XX XII INTRODUCTION
comme chef de l'Eglise, pouvait -il les tolérer sans manquer aux devoirs de sa charge, et sans devenir prévaricateur lui-même? Son devoir était tracé dans les canons de l'Eglise.
Car Grégoire n'a rien inventé de son propre fond, il n'a fait que rappeler les anciens statuts. Les vices qu'il proscrit étaient proscrits avant lui; les analhèmes, les dépositions qu'il prononce, étaient prononcés dans tous les siècles depuis la naissance du christianisme. Ainsi les canons des apôtres décernent déjà la peine de déposition et d'excommunication contre les simoniaques '. Le concile général de JNicée prononce les mêmes peines ^. Le concile de Calcédoine' et le cinquième concile d'Orléans'*, en 549, tiennent le même langage. Un concile tenu à Conslanti-
' Si quis cpiscopus per pecunias hanc sit dignilatem (episcopalem) assccutas, vel presbyter, vcl diaconus, dcponatur, etipse et qui cum ordinavit, et a communione omnino exscindatur, ut Simon magus a Petro. Can. xxviii. Labb., t. i, p. 30.
^ Ut nullus audeat ordinare episcopum, aut sacerdotem, aut diaconum pro quavis re data, sive ante ordinationem, siveposl; et qui secus fccerit, deponalur ; et quicunique contradixerit, synodus eum excommunicat. Can. xlix. Labb., t. ii. p. 306.
' Si quis episcopus propler pecunias ordinationem fecerit, de proprio gradu in periculum veniat. Can. ii. Labb., t, iv, p. 756.
*Ut nuUi episcopalum prœmiis liceat adipisci. Quod si quis
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iiople en 459 avait déjà porté une semblable décision '. ^
Il nous serait facile d'accumuler les témoignages. L'Église n'a qu'une voix quand il s'agit de cet abus ; chaque fois qu'il s'est montré quelque part, tous les Pères se sont levés pour le proscrire et pour le frapper d'analbème.
Quant à la question du célibat, on nous dispensera sans doute de rapporter cette série de témoignages que nous avons accumulés dans un ouvrage récemment publié^, et par lesquels il est démontré jusqu'à la dernière évidence que le célibat ecclésiastique, établi et fixé au temps des apôtres, a toujours fait partie intégrante de la discipline ecclésiastique, et que cette loi repose sur la tradition universelle du genre humain, surl'auto-
hanc regulam hujos sanctae constilutionis per coemptionem excesserit, eum qui per prsemia ordinalus fuerit, staluimus reniovendum. Can.x. Labb., ConciL, t. v, p. 393.
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ût:i(txvc.ij|i.£vo;, û-t y.ir.ov/.o^, î'itî Xaix.ô; th. SU igitur et est abjeclus €t ab omni sacerdotali dignitate atque offlcio alienus et maledictioni anatheraalissubdilus, tara qui possiderehoc sacerdolium perpecunias opinatur, quam isqui prœbereidper pecuniaspollicetur.sive clericus,sive laicus sit.Labb.,Con«7.,t.iv,p. 1028. ^ Le célibat ecclésiasdque dans ses rapports religieux et politiques.
XXXIV INTKODUCTIOJN.
rite des Pères et des conciles de tous les siècles, sur l'atlestalion de tous les écrivains ecclésiastiques, sur celle des hérétiques même, et de plus sur la sainteté inhérente au ministère ecclésiastique'. Grégoire VU devait-il dissimuler et se taire ? devait-il tolérer les infractions à la règle, lorsque son devoir était si nettement tracé; lorsqu'il voyait la corruption dans l'épiscopat, dans ceux qui sont à la tête du troupeau et qui doivent briller autant par leur vertu que par leur science? Non, personne n'osera le dire, fût-il l'ennemi le plus acharné de ce grand pontife. Il devait remédier à ce triste état de l'Eglise par tous les moyens qui étaient en son pouvoir. Le tout était de s'y prendre avec prudence et circonspection. Grégoire a-t-il manqué à ces règles? non; malgré la vivacité de son esprit et l'austérité de son caractère, il savait se conformer aux circonstances, se rendre souple, docile, marcher avec circonspection, et c'est là cc^^ui distingue les hommes de génie. Quand ils ont fortement conçu une
• L'ignorance sur ce point de discipline est incroyable. La plupart des auteurs modernes que nous avons lus sur Grégoire VII sont persuadés que c'est lui qui, pour la première fois, fixa la loi du célibat. M. Voigt lui-même, comme nous le verrons, n'est pas exempt d'erreur à ce sujet.
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grande pensée, ils n'ignorent pas les moyens de la réaliser. Ils savent agir avec lenteur quand cela est nécessaire, et prendre des détours quand le chemin droit leur est barré '. Telle est la marche de Grégoire. Un léger coup d'œil jeté sur sa correspondance suffira pour nous en convaincre.
Grégoire, après vingt ans de patience, commença son ministère par rappeler aux évêques leurs devoirs. C'est ce qu'il fit après le premier concile de Rome, par une apologie qui est un chef-d'œuvre de sagesse et d'érudition, et qui seule devait suffire pour ramener les évêques, s'ils avaient eu tant soit peu l'esprit de leur état.
Mais considérons attentivement sa manière de procéder, nous trouverons en lui un homme accompli.
D'abord, il ne punit pas indistinctement tous les délits, comme on a voulu le prétendre; il réserve les censures pour des scandales publics, pour de grands attentats, tels que la simonie, l'incontinence, le schisme, la dilapidation des
« Grégoire avait pour principe invariable d'aller doucement : Personne, disait-il, ne monte tout d'un coup au premier rang; les grands édifices ne se construisent que peu à pm.Nemo repente fit summus, et alla sedificia paulatim œdificantur. Episl., u, 43.