‹ Histoire du Pape Grégoire VII et de son siècle, d'après les monuments originauxChapitre 6 sur 26 · XXXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXVI INTRODUCTION

biens ecclésiastiques. Nous ne voyons pas qu'il ait excommunié pour d'autres délits.

Ensuite, Grégoire ne punit pas sans avoir bien constaté la culpabilité. La règle qu'il prescrit à Gérard, archevêque de Prague, de ne jamais fulminer une excommunication sans faute canonique, et sans examen légal, il l'observait luimême sans jamais l'enfreindre '.

Ainsi, il recommande à l'évêque de Rennes d'excommunier un certain Lanzelin, qui avait attaqué et maltraité l'archevêque Rodolphe, dépouillé ses gens , et tué sous ses yeux un de ses parents; mais il veut qu'on constate d'abord le fait, et qu'on essaie de rappeler le coupable à la pénitence, avant d'en venir à l'excommunication^. Grégoire laisse donc le temps au repentir ; de plus, il accorde à l'accusé le droit de se

' Quod quidem libi maxime periciilosum est, quoniam sicut B. Gregorius dicit, qui insontes ligat, sibi ipsi potestatem ligandi atquc solvendi corrumpit. Undc te admonemus ut anathematis gladium nunquam subito neque temere in aliquem vibrare présumas, sed culpam uniuscojusqHC diligenti prius examinatione discutias, et si quid est quod inter te cl homines sa?pe fati fratris tui emerserit, cum eo in primis ut suos ad justiliam compellat fraternc et amicabiliter agas. Episf., ii, 6.

» Episf., II. 20

INTRODUCTION. xxxvii

disculper. Ainsi Rainier, évêque d'Orléans, est accusé de s'être emparé de son Église sans avoir l'âge requis, et sans le suffrage des vrais électeurs; d'avoir mis en vente les dignités ecclésiastiques, d'avoir célébré publiquement, malgré la suspense apostolique, et d'avoir coopéré à ce qu'on emprisonnât un clerc mandé par les lettres du pape. Les faits étaient publics et évidents. Cependant Grégoire lui -accorde des délais pour se justifier \

Quand les circonstances deviennent plus graves, Grégoire ne prend aucune mesure sans avoir entendu l'avis des évéques, ses conseillers. Ainsi Godefroi, nommé par l'empereur, usurpe le siège de Milan. La faute est grave, et le fait évident. Cependant il ne l'excommunie qu'après avoir rassemblé de différents lieux un nombreux concile d'évéques, de prêtres, et qu'après avoir obtenu le consentement de différents ordres de personnes ecclésiastiques ^. Que de précautions ne prend-il pas, quand il s'agit de Thédalde, mis au même siçge par l'empereur!

' Episl., V, 8, 9, 20.

* Congregato e diversis parlihus concilio raultorum sacerdotum et divcrsorum ordinum (oiisciisu. EpùL, i, 15.

xxxviii IINTRODUCTION.

Denis, évéque de Plaisance, était un pasteur sacrilège, déjà autrefois privé de toute dignité, ensuite réconcilié en partie avec l'Église, retombé de nouveau dans la désobéissance et l'opiniâtreté. Grégoire, après l'avoir longtemps attendu à pénitence, le dépose, mais non sans avoir pris l'avis d'un concile'. Peut-on marcber avec plus de prudence et de circon^eclion?

De plus, si Grégoire emploie les censures pour les grands crimes, il les lève aussitôt qu'on donne quelques signes de repentir. Ainsi, il donne avec joie l'absolution aux habitants de Beauvais, qui avaient maltraité leur évéque. Il lit même dans un concile la lettre de l'évéque, qui demandait pardon pour eux -. H donne des éloges à Guarnier, évéque de Strasbourg, qui s'était repenti de ses fautes, et malgré tout l'attachement qu'il a pour Béatrix et Mathilde, il leur fait des reproches de l'avoir retenu injustement dans leurs domaines, et les prie de le traiter avec bienveillance et charité^. Grégoire n'est plus le même, (juand on revient ; c'est alors le père

« Epist., Il, 54.

" Epist.. I, 74.

'- Epist., I, 77.

INTRODUCTION. xxxix

le plus tendre qui ouvre ses bras à ses enfants, et les reçoit avec la plus vive affection. Sa joie est grande, il ne peut plus la contenir, il faut qu'il en fasse part aux autres. Il ne se fait pas attendre ; à l'exemple du bon Pasteur, il court au-devant de ses brebis égarées. Voyez avec quelle douceur il offre le pardon à Guibert, archevêque de Ravenne, et à tous ses partisans, quoiqu'ils eussent méconnu publiquement l'autorité de l'Église'. Faut-il s'étonner après cela que de son temps on lui ait reproché un excès de bonté et de modération^? Ceux donc qui nous représentent Grégoire comme dur et inflexible, toujours armé d'une inexorable sévérité, montrent la plus complète ignorance et de sa vie et de ses écrits.

' Quoniam huraanum est peccare, Delque peccantibus conversis veniam tribucre; ipsa quaî ejusdem Dei et Domini sanguine fundata est Ecclesia ad gremium suum redire vos adhuc ut mater expectat : ncquaquam in vestra grassari dcsideratnece, imo vestrœ cupit saluti occurrere... Sciatis etiam quod apud nos nulUus unquam odium aut preces seu turpis jactantia locum obtinere poterit, quo contra vos in aliquo injustitiam exercere possit, imo rigorcm justitiae (prout possumus) tempérantes, indulgere vobis quantum sine detrimento animarum vestrarum et nostro periculo polerimus, parati siimus. Dcsideramus cnim potius, Deo teste, vestrae saluti et populi vobis crcditi consulere, quam nostro seculari comraodo in aliquo providere. Epist., v, 13.

» Episl., 1,77.

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