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CHAPITRE XIII

Mort de Calixte II. — Résumé de ses principaux actes. — Jugements portés sur lui par les chroniqueurs du moyen âge. — Il est considéré comme saint dans le Menolog ium benedlctinum.

Calixte II, nous l'avons vu, avait déjà fait une grave maladie en 1121. Dans les premiers jours de décembre 112-i, la fièvre le saisit subitement : il tomba sur le sol, et, après avoir reçu les derniers sacrements, au milieu des larmes et des gémissements de ceux qui l'entouraient, il s'endormit dans le Seigneur, dit l'historien Pandolphe, et le père de la paix s'en alla avec la paix (i).

Les anciens chroniqueurs ne sont pas d'accord sur le jour de sa mort ; les uns le fixent au 13, les autres au 14, quelques-uns enfin au 19 décembre ('). Selon Pandolphe, il aurait été inhumé le jour de la Sainte-Lucie, par conséquent le 13, dans l'église de Latran. 11 fut déposé à côté de Pascal II, du côté droit, vers l'autel de Saint-Thomas, dans l'abside ou le transept (3\ où devait venir le rejoindre, six ans plus tard, son successeur Honorius II.

(1) Obdormivit in Domino et sic pacis pater cum ipsa pace recedit. (Pandolphe, dans Watterich, t. II, p. 1 18, et dans l'abbé Duchesne, t. II, p. 323.)

(2) Simon de Durham, dans Twysden, Hislorix anglicanx Scriplores X, t. I, p. 251, el Pandolphe, l. l., donnent le 13; — le Necrologium Casinense, publié par MuRATORi, dans les Rerum italicarum Scriptores, t. VII, p. 947; les Annales Ceccanensp.s. publiées dans les Monum. Germ. Iiisl., Scriplores, t. XIX, p. 282; les Annales Anglosaxonici, ibid., t. XIII, p. 219; les Annales Cavenses, ibid., t. III, p. 191, donnent le 14; — Boson, dans Watterich, t. Il, p. 121, et dans l'abbé DucHESNE, t. II, p. 379, et, après lui, le Menologium benedictinum et l'Année bénédictine donnent le 19. Enfin Falco Beneventanus, dans Migne, t. CLXXIII, col. 1191, donne le 12.

(3) SepuUus est Laterani juxta domnum papam Paschalem ia festivitate sanctee Luciae virgiuis. (Pandolphe, dans Watterich, t. II, p. 118, et dans l'abbé Duchesne, t. II, p. 323.) In eadem parte fecclesie Latjrauensis] per direclum versus oratorium sanctl Thomœ jacuerunt corpora Pasclialis II, Galixti II, etc. (Onupbrii Panvini.... De sacrosancta basilica, baplisterio et patriarckio Laleranensi libri qualtuor, p. 13G.) Cf. l'abbé Duchesne, Liber pontificalis, t. II, p. 326, n. 25.

Le cœur de Calixte lut, paraîl-il, remis à saint Etienne, troisième abbé de Citeaux, qui était lié d'amitié avec lui ; il fut précieusement conservé dans une châsse que Ton voyait derrière le maitre-aulel, du côté de l'épître et sous les basses-voûtes de l'église abbatiale de Citeaux. La présence de celte relique était attestée par l'épitaphe suivante, en caractères gothiques :

Ecce hic est cor Qobilc domni Calixli pape II (1).

Calixte avait gouverné l'Éghse cinq ans dix mois onze ou douze jours.

Pendant ce court espace de temps, et pour ne parler que des principaux actes qui ont signalé son pontificat, il avait combattu et vaincu, — résultat que n'avaient pu atteindre ses prédécesseurs, même les plus illustres, — les abus qui désolaient l'Église : les investitures, la simonie, l'incontinence des clercs et le mariage des prêtres ; il avait rétabli la discipline ecclésiastique, défendu efficacement les monastères et les églises contre les empiétements des laïques, assemblé d'importants conciles, qui élaboraient et proclamaient toutes les réformes nécessitées parla situation actuelle de l'Eglise ; il avait obtenu la réunion de l'Église grecque à l'Église latine ; il avait songé à organiser une croisade en Espagne, en même temps que la Terre sainte faisait l'objet de ses préoccupations. Enfin, autant pour le bien général que pour celui de l'Église, il avait mis heureusement un terme, par le concordat de Worms, à la longue querelle des investitures. Sans rien abdiquer des principes et des droits sacrés dont il avait la garde^, Calixte, avec sa haute intelligence, sa rare habileté et sa sage prudence, jointe à une fermeté dont il donna souvent des preuves, avait compris qu'il serait dangereux de poursuivre la réalisation des conceptions trop absolues de Grégoire VII ; il avait compris, pour avoir été longtemps le témoin et un des principaux acteurs de la querelle des investitures, que la papauté et le pouvoir impérial ou royal avaient besoin, pour subsister, d'un mutuel secours et d'une étroite union ; que l'unité de l'Église et la paix de l'Europe chrétienne en dépendaient, et que le meilleur moyen de

(1) Ms. français 8239 do la Bibliotliôquc nalionalc, Kpilaphes , Bourgogne, p. 71 et 72.

maintenir l'une et raiilre était de donnera César ce qui appartient à César, et d'obtenir pour l'Église tout ce qui est à l'Église. Par lui, dans l'ordre lemjrorel, le patrimoine de saint Pierre recouvra une partie des biens dont il avait été dépouillé.

Pour apprécier, comme il convient, les résultats de la politique de Calixte II, il faut se reporter à l'époque où il vivait. En Allemagne régnait un empereur qui n'est plus un inconnu pour nous, Henri V, prince brave et qui a marqué son passage sur le trône par d'importantes réformes. Mais aussi, en se révoltant contre son père, en le dépouillant et en le forçant de s'expatrier; en faisant arrêter à l'autel le pape Pascal, en le remplaçant par Bourdiu et en cbassant ensuite Gélase II, il avait montré qu'il ne reculait devant rien pour satisfaire son ambition ou sa vengeance. Calixte ne devait pas céder aux exigences de l'empereur, mais le modus vivendi, établi par le concordat de Worms, éteignit un schisme que la prolongation de la querelle des investitures n'eût fait que rendre plus complet (i).

^1) C'est ici le. cas de citer un parallèle entre Calixte et l'empereur, qui suit le récit (Je l'arrivée du pape à Rome :

Ecce laboris honor : prope sanctus papa moratur. Tum volucres homines reputares, sic properatur; Vix expectafur, quod ad illum perveniatur. Suscipit inventus clementer, amat, veneralur. Est locus, adventus patris hujus ut expedialur, Qualiter la cathedra Romanojure locatur.

Omuis adest œtas, ibi sexus uterque grcgatur, Gleri seu populi vox laetitia modulalur, Quolibet ornatu via, qua transit, variatur. Pompa Iriumphalis tibi, Csesar, tanta negatur ; Te venienle, decus patrum cum legc fugatur; Hujus in adventu Icx justitiac renovatur, Cum socero pugnas, civile malum dominatur, Per te nuUa quies, dum Cato siti moriatur; Hoc sed pâtre pio gens genti pacificatur, Ecclesiaque status jus in proprium roparatur. Plurima signa Deus super infirmis operatur, Ejus per meritum, dum quœque febris rclevatur; Quod quia Tuscanus, Ligur, Appulus adstipulatur, Carminé praesenti per plura supersedeatar.

(UoDALscALCUs (Ic Eginoiie, dans les Monum. Gerin. hisL, Scriptores, t. XH, p. 448.)

La situation était-elle plus satisfaisante en Angleterre? Calixte avait pu, lorsque, étant archevêque de Vienne, il y avait été envoyé comme légat, voir que l'autorité de Rome y était presque entiére-

De même, ce fragment du Panthéon, de Geoffroy de Viterbe :

Nunc Pascalis obit, succcdit honore Calixtus,

Sede Viennensis regumque propagine mixlus,

Germine Francigcna, Gesaris hostis erat.

Dispiilalio inler imperialem ciiriam el papalem, quis eorum major esset in ilio tempore.

Curia papalis conteudit et imperialis An sit iuequalis vel debeat equiparari.

Partibus oppositis, curia régis ait :

« Spiritus est papa, carnis velamine clausus, » Hune quasi terrenum describere qui foret ausus?

» Terrea cum superis qua paritate geril ? » Papaque, par superis, celum datur ore tenere, » Qua ligat et solvit, qua régna videtur habere

» Carnis in exilio, spiritus asira tenct. » César, lex viva, stat regihus imperativa, » Legeque sub viva sunt omnia jura dativa,

» Lex ea castigat, solvit et ipsa ligat, » Conditor est legis, neque débet lege leneri, » Set sibi complacuil sub lege libenler haberi ;

» Quicquid ei placuit, juris ad instar erit. » Qui ligat ac solvit Deus, ipsum protulit orbi, » Divisit regnum diviria potentia secum,

» Astra dédit superis, cetera cuncla sibi. »

Papales respondenl sic :

Pars quoque papalis sic obviât imperiali : « Sic regnare daris quod Petro subiciaris.

» Jus otiam nobis Ghristus utrumque parit. » Spiritus et corpus michi sunt subjecla potenter, » Corpore lerrena teneo, celestia mente,

» Unde tenendo poium solvo ligoque solum. » Ethera pandere, celica langere papa videtur, » Nam daro, tollere, neclere, solvere cuucta meretur,

» Gui dcdit omne decus lex nova Icxque vêtus. » Anulus et baculus, (juamvis terrena putentur, » Sunt de jure poli, (jue significare videntur.

» Respico jura Dei, mens tua cedat ei. » Reddit apostolico Gcsar (juecumque rogavit, Pax bona conficitur, sublata Deo reparavit,

Jura sue partis Ictus uterque trahit.

{Monum. Gertn. hisl., Scriptores, t. XXII, p. 257.)

DU PAPE CALTXTE H. 197

ment méconnue, quoique le christianisme y fût florissant ; en réalité, dans ce pays, l'Église était avant tout nationale. Lors de l'entrevue de Gisors, Calixte avait obtenu du roi juste assez de concessions pour qu'il pût croire que le pape était reconnu comme chef de l'Église. La rivalité qui existait entre les archevêques d'York et de Canlorbéry divisait profondément le clergé anglais ; elle ne divisait pas moins le pape et le roi, qui soutenait naturellement l'archevêque de Cantorbéry, le primat de l'Angleterre. Pour qui connaît Henri, souverain puissant et heureux, mais absolument dépourvu de scrupules, fourbe, avare, débauché, cruel, ayant donné l'exemple de toutes les injustices, complètement sceptique en matière religieuse, mais très jaloux de son autorité sur le clergé de son royaume (tJ, il n'est pas douteux que Calixte dut user de beaucoup d'habileté et d'un grand esprit de conciliation pour mettre fin à ce conflit et, dans une question aussi délicate, faire accepter son autorité. Il lui avait été moins difiîcile de faire agréer par Alexandre, roi d'Ecosse, l'archevêque d'York comme métropolitain.

En Espagne, Calixte avait toutes sortes de sujets de préoccupation. D'une part, les guerres incessantes que le roi d'Aragon, Alphonse I" le Batailleur, eut à soutenir contre les Sarrasins ; d'autre part, les dissensions intestines affaiblissaient ce malheureux pays, dont ce prince avait réuni sous son sceptre les lambeaux demeurés chrétiens. Chose triste, c'était la propre belle-sœur de Calixte, la reine Urraca, qui était la cause de ces dissensions. Veuve de Raymond, frère du pape, elle s'était remariée avec le roi d'Aragon, à qui elle avait apporté les royaumes de Léon, de Gastille et d'Asturie. D'une ambition

(1) A la fin (le 1121, Calixte avait envoyé comme légat en Angleterre le cardinal Pier Leone, qui avait demando au roi et obtenu la permission d'entrer dans le royaume, mais il ne devait visiter aucune église et aucun monastère avant d'avoir vu Henri. Celui-ci accueillit l'envoyé du pape avec les plus grands égards, lui donna, pendant trois jours, à Cantorbéry, une hospitalité princièrc; mais dès que le cardinal eut exposé le but de son voyage, Henri se retrancha derrière les privilèges accordés par le pape à l'Église d'Angleterre, et notamment l'exemption de la juridiction de tout légat, sans l'assentiment formel (l'une assemblée générale do la nation. Sous le prétexte qu'il était en expédition contre les Gallois rebelles, il ne pouvait la convoquer. C'était refuser poliment au légat l'autorisation de remplir la mission dont Calixte l'avait chargé. La question de la rivalité entre les archevêques d'York et de Cantorbéry fut à peine abordée. (Eadmeri Historia Novorum, 1. VI, dans Migne, t. CLIX, col. 519.)

eSrénée, elle eût voulu régner seule et reléguer Alphonse au second rang; d'où mésintelligence et querelles domestiques, qui de la cour devaient gagner le pays. En effet, sous prétexte de mettre un terme aux débordements de la reine, Alphonse la fit enfermer au château de Castellar ; mais aussitôt qu'elle fut en liberté, elle souleva la Castille contre le roi d'Aragon, puis associa à sa royauté Alphonse- Raymond, qu'elle avait eu de son premier mariage, se brouilla avec lui, fit emprisonner Diego, archevêque de Compostelle, ainsi que nous le savons, pour te punir d'avoir embrassé le parti de son fils. Heureusement, la mort d'Urraca devait mettre fin aux maux que son ambition, son despotisme et ses désordres avaient causés. Calixte avait cherché de son mieux à en réparer quelques-uns ; son neveu Alphonse put rendre la paix et une prospérité relative à l'Espagne, dont il SG fît couronner empereur en 1135.

Sous le règne malheureux de Nicolas ou Niels, le Danemark était en proie aux discordes intérieures. La Hongrie était épuisée par les guerres contre l'Autriche, la Bohême, la Pologne, la Russie, la Grèce et la Bulgarie, dans lesquelles l'avait entraînée le roi Etienne.

La situation était plus satisfaisante en Russie, où régnait Wladimir II, le pacificateur et le législateur de ses États. En Suède, le roi Inge rétablissait la religion chrétienne, malgré l'opposition de ses sujets. La Norwège était gouvernée par deux princes sages, Eysten ou Osten et Sigurd ou Siward. Ce dernier surtout s'appliqua à développer et à consolider le christianisme dans son royaume.

C'est en France que Calixte II aurait eu son plus ferme, sinon son plus puissant appui, en la personne de son neveu Louis VI, si ce prince, brave, loyal, aimant la justice, n'avait été constamment engagé dans une série de guerres avec les seigneurs voisins. Quoique, plus tard, saint Bernard, dans une de ses lettres (i), l'ait traité de persécuteur, d'impie, de second Hérode, qui veut étouffer non plus Jésus dans sa crèche, mais triomphant dans ses églises, il se montra toujours plein de déférence envers le pape et le défenseur des églises et des monastères.

(1) ....Rex Ludovicus non tam episcopos quara in episcopis juslitiœ persoquilur zelum, pielalis cultum habilumqiic ipsum religionis.... Et aller Horodes Gliristum non jam in cunabulis iiabct suspectum, sed la ecclesiis iavidel exaUatum. (Lettre 49, dans Mignk, t. GLXXXU, p. l.iS.)

Nous connaissons les résultats de la politique de Calixte et nous pouvons le juger d'après ses œuvres. Il nous reste maintenant à l'étudier dans sa vie privée ; les chroniqueurs contemporains nous fourniront pour cela de précieux témoignages. Ses mœurs paraissent avoir été si pures^ qu'aucun soupçon n'est venu les effleurer (i). Sa piété austère était tempérée par une grande bienveillance, une égalité de caractère, une sérénité d'humeur qui ne se démentaient jamais {-). Chez lui, l'habileté et la prudence (3; n'excluaient pas la fermeté et le courage, nous l'avons vu W. Il était très versé dans les sciences divines et humaines (5). Les soucis du gouvernement pontifical ne l'empêchaient pas de s'occuper des humbles et des faibles ;

(i; •■•■ Moribus.... precipuus (Ekkehardi Chronicon, dans les Monum. Germ. hist., Scriplores, t. VI, p. 263, et Annalista Saxo, ibid., p. 761) ; — .... Vir tam probilate morum laudabilis quam Gtiam illnstris dignitate {Chronicon S. Andrex Castri Cameracensis , ibid., t. VII, p. 546); — .... Multo generosior moribus (SuGER, Vie de Louis le Gros, éd. Molinier, p. 94); — .... Gastus (Orderic Vital, éd. LE Prévost, t. IV, p. ,335); — .... Castilale celerumque morum honeslate erat perspicuus [Historia Compostellana, dans VEspaûa sagrada, t. XX, p. 270) ; — .... Moribus nobilissimus (Chronicon ponlificum el imperaloruni Basileense, dans les Monnm. Germ. hist., Scriplores, t. XXIV, p. 146) ; — .... Vir vite venorabilis (Annales Palidenses, auct. Theodoro Monacho, i&ui., t. XVI, p. 76) ; — .... In co.... honestatis odor bonus repcrtus esl. (Séries episcoporum Viennensium,ibid., t. XXIV, p. 805, et Recueil des historiens des Gaules et de la France, t. XII, p. 346.)

(2) .... Vir sanctissimus.... (Annalista Saxo, EKKEHARDii Chronicon, l. l.]; — .... Vir religiosus [Annales Colonienses maximi, dans les Monum. Germ. hist., Scriplores, t. XVII, p. 752, et Annales Hildesheimenses, ibid., t. III, p. 114); — .... Religiosus, in opère Dei fervidus et multis pollens virtutibus (Orderic Vital, l. L); — .... Meritis et sapientia aptus alque dignissimus [Vita sancti Counradi, episcopi Constantiensis, dans les Monum. Germ. hist., Scriplores, t. IV, p. 444); — .... Quippe cujus faciem in apostolatu suo nemo umquam vidit immutatam (al. mutatam) (,\nnalista Saxo, l. L, et Annales Palidenses, l. L); — .... Siquidem hylaris vultus sub morum gravitate, dulcedo alTabilitalis sub verborum pondère, jejuniorum seu vigiliarum discretio, absque eo quod intrinsecus lalet. (Uodalscalcus de Eginone, dans les Monum. Germ. hist., Scriplores, t. XII, p. 446.)

(3) .... Industrium [Ex Herimani de miraculis S. Marias Laudunensis libre, dans les Monum. Germ. hisl., Scriplores, t. XII, p. 655); — .... Prudentia perspicuus. (Historia Composlellana, dans VEspaûa sagrada, t. XX, p. 270.)

(4) .... Strenuum. (Ex historia Mauriniacensis monasterii, dans les Monum. Germ. hist., Scriplores, t. XXVI, p. 38.)

(5) .... Gunclis divinarum humanarumque rorum dispositionibus precipuus (Annalista Saxo, l. L; Ekkehardi Chronicon, l.l.); — .... In rébus sœcularibus et ecclesiasticis apprime eruditum [Chronicon monasterii Casinensis, auctore Petro, lib. IV, dans les Monum. Germ. hist., Scriplores, t. VII, p. 793); — .... In eo scientie sapor. ... repertus est. (Séries episcoporum Viennensium, 1. 1.)

les pauvres éprouvaient les effets de sa charité ; les veuves et les orphelins eurent en lui un défenseur et un soutien dévoué (0.

Calixte était très généreux. Un de ses biographes, Pandolphe, a dit qu'on ne le vit jamais entrer dans la basilique de Saint- Pierre sans offrande, et qu'il n'y chaula jamais la messe sans y laisser un témoignage de sa libéralité C-). Cette église lui dut des tentures, des ornements, des candélabres d'argent, des cloches, un pavé (3). Le maître-autel semblait avoir été profané, tant il était ruiné par le temps et la négligence des hommes. Calixte le fit restaurer et décorer de marbres précieux, avec cette inscription : Calistvs PAPA. Lors de la réparation de l'église, sous le pontifical de Clément VIII, ce pape donna des ordres pour qu'il fût conservé. Le 25 mars 1123, jour de l'Annonciation, pendant le concile œcuménique de Latran, Cahxte consacra la pierre de l'autel, en présence des cardinaux, des évèques et des abbés qui étaient alors à Rome (4). Il donna aussi à Saint-Pierre des biens-fonds, sans oublier les antres églises.

Rome fut également redevable à Calixte II d'importants travaux. Les uns avaient pour but de prévenir le retour d'émeutes qui éclataient périodiquement, presque à chaque élection pontificale. Pour cela, il fit démolir les tours d'une forteresse qui appartenait aux Fraiapani, dont la participation aux troubles était fréquente. Il acheta de même d'un certain comte Monald et fit sans doute raser une autre forteresse, non éloignée, à ce qu'il semble, du Vatican, et

(1) .... Pauperes profundeprocurans. {Pandolphe, dans Watterich, 1. II, p. 118, et dans l'abbé DucHESNE, l. II, p. 323 ) — Vixit aulem pauperum nulrilor, pius viduaruni et pupillorum defensor. {Catalogus ponlificum el imperatorum Tibiii-linus, dans les Monum. Germ. hist., Scriplores, t. XXII, p. 357; — Id,, Chronicon ponlificum el imperalorum Basileense, L l.)

(1) Nemo hune unquam vidit boati Potri basilicam absque douis intrare, nec missam inibi nisi primitus assignato dono cantare. (P.vndolphe, dans Watterich, t. II, p. 117, et dans l'abbé Duchesne, t. II, p. 323.)

(3) V. Pandolphe, l. l. — Ecclesiam beati Pétri de manu laicali cripuit, quara Ibcsauro et decoris hornamentorum varietatibus honestavit. [Catalogus poitlificuin et imperalorum TiburlinttsJ.l., el Chronicon ponlificum el imperatorum Basileense, l. .'.)

(4) Onuphrii Panvini de prxslanlia basilicx S. Pelri libri VI, dans le ms. lat. 5170 de la Bibliothèque nationale, p. 23G ; — Brève relanione del silo, qualila e forma anlica délia confessione sacralissima di S. Pielro, ihid., p. 28. — Cf. Grimaldi, nis. 135 de la Bibliothèque du Vatican, fol. 208; l'abbé Duchesne, Liber ponlificalis, t. II, p. 325, n. 20.

la réunit aux propriétés de l'église Saint-Pierre ('). Les autres avaient un caractère d'utilité publique. En effet, il fit amener à Rome l'eau par un canal jusqu'à la porte de Latran (2), creuser un- abreuvoir pour les chevaux, construire des moulins, planter des vignes et des arbres fruitiers sur les bords de ce canal (3).

Calixte venait à peine de quitter ce monde que l'immortalité commençait pour lui. Sans parler des nombreuses chroniques, dont la plupart ont mentionné son rôle dans la querelle des investitures, de graves historiens, presque contemporains, comme le cardinal Boson, comme Guillaume de Malmesbury, l'ont proclamé un très grand pape (4).

C'est sans doute en souvenir des bienfaits dont Gui de Bourgogne avait comblé l'église de Vienne et de son élection à la papauté, que l'auteur de la chronologie des évêques et archevêques de cette ville lui donne le litre de saint (5). Mais Calixte ne fut pas honoré comme tel dans le diocèse de Vienne.

11 n'est pas rare de rencontrer dans certains historiens qu'il est qualifié de bienheureux dans le Ménologe de Cîteaux ; il n'en est rien, et le nom de Calixte ne figure parmi les saints ou les bienheu-

(1) Hic pro pacc servanda turres Gentil, domine Bonaj et Iniquitatis dirai, et ibidem non reparari prœcepit: saxa optim^e forlitise supra Romam a Monaldo comité émit et honori sancii Pétri adjunxit. (Pandolphe, dans Watterich, t. II, p. 117, et l'abbé Duchesne, t. II, p. 323 et 324, n. 18.)

(2) Sur la porte de Latran ou Asinaria, voir le Liber ponlificalis, éd. de M. l'abbé Duchesne, t. II, p. 379.

(3) Le texte de Boson porte : Hic etiam derivavit aquam de antiquis formis (éd. Watterich, t. II, p. 120; éd. Duchesne, t. II, p. 379) ; — celui de Panvinio, De VU Urbis ecclesiis, p. 177, porte : ex antiqua forma. — Formis et Forma ont été traduits, par quelques auteurs, par: de l'antique Formies. — Pandolphe, de même que Boson et Panvinio, mentionne ces travaux. L'adduction de l'eau à Rome est également signalée dans le catalogue do Tivoli et dans la chronique de Bàle, cités dans les notes dus pages 199 et 200. — Les Monum. Germ. hist., Scriplores, t. XIII, p. 720, contiennent de courtes Annales de Saint-Denis, où on lit : Galixlus depredari (?) Gailiam venit; c'est le seul témoignage du temps qui soit hostile à Calixte.

(4) .... Inter seculares clarus et inter ecclesiaslicos exstitit maximus (Boson, dans Watterich, t. II, p. 118, et dans l'abbé Duchesne, t. II, p. 376.) — Annus millesimus cenlesimus vicesimus quinlus.... eminentissimorum virorum mortibus funestus, praesertim Galixti papœ et quinti Henrici, imperatoris Alemanniee, quibus nuUi unquam preeslantiores fuorint in ofHtiis ulrisque. (Guillaume de Malmesbury, dans les Monum. Germ. hisL, Scriptores, t. XIII, p. 139.)

[b) Séries episcoporum Viennensium, l. l.

reux ni dans le Menologium, ni dans le Fasciculus sanctorum ordinis Cisterciensis, de Henriquez, ni dans l'ouvrage de Claude Chalemot, intitulé : Séries et vita sayictorum et virorum illustrium ordinis Cisterciensis. Mais l'ordre de Saint-Benoît (') a admis Galixle au nombre de ses saints. En effet, son nom est ainsi inscrit dans le calendrier qui est en tête du Menologium benedictinum, du P. Bucelin, à la date du 1" février, qu'on a pensé être le jour de son élection : « Callisti II, papso et confessoris, » et à la date du 19 décembre, considéré par quelques-uns comme le jour de sa mort : « Calixti II, pont, maxim. nionach. Cluniac. » L'en-tète de la notice qui lui est consacrée dans le Menologium \~), au 1" février, porte : « Romx S. Callisti II, papx et confessoris, » ce qui prouve ou au moins permet de croire qu'il a été à Rome l'objet d'un culte public. Dans V Année bénédictine (3), c'est au 19 décembre que l'on trouve la « Vie de saint Callixte, pape et confesseur. »

Il y a, dans l'hisloire de Calixte II, une page de trop, que, sans doute, d'autres avant moi auraient voulu pouvoir déchirer. Mais le Père de la paix, comme l'appelle son biographe Pandolphe, comme on devra continuer à le nommer, n'en est pas moins une des plus imposantes figures de son temps, un des plus grands papes du moyen âge (4). La Franche-Comté et la France peuvent justement revendiquer pour un de leurs plus ilUislres enfants le glorieux adversaire de Henri V, empereur d'Allemagne.

(1) Suivant la tradition erronée qui h; fait moine de Cluny. {■i) P. 85-86.

(3) T. VII, p. 258-278, de décembre.

(4) De eodem (Galixto) dicunl Roraani : Exhiuc Ecclesia libertali ad plénum reslituta paceque ad integrum reformata, in montem magnum crevisse sub Kalixto papa invenitur. Unde de ipso scriptum est :

Ecce Kalixtus, honor patrie, decus impériale, Burdinum nequam dampnat pacemquo reformat.

(Auctarium Mellicense, dans los Monum. Germ. hist., Scriptores, t. IX, p. 537 ) Cf. plus baut, p. 122.

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