XXX INTRODUCTION
abus dont il a depuis longtemps médité la destruction. « L'Eglise est dans une grande détresse, » s'écriait-il, ses serviteurs sont criminels, il faut » qu'ils se corrigent et se convertissent. Il faut » que l'Eglise soit indépendante, que tous ceux » qui lui appartiennent soient purs et irrépré- )i hensibles; accomplir cette grande œuvre, c'est » le devoir du pape. L'Eglise sera libre \ » Tel est le langage de Grégoire. Mais pour donner plus de poids à ses paroles, il s'entoure, dans un concile à Rome, de ses frères dans l'épiscopat, et fait renouveler les anciens canons sur la simonie et la continence ecclésiastique.
Aussitôt qu'il a ces canons en main, il se met à les faire exécuter, et c'est là qu'il devient admirable. Car qui pourrait peindre sa prodigieuse activité? Il se multiplie par ses légats, il est présent partout ; il étend ses bras d'un bout à l'autre de l'univers, et embrasse tout. Malgré une multitude d'affaires qui viennent l'accabler à la fois, il n'en néglige aucune, et s'occupe de chacune comme s'il n'en avait qu'une seule. Car à des vues générales il réunissait encore l'esprit de détails; depuis le palais des rois jusqu'à la cellule du pau-
• Voy. t. I, p. 256 et 257.
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vre cénobite, tout devient l'objet de ses soins. Rien n'échappe à son œil pénétrant. C'est ce que nous voyons par ses écrits, et par ses nombreuses lettres particulières dont l'histoire, qui se borne aux grands événements, ne fait guère mention. Ces lettres, pleines de piété, d'affection, de sagesse et de bons conseils, adressées tour à tour aux souverains,aux princes, aux évéques, aux prêtres, etc. , renferment les leçons les plus sublimes, et forment un des plus beaux monuments de la papauté. Quand on les lit, on croirait entendre un ange du ciel envoyé sur la terre pour rappeler les hommes à leurs devoirs.
Les ennemis de Grégoire Font accusé d'un excès de sévérité, et quelques écrivains catholiques ont applaudi à ce reproche. Mais que devait-il faire? Les désordres qui infectaient l'Eglise étaient diamétralement opposés à l'esprit de l'Evangile. Les investitures, ce système immoral qui détruisait toute idée d'honneur et de probité, qui fournissait de mauvais exemples dans la personne des évéques, et qui entraînait le clergé au relâchement de la discipline, étaient portées à l'excès; c'étaient des scandales publics et de grands attentats contre la société. Grégoire,