‹ Histoire du pape Grégoire VII et de son siècle (volume 2)Chapitre 6 sur 18 · CHAPITRE IIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIL

Aimon de Cologne se déclare pour Alexandre. — • Concile d'Osbor. —Célèbre discussion entre l 'avocat royal et le défenseur du saint Siège. — Alexandre H reconnu pape. — Ambition d'Adalbert de

Brème. —Il cherche à supplanter l'archevêque de Cologne

Abus de son gouvernement. — Pèlerinage et combat des chrétiens se rendant à Jérusalem. — L'antipape Honorius pénètre dans Rome. — Troubles de Florence. — Lettre de Damien à Henri IV. — Voyage de Annon de Cologne à Rome. — Malhllde de Toscane se dévoue à la défense du saint Siège. — Esprit de révolte dans le clergé. — Honorius se désiste de ses prétentions à la papauté. — Concile de Mantoue. -~ Nouveaux troubles de Milan» — Mort de ^aint Ariald. — Election d'Othon au siège de Milan. — Mort de Tintrus Godefroi.

Cependant l'archevêque Annon crut voir dans la lutte opiniâtre des deux papes une source de malheurs pour lui-même comme pour FEtat. Voyant qu'Alexandre se maintiendrait plus facilement sur le trône pontifical qu'Honorius, il s'appliqua à détruire le pouvoir de ce dernier. Il résolut donc de réunir en concile les prélats allemands et italiens, et désigna Osbor^ comme lieu de réunion ; il s'y rendit avec le roi, dans l'automne de 1062, et ouvrit le concile* L'assemblée

* Ceftt ainsi que Pierre Damien appelle cet endroit. Baronius ignore s'il Ta bien écrit; quant à lui, il ne le connaît point.

np VIE ^T POÎ^TIF^ÇAT [1062]

devint remarquable par une lettre de Pierre Daffîien qu'on y lul^ et qui renfermait une discussion entre un avocat du roi et un défenseur de TEglise romaine ^ Comme cette discussion jette quelque jour sur ces temps, et qu'elle nous met sous les yeux le plan et les intentions de Hildebrand, on nous saura gré d'en rapporter quelques points principaux.

Le défenseur. Il s'agit d'une afl^ire qui, si elle est bien établie, ûxe tout le reste ^ ; mais qui aussi, si elle s'écroule, entraîne tout dans sa ruine, parce qu'elle est la base et l'appui de tout. Le roi ou l'empereur, ou bien un homme irréproçhajjle de chaque ordre, fixaient, suivant leur volonté et leur pouvoir, les sièges des patriarcats, les limites des métropolitains, la juridiction des évoques, les dignités des églises, et de chaque ordre. Us réglaient d'une manière constante l'étendue des prérogatives ecclésiastiques. Mais l'Eglise romaine

* Barûnius regarde bien cet écrit comme étant de Daraien. « E^jusdem auctons, dit-il, esse non dubitamas, oam ab eju$ stylo non abhorre^ , imo magnopere congruit, « Pierre d*ailleurs n'était pas présent; il avait été envoyé par le pape comme légat dans les Oaules, et il fit parvenir o^tlç lettre au concil^. I) 4it en cominei^çaQt ^ue tandis que la cour impériale soutenait un candidat, l'Eglise romain^ avait placé un de ses prêtres sur le tréne. Dans un pareil état d» çbyp^s^ iX 9ppitfti«^nt aux hommes si^g^a et prudents de décider dans un prochain concile: c'est pourquoi il veut, par sa lettre, fournir up modèle. »

» A savoir si l'Ëglise seule, ou le roi, oU l'enipefeuf, de concert avec étlè, devait élii*é le pontife.

a été foudée et (élevé^ ai^r le rocher de la foi, $an$ aucune volonté qi intention humaine, par cette umqu0 parole qi|i ^ faij le ciel et la terre. C'est ^ur çett^ fprce qu'çM^» ^'appuie. Il est certsiin que l^lui qui ôte à une Egli&e quelconque ses droits est inju^t^, et que qel^i qui enlève à r%lî$e romaine la suprématie qu'elle a reçue du chef de toutes lei^ Eglises^ est hérétique.

JJamçfU. Pour bien juger de cette affaire, je préteqds qu'en nommant le pape, sans le consenj^pient du roi, l'Eglise rpi^aioe a lésé ]e& droits et déshonoré la majesté ^\\ souverain.

Jje défendeur. Il feut d'aboyd ypif si le pape peut être nommé sai^s le rc4} ^^^Vi\ de ps^rl^r de droits

U avocat. Il est clair que le pape doit être élgi par ceux qui, suivait l^s saints canons, doivent lui obéir après son ordination ; or le peuple romain etPempereur, qui en est le chef, doivent lui obéir, comme à leur pontife souverain. 11 s'agit donc de ^voir si le peuple peut faire une élection sans son chef, s'il doit obéir à un pape que Tem* pereur n'a point élu. Il est donc prouvé que Féîection du pontife n^est point valide, si elle n'est confirmée par le roi des Romaii^^,

Le défenseur s'efforça de prouver, par plusieurs exemples, que les princes temporels n'ont jamais exercé une grande ipifluence sur le& élections des ecclésiastiques. Il en conclut que, puisque la su-

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llî VIE ET PONTIFICAT [1062]

prématie religieuse et le chef de la religion chrétienne ont été établis par le Roi des cieux, le roi de la terre agit contre la justice en s'en mêlant. L'empereur n'a aucun pouvoir dans l'Eglise. Gomment donc le pape ne pourrait-il être élu sans l'approbation de celui qui n'a aucun pouvoir dans l'Eglise? L'avocat admit cette proposition, mais il en avança une autre : On ne peut nier, dit-il, que Henri 111, père de notre monarque actuel, a été fait patrice des Romains, et a reçu d'eux le premier rang dans l'élection du pape? De plus, le pape Nicolas a accordé au roi ce privilège qu'il tenait déjà de son père, et l'a confirmé par un décret synodal. Quoi! le roi aurait donc perdu cette prérogative qu'il tenait de la libéralité du samt Siège ?

Le défenseur ne contesta pas* la réalité du pri-

* Le défenseur da saint Siège, justifia la démarche des Romains par plusieurs raisons qui nous paraissent fort solides : 1** le roi était si jeune, qu'il n'était pas capable de faire un choix ; le pape était même son tuteur ; or, un mineur de six ans pouvait-il, avec quelque apparence de bon sens, prendre un parti dans des conjonctures aussi critiques, lui qui avait besoin d'être dirigé? i*» Les Romains avaient même 'fait tout ce qui dépendait d'eux; ils s'étaient adressés aux conseillers du prince sans avoir pu se faire écouter. « Vous me forcez, dit le défenseur en répondant à . »8on adversaire, à faire connaître en public ce que mon respect «pour le palais impérial me portait à taire. Oui, vous, conseillers » de la Cour du roi (rectores aulae tegiae), de concert avec quel- »ques évoques allemands, vous avez conspiré contre l'Eglise » romaine, vous avez convoqué un concile dans lequel vous » avez, avec une audace incroyable , porté un prétendu décret » (quasi per synodalem sententîam) qui condamnait tous les ac- T) tes du pontife précédent; et, par là, vous avez follement dé- »truit ce même privilège dont vous nous parlez. Mais loin de

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vilég«; mais il se jeta sur la minorité du roi. L'Eglise est sa mère, disait-il; et le roi, malgré les dispositions heureuses de son esprit, n'est encore qu'un enfant qui a besoin de tuteur : or, qui peut mieux

» nous de vouloir punir des fautes d'autrui un prince Innocent, «ou de chercher à affaiblir, à cause des injustices d'un autre » homme, l'autorité que nous lui ayons donnée. Vous dites que » trois mois se sont écoulés entre la mort du pape Nicolas et Va\é* M nement de son successeur ; que nous aurions pu par conséquent »' informer la cour de cette élection; mais le cardinal Etienne n*a> » t-il pas été envoyé au roi (ad auiam regiam) arec des lettres apo. M stoliques, sans avoir pu obtenir audience des conseillers du sou- » Tcrain? Cet homme sage et patient a supporté cet affront, mais » il n*a pu remplir son mandat, et force lui a été de rapporter le 9 décret du conclave, sans qu'il eût été ouvert* » 3^ Le défenseur dit ailleurs qu'on avait' procédé immédiatement à l'élection d'Alexandre pour éviter les désordres affreux et les dissensions intestines auxquelles les élections précédentes avaient donné lieu. Or, quel avait été le but du décret de Nicolas 11 ? uniquement de mettre un terme à ces scandales, d'assurer l'avenir de l'Bglise, en protégeant la nomination de son chef contre les intrigues et la simonie. « Novit beatitudo vestra, dilectissimi fratres, dit-il, defuncto » pise mémorise domino Stephano praedecessore nostro, biec apo- » stolica sedes, cui auctore Deo deservio, quot adversa pertulerit, » quot denique persimoniacae hsereseos trapezitas repetitis malleis » crebrisque tunsionibus subjacuerit ; adeo ut columna Dei viven- )>tis jamjam penè videretur çoncussa nutare; et sagena summi »piscatoris, procellis intumescentibus, cogeretur in naufragii » profunda demergi ! Undè^ si placet paternitaii vesirœ, debe» » muSj auxiliante DeOy futuris casibus prudenter occurrere^ et » ecelesiastico statut ne récidiva (quod absit) mala prœvaleant, n prœeavere, » C'était donc pour le saint Siège une question d'existence même; les choses ne pouvaient rester comme elles étaient; et d'ailleurs cette mesure avait été reconnue par Henri le Noir. Remarquons enfin que le privilège accordé par les papes aux empereurs était personnel; ceux-ci devaient le demander au commencement de chaque année : « Sicut jam sibi et successorlbus illius » qui ab apostolica sede personaiiler hoc ]usimpetraverint.»Or, le donateur n'avait-il pas le droit de retrancher d'un privilège, de l'ôter même au donataire, quand celui-ci en abusait ? Tel est le langage du défenseur, tel nous parait être aussi celui du sens conunun. ( rid. Baron., ann. 1062, 1063, p. 257, 304, 309, 310) {Audley:) T. .1. b

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114 YIB ET PONTIFICAT [tMI]

que l'Eglise se charger de cc^tle tutelle et exercer ses droits? Gomment pouYait-il choisir un pape? De même que sa mère naturelle yeille à ses intérêts terrestres, de même sa mère spirituelle, ou l'Eglise^ prend pour lui le soin des choses spirituelles.

V avocat. Soutenez tout ce que vous voudrez, pourvu qu'il reste constant qu'il n'est pas permis de changer ce que le pape a confirmé et réglé paf un décret.

Le défenseur. Est-il étonnant qu'un homme fragile change ce qu'il a établi^ lorsque le Tout-Puis^ sant, qui pénètre dans l'avenir, change souvent ce qu'il a arrêté? car il modifie quelquefois, et même anéantit ses promesses; il menace de chà^ lier et ne châtie pointj il annonce des bienfôits éi île les accorde pas.

A la demande de l'avocat^ le défenseur prouva celte vérité par deâ exemples tirés de l'Ecriture.

Il conclut son dialogue par cette pensée : « Nous». » conseillers delà couronné, et serviteurs du saiflt » Siège, tioûs fkisons de communs efforts pour ït l'union du sacerdoce et de l'Empire, afin que le * genre humain, gouverné par ces deux puis* » sânces, ne soit jamais divisé, qu'elles se sou- » tiennent l'une Tautre comme les deux pôles dti j» moiide, et que les peuples qui leur sont soumis^ » ne deviennent pas indociles par leurs divisions, » en sorte que^ comme le médiateur entre Dieu » et l'homme a mystérieusement uni la royauté et

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tldMl BU 9 APS ané&OIRl Tll. H»

â le guèôrdoce, les deux chofs âoiëht unis par unie y affection mutuelle, et que Ton trouve Te roi dans » le pontife romain, et le pontife dans le roi, sauf » le droit du pape, que lui seul peut exercera AU » surplus, que le pape réprime les criminels par » la loi du prince, et que le roi ordonne, par ses i» évêques, ce qui concerne le salut des âmes, sui» y vant les saints canons. Que le pape^ comme lé » père, ait la prééminence 5 que le roi, comme utt 3 fils unique, repose dans les bras de son afièc** » tion *. » .

Tout ceci se passait à Osbor le jour de la fête des apôtres saint Simon et saint Jude. U y avait un an, à pareil jour, que Gadaloûs était élu pape, et, suivant une prophétie de Pierre Damien, il devait mourir au boutd'unan^, c*est-à-dire, comme il Tetplique lui-même, de mort morale, élre déposé et condamné. Ce qui arriva en effet par une sentence unanime des évéques allemands et italiens réunis aux métropolitains \ Pendant l'absence d' Annon et les voyages fréquents qu'il faisait en Italie pour mettre fin au schisme scandaleux qui désolait TÉj^Use, Adalbert, archevêque de Brème, fut mis en

* Ce passage me parait singulier : « Salvo sciiicet suo pt-ivilegto papœ, quod nemo pràter eum usurpare per* fliitiit«ir« » Labbe, ConciL, t. ix, p. 1173.

* Il est fâcheux qu'on ail bientôt vu le contraire *.

* Non ego té faUo : csepto morleris in an no.

* Koy. là-dessus Muratori, AnnaL d*Italie^ l, vi, p. 354.

* Et par la faute de qui ? {Judley,)

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Allemagne à la tête des affaires. Gomme cet homme a déjàjoui, sous Henri III et Léon IX, d'une grande considération % et qu'il a influé si puissamment sur l'esprit de Henri IV, par son caractère, ses mœurs et sa conduite; comme il a présenté dans sa personne rimage vivante de la vie d'un grand nombre d'ecclésiastiques de cette époque, et que par ses idées et ses travaux il a contribué peut-être même à l'accomplissement des vues du pape et de Hildebrand, il n'est pas hors de propos de retracer ici en abrégé l'histoire de sa vie.

Son prédécesseur Bezelin, surnommé Alebrand, était un homme supérieur, très-digne de son rang, agréable à Dieu et aux hommes. Il avait gouverné pendant dix ans le diocèse qu'il tenait de Conrad, et personne n'eut jamais à se plaindre de lui. Il était regardé comme l'ornement du clergé, et le salut du peuple. Plus d'une action pieuse, plus d'un couvent restauré ou reconstruit, plus d'une église élevée perpétuait son souvenir, et après qu'il eut dédié avec larmes à Dieu et aux saints sa nouvelle basilique, il se reposa dans le sein de Dieu^.

Adalbert avait reçu de Henri III le bâton pastoral et du pape Benoît le pallium archiépiscopal, par l'entremise des légats, comme on l'avait fait pour ses prédécesseurs. L'empereur, un grand nombre de princes et douze prélats assistèrent

* Adam Brem., ui, 31.

» Adam Brem., Ecclesiast.^ ii.

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à sa consécration à Aix-la-Chapelle, et comme tous lui avaient imposé les mains pour le bénir, il fit usage dans la suite de cette multitude de bénédictions contre les malédictions qu'il reçut, disant, avec souris, que celui qui était béni par tant de Pères ne pouvait être maudit de personne\ C'était un homme admirable et d'une trempe particulière. A des talents du premier ordre et à des vertus réelles, il unissait une naissance distinguée. Il avait en outre un extérieur gracieux, une figure impo* santé et bien conservée par la sobriété et la chasteté, vertus que personne ne pouvait lui contester. La fortune lui avait donné des richesses, de la puissance et de la gloire, en sorte qu'il pouvait passer pour un des hommes les plus heureux de son siècle. Du reste, il était sévère sur la discipline ecclésiastique; tout ce qui touchait à l'honneur du saint Siège, aux intérêts de l'Etat ou aux soins de son diocèse, faisait toujours le premier objet de son application \

Yersé à la fois dans les sciences divines et humaines, son esprit montrait partout un discernement exquis et une grande souplesse. Ce qui est assez rare, ses études étaient favorisées par une mémoire heureuse et une élocution peu ordinaire. Il était à la fois généreux et avare, humble, indul-

* Adam, m, cl.

* Adam, in, 3. Halem, Geschichte des Herzogthums 01" ' denburg^ ii. Buch,p. 132.

us VIE ET PONTIFICAT |;}«||]

geDt et fier, vain, ambitieux; dans Tespaced'uQf beure, on le voyait laver les pieds aux pauvres, aux pèlerins et aux mendiants; et puis, s'opposer dvio hauteur aux prinoes et aux prélats, leur reprochant sans aucune considération personnelle leur avance, leur sensualité et leur infidélité ^ . Tous ses efforts et ses travaux avaient pour ^urce une vanité et une ambition démesurées, vi- Q«s qui jetaient de Tombre sur toutes ses Yertus. Quand il s'agissait du bien de son église, il était SQMplei docile, dévoué aux princes et à l^urs con^ Sfils; mai^ quand on nuisait à son église, il étoH <}ifOoile d'échapper à sa haine et u ses peii^cution#>* çk^^t ce q^^ des d^cs et de6 évoques ont souvenir éprouvé. U disait maintes foif : a Pour l'avantage ]» de mon église je n'épargnerai personne, ni vmit » m mQn frère, ni l'argent, ni l'Église elle^ffiéinti ^ j^ yem <im mon dioeèi^e mit délivré de tout j^nf » étranger et ?^ l'égal des autres ^ »

Dans le courant de l'année 1043, l'églisf dâ Brome fut brûlée avec tons §e^ trésors, l'ar^ex^ue la releva de ses ruines e( lui doi^na pM de ma^fnificencû mcore^ voulant faire de SQn siég# une nonvdle seigneurie d$ins le Noi?d ^^ M^i^ te& ducs de Saite *'y ^ppsaiwt d« U>nt leur pon*»

' * Adaui, m, 3.

' Adam, m, 4.

" Adam, m, 5, 10 : « Floccî pendeas aurëam depessoruhi màdioenUt^m, «etora oontomiisit, nova m^titiMT eania perficere.»

[ÎMS] DU PAPS GRBGeiRE VH. U9

voir. )1 employa donc tout son zèle 4 brider cette résistance, à rendre sp» église indépendante, et è ^tAv aux dues et au:i^ comtes de son diocèse tout dr^it juridique» Par cette tentative, il souleva con-* ira lui une haine bien profond^. Pernard, duq de Saxe, homme de caractèpe, observait h condiUt^ dâ l^arohevêque avec d'autant plusd'attpnlipn quA eelui-ci travaillait avec plus de zèle à l'aceomplisif sèment de ses désirs ^ Adalbert se vit oblige 4^ 6h»eber contre les menaces du duc un appui, il le trouva dans l'empereur Henri UI, Pp prince, ayapjt çQQnu sa formeté et sa patience, l'attapha à sa perr (mnna, le prit pour conseiller, et pour eenip§L-^ gnon de ses voyages en Hongrie, en Slavpnie, e^ Flandre et en Italie; dans ce dernier paiys, il terr naiaa, de concert avec l'empereur, la lattp entpf lea trois papes, et il serait monté lui mkf^f^ SHf le trône pontifical, s'il n'avait mîeui^ aimé y placer Clément ^ •

I 4i|iat saepe dixisse: « III um ciu^si exploratorem p^situm in has regiones, qui infirma terras aliegenis et Cœ$firi esset proditurus. Ideoque dum ipse, sut aliquis fiUorum ejus advixerit, episeopum numquam bopum in !$pi$<iopat^ diem habiturum. » 4d^™9m» §•

« Adam, in, 8 *.

* Cette assertion d'Adam de Brème nous parait au moins fort hasardée. Clément II fut élevé au trône pontifical malgré lui (rer luctantem); et si Adalbert avait pu y monter, il est fort probable qu'il n'eût pas manqué une si belle occasion de satisfaire son am. bition. Adam de Brème était chanoine de cette église; Adalbert, qui 1^ protégeait, le mit à la t^te de Técole archiépiscopale, 11 n'est donc pas étonnant de rencontrer dans son Histoire eccldsias*

Peu après son retour d'Italie, il conçut le projet d'attacher à son évèché tous les comtés du diocèse. Le voyage de Henri III à Brème en Tannée 1050 Idi parut pour cela une occasion favorable; il gagna le prince par une brillante réception, ce qui lui valut le comté de la Frise. De cette façon l'archevêque se vit bientôt placé au rang du plus grand seigneur du Nord. Il aimait le séjour |dc Hambourg, où il recevait les ducs saxons, les ambassadeurs des nations slaves, et ceux des souvérains de toute l'Europe septentrionale; tandis que lui-même en envoyait à son tour en Danemark, en Suède et dans le monde entier. Lorsque Swen III de Danemark eut épousé une princesse suédoise, nommée Guda, malgré sa proche parenté, Adalbert crut sa puissance suffisamment établie pour le menacer de l'excommunication, s'il ne la quittait pas. Mais Swen le menaça, à son tour, de ravager son diocèse; le prélat effrayé eut recours au pape, qui fit entendre raison au prince ^ •

Alexandre avait contribué plus que tout autre à élever le nom et la puissance de l'archevêque de Brème, comme le prouve la querelle de ce dernier avec Harold IV (Hardraad) de Norwége, jeune conquérant farouche qui avait toujours dans la tète quelques nouvelles conquêtes. Il n'aimait pas les

* Adam, m, 12.

tique des supposition» qui sont k l'ayantage de son bienfaiteur.

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fioe^l DU PAPE GRÉGOIRE VIL iU

chrétiens et n'épargnait ni les églises ni leurs propriétés. Adalbert lui envoya donc une lettre de réprimande : « il lui disait que les biens de TÉ- » glise ne pouvaient servir à l'usage des laïques, » et que lui seul, en vertu de l'autorité apo- » stolique, avait le droit d'ordonner les évêques » consacrés jusqu'à présent en Angleterre et en » France. » Le roi irrité renvoya sels légats avec mépris, disant que dans la Nonvége il ne connais-* sait ni archevêque ni autre personne puissante que lui. Mais^ sur les plaintes d' Adalbert, le pape écrivit à Harold une lettre dans laquelle il exhortait le roi et les évêques à obéir à son vicaire apostolique et à le respecter \

Cependant Adalbert chercha à gagner les bonnes grâces du prince danois, parce que son amitié lui semblait favorable à ses desseins. Il se rendit donc à SlesTvick, où le roi se trouvait alors, et, au milieu de festins qui durèrent huit jours*, il parvint non-seulement à se mettre en bonne intelligence avec lui, mais encore à consolider la paix entre l'empereur et Swen, au grand avantage de l'église de Brème ^. L'archevêque travailla aussi alors, comme il parait, à exciter le roi de Danemark contre les Saxons ^, donnant à

* Adam, m, 18, 19. P'oyez la lettre d'Alexandre dans Coleti, Coll. ConciLy t. ii, p. 73, et dans Labbe, t. ix, p. 1116.

* Sicut raos est înter Barbares.

' Adam, m, 20.

* Adalbert fit pour la Saxe ce que Siegfried de Mayence fit pour la Thuringe.

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m TIE ET POMTIPICAT Item

tes insinuations une couleur religieuse} c^r, çelQp lui, la foi chrétienne aurait depuis longtemps je^ parmi les peuples slaves de^ racines pfofoiidefii si l'ambition des dues saxons n'y avait paç rni$ obstacle ^ Le roi entra dans ces vues. A mesura qu'Adalbert voyait croître son pouvoir q% eou influence, les seigneurs voisins, ses enneqiis, s'a? grandissaient! il voulut donc se mettre à l'abri d« leurs insultes. La ville de Hambourg' lui semblait propre à ses desseins, il la choisit pour en faire le centre de sa domination. Il résolut de la fortifier, sans prétexte de se prémunir contre les incursions des barbares. Cette ville est située dans une vaste plaine; ni montagne, ni fleuve ne protègent l'enr nemi. Un seul coteau aux bords deTElbe s'étend à l'occident, le mont SuUenberg. Le prélat y cou* struisits à grand frais, un couvent fortifié, qui devait servir de défense contre l'ennemi ; mais ce^x qui y étaient établis pour servir Dieu devioreul des brigands, se livrant au pillage et a|i vol daQH le voisinage du fort, jusqu'à ce que la fureur dv peuple et les intrigues du duc de Saf e le Sr^fit jeter bas. Le lieu fut interdit ^.

Grâce à la bienveillance de Henri III, Adalbert acquit également en Saxe une influence extraor-

• ^uibus inquit ( rex Danorum ) meus pronior est ad pensiones vectigalium quam ad conversionem gentilium *• ^ Adam, m, 28.

^ C'est lia rçpmçbequ'oB pouvfiU »us«i adresser j^uf ^véqucs de ce temps. (Judley.)

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dinaîrei Goalar jouissait du pmilége onéreux da reeavpir le poi; eelui-^i, pour en dédommager Is ville, l'embellit et lui octroya une foule deprivilé'^ ges ^ . Lorscpi'en lûtô, il y célébrait atec Adalbert }m fôieade Pâques^, il enflamma l'ambition de l'arçbévéqué, en lui donnant l'espoir de posséder bien-' tôt des monaf^res^ des. comtés et d'autres doiuâi-. nés, à un tel point que le prélat conçut, dans son ivresse, les projets les plus hardis, d'autant plus qu'il attendait tout de l'amitié du pape'. Plus il requérait d'influence dans les grandes aflaires, plus croissaient en lui la présomptioui la fierté, l'orgueil et les prétentions. I^e pape et l'ema pereur n'entreprenaient rien 4' important sans son avis t c'était de concert aveo lui que Henri traitait de la paix ou de la guerre. Ses ennemis huâailiés éprouvèrent plus d'une fois ce que pour Yâît l'habileté d'Ada)bert. 8a réputation se répaur dit au dehors : l'empereur grée et le roi deFranee

^ ' lleiaoqc^ ^nfi^tiîLQosiar.^^Adfim^ ni, 30, dit : «Qeori bâtit la ville à la place de Vancien moulin qui existait auparavant, et lui donna sa grandeur primitive. » Heineccius (^nf, GçsLy p. 11} soutient le G<)tttraire.

^ Adam, m, 31) s'exprime ainsi : « Tune aibi data est spes acquii*endî, vel accipiendi coraitatus et abbatias, veî prsedia.,— ut puta Coenobia Lauress^, vel Oorbeiae, cpmitatufi çU^m 3Bef Agirdi et Ekberti) praedia vero Sincicum, Plisna, Groningor,Dispargum et Lismona; quibus jam dubia fide possessis arbitrabatur se metropolitanus, sîcut dicitur de Xerxe, aut per mare ambulaturum, aut peît* terram navigaturum, postremo omnia,. qu« ia animo habuît, facile perfecturum. »

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lui envoyèrent des ambassadeurs pour le complir menter. Âdalbert savait faire monter son origine à la nation grecque, afin de donner à l'empereur grec une plus haute idée de ^on affection ^

Mais pendant qu'il travaillait à soumettre à sa juridiction archiépiscopale douze autres évèchés% Tempereur Henri mourut. Il crut donc le temps favorable pour élever, dans le Nord, sa puissance à la hauteur de celle du pape dans le Midi. Tout en cherchant à égaler les riches en opulence, les grands en pouvoir, il voulait encore être appelé^ par le peuple, le père des orphelins, le défenseur des veuves; quoique fortement occupé des intérêts de la terre, il réservait pourtant sa plus grande attention pour les choses spirituelles.Selon ses idées, la petite ville de Brème devait devenir grande comme Rome, et tous les peuples septentrionaux devaient y accourir, comme on accourait au siège de saint Pierre '.

Autant Adalbert était habile à gouverner les autres, autant il était inhabile à se gouverner luimême et à dompter ses passions. Quand elles Tentraînaient, il était sans repos, infatigable dans tout ce qui pouvait le conduire à son but. Quand on faisait quelque chose d'important, et dont le public devait s'entretenir, il fallait l'en proclamer

* Adam, m, 38.

* Adam, m, 34, les ënumère.

* Adam, m, 36.

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l'auteur. Une soif insatiable de gloire était le prin^ cipe de toutes ses actions; pour la satisfaire, il ne connaissait ni ne gardait de mesures; dans Tadversité, sa douleur était extrême; dans la colère, il oubliait sa dignité : on le voyait sou* vent frapper jusqu'au sang ceux qui l'avaient irrité. En revanche^ il faisait les plus magnifiques présents à ceux qu'il aimait ou qui se prêtaient à ses caprices : c'est ainsi que des gens de basse condition obtenaient souvent de lui de grandes sommes d'argent. Dans la passion, il était furieux, on le fuyait comme un lion; dans le repos, il était doux comme un agneau ^ .

Pour réunir une société agréable qu'il aimait, il ne reculait devant aucune dépense. Ilprodiguaitses dons aux artistes de tout genre, même aux acteurs, aux jongleurs, aux charlatans; il se faisait accompagner par eux dans ses voyages, car il prenait un grand plaisir à leurs exercices. Il laissa rarement approcher les musiciens; cependant quelquefois ils étaient obligés de calmer sa mauvaise humeur. Les pantomimes, qui amusent le peuple par leurs gestes indécents, étaient constamment écartés; mais les flatteurs, les parasites et autres gens de cette trempe se trouvaient sans cesse autour de lui. En lui donnant des éloges, on endormait toutes ses passions, et quiconque lui

' Adam, m, 40.

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1» YIE BT PONTIFICAT [WU]

disait < que le pâtrifitrche de Haoïbourg 9i9tt » bientôt pape; que ses rivaux à la cour impé^ »riale vont être écartés; qu'il dominera seul »dans TEtat^ et qu'alors viendra Tftge d'or : que » telle était la voix du Ciel, » quiconque, dis-je^ lui tenait ce langage, était sûr de lui plaire. Lors» qu'il était à table dans une société bien gaie où les ambassadeurs, les seigneurs et aussi les gens de basse naissance^ devenaient Tobjet de ses aati^ res; ou lorsque, dans un repas, il amusait les oon^ vives par de fines plaisanteries, par des anecdote concernant les rois, ou par des assertions extraor^ dinaires de quelque philosophe, les ambassadeurt et d'autres grands personnages qui voulaient lui parler étaient obligés d'attendre à ses portes et au milieu de ses gardes. Malheur à celui qui ne savait pas plaisanter à table, il avait un mauvais lot, il devenait comaaunéinent le point de mire d'Adal^ bert : c'est ce qui est arrivé souvent à de grafiidi seigneurs, dont il s'est attiré plus qpNscialemMt la haine^.

Ses plus acharnés ennemis étaient le duc Ber« nard et ses deux fils Orduir et Hermann. Pow se mettre à l'abri de leurs ini^urBionS) ii avait fait construire des forts qui ne firent qu'enfiamm^ ta fureur de ses ennemis. Plus d'une fois ils péfié^ trèrent dans le territoire de son évéehé^ metiaût

' Adam, m, 41-42.

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[1MI| DU PAPE ailÉGOIRB TII. 191

tôût à feu et à sang, enle^atit des troupeaux, et fdl^nt Torgaeilleux prélat à céder à la nécessité. Ces incursions étaient suivies de quelque repos^ jusqu'à ce qu'Adalbert eût fourni un nouveau sujet de mécontentement, de sorte que Bernard jprophétisâ k ruine de l'église de Brème par sei fils.

Tel était Thomme qui mit tout en œuvre powt rendre odieux au jeune Henri rarchevéque é% Cologne^ prélat austère et actif, et pour s'attacher Tésprit du prince, afin d'arriver au plus tôt k son but, qui était de devenir le pape du Nord»: Plus il laissait un libre cours aux désirs violents et aux passions effi^énées de Henri, plus, il éloignait de lui les autres archevêques, en sorte qu'il devint le seul souverain du royaume % le roi n'étant plus que son jouet. Un second favori, qui venait après lui, était le comte Werher> jeune homme plein d'ardeur et de talents^. Pendant que Henri se livrait en Saxe, et principalement à Go$lar, à tous les plaisirs d'une jeunesse désor-^ donnée , et profitait de la liberté qu'on lui laissait de courir partout où il voulait ^ le prélat et 1% comte gouvernaient l'Etat de la manière la plu6

* Ipse ia regQo communi pêne monarchiamusurpai^e \iderelnr* Lamb,

* Lamb.

* Ex saa classe in alias regiones emigrare sinit. Avent., Ann. Sax. 1067.

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révoltante ' ; ils vendaient ou donnaient à leur gré desévéchés, des abbayes, des charges civiles et ecclésiastiques. Avec de Tor on parvenait à tous les rangs et à tous les honneurs; tout ce qui rapportait de la gloire ou tournait à l'avantage du public, ils se l'attribuaient. Les prélats et les ducs étaient ménagés, parce qu'on les craignait ; mais les abbés succombaient sous le poids de Toppression. Ils faisaient tout au nom du roi, donnant pour raison que le roi avait sur les abbés les mêmes droits qu'il avait sur les fermiers et sur les autres administrateurs des biens de la couronne ^ : car l'homme n'est jamais plus ingénieux que quand il s'agit de donner à ses mauvaises actions une apparence de justice. Ils distribuaient à leurs créatures les biens des monastères et les dissipaient au gré de leurs folles passions. Leur témérité s'accroissait à chaque nouvelle violence, ils dis-, posaient des monastères comme des provinces, et savaient toujours faire consentir le roi à leurs actes perfides. Adalbert prit possession de deux abbayes, celles de Lorsch et de Corvey, sous prétexte que le roi voulait récompenser son dévouement ^« Mais ce ne fut pas sans peine

* Avêot.

Nihil minus regçm in hos juris ac poleslalis habere, quam in vilUcos suos,veiin alios quoslibei regalis fisci dispensatores. Lamb.

' Fqx> toutes ses acquisitions successives dans Halem*s Geschichte von Oldenb., t. ii, p. 135.

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qu'on se soumit à ces sortes de spoliations.

Pour obtenir Corvey, Tarchevêque répandît le bruit que Tévêque de la ville de Pola en Istrie était mort, que le roi avait nommé pour successeur Tabbé de Corvey, et lui avait donné Tordre de se rendre au plus tôt dans son diocèse. De cette manière l'abbaye de Corvey se trouvait sans chef. Mais par malheur pour Adalbert, l'évêque envoya des messagers pour annoncer qu'il était plein de vie; en sorte que la ruse de l'archevêque tourna à sa honte. Otton, duc de Bavière, rougissant de pareilles bassesses dans un prêtre, fit tous ses efforts pour conserver à l'abbé son rang et sa dignité : ainsi devenait inutile l'assurance qu' Adalbert lui avait donnée de le dédommager par l'abbaye d'Altaha ^

Ce fut à Lorsch que l'archevêque éprouva le plus de résistance. 11 y envoya des légats pour avertir que le monastère dépendait de l'archevêché, et que l'abbé devait se rendre sans délai au lieu qui lui serait désigné. L'irritation monta à un tel point, que peu s'en est fallu que les dé-

' Adalbert avait aussi cherché à corrompre les autres grands du royaume. D'après son conseil, le roi avait donné à Tarchevêque de Cologne deux abbayes, Malmedy et Inda ou Enda, autrement dit le monastère de Sainte* Catherine, près d'Aix-la-Chapelle; au duc Rudolf de Souabe, Keropten on Kenbeten (Campidunum); à Tarchevéque de Mayence,Selechinstadt. « Les grands, dit Stumpf, en suivant les caprices du prince, en arrachaient tout ce qu'ils voulaient. » Hist, de Vemp, Henri IF, p. x,

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pillés ne fussent maltraités ^. Us ne purent du moins éviter l'injure. Le roi donna à l'abbé Tordre de quitter l'abbaye. Celui-ci, ayant été informé de cet ordre avant l'arrivée des envoyés, les reçut très-bien, mais sans les admettre à Taudience. La nuit suivante, il se retira avec quelques amis, et à l'insu des autres ft*ères, en QD lieu de sûreté où il avait caché tous les trésors de l'Église. Les messagers, voyant le lendemain que l'abbé était absent , se retirèrent sans avoir rempli leur mission. Les soldats de Tabbé, expérimentés dans la guerre, s'établirent sur une montagne voisine où ils élevèrent un fort, afin de pouvoir résister avec vigueur à toute attaque de la part de l'archevêque ^.

Les grands étaient indignés de ces actes d'injustice. Dans toute l'étendue de l'Empire on n'entendait parler que de vols et de brigandages. La conduite d'Adalbert servait d'aiguillon et d'exempte ^. Les populations trouvaient les temps si malheureux, qu'elles s'imaginaient voir bientôt la fin du monde. Cette morne inquiétude tourmentait toute l'Allemagne et ramenait une foule de gens à

* Le droit des gens les protégeait égalemeDt. « De Jure gentium,» comparez Lambert, aun. 1062, auquel Timpératrice Agnès pouvait appeler contre TiDJuslice de ses ad» versaires.

* Suivant Lamb. en 1063.

* Aventin.

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[lOeS] DU PAPE GRÉGOIRE VII. ISl

des sentiments de refigion. Dans la Bayiére, les seigneurs élevèrent dix-neuf couvents d'hommes et de femmes; le roi lui-même prodiguait aux églises ses biens et ses trésors ^ Déjà, Tannée précédente, des tremblements de terre et une afireuse mortalité avaient effrayé tous les esprits^. Ces idées déterminèrent, pendant l'automne de 1064, une foule d'hommes ^, à la tête desquels se trouvaient Sigefroi de Mayehee, Guother de Bamberg, Otton de Rati&bonne, Guillaume d'Utrecht et beaucoup d'autres nobles allemands, à partir pour Jérusalem, afin de visiter le saint sépulcre, et d'y faire des prières mêlées de larmes ^. Mais les pèlerins eurent l'imprudence de laisser voir en route leurs richesses; partout les habitants des villes et des campagnes accouraient en foule sur leur passage pour les voir et pour admirer leur &ste. Ils étaient déjà sur le territoire des Sarrasins, à une journée de la ville de Ramla, lorsque, kl ▼éiUe de Pâques, vers les trois heures de Fttprès->midi, ils se virent assaillis par une troupe d'Arabes qui, à |a nouvelle de leur arrivée, s'étaient armés pour les piller. Le combat fut bientôt engagé j mais au premier choc un grand nombre de chréti^s tombèrent grièvement blessés, et

* Aventia.

» Tschndi, Chron, Eidgenoss, Gesch,^ ann. 1062,

* Aventin dit presque douze mille. Scotus» d'après B«ro« niu8,ii'en porte le nombre qu'à sept mille,

* Lambert raconte leur destinée.

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dépouillés de tout ce qu'ils possédaient. Guillaume d'Utrecht resta sur le champ de bataille, à demi-mort, nu et estropié d'un bras. Les autres se défendaient à coups de pierre et gagnèrent peu à peu un village près de la route ^ qu'ils prirent pour Capharnaûm. Là, ils se réfugièrent dans une cour dont Tenceinte très-basse et très-faible menaçait ruine. Il y avait une maison dont l'appartement supérieur ^ était admirablement disposé [pour la défense. L'archevêque de Mayence, l'évêque de Bamberg et leurs ecclésiastiques s'y logèrent; les autres prélats restèrent en bas; les laïcs se placèrent à l'enceinte, afin de soutenir l'attaque de l'ennemi. Pendant que les Arabes faisaient pleuvoir une nuée de traits, les chrétiens se précipitèrent sur eux, arrachèrent à leurs ennemis leurs boucliers et leurs épées, et, non contents de défendre l'enceinte, ils s'élancèrent hors des portes et combattirent corps à corps. Les Arabes ne purent soutenir ce choc et résolurent d'assiéger la maison, afin de réduire par la famine et l'épuisement ceux qu'ils n'avaient pu vaincre par l'épée. Ils divisèrent donc leurs forces qui se portaient à douze mille hommes, et se relevèrent sans cesse, afin de ne laisser aux chrétiens aucun relâche.

Cependant les pèlerins combattirent jusqu'à

* Atrium occupant

* Gœnaculum.

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trois heures de l'après-mîdî du jour de Pâques, sans avoir pu prendre ni nourriture ni repos. Enfin, le troisième jour, poussés par la faîm , la fatigue et le désespoir, ils suivirent le conseil d*un prêtre, qui leur dit que Dieu n'avait jamais abandonné ceux qui se dévouaient à lui et à son Fils, et envoyèrent aux Arabes un interprète demandant à capituler. Le chef barbare s'avança achevai, et après avoir pris l'interprète avec lui, il entra dans la maison avec dix-sept de ses compagnons, les plus distingués de sa troupe. Il laissa à la porte son fils avec des gardes, afin d'empêcher tout autre d'y entrer. 11 monta avec quelques-uns des siens dans la chambre de l'archevêque de Mayeuce et de l'évêque de Bamberg. Ce dernier demanda un libre passage, offrant de livrer tout ce qu'il avait; mais l'Arabe, furieux et exaspéré par une résistance de trois jours, répliqua que c'était à lui de prescrire les conditions, et non à eux; qu'il voulait manger leur chair et boire leur sang. 11 prit en même temps le turban dont, suivant l'usage du pays, sa tête était ornée, le roula et le jeta au cou du prélat. C4elui-cî, tout calme et de sangfroid qu'il était , lui donna un si vigoureux coup de poing dans le visage qu'il le jeta par terre. Les autres pèlerins se jetèrent sur ses compagnons, et leur lièrent les mains derrière le dos. On entendait d'effroyables cris; on courut aux portes attaquer la garde, dont une partie fut massacrée et

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l'autre mise en fuite. Ce succès ranima le courage des chrétiens contre la troupe des Arabes^ qui s'obstinaient à pénétrer dans la maison. Mais les chrétiens menèrent les chefs liés à l'endroit où les traits de l'ennemi tombaient le plus fort} l'un d'eux tenait sur leur tète un glaive suspendu, me«naçant les Arabes, par un interprète, de couper la tôte aux prisonniers, si le combat ne cessait sur^ le-champ. A la prière des prisonniers, le fils du chef des Arabes ordonna à sa troupe furieuse de suspendre le combat. Au même moment arriva aux chrétiens un messager de la part de leurs frères, qui étaient parvenus à se sauver à Ramia après avoir été complètement dépouillés, pour leur annoncer que le gouverneur de cette viUei poussé par l'esprit de Dieu, quoique païen, venait à leur secours avec de nombreuses troupes. A cette nouvelle, les Arabes prirent la fuite. Le secours arriva en effet; les chrétiens, n'osant se fipr à eux dans le premier moment, leur livrèrent les prisonniers et l'argent convenu, et puis les suivirent jusqu'à Ramla. Le gouverneur leur donna ensuite une escorte pour les mettre à l'a-* bri de l'attaque des brigands et les conduire jus«*> qu'à Jérusalem, et ils n'eurent plus à souffrir, ni pendant leur voyage, ni pendant leur retour. Gunther de Bamberg mourut subitement en Hongrie; son corps fut transporté à Bamberg, où il avait passé son enfance.

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[1063] DU PAPE GRÉGOIRE VU. tU

Pendant que l'Allemagne était agitée par les dissensions des laïcs et du clergé, l'Italie, et sur* tout l'Eglise de Rome, étaient déchirées par un schisme scandaleux. Honorius n'avait pas cessé de soutenir le zèle de ses partisans dans Rome , les stimulant par l'argent et l'espérance. Engagé par eux en 1063 à faire une nouvelle tentative, il rassembla des forces assez considérables, marcha la nuit et vint à l'improviste devant Rome : intro* duit à la faveur des ténèbres dans le faubourg de Léonino \ il pénétra dans le Vatican, et occupa lé fort de Grescentius^. Dès que, le lendemain, le peu* pie fut instruit de la trahison, il y eut une insurrec* tion générale. Le peuple se porta en armes devant le fort ; les soldats de l' usurpa teuj^ prirent la fuite ; Honorius» sauvé par Gencius , iils du préfet dû la ville et d'une famille distinguée, fut conduit dans une tour^ où on l'assiégea pendant long^ temps.

Ge fat encore cette année que dé grands trou*^ blés éclatèrent à Florence S Les moine! commen»

* Tel est le nom que lui donne Sismoudi.

^ Sigonîus, Hisi. îtal., ann. 1063; Arnulfi, HisL Mèd., m, 17.

' Suivant quelques-uns, à Ëngeisbourg.

* Le mécontentement excité de temps en temps parU conduite irrégulière des évêques montre que Hildebrand pouvait compter sur le peuple pour l'exécution de soa plan, yqr- les faits qui se trouvent dans Baron., JnnaLy ann. 1063 ; Abbas Ursperg et Fiorentini. Comparez Murâtôrf, jK*l.él7w/.,t.Vï,p.W0.

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cèrent aussi à faire sentir leur haine aux simoniaques. Une querelle extrêmement vive s'était élevée entre Tévéque Pierre et le peuple de cette ville ; le clergé se joignit au prélat, et les deux partis devinrent formidables. Le pape appela Pierre Damien de sa retraite, et l'envoya une seconde fois à Florence pour apaiser des troubles. Celui-ci blâma les moines d'avoir condamné l'évêque sans qu'il eût été jugé, et d'avoir ameuté le peuple contre lui . Mais le peuple s'écria que Damien lui-même était coupable de simonie, puisqu'il prenait la défense d'un pareil crime, et ne voulut pas l'écouter davantage. Le légat se vit donc obligé de s'en retourner sans avoir atteint le but de samissiouj maisilécrivit,pour se justifier, une lettre, dans laquelle, suivant son habitude, il parla aux moines avec force et avec énergie, et notamment au religieux Theuzon, le principal auteur de la sédition. Par l'épître de Damien, ils furent convaincus d'avoir eu tort de condamner l'évêque avant que le saint Siège eût prononcé. Mais ils ne restèrent pas moins persuadés de sa culpabilité, et résolurent d'en appeler à la décision du pape. Les moines vinrent donc à Rome, exposèrent leurs plaintes, et, pour garantir leurs assertions, ils s'offrirent à subir l'épreuve du feu. Alexandre ne voulait pas déposer l'évêque de Florence, à raison du parti nombreux qui le soutenait et de l'amitié que lui portaient les autres évêques ; il ne vou-

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[1068] DU PAPE GRÉGOIRE VIL ni

lait pas non plus donner aux moines un nouveau sujet de mécontentement par un déni de justice. Il convoqua donc un concile à Rome pour décider cette affaire. Plus de cent prélats, presque tous partisans de Tévêque, ainsi que le duc Godefroi \ illustrèrent cette assemblée ; Hildebrand prit fait et cause pour les moines.

On traita d'abord de la simonie en général dans les termes les plus durs. « Aucune pitié, disait-on, » ne doit maintenir dans l'exercice de leurs fonc- » tiens ceux qui sont convaincus de simonie : » nous les condamnons. Celui qui aura été or- » donné gratuitement par un simoniaque sera » conservé dans ses fonctions, plutôt par pitié que » par justice. Celui qui se fera consacrer désor- » mais par un homme qu'il reconnaît coupable ^ de simonie, est passible des mêmes peines que » lui. Tout ecclésiastique qui n'observe point la » chasteté ne remplira aucune fonction spirî- » tuelle^. Aucun clerc ne doit recevoir un bé- » néfice des laïcs, ni gratuitement, ni sous pré- » texte de récompense. » L'abbé Rudolf, homme sage et vénérable, prit la défense des moines et appuya leurs plaintes ; mais il avait contre lui Pierre Damien et Rainald, évêque de Cumes. « Les moines étaient donc comme des agneaux

* Il menaça les moines de les faire mourir. ' Concubinam duxerit palam, vel ductam non reliquerit. Labbe. t. IX, p. 1176.

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IM YIB ET FOMTIPICAT [IMS]

au milieu des loups. » HildebfUnd^ parte en leur faveur dans l'assemblée ; mais Taflaire fut bien« tôt décidée d'une autre manière. Ni le pape ni la concile n'avaient permis aux moines de se justifier par répreuve du feu, comme ils l'avaient offert. Il n'en fut pas de même du peuple de Florence, qui força les religieux à démontrer par ce moyen la vérité de leur accusation. On fixa donc un jour pour cet effet» et dès qu'il fut arrivé» une foule immense de laïcs et de prêtres, d'hommes et de femmes de tout âgeetde toutecondition,se rassemblèrentprès du couvent de Saint-Sauveur. Là» deux bâchers construits par le peuple s'élevaient» ayant unelon«gueur de dix pieds sur cinq de large et quatre de haut ; ils étaient séparés par un sentier, semé de bois sec et très*«inflammable. Dans l'église on chan«tait des hymnes et l'on adressait au ciel de fer^ ventes prières pour connaître celui qui, d'après les ordres de l'abbé, devait traverser les flammes. Le choix tomba sur Pierre, moine de Vallombreuse ^» homme d'une conduite irréprochable. Pierre se rendit à l'autel pour célébrer la messe ;

* Vir egregius et excellentissimus, alUr quasi Gamaliel (ici on le nomme moine et cardinal avec d'autres titres), hanc controversiam prudenter audiens, et auctoriiate ca>> Donum sapienter perpendens, monachorum in universis auditoriis defensor nobiliter exiitit, quos non pedetenlim ratiocinaodo, sed aperte et fortissime défendit contra omnium opinionetn*

* De c« couvent était partie la première accusatidn Contre réyèque.

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[106S] DU PAPE GRÉGOtKS Vil. Ii9

tous les cœurs étaient émus. Quatre moines se (JiFigaient alors yers les bûchers : le premier portait l'image du Christ, le second Feau bénite, le troisième douze cierges bénits, et le quatrième un vase plein d'encens pour allumer le feu. Tous élevaient leurs cœurs vers Dieu pour le succès de cette périlleuse entreprise. Dès que le prêtre eut achevé le sacrifice, il prit la croix du Sauveur et fit solennellement le tour des bûchers, accom-* pagné de l'abbé et des moines ; quand il se fut ap« proche des flammes, on expliqua au peuple le but de la cérémonie. Le feu était déjà allumé, la flamme pétillait avec ardeur ; le prêtre s'agenouilla devant Dieu, et supplia Jésus-Christ de lui per* mettre de traverser la flamme sain et sauf, si l'évé^ que Pierre était coupable. Le peuple répondit : Amen. Enfin, le moine fit sur cette fournaise ar* dente le signe de lacroix^ saisit le crucifix, et, avec une figure sereine, il traversa les flammes sans être atteint : Dieu et sa foi le protégeaient. Quand il reparut à l'autre extrémité, le peuple se précipita au*devant de lui, tomba à ses genoux, baisa ses pieds, s' estimant heureux de pouvoir arracher un lambeau de sa robe. Ce fut à grand'peine que ses confrères parvinrent à le débarrasser de cette foule. Dès que le saint Père eut appris cet événement, il déposa l'accusé comme étant convaincu. Le moine Pierre, qui fut surnommé Ignée, parvînt à de grands honneurs, il fut évêque et cardinal.

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Les troubles occasionnés par le schisme de l'Eglise devenaient de jour en jour plus alarmants. Partout on faisait des vœux ardents pour le rétablissement de la paix ; à Rome on était las de ces dissensions, mais personne ne Tétait plus que Hildebrand et Pierre Damien. Le parti d'Honorius ralluma de nouveau le feu de l'incendie, en répandant le bruit qu'Alexandre était arrivé au trône de saint Pierre par l'or, et non par son propre mérite; qu'il venaitd'en donner une preuve en ménageant Pierre de Florence et en méprisant le consentement du roi.

Pour mettre un terme à ces débats, on résolut de convoquer un synode à Mantoue. Mais Cadaloûs avait encore un grand parti ^ ; Godefroi lui-même, à ce qu'on disait généralement, était entré en négociations avec lui , et l'on craignait qu'il n'entraînât dans son parti un grand nombre, sinon tous les grands de l'Italie. C'est pourquoi Pierre Damien, dans une lettre qu'il adressa au margrave de Toscane, mit tout en œuvre pour l'attacher à Alexandre^. Ses efforts furent couronnés de succès, et Godefroi offrit sa ville de Mantoue pour le concile.

Mais le zèle de Damien alla plus loin ; il écrivit

* Pierre Damien dit dans une lettre à Hildebrand : « Romani quippe nolunt Alexandrum, sed œrarium; nolunt AlexandrumEvangelicum^ecclesiasticœ mensœ proponentem, sed sordantisavarilise potius aéra librantem.

^ Cette lettre est dans Baronius, ann. 1064.

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au roi Henri une lettre par laquelle il supplia le prince de venir au secours de l'Église ébranlée et de détruire le pouvoir des schismatiques. 11 lui disait qu'il devait agir par lui-même, que la jeunesse n'empêchait pas les grandes actions : qu'à neuf ans, Annibal avait déjà juré haine et guerre aux Romains; qu'il savait bien que ses conseillers ecclésiastiques étaient les principaux auteurs du malheur de l'Eglise ^; qu'il ne devait pas souffrir que l'Ëglise fût ainsi divisée, que la postérité n'approuverait pas une telle conduite. Damien s'exprima en général avec chaleur et avec une paternelle affection, et parvint à réveiller le zèle de Henri à un tel point qu'il résolut de faire tout ce qu'il pourrait pour le salut de l'Eglise. C'est pourquoi Annon de Cologne % dont la sagesse était connue de tous, fut député en 106^ près du saint Siège, pour régler d'une manière définitive les droits de la royauté sur l'élection pontificale, ^t pour rendre la paix à la chrétienté. Il traversa la Toscane pour se rendre à Rome, où il fut accompagné par Godefroi ^. En se présentant devant

* A pravis consUiariis tanquam a veneoatis serpen^ tium sibills aiires obtura : in virile te robur per ardorem spirilus excita, coUapsae matri tu» Ecclesiae manum porrige.

* Muratori rejette ce voyage d' Annon sans motifs suffi-» sants. Mais Lambert en parle formeUement, et Pagi (in Critic. JnnaL, Baron.) le reconnaît aussi^ ajoutant seule'* ment que le concile de Mantoue ne fut ouvert qu'en 1067/

'Sigonius le fait parler encore plus durement : « Il était

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14» YIB ET PONTinCAT [1064]

Itt pontife Ânnon lui demanda d'après quel droit et en vertu de quel pouvoir il s'était assis sur le trône de saint Pierre, à Tinsu et sans Fautorisatîon du roi, qui, depuis longtemps, avait seul le pouvoir de nommer les papes. Il prouva cette dernière assertion par un grand nombre de faits historiques*. Hildebrand répliqua que, suivant les saints canons le roi n'avait aucun droit sur l'élection des pontifes, et qu'il n'y avait pas te moindre doute à ce sujet. Il cita à l'appui de son principe les règlements de l'Eglise, et notamment ceux de Nicolas II; il combattit le prélat par des arguments si péremptoires que celui-ci n'eut rien à répliquer «. Cependant Annon remit la décision de l'affaire au concile de Mantoue, qu'il pria le pape d'assembler au plus tôt ; il retourna ensuite en Allemagne.

Alexandre vit bien par les dispositions peu bienveillantes de Henri à son égard, qu'il avait besoin de s'entourer de quelque puissance tempo-

arrivéaa »aml Siège contre loat ordre et contre tout droit, puisque c^était à Tinsuet sans le conseil duroi. Une pareille chose n'avait pas eu lieu depuis longtemps; il devait donc ou abdiquer volontairemetit, ou donner satisfaction de sa folle témérité. » Plusieurs auteurs, tels que le cardinal Aragon et Lambert^ font parler Tarchevêque à Rome; d'autrea, comme Sigonius, à Mantoue.

* Hildebrandus partes pontificis acerrime tutatus, quod diceret electionem ad clenin pertinere, si jus, si antiquam caoauetudinem vellet inspicere, facile Annooem in aett« tMitiam traxit. Platina, in n$a Akxandri.

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[t0«4] DU PAPE GRÉGOIRE YII. 14»

relie. Il chercha avant tout à s'attacher plus intimement la puissante maison des margraves dé Toscane. 11 gagna entre autres la jeune Mathilde^en lui donnant, à sa demande, pour directeur et pouf père spirituel, un homme en qui elle a toujours eu une grande confiance. C'est Anselme, parent du pape, qui devint dans la suite évêque de Luoques. Mathilde montrait déjà au siège de Rome un attachement inviolable; on n'oublia aucun moyen d'enflammer de plus en plus son zélé pour les intérêts de la religion. Hildebrand eut sans doute une grande part dans ce choix d'Anselme, qui unissait à une prudence et à une habileté consommée dans les affaires politiques \ une grande réputation de sainteté et de savoir. Un tel surveillant paraissait nécessaire à ce poste, à cause de la conduite vacillante de Godefroi ^, et aussi parce que le clergé soumis à ce prince n'était pas toujours soumis aux décisions des souverains pontifes et des conciles.

En effet, l'esprit pervers qui força Hildebrand k lutter contre son siècle se manifestait de plus en plus. 11 s'en trouvait par-ci par-là qui , s'appuyantsur quelques recherches de jurisconsultes, contestaient la loi du célibat, et soutenaient la

* Fioreotini.

* Tçl était, sans doute, le but d'Alexandre oo de Hildebrand, a di nutrire non meno per bénéficie proprio lo spirite deir innata sua devotlone. »

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zedbyGoOgk

validité du mariage des prêtres. Damien eut de nouveau recours à sa plume pour s'élever avec un zèle ardent contre des hommes qu'il appelle pestiférés '. Mais tout était inutile. Le pape assembla à Rome deux synodes dans l'année 1065 pour réprimer ces désordres ; il menaça les coupables des foudres de l'Eglise, mais sans succès ^. Le nombre des criminels s'augmentait tous les jours; on s'élevait insolemment contre l'Eglise, on foulait aux pieds ses menaces et ses punitions, on se moquait de la parole impuissante des synodes. Les exemples de châtiments miraculeux que l'on répandait à dessein ne produisirent pas plus d'effet'. Mais personne ne déplorait plus que l'ermite Damien cet esprit de révolte qui renaissait de ses cendres. D'un regard pénétrant il aperçut les conséquences de cet état de choses ; il vit les dangers auxquels l'Eglise allait être exposée, si le jBdèle ne respectait plus sa parole , s'il ne la regardait plus comme sacrée. C'est pourquoi il appela en termes énergiques l'attention du pape sur deux points de discipline qui exigeaient une

* Ainsi, par exemple, che'l prendercon danaro da* principi temporalî Tinvestitura de' veiscovati, e de' benefitti non si dovesse reputar slmonia ; perché cio non fusse veramente comprare il sacerdotio, e la chiesa, ma il possessode' béni e délie rendite. » Fiorentini, Pelr. Damiani, Epist. 1, 13.

* Baron., AnnaL^ 1065.

* Coleti, ConciL sacr,, t. xu, p. 147.

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prompte réforme, il lui conseilla de restreindre les menaces et les anathèmes \ et de ne point in« fliger les mêmes peines pour tous les crimes; ce second point concernait une chose sur laquelle Pierre avait déjà souvent désapprouvé la conduite du pape. Il lui donna en outre le conseil de laisser à chaque enfant de l'Eglise le droit de se plaindre de son évéque devant un tribunal supérieur, et de mettre ainsi un frein à l'audacieuse inso* lence de plusieurs prélats*.

Tandis que le siège de Pierre était exposé aux coups de puissants ennemis qu'il n'était pas facile de vaincre ^, l'antipape, après un siège de deux ans, parvint, en 1065, à s'évader de sa tour. 11 traita de sa liberté avec Cencîus, son ancien libérateur, et, moyennant 300 livres d'argent, il obtint la permission de passer. Découragé et abandonné, il se retira secrètement, avec quelques partisans, à Burgo ou Burreto ^, en Toscane, et

' Si cela, dit-il, ne se fait pas, c'est « hutnanse salutift immaDe perîculum, et infinila patens vorago labeotium et pernicies animarum. » Il savait que celui qui tend trop souvent un arc finit par le rendre inutile.

' Baron., Annal., ann. 1065.

' Parce qu'on ne craignait pas les autres armes du pape, et qu'on ne peut tirer Tépée contre des idëes et des opinions.

^Cardinal Aragon., Léo Ostiens., Sigon., Fiorentini, Platina prétend savoir qu'il gagna cette ville tout seul et monté sur une faible rossinante.

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reprit le soin de »on église ; mais il coiiserva jusqu'à sa mort les insignes de la papauté.

Le souverain pontife tourna alors ses regards vers l'Italie méridionale. Les Normands avaient repris les armes après que leur chef Richard, prince de Gapoue, oubliant son titre de vassal du saint Siège, eut soumis, depuis l'espace de trois mois, tout le pays, presque jusqu'aux portes de Rome ^ U demandait le titre de patrice des Ro« mains ; mais on reçut la nouvelle que Henri, à la tête de nombreuses troupes, était en marche pour l'Italie dans le but de prendre la couronne impériale, de demander compte à Richard de ses insolentes prétentions, et de faire éprouver aux Normands la valeur allemande.

Le roi avait effectivement rassemblé des for* ces considérables à Augsbourg. De cette ville il somma Godefroi de se rendre près de lui, parce qu'un ancien usage voulait que les margraves de Toscane vinssent au-devant des rois allemands, quand ils allaient en Italie. Mais Godefroi, occupé à faire ses préparatifs, resta chez lui; dès lors Henri abandonna son expédition ^.

Le pape se trouvait à Lucques, résolu à se mettre lui-même à la tête de ses sujets. Hilde-

* SigoQ., ann. 1065; Aveotin, Léo Ostiens., Sigoii« « Tel est le récit de Muratori dans son Histoire d Italie, D'après Sigonius, Godefroi partit; mais, selon presque tous les auteurs, Henri rebroussa chemin, par le dépit que lui causa la conduite du margrave.

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(IMS] DU PàPB GAfi&OIRS VII. 147

brastd joua un grand rôle dans cette occasion \ Les troupes accoururent à Rojne avec la plus grande ardeur, pendant que dans la Toscane Mathilde faisait de nouveaux préparatifs. On résolut d'aller à la rencontre de Tennemij et au mois de mai on quitta la ville avec le pape, accompagné de ses cardinaux, parmi .lesquels se trouvait Hildebrand. Mathilde faisait aussi partie du cortège, Godefroi avait le commandement de l'armée ^ Les r^ormands s'étaient fortement retranchés à Âguino, sous la conduite de Jourdan, fils de Richard. C'est là qu'on devait combattre pour la délivrance de l'Ëglise. Pendant dix-huit jours entiera, les deux armées luttèrent avec une fortune diverse et avec une égale valeur. Enfin, grÂce à l'intervention de Guillaume Téu^de-Feu ^, Richard et Godefroi en vinrent à des pourparlers et terminèrent par un traité de paix. Le bruit wurut généralement que ie margrave de Tos-

« Phitioa lui fiait iennifier celle gu«rre loul seul avec le secours des Iroupes alliéesXe cardinal Aragouiasdit : « HUdebrandus archidiaconus eorum (les iNormauds) adversariorum patienter sustinere uou vaieDS, auxilium potenlissimi 4ueis Crodefridis pro recuperalione £• Pétri patrinioim poslolavit. »

* Au moins d'après ie récit de Piatiua (m Vita Alcx.\ et du cardinal Aragonius.

, *Satagente strenuissimo interountio Guillelmo^ cui Frons audax cognomen fuit. LeQ OsUens.

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148 TIE ET PONTIPICAT [1066]

cane, corrompu par Richard, conclut le traité % parce que les Normands étaient dans la plus grande détresse. L'armée reprît avec joie le chemin de Rome.

Alexandre ne tarda pas à quitter cette ville pour se rendre avec Hildebrand au Mont-Gassin. Une division entre Tabbé du couvent de Tremiti et ses religieux venait d'éclater. C'est pourquoi Didier, abbé du Mont-Cassin, donna un nouveau direc^ teur à ce monastère dans la personne de Trasmond, fils du comte Oderic de Marsi. Mais les moines réitérèrent leurs scènes de violence, ce qui porta Trasmond à faire crever les yeux à trois d'entre eux et à arracher la langue à un quatrième. Didier, irrité d'un pareil procédé, imposa une sévère pénitence à Trasmond et le dégrada de ses fonctions. On prétend que Hildebrand trouvait Trasmond non cruel, mais, ferme, punissant les coupables d'après la grandeur de leur faute. On prétend également que, pour le récompenser, il le promut à l'abbaye de Casaurio et bientôt après à l'évêché de Balva '•

Gé monastère du Mont-Gassin se distinguait de tous les autres; il comptait dans son sein des hommes d'une grande élévation, d'une rare piété,

* Le cardinal Aragonius ne s'en cloute pas.

' C'est ainsi que Muralori raconte le fait dans son His" toire d'italicy vi, p. 357; mais il nous faudrait plus de renseignements pour y ajouter foi.

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et d'un profond savoir ^ Aussi, à l'instigation de Hildebrand ®, Alexandre en choisit plusieuw pour en faire des abbés, des évéques, ou bien pour les attacher à sa personne ^.

Dans le courant de l'été on vit arriver de nouveau, en Italie, Annon de Cologne, accompagné d'un grand nombre de prélats et de seigneurs du royaume. Le pape venait de convoquer le concile de Mantoue, et s'y rendit avec son clergé et un grand nombre d'évéques italiens. Les évoques de la Lombardie s'y trouvaient tous. Gadàloûs y fut aussi invité; mais il ne s'y rendit pas^, aimant mieux rester à Aqua-Nigra, entouré de ses partisans; il envoya un légat à Annon pour lui dire « qu'il ne convenait pas que le maître reçût » des ordres de ses inférieurs; qu'il ne se ren- » drait au concile qu'autant qu'il en aurait la » présidence. » Il eut soin de se faire rendre un compte exact de tout ce qui s'y passait. Alexandre s'étendit beaucoup sur les avantages

■L'abbé, qui dans ces temps voulait bâtir une église, faisait venir les ouvriers en mosaïque de la Lombardie, d'Amalfi et même de Constantinople ; en même temps qu'il achetait le marbre, l'or, l'argent et l'ivoire.

' Léo Ostiens.

' D'autres placent ce voyage d'Alexandre au Mont-Cassin avant son expédition contre les Normands, c'est-à«dire l'an 1065 ; Sigonius le met en 1066.

* Le cardinal Aragonius dit, p. 303 : Annon l'avait sommé de comparaître.

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zedbyGoOgl

IfiO TIE ET PONTIFICAT [lO0n

de la piix et de Tunion chrétienne \ et démontra, par des raisonnements si péremptoires, la validité de son élection, qu'il finit par persuader les évoques de la Lombardîe ; il prolesta avec serment que les accusations portées contre lui étaient calomnieuses^. Nous n'en savons pas davantage,

* ATentin rapporte ici quelque chose de trop confus pour qu'on puisse y ajouter foi. Suivant lui, Annon se leva et parla en ces termes : « l.e bruit commun et des lettres ont appris au roi et aux grands du royaume que tu as acheté la papauté, que tu as fait une ligue avec les Normands, que tu as conspiré contre le roi, et que, soutenu par des armes ennemies» tu Tes élevé au pontificat. » Le pape protesta avec serment que tout ceci était faux. Alors tous les assistants se rallièrent à lui, y compris même le parti d*Honorius. Mais lorsqu\m autre jour on était réuni dans le temple, et que Annon ne s'y trouvait pas, les partisans d'Honorius se précipitèrent dans l'église, Tépée nue, vociférant qu'Alexandre était un hérétique, et cherchant à ]e tuer. Tous s'enfuirent. Le pontife resta seul, lorsque Vinceslaâs d'Altaich en Bavière empêcha Alexandre de se sauver, et ranima son courage. Puis il adressa de vifs reproches à ces hommes violents, et leur imposa par son énergie et la majesté de son regard. Au même moment arriva Béatrix avec des troupes, et à peine se fut-elle montrée sur le seuil, que tous prirent la fuite. Les autres re* vinrent, condamnèrent et anathématisèrent Honorius. Alexandre s'en retourna à Rome.

*SigeberldeGemblour,ann.l067,etle cardinal Aragonius n'en savent pas davantage; mais Lamb. Schaffn. rapporte les choses autrement : selon lui, les princes romains regardaient comme ir régulier que Henri eût nommé un pape sans leur parlîcîpatîon, et résolurent d'abandonner Alexandre. Cest pourquoi Annon fut envoyé en Italie, et déclara, comme unique moyen de rétablir la paix; l'élection irrégulière, parce qu'elle avait été faîte à l'insu du sénat de Rome. Selon Sigonius, Hîldebrand, pour défendre le pape, parla

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[loeri Dû PAPE GRÉGOIRE VH. 161

les canons de ce concile ayant été perdus. Des troubles se manifestaient de toutes parts, il en éclata de nouveaux à Milan. Ariald, qui avait juré une haine éternelle aux mœurs licencieuses du clergé milanais et particulièrement à l'archèvéque Gui, n'avait pas encore déposé les armes contre Tesprit pervers de son siècle. Landuif était mort, mais un de ses parents ^ nommé Herlembaud^, vint au secours d'Ariald. Déjà en 1061 Alexandre avait adressé au clergé milanais une lettre pleined'exhortations paternelles. Sur ces entrefaites, Ariald se rendit à Rome avec Herlembaud qui venait de la Terre-Sainte, et qui était résolu à se retirer du monde. Ariald l'en détourna par la raison qu'il pouvait obtenir de Dieu des grâces plus abondantes, en se vouant avec persévérance

ainsi à Mantoue : « Le droit que prétend avoir Henri daq» » Télection papale n*est point infirmé. Au milieu de la » discorde qui régnait dans le sein du clergé, les cardi- » naux ont appelé Alexandre du sein d'une église étran- » gère, en vertu du décret de Nicolas, et l'ont élu unanime- » ment ; et comme on craignait de grands troubles, on l*a V sacré sans Tautorisation de Henri ; mais FEglise romaine, » en sa qualité de mère spirituelle du roi mineur, proté- » géra ses droits.» Olto Fris, parle encore d'une autre manière. Le pape ne se serait pas disculpé de l'accusatioD de simonie, mais lui-même aurait chargé Henri de ce crime, et dans des lettres confiées aux députés ( Annon et Hermann de Bamberg), il aurait invité le roi à venir se justifier à Rome.

' Arlembald, Ërlembald.

* Baronius l'appelle «miles et dux strenuus, germanus Landulphi. »

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à la défense de la foi catholique\ Alexandre et les cardinaux lui donnèrent le même conseil, en sorte qu'Herlembaud promit de s'attacher étroitement à Ariald, et de soutenir ses efforts au prix de son sang. Le saint Père lui donna un étendart qu'il devait porter, chaque fois qu'il serait appelé à tirer l'épée contre les hérétiques. Depuis qu'il servait avec Ariald la cause de Dieu^, il se sentait enflammé pour les intérêts de la religion, il était charitable envers les pauvres, plein de bienveil* lance pour les vrais chrétiens et les hommes pieux. Il parait que Herlembaud avait assisté, en 1066, au synode de Rome où des anathèmes furent lancés contre ceux qui scandalisaient le peuple par leur vie déréglée. 11 rapporta de Rome un acte qui condamnait Gui ^, ce qui jeta la ville de Milan dans un étonnement extrême. Comme au saint jour de la Pentecôte, l'archevêque voulut se plaindre devant le peuple de ce qu'on lui avait fait, Ariald et Herlembaud se levèrent pour lui répondre : au même moment le peuple se souleva, et des cris de fureur retentirent dans la maison da Dieu. L'archevêque fut assailli, frappé à coups de bâton, jeté par terre,

» Syrî, Fita S, ArialdL

* Dans cette biographie on dit d*Herlembaud : « Eratno* bilis Herl. coram sseculo, quasi dux in veslibus pretiosis, et in equitibus et armis, sed in abscondito Dec sicut eremila, agrestibus erat iudutus laneis. »

> Arnuifi, Hisu MedioL^ m, 18.

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traîné à demi-mort ; on se porta ensuite sur sa maison, et Ton y prit ce qu'il y avait de plus précieux. Le lendemain, une foule de gens, étohnésd'un pareil acte, résolurent de venger sur Ariald ce qui était arrivé au prélat. Mais le réformateur avait pris la fuite. Deux clercs furent envoyés à sa poursuite. On l'avait transporté au delà d'un lac, les clercs le suivirent sur ce lac et demandèrent où était Ariald. « Il est mort, leur ré- » pondirent ceux qui l'avaient accompagné. — Mort » ou vif, il faut que nous le voyions, car c'est pour » cela que la nièce de l'archevêque nous a en- » voyés. » L'ayant aperçu sur un rocher, ils se précipitèrent sur lui et lui coupèrent les deux oreilles. « Eh bien, malheureux, lui dirent-ils >> alors, notre maître est -il véritablement arche- » vèque? — Non, répondit Ariald, il ne Test, ni » ne l'a jamais été, car il n'en a jamais pratiqué » les œuvres' . » Puis il éleva les yeux au ciel, et fit de ferventes prières. Ils lui demandèrent de nouveau si Gui était véritablement archevêque; mais son âme était inébranlable. « Non, s'écria- » t-il, non! » Et alors ces furieux lui coupèrent le nez et la lèvre supérieure, percèrent ses yeux, et puis lui coupèrent la main droite, en disant : « C'est cette main infâme qui écrivait à Rome ! » Enfin ils lui arrachèrent la langue en s'écriant ;

* Arnulf. - Syri, Fita S. ArialcU,

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1M YIB ET PONTOIGÀT [1M7]

c EVe ne dira plus rien cette langue qui a troublé • ledergé^ Ji

Dès qu'Alexandre eut appris ces troubles et ces cruautés, il envoya à Milan des légats qui pussent rétablir la paix et l'union chrétienne , et prendre, en vertu de l'autorité apostolique, des mesures énergiques contre la simonie ou la vie licencieuse des clercs^. Bientôt Herlembaud retourna k Rome pour y porter de nouvelles plaintes. Hildebrànd était convaincu que les discordes de

■ Dehioc radicitus membrum amputant génitale, dicentes : « Praedicator castitatis hactenus fuisti; ethinc tu castus eris. »

* Ih Baron., ^nnal.^ ann. 1076 *.

• Tel était le dé«ir qu'avait Alexandre d'opérer nne réforme dans le cTergé, que lea légats, mus doute d'après ses instructioBS, autorisèrent les laïcs à suppléer à la négligence de l'archevêque de Milan, si celui*cl ne faisait pas droit à leors réclamations contre les ecclésiastiques irréguliers. Dans les mesures disciplinaires prises À cette occasion, il est dit : « Si quis autem laicus cujnsque ordiais, pnescriptorum graduum clericos in sua potestate habet, cum primum scirerit in Teritate, aliquem ex eis Tel feminam, sicut dio* ^m est, retinere, Tel in fornicationis crimen casu cecidisse, statim per se Tel per suum nuntium hoc studeat indicare archiepiecopo, et hiijus ecclesiae ordinariis, quibus cura ista commissa fuerit. -. Si Tero arehiepiscopus, Tel sui ordinarii, postquam audierint, hoc neglexerint, ipse laicus, quicamque sit, ex tune in sua potestate, nec offlciura facere, nec beneflcium alicui ex illis permittat tenere, donec culpam deserat, et digne domino per pœnitentiam satisfaciat. Priedpimus ut illud beneflcium, quod cuiquam clericorum aufertur, nullus laicus in suum usum, Tel lucrum acci« piat, nec alicui suorum tribuat, sed ad ipsiùs ecclesiœ, tcI minis» trantium illi opus et utilitatem serTetur, aut expendatur, donec Tel ipse, si cllgnns ftierit, reconcilietnr. Tel alter loco ejns constituatur. » Labb., Conc^ t. ix, p. 1121 . — « ista pro tempore, ajoute Baronius (ann. 1067), concessit in odium nefandorum fornicantiom clericorum. » {Audlex-)

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Milan ne né termineraient pas, tant que eettê Eglise n^aurait pas un nouveau pasteur nommé par le saint Siège \ Herlembaud revint à Milan convaincu du même principe, et chercha à se faire des partisans contreGui . Celui-ci , succombant sous le poids de Page autant que sous celui de ses crimes, prit le parti de se démettre de sa dignité, et de la céder à un diacre de son église, nommé Godefroi; il renvoya au roi l'anneau et le bâton pastoral. Godefroi n'était pas l'homme que voulait Hildebrand'; mais le diacre avait déjà gagné la faveur du roi et obtenu sa nomination à Tarchevéché'. Les Milanais ne voulurent point le recevoir ; il se vit donc obligé de prendre la fuite. Gui venant à mourir sur ces entrefaites; Herlembaud travailla à faire élire un nouveau prélat par le clergé et le peuple réunis, sans avoir égard à Tancien usage qui laissait au roi cette nomi-

' 1^ Arnulf., III, 19« D'après un ftncîen uftage en Italie, le roi de ce pays (rex îtalicus) choisi&stit toujours le successeur de Tarchevèque de Milan, après y avoir ëlé invité par le peuple et le clergé : « Hoc Romani canoolcum esse negant, sed instantiua archidiac. Hildebrandus, qui quum abolito vetere, novum tehtarei introducere constitutum^ paîdm fatebatur^ haud secus sedari posse Mediolanense disii^ dium^ quamcanonicum habendo pastorem, ad quem eligendum necessarium dîcebatromanum fore consensum. f^ide Purcielli, Fita S. Herkmbaldi^ c. 28.

• C'est ce que prouva plus tard la lettre de Grégoire* Lib. I, 15.

* Suivant d'autres auteura, il corrompit Henri à prix d'argent. Sigonius, ann. 1066.

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166 VIE ET PONTinCAT [10871

nation; car il avait reçu de Rome tout pouvoir pour cet effet. Mais une grande partie des bourgeois tenait à l'ancien usage, et ne voulait point procéder à l'élection sans l'ordonnance du roi» Herlembaud savait sur quel puissant appui il pouvait compter, puisque Hildebrand, dont rin-* fluence était immense dans les affaires de l'Eglise, lui avait dit ce qu'il devait faire'. Otton fut élu archevêque. Ce choix devait naturellement déplaire à une partie des Milanais; le peuple enfonça sa demeure, et, après l'avoir maltraité, lui fit jurer de ne jamais accepter la dignité archiépiscopale à Milan. A peine Hildebrand eut-il appris cet événement, qu'en vertu de son autorité de cardinal, il déclara nul ce serment arraché par la force. Otton avait pour Hildebrand une telle vénération, et une estime si profonde, qu'il promit de ne jamais rien entreprendre sans son avis. « Car » le disciple, disait-il, ne devait pas être au-des- » sus du maître ^. » Un synode, tenu à Rome, déclara l'élection d'Otton régulière, et lança l'excommunication contre Godefroi '. Sur cela Hildebrand exhorta tous les chrétiens de la Lombardie, et particulièrement Mathilde, à rompre toute com-

* Ipse, neglectis omnibus, etjurameDto communi, solum Romani iiiius Hiidebrandi auscuUabat consultum. Arnulf., III, 23.

■ Arnulfi, Historia MedioL, iv, 3.

* Coleti, Sacr.sanct, Concy xii, p. 229; GrégoîreYlI, epist. i, 16 ; Sigonius,ann. 1066,

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munication avec Godefroi; il encouragea en même temps Herlembaudjledéfenseurde la bonne causera lutter glorieusement contre les ennemis du Christ. Non content de Fencourager, l'archidiacre alla même, dit-on, jusqu'à lui fournir de l'argent pour le mettre à même de se faire des amis'. Godefroi s'enfuit à Yarisium ; mais en ayant été chassé par Herlembaud, il se réfugia dans son château de Gastillone. Là , après avoir réuni un nombre considérable de ses parents et de ses amis, il attaqua ses ennemis, et se fit consacrer à Novare, d'après un ordre du roi d'Allemagne. Mais il fut pris dans son château, et précipité du haut d'un rocher *•

On peut s'imaginer facilement que Hildebrand mettait tout en œuvre pour renverser ces obstacles, afin de parvenir au plus tôt à l'achèvement de son ouvrage commencé. En réussissant dans ses premières démarches, tout était gagné pour l'exécution de son plan ; les anciens usages étaient détruits ; la puissance des souverains, dans les affaires ecclésiastiques, était anéantie; un homme favorable à ces desseins se trouvait à la tête d'une église qui depuis des siècles jouissait d'un grand pouvoir dans toute la chrétienté; un point important était gagné dans cette haute Italie, où les évê-

* Arnulf., nr,2. Ex suo, quod opulentissimum habebat, aerario copiosam auri atque argenti ferlur pecuniam

• Arnulf, nr, 3.

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IM VIE ET PONTinCAT [1007]

ques ne résistaient que trop souvent à la cOur pontificale, lorsqu'on n'avait pas été d'accord dans les élections. Ce point était gagné et gardé par un homme qui comptait sur la foi de Hildebrand^; la bonne cause avait triomphé dans cette lutte opiniâ* tre contre la vie peu régulière des ecclésiastiques. C'était un avantage immense pour l'avenir.

' Arnulf., iVy 1. Ut, eo inconsul to, nihil omnino praetumeret.

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