CHAPITRE XII
Voyage de Calixte en Italie et répression de révoltes. — Les cardinaux Pier Leone et Grégoire légats en France. — Rivalité des archevêques de Tolède et de Compostelle, — L'archevêque de Trêves cl Élienne, évêque de Melz. — Saint Othon, évêque de Bamberg, évangélise la Poméranic. — Cali-ste II et les chrétiens de Terre sainte et d'Espagne.
Calixte passa à Rome les doux mois qui suivirent le concile ; il accorda d'assez nombreux privilèges à des évèques et à des abbés venus pour assister aux délibérations W. Un seul de ces privilèges mérite d'être signalé : c'est celui que Pierre, évêque de Ségovie, obtint pour son église, le l(7avril 1123, à la demande d'Alphonse, roi de Castille, et neveu du pape. Pendant plus de trois cents ans, Ségovie, prise et ruinée par les musulmans, abandonnée par les chrétiens, avait été sans évêque. Mais Alphonse le Vaillanl, roi de Léon et de Castille, la reprit et la fit reconstruire ; l'évèché fut rétabli et, avec le consentement des évèques voisins, Pierre fut placé par le clergé et le peuple de la ville à la tète de la nouvelle église. Par ce privilège, Calixte lai rendait ses anciens droits et confirmait ses possessions (2).
(1) Bulles pour Noire-Dame de Blois, Usenhoven, Sainte-Croix de Bordeaux, Saint-Bertia, Monliernouf de Poitiers, Monopoli, Hambourg, Padoue, la Cluse, Gellone, Palerrae, Senones, Saint-Arnould de Metz, Regeusdorf, Michielfcld, Saint- Benoît de Crème, Sainl-Sauvcur et Sainte-Julie de Brescia, Saint-Fausiin et Sainte- Jovite de Brescia, Saint-Dié, Payerne, Saint-Ghislain, Saint-Outrille de Bourges, Saint-Élienne de Melz, Saint-Jean de Besançon, Montmajour, le Bec, Saint-Victor do Marseille, Pavie, Laon, Saint-Pierre de Triefenstein, Saint-Ruf, Saint-Georges de Venise, Notre-Dame de Glaslon, Saint-Jean-d'Angcly, Saint-David, Saint- Edmond, Notre-Dame au delà du Tibre; lettres à ou pour Girbert, évèquo de Paris; Judith, abbesse de Remiremont ; au clergé d'Augsbourg, à Adalbcrl, archevêque de Mayence; au peuple de Hambourg-, aux évoques de Corse, à l'archevêque d'Aix, à l'évêque de Laon, àAmédée, évoque de Maurienne ; à Raoul, archevêque de Reims. Ces documents sont compris dans le Bullaire ou indiqués dans le Catalogue des actes, sous les n" 3Jt)-409; — J.-L., n"» 70-2fi (5118)-7075o.
(2) Bullaire, u" 394, t. H, p. ISG; — J.-L., u" 70G1 (5139).
Le 6 mai, le pape consacra l'église Sainte-Marie in Cosmydin, ainsi que le rappelle une double inscription placée dans la nef latérale de gauche (').
Jusqu'à la fin du xi' siècle, Arras n'avait eu d'autres évoques que ceux de Cambrai, tout en ayant une administration ecclésiastique distincte. Lambert, le premier évêque, fut élu en 1095. Son successeur, Robert, refusa de reconnaître à Burcbard, évoque de Cambrai, toute autorité sur son église. Celui-ci, étant allé à Rome, se plaignit à Calixte du démembrement de son diocèse et de la désobéissance de Robert. Le pape promit à Burcbard d'examiner soigneusement sa plainte, puis il écrivit, le 7 juin suivant, à Raoul, archevêque de Reims, d'envoyer à Rome l'évoque d'Arras, pour qu'il justitiàt sa conduite. Robert, muni de lettres du roi Louis le Gros, se présenta à Calixte, qui le reçut avec beaucoup d'égards. L'évêque de Cambrai était aussi attendu, mais le pape fut informé qu'il avait été retenu par l'empereur jusqu'au jour de l'entrevue qu'il devait avoir avec lui. Robert retourna à Arras, sans que l'affaire qui l'avait amené à Rome eût été terminée ("-'.
Des révoltes ayant éclaté dans les Étals de l'Église, Calixte, qui voulait que ses droits et son autorité fussent respectés, se mit à la tête d'une armée et vint attaquer les rebelles. Il assiégea plusieurs châteaux forts, s'empara de Maenza, vengea l'assassinat à Piperno de Crescent, personnage de sa maison, en faisant décapiter le meurtrier
(Il Ces inscriptions sont ainsi conçues : Anno MCXXIII, indictione prima, dcdicatum fuit hoc aUare per manus Gallisti papœ secundi, sui pontiQcalus anuo quinto, mense maio, die sexla, Alpliano, camerario ejus, dona plurima largiente.
Anno quinto pontifîcalus domini Callisli secundi papas, mense maio, die sexta, dedicalum est hoc allare per manus ipsius, ulji reconditœ sunt hae reliquiaî. (Suit la nomenclature des reliques, qui avaient été données par Gélase II.) (Baronius, Annales ecdesiasdci, t. XVIII, p. 363 ; — Muratori, Rerum ilalicarum scriptores, I. m, I, p. 379; — l'abbé Duchesme, Liber ponlificalis, t. Il, p. 318, n. 9.) — Le 28 janvier précédent, Calixte avait semblablement consacré l'église Sainte-Agnès, ainsi que l'indique celte inscription : Anno Domini MCXXIII, indictione prima, mense januario, die vigesima octava, bœc ecclesia S. Agnetis dedicata est a domno Callisto papa, cum remissione annualim dicta die unius anni et quadraginta diernm. Hœ sunt reliquiae in altari positte.... (Baronius, l. l., p. 362.)
(2) Chronicon Sancti Andréas, dans les Monum. Germ. hisl., Scriptores, t. VII, p. 547. — Cf. la lettre à Raoul, archevêque de Reims [Bullaire, n" 409, l. II, p. 212 ; — J.-L., n" 7075 a), et la lettre à Louis le Gros, du 19 février 1124. {Bullaire, n" 485, t. II, p. 301; — J.-L., n» 7143 (.5168).
et exposer publiquement sa femme et ses fils, qui avaient été ses complices. Il prit aussi Aqiiapuzza (i).
Ce fut sans doute au cours de la même campagne qu'il châtia Geoffroy, Lando et Renaud, comtes de Ceccano, qui s'étaient soulevés. Mais il fut trahi par Rainulfe, comte d'Airola, et la répression fut moins sévère qu'elle ne l'eût été {-). Geoffroy avait enlevé au Mont-Cassin le monastère Saint-Pierre « de Yscleta ; » Calixte le frappa d'excommunication, jusqu'à ce qu'il réparât ses torts envers le Mont- Cassin (3). Il dut aussi, à la demande de l'abbé, et peut-être vers celte époque, intervenir dans les affaires du monastère de Glanfeuil, qui dépendait du Mont-Cassin et avait eu à subir des déprédations, notamment de la part du comte d'Anjou. Il donna des ordres pour que les biens enlevés à Glanfeuil lui fussent restitués (4).
Du Mont-Cassin, Calixte alla à Bénévent, où nous le voyons, le 12 septembre. Pendant son séjour dans celte ville, il écrivit à Lonis le Gros, en termes affectueux, pour lui recommander particulièrement le cardinal Pier Leone, son légat en France avec Grégoire, cardinal du titre de Saint-Ange.
« Vons reconnaissez, lui disait-il, tenir du Seigneur la grâce et la » puissance royale ; nons le savons et nous en réjouissons; car vous » aimez Dieu, vous respectez les églises et vous rendez aux ecclésias- » tiques le respect et l'honneur qui leur sont dus. C'est pourquoi, » très cher fils, nous vous envoyons notre bénédiction apostolique, » en vous exhortant et vous avertissant de persévérer, avec la grâce » de Dieu, comme un roi religieux et catholique, dans ce glorieux » dessein.... Nous recommandons tout spécialement à Votre Majesté » notre très cher fils Pierre, cardinal-prêtre du Saint-Siège. Car, sui- » vant une ancienne coutume du siège apostolique, nous le déléguons
(1) Galixtus papa, iterum et itei-um coagrogato exercilu, post alia castra oxpuguavit, cepit Mageatiam et Baro {al. baro) capito trimcatus est uxorquo illius et filii expositi, qui intorfecerant apud Piponium Grescenliiim, coaiilem domini papae. Idem fecit Aqueputio. {Annales Ceccaiienses, dans les Monum. Gerin. hist.,Scriptores, t. XIX, p. 282.)
(2) Pandolphe, dans Watterich, t. II, p. 117, et daus l'abbé Dochesne, t. II, p. 323.
(3) Chronica monaslerii Casinensis, auct. Petro, 1. IV, dans les 3l0)mm. Germ. hist., Scriptores, t. VII, p. 80j.
(4) Id., ibid.
» a latere dans les régions soumises à voire puissance, afin qu'il » corrige et confirme ce qui doit être corrigé et confirmé. Nous » prions donc Votre Majesté et ravertissons dans le Seigneur de le » recevoir avec respect comme noire vicaire, de le traiter lionora- » blement et de lui donner conseil el secours, pour qu'il puisse rem- » plir la mission dont il a été chargé. Nous bénissons et vous char- » geons de saluer la reine, votre épouse, et votre fds Philippe, que » nous chérissons comme nous-même ; nous prions la miséricorde » du Dieu tout-puissant de vous garder longtemps, vous et eux, » sous la protection de sa droite, sains et saufs. Nous saluons et » bénissons aussi le chancelier Etienne et tous vos fidèles sujets.
» Donné à Bénévent, le 30 septembre (0. »
A peu près au moment où la leltre de Calixte parvenait à Louis VI, les deux légats entraient à Séez, presque pour recevoir le dernier soupir de Serlon, évêque de cette ville. En efTet, le 27 octobre, un messager vint annoncer leur arrivée. Serlon, déjà souffrant, commanda aux clercs qui l'entouraient de leur prodiguer les plus grands soins et de leur donner en abondance toutes les choses nécessaires, comme aux représentants du pape, qui est, après Dieu, le père universel. Puis il s'assit, demeura seul, pendant que son clergé allait au-devant des légats, et, peu de temps après, il mourut (2).
On sait aussi qu'ils visitèrent, dans sa solitude de Muret en Limousin, saint Etienne de Thiers, le fondateur de l'ordre de Grandmont. Enfin, il est généralement admis que, dans le courant de l'année 1124, ils présidèrent, Pier Leone, les conciles de Chartres et de Beauvais ; Grégoire, ceux de Clermont el de Vienne, dont les actes sont perdus. Du concile de Chartres, il reste seulement le discours qui y fut prononcé par Hildebert, évêque du Mans (3), et de celui de Vienne, l'acte de confirmation des biens de l'abbaye Saint-Barnard de Romans, qui nous donne les noms des Pères de ce concile : Pierre, archevêque de Vienne ; Alton, archevêque d'Arles ; Foulques, archevêque d'Aix ; Hugues, évêque de Grenoble ; Etienne, évêque de Die : Amédée, évêque de Maurienne ; Hubert, évêque de Genève; Léger, évêque d'Avignon ; Pons, évêque de Belley ; Pierre, évoque de Gap ;
(1) Bullaire, W 412, t. II, p. 216 ; — J.-L., n" 7077 (5046).
(2) Ohderic Vital, éd. Le Prévost, t. IV, p. 447.
(3) Ce discours est dans Mansi, Concil., t. XXI, col. 306.
Bérard, évêqiie de Mâcon ; Léger, évêqiie d'Apt ; Girard, évêque de Sisteron; Auger, évêque de Riez, et Pierre, évêque de Nice (i).
Par un hasard singulier, Grégoire devait être élu pape, le li février 1130, sous le nom d'Innocent II, et son compagnon devenait, au môme moment, l'antipape Anaclet II.
Nous avons vu que, dans le concile de Latran, Conrad, évêque de Constance, avait été canonisé, et que Calixte avait demandé que ses miracles fussent mis par écrit, s'ils étaient vrais. La lettre que Calixte adressa à ce sujet à Udalric, évêque de Constance, fut confiée aux députés que celui-ci avait envoyés à Rome. Mais ils furent arrêtés en route et jetés en prison. L'un d'entre eux, le chroniqueur Godescalc (Uodalscalcus), religieux de Saint-Udalric et Sainte- Afra d'Augsbourg, composa, pendant sa captivité, la vie de saint Conrad. Après sa mise en liberté, il offrit à Udalric son opuscule, avec la lettre du pape. Cette lettre fut lue en présence du clergé et du peuple de Constance, puis Udalric fit annoncer que, le 26 novembre, aurait lieu la translation des reliques de saint Conrad. La cérémonie se fit en grande pompe, au jour fixé, dans l'égUse Saint-Étienne ('').
Calixte prolongea son absence jusque dans le courant du mois de décembre. De Bénévent, où il était encore le 12 octobre (3), il revint par le Mont-Cassin (4), Ceprano (&), Tarenle (6), San-Valentino C'),
(1) Co document est dans Mansi, l. L, col. 318. — Dans le même recueil (col. 305), il est fait mention d'un concile qui aurait été tenu à Bourges, le 9 décembre 1123 : Simeon Dunelmensis in Hist. deGest. reg Angl. concilii Bituricensishis verbis meminit : Habitum est concilium apud Bituricas V idus decemb., sed nihil ejus superest.
(2) Pour plus de détails, voir la Vita Chounradi, Constanliensis episcopi, dans les Monum. Germ. hist., Scriptores, t. IV, p. 429, préface, et la Translalio.\ibid., p. 444 a.
(3) De Bénévent, Calixte confirma, le 12 septembre, les possessions du monastère de Tous les Saints de Bari ; le 7 octobre, les possessions de l'église de Tricarico ; lo 12, les possessions de l'église de Springirsbacli. {Bullaire, n°' 411, 413 et 414, t. Il, p. 21.Ô-219; — J.-L., n" 7076 (514Ô), 7078 et 7079 (5147).
(4) Au Mont-Cassin, il confirma, le l" novembre, les privilèges des abbayes de Marchiennes et de Voormezeele. {Bullaire, n"' 415 et 41G, t. Il, p. 220-223; — J.-L., n°' 7080 et 7081.)
(5) De Ceprano, il écrit, lo 3, à Raoul, archevêque do Reiras, au sujet des dîmes de Reninghe. {Bullaire, a' 417, l. Il, p. 225; — J.-L., n° 7082.)
(6) De Tarente, il écrit, le 10, aux évêques suffraganls de Besançon et aux abbés de la province. {Bullaire, n" 418, t. II, p. 226 ; — J.-L., n* 7083 (5148), et le 20 (?), il confirme les privilèges de l'abbaye Saint-Pierre do Vicence. {Bullaire, n" 419, t. II, p. 227; — J.-L., n" 7084.)
(7) V.labulle du l"- avril 1124. {Bullaire, n' 488, t. II, p. 304, et J.-L., t. I, p.814.>
San-Fabiano (0 et Acquapendente (2). Le 29 novembre, pendant qu'il était à San-Fabiano, Calixte prescrivit à l'archevêque de Braga, à ses siiffraganls, aux abbés et aux prévôts de saprovince, et à ceux de la province de Mérida, d'obéir à Diego, archevêque de Compostelle (3). Il voulait ainsi consolider l'autorité de Diego et mettre un terme aux récriminations de Bernard, archevêque de Tolède, qui ne se consolait pas, lui, autrefois légat de toute l'Espagne, d'en voir s'élever à ses côtés un autre, qui s'était fait attribuer les provinces ecclésiastiques de Braga et de Mérida, en attendant qu'il le dépouillât encore de la primalie.
Mais la lettre de Calixte ne fit que rendre Bernard plus furieux. 11 écrivit à Diego, en termes indignés, pour se plaindre de sa fourberie et de ses intrigues, qui ne tendaient à rien moins qu'à le supplanter ; il lui intimait l'ordre de lui obéir, comme au légat du pape et au primat d'Espagne; de ne pas s'occuper des affaires de la province de Mérida, de ne pas convoquer de concile national; enfin, il le sommait de venir à Léon pour se soumettre et donner satisfaction, sous peine d'excommunication en cas de désobéissance.
Diego fit part de ces exigences au pape, qui mit de nouveau Mérida sous la dépendance perpétuelle de l'église de Coinpostelle, et en informa Munion, évèque de Salamanque, et Gonzalve, évêque de Goïmbre. Ces deux prélats étaient invités à reconnaître Diego pour leur métropolitain et à lui obéir (4). Muni de ces nouvelles bulles et certain d'être soutenu par Calixte, Diego répondit à l'archevêque de Tolède que ses prétentions étaient injustes et absurdes ; qu'il ne dépendait, lui, Diego, que du pape; qu'il n'avait à lui obéir ni comme légat ni comme primat, et qu'il convoquerait un concile, malgré sa défense. Le concile fut en eflet tenu peu de temps après ; huit évêques et vingt-sept abbés y assistèrent (â).
Vers le même temps, Calixte fît savoir au clergé d'Allemagne et de France qu'il avait chargé Guillaume, cardinal-évêque de Palestrina,
(il A San-Fabiano, le 29 novembre, il confirme des possessions de l'église Saint- Martin d'Ypres. {BuUaire, n' 421, t. II, p. 230; — J.-L., n" 7086.)
(2) Le 3 décembre, il adresse d' Acquapendente une bulle aux chanoines de Sainte-Radegonde de Poitiers. {BuUaire, n' 422, t. II, p. 231 ; — J.-L., n" 7087.)
(3) BuUaire, n" 420, t. II, p. 229 ; — J.-L., n" 7085 (5149K
(4) Ibid., n" 503 et 504, t. II, p. 332;-, — J.-L., n" 7161 (5183) et 7162 (5184).
(5) Historia ComposteUana, dans VEspana sagrada, t. XX, p. 417.
de consacrer ceux des évêques de ces régions qui ne l'étaient pas encore, de corriger les abus et de régler les affaires ecclésiastiques en suspens (i). Guillaume eut à intervenir dans une affaire à laquelle fut mêlé Etienne de Monlbéliard, évêque de Metz et neveu du pape. Bruno, archevêque de Trêves, étant mort le 25 avril 1124, eut pour successeur Godefroy, qui ne semble pas avoir été digne d'occuper de si hautes fonctions (2). Intronisé le 2 juillet, il fît demander à ses sufïragants de se réunir pour sa consécration. Etienne y serait venu, s'il avait pu porter à la cérémonie le pallium qu'il avait reçu de Calixte (3). Mais le nouvel archevêque n'ignorait pas qu'Etienne, s'il faut en croire la chronique i^), cherchait à obtenir pour son église le titre de métropole au détriment de celle de Trêves; il ne voulut pas l'autoriser à revêtir le palUum. De plus, Henri, évêque de Verdun, prétextant qu'il était le plus ancien en dignité, contestait à Etienne le droit de consacrer Godefroy; l'évèque de Metz, de son côté, réclamait pour lui cet honneur, parce que son siège était au-dessus de celui de Verdun. Sur ces entrefaites, Guillaume, évêque de Palestrina, arriva à Trêves. Dès qu'Etienne en fut informé, il lui écrivit de ne pas donner la consécration à l'archevêque, mais Guillaume fit connaître le texte de la lettré du pape, qui l'autorisait à le faire. D ajouta d'ailleurs qu'il s'effacerait devant Etienne, s'il venait à Trêves; sinon, il le remplacerait, ainsi qu'il en avait la permission de Calixte. La cérémonie eut lieu le dimanche 7 septembre, en l'absence d'Élienne et en présence de Henri, évêque de Verdun, et de Conrad, évêque de Toul (5).
(1) Bullaire, n" .î05, t. II, p. 333; — J.-L., W 7163 (5185).
(2) Il est fait do lui un portrait assez peu flatteur dans les GesLa Godefridi, archiepiscopi Treverensis, dans les Monum. Germ. hisl., Scriplores, t. VIII, p. 200.
(3) Etienne, élu évêque de Metz en 1 120, après la mort de Tliéotger, qui, de Reims, avait suivi Calixte à Gluny, obtint à Rome le pallium, en 1120, au mois do décembre, en même temps qu'il fut fait cardinal. (Cf. Gesla episcoporum .}feUensium, dans les Monum. Germ. hist., Scriplores, t. X, p. 544.) Bruno ne put donc pas, comme on le voit quelquefois, se plaindre au pape des velléités d'indépendance de son neveu envers son métropolitain : Etienne alors n'était pas encore évoque. (Cf. Vita Theogeri, Metensis episcopi, dans les Monum. Germ. Iiùt., Scriplores, t. XII, p. 479.)
(4) Gesla Treverorum, dans les Monum. Germ. hisl., Scriplores, t. VIII, p. 196, et Gesla Godefridi, l. L, p. 201.
(5) Gesla Godefridi, l. L, p. 200 et 201, où ces incidents sont relatés en détail.
La fin du pontificat de Calixle II fut marquée par un événement considérable, auquel il aura eu l'honneur d'attacher son nom, quoiqu'il n'ait pas pu en voiries résultats : l'évangélisalion delà Poméranie. Boleslas III, duc de Pologne, qui avait soumis ce pays par les armes, résolut d'y introduire le christianisme. Il s'adressa pour cela à Othon, évoque de Bamberg, qu'il connaissait depuis longtemps. Olhon ne voulut pas se rendre au désir du duc sans avoir l'assentiment du pape. Il envoya donc à Rome, sans doute au commencement de H24, des députés qui étaient chargés d'exposer au pape le projet de Boleslas, et, dans le cas où il serait agréé, de solliciter pour Olhon la permission d'aller en Poméranie. Calixte accorda volontiers àl'évêque de Bamberg l'autorisation demandée (i), et, par une bulle du 13 avril, il confirma l'emploi qu'Othon avait fait de certains biens au profit de la mense épiscopale (-).
Othon partit peu de temps après (3) pour remplir sa mission. Elle lui fut singulièrement facilitée par la conversion du duc Wratislas, qui entraîna celle de ses sujets. Moins d'un an après, la Poméranie était chrétienne, et Olhon était de retour à Bamberg avant Pâques ; Adalbert, un des chapelains de Wratislas, fut nommé évêque de Poméranie et établit son siège à Vollin.
Pendant l'année 1124, Calixle, qui avait nommé légat en Angleterre le cardinal Jean de Crème, le chargea de poursuivre la dissolution du mariage de Guillaume Cliton avec une des filles de Foulques V, comte d'Anjou, à cause de la parenté qui unissait les deux époux. Il interdit la célébration des oflices partout où serait Guillaume, tant qu'il n'aurait pas rompu cette union. Mais celui-ci, loin de déférer aux injonctions du légat, fit brûler la lettre qui lui était adressée. Calixte
(1) Sciens ergo omnia que in donio sunt sine disposiciono summi patrisfamilias nichil esse, opus lain arduutn nullalenus absque Romani pontificis aucloritale inchoandum previdil idcoque, missis ad apostolicum Galixlum honorabilibus legalis, licentiam evangelizandi Pomeranis impeiravit. (Ebonis Vita Oltonis, 1. II, tians Jaffé, Bibliotheca rerum germanicarum, t. V, p. 621 et 622.)
(2) Bullaire, n" 492, t. II, p. 312;— J,-L., n" 7150 (5177).
(3) Anno Dominice incarnationis millesimoeentesimo vicesimo quarto, indiclione secunda, Calixte papa secundo Romane sedi présidente, Otto, Dei gratia, Babenbergensis ecclesie oclavus episcopus, igné diviai amoris succeasus et predicti apostolici auctoritale asseusuque roboratus, partes Pomeranorum paganorum cum quibusdam civitatibus terre Liuticie aggressus est.... [Id., ibid., p. 635.)
étant mort dans l'intervalle, Honorius II confirma l'excommunication prononcée par Jean de Crème contre Guillaume, qui finit par se soumettre (1).
Jusqu'ici, les faits que nous avons rapportés reposent sur des dates certaines; il n'en est pas de même pour d'autres, pour lesquels les éléments chronologiques font défaut ou sont insuffisants ; c'est le cas pour ce qui va suivre dans ce chapitre.
Calixte suspend de ses fonctions épiscopales Bérard, évêque de Mâcon, tant qu'il n'aura pas réparé ses torts envers Cluny et sa désobéissance envers le pape (2). Il informe Atton, archevêque d'Arles ; Bérenger, archevêque de Narbonne ; Gauthier, évêque de Maguelone; Léger, évêque de Viviers; Raymond, comte de Barcelone; Hugues, abbé de Saint-Gilles, etc., qu'il a excommunié Alphonse, comte de Toulouse, et ses complices, qui, malgré de nombreux avertissements, avaient persisté dans leur attitude envers l'abbaye (3) ; il donne le pallium à Guillaume, archevêque de Cantorbéry, qu'il avait sans doute trouvé plus docile que son prédécesseur Raoul, et recommande aux évèques ses suflfraganls de lui obéir (4) ; enfin, il
(1) Cf. la lettre, du 25 août, adressée par Calixte aux évêquos de Chartres, d'Orléans et de Paris. {Bullaire, n° 507, t. II, p. :334 ; — J.-L., n° 7165 (5186). — En 1124, Calixte quitta Rome à de rares intervalles. Pendant les mois de janvier el de février, il donne des bulles à l'église Saint-Jean de Besançon, à l'église de Crémone , au monastère de Chaumouzey , à l'église Notre-Dame de Leton. [Bullaire, n" 481-484, t. II, p. 294-299; —J.-L., n"' 7139 (5172)-7142-fôl73). Le 14 mars, il écrit de Pérouse aux évèques de Mantoue et de Vérone. {Bullaire, n" 486, t. II, p. 302 ; — J.-L.. n" 7144.) Do retour à Latran, il confirme, du 22 mars au 4 juin, des privilèges à l'église de Vienne, aux monastères Notre-Dame d'Engelberg, Saint-Benoit de Biforco, de Nonantola, de Montier-en-Der, à l'église Saint-Frédien deLucques, aux abbayes Saint-Benoît de Paderborn et Saint-Cyriaque de Home. Il écrit aussi à l'évèque, au clergé et au peuple de Sienne, à Josseran, évêque de Langres. (Bidlaire, n" 487, t. II,. p. 303 -, — J.-L., n"* 7145 (5174). Il est, le 11, à Corneto, où il accorde un privilège à l'abbaye de la Sauve-Majeure {Bullaire, n° 501, t. II, p. 329; — J.-L., n' 7159); le 23, à Latran; le 24, à Orti; il est à Rome au mois d'août; il accorde jusqu'au 24 novembre des privilèges aux églises ou monastères de Rasted, Saint -Berlin, Notre-Dame de Pomposia, Saint-Bénigne de Dijon, Saint-Gengoul de Toul, Homblières, Sainte-Félicité de Florence, et Saint-Nicolas de Butlenburg. {Bullaire, n" 508-520, t. II. p. 334-350; —J.-L., n<" 7166 (5)87)-7176 ^5192).
(2) Bulle du 9 janvier 1121-1124, Bullaire, a" 450, t. II, p. 263; — J.-L., n» 7112 (5147).
(3) Bulles du 22 avrim22-H24, Bullaire, n" 464-467, t. II, p. 276-279; —J.-L., n°'7l25(5162)-7128. — L'abbéGoiFFON, Bullaire de l' abbaye de Saint-Gilles, 2' ip. , p. 6.
(4) Bulle du 21 mai 1123-1124, Bullaire, W 477, t. II, p. 291 ; — J.-L., n» 7136.
DU PAPE CALIXTE II. i87
invite les religieux de Cliiny à ne plus reconnaître Pons pour leur abbé et défend à celui-ci de les inquiéter (i).
Il eut aussi à intervenir dans une affaire de mariage, engagée par sa sœur Clémence, comtesse de Flandre, il y avait plusieurs années déjà. Cette princesse avait fiancé une de ses nièces, qui était aussi celle du pape, à Baudouin, comte de Mons. De nombreux témoins assistaient à l'entrevue dans laquelle le mariage fut convenu. Mais, dans l'intervalle, Baudouin avait, au mépris de ses promesses, épousé Yolande, fille de Gérard, comte de Gueldre. Clémence, irritée, se plaignit à Calixte de l'insulte qui avait été faite à leur famille. Il écrivit à Raoul, archevêque de Reims, de tirer, le plus tôt possible, vengeance de ce parjure. Raoul convoqua plusieurs évêques, des abbés et d'autres ecclésiastiques, et fit comparaître devant eux le jeune comte, pour entendre ses explications. Clémence se présenta et rappela ce qui vient d'être dit. Baudouin ne nia rien ; il reconnut avoir contracté mariage solennellement et ajouta qu'en ce qui concernait la validité de cette union, il s'en rapportait au jugement de l'assemblée. Après une longue délibération, il fut décidé qu'une question aussi délicate devait être déférée à la cour de Rome. Ce fut fait. Le pape réunit les cardinaux et leur exposa l'affaire. Us déclarèrent que le mariage était nul et que Baudouin devait épouser celle à qui il avait été fiancé en premier lieu. Mais, pendant que les cardinaux discutaient, un d'entre eux, nommé Bruno, ne disait mot. Comme son témoignage avait beaucoup de poids, le pape lui demanda de donner franchement son avis. Alors Bruno, reprenant l'énoncé des faits, montra que, dans le premier cas, il n'y avait eu qne promesse de mariage ; dans le second, il y avait eu promesse, fiançailles, bénédiction du prêtre, noces solennelles ; enfin, le mariage avait été consommé. Puis, après avoir cité divers canons, il conclut que l'union de Baudouin et d'Yolande ne pouvait être dissoute et qu'il n'y avait autre chose à faire qu'à imposer une pénitence au comte, pour avoir violé la foi jurée. L'avis de Bruno fut agréé par le pape et les cardinaux. Cette décision combla de joie Baudouin ; la nièce de Calixte et de Clémence en fut profondément
[l) Builes do 1123-1124, Bullaire, W' 478-479, l. II, p. 202-, — J.-L., n"' 7137 (5170)-7138 (5171).
coniristée. Mais, ajoute le chroniqueur qui nous fournit ces détails, elle n'eut pas à s'en repentir, puisqu'elle devint la femme de Louis, roi de France, et mère de Louis, actuellement régnant, ce qui vaut mieux que d'être comtesse de Mons ('). Rien de plus juste que cette réflexion ; seulement elle ne peut être appliquée ni à Adélaïde, femme de Louis le Gros, nièce de Calixte; ni à Constance, sa petitenièce, fille d'Alphonse, roi de Castille, et seconde femme de Louis VII; elle n'était pas née, lorsque Calixte mourut. Il s'agit donc d'une autre princesse de la famille du pape.
La Chronique de Farfa contient un récit détaillé d'événements survenus dans ce monastère, pendant le pontificat de Calixte II, et auxquels il se trouva plus ou moins mêlé. Bérard ou Fiéraud, l'abbé, étant mort le lo décembre 1118, les religieux lui donnèrent, quatre jours après, pour successeur Gui, et firent demander à l'empereur de vouloir bien confirmer cette élection. Mais Henri V leur enjoignit d'agréer pour abbé Bérard Ascarello. Celui-ci, se doutant de l'accueil qui lui serait fait, vint, à la tête d'une compagnie d'hommes d'armes, prendre possession de l'abbaye, et les religieux l'élurent le G mars 1121.
Gui, profondément aigri, conçut le dessein de se mettre sous la protection de Calixte et de soustraire le monastère à l'obéissance de l'empereur. Sur sa prière, le pape vint à Farfa, le 24 juin suivant, pour y consacrer un abbé que Gui désirait faire nommer, Adéuolphe, fils du comte R. Sinibaldi; mais celui-ci, de crainte d'attirer sur lui et sur l'abbaye le courroux de l'empereur, éloigna son fils. Lorsqu'il arriva, Calixte trouva le monastère presque désert ; il dit la messe et partit. Mais Gui resta, conserva l'abbaye, dont il vendit les ornements, moyennant 160 livres, et en dispersa d'autres, ainsi que des manuscrits.
Après la réconciliation du pape et de l'empereur, Bérard fut excommunié au concile de Latran, et les religieux revinrent à Farfa. Ils furent reçus par Gui, qui les rançonna, les réduisit à la misère et leur fit endurer toutes sortes de vexations. Poussés à bout, les malheureux religieux, au nombre d'une vingtaine, partirent pour aller
(1) Herimanni liber de reslauralione S. Martini Tornacensis, dans los iîonum. Germ. hist., Scriplores, t. XIV, p. 287.
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à Home trouver Calixte. Ils se jetèrent à ses pieds, en le suppliant de prendre pitié de leur sort et de leur accorder sa protection. L'auteur de la chronique rapporte qu'ils n'en obtinrent rien, pas même une parole de consolation ; qu'ils retournèrent, couverts de honte, à Farfa, et que, tant que vécut Calixte, le monastère n'éprouva pas les effets de sa bienveillance (•).
Au moment où Calixte II fut appelé à la papauté, Jérusalem avait pour roi Baudouin II, qui, au début de son règne, avait remporté quelques avantages sur les Turcs. La vraie croix était rentrée à Jérusalem, le 14 septembre H20, et, le jour de Noël suivant, Baudouin s'était fait sacrer à Bethléem. Mais Balac, prince des Turcs, ayant envahi les terres d'Édesse et d'Antioche, le roi fut surpris dans une embuscade, fait prisonnier et emmené en captivité à Quartapiert avec Josselin, comte d'Édesse, qui devait d'ailleurs bientôt recouvrer sa liberté. Le gouvernement provisoire du royaume fut confié à Eustache Grenier, sire de Sidon. Josselin marcha contre Alep, infligea une défaite aux Turcs, pendant que les autres barons chrétiens ravageaient le territoire de Damas; mais les Musulmans d'Egypte vinrent assiéger Jaffa par terre et par mer et occuper les environs d'Ibelin. Eustache Grenier rassembla environ trois mille guerriers, se mit à leur tête, marcha sur JaSa, contraignit la flotte musulmane à se retirer, battit les troupes égyptiennes à Ibelin, puis rentra à Jérusalem.
Malgré ces succès partiels, la situation n'en était pas moins critique; Baudouin était toujours prisonnier; Tyr et Ascalon étaient encore au pouvoir de l'ennemi. Les chrétiens de Terre sainte députèrent à Calixte et aux Vénitiens des messagers pour les prier de leur envoyer des secours le plus tôt possible. Les messagers s'adressèrent d'abord au pape; les embarras contre lesquels il avait à lutter ne lui permirent pas de fournir un secours efTicace, comme si l'Église avait été complètement pacifiée. Il les engagea à aller trouver le doge de Venise, qui était alors Domenigo Michieli, et à qui il les recommanda tout particuhèrement. Les Vénitiens étaient, par leur puissance maritime, plus qu'aucun autre peuple, en état devenir en aide aux fidèles d'Orient ; le pape le savait ; aussi les exhorta-t-il à organiser une ex-
(1) Historiée Farfenses, Gregorii G.vtinensis opéra, dans les Monum. Germ. Itist., Scriptores, t. XI, p. 578-584.
pédilion. Le doge accueillit avec beaucoup d'égards les députés, qui lui iireut le tableau de la situation de la Terre sainte, et s'empressa de déférer aux désirs de Galixte. En effet, il prit la croix avec quantité de nobles vénitiens et fit armer deux cents navires de guerre et de transport. Le pape envoya au doge l'étendard de Saint-Pierre, et la flotte vénitienne fit voile vers l'Orient W. Arrivée en Syrie^ elle battit la flotte égyptienne à Jaffa, captura dix navires marchands arabes à Laris et vint mouiller devant Acre. Le doge partit pour Jérusalem, où il était le jour de Noël 1123. Pendant son séjour dans cette ville, il y eut un conseil de guerre dans lequel on décida qu'il y avait lieu d'attaquer Tyr d'abord. Le concours des Vénitiens au siège de cette place fut obtenu en retour de certains avantages, stipulés dans un traité qui fut passé entre le doge et les chefs du royaume de Jérusalem (■''. La flotte vénitienne bloqua la ville du cùté de la mer, tandis que les forces du roi de Jérusalem, sous les ordres du régent et du patriarche de cette ville^, la cernaient par terre. Le siège fut ouvert le 15 février 1124. Pons, comte de Tripoli, se joignit plus tard aux assiégeants.
L'armée musulmane, qui occupait Ascalon, tenta, pendant ce temps, ^e s'emparer de Jérusalem, qu'elle croyait sans défense, mais elle fut repoussée, après avoir subi des pertes importantes. Doldequin, roi de Damas, appelé par les Tyriens à leur secours, vint à environ quatre milles de Tyr; il fut contraint de se retirer; enfin, Balac, qui accourait pour assiéger Hiérapolis, aujourd'hui Mambech, fut attaqué et tué par Josselin, comte d'Edesse. La tète
(1) ... Principes Jcrosolimorum.... ad ponlificem qui tune Romano Ecclesie preerat et ad ipsum ducem Vonecie nuacios direxceruat, supplicanles instancius el pelenles ul ecclesie transinarine fcslinum providereat auxilium. .41 papa ille, hoc opporlunius per Venelos posse fieri repulans, ad prefalum ducem nuucios deslinavit. diligenter illum et populum Venecie ammouens et exorlaus ut intuiluliiei fidelibus Cliristi succurrere fesliuarcnt. Dux vero, legationc régis et Jorosolimorum principum intellecta et apostolica comnionitione reverenler suscepta. cum omni dovociono crucem cum multis nobilibus suscipicns, ducentas (juantocius naves inter bellicas el honerarias, que cxcrcilui necessaria poitareul, fecit pararo ad ejusdem eciam ducis robur et vires augendas. Cum papa prediclus vcxiUum beat! Pétri sibi misisset, memoratus dux illud rcverenter suscepit, et paratis omnibus, in noraine Domiui iter arripuit. {HisioJ'ia ducum Venetorum, dans les Monum. Germ. hisL., Scriplores, t. XIV, ji. 73. i
(2) Le texte on est donné par Guill.\ume de Tyr et publié dans le Recueil des historiens occidentaux des croisades, 1. I, p. •<'jO.
de Balac fut envoyée aux troupes chrétiennes qui étaient devant Tyr. A cette vue, leur courage se ranima; les divisions qui avaient éclaté cessèrent; le doge, venu au camp, déclara qu'il était prêt à monter à l'assaut. Mais Tyr, épuisée par un siège de cinq mois et demi, capitula le 29 juin. Elle fut partagée en trois parts, dont deux furent, ainsi qu'il était convenu, pour le roi de Jérusalem, et l'autre pour les Vénitiens.
Indépendamment de ce succès, Calixte pouvait apprendre, quelques semaines plus lard, la mise en liberté de Baudouin, sorti de prison le 29 août, moyennant une rançon de cent mille michaélites. Il avait donné une autre preuve de sa sollicitude pour les chrétiens d'Orient, eu recommandant aux évoques, aux abbés et au clergé d'Europe Tenvoyé do Raymond, grand maître de l'hôpital Saint- Jean de Jérusalem et successeur de Gérard, mort le 3 septembre H20, et en faisant à la charité un pressant appel en faveur d'un établissement qui rendait tant de services aux malades, aux pauvres et aux pèlerins ('). Enfin, nous rappellerons que le concile de Latran prenait sous la protection de l'Éghse les biens et les familles de ceux qui partaient pour aller défendre la Terre sainte contre les infidèles.
Le même concile s'était également préoccupé de la situation des chrétiens d'Espagne soumis à la domination des Sarrasins. Dans une lettre du 2 avril, d'une année indéterminée, mais qui semble pouvoir être fixée à 1123, Calixte exhorte les rois, les évoques, les princes et les chevaliers à défendre leurs frères opprimés et à délivrer les églises d'Espagne. Il leur accorde les mêmes indulgences qu'à ceux qui vont combattre en Orient; il rejette du sein de l'Église tous ceux qui, ayant pris la croix pouraller en Espagne, ne la reprendraient pas dans l'intervalle de la fête de Pâques à la même fête suivante. Il ajoute que, ne pouvant pas visiter en personne la nouvelle armée, il nomme son légat auprès d'elle Oldegaire, archevêque de Tarragone, et lui donne tous pouvoirs pour corriger ce qui doit être corrigé, approuver ce qui doit être approuvé et mener à bonne fin les afl'aires douteuses ("-).
Il est probable que c'est cet appel qui poussa Alphonse, roi d'Aragon ; Gaston, vicomte de Béarn ; Pierre, évêque de Saragosse ; Etienne,
(1) Bullaire, n" 427, t. II, p^ 234 ; — J.-L., u" 7089 (Ôl50). ^2) Ibid., 11" 454, t. II, p. 2GC; — J.-L., a" 711G (51G0).
évêque de Huesca, et d'autres seigneurs à envahir les royaumes de Valence, de Murcie el de Grenade et à faire le siège de Gordoue. Les Musulmans subirent de nombreux échecs, qni furent couronnés par celui d'Arincol (al. Aranscuel), où ils perdirent onze de leurs émirs.
Pendant le pontificat de Calixte II, il fut fondé une certaine quantité d'abbayes, de monastères et de chapitres. La France, autant qu'il est permis d'en juger dans l'état actuel de l'érudition, en a vu créer, à elle seule, plus que tous les autres pays de l'Europe, et ce sont les Cisterciens et les Prémontrés, d'origine récente, qui dominent. L'Allemagne et l'Italie viennent ensuite, dans des proportions beaucoup moindres (•).
Les années H 19-1 12 4 ont été également signalées par la mort de plusieurs personnages, qui ont été placés au nombre des saints. Ce sont : saint Théoger, évêque de Metz ; saint Vital, premier abbé de Savigny ; saint Henri, ermite en Angleterre(1120) ; le B. Frédéric, évêque de Liège, celui-là même que Calixte avait consacré à Reims, pendant le concile ; saint Ermengold, abbé de Preffling ou Pruefening (1121) ; saint Odon, évêque d'Urgel (1122); saint Bertrand, évêque de Comminges ; saint Pierre, évêque de Policastro (1123) ; saint Etienne de Muret, fondateur de l'ordre de Grandmont, el saint Constable, abbé de Cava (1124).
(1) Le Trésor chronologique, de M. de Mas Latrie (coL 1874-1976), permet de voir, sauf erreur ou omissiou, quels sont les établissements religieux fondés sou3 le pontificat do Calixle II.