‹ Histoire du Pape Grégoire VII et de son siècle, d'après les monuments originauxChapitre 15 sur 26 · T. I. JO · texte numérisé non relu

T. I. JO

reprit le soin de son église; mais il conserva jusqu'à sa mort les insignes de la papauté.

Le souverain pontife tourna alors ses regards vers l'Italie méridionale. Les Normands avaient repris les armes après que leur chef Richard, prince de Capoue, oubliant son titre de vassal du saint Siège, eut soumis, depuis l'espace de trois mois, tout le pays, presque jusqu'aux portes de Rome *. Il demandait le titre de patrice des Romains; mais on reçut la nouvelle que Henri, à la tête de nombreuses troupes, était en marche pour l'Italie dans le but de prendre la couronne impériale, de demander compte à Richard de ses insolentes prétentions, et de faire éprouver aux Normands la valeur allemande.

Le roi avait effectivement rassemblé des forces considérables à Augsbourg. De cette ville il somma Godefroi de se rendre près de lui, parce qu'un ancien usage voulait que les margraves de Toscane vinssent au-devant des rois allemands, quand ils allaient en Italie. Mais Godefroi, occupé à faire ses préparatifs, resta chez lui; dès lors Henri abandonna son expédition "^

Le pape se trouvait à Lucques, résolu à se mettre lui-même à la tète de ses sujets. Hilde-

' Sigou.,auu. 10G5; Aveuliu, Léo Oslieus., Sigou.

■'Tel est le récit de 31uraloii dans son Histoire d" Italie. D'après Sigoni us, GudelVoiparlit ; mais, selon presque tous les auteurs, Henri rebroussa chemin, par le dépit que lui causa la conduite du margrave.

brand joua un grand rôle dans cette occasion '. Les troupes accoururent à Rome avec la plus grande ardeur, pendant que dans la Toscane Mathilde faisait de nouveaux préparatifs. On résolut d'aller à la rencontre de l'ennemi, et au mois de mai on quitta la ville avec le pape, accompagné de ses cardinaux, parmi lesquels se trouvait Hildebrand. Mathilde faisait aussi partie du cortège. Godefroi avait le commandement de l'armée^. Les Normands s'étaient fortement retranchés à Aguino, sous la conduite de Jourdan, fils de Richard. C'est là qu'on devait combattre pour la délivrance de l'Eglise. Pendant dix-huit jours entiers , les deux armées luttèrent avec une fortune diverse et avec une égale valeur. Enfin, grâce à l'intervention de Guillaume Tëte-de-Feu ^, Richard et Godefroi en vinrent à des pourparlers et terminèrent par un traité de paix. Le bruit courut généralement que le margrave de Tos-

« Platiua lui fait lerminer cette guerre tout seul avec le secours des troupes alliées.Le cardinal Aragouius dit : « Hiidebraudus archidiaconus eorum (les JNorniands) adversariorum patienter sustinere non valens, auxiliumpotenlissimi ducis Godefridis pro recuperalione B. Pétri patrimouii postulavit. »

* Au moins d'après le récit de Platina {j.n Vita Alex.\ et du cardinal Aragonius.

* Satagente strenuissimo internuntio Guillelmo, oui Frons audax cognomen fuit. Léo Ostiens.

148 yiE ET POWTIFICAT [1066]

cane, corrompu par Richard, conclut le traité', parce que les Normands étaient dans la plus grande détresse. L'armée reprit avec joie le chemin de Rome.

Alexandre ne tarda pas à quitter cette ville pour se rendre avec Hildcbrand au Mont-Cassin. Une division entre l'abbé du couvent de Tremiti et ses religieux venait d'éclater. C'est pourquoi Didier, abbé du Mont-Cassin, donna un nouveau directeur à ce monastère dans la personne de Trasmond, fils du comte Oderic de Marsi. Mais les moines réitérèrent leurs scènes de violence, ce qui porta Trasmond à faire crever les yeux à trois d'entre eux et à arracher la langue à un quatrième. Didier, irrité d'un pareil procédé, imposa une sévère pénitence à Trasmond et le dégrada de ses fonctions. On prétend que Hildebrand trouvait Trasmond non cruel, mais ferme, punissant les coupables d'après la grandeur de leur faute. On prétend également que, pour le récompenser, il le promut à l'abbaye de Casaurio et bientôt après à l'évéché de Balva ^.

Ce monastère du Mont-Cassin se distinguait de tous les autres; il comptait dans son sein des hommes d'une grande élévation, d'une rare piété,

' Le cardinal Aragonius ne s'en doute pas.

' C'est ainsi que Muralori raconte le fait dans son Histoire d'Italie^ VI, p. 357; mais il iious faudrait plus de renseignements pour y ajouter foi.

et d'un profond savoir \ Aussi, à l'instigation de Hildebrand ^, Alexandre en choisit plusieurs pour en faire des abbés, desévêques, ou bien pour les attacher à sa personne °.

Dans le courant de l'été on vit arriver de nouveau, en Italie, Annon de Cologne, accompagné d'un grand nombre de prélats et de seigneurs du royaume. Le pape venait de convoquer le concile de Mantoue, et s'y rendit avec son clergé et un grand nombre d'évêques italiens. Les évêques de la Lombardie s'y trouvaient tous. Cadaloûs y fut aussi invité; mais il ne s'y rendit pas ^', aimant mieux rester à Aqua-Nigra, entouré de ses partisans; il envoya un légat à Annon pour lui dire « qu'il ne convenait pas que le maître reçût » des ordres de ses inférieurs; qu'il ne se ren- » drait au concile qu'autant qu'il en aurait la » présidence. » Il eut soin de se faire rendre un compte exact de tout ce qui s'y passait. Alexandre s'étendit beaucoup sur les avantages

•L'abbé, qui dans ces temps voulait bâtir une église, faisait venir les ouvriers en mosaïque de la Lombardie, d'Amalfi et même de Constantinople ; en même temps qu'il achetait le marbre, l'or, l'argent et l'ivoire.

'Léo Ostiens.

=* D'autres placent ce voyage d'Alexandre au Mont-Cassin avant son expédition contre les Normands, c'est-à-dire l'an 1065; Sigonius le met en 1066.

* Le cardinal Aragonius dit, p. 303 : Annon l'avait sommé de comparaître.

de la paix et de l'union chrétienne ', et démontra, par des raisonnements si péremptoires, la validité de son élection, qu'il finit par persuader les évoques de la Lombardie ; il prolesta avec serment que les accusations portées contre lui étaient calomnieuses^. Nous n'en savons pas davantage,

• Aventiu rapporte ici quelque chose de trop confus pour qu'on puisse y ajouter foi. Suivant lui, Annon se leva et parla en ces termes : « Le bruit commun et des lettres ont appris au roi et aux grands du royaume que lu as acheté la papauté, que tu as fait une ligue avec les Normands, que tu as conspiré contre le roi, et que, soutenu par des armes ennemies, tu t'es élevé au pontificat. » Le pape protesta avec serment que tout ceci était faux. Alors tous les assistants se rallièrent à lui, y compris même le parti d'Honorius. Mais lorsqu'un autre jour on était réuni dans le temple, et que Annon ne s'y trouvait pas, les partisans d'Honorius se précipitèrent dans l'église, l'épée nue, vociférant qu'Alexandre était un hérétique, et cherchant à le tuer. Tous s'enfuirent. Le pontife resta seul, lorsque Vinceslaiis d'Altaich en Bavière empêcha Alexandre de se sauver, et ranima son courage. Puis il adressa de vifs reproches à ces hommes violents, et leur imposa par son énergie et la majesté de son regard. Au même moment arriva Béatrix avec des troupes, et à peine se fut-elle montrée sur le seuil, que tous prirent la fuite. Les autres revinrent, condamnèrent et anathématisèrent Honorius. Alexandre s'en retourna à Rome.

•SigebertdeGemblour,ann.l067,etle cardinal Aragonius n'en savent pas davantage; mais Lamb. Schaffn. rapporte les choses autrement: selon lui, les princes romains regardaient comme irrégulier que Henri eût nommé un pape sans leur participation, et résolurent d'abandonner Alexandre. C'est pourquoi Annon fut envoyé en Italie, et déclara, comme unique moyen de rétablir la paix, l'élection irrégulière, parce qu'elle avait été faite à l'insu du sénat de Rome. Selon Sigonius, Hildebrand, pour défendre le pape, parla

les canons de ce concile ayant été perdus. Des troubles se manifestaient de toutes parts, il en éclata de nouveaux à Milan. Ariald, qui avait juré une haine éternelle aux mœurs licencieuses du clergé milanais et particulièrement à l'archevêque Gui, n'avait pas encore déposé les armes contre l'esprit jDcrvers de son siècle. Landulf était mort, mais un de ses parents^, nommé Herlembaud^, vint au secours d' Ariald. Déjà en 1061 Alexandre avait adressé au clergé milanais une lettre pleine d'exhortations paternelles. Sur ces entrefaites, Ariald se rendit à Rome avec Herlembaud qui venait de la Terre-Sainte, et qui était résolu à se retirer du monde. Ariald l'en détourna par la raison qu'il pouvait obtenir de Dieu des grâces plus abondantes, en se vouant avec persévérance

ainsi à Mantoue : « Le droit que prétend avoir Henri dans » l'élection papale n'est point infirmé. Au milieu de la » discorde qui régnait dans le sein du clergé, les cardi- » naux ont appelé Alexandre du sein d'une église étran- » gère, en vertu du décret de Nicolas , et l'ont élu unauime- » ment; et comme on craignait de grands troubles, on l'a « sacré sans l'autorisation de Henri ; mais l'Eglise romaine, n en sa qualité de mère spirituelle du roi mineur, proté- » géra ses droits.» Olto Fris, parle encore d'une autre manière. Le pape ne se serait pas disculpé de l'accusation de simonie, mais lui-même aurait chargé Henri de ce crime, et dans des lettres confiées aux députés ( Annon et Hermann de Bamberg), il aurait invité le roi à venir se justifier à Rome.

' Arlembald, Erlembald.

• Baronius l'appelle «miles et dux slrenuus, germanus Landulphi. »

152 VIE ET PONTIFICAT [loè?]

à la défense de la foi catliolique*. Alexandre et les cardinaux lui donnèrent le même conseil, en sorte qu'IIerleinbaud promit de s'attacher étroitement à Ariald, et de soutenir ses efforts au prix de son sang. Le saint Père lui donna un étendart qu'il devait porter, chaque fois qu'il serait appelé à tirer l'cpée contre les hérétiques. Depuis qu'il servait avec Ariald la cause de Dieu^, il se sentait enflammé pour les intérêts de la religion, il était charitable envers les pauvres, plein de bienveillance pour les vrais chrétiens et les hommes pieux. Il paraît que Herlembaud avait assisté, en 1066, au synode de Rome où des anathènies furent lancés contre ceux qui scandalisaient le peuple par leur vie déréglée. Il rapporta de Rome un acte qui condamnait Gui ^, ce qui jeta la ville de Milan dans un étonnement extrême. Comme au saint jour de la Pentecôte, l'archevêque voulut se plaindre devant le peuple de ce qu'on lui avait fait, Ariald et Herlembaud se levèrent pour lui répondre : au même moment le peuple se souleva, et des cris de fureur retentirent dans la maison de Dieu. L'archevêque fut assailli, frappé à coups de bâton, jeté par terre,

' Syri, Vita S. Arialdi.

* Dans cette biographie on dil d'Herlembaud: « Eratnobilis Ilerl. coram sœculo, quasi diix in veslibus pretiosis, et in equitibus et armis, sed in abscoadito Deo sicut eremila, agreslibus erat induluslaneis. »

» Arnulfi, Hist. MtuUol., m, 18.

traîné à demi-mort; on se porta ensuite sur sa maison, et l'on y prit ce qu'il y avait de plus précieux. Le lendemain, une foule de gens, étonnésd'un pareil acte, résolurent de venger sur Ariald ce qui était arrivé au prélat. Mais le réformateur avait pris la fuite. Deux clercs furent envoyés à sa poursuite. On l'avait transporté au delà d'un lac, les clercs le suivirent sur ce lac et demandèrent où était Ariald. « Il est mort , leur ré- » pondirent ceux qui l'avaient accompagné. — Mort » ou vif, il faut que nous le voyions, car c'est pour » cela que la nièce de l'archevêque nous a en- » voyés. » L'ayant aperçu sur un rocher, ils se précipitèrent sur lui et lui coupèrent les deux oreilles. « Eh bien, malheureux, lui dirent -ils «alors, notre maître est- il véritablement arche- » vêque? — Non, répondit Ariald, il ne l'est, ni » ne l'a jamais été, car il n'en a jamais pratiqué » les œuvres' . » Puis il éleva les yeux au ciel, et fit de ferventes prières. Ils lui demandèrent de nouveau si Gui était véritablement archevêque; mais son âme était inébranlable. « Non, s'écria- » t-il, non ! » Et alors ces furieux lui coupèrent le nez et la lèvre supérieure, percèrent ses yeux, et puis lui coupèrent la main droite, en disant : « C'est cette main infâme qui écrivait à Rome ! » Enfin ils lui arrachèrent la langue en s'écriant :

' Arniiir. — Syri, Vita S. Arialdi.

« Elle ne dira plus rien cette langue qui a troublé » le clergé ' . »

Dès qu'Alexandre eut appris ces troubles et ces cruautés, il envoya à Milan des légats qui pussent rétablir la paix et l'union chrétienne, et prendre, en vertu de l'autorité apostolique, des mesures énergiques contre la simonie ou la vie licencieuse des clercs '\ Bientôt Herlembaud retourna à Rome pour y porter de nouvelles plaintes. Hildebrand était convaincu que les discordes de

' Dehiuc radicitiis inembrum amputant génitale, diceotes : « Praedicalor castilatis hactenus fiiisti; ethinc tu castus eris. »

' In Baron., Jnnal., ann. 1076*.

* Tel était le désir qu'avait Alexandre d'opérer une réforme dans le c1er$;c, que les Irgats, sans doute d'après ses instructions, autorisèrent les laïcs à suppléer à la négligence de l'archevêque de Milan, si celui-ci ne faisait pas droit à leurs réclamations contre les ecclésiastiques irréguliers. Dans les mesures disciplinaires prises à cette occasion, il est dit : » Si quis autera laicus cujusque ordinis, pryescriptorum graduum clericos in sua potestate liahet, cum primum sciverit in veritate, aliquem ex eis vel feminam, sicut dictuni est, retinere, vel in fomicationis criaien casu cecidisse, statim per se vel per suum nuntium hoc studeat indicarc archiepiscopo, et hujus ccclesicT ordinariis, quibus cura ista commissa fuerit. ... Si vero archiepiscopus, vel sui ordinarii, postqiiam audierint, hoc neglexerint, ipse laicus, quicumque sit, ex tune in sua potestate, nec officium facere, ncc beneficium alicui ex illis permittat tencre, donec culpam deserat, et digne domino per pœnitentiam satisfaciat. Pr;ecipimus ut illud beneficium, quod cuiquam clericorum aufertur, nullus laicus in suum usum, vel lucrum accipiat, nec alicui suorum tribuat, sed ad ipsius ecclesiie, vel ministrantium illi opus et utilitatem servetur, aut expendatur, donec Tel ipse, si dignus fuerit, reconcilietur, vel aller loeo ejus constituatur. » Labb., Conc, t. ix, p. 1121. — « Ista pro tempore, ajoute Baronius (ann. 1067), concessit in odium nefaudorum fornicantium clericorum-. » {Âudlej.)

Milan ne se termineraient pas, tant que cette Eglise n'aurait pas un nouveau pasteur nommé par le saint Siège \ Herlembaud revint à Milan convaincu du même principe, et chercha à se faire des partisans contre Gui .Celui-ci , succombant sous le poids de l'âge autant que sous celui de ses crimes, prit le parti de se démettre de sa dignité, et de la céder à un diacre de son église, nommé Godefroi; il renvoya au roi l'anneau et le bâton pastoral. Godefroi n'était pas l'homme que voulait Hildebrand^; mais le diacre avait déjà gagné la faveur du roi et obtenu sa nomination à l'archevêché'. Les Milanais ne voulurent point le recevoir; il se vit donc obligé de prendre la fuite. Gui venant à mourir sur ces entrefaites, Herlembaud travailla à faire élire un nouveau prélat par le clergé et le peuple réunis, sans avoir égard à Tancien usage qui laissait au roi cette nomi-

' Arnulf., m, 19. D'après un ancien usage en Italie, le roi de ce pays (rex italiens) choisissait toujours le successeur de l'archevêque de Milan, après y avoir été invité par le peuple et le clergé : « Hoc Romani canonicum esse negant, sed instantius archidiac, Hildebrandus, qui quum abolito vetere, novum tentaret introduceré constilutum, palam fatebatur, haud secus sedari posse Mediolanense dissidiunty quam canonicum hahendo pastorem, ad quem eligendum necessarium dicebatromanum fore consensum. Vide Purcielli, Vita S. Eerlemhaldi, c. 28.

* C'est ce que prouva plus tard la lettre de Grégoire. Lib. I, 15.

' Suivant d'autres auteurs, il corrompit Henri à prix d'argent. Sigonius, ann. 1066.

nation ; car il avait reçu de Uome tout pouvoir pour cet effet. Mais une grande partie des bourgeois tenait à l'ancien usage, et ne voulait point procéder à l'élection sans l'ordonnance du roi. Herlembaud savait sur quel puissant appui il pouvait compter, puisque Hildebrand, dont l'influence était immense dans les affaires de l'Eglise, lui avait dit ce qu'il devait faire'. Otton fut élu archevêque. Ce choix devait naturellement déplaire à une partie des Milanais; le peuple enfonça sa demeure, et, après l'avoir maltraité, lui fit jurer de ne jamais accepter la dignité archiépiscopale à Milan. A peine Hildebrand eut-il appris cet événement, qu'en vertu de son autorité de cardinal, il déclara nul ce serment arraché par la force. Otton avait pour Hildebrand une telle vénération, et une estime si profonde, qu'il promit de ne jamais rien entreprendre sans son avis. « Car » le disciple, disait-il, ne devait pas être au-des- » sus du maître ^. » Un synode, tenu à Rome, déclara l'élection d' Otton régulière, et lança l'excommunication contre Godefroi ^. Sur cela Hildebrand exhorta tous les chrétiens de la Lombardie, et particulièrement Mathilde, à rompre toute com-

' Ipse, neglectis oinnibus, el juramento comniuni, soliini Romani illiusHildebraDdiauscullabal consul tiim.Arnulf., MI, 23-

" Arnuin, Historia Mcdiol, iv,2.

*Coleli,5afv-..frt«<^Co//(.,}iu,p.229;Gré.goireVlI,epist.i, 16; Sigonius,ann. 1066.

miinication avec Godefroi 5 il encouragea en même temps Herlembaud, le défenseur de la bonne causCjà lutter glorieusement contre les ennemis du Christ. Non content de l'encourager, l'archidiacre alla môme, dit-on, jusqu'à lui fournir de l'argent pour le mettre à même de se faire des amis'. Godefroi s'enfuit à Varisium 5 mais en ayant été chassé par Herlembaud, il se réfugia dans son château de Caslillone. Là , après avoir réuni un nombre considérable de ses parents et de ses amis, il attaqua ses ennemis, et se fit consacrer à Novare, d'après un ordre du roi d'Allemagne. Mais il fut pris dans son château, et précipité du haut d'un rocher '^.

On peut s'imaginer facilement que Hildebrand mettait tout en œuvre pour renverser ces obstacles, afin de parvenir au plus tôt à l'achèvement de son ouvrage commencé. En réussissant dans ses premières démarches, tout était gagné pour l'exécution de son plan ; les anciens usages étaient détruits ; la puissance des souverains, dans les affaires ecclésiastiques, était anéantie; un homme favorable à ces desseins se trouvait à la tête d'une église qui depuis des siècles jouissait d'un grand pouvoir dans toute la chrétienté; un point important était gagné dans cette haute Italie, où les évê-

' Arnulf., IV, 2. Ex suo, quod opulentissimum habebat,

serario copiosam auri alque argeoli fertur pecuniam

•Arnulf, IV, 3.

t^^ VIE ET PONTIFICAT [10Ç7J

ques ne résistaient que trop souvent à la cour pontificale, lorsqu'on n'avait pas été d'accord dans les élections. Ce point était gagné et gardé par un homme qui comptait sur la foi de Hildebrand*; la bonne cause avait triomphé dans cette lutte opiniâtre contre la vie peu régulière des ecclésiastiques. C'était un avantage immense pour favenir.

' Ai'Dulf., ly, 1. Ut, eo inconsulto, nihil omoino prœsumerel.

Page 1