d'un égal désir d'entretenir avec Rome de bons rapports. Il faisait part à Calixte de son projet d'aller lui faire une visite et de régler avec lui quelques derniers détails de la grave question qui les avait si fort divisés. Les ambassadeurs impériaux avaient pour mission d'en informer le pape. Ce projet d'entrevue, qui devait sans doute avoir lieu lors du prochain concile général, n'eut pas de suite (2).

(Il Omnipotenli Domino Deo noslro.... laudes et gralias agimus, qui per immense bonitalis sue clemenliam cor tuum aspiratione Spiritus sancli illustravit et le, jamdudum nimium reluclantum, nunc tandem ad ^cclesiœ gremium revocavit. Siquidem, prout dilecli filii noslri cardinalis et fidelium nuntiorum tuorum relatioue ac litlerarum lectione percepimus, sano usus consilio, nostrœ Ecclesiée catholice siilutaribus monitis humiliter obedisti. Et nunc crgo in beati Peiri filium paterne affectionis brachiis te suscipimus et personam tuara et inperium deinceps tanto amplius et lanto benignius diligere ac divina preeunte gratia honorare optamus, quanto devolius pre tuis modernis predecessoribus Romane jEcclesite obcdiens extilisti et quanto specialius carnis nobis es consanguinitate conjunctus, etc. {Bullaire, n° 322; — J.-L., n" 6995 (.M04).

(2) La lettre de l'empereur à Calixte, que je crois inédite et qui ne me parait pas avoir été signalée jusqu'ici, est conservée dans le ms. 463 de la Bibliothèque de Cambrai, fol. 1 ; elle est d'une écriture du courant du xii' siècle. En voici la fin, qui est la partie la plus importante : Sedit igitur in délibérations nostri consilii, omnibus nostris negotiis sepositis, ad videndam et salutandam faciem vestre saoctitatis festinare et omnes curas Romani inperii vestris et .^Ecclesiée negotiis cum

C'est pour perpétuer le souvenir du concordat de Worms et de la fin de la première querelle des investitures que Calixte II fit ériger dans le palais de Latran, sous le vocable de saint Nicolas, une chapelle (t) qui, à plusieurs reprises, a attiré Fattention des archéologues et des érudits. Pietro Sabino , Onofrio Panvinio (-) , Jacques Grimaldi (3), et de notre temps MM. de Rossi ('i>, Marriot (^), Eugène Mûntz (fi) et l'abbé Duchesne ('), sauf omission, se sont occupés de ce monument, élevé surtout en l'honneur des papes qui avaient combattu pour l'indépendance de l'Église.

Calixte avait fait peindre dans l'abside deux séries de portraits, qui, au jugement de Panvinio et de Grimaldi, n'avaient aucune valeur artistique (8. Dans la conque de l'abside était représentée la

omni devolioue et liumililale, sicut debenius, prestare el muluo coQsiliura cl auxiliam sanclœ malris uoslree yEcclesiae et vestrte paternitatis ia quibus eque indigenius fiducialiter expectare. Millimus itaque dileclioni vestrœ legalos nostros qui vobis vice vestra ad bonorem Doi et beatorum apostolorum Pétri et Pauli et ad vesti-iun beneplacitum noslra auctoritale quecumque possiut expédiant et nostro advenlui ex nostro consilio et deliljeratione preparationem faciant, in quo per Dei misericordiam, consenlienle et idem volente aposlolica aucloritate el imperiali dignitate, quicquid residuum est facile cxpedietur cl omnis querela judicio et volunlate Jîcclesiis sopietur. Quoniam eaim Deus ex una et eadera linea carais et sanguinis principem sacerdocii et imperii populo suo preordinavit, soUicitius nos ambos animadverlere raouuil quatinus et Deo et populo salulares simus. Cetera fidei Icgaforum qui tain vobis quam nobis doraeslici sunt et familiares commisimus. Salutamus omnes qui vobiscuni sunt. (Lettre n° 9*, à la suite du Bullaire.)

(1) M. l'abbé Duchesne, Liber ponlificnlis, t. H, p. 3-25, n. 2'2, croit qu'elle succéda peul être à l'anlique oratoire de Saint-Césaire dans le vestiarium du palais pontifical.

v2) Oaupbrii Panvini De VU Urhis ecdesiis, p. 173-177. — Le ms. iat. ôl79 de la Bibliotbèquc nationale contient, p. .îId, une copie de cette description.

(3) Les notes de Jacques Grimaldi, relatives à la chapelle de Saint-Nicolas, sont conservées dans les mss. 135 et 5407 do la Bibliothèque du Vatican. M. Milnlz avait bien voulu me les communiquer avant l'impression de son travail sur Grimaldi, dans la Bibliothèque des Écoles d'Athènes et de Rome, 1877, t. I, p. 253, et dans la Hivista Europea, 1881, p. 35-38 du tirage à part.

(4) Inscriptiones christianas, t. II, p. 427, w 59, et Esame sl07-ico ed archeologico deli iimiagine di Urbano II papa, etc., dans Gli studi in Ilalia, 1881.

(5) MARRroT, Vestiarium chrislianum, pi. XLVI, a donné une reproduction de la partie supérieure do l'abside.

(6) Voir la noie 3.

(7) Liber pontificalis, t. II, p. 325-326, n. 22, el p. 378-379, n. 5, et Le nom d'Anaclel II au palais de Latran, dans les Mémoires de la Société nationale des antiquaires de France, t. XLIX (1889), p. 197-206.

(8) Fœdissima pictura, dit Panvinio, l. L; — pictura inepla, dit Grimaldi, L l.

Vierge-Mère, assise sur un trône, couronnée par la main divine, tenant l'Enfant Jésus sur ses genoux et ayant une croix dans la main droite; deux anges étaient à ses côtés. A droite, saint Sylvestre, revêtu du pallium, la tiare sur la tète, un livre fermé à la main et bénissant à la latine ; à gauche, un pape, que Grimaldi dit être saint Anastase, ou un archevêque, revêtu du pallium, sans tiare et ayant derrière la tête un nimbe à peine visible. Aux pieds de la Vierge, à droite, on voyait Calixte II agenouillé, avec le nimbe carré ; à gauche, un autre pape, que Grimaldi donne comme étant Anastase IV. Au-dessous, on lisait l'inscription suivante :

Prœsidet œthercis pia Virgo Maria choreis.

Une série de neuf figures formait au-dessous un second groupe; au centre était saint Nicolas. Il avait à sa droite saint Grégoire le Grand, Alexandre II, Grégoire VII, Victor LU ; à sa gauche, saint Léon le Grand, Urbain II, Pascal II et Gélase II.

Une deuxième inscription entourait la précédente à droite et à gauche et rappelait que Calixte avait fait ériger la chapelle de Saint- Nicolas. Au temps où écrivaient Panvinio et Grimaldi, elle était en partie effacée et on ne lisait plus que :

Suslulit primo lomplu^m) Calixl(us) ab imo Vir late Gallorum nobilitate,

pat culmine Hoc opus ornavil variisq(ue) raodis decoravit.

Pielro Sabino, qui vivait un siècle auparavant, avait vu ces inscriptions en meilleur état de conservation. Dans le recueil épigraphique qu'il off'rit, en 1495, au roi Charles VIII, lors de son passage à Rome, la dernière est ainsi restituée :

Suslulit hoc primo templum Callislus ab imo Vir celebris laie Gallorum nobilitate.

Letus Callislus papatus culmine fretus Hoc opus ornavil variisque modis decoravit.

M. de Hossi avait proposé une transposition, que nécessite la règle du vers léonin, et une modification orthographique qui donnent : (( Calixtus letus, » au lieu de « Letus Callislus. » M. l'abbé Duchesne fait remarquer qu' « il est singulier que le nom de Calixte II soit » répété deux fois dans un texte si court, et qu'il est étrange que ce » pape ait parlé de lui-même dans les termes du second vers. Enfin

» la teneur du premier vers, rapprochée de celle du quatrième, » donne lieu de croire que rinscription distingue et commémore » deux travaux successifs, la construction (sustulit), accomplie » d'abord (-primo), puis la décoration, exécutée par un autre » pape (1). » C'est ce qui explique peut-être pourquoi Costantino Gaetani, abbé du Mont-Cassin, dans sa vie de Gélase II, a essayé de rétablir ainsi le troisième vers :

Yerum Anastasius papatus culmine quartus.

Le nom du pape Anastase IV venait alors de surgir pour la première fois d'une manière bien imprévue dans le groupe de l'abside, où Galixte II et un autre pape, d'abord anonyme, sont agenouillés aux pieds de la Vierge. Il fut ajouté au-dessous du portrait de ce pape, vers 1600, lorsque les pénitenciers de Saint-Jean de Latran, à qui le pape Pie V avait donné, en 1570, cette partie du palais pontifical, y tirent faire des travaux de réparations et d'aménagement plus pratiques, semble-t-il, qu'intelligents. Le nom primitif de Galixte devint Chalisto pp. ii. Dans le second groupe, les noms de Victor III et d'Urbain II furent remplacés par ceux de Gélestin 1" et de saint Galixte l". Pascal II et Gélase II devinrent Pascal I" et Gélase I" ; ceux des autres papes furent respectés ("?,\ mais, ainsi que l'a bien fait remarquer M. l'abbé Duchesne, avec ces modifications « disparut » l'expression de la haute idée qui se rattachait au monument (3). »

Le savant éditeur du Liber pontificalis, dans une série d'habiles déductions, auxquelles je renvoie le lecteur, démontre que si Galixte II a fait entreprendre la construction de la chapelle Saint-Nicolas, les travaux en ont été terminés sous l'antipape Anaclet 11 (1130-1138), et il propose de rétablir ainsi le troisième vers de l'inscription :

Prasul Anacletus papatus culmine frétas.

Il ajoute : « Mon opinion est que le nom d'Anaclet 11 a été etfacé » de ce monument, eflacé exprès, après sa mort et sa défaite i^). »

(t) Liber pontificalis, I. II, p. 3'2;), n. 22.

(2) Le ms. ô407 de la Bibliothèque du Vatican contient une indication du nouvel élat de ces peintures.

(3) Le nom d'AnacIel II au palais de Lalran, l. l., p. 201.

(4) Liber pontificalis, t. II, p. 325 et 326 ; — Le nom d'Anaclet II au palais de Lalran, l. L, p. 204-205.

La chapelle Saint-Nicolas fut démolie en 1747, sous le pontificat de Benoît XIV. Galixte y avait fait annexer deux chambres ou salles, avec un vestiaire ou garde-robe au-dessous. L'une de ces chambres, où se donnaient les audiences et où étaient traitées les afïaires publiques, était ornée de peintures représentant les divers épisodes de la querelle des investitures. Ces peintures existaient encore au temps de Panvinio, qui nous a laissé ces détails, mais elles ont disparu sans qu'il en soit arrivé jusqu'à nous de reproduction authentique.

L'un de ces tableaux représentait Alexandre II et ses cardinaux foulant aux pieds l'antipape Cadaloùs ou Gadolus. Au-dessous, on lisait ce vers :

Régnât Alexander, Gadolus cadit et superalur.

Sur un deuxième, on voyait Grégoire Yll, Victor III, Urbain II et l'antipape Guibert :

Gregorius, Victor, Urbanus caltiedram tenuerunt; Gibertus cum suis tarulem destructi fucruiit.

Le troisième représentait Pascal II et Gélase II foulant aux pieds les antipapes Albert, Silvestre IV et Thierry :

Ecclesiae decus Paschalis papa secundus Albciium damnât, Maginulfum, Theodoricum.

Enfin, sur un quatrième, on voyait Galixte II :

Ecce Calixlus, honor patriae, decus impériale, Nequam Burdinum damnai pacemquc reformat (1).

Comme si ces tableaux n'avaient pas suffi pour attester le triomphe de l'Église sur les empereurs d'Allemagne et les antipapes, Galixte fit de plus peindre sur les murs de la même chambre le texte du concordat de Worms ; il était encore visible du temps de Panvinio.

(l) Onuphrii Pa.nvini, .. . de sacrosancla basilica, baplislerio el palriarckio Laleranensi libri qualluor, dans lo De Vil Urbis ecdesiis, p. 175; — l'abbe Uuchesne, Liber pontificalis, t. II, p. 378 et 379. — Cf. Pandolphe, ibid., p. 378-379, et aans Watterich, t. II, p. 120. — ....Et ad tante ultionis memorio conservationem, in caméra palatii sub pedibus domini pape conculcatum [BurdinumJ depinxerunt. (SuGBR, Vie de Louis le Gros, éd. .Molinier, p. 95.)

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