‹ Histoire du pape Grégoire VII et de son siècle (volume 2)Chapitre 10 sur 18 · M, II · texte numérisé non relu

M, II

^ Id.j II, 46; I, 42.

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oeux qui doivent posséder la paix de Dieu, que dissension, haine, orgueil, eupidité et envie ^ ; de là, TÉglise se trouve dans un mauvais état, parce que ceux qui doivent la servir ne se mêlent que des choses de la terre ; parce que, soumis à l'empereur, ils ne font que ce qui lui plaît; parce que, servant TÉtat et le prince, ils sont étrangers à TÉglise. La religion se trouve dans une crise terrible; le cœur de l'homme est froid pour la parole de Dieu; çà et là la foi est détruite^. Ainsi l'Église doit être libre, elle doit le devenir par son chef, par le premier homme de la chrétienté, par le soleil de la foi, par le pape. Le pape tient la place de Dieu, car il gouverne son royaume sur la terre. Sans pape il n'y a pas de royaume, sans lui la royauté chancelle, tombe comme un vaisseau brisé. De même que les choses du monde sont du ressort de l'empereur, de même les choses de Dieu sont du ressort du pape. 11 faut donc que celui-ci arrache les ministres des autels aux liens qui les attachent à la puissance temporelle. Autre chose est l'État, autre chose est l'Eglise. Comme la foi est une, l'Eglise est une; le pape, son chef^ l'est aussi ; les fidèles, ses membres, sont un. Si l'Eglise est en elle-même, elle ne doit agir que par elle; de même qu'une chose spirituelle n'est visible que par une forme terrestre, que l'âme ne peut

^ Epis t., VII, 3 ; vni, 17.

' Ici,, 1, 29; II, 9, 40, 49. C'est surtout dans celle-ci qu'il fait CDtendre ces plaintes. {Voy, note B à la fin du volume.)

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agir sans un corps , que ces deux substances ne peuvent être unies sans un moyen de conseryatlon : de même la religion n'est pas sans l'Eglise, et celle-ci n'est pas sans des possessions qui assurent son existence ^ L'esprit se nourrit de choses terrestres dans le corps; de même l'Église s'entretient au moyen de possessions temporelles. 11 est du devoir de l'empereur, qui tient en main le souverain pouvoir, de faire en sorte qu'elle se procure ces biens et qu'elle les conserve. C'est pourquoi les empereurs et les princes sont nécessaires à l'Église^, qui n'existe que par le pape, comme le pape n'existe que par Dieu^. Si donc l'Église et l'Empire doivent prospérer, il faut que le sacerdoce et la royauté soient étroitement unis et fassent de communs efforts pour la paix du monde ^. Le monde est éclairé par deux lumières : l'une plus grande, qui est le soleil; l'autre plus petite, qui est la lune. L'autorité apostolique ressemble au solerl , la puissance royale à la lune^ De même que la lune n'est lu-

* Epist., I, 7.

* Id., V, 10; VI, 20; i, 76.

» Id., I, 39.

* Id., 1, 19.

» Jd., VII, 25; VIII, 21. — W^allhram Naiimburgens. reconnaît aussi deux puissances : « Regalempotestalem etsacratam pontifîcum auctoritatem. Eo modo B. Apost. Paukis Ecclesiam Dei ordinal, ut nil adversus principes et potestatis seculi gerens, per quietem et tranquiilitatem vilœ opus justitise et pietatis exerceat. » Lib. de Vnitate Eccle-^ ske conseryanda. Cet auteur est un ardent adversaire du

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mîère que par le soleil, de môme les empereurs, les rois, les princes ne sont que par le pape, parce que celui-ci vient de Dieu ^ Ainsi la puissance du siège de Rome est bien plus grande^ que cdle des princes, et le roi est soumis au pape et lui doit obéissance ^. Gomme le pape est de Dieu, tout lui est soumis; les affaires spirituelles et temporelles doivent être portées devant son tribunal*: il doit enseigner, exhorter, punir*, corriger^, juger et décider. L'Église est le tribunal de Dieu ', et elle y rend compte des péchés des hommes. Elle montre le chemin de la justice, elle est le doigt de Dieu. Ainsi le pape est le représentant du Christ, et au-dessus de tous. C'est pourquoi sa dignité est grande et redoutable % car il est écrit : « Tu es Pierre, et sur cette pierre » je bâtirai mon Église , et les portes de l'en- » fer ne prévaudront pas contre elle. Je te donne- * rai les clefs du royaume des cîeux. Tout ce que » tu lieras sur la terre sera lié dans le ciel, et tout )> ce que tu délieras sur la terre sera délié dans le

pape. Alcuin met trois personnes au premier rang. Vid. Epist, 80, p. 117.

* Epist.^ H, 13, 31.

« Id., viii, 21.

* Id.,yiu, 28 ; viii, 20, 1, 75.

* Id,, I, 35.

« /«/., M, 9; II, 51 ; I, 15 ; viii, 21. ^ M, 1, 60; VII, 25.

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» cieP : » c'est ce que Jésus-Christ dit à Pierre. C'est par Pierre que l'Église romaine existe, c'est en elle que réside le pouvoir de délier, c'est sur Pierre que l'Église du Christ est fondée. Cette Église se compose de tous ceux qui professent le nom du Christ et qui s'appellent chrétiens ; ainsi, toutes les Églises particulières sont des membres derÉglisedePierre,quiest l'Église romaine. Celleci est donc la mère de toutes les Églises de la chrétienté ^y toutes lui sont soumises comme une fille à sa mère. L'Église romaine se charge du soin de toutes les autres églises^, elle peut exiger d'elles honneur, respect, obéissance ^. Comme mère, elle commande à toutes les Églises et à tous les membres qui y appartiennent; tels sont les empereurs, les rois, les princes, les archevêques, les évéques, les abbés et les autres fidèles ^ En vertu de sa puissance, die peut les instituer ou les déposer ^; die leur confère le pouvoir, non pour leur gloire, mais pour le salut d'un grand nombre. Us doivent donc à l'Église une humble obéissance ^ ; et quand ils se jettent dans des voies

* S. Mallhieu, 16, IS, 19. £pist. y vit, 6; vin, 20. Ces citaUons se troaveDt dans un grand nombre de lettres.

* EpisL, VIII. Jppend.y ii, 15; ii, t ; nr, 3S; f,29. Pétri Damiani, Epist.y ap. Baron., anp. 1057.

* Epist., II, 1.

^ Id., I, 24.

»/</., 1, 60; VIII, 21 (lettre d'une grande importance). « /^., VII, 4 ; II, 18, 82, 5.

' Id., VIII, 21.

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256 Vie Et PONTIFICAT [1073]

criminelles, cette sainte mère est tenue de les arrêter et de les mettre dans de meilleurs sentiers ', autrement elle participerait à leurs crimes ^. Mais quiconque s'appuie sur cette tendre mère, quiconque Taime, suit ses conseils, et la protégé, reçoit d'elle protection et munificeiice ^. Quelque résistance qu'éprouve celui qui tient sur là terre la place de Jésus-Christ, il doit lutter, rester ferme et souffrir, à l'exemple de Jésus-Christ \ Le monde est plein de scandales^; le siècle est de fer ^; sur toute l'étendue du globe, l'Église est dans une grande détresse^; ses serviteurs sont criminels, il faut qu'ils se corrigent et se convertissent ^ C'est du chef que doivent partir la réforme et la régénération^; c'est lui qui doit déclarer la guerre au vice, l'extirper ^^ et jeter les fondements delà paix du monde ^^; c'est lui qui doit prêter main forte à tous ceux qui sont persécutés pour la justice et lavertu^^. La persécution et la violence ne doivent

« Epist,^ V, 6, II, I.

« Id.y III, 4 ; IV, 1 ; II, 6. Append,^ 1, m, 4.

*Zi., I, 68; III, II.

^ Id., IV, 24.

» Id,^ V, 7, 15 ; 1, 9, 42 principalement; m, lô ; ii, 1. Mansi, Coll. ConcîL^ XX, p. 629.

« EpisLy 1, 9; II, 5 , (très-forte) ; lî, 49. Cf. Pétri Damiani , Epist» ad episc.y in Baron., ann. 1057.

' Epist., V, 10; i, 42, et surtout 70 ; vu, 23 ; viii, 9 ; n, 45.

» Id., I, 27, 28 ; ii, 45; vu, 10; i, 30.

» 7^.,v, 5; IV, 28; IX, 21.

•* Id.,\iy 1; viif,9.

«« Id., VI, 12.

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pas l'en d^ourner ^ ; car celui qui menace l'Église, qui lui fait violence et lui cause de l'amertume, est un enfant du démon et non de l'Église; elle doit le bannir et le retrancher de la société humaine^. 11 faut donc que l'Église soit indépen^ dante, que tous ceux qui lui appartiennent soient purs et irrépréhensibles; accomplir cette grande œuvre c'est le devoir du pape '.L'Église sera libre*. Voilà les pensées de Grégoire, telles qu'elles se trouvent dans des lettres écrites à diverses époques ^. Il n'y a pas de doute qu'elles ne fussent, dans son esprit, un sujet de sérieuses réflexions lorsqu'il monta sur le trône pontifical. Il voyait ' bien clairement qu'il lui fallait toute l'énergie de son âme, toute l'autorité de son rang pour briser deux liens qui attachaient le clergé à l'État, les évêques aux souverains, et qui mettaient l'Église sous la dépendance du pouvoir. Ces deux liens étaient le concubinage des prêtres, l'investiture ou la simonie.

^ Id,, App. II, 16, p. 629, dans Mansi; v, 7; ix, 2. Voy. principalement ix, 21 ; vi, 1 ; vu, 3. « Epist.^ VI, 1 ; IV, 27.

»7é/., I, 70;ii, 12.

^Id.y VIII, 6.

* On ne peut nier que ces pensées ne soient celles de 6régoire, cependant nous devons prévenir le lecteur qu'elles ne se trouvent pas, pour la plupart, littéralement dans ses écrits. L'auteur les a puisées dans l'esprit de ses épltres, plutôt que dans la lettre même. (J^ote du trad.)

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Depuis des siècles, et dans toutes les parties de la chrétienté, les empereurs, les rois et les princes étaient dans l'habitude de donner aux évèques et aux abbés l'investiture de leurs dignités, aux^ quelles était toujours attaché un fief. Ils la d<mmA&àt en remettant au dignitaire élu Tanneau et le bâton pastoral. Cette coutume avait sa source dans le régime féodal, dans la piété d'un grand nombre de seigneurs et ée souverains, et dans la conviction où l'on était que TÉglise et ses ministres avaient besoin de' possessions territoriales. Aux^ siècle, cet usage, déjà ancien, devint plus général : aussitôt qu'un évéque ou un abbé élaît mort, son évéché ou son abbaye revenait au seigneur, qui pouvait nommer et investir un nouveau dignitaire. Le choix et l'inféodation, le sacre et l'investiture, ren<ktient seuls un évèque ou un abbé légitime, car le fief et la dignité n'étaient jamais séparés. On doit bien penser que les choix que faisait le suzerain étaient conformes à jses intérêts; ainsi il choisissait communément un homme qui, par les qualités de l'esprit, par ses dispositions guerrières (quand le temps l'exigeait), par ses richesses et son nom, exerçait une grande influence dans la société, et portait l'épée aussi bien que la croix. En recevant l'investiture, le clergé contractait toutes les obligations féodales; ainsi révèque ou l'abbé était obligé, en temps de guerre, de joindre sa bannière au drapeau du prince. Il

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arrivait sauvent que l6 prêtre» ayant à {Kiiné quitté l'autel^ reçût de son suzerain l'ordre de ceindre l'épée et de rejoindre Varmée* Pour se former à la guerre^ les ecclésiastiques se livraientà la chas^, quiy quoique pour la jdupart un plaisir, devenait pourtant un exercice en quelque sorbe nécessaire. De là résultait que les hauts dignitaires de l'Eglise étaient en contact perpétuel avec le inonde, qu'ils tenaient une espèce de cour où l'on ne voyait que pompes et festins, et qu'ils oubliaient les devoirs et les convenances de leur état. £t quand rapneau et le bâton pastoral ne se donnaient plus que pour de grandes sommes d'argent; quand une coupabfe rivalité se manifestait dans ces enchères, alors on ne pensaplus qu'aux moyens d'amasser des richesses^ De là Toppression des sujets, de là leur haine et tairs murmures. Les dignités ecclésiastiques étant ainsi adjugées au plus offrant, il arriva que plusieuns villes avaient deux évêques à. la fois \ l\ est facile de concevoir que les ministres de Dieu avai^it perdu toute indépendance, qu'ils étaient soumis aux princes temporels, surtout en Allemagne, où l'empereur abusait plus particulièrement du droit d'investiture. Or, suivant Grégoire, cela ne devait pas être : l'Eglise et ses ministres devaient être indépendants.

Depuis longtemps on parlait aussi de la simo-

> Bruno, de Bello sax, Oa #ii Vit plusieurs exemples du temps de Henri IV, empereur d'Allemagne.

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nie : la vente et l'achat des dignités ecclésiastiques étaient regardés comme un crime horrible qui appelait la vengeance du Ciel ^ parce qu'en le commettant, on trafiquait avec les dons du Saint-Esprit. Ce vice s'est introduit dans l'Eglise avec les richesses; mais il y a toujours eu des hommes pieux qui l'ont combattu avec force dans leurs écrits ^ et dans les synodes. Plus ce vil commerce s'accroissait, plus les avertissements devenaient sévères '.

Depuis que Hildebrand était à la tête des affaires ecclésiastiques, on s'élevait contre la simonie dans tous les conciles. De 40i9 à 1071, cinq synodes lancèrent des anathèmes contre ce crime; il fut proscrit, condamné et anathématisé par les papes. Hildebrand en était le plus mortel ennemi. Pierre Damien ne savait quels termes employer pour exprimer toute l'horreur qu'il avait de cette hérésie détestable ^. Déjà les conciles avaient prononcé la déposition contre ceux qui s'en rendraient

**Graiian.j Décret.^ ii, p. 299.

« Tel que Grégoire le Grand, dont Grégoire VU aimak à étudier les ouvrages. Foy, sa 57' lettre, lib. ix (Labb., t. V, p. 1469), qui en offre un exemple remarquable.

' On en trouve un grand nombre dans VHisU ecclés, de Schrœckh, xxii** vol., p. 581 et suiv.

^ Il dit, dans une de ses poésies :

Ex quo Simon contra Petriim

Turrim struxit Magiae,

Inde cecidit percussus

ÂDgnlari lapide, *■]

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coupables ^ : on les appelait des loups ravissants qui tournent autour du troupeau de Jésus-Christ, cherchant à le dévorer. Pierre Damien contribua beaucoup à étendre le sens qu'on donnait anciennement à ce mot; il appelait simoniaques même ceux qui parvenaient aux dignités par leur caractère obséquieux ou par la flatterie *. Ainsi, pendant les vingt années qu*Hildebrand gouverna l'Eglise, on a amené les choses à un tel point qu'on regardait la simonie et l'investiture comme synonymes.

Cependant il y avait encore quelques hommes qui voulaient établir une distinction, et qui soutenaient qu^on n'était pas coupable de simonie quand on achetait du roi ou d'un prince un évêché, pourvu que la consécration fût gratuite, parce qu'alors on achetait, non le sacerdoce, la dignité ou le sacrement, mais la

Nihil est durabile.

Toute la conduite de Grégoire est tracée dans les mots suivants :

CoDtra cujus ictum plane Ad hœc Si mollis leprosam Execrate hseresim, Sacerdotum simul atque Scelus adulterii, Laicorum dominât us Gedat ab ecclesiis.

> Comme celui de Toulouse en 1056.

* Il dit : « Tria dicuntur esse munerum gênera, scilicet munus a manu (id est pecunia), munus ab obsequio(id est obedientia subjeclionis), et munus a liogua (id est favôr adulationis).

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262 VIE ET PONITPICAT [ 1 07 3

possession d'an bien temporel '. Mais Pierre Damien réfuta cette opinion avec beaucoup d^'aigreur, et mit en principe qu*on ne pouvait recevoir d'un laie une dignité ou un bien ecclésiastique quelconque, à prix d'argent, sans se rendre coupable de simonie *.

Cette guerre faite à la simonie par des hommes si remarquables était très-favorable au plan de Grégoire. Les siècles et surtout les derniers temps 8*étai^t prononcés contre cet abus. La simonie et l'investiture étaient synonymes. Grégoire pouvait donc s'appuyer sur un terrain solide, sur la foi et la conviction des personnages les plus distingués de diverses époques, et sur les décrets les plus décisifs d'un grand nombre de conciles.

Le second lien qui attachait le clergé au monde et à l'Etat, et qui le détournait des devoirs de son ministère, était l'incontinence. Grégoire voulait aussi briser ce lien. Dans tous les temps on a regardé le célibat comme un état plus saint et plus parfait. Cette idée, fortement enracinée dans l'esprit même des païens, a surnagé au naufrage des mœurs, et a reçu un nouvel éclat et une nouvelle impulsion au sein du christianisme. Tous les chré-

* C'était TopinioD de Jean et deThudetin, deux prêtres de la cour de Godefroi de Toscane. P^id, Pétri Damiaûi, Epist, I, JS, ad Alex.

* P. Damien a parié dans le sens de tous les théologiens^ et même, comme il parait, dans celui du concile de Trente- Sess. 24, i/c Re/orm.y c. 14, (Note du traduct.)

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tjen^^qtii étaient animés par la foi et la piété, ont compris que l'intelligence est la plus noble portion d^ l'homme, qu'elle doit commander au corps, et qu'eUe rend Thomme plus parfait à mesuit) qu'elle exerce plus d'empire et qu'elle se dégage plus des $ens. Quelques hérétiques des premiers siècles, poussant cette idée trop loin, condamnant toute qeuvre de la chair, ont proscrit le mariage. L'Eglise a condamné ces excès; mais, tout en toute* pant la sainteté du mariage, elle a donné la préférence à la virginité, elle a proclamé le célibat comme un état de perfection qui est indi^nsable aux ministres des autels, et qui seul les met à la hauteur de leurs sublimes fonctions ^« Delà, dans tous les siècles, depuis le temps des apôtres, la défense faite aux clercs de se marier ; de là des mesures sévères contre leur incontinence, et l'exclusion du presbytère de toute personne suspecte.

* Pour mettre la vérité à la place de Terreur, noua avons modifié quelques phrases de M. Voigt, qui, ignorant cette matière et se confiant trop à V Histoire ecclésiastique de M. Schraeckh, a crn découvrir le principe du célibat dans les opinions des Manichéens et dans les idées ascétiques des moines. Cela ne Tempèche pas de dire que dans tous les siècles F£glise a. défendu aux prêtres de se marier. Nous laissons à Fauteur le soin de concilier cette étrange contradiction; il n'entre pas dans nos vues d*entamer ici une discussion sur ce sujet. Nous renvoyons le lecteur à noire ouvrage sur le Célibat ecclésiastique, où il trouvera une masse de preuves propres à convaincre l'esprit le plus rebelle, et auxquelles les détracteurs du célibat ne répondront jamais. {Note du trad.)

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dont lemoiide pouvait se scandaliser ^. Réprimer les penchants de la nature, tel devait être le premier précepte pour celui qui travaille dans le royaume de Dieu.

Mais, malgré toutes les mesures prises dans les conciles, les passions humaines l'emportèrent sur les règlements. 11 y eut des incontinents et même des défenseurs de l'incontinence ^ La loi du célibat éprouva souvent de violentes contradic<* tiens, et excita quelquefois des troubles dans l'Eglise ^« Le concubinage se montra à Rome jusque sous les yeui du saint Père.

Du temps de Grégoire, des voix éloqumites s'é* taient fait entendre; on avait fait de sévères règlements contre ceux qui s'appelaient les pasteurs du peuple et qui déshonoraient le sacerdoce par l'impureté. Benoit YIII avait adressé aux enfants de l'Eglise^ un discours plein de force et d'af-

* Le troisième caoon du^rand concile de Nlcée est assez connu : « Inlerdixit per omnia magna synodus non episcopo, non presbytero, non diacono, nec aliciii omnino qui in clero est, licere subintroductam habere mulierem, nisi forte matrem, aut sororem, aut amitam, vel eas tantum personas quœ suspicionem effugiunt» » {Note du trad.)

* L'ouvrage bien connu dUiiic, évéque d'Augsbourg^ sur le mariage, est très-remarquable. Fid. Schraeckh *.

> L'histoire deDunstan,en Angleterre, est assez connue.

* Ulric, qui vivait dans le x* siècle, se signala dans son dio-^ cèse par un zèle apostolique. Quant à Touvrage dont parle M. Voigt, c'est une lettre qu'on a attribuée au saint prélat; elle combat le célibat ; mais des critiques sévères démontrent qu'elle est supposée* f^oy» Zaccaria, Prœfat. ad Hist. poiemicam de saneto^ cœlibatu* (Audley.)

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fection sur ce sujet ', et menacé les coupables de toute la sévérité des canons; mais c'était prêcher dans le désert ^. Pierre Damien, quand il touche à cette matière, s'exprime avec une douleur profonde^. U s'indigne devoir l'Eglise l'épouse de Jésus-Christ, honteusement délaissée par des serviteurs inCdèles. Selon lui, l'honneur de Dieu est intéressé à extirper cette peste contagieuse et à détruire cette œuvre du démon. Il combattit jusqu'à la mort contre ce vice, et avec une ardeur dont il a donné des preuves à Milan, à l'occasion des débats d'Âriald avec le clergé. Lui et Grégoire, quoiqu'ils fussent souvent divisés d'opinion, étaient d'accord sur ce point; ils se soutenaient l'un l'autre, parce qu'ils étaient intimement convaincus que ce désordre était un crime affreux, une im-

* DaDs UQ synode tenu à Pavie \

* Nous prenons note de cette phrase, qui justifie Gré« goire YII sur la rigueur excessive que les Protestants lui ont reprochée. Puisque tous les remèdes avaient été inutiles, il fallait recourir à des plus violents. {Note du trad.)

* Opuscul. XVII, de Cœlibatu sacerdotam, tom. m.

* Ce synode est de 1012. Le discours qu'y prononça le pape est remarquable sous le rapport de TéloqueDce. Le cœur du pontife était vivement ému. U voyait tons les désordres de l'Eglise, sans trouver le moyen d'y remédier. U se contenta de renouveler les lois sur la pureté ecelésiastique, établit des peines sévères contre les violateurs, et pour en diminuer le nombre, ii ôta la liberté aux enfants nés d'un pareil mariage, les déclarant serfs de rÉjgiise. Ce discours est le tableau le plus fidèle de la situation de FÉglise au commencement'.du XI* siècle. Yoy. Labb., ConciL^ t* ix» p. 819 — 830. {Note du trad)

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piété. Mais Grégoire avait un motif de plus : c*est que l'anéantissement de ce vice entrait comme partie essentielle dans son plan.

Ces choses attachaient le clergé d'une manière bien étroite au monde et à l'Etat; aucun canon de l'Eglise n'avait encore pu rompre complètement ces liens; le soin d'une famille détournait le clergé de son devoir; le prêtre était étranger à l'esprit de son ministère. Tant que le clergé était si fortement attaché à l'Etat et aux princes, tant qu'il était en rapport continuel avec le monde, le pape pouvait-il compter sur son appui dans la lutte qu'il allait soutenir contre les souverains et contre leurs mauvaises institutions ? Les intérêts du souverain étaient nécessairement ceux du clergé. L'indépendance de FEglise était impossible tant que ses ministres étaient attachés aux choses du monde ; il fallait donc que Grégoire fît ce qu'il a fait, si toutefois il voulait atteindre le but qu'il s'était proposé.

Voilà ce qui était dans l'esprit de Grégoire, avec bien d'autres choses encore ', lorsqu'il monta sur le trône pontifical, trône qui existait depuis plus de mîUeans. C'était une grandeœuvrequecellequ'il entreprenait ; car il voulait faire sortir des gonds ce qui y était fixé immobile depuis des siècles, il voulait réformer la vie et changer les rapports de plusieurs millions d'hommes; car son plan devait atteindre

* Comme nous le verrons plus tard.

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le palais des rois et des empereurs, le château des seigneurs, le bourg du noble chevalier, le palais des évéques, la demeure du prêtre, la cellule du moine, et l'humble chaumière du paysan. C'est en quoi consiste le caractère d'un grand génie. Ses vues générales, partant d'une profonde conviction, semblent embrasser tout l'univers et donner une nouvelle vie à ce qui existe. Ce qui distingue le génie surtout, c'est qu'il saisit vivement une grande pensée; il s'y attache avec ardeur et affection; il emploie ensuite tous les détours, toute la lenteur et toute la circonspection nécessaires pour la faire réussir et la produire au grand jour. Il faut des combats pour former des héros; mais ces combats sont de différents genres. Sans périls, sans résistance^ point de grands hommes; car ce sont les efforts qu'on fait pour les braver qui exercent l'esprit, l'élèvent au-dessus du vulgaire et le conduisent à l'immortalité \ Grégoire monta donc sur le trône de Saint-

* Sans les douze travaux, il n*y aurait pas eu d*Hercule. — Il y a eu des hommes qui sont devenus grands et immortels, parce qu'en cherchant leur ruine, on leur fournit roccasion de déployer tonte la force de leur caractère et de leur génie. C'est ainsi que Micipsa exposa Jugurtha à de grands dangers : « Statuit eum objectare periculis, et eo modo fortunam tentare, sperans vet ostentando virtutem, vel hoslium ssevitia facile occasurum. » Dans ce but, il le mit à la tête d'un corps de Numides, qu'il envoya en Espagne, au secours des Romains; « sed ea res longe aliter, ac ratus erat, evenit. » Sallust., Jugurtha^ c. vu.

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Pierre, dans la plénitude de son pouvoir. Il envoya en Espagne, en qualité de légat, le cardinal Hugués le Blanc. Là, les Sarrasins étaient sous les armes; le comte de Roucy, de concert avec d'autres princes et seigneurs, faisait des préparatifs pour enlever aux Arabes le pays qu'ils habitaient encore ^ C'est ce que Grégoire avait déjà probablement concerté du temps d'Alexandre ; car à peine Alexandre avait-il pris les rênes du gouvernemenl, qu'il envoya en Espagne une légation pour connaître les dispositions des princes chrétiens à l'égard du saint Siège, et pour régler quelques affaires ecclésiastiques. Le légat trouva les princes bien disposés envers Alexandre. Sous le même pape, Hugues le Blanc fut envoyé en Catalogne pour y extirper la simonie et l'incontinence des clercs ; il prit des mesures sévères contre l'un et l'autre vice dans un synode ; on s'y soumit sans résistance. Au milieu du bruit continuel des armes, durant la guerre entre le roi de Séville et celui de Cordoue, quelques légats du pape parvinrent même, en Aragon, à régler l'of-

' Evole, comte de Roucy, prince champenois, dont les propriétés longeaient le Rhin. Souvent les Espagnols appelaient à leur secours des seigneurs français dans la guerre contre les Sarrasins. Grégoire montre quelle confiance il avait plus tard en Evole, par sa lettre de 1080 {Epist.^ viii, 1 8), dans laquelle il lui annonce la déposition de Manassèj, archevêque de Reims, et le prie de rompre toute commua nication avec ce prélat.

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fice divin d'après la liturgie romaine ^ Dans les derniers temps d'Alexandre, deux légats romains franchirent les Pyrénées, pour détruire la simonie; ils déposèrent dans un synode plusieurs prêtres coupables, en instituèrent d'autres, et ôtèrent à un grand nombre l'administration des sacrements. Déjà, avant l'avènement de Grégoire, le saint Siège avait accordé comme fief de Saint- Pierre, moyennant une redevance annuelle, tout le pays que le comte de Roucy pourrait conquérir sur les Arabes. Grégoire alla toujours plus loin : ce qu'il avait obtenu du comte de Roucy, il voulait l'obtenir de tous les autres. Hugues le Blanc porta de sa part une lettre à Gérald, évêque d'Ostie, et à son sous-diacre Raimbaud ^, tous deux légats dans les Gaules ; le pape leur recommanda dans cette lettre d'envoyer en Espagne Hugues de Clunî pour réformer l'Église, et pour faire observer les conventions du saint Siège ^. Il adressa aux grands d'Espagne, par l'intermédiaire de

* Ferraras, dans le cinquième volume de son Histoire d'Espagne, p. 293, n'affirme ce fait de la Catalogne que sur Tautorité du moine Jean de la Pegna. Du reste, cette identité de cérémonies dans l'office divin et l'usage de la langue latine paraissaient fort nécessaires au pape, pour établir l'unité de l'Eglise.— Comparez £pisL, i, 64, et celle à Wratislas de Bohême (lib. vu, 11).

* Epist.y I, 6.

* Grégoire, en voyant partir pour l'Espagne un grand nombre de seigneurs, craignait qu'ils n'observassent pas les conditions convenues avec le comte de Roucy; c'est pourquoi il envoya un légat dans ce pays. « Aut etiam si

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Hugueft le Blanc^ une lettre dont voîcrleconteau:

« Vous n'ignorez pas sans doute que depuis les

» temps les plus anciens le royaume d' Espagne est

» une propriété de Saint-Pierre, et que, par un

» droit de justice, qui n'a pas été détruit, il ap-

» partient encore au saint Siège et non à aucun

» mortel ' , quoique depuis longtemps il soit au pou-

» ^oir des Infidèles. Car, ce qui entre une ibis, par

» les décrets de la Providence, dans la propriété

» de l'Église, lui appartient toujours; l'Église peiA

» en perdre la jouissance, mais elle n'en perd ja-

» mais le droit, sans une légitime concession. Le

» comte de Roucy , dont la réputation vous est bien

» connue, voulant conquérir ce pays et l'arracher

» aux mains des païens, a obtenu du Siège aposto*

» lique> en vertu d'un traité, la permission d'entrer

» en possession de tout le territoire qu'il pour-

» rait enlever, soit par ses propres efforts, soit

» par ceux de ses alliés, et de le conserver comme

n fief de Saint-Pîerre *. Que ceux donc qui vour

» dront se joindre à lui le fassent avec des inten-

eadem conventîo ab aliis quibusdam prÎDcipibus, quos in eaindem partem seorsam ab Ëvulo suis copîis ituros iatelleximas, nondam exquisitacst, volumus, etc....» {Episu, VI, adLegatôs^ 1. 1.) (Note du trad,)

>CeUe lettre se trouve aussi dans Baron., ^nnal.^ ann.l07é. A la page 303, Fcrraras change la date de cette lettre ( 29 avril 1073) pour le même jour 1074. Il se fonde sans raison sur la maladie de Grégoire. Mais alors il faudrait aussi changer la date de la précédente (6**).

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[1078] DU PAPE GRÉGOIRE Tll. 2TI

» lions pures, de manière qu'ils puissent compter » sur la protection de Saint-Pierre au moment du » danger, et recevoir avec sécurité les récompen* » ses dues à leur mérite *. Si quelques uns d'entre » vous veulent entrer dans le même pays séparé^

* « Non latere vos credimus regnum Hispaniae ab antfquo proprii jurts sancti Pétri fuisse et adauc (Ucet diu à pagaois sit occupatum), lege tamen justitiœ non evacuata, nulli mortalium, sed soli apostolicae sedi ex aequo pertinere. Quod enim, anctoreDeo, semel io proprîetates ecclesiarum juste perveaerit, maneute eo^ ab usuquîdei», sed ab earum jure, occasione transeuntis temporis, sine légitima concessîone divelli non poterit. Itaque cornes Evulus de Roccio, eu jus famam apud vos haud obscnram esse putamus, terram illam ad bonorem sancti Pétri ingredi, et à paganorum manibus eripere cupiens, hanc con cessionem ab aposlolica sede obtinuit, ut partem illam, undè paganos suo studio, et adjuncto sibi aliorum auxilio expellere posset, sub conditione inter nos factœ pactionîs, ex parte sancti Pétri possideret. Qua in reet labore quicumqoe vestrum sibi adhserere voluerit, omni carilatis affectucommonilus erga bonorem sancti Pétri talem auimum gerat, ut ab eo et munitionis auxiîia in perîculis, et mérita fîdelitatis prœmia securus accipiat. Siautem aliqui ex. Yobis seorsum ab iilo propriis copiis eamdem terraqi aliqua in parte intrare paraverint, decet ut militiae causam ex animi devotione qnam justissimam sibi proponant, jam nunc omni voto concipientes et ex corde statuentes, ne capta terra easdem, quas illi qui nunc deum ignorantes eam occupant, injurias sancto Petro faqiant. Hoc çnim neminem vestriun ignorare volumus; queniam nisi œqua pactione persolvendi juris sancti Pétri in regnum illud animadvertere statueritis, pptius vobis apostoiica auctorttat«, ne illuc tendatis interdicendo , contraferemur^ quant sancta et universalis mater ecclesîa, idem a filiis suis quod ab bostibus patieodo, non jam proprietatis suœ, sed filiorum detrimento saucietur. (Labb., t. x, p. 10« Ept'st, Yii, I.) (Note du traduct.)

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» ment avec leurs troupes particulières, qu'ils se » proposent la cause de guerre la plus juste, et » prennent, dès à présent, une ferme résolution » de ne pas faire, après leurs conquêtes, à Saint- » Pierre, le même tort que lui font à présent les » Infidèles. Car nous ne voulons pas vous laisser » ignorer que, si vous n'êtes résolus de faire payer » équitablement en ce royaume les droits qui sont » dus, nous vous défendrons, en vertu de no- » tre autorité apostolique, d'y entrer, plutôt que » de tolérer que l'Église universelle, en souffrant » de ses enfants ce qu'elle a souffert de ses enne- » mis, soit blessée plus parla perte de ses enfants » mêmes, que par celle de sa propriété. »

Cette lettre a dû produire en Espagne une sensation étrange^. On devait être étonné qu'un homme, naguère si doux et si circonspect, se prononçât d'une manière aussi décisive. On ne savait pas sur quel fondement l'Église romaine appuyait ses prétentions sur l'Espagne^; le légat fit remonter ce droit aux temps antérieurs à Witiza

* Ceci est une simple conjecture qui n'est fondée sur rien. Je crois plutôt que cette lettrd a produit une sensation agréable en Espagne ; car les Espagnols devaient mieux aimer être gouvernés par des princes dépendants de Rome que par des rois infidèles, ou par des seigneurs qui ne connaissaient d*autres lois que leurs volontés arbitraires et tyranniques. {Note du traduct,)

« « In cujus ore, dit Grégoire à la fin de sa lettre aux princes d'Espagne que nous venons de citer, nostra ad vos consilia et décréta plenius apertiusque disserenda ac vice nostra disponenda posuimus. »

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(l'an 701) ; car ce roi avait défendu à ses sujets, sous peine de mort, d*obéîr à l'Église romaine *.

* L'auteur parle ici de la soumission au pouvoir temporel du pape. Car il sait fort bien que de tous les peuples du moode, le peuple espagnol a toujours été le plus soumis àPautorité pontificale, et que, depuis rétablissement du christianisme dans ce pays, c*esl-à-dire depuis les premiers siècles, les papes ont exercé en Espagne leur pouvoir spirituel sans aucune contradiction. La question tombe donc sur le droit temporel que Grégoire s'attribue. On prétend que dans les temps antérieurs à Witiza r£spagne appartenait au saint Siège, et que le roi, dans un concile tenu à Tolède, en 701, s'est déclaré indépendant et a soustrait ses sujets au pouvoir temporel des papes. Mais comme les actes de ce concile sont perdus, nous sommes réduits à de simples conjectures. Cependant il ne faut pas s'imaginer que les prétentions de Grégoire n'étaient fondées sur rien. Grégoire s'énonce trop clairement pour qu'on puisse croire qu'il agissait uniquement d'après ses désirsouses caprices. Car voici ce qu'il dit encore dans sa vingt-huitième lettre du livre iv : « Praeterea notum vobis fier! volumus, quod nobis quidem facere non est liberum, vobis autem non solum ad futuram, sed etiam ad praesentem gloriam valde necessarîum, videlicet^regnum Hispanise ex anUquù con» stitutionibus beato Petro et sanctae romanœ Ëcclesîae in jus et proprietatem esse traditum. » Si la tradition ne nous a Imssé aucun vestige de la suzeraineté que réclame Grégoire, il ne s'ensuit pas que de son temps il n'en existait pas. Nous sommes confirmés dans cette opinion par un témoignage de Mariana, le célèbre historien de l'Espagne. Voici ce qu'il rapporte : « Extat Gregori septimi qui proximo tempore romanumponlificatuinadeptusest, praeclarum de Ramiro rege testimonium, quo primum Hispaniae regum, ait, Toletanœ superstitionis (sic Gothicam precandi rationem vocat) per gentes fusse, et quœ mentes homînum stulta persuasione imbuerat, repudiâtis erroribus majestatem romani moris et cultus lucem in Hispanicas terras invexisse. Sedi apostolicae inprimis et maxime deditus fuit : prorsus ut regnum, seque et liberos romanis pontificibus obnoxios vectigalesque fore, lege in œternum

Sur ces entrefaites, arrivèrent en Espagne, comme légats, Gérald, évêque d'Oétie, et Raimbaud, qui convoquèrent un synode, où ils déposèrent ou excommunièrent arbitrairement plusieurs évoques, et en suspendirent d'autres. On s'en plaignit à Grégoire; celui-ci adressa au légat une lettre sévère, lui reprochant de ne lui avoir envoyé personne pour le tenir au courant de ses négocia* tions. II a entendu, dit-il, des plaintes auxquelles il est obligé de répondre, mais qu'il ne pouvait le faire dans l'incertitude où il est et dans la crainte de lui faijre perdre toute considération dans ce pays\ Quelle a été l'issue de cette affaire, c'est ce que nous ignorons, faute de documents®.

A l'égard de Henri, roi d'Allemagne, l'intention de Grégoire était de tenter la voie de la douceur et de commencer par lui donner des avertissements! paternels. Il écrivit à Godefroi, le 20 avril 1073 : «Vous connaissez nos pensées et nos désirs » relativementau roi ; car, Dieu nous en est témoin, » personne n'a plus de sollicitude et ne fait des vœux » plus ardents que nous pour sa gloire présente et » future. Nous avons résolu de profiter dq la pre- » mière occasion pour lui envoyer des légats, et

lala voluerit et sanxerit. {De reb. Hispan.y c. 7.) Si ce fait est vrai) Kamire in aurait donc réellement rendu ses ëtats tributaires du saint Siëge, et le pontife n'était pas mat fondé, diaprés le droit du moyen âge, à réclamer le tribut cl la suzeraineté. {Note du tradact)

• ^/7M^,16, lib. 1.

* Du moins des monuments qui soient arrivés jusqu*à nous.

» pour nous concerter paterneltement avec loi sur » ce que nous jugeons le plus utile au bien de » TÉglise et à l'honneur de la dignité royale. S'il » nous écoute^ nous aurons autant de joie à le voir » heureux que si nous l'étions nous-mêmes ; et il > le sera très-certainement» si» marchant dans la » voie de la justice» il sa rend à nos avertissements » et à nos conseils. Mais si» ce qu'à Dieu ne plaise» A il répond à notre amour par la haine ; si» dis^ ,» simulant la justice de Dieu» il rend au Toutj» Puissant le mépris pour l'honneur qu'il a reçu » de lui; alors nous ne laisserons pas tomber sur » nous cette menace de l'Écriture : Maudii celui qui » retient son épée et l'empêche de verser le sang. Car » nous ne pouvons pas sacrifier la loi de Dieu à » des considérations personnelles» ni abandonner » le chemin de la justice pour conserver la faveur » des hommes; car» dit l'apôtre : si je voulais plcdre » aux hommes, je ne serais pas le serviteur de Dieu*^. »

* De rege vero mentem nostram et. desiderium plene cogooscere potes; quod, quantum ia Domino sapîmus, nemiuem deejus praesenti ac futura gloria aut soUicitîorem aut copiosîori desiderio nobis prseferri credimus. Est enim hœc voluntas nostra» ut primum oblata nobis opportuni» tate, per nuntios nostros super bis quse ad profectum Ecolesiœ, et bonorem regiae dignitatis suae pertia«re ar*bitramur, paterna cum dilectione et admonitione conve* DÎamus. Quod si nos audierit, non aliter de ejus quam nostra sainte gaudebimus ; quam tum cerlissime aibi lucrari poterit, si in tenenda justitia nostris monitis et consiliis acquieveril: sin vero (quod non optamus) nobis odiûm pro dilectione, omnipotent! autem Deo pTo tante honore sibi coUato, dissimulando justitiam ejus, contemi^

Il exprime, un peu plus tard, les mêmes sentiments dans une lettre à Béatrix et à Mathilde de Ganosse ^ : « Quant au roi, dit-il, vous savez » par nos lettres précédentes que notre intention » est de lui envoyer quelques hommes sages, pour » le ramener, avec Taide de Dieu, à l'amour de TE* » glise sa mère, et pour lui tracer une meilleure » forme de gouvernement. Si, contrairement à nos » vœux, il ne nous écoute pas, nous ne pourrons, » ni ne devons nous écarter des règles de TÉglise » qui nous a nourris, et qui souvent a engendré » ses enfants au prix du sang de ses fils. Et certes, il » est plus sûr pour nous de lui résister jusqu'au » sang, pour son propre salut, que de consentir à » l'iniquité pour satisfaire à ses caprices, et pour

tum non ex aequo reddiderit, interminatio qua dicitur : Maledictus homo^quiprokibetgladium suum a sanguine ( Jerem . , XLYiii, 10), super nos, Deo'provideijte, non veniet. Neque enim liberum nobis est alîcujus personalî gratia legem Dei postponere^auta tramite reçtitudi nis pro humano favore recedere, dicente apostolo : Si hominibus placere vellem, servusDeinon essem {GaL, i). Epist.,9,lib.l. (iV. du trad.) * De rege autem, ut antea in litteris nostris accepislis, haecestvoluntasnostra,ut ad eum religiososvirosmittamus, quorum admonitîonibns, inspirante Deo, ad amoremsanctœ romanse et suae matris Ecclesise eum revocare et ad condignam formam suscipiendi imperii instruere et expolire valeamus. Quod si nos, quod non optamus, audire oontempserit, nos tamen a matre nostra romana Ecciesia, quœ nos nutrivit, et saepe filiorum suorum sanguine alios generavit fîlios, custodiente Deo, exorbitare née possumus nec debemus. Et certe tutius nobîs est defendendo verîtatem pro sui ipsius salute adusquesanguînera nostrum aibi resistere, quam ad explendam ejus voluntatem iniquitati consentiendo secum, quod absit, ad interitun\ ruere. Epist.^ i, 11. {Note du traduct.)

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» nous jeter avec lui dans Fabîme*. * Il fait voir plus clairement encore, s'il est possible,, ses vues et ses intentions dans une lettre adressée à Rodolphe, duc de Souabe : « Nous savons déjà, dit-il, par le passé, que vous avez fortement à cœur l'honneur de l'Église romaine ; mais la lettre que vous venez de nous envoyer nous montre surtout quel est votre amour pour cette même église, et conir bien vous surpassez en affection les autres princes de vos contrées. Votre lettre, d'ailleurs si aimable, semble avoir pour but de vous concerter avec nous sur les moyens de donner plus de gloire à l'empire, et plus de force à l'Église, par une union étroite entre le sacerdoce et l'empire. Nous voulons que votre noblesse sache que nous n'avons aucun sentiment de malveillance pour Henri, envers lequel nous avons même des devoirs; puisque nous l'avons choisi pour roi; puisque l'empereur son père, d'heureuse mémoire, nous a honorés à sa cour, parmi tous les Italiens, d'une manière toute particulière j puisque ce prince en mourant a

* Grégoire exprime les mêmes sentiments, et peut-être d'une manière plus vive encore, dans une lettre adressée à Rainald, évêque de Cornes : « £t tu dilectissima nostra filia Agnes imperatrix, novistis quid de rege sentiam, quid etiam de eo velim; novistis quidem, si bene fortassis meministis quam saepe utrique dixerim, quod eo reli« gione sanctiorem nullum vellem vivere; hoc scilicet mente mecum versans : si cujuspiam privati et alicujus principis boni mores, vita et religio honori sanctae Ëcclesiœ existant, etaugmento; quidillius quilaïcorum estcaput, qui rex est^ et Romœ (Deo annuente) futurus imperator. Epist., i, 20. {Note du traducL)

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Î78 TŒ ET PONTIFICAT [IWSl

recommandé son fils à l'Église romaine par le pape Victor • . • , Mais, comme cette concorde entre le sacerdoce et l'empire doit dtre sincère et pure, il nous paraît utile d'en conférer avec vous, avec l'impératrice Agnès, avec la princesse Béatrix, avec Rainald, évéque de Gômes, et avec quelques au* très personnes craignant Dieu. Car si le corps humain est dirigé par la lumière temporelle au moyen de deux yeux, de même le corps de l'Eglise doit être gouverné et éclairé par la lumière spirituelle au moyen de deux pouvoirs agissant de concert dans une vue religieuse. Nous traite*» rons ces choses avec plus d'attention, pour qu'a* près avoir bien connu nos vues, vous y donniea votre assentiment, si nos raisons vous paraissent solides. Si vous croyez devoir changer quelque chose à notre plan, nous sommes prêts à nous rendre à vos avis^. » Le pape termine en l'invitant à une conférence.

* Licet ex prseteritis nobililatis tuse studiis clareat le •anctaB romanae Ëccleaise honorem diUgere, nuûc tamea quanto ipsius amore ferveas, quantumque caeteros illaruiu partium priocipes ejusdem amoris magnitudine transcendas, litterse tuœ nobis transmiassa evidenter exponunt. Quee nimirum inter caetera dulcedinis suœ verba illud no* bis videbantur consulere, per quod status imperii gloriosius regitur et sanctœ Ecclesi^e vigor solîdatur, vîdelîeet ut sacerdotium etimperium in tmitate concordiœ conjungantur. Unde Dobilitatem tuam scire volumus, quia non solum circa regem Henricum, cui debitores existimus ex eo quod ipsum in regem eiegimus, et pater ejus laudandœ mémorise Henricus imperator, inter omnes Italicos in curia sua speciali honore me traetavit, quodque etiam ipse moriens romande Ëcclesiae per venerand» memoriae papam

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[107d] DU PAPE &RÉGOIIIB VIL »9

Bien des personnes parmi lesquelles étaient

Victorem prsedictum filium suum comemndavit, aliquam malevoUntlam non observainuft,sed iieqa« aliquem christianum hominem (Deo auxiliante) odio babere volumus,.T sed quia concordiam istam, scilicet sacerdolil et imperii, nihil fictum, nibil nisi purum decet babere, irîdetur uobis omoino utile, ut prias tecuoi, atque cum Agpete impératrice et Gum comitissa Béatrice et Raiualdo episcopo Cumano et cum alils Deum timentibus. Ham sicut duobus oculis hnmanum corpus temporali Inmine r^itur, ita bis duabus dignitatibus in pura religione concordantibus corpus ecclesise spirituali lumine régi et illuminari probatur. De bis diligentius tractemus ; quatenus voiuntate nostra htne a vobis coguita, si rationes nostras justas esse probaveritis, nobiscum consentiatis : si vero rationi nostrse aliquid addendum vel subtrahendum esse vobis visum fuerit, consiliis vestris (Deo consentiente ) parati erimus asseusum prœbere. (Epist,^ i, 19.)

C'est à dessein que nous mettons sous les yeux du lecteur les propres paroles de Grégoire. Nous voulons faire voir les sentiments qui ranimaient à son avènement au souverain pontificat, sentiments qui ont été si souvent méconnus. Car M. Yidaillan, dans la Fie de Grégoire FII^ après avoir mentionne ces diverses ëpitres, ajoute : « On » voit dans toutes ces lettres un pontife indécis, qui » passe alternalivement de la frayeur à la témérité, de » la faiblesse à la violence, qui ordonne et qui prie, qui » menace et conjure. Grégoire VU n'est pas encore ce » que promettait le cardinal Hildebrand. )» C'est faire rbistoire à sa façon et méconnaître la vérité. Grégoire ne montre ici ni faiblesse ni témérité, et il est loin d'être indécis. Il est au contraire bien décidé à s'opposer aux habitudes criminelles de Henri et à ses criantes injustices; mais il veut tenter la voie de la douceur, et n'employer la rigueur qu'à la dernière efctrémité. On reconnaît bien là le cardinal Hildebrand, et sa volonté de fer, ne revenant jamais de ce qu'il a conçu comme utile ou nécessaire, et employant tous les moyens pour y parvenir, la douceur et la sévérité. M. Yoigt, en exposant ses vues, a été plus impartial que l'écrivain français. {Note du trad,)

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Béatrix et Mathiide, parentes du roi, et même plusieurs grands de l'Empire^ tels que Rodolphe de Souabe, Bertholdde Zabringen, duc de Garinthie, et Welf de Bavière^ travaillaient à rapprocher Grégoire et Henri, et à les uAir par une confiance mutuelle^. Leurs avis, les menaces du pape qui était bien connu de Henri et de ses partisans, la situation politique de l'Empire, le soulèvement des Saxons, tout portait le roi à faire de sérieuses réflexions. Dans cet état, il écrivit à Grégoire une lettre pleine de respect, de soumission, et donnant les plus belles espérances **.

* Cura Beatrix et iilia ejus Mathildis Romanae £cclesiae peoitus faventes ciim quibusdam maximis regoi proceril>us laborent nostrum atque régis animum iirmiter unire; contra quem quidem nullum odium neque debemus, neque Yolumus exercere, nisi, quod absit, divinae religioni con* trarius\oluerilexistere.(£/7Û^, i, 26.) Ce qui nous montre de nouveau les sentiments de Grégoire. {Note du trad.)

** Cette lettre, qui se trouve dans la collection de Mansi, Conc, sacros.y t. xx, dansColet., t. xii, p. 259, et dans Labbe, t. X, p. 29, doit avoir été écrite dans le temps où nous la plaçons. Car Grégoire en parle dans une épitre à Herlembaud de Milan. {Epist,^ i, 25.) Son authenticité est contestée dans V Histoire Universelle, part. 41, p. 102. On prétend qu'elle n'est qu'une pieuse invention, et on ajoute : « Henri n'avait jamais pensé aux choses qu'on lui met » dans la bouche. Un' partisan peu éclairé du pape a seul » pu lui prêter des dispositions aussi invraisemblables. » Mais ces raisons ne sont d'aucun poids. Si la lettre est sans date, cela ne prouve pas contre son authenticité, car on trouve bien des lettres de la main de Henri et des autres empereurs non datées. On comprend parfaitement, d'après le caractère de ce prince, qu'il ait pu écrire d'une manière et agir d'une autre. Le pape, dit-on, n'en fait pas men-

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« Gomme le sacerdoce et l'empire, dit-il| ont be- » soin, pour subsister, d'un secours mutuel, il B est nécessaire que les deux chefs soient intime- » ment unis ; c'est le seul moyen par lequel on » puisse conserver, dans le lien de la charité et de » la paix, là concorde de l'unité chrétienne et l'état » de la religion. Nous qui, avec la permission de )> Dieu, tenons déjà, depuis quelque temps, les » rênes du gouvernement, nous n'avons pas ton* » jours respecté, comme il le fallait, les droits » du sacerdoce, ni rendu les honneurs que nous » lui devons. Ce n'est pas sans cause que nous » avons reçu de Dieu le glaive vengeur; mais » nous ne l'avons pas toujours tiré contre les » coupables, comme la justice l'exigeait. Au- )»jourd'hui que la mi^ricorde divine nous a » donné un cœur contrit, et nous a fait rentrer en » nous-mêmes, nous confessons nos péchés à vo* » tre indulgente paternité, espérant dans le Sei- 1^ gneur que nous mériterons d'en être absous » par votre autorité apostolique. Hélas ! criminel » et malheureux, par les dérèglements de la jeu*

tion; mais il en parle expressément (Epist.^i, 25) : « Henricum regem praeterea scias dulcedinis et obedientiae plena nobis misisse, et talia qualia neqae ipsum, neque anteces. sores suos recordamnr Romanis pontiticibus misisse. » Et Domnizo {P^ita Mathildis^ sect. xix)y fait aussi allusion:

Ad cujus (Papâe) scripta rescripsit rex bona dicta;

Cajus Papa legens apices, gaudens ait esse,

In cœlo cunctis de^ tali gaudia jnstis. {Note du trad:)

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» 06886, par Tabus du pouvoir suprême, et par les t loauvais conseils, nous avons péohé contre vous » et contre le Ciel, et nous ne sommes plus digne » d'être appelé votre iQls. Nous ne nous sommes » pas contenté de toucher aux choses ecclésias- 1» tiques : mais nous avons abandonné les églises » sans défense, nous les avons vendues à des sujets » indignes, coupables de simonie, qui n'étaient » pas entrés par la porte, mais qui étaient venus » d'ailleurs. Gomme nous ne pouvons plus réfor- » mer ces églises sans votre autorité , nous vous » demandons avec instance votre secours et votre » conseil sur ce sujet, et en général sur tout ce «qui nous concerne. Vous serez obéi en tout. » Nous vous prions de commencer par la réforme » de l'Église de Milan, qui est dans le schisme par » notre faute, et de procéder ensuite à celle de tou- » tes les autres. Nous ne manquerons pas de vous » soutenir dans tout ce que vous entreprendrez, «vous suppliant seulement d'user envers nous » d'indulgence. Vous recevrez dans peu de temps • une nouvelle lettre et des envoyés qui vous expli- » queront encore plus clairement nos intentions^. » Ceci était au-dessus de l'attente de Grégoire ; ja-

* Cum enim regnum et sacerdotium, ut in Christo rite admioistraU subsistant, \icaria soi ope semper indigeant^ oportet oioiiruuit Domine mi et Pater amaatissime, quale* ûus ab invicem minime dissentiant, verum potius Ghristi glulino conjunctlssima indissolubiliter sibi cohaereant ; namque sic et non aliter conservatur in vinculo perfect»

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[1078] DU PAPE GRÉGOIRE VU. 2«â

mais il n'aurait cru le roi aussi soumis. Cette lettre lui donnait un pouvoir auquel il ne s'attendait pas et un gage qui convenait merveilleusement à son

caritatis et pacis, et chrîslianse concordia uoitalis, etecclesiasticse simul status religionîs. Sed nos qui, Deo annuente, regni aliquamdia jam sortimur ministerium, sa*cerdolio (ut oportuit) per omnia jns et hoaorem non exhibuimus legitimum : quippe nobis a Deo datse potestatift vindicem non sine causa gladinm portavimus, nec tamen in reos, ut justum fuit, judicaria iUum semper cen* sura evaginavimus. Nunc autem divina roiseralione aliquantulum compuncti et in nos reversi, peccata nostra priores vestrœ indulgentissimœ paternitati nos accusando confitemur; sperantes de vobis in domino ut apostoHca veslra auctoritate absoluti justifîcari merearour. Heu! criminosi nos et infelices, partim pueritiœ blandientis instinctione, partim potestativœ nostrae et imperiosae po* tentiae libertate, partim etîam eorum, quorum seductiles nimium secuti sumus consilia, seductoria deceptîone peocavimus in cœlum et coram vobis et jam digoi non sumus Yocatione vestrse filiationis. Non solum enim nos res ecdesiasticas invasimus, verum quoque indignis quibuslibet et simoniaco feUe amaricatis,6t non per ostium« sed aliunde ingredlentibus ecclesias ipsas vendidimus et non eas, ut oportuit, defendimus. At nunc, quia soli absque vestra auctoritate ecclesias corrigere non possUmus, super hiS| ut etiam de nostris omnibus, vestra una et consilium et auxilium obnixe quœrimus : vestrum sludiosissime prseceptum servatuf in omnibus. Et nunc in primis pro ecde» sia Mediolanensii quœ nostra culpa est in errore, rogamus ut vestra apostolica districtione caoonice corrigatur; et exinde ad esteras corrigendas auctoritatis vestne sententia progrediatur. Nos ergo vobis in omnibus, Deo volente, non defuerimus,rogantes idipsum suppliciter paternitatem vestram ut nobis alacris adsit clementer in omnibus. Lit" taras nostras non post longum tempus cum fidelissimis nostris habebitis; ex quibus nostra, quas adbuc dicenda restant, Deo dante, plenius audietis. (Labb., ConciL^K. x, p. 29.) {Note du trad.)

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plan. Aussi, Grégoire était tellement au comble de la joie', qu'il disait lui-même avoir reçu une lettre pleine de douceur et de soumission, comme jamais prédécesseur de Henri n'en avait écrit à un pontife romain. Ceci arriva dans l'automne de l'année 1073. Il est vrai, la situation politique de Henri en Allemagne était tellement critique, qu'il devait regarder la paix avec le pape comme le principal moyen de se tirer d'embarras : la Saxe et la Thuringe étaient en pleine insurrection.

Déjà depuis longtemps ces peuples avaient deviné le but des fortifications, ils avaient vu qu'elles tendaient à la destruction de leur liberté et à Tanéantissement de leur force. Chaque jour les soldats du roi sortaient de ces forts; se jetaient sur leurs biens ; levaient des impôts exorbitants sur leurs champs et leurs forêts; prenaient, sous prétexte de dîmes, des troupeaux entiers ; forçaient les habitants, même d'une condition honnête, à faire des corvées pour la garnison ; enlevaient leurs filles et leurs femmes sous les yeux de leurs parents ou de leurs maris; les traînaient dans les forts, et, après les avoir déshonorées, les renvoyaient ignominieusement dans leurs familles. Quand on avait le malheur de manifester au dehors la peine et le chagrin dont le cœur était navré, on était coupable aux yeux du roi, et mis en prison, d'où l'on ne sortait qu'après avoir

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donné pour rançon toute sa fortune. Le roi n'écoutait aucune plainte et ne redressait aucun tort ; il repoussait ceux qui s'adressaient à lui, en leur disant que les Saxons et les Thuringiens s'étaient attiré ces maux en refusant de payer la dîme; et que, comme les lois de l'Église ne pouvaient les porter à l'accomplissement de leurs devoirs, il était obligé de se constituer le vengeur de la cause de Dieu et de les contraindre par la forcée Par ces sortes de propos, le roi perdait naturellement sa considération, le peuple devenait opiniâtre et rebelle, qualité qui depuis longtemps caractérisait les Saxons; de là résultait que les ordres de Henri étaient méprisés, que les contributions ne rentraient pas au trésor, qu'on éprouvait partout des difficultés et de la résistance^; car, à mesure que le roi rebutait le peuple de la Saxe, et qu'il bannissait les seigneurs saxons de sa cour, en humiliant les uns, en persécutant les autres ^^ et en leur préférant les Souabes, les grands de la Saxe, même les ecclésiastiques, se rapprochèrent davanta^ et. s'unirent plus étroitement.

' Ce tableau est tiré de Lamb.,aDD. 1073, et s'accorde avec la relation de Bruno, p. 105, et avec un poëme sur la guerre de Saxe dans Reuberi, Fêter. Script^X. i, p. 202.

• Aventin. AnnaL^ Boïor.

' On dit que Henri s'ouUia au point de donner le nom de domestique à un bomme d'une naissance illustre, à Frédéric de Berge. 11 persécuta cruellement un certain Guillaume, auquel le soin qu'il prenait de sa personne avait fait donner le sobriquet de roi deLotâeS'Law}^ « propter nimium cultum sui rex de Lothes-Lavo^i» (Bruno, de ÈelloSaa^on.^ p. 105).

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Henri invita les seigneurs saxons à une assem-* blée à Goslar, sous prétexte de conférer avec eux sur quelques affaires importantes de l'État. C'était le jour de la fête de Saint-Pierre et de Saint* Pauly 1073. Us arrivèrent dans l'attente de quel-* que chose d'extraordinaire. Les ducs, les comtes et les évoques se trouvaient réunis à l'heure indiquée au palais du roi; le prince, qui s'amusait au jeu, envoya quelqu'un pour les prier de l'attendre un instant; le jour se passa sans autre nouvelle de sa part; le soir un de ses afiidés vint leur annon* cer que le roi s'était absenté. L'indignation des princes était au comble, et si le margrave Dedi n'eût pas arrêté leur résolution et apaisé leur cour^^ roux, ils se seraient déclarés, à l'instant même, déliés de leur serment de fidélité ^

Le roi avait annoncé vers la même époque une expédition contre les Polonais, sous prétexte que, contrairement à ses ordres, ils avaient porté la guerre dans la Bohême, et mis tout à feu et à sang. 11 avait espéré cacher par là aux Saxons le but de ses préparatifs de guerre. Les Saxons avaient sans doute des soupçons qu'ils auraient voulu éclaircir à Goslar ; mais il leur était impossible d'y parvenir, car toutes les places et les avenues de la cour étaient occupées par les Souabes^.

'Annalist. saxon., ann. 1073. Brnno^ de JBeilo Saxon.^ p. 107.

^ Qaa expectatione suspensis, et iatentîs omnibus ipse jam ferocius soHto alqueinfestius agebat, postbabitisprîn-

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Le roi avait donfté d68 ordres pour que l'amiée se trouvât réunie le jour de l'Octave de la Conception. Les Saxons voyaient bien à quoi ils devaient s'attendre. Les dangers dont ils étaient menacés, les injustices qu'ils avaient souffertes, jointes à des humiliations personnelles, leur in«* spirèrent à tous les mêmes sentiments. Aussi la même nuit qui suivit le jour deGoslaroùils avaient été si indignement joués, et qui devait commencer de si grandes calamités, les princes,- avec d'autres personnes de confiance, se rassemblèrent secrètement dans une chapelle à Goslar. Là, à la lueur d'une lampe, ils s'entretinrent de l'outrage qu'ils venaient de recevoir, se rappelèrent tous les maux qui pesaient depuis si longtemps sur leur patrie et sur le peuple auquel ils appartenaient. Tous convinrent unanimement qu'il valait mieux mourir pour la défense de leurs droits et dé leurs libertés, que de continuer à vivre dans un si cruel esclavage. Après qu'ils eurent indiqué l'endroit et le jour d'une assemblée générale, ils se séparèrent, et s'çn retournèrent chacun chez eux \

Peu de temps après, une grande multitude de peuple de tout âge se réunit à Nockmeslove^. On était étonné de voir une réunion aussi nom-

cîpibus, solos cîrca se Suevos assiduo habebat, ex hîs sibî auricularios a secretis, ex bis tam famiiiarium quam publicorum negotiorum procuratores iDslitucbat. Lamb,

* Annal. Saxon., ibid, — Bruno, ihid,

* Bruno appelle ce lieu l^ockmeslove ; TAnnaliste saxon

Cooale

breuse dans un endroit si petit; car bien des gens ne connaissaient pas le but de ce concours extraordinaire. Otton, duc de Bavière, monta sur une colline qui se trouvait au milieu des champs, imposa silence à la multitude, et parla ainsi ' : « Braves Saxons, il en est parmi vous qui » connaissent déjà le motif qui a porté vos prin- » ces à vous réunir dans ce lieu; mais il faut )» le faire connaître à tous, pour que personne ne » puisse s'excuser surson ignorance, et que chacun » soit informé exactement du sujet de nos plaintes. » Le malheur, l'ignominie, l'oppression que nous » souffrons depuis longtemps individuellement, » sont venus à un point extrême et ne peuvent » plus être supportés; mais les maux que le roi » veut faire peser sur la nation entière, si Dieu le » permet, sont bien plus grands encore. Vous » voyez les forts qu'on a élevés dans votre patrie, » vous connaissez les nombreux soldats qui les » gardent, et qui n'attendent que le moment de » vous surprendre. Non, ces forts n'ont pas été » construits contre les Barbares qui vous atta- » quent journellement, car ils se trouvent au cœur » du pays, où personne ne nous fait la guerre, et

Holdnesleve, et la Chronique de Magdeboarg Nockmelftlovo.

* Comme jadis les généraux romains du haut d'une tribune rustique : « E tribunali cespitio, viridi cespite exatructo. » Tacit., Annah^ i, 18.

l'ennemi ne menace que nos frontières. En les construisant avec tant de soin, Je gouvernement avait-il un autre but que celui de nous faire souffrir ce qu'un grand nombre de vous a déjà souffert, et ce que vous souffrirez tous si la miséricorde de Dieu et notre courage n'y mettent obstacle ? Ils portent dans ces châteaux tout votre bien. Ils y entraînent vos filles et vos femmes, ils s'emparent de vos domestiques et de vos troupeaux au gré de leurs désirs. Rien n'est à l'abri de leur brigandage. Us vous forcent vous-mêmes à charger vos épaules d'un fardeau ignominieux. Mais tout ce que vous avez déjà supporté n'est rien en comparaison de ce que vous supporterez encore. » Quand le roi aura couvert tout le pays de châteaux, quand il y aura placé des hordes armées et qu'il leur aura fourni tout ce qui est nécessaire, il ne se contentera plus de vous ravir individuellement votre bien, il vous prendra vos possessions en masse ^, les donnera à des nouveaux venus, vous ôtera la liberté et vous rendra esclaves de gens obscurs et inconnus. Car tout ce qu'il fait tend à votre servitude. Comment ! les Saxons, ce peuple si brave, si vaillant dans tous les temps, lesouffiriront! Ne vaut-il pas mieux mourir en héros, que de traîner une vie misera-^ ble; que de servir de jouet à leur orgueil et de

* Voy. le poëme sur la guerre de Saxe ( dans Reuber, Veter. ScripU, 1. 1 ).

S90 ym ET POMTIFIGAT [1073]

perdre la vie dans F ignominie? Le valet qui se ioue ne supporte pas Finjustice de ses maîtres, et vous, qui êtes nés libres, vous accepterez l'esclavage avec indifférence? Peut-être hésitezvous à rompre le serment prêté au roi, parce que vous êtes chrétiens! Quoi! au roi! Tant qu'il était roi pour moi, et qu'il se montrait tel Je lui ai gardé la fidélité promise ; depuis qu'il a cessé d'être roi et qu'il ne se conduit plus comme tel, je ne lui dois plus de fidélité. Courage donc ! nous ne marchons pas contre le roi, non ; mais contre l'ennemi de notre liberté, contre l'ennemi de notre patrie ; c'est pour la défense de la patrie et de la liberté, qui ne se perd jamais qu'avec la vie, queje prends les armes, et que je vous exhorte à faire de même; courage! levez-vous, transmettez à vos enfants l'héritage que vous avez reçu de vos pères ( agissez, ne permettez pas que, par votre lâcheté et par votre négUgence, vos neveux deviennent, comme vous, esclavesd'hommes per* vers et corrompus. Cependant, pour ne rien précipiter, nous allons exposer les injustices quecha* cun de nous a souffertes de la part decelui que nous avons nourri depuis son enfance, et à qui, d*entre tous les peuples, nous sommes restés constam ment fidèles. Nous déciderons alors en commun si nous devons supporter plus longtemps de sem. blables injustices '. »

« Voy, Chron. Magdeb., el Bruno, de Mem Santon., p,108.

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£1070] DU PAPE QBlteQIRB yil. J91

Alors les princes et les évoques m tevèrent totts et exposèrent chacun leurs griefs. Werner^ évè«que de Magdebourg, accusait le roi d'avoir livri par deux fois au pillage sa ville épisoopale) Bur« chardi évèque de Halberstadt ^^ d'avoir enlevé à uil noble seigneur des biens qui app&f tenaient à !'£• glise^ Otton parut aussi à son tour, se plaignant d'avoir été privé, sous prétexte d'un attentat, de ses états de Bavière, après une longue et légitime possession. Dedi exposa le ravage fait dans sM terres) le comte Hermann^ le stratagème dont oé s'était servi pour s'emparer de Lunebotirg« Vint en^^ suite Frédéric, comte palatin de Saxe^aècusant leroi de lui avoir âiit enlever le fief de l'abbaye de Hers^ feld '} Frédéric de Berge et Guillaume, surnUmmé le roi| se plaignaient également du prince; l'Un^ d'avoir voulu lui ôter sa liberté, l'autre^ son patrie moines Le maUïèur de ces dernlerd causa le plus d'émotion, parce que chacun y voyait le sort qu'il devait attendre. Enfin, tous se présentèrent; leur nombre était très-considérable \ Pleins de ressèd^

Le» Saxons djeaièiit aussi : La liberté d'Un paya ne se isotk* serve que par le.fer et Tacier.

tint ttàà nm éteel, the éoldiér and hù hMtJfAl (ÔmomUh.J

* Lâûibefl l'atjpélle Weiel; rAiinaliété saxon, Werinherit^; la Chfbn. kdgdeb., Werner.

* fiomme û'ttne grande sainteté et qui exerçait une grande influencé sur l'esprit des ecclésiastiques.

* Eteroide iteldê.

^ KrUnû dit, p. 108: « Conveâerat aUtém èxercitus maximdà. » L^Aunal. saxon, 1073, et la Ctron. de Magdebourg, p. 290, sont parfaitement d'accord avec lui sur ce point.

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timent, animés par Tamour de la liberté et de la justice, ils levèrent les mains et jurèrent tous : les évéques qu'ils se serviraient de tout leur pouvoir poursoutenirl'indépendancederEgliseetderEtat; les seigneurs, qu'ils défendraient jusqu'à leur dernier soupir la liberté de leur patrie, et qu'ils verseraient leur sangpour assurer son indépendance ^ Parmi les ecclésiastiques qui prêtèrent le serment, figuraient Hecel, évêque de Hildesheim; Werner, évêque de Marsebourg^; Eilberth de Min^ den; Immel de Paderborn; Frédéric de Mimigardenfurth, et Bennon de Meissen : parmi les laïcs, le margrave Udon ; Adèle, la courageuse épouse du margrave Dedi ; Ecbert, margrave de Thuringe, fils de celui qui avait retiré le roi des flots du Rhin : il était encore trop jeune pour porter les armes; enfin les comtes Otton, Henri et Conrad. Tous ceux-là et une foule innombrabled'autres jurèrent

! AnnaL sax., ann. 1078.

* C'était un hommQ distiogaë de son temps qui, c suo tempore quasi sidus oœleste totam illustrayit ecclesiam, vir exceUentis in Deum meriti, et sui vigilantissimus executor offîcii. » Il montrait un zèle ardent à convertir les païens au christianisme. H n'avait aucune connaissance de la langue slavonne, et comme il désirait particulièrement communiquer la parole de Dieu aux Slaves, dont un grand nombre était encore attaché à l'idolàtHey il fit composer en caractères latins quelques ouvrages dans leur langue, et ce qu'il ne comprenait pas, il s'efforçait de le faire corn* prendre aux autres par les intonations de sa voix : « Quod non intelligeret,verbis stridentibus intelligendum aliis infubderet. » Winnigstadii ; Chron, Ealberst.^

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de prendre la défense de la liberté, des lois et de la justice, et promirent leur activé coopération ^

Après une démarche semblable, on peut bien penser qu'ils refusèrent de prendre part à Texpèdition contre la Pologne. Le roi laissa échapper plus d'une parole menaçante, mais elles ne firent que raffermir les Saxons, et que conduire leur plan à maturité. Tout le peuple voyait avec une profonde douleur le sort malheureux du duc Magnus, dont le père, Ordulf, était mort en lui laissant de grands domaines, et dont la mère était une fille du roi de Danemark. Il était détenu depuis deux ans. Déjà plusieurs fois on avait demandé sa liberté avec les plus vives instances.^ Mais le roi ne voulait Taccorder qu'à condition qu'il renoncerait à son titre et lui donnerait tout son patrimoine pour prix de sa délivrance. Le duc n'y consentit pas, aimant mieux passer toute sa vie dans la misère et dans les tourments. Personne ne souffrait plus du sort de Magnus, et n'en concevait plus de chagrin, que le noble duc de Bavière, Otton. Il alla encore une fois trouver le roi, s'offrit à porter les fers à sa place, et lui dit : « Pre- » nez et partagez à votre gré tous mes biens; mais » rendez la liberté à mon ami, dont la loyauté pour » moi est devenue la cause de son malheur. » Le roi lui répliqua par ces paroles injurieuses, « que

' Lamb. en porte le nombre à plus de soixante mille. Lamb.Scliafo.,anD. 1073,etLebmaDsSpeyer.,C^/t>ra.,p. 376, donnent seulement le nom des principaux conspirateurs.

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M4 ¥!■ ET PONTIPICAT [109^8]

» lui et let bi6D8 appartenaient depuis longtemps » au poi, et qu'il n'avait pas encore assez expié ses k èvimes pour pouvoir oflrir ses biens et sa per- » fonne. »

Is duc fut indigné de cette réponse, et avec lui le peuple de tout âge et de toute condition. On courut aux arpes. Les mots de droit et de li*berté étaient dans toutes les bouches S on ne s'entretenait plus que de l'indigne conduite du roi. Car le peuple a une longue patience; il se soumet sans difficulté à celui qui commande, mais lorsqu'un roi passe les bornes de la justice, lorsqu'il foule aui pieds des droits sacrés qui sont écrits dani$ tous les cœurs, et que chaque individu se met à les expliquer selon sa fantaiiie, sans en connaître le seqs et sans s'en rapporter à des hommes plus éclairés, alors il n*y a plus de sûreté pour le trône*, surtout quand on reçoit injustice et oppression d'où Ton ne doit attendre que justice et qu'amour. Les trônes sont entre les mains du peuple et ne son* assurés qu'à ceux qui savent gagner les cœurs.

Henri s'était rendu odieux dans la Saxe et dans la

* Le pbëme de la Guerre de Saxe f^it aîosi parler le peuple au roi t

Corrige facta ,

fcçgÇS reflde %^\9 fi^blataque p^tri^ jura.

* M. Voigt 4V0UÇ dqnc cjue le principe de rinterprQtftJQQ individuelle en matière politique conduit à Tanarchie; mais ce principe produit le même effet en matière rçligiçuse. Avec l'interprétation individuelle, plus de religioi), comme il n*y a plus de gouvernement lorsque chacun est libre d'ii^terppéter les lois à sa fantaisie. {Noie du trad,)

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liùVS\ DU PAPE GRÉGOIRE YD. 295

Thuringe \ et il ne s^était pas moins aliéné Tesprit debien des gens en Allemagne. Cependant il n'était pas encore sans ressources; il avait pour lui tous les archevêques, les évoques, les abbés et les prélats de r Empire*. Liémar, archevêque de Brême^, Eppon, évêque de Ceits, Bennon d'Osnabruc, ne donnaient pas non plus dans les idées du peuple, ils quittèrent leurs villes et se mirent du côté du roi. Il avait aussi pour lui Rodolphe de Souabe et Godefroî, duc de Lorraine, Tépoux de Mathîlde de Toscane ; Zwentibold, duc de Bohême. D'autres, tels que le duc de Carinthîe, et Ernst, margrave de Bavière*, lui promirent leur appui. Bien des

« Berlhold. Constant., ann. 1073. « Tota Saxonia et Thuringia rebellant. »

« LeymAQi Speyer. Chron.^ p. 37^.

' La position personnelle de ce prélat pouvait le décider à faire cause commune avec le roi, à raison de nombreuses avauies que son Eglise avait souffertes delapartdeMagnus* Qrdulf et son fils Magnus étaient extrôpa^ment contents de voir Adalbert de Brème « ab ordine sena^orum ejectumesse (Albert,, Stadensis Chron,^ ann. 1067), et Adam de Brème iffi'sf, 0cci0s,,i^^ p. 9) se plaint amèrement! «Cum tota ducis (Ordulf)) familias, pastorem et eccleaiam (Bremensem) populum et sancluarium dérision! haberent, Magnus ante omnes saeviebat, glorians se tandem reservatnm esse, qui rebellem domaret ecclesiam. Magnus ergo filius ducis collecla latronum multitudine non eo modo ecclesîam impugnare conatus est, quemadmodum parentes eju8,yerum ipsum acclesic£) pastorem persecutua,,,, aut wembria truacare aut funditus interficere quaerebat archiepiscopum. » C'est sans doute pour cela que dans un acte (Lindenbrog.? Seript. septentr,^ p. 144), Henri dit de Tarcbevèque :« Laterî nostro fidus et irremotus comes toto illo tempore adfuit.

^ Lehmann nomme les premiers, et Lambert les deux derniers.

villes naissantes se déclarèrent en sa faveur, espérant de trouver protection dans ses armes contre la violence des seigneurs. Si Henri, avec son esprit pénéti^ant, avait su réunir ses forces et les diriger vers un même but, il n'y a pas de doute qu'il n'eût promptement soumis la Saxe.

Henri se trouvait au mois d'août à Goslar; les Saxons envoyèrent trois de leurs principaux chefs ^ pour lui exposer leurs déclarations et leurs demandes. Meinfroi, l'un d'eux, déjà âgé, et qui avait blanchi sous les armes, parla avec une grande élévation : € Très-noble roi, dit-il, et très-magna- » nime héritier de l'empire de votre aïeul et de vo- » trepère ! le peuple de la Saxe, qui ne le cède » à aucun autre en valeur et en fidélité, vient » vous demander de lui rendre les droits de ses » ancêtres et la liberté de son pays. Des étrangers n et des misérables s'emparent par violence de » nos biens et enlèvent aux habitants du pays » leurs forêts, leurs pâturages et leurs troupeaux. » Si vous nous laissez vivre d'après les usages de » nos aïeux, alors, ni la Gaule, ni la Germanie » ne pourront offrir des sujets plus dévoués à votre » personne^. Mais dispensez-nous de prendre part » à la guerre contre la Pologne; car, nuit et jour,

nous sommes obligés de tirer l'épée contre les

* Aveotiii, Annal, Boiorum. — Carm. de Belle Saxon» Tous les deux appellent l'orateur Megin/ried.

* Aveotio et le poëme de Bello Saxon, sont d'accord.

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[1073] DU PAPE GRâGÔIRE VIL 297

» Luticiens, cette nation qui menace continuelle- » ment nos frontières de massacres, d'incendies et » de dévastation. Nos forces suffisent à peine pour » repousser leurs injustes agressions; il nous sem- » ble donc absurde d'attaquer des nations étran- » gères et éloignées , quand nous avons à nos » portes un ennemi redoutable. Les Saxons vous » demandent de détruire les forts que vous avez »fait construire sur les hauteurs pour anéan- » tir leur liberté ; de donner satisfaction aux sei- » gneurs que vous avez arbitrairement dépouillés » de leurs biens ; de ne pas toujours séjourner » dans la Saxe, où vous avez déjà passé votre en- » fance; de visiter aussi d'autres provinces del'Em- » pire ; de chasser de votre cour des hommes ven- » dus qui causent votre perte et celle de l'Etat; de » donner l'administration aux grands de l'Empire; » de renvoyer cette troupe de concubines qui vous » entourent, au mépris de la pudeur; de respecter » la reine et de la maintenir dans ses droits, puis- » que, d'après les règles de l'Église, elle est de- » venue votre épouse légitime; de renoncer enfin, » maintenant que vous êtes parvenu à un âge » plus mûr, à tous les dérèglements par lesquels 9 VOUS avez déshonoré le trône dans votre jeu- » nesse. Le peuple saxon vous supplie, au nom » de Dieu, de prendre en considération ses de- » mandes, et de ne point le réduire à l'extrémité. » Si vous êtes modéré à son égard , il vous sera

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m VIS BT POMTIinOAT [KHTS]

9 foumit «t vou» servir» autant que deo hommes li- » brw doivent i»ervir aous un régime de liberté, il J^s Saxons portent le nom do ehréAenSj et ils I» M veulent pas le aouilier par des rapports avec 9 un homme qui trahit si ignominieusement la foi 9 du Christ, Si vous voules les réduire par la force « des armeSf eh bien I les armes ne leur manque- » roQt pas et ils sauront s'en servir. Us vous ont »pr6té serment de fidélité, ils rempliront leurs en- » gagements tant que vous sereps roi pour l'édifi- » cation et non pour la ruine de TÉgh^se ; tant » que vousgouverneres conformément àlajustice, irau]^ loiset aux coutumes de leurs ancêtres; tant n que vous conserverez à chacun son rang, sa di- Tn gnité et ses droits. Mais si vous rompez ce pacte, ^ il^na seront plus liés par aucun serment, et ils » auront le droit de vous faire la guerre comme à un » ennemi barbare, et un oppresseur du nom du » Christ, et tant qu'ils auront un reste de vie, ils « continueront de combattre pour TÉglise de Dieu, ^ pour la foi de Jésus^Cbrist et leur propre liber- » té U % Henri était irrité et hors de lui-même; cependant il reprit bientôt sa présence d'esprit, et répondit aux députés d'un ton dédaigneux : « Si vous » avez souffert des injustices, dit-«il. Il est de notre n devoir de ne pas les laisser impunies. Aucun

* Lamb. Scfcaffq., aoQ. 1073. -r- Lehpaann Speyer, Ç^nv-i ir, c. 27.

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*hoi»m6 innocant n^a eneora réelamé notpe » justice en vain. Si, pour conserver la pais, je » prends la défense du faible, de la veuve et de » l'orphelin^ je proscris aussi le vol et le Urein, ¥}& fais rendre le bien injustement enlevé, je » punis le brigandage, et je repripHs les devoirs » de lat royauté. Je suisplaeé au premier rang par Ji le Tout-Puissant, et je porte le glaive d^ la jus? » tica pour punir les séditieux et l^s malftiiteurs, nde quelque condition qu'ils soient, et pour as- )» surer la tranquillité à eaux qui aiment la paix et n la concorde. Si votre peuple veut quçlque au- »tre chose, je réunirai les grands de l'Etat, 1 dont la décision tiendra lieu de celle des art »mes^ »

Quand les envoyés rapportèreqt eette réponse i leurs compatriotes, tous les seigneurs, et Otton de Nordheim à leur tête, voulurent se venger surle-champ de forgueil d'un roi qui parlait d'eux avec tant de légèreté. « Un prince obstiné dans le ii mal doit être humilié, di^aientvils, par la venngeaqoa publique! » Tous coururent donc aux armes; le peuple se rassembla en foule. Près de soixante mille hommes armés marchèrent sur Goslar^ etcampèrent près delà ville j à peine Burchard, évèque de Halberstadt, put-il retenir l'impétuosité

* Aventin^ jinnai. Boior. Lo poëme saxoo est d'aceord «¥60 loL

* Lamb. SchaffD.

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de cette multitude irritée et l'empêcher de prendre immédiatement la ville d'assaut.

Henri, effrayé à cette nouvelle, se retira àHarzbourg. Cette forteresse était une des plus importantes de la Saxe ; elle était située sur le sommet d'une montagne qu'on appelle aujourd'hui Bourgberg, un des plus beaux sites du Harz ; les Saxons païens y adoraient autrefois un dieu nommé Grodon ^ . Harzbourg, construit en 1068 par Henri IV, était fortifié plus encore parla nature de sa position que par la main des hommes ; on ne pouvait l'a* border que d'un seul côté par un sentier bien difficile. Des montagnes élevées, couvertes d'épaisses forêts, touchaient à ses murs, de manière qu'il était impossible de l'investir complètement^; tandis que la garnison pouvait entrer et sortir sans avoir à craindre l'ennemi. Henri y avait fait construire une église magnifique; son fils, enlevé par une mort prématurée, y était enterré ; on y avait déposé aussi le bras de saint Siméon, la tête de saint Anastase, martyr, et les reliques de plusieurs autres saints. Henri venait d'y apporter

■ Il s'y trouvait jadis une grande statue de Crodon, l'ancienne divinité des Saxons. Ëccard, in Dissert, de usu stud, etymolog,, i, 2, met en doute l'existence de cette idole.

* Voici la description qu'en fait Lambert : « Castellum V inallissimo colle silumerat, et uno tantum itinere, ipso- » que diffîcillimo, adiri poterat. Caetera montis lalera vas- » tîssima silva inumbrabat, quse exinde per multa millia » passuum continua vastitale in latumextenditur usquead > confinium Thurîngise. »

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les insignes de la royduté avec une partie de ses trésors. L'armée des confédérés arriva bientôt devant la place et campa sous les murs, au grand étonnement du prince. Burchard, évèque de Halbersladty détacha un corps de troupes, et alla assiéger Heimbourg, dont la garnison lui avait fait souvent éprouver de cruelles vexa* tions^ Trois mille hommes y arrivèrent pendant la nuit pour escalader la place à la faveur des té« nébres. Mais leur essai ne fut pas heureux, car ils furent repoussés avec une perte considérable. Alors le peuple de la Thuringe accourut à leur secours avec une multitude d'autres gens du voi^ sinage ; et Frédéric, comte palatin de Saxe, cerna la place avec six mille hommes. Mais un siège lui paraissait trop long, il apprit que les chefs qui commandaient le fort étaient accessibles à la cor-* ruption. En efiTet, ils se rendirent, et la place ne fut bientôt plus qu'un monceau de ruines^; mais les Saxons y avaient perdu beaucoup de monde ^.

1 Le nom de cette place varie dans les auteurs : on l'ap-* peUe Hennenberg, Henneberganum, Heimenbrug. EUe était située dans la principauté de Blankerbourg, sur la montagoe du bois de la déesse Ostera, et avait été bâtie avant Harzbourg. Non loin de là, il y a encore un village du même nom.

* Aventin dit : « Eckbert, prsBfectus prœtorio Saxoniae, » Tassiégea. » Voir Rupert dans Goldast, in Apolog,^ et Meibomius, de Gente Heimburg,

'Le poëme de BelLo. sax. célèbre ce siège. Lamb. ne parle pas de la trabison. Selon Jui, la forteresse fui prise de vive

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pt YIB BT PONTIFICAT [Wfà]

Après cette expédition, le corps d'armée revint devant le fort de Harzbourg, qui était gardé par trois cents chevaliers d'une valeur éprouvée^ La place fut cernée partout où on pouvait l'aborder. Deux cents chevaliers firent par deux fois une sor^ tie vigoureuse} les Saxons perdirent du monde '^ car leurs troupes étaient divisées entre six fort^ où le roi avait mis garnison \ Ils avaient devant Harzbourg vingt mille hommes qui employaient tour à tour la force et la ruse pour s'emparer de la [dace. Us interceptaient les cpnvoisi cherchaient à tromper ceux qui les conduisaient, ou à les ga^ gner; mais tout fut inutile.

En ces jours se trouvaient autour du roi$ Eppon, évêque de Geits; Bennon d'Osnabrue^ en qualité de conseillers ] Berthold de Garinthie y était venu aussi à cause de quelques affaires parlioulières. Le roi, dans son embarras, voulait se sw-. vir de cet homme habile et éloquent. Il le gagna en lui rendant son duchés dont Marcquardd'Eppenstein s'était emparé, disait-il, à son insu et

force, bràlëe^ et U garDiaén eoi la permifesioii de se retirer sans être plinie de ses excès.

* Aventin^ Annal. Boior.

* Le poëtae saxon dit i

%ci ÛA daâtelliè fifalto mutiiniine flrmis, Praesidia imposuit, Tictum quoque largiter addif .

f^uis il ajoute en parlant des Saxons :

Sic indiscrète pra^i rapiuntque ruuDtqne, Nec minus interea circumdant milite castra , ttegià, prœsidits qUae saùrt coilimissa relictis.

* Liêmar, archevêque de Brème, est aussi nommé.

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[1078] DU PAPI GRÉGOIAIS YII. m

contre son gré^ Beftholdnê se trompait pa» sur \ei vrais motifs de cette bienvêiltotiôe ; cependant il promit au roi de répondre à soii appel, chaque foisqueles intérêts de l'État l'exigeraient ^ Le roi envoya ces trois hommes ail campdes Saxons, pour les inviter^ c à déposer lés armes, qu'ils avaient prises» sans doute, dans un but honorable, mais en donnant un mauvais exemple pour l'avenir ; â ne rien entreprendre au-dessus de leurs forces ; à ne point persister dans une guerre qui letip attirerait la réprobation des princes de l'Empire; â ne point faire ce qu'on n'avait jamais VU, ni de leur t^psnidu fempsde leurs pères. »Les envoyés disaient que leur cause étaitjùste^ que le roi les avait forcés à ces sortes de violences par ses injustices, mais que l'honneur devait l'emporter sur la colère. « La dignité royale^ qui est inviolable^ disdient'âl^, même aux yeux des barbares^ doit être respectée; ainsi mettez votre épée dans le foitrreâu^ étouffe^ toute dissension, indiquez l'endroit et le jour d'une grande diète Composée de tous les grands dû royaume^ le roi se justifiera devant leur tribunal

» Lami)., ann. 1073.

• Bruno uotnme rëvêqnc Frédéric, le duc Berlhold et Sigefroi, chapekio do roif parmi le^ âtnbâteSdeurs. Sa iarration est aussi un peu diffère d te : le roi apt>elle le tonlè-^ tetndtit des Saxons une guerre civile. Bruno passe encore sous silence l'dppel de Henri à uti trlbtii^dl des grands de rÉtat; et, suivant lui, Otton rédigea in réponse aux iiàbat. sadeurs, réponse que Lambert mel dans la boucbe de tous Uh Saxon»* Ir'Annali$te saxou ^^accotde avec Bruno.

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des torts qu'on lui impute^et réformera tout cequi aura besoin d'être réformé* » Les Saxons répon* dirent : c La nécessité qui nous force à nous insur- » ger n'existe pas ailleurs, car le roi a toujours » épargné les autres peuples, c'est nous qu'il a » choisis de préférence pour nous écraser, selon » la parole du prophète, sous des chariots de fer ; » et quand il a obtenu une fois la supériorité, il » ne sort plus de notre pays, afin de nous ravir » notre héritage et notre liberté, et de nous impo- » ser le joug ignominieux de la plus dure servi- 9 tude. 11 a mis des garnisons sur les montagnes et » les collines pour nous forcer à lui payer l'eau » que nous buvons et le bois que nous brûlons. » Comment sont traitées nos femmes et nos filles » par ses soldats? ne sont-elles pas victimes de leur » infâme volupté? Et, ce qui nous paraît le plus » dur à supporter, notre pays n'est-il pas souillé n par des crimes inouïs, qu'aucune bouche chré- » tienne ne peut nommer ? Sans doute, si les au- » très princes avaient souffert les mêmes maux, n nous pourrions nous en rapporter à leur jugen ment ; mais comme nous devons succomber seuls » sous le poids du malheur, ou nous en délivrer * par notre propre force, le jugement des autres » nous devient indifférent. Ainsi, si le roi se repent 9 de ses injustices, qu'il fasse détruire les forts, > et qu'il nous donne ce gage de son sincère re- » pentir ; qu'il nous rende nos patrimpioç;^ enlevés

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tiOfS] DU PAPE GRÉ60in£ VIL . 305

» par la fraude ou la violence ; qu'il nous promette, » sous la foi du serment, de ne jamais toucher aux » coutumes de nos pères. S'il satisfait à ces de- » mandes, nous aurons confianceen ses promesses, » quoique nous ayons déjà été si souvent trompés; » s'il ne le fait pas, alors, sans attendre le juge- » ment des princes et des peuples, nous briserons » le jougquinousest imposé, etnous tâcheronsd'as- » surer la liberté à nos enfants, soit par la mort, soit » par la victoire. » Après avoir entendu cette réponse, les ambassadeursprirent congé et partirent ' . Pendant ces négociations, deux vaillants chevaliers du fort tombèrent à l'improvise sur une troupe de Saxons, jetèrent la confusion dans leur rang, en massacrèrent un grand nombre, mirent les autres en fuite, et rentrèrent dans la place après avoir fait un grand carnage. A peine les Saxons furent-ils remis de cette alarme, que la garnison de Harzbourg fit,'pendantla nuit, unesortie^fondit sur des soldats endormis, et, après une grande effusion de sang, s'empara de leurs armes et de leurs chevaux ^; on ne voyait plus autour de la place que dévastation. Cependant on continuait d'échanger dçs messages : les Saxons persistaient dans leurs demandes ', mais Henri regardait comme une tache

* Lamb., ann. 1073.

* Tel est le récit da poëme. Aventin ne parle que de la dernière sortie.

' Lamb., ann. 1073.

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