CHAPITRE IV
Admioistration Ténale d*Adalbert de Brème. — - Progrès des pas* sions de Henri. — Mécontentement général. — Mort du comte Werner. — Adalbert chassé de la cour. -* Assassinat du prêtre Gunon par Déodoric de Trêves.— Mariage de Benri avec Bcrthe. — Ses projets contre la Saxe. — Ses dérèglements : il veut di- Torcer. ~ Soulèvement de la Thuringe. — Perfidie du roi, qui ravage le pays malgré ses promesses* — Haine des lliuringiens contre Farchevêque de Hayence. — Soumission de Didi et d'Albert de Saxe. — Fermentation des esprits en Saie et en Souabe. Diète de Mayence. — Ligue des évêques. — Othon de Nordheim dépouillé de ses Etats. — Son héroïque résistance. — Paix. ^ Aventures et usurpation de Robert de Flandre. — Trafic dea évèchés et des abbayes par Henri. — Etat des sciences et des arts au xV siècle.— Sentiments hostiles de Rodolphe de Souabe.— L'impératrice Agnès quitte son couvent pour venir en Allemagne. — Rodolpe réconcilié avec Henri. — Attitude menaçante de la Saxe et des grands. — Alliance de Henri avec le roi de Danemark.— Annon de Cologne quitte Tadministration des affaires. — Synode d'Erfurth. — Evéques allemands appelés devant le pape. — Voyage de l'archevêque de Canterbery à Rome. — Henri IV sonuné de comparaître devant le pontife. — Mort d'Alexandre II.
En Allemagne, le gouvernement du royaume était toujours entre les mains avides de Farchevêque de Brème. De concert avec plusieurs seigneurs, il cherchait à mettre à profit la jeunesse du roi. L'effronterie et la licence augmentaient à mesure que la majesté royale perdait de son respect. Chacun voulait arriver plus haut; personne ne
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leo VIE ET PONTinCAT [1067]
respectait la loi; plusieurs s'agrandissaient par rinfamie; tout se faisait au nom du roi, qui amassait ainsi sur sa tête une haine non méritée. Vers la fin de 1065, le prince atteignit sa quinzième année. Pendant qu'il passait à Worms les fêtes de Pâques, Adalbert lui permit de se revêtir pour la première fois d'une armure militaire \ A mesure que Henri croissait en âge, ses passions prirent un essor plus libre; Tenvie et la jalousie qui régnaient entre les archevêques de Cologne et de Brème le laissèrent sans frein. Adalbert faisait plutôt des efforts pour renverser toute barrière qu'Annon pouvait opposer à ses passions par ses avis et ses enseignements^. On sent bien que Henri profitait plus de la latitude que lui laissait Adalbert, que des conseils sévères que lui donnait Annon. D'ailleurs, le jeune prince avait toujours conservé un ressentiment secret contre l'archevêque de Cologne, depuis son enlèvement ^. Adalbert aigrit le jeune prince contre Annon à un tel point, qu'un jour il se jeta sur lui, l'épée à la main, et lui aurait fait mal si on ne l'avait retenu, et si le prélat n'eût pas été protégé par des moines ^
* Lamb., ann. 1065 ; AnnaL saxon, ^ eod. ann.
* Il agit de telle façon, « ut germina vitiorum adulalionîs aqua rigaret, et si quae virtiitîs fruges émergèrent, amaritudine perversi dogmatis eneçaret.
. 'Lamb., ann. 1065.
* C'est ainsi que le rapporte un moine de Sîgebergdont Baronius (ann. 1065) cite les paroles.
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[loeri DU PAPB GRÉGOIAE YII. 161
Pour tout dire en abrégé, Henri ne connaissait pas d'obstacles à ses désirs; aucune instruction solide^ aucune éducation convenable à son rang ne lui avait appris ce qu'étaient ]a vertu d'un régent et le devoir d'un prince, 11 ne montrait à l'extérieur ni mauvaise volonté , ni intention perfide, ni sentiment de haine et de vengeance; ce qu'il montrait, c'étaient des passions désordonnées, des désirs violents, pour l'accomplissement desquels il cherchait à renverser tous les obstacles. Ajoutez-y que déjà dans sa plus tendre jeunesse il faisait voir de l'irrésolution dans la volonté et de l'inconstance dans le caractère ; défauts qui, entretenus en lui, devinrent la source de tous les malheurs de sa vie. Son âme était accessible à toutes les impressions ; on le portait au bien aussi facilement qu'au mal; on trouvait en lui un mélange bizarre de vices et de vertus \ C'est certainement dans sa jeunesse qu'il faut chercher le principe de sa vie déréglée et criminelle^. Henri n'avait jamais éprouvé ni frein ni entraves. L'an-
* Halm., dans son Histoire du royaume et de t empire alle^ mtmd, s^exprime ainsi, 8* partie, p. 42 : « Je suis enfin trèsconvaincu que Henri était bien corrompu, surtout dans sa jeunesse ; mais je suis persuadé aussi que ses ennemis ont parlé de lui avec exagération : plusieurs d'entre eux n'ont pu lui refuser la douceur, la grandeur d*àme, la bravoure et même une majesté extraordinaire.
*Bertold.Constant., ann.loes.Henricus rex adolescenti» su» errore seductus.
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i«l tIB ET POMTinfiAT imOf]
leur de ta Vie' nous dit que 1m gnffld», depuis qu'ils l'eurent enlevé aux soins de sa mère, le laissaient à lui-même, afin d'obtenir de lui ce qu'ils désiraient, et que, quand il fut parvenu à «I âge plus mûr, il ne savait pas discerner ce qui était convenant, ce qui était honteux, utile ëu nuisible.
Pendant que le pape marchait contre les Normands, que Guillaume le Conquérant, à la tète de la même nation , faisait la conquête glorieuse de l'Angleterre, et qu'Ariald combattait à Milan tontre l'esprit pervers de soii siècle (1066), les deux archevêques de Mayence et de Cologne, Sigefroi et Annon, unis à tous ceux qui avaient à tœur les intérêts du royaume, tenaient de fréquentes réunions pour délibérer sur le salut de l'Etat, et sur la conduite qu'on devait prescrire au jeune prince. Celui-ci passait depuis kmg* temps sa vie, à Goslar, dans les plus grands dés-^ erdres, au milieu de dépenses excessives et d'une ruineuse prodigalité. Le trésor était loin de suffire à ses dépenses. C'est ce qui envenima la haine ' contre Adalbert, dont le gouvernement devenait déplus en plus tyrannique; car on voyait clairement qu'il retenait près de lui le roi pour ôter aux grands du royaume toute influence sur son esprît, et pour donniNr un libre cours à tous ses ftinestea
* Auctor Vilœ Henr., ap. Reub. vetemm stript.
{îMff] BU PAFB GRBOOIilE YH. MIS
desseins^; On résolul donc la chute d'Adàlbert; dans ce but| on indiqua une assemblée générale des nobles du royaume à Tribur. On voulait prendre des mesures énergiques contre rarchevê^ que, rennemi de tous , et signifier à Henri qu'il eût ou à déposer la couronne, ou à renvoyer Adalbert. Ayant reçu cette nouvelle, Henri, accompagné du comte Werner, quitta Goslar pour se rendre à Ingelheim. Son voyage fut signalé par toutes sortes d'excès j car ceux qui étaient à sa suite se mirent à piller les habitants de la cam« pagne f d'où il résulta une rixe violente^. Werner vint au secours des siens; mais un moine, ou une femme, lui asséna sur la tête un coup si violent, qu'il fut ramené au roi à demi mort. Les évéquéi l'exhortèrent à satisfaire promptement à Dieu, et à rendre, pour cet effet, les biens de l'EgUse dont il s'était si injustement emparé. 11 ne voulait pas y consentir; mais, menacé d'être privé de la communion s'il ne déchargeait sa conscience d'un crime si énorme, il céda par honte plutôt que patreligion, et expira aussitôt.
Le roi arriva à l'assemblée au jour mdîqué. L'ai* ternative qu'on lui laissait lui paraissait bfen dure; aussi remit-il à un autre moment la décision de
* Lamb., ann. 1066.
* Ootl« scène nous donne une idée des mœurs de i« oeur. Mais tel maître, tels serviteurs. ( lYote étt trmd.)
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I<M TIE ET PONTIFICAT [lôerj
cette affaire. Âdaibert lui conseilla de fuir la nuit suivante avec les insignes de la royauté, et de se rendre à Goslar ou en quelque autre lieu, jusqu'à ce que Forage fût apaisé. En effet, vers le crépuscule, Henri fit enlever ses trésors par ses valets; mais le projet fut éventé, on courut aux armes, le palais fut entouré et étroitement bloqué jusqu'au jour. Tous les soupçons et toute la fureur populaire tombèrent sur l'arche vêque. A peine put«on empêcher quelques mécontents d'en venir à des voies de fait : il fut chassé ignominieusement de la cour avec ses partisans : le rdi fut obligé de lui donner une forte escorte pour la sûreté de sa personne. Le gouvernement fut confié dès lors aux autres archevêques, qui prirent avec un soin paternel les mesures les plus utiles à l'Etat et au prince lui-même \
Ce fut à cette époque, peu avant les fêtes de Pâques, qu'il se prépara à Cologne un fait bien important, qui prouve jusqu'à quel point le peuple et le clergé étaient attachés aux anciens usages, et quelles difficultés avait à vaincre celui qui osait les attaquer. Le roi était à Utrecht, lorsque Eberhard, archevêque de Trêves, vint à mourir. Annon, avec l'autorisation du roi, nomma pour succes&eur
* D'après Lamb., c'était es 1066; d'aute«6 placent cet éyénement plas tard. . . ^
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[1067] DU PAPE GKÉGOIRE Vn. 165
Gunon ou Gonrade, primîcîer de l'Eglise de Cologne ^ Hais les habitants de Trêves s'opposèrent à ce choix, ayant été fait sans leur participation. Cette Église avait alors pour protecteur ^ un certain comte Déodoric, jeune homme remuant et audacieux. Quand Gunon, accompagné d'une nombreuse suite, fut parti de Gologne pour se rendre à Trêves, le comte alla à sa rencontre avec des troupes bien armées, l'attaqua au point du jour, tua tous ceux qui faisaient résistance, mit le reste en fuite, et s'empara du prélat et de ses trésors. Les soldats du comte l'entraînèrent dans un bois, où, après lui avoir fait subir de longs tourments, ils le précipitèrent jusqu'à trois fois du haut d'un rocher, et comme il n'était que légèrement blessé, on l'acheva à coups d'épée. Son corps, trouvé par un paysan, fut enterré à Tholey, où pendant longtemps on lui attribuait des miracles. Le peuple et le clergé choisirent ensuite à l'unanimité Otton pour archevêque^. Déodorîc, exilé par le roi, fit pénitence, et entreprit pour cet effet le voyage de la Terre-Sainte.
A Fritzlar, le roi fut attaqué d'une maladie tel* lement grave, que les grands du royaume son*
* Cono, Cuno, Conradus.
* Major domus Ecclesiœ defeosor, advocatus, sliftsvogt, comme on disait au moyen âge.
'Lambert, ann. 1056; SigebertGembl., ann. 1067 ; Annal, saxon.^ ann. 1066; Herrman, Contraet, ; son oavragese ter* mine ici; Marian. Seot., ann^ 1064.
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geaiûAt d^ i ua successeur ; guéri contre Tattente des médecios, il se rendit vers la Pentecôte à la résidence royale de Tribur pour y célébrer^ en grande pompe, son mariage avec Bertbe '. Cette jeune princesse joignait un noble caractère i une grande beauté, mais Henri n'eut jamais pour elle un véritable et constant amour. Fiancé de bonne beure avec elici il Tépousa seulement d'après le conseil des grands, dont Tintention était peut-être de mettre un terme à sa vie déréglée^. Le mariage ne fut pas beureux, la désunion
* Lamb. Schaffn. place le mariage en 106Q; presque touA les autres, en 1067.
* Plusieurs auteurs ont raconté les débauefaesde Henri; mais surtout Bruno dans son Histoire de la guerre dn Sff*et «c II avait souvent, dit-il, deux et trois concubines à la fois; non content de cela, entendait-il parler d*une belle femme, sur-le-champ il la faisait enlever. Etant uaefois ai»rti ayec deux confidents pour une expédition de cette nature, il fut presque tuë par les parents et le fiancé de la jeune fille. » Bruno cherche à dessein à représenter Henri comme un voluptueux raffiné et comme un cruel tyran. Le lecteur curieux de connaître le Henri de Bruno peut consulter le commencement de sa Guerre de Saxe. Suivant lui, Adalbert était aussi un compagnon de débauche ^,
* On voit que M. Voi^t, d'ailleurs impartial, a une tendance à dimiiiu^r if» torts de Henri } mais d0 «e qu'il rapporte H 6b ci qu'il est obligé de nous rapporter, puisqu'il travaille sur des monuments contemporains , il ne résulte pas moii^ ^ue Hepri était un cruel tyran, qui n'avait rien de sacré et à qui rien ne Qoûtait quand il s'agissait de satisfaire deux passions qui le dominaient, la cupidité et la luxure. Détestable au sein de sa famille, il ne rétait pas moins au dehors, puisqu'il ne respectait ni la personne, ni la propriété, ni la femme d'autrui. 8a fureur et sa vengeance étaient sansjbome^ ; il sacrifiait toqt à scm jcrael tnU^
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ItmiJ DU VAIS ASiGOBlE TH. WH
se mit biMtôt «tre les épwi: «t d^téfft en wietetiekaina, ^pi^rua etrautre â9iii|H^iaimiiaprài
« Ace sujet,voîci ce que raconte Brune :« Le roi avait donne I im d««e»eourtîsaitft1aHM«6ioB de sédukrelarein^, pour «sRimi contre elle un légitime sujet de plainte. Pour prixdficettç infamie, il luj promit les plus grandes récompenses. Le confident demanda donc un entre^n secret à B6rtfae,qHÎ refiji^t 4'^borêj se doiMlAiit Wan dç ce qu'on Toulait Caire. Affres pkisieurs demandes réitérées, elle accorda au confident une entrevue. Celui-ci, plein de joie, en fit part au roi, «1 tous éêux^ pieios d'espoir, se rendireat te nuit à la chambre à coucher de la reiue^ car le prince vouait être lui-même témoin de sa honte. Quand elle ouvrit la perte, le roi se présenta d'abord masqué, et enlaça ie pre^ mier; ipam ilertb^ ne laissa point entrer le second, cair elle avait reconnu son époux. Sur-le-champ elle appela ses valets qui tombèrent rudement sur l'homme masqué. Il uvaift beiwierifir: Je mm B^n\ votre ép^mx, les valeU ne le ménagèrent pointi et, après Ta voir maltraité. Us le mirent à la porte qu'ils refermèrent sur lui. Le roi en fît noe naladk qui l'oblige à garder le lit peedant uo naeiff entier, maia il ne racouta à personne ce qui lui éft^aU ai!rivé. »^o/. aussi AnnaLsaxon,^ aun. 1067 *.
sentiment : dr<4t public, drx>it des gens, il foulah: tout aux pieds \ ses Tolcmtés capricieuses, arliitraires ^ tyvannlqves, étaient Isa 4(RW}es 1^« ^ régissaicDJt rEinpire. \nf.isi Trad)
* L'anaaliste ajoute que Henri fit mourir son courtisan, et, pour se venger de Berthe, il lui |lt, après Vm^ 8qeat>léed«s ii^iireslei plus grossières, un outrage que la pudeur nous empêche de révéler. (Vid. Leibnitz, scrip. Brunsiiri., t. 2, p. 1090, affuou t0890 ^^I^ ne doit pas nous étonner. Un homme, une femme n*était rien k les yeux. Pour avoir les femmes qui lui plaisaient, il prenait le parti de se défaire de leurs maris, et quand il en avait abusé, il les faisait épouser à ses valets. « Il devint cruel, dit Fleury, même 9 k ses plus confidents : les complices de ses crimes lui devenaient » suspects, et il suffisait, pour les perdre, qu'ils témoignassent » d'une parole ou d'un geste désapprouver ses desseins. Aussi » personne n'osait-il lui donner de conseil qui ne lut fèt » agréable. U gavait cacher la colère, faire périr les gens, lorsqu'ils
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us VIE ET PONTIFICAT [1067]
Henri passa une grande partie de l'année 1067 en Saxe, presque toujours ; malade : ce qui ne Tempêcha pas de parcourir le pays, afin de choisir les lieux les plus propres à recevoir des fortifications, qui devaient servir de défense et d'ornement au royaume ^
Depuis plusieurs années Henri ne faisait qu'accroître la haine des Saxons contre lui ; il traitait les grands avec hauteur et avec mépris ; il se livrait sans cesse aux plaisirs de la chasse, au jeu et à d'autres occupations de ce genre ; il fermait les yeux sur l'injustice et sur la violence qu'on exerçait à l'égard de ses sujets. Les nobles étaient éloignés de son conseil et des emplois publics; quelques sujets de basse condition composaient seuls son conseil, et parvenaient aux dignités. Les empereurs, ses prédécesseurs, avaient pour habitude d'admettre dans leur conseil privé ceux qui étaient employés dans l'administration des biens de la couronne ; mais quand il s'agissait d'une affaire importante, qui concernait tout le royaume ou une province ; quand il était question de paix ou
' uinnal. saxon, ^ aoD. 1067.
» s'en défiaient le moins, et feindre d'être affligé de leur mort » jusqu'à répandre des larmes. 11 donnait les évéchés à ceux qui 9 lui donnaient le plus d'argent, ou qui savaient le mieux flatter » fit& Tîces ; et après avoir ainsi vendu un évéché, si un autre lui » en donnait plus, ou louait plus ses crimes, il faisait déposer le » premier comme simoniaquc et ordonner l'autre à sa place ; d'où » il arrivait que plusieurs villes avaient deux évéques à la fois et « tous deux indignes. Tel était le roi Henri, et la soite de l'hiâ- » toire le fera encore mieux connaître. » {N. du Trad.)
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de guerre/ OU de toute autre affaire qui regardait les princes, la noblesse et les autres états de l'Empire, ils réunissaient toujours les seigneurs, les princes et les états, délibéraient, décidaient avec eux, et prenaient, d'après leur conseil, les résolutions qui convenaient le mieux au bien de l'Etat, à la gloire et à la considération de l'Empire au dedans et au dehors. Pour remplir ce but, les empereurs n'avaient pas de résidences fixes ; ils transportaient leur cour tantôt dans une province, tantôt dans une autre, ayant soin de faire annoncer qu'à une telle grande fête ils se trouveraient en tel endroit : de cette sorte, les princes, les comtes et les seigneurs qui étaient dans le voisinage se réunissaient autour de leur souverain et dé* libéraient, après le service divin, sur les affaires de l'Etat et sur ce qui convenait le mieux à la justice et à la gloire de l'Empire \ Henri se conforma d'abord à ces anciens usages ; il régla les aflaires de l'Etat de concert avec les grands. Il paraît cependant qu'il n'entendait pas volontiers ceux qui étaient opposés à son opinion. C'est pourquoi il finit par exclure les grands de son conseil et de sa familiarité^. L'administration arbitraire
* Foy. Lehmann's Speyer Chron,, p. 373, sar les bieDset les droils du royaume. Les détails de la guerre contre les Saxons sont bien racontés dans cette Chronique. Voy. poema de Bello saxon,
* Lehmann*s Speyer Chron. ibid, Bruno, Hist. de BtUo saxon,, p. 104. Lamb.
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m y/a tfr wmmsàfr [^fm
^fkd^ikêft avait aussi vévxM les Sa»m& contre 1« m. Véfvéïk^meutqni va suivre n'y contribua p« pen.
Ottoo d'Orlamoade, mar^yt de Thuringe»
frère de Guillaume, revenait de la Hongrie Lorsqu'il mourut subitement dans les bras de sa jeune épouse* Sa mert fut un sujet de joie pour ses sujets; car il n'avait pu obtenir le fief de l'archevêché de Mayence <j|[ue sous condition qu'il paierait la d!me de toutes se$ possessions de la Thiiringe, et qu'il forcerait les Thuringiens à la payer également. Cet imp6t, et ranéantisçement de plusieurs autres privilèges héréditaires s révoltèrent le peuple : car si le prince avait droit à la soumission de ses vassaux, ceux-ci avaient droit aussi au maintien de leurs institutions. Le roi donna le margraviat de Thuringe à Ecbert de Brunswich, neveu du margmve. En 1068, celui-ci célébrait avec Henri les fêtes de Noël, à Goslar, lor&r qu'en retournant chez lui, il mourut en chemin, laiasant pour héritier et successeur son fils Echert» encore en bas âge. Dès que les Thuringiens ne sentaient plus cette main ferme qui les forçait à payer la dîme, ils secouèrent tout frein ; car ce peuple libre, spirituel et remuant, savait fort bien qu'aucune loi divine ou humaine ne pouvait autoriser le siège de Mayence à lever des impôts^cfens son pays.
■ Lamb.,ano. 1062, et ann. 1067; Jnn»h saxçn^^nn.XWf,
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[tm^ DU PA9E «IliGQIRE VU. m
Henri, s'étant rendu , vers la Peateoôte, à là Diète de Worms, découvrit secrètement à Tarohevâqu^ de Mayence le dessein qu'il avait de se séparer et Berthe son épouse, lui promettant que s'il Tai» daît à feire réussir son projet» il le soutiendrait en toute occasion et forcerait les Tburingiens, ps»* la voie des armes, s'il le fallait, à lui payer la dlme *. jj'archevèque lui promit son appui, et dès lors le roi déclara publiquement qu'il ne pouvait consommer son mariage avec Berthe, qu'il priait les princes de consentir à un divorce et de lui ouvrir la voie à une union plus heureuse : qu'au reste, il pouvait jurer que Berthe était aussi pure qu'il l'avait reçue. Cette déclaration causa une grande surprise, elle paraissait honteuse à tous les assistants; cependant, sous prétexte de réfléchir plus mûrement sur ce sujet, on convoqua un concile à Mayence, pour le jour de la Saint-MicheL La reine se retira à l'abbaye royale de Lorscheim^. Cette nouvelle arriva à Rome et parvint aux oreiltef du pape. Agnès, déjà si triste, en fut profonde*ment émue; car elle aimait trop son fils pour voir d'un œil indifférent qu'il s'attirait de plus en plus la haine des peuples, le mépris des grands, et qu'il déshonorait sa vie par un acte scandaleux'.
* Lamb., ann. 1069 ; Bruno, p. 102.
* Lor9ch.,Lauresh Lamb., ibid,
* Chron. Hersaugiense, éd. J. Trithepa., anq* 1069. C^Ue Chronique et les Jnnales saxonnes r|ip§OFtei|t qn^ Tioipé-
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Lefeù, qui avait longtemps couvé en Thuringe, éclata en un terrible incendie. Dedi \ margrave de Saxe, avait épousé Adèle, veuvedu margrave Otton, princesse active et courageuse, et voulait avoir les fiefs que son mari avait obtenus de différents, souverains. Personne ne lui en donna l'investiture, et comme Dedi savait que la cause en résidait dans la mauvaise volonté du roi et de Sigefroi, il résolut de profiter de Tesprit remuant des Thuringiens , pour faire la guerre ; et sous prétexte de la dime, il poussa le peuple à une insurrection générale. Albert de Saxe se joignit à lui ^. Comme il était en possession de Neubourg, ilcon* traignit les habitants de cette ville à lui payer une contribution de guerre. A cette nouvelle, Henri, qui se trouvait alors à Ratisbonne, rassembla à la hâte une nombreuse armée, et franchit les frontières de la Thuringe. Sigefroi de Mayence inspira au prince toute la haine qu'il portait contre ce peuple rebelle, et s'empressa de mettre à sa disposition les trésors de Tarchevéché pour l'aider au rétablissement des dîmes ^. Les Thuringiens ne
ratrice quitta le gouveraeiuent du duché de Bavière par dépit, et se retira en Italie ea 1069. ■ Lamb. Theti, Chron, Hersaug.y Theod., Aventin.
* C*est aiasi que l'appelle Aventin ; Otton de Bavière était aussi de son parti ; mais il n'agissait pasouvertemeot. Aventin, qui en général n'est pas favorable à Ottoo, en fait un de ses partisans. Il se trouva à cette guerre, mais seulement comme spectateur, et demeura neutre.
* Aventin et Lambert.
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r ignoraient pas, ils connaissaient ceprétre; c'était à lui, et non au roi, qu'ils en voulaient : aussi ils envoyèrent au roi une députation pour lui représenter qu'ils n'avaient pris les armes ni contre lui ni contre l'Empire; qu'au contraire, ayant toujours bien servi la patrie, ils étaient prêts à verser leur sang pour la défense du royaume ; mais que le roi ne devait point violer les lois que les monarques et les évéques avaient établies sur l'impôt, et les laisser devenir les jouets d'un prêtre orgueilleux et les victimes de sa cupidité. Us y ajou-talent que si l'évêque voulait les contraindre à payer la d!me , ils avaient tous juré de se défen«* dre; et qu'ils aimaient mieux mourir les armes à la main que de se laisser enlever, contre leurs serments, les droits de leurs ancêtres ' • Le roi les écouta avec bienveillance; car il aimait les Thuringiens^, peuple industrieux, fidèle, jovial ; il les congédia amicalement en disant que, s'ils lui restaient fidèles, ils pourraient compter sur sa protection ^. Ils s'en retournèrent pleins d'assurance; mais Henri, contrairement à ses promesses, se mit à la tête de ses troupes, attaqua les places de Beich-
* Lamb. 1069 : « Salius sibi esse mori io bello, quam, amissis patrum legitimis, perjuros vivere. » Aventin ex« prime la même pensée.
* Auserlesene Geschichte von d6r berûhmten Laodschaft Thar'mgen., p. 136.
* Lamb., Avent.
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ftA y 1« ET PONTIFICAT [lOMl
Ungan * et de Scheidingen ?. Le margrave y avait mis ded garnisons; mais Henri se rendît mattre de kl première par capitulation ; pour la seconde, il la prit d'assaut, et rasa Fane et l'autre^. Aussitôt après il se mit en mouvement pour s'emparer des autres places ^ Le margrave et Albert, voyant qu'ils ne pouvaient résister à l'armée du roi, vinrent se jeter à ses pieds, lui demandant grâce et lui cedant leurs biens et leurs forteresses. Les Thuringiens promirent fidélité au roi; mais leur haine pour i'évéque était montée à un point ex* trôme, car ses troupes ravageaient le pays, le livraient au pillage et à Fincendie. Ils se croyaient donc tout permis contre l'archevêque : hostilitéi insulte, affront, tout leur paraissait convenable. Ils tombèrent en masse sur ses hordes éparses^ furieuses et indisciplinées; ils tuèrent les unet^
* Il n'est pas vrai que les comtes de Beichlingeo résidassent dans ces lieux du temps de Jules César (Recueii historique du célèbre pajrs de Thuringe^ p. 234). Les Beichleingeois descendaient de Cuno ou Conrad, fils d'Ottonf comte de Nordheim; ils fiirent longtemps une grande fti- Qiille de la Thuringe. Eu 1423, un d^entre eux, nommé Beiso, était rector rhagnificuà à Erfordli. Avent. l'appelle urhs.
* Aventin^ qui suppose quecette dernière place avait seulement été gardée par Dedi, l'appelle une ville de Thuringe, dépendant de l'évéché deBamberg.
* Lamb.Sch., ann. 1067 . Chron.Hers., ann. 1070; Conr. Ursperg' Chrén.^wwk» 1070.
4 On voit encore ici la perfidie du roi et le peu de foi qu'on pouvait avoir en ses paroles. {Note du Tfud.)
Digiti
[1018] DU M»E GHiGOUB YII. I7ft
et dtspersére&t \eê stitres ^ sans méfiie ménagi» les nobles de sa maison : car, quand ils les ren-» contraient à Técart, loin de l'armée du roi. Us les saisissaient et leur infligeaient le dernier supplice ^ * Le roi, pour ne point irriter rarchevêque^, recom* manda aux habitante de payer la dlme, mais sans se mettre beaucoup en peine de Texécution de ses ordres'. Dedi, retenu d'abord captif, fui remis en liberté. Il rentra dans une portion considérable
* AveDt. : <c Id crucem tandem agunt. « ' Lamb. Aventîn.
* Voigt laisse ici uoe lacune. Elle est peut-être voion* iaîre, la cause du divorce gênait le ministre protestant. L'archevêque de Mayence, trompé dans son attente et s'étant peut-être brouille avec le roi, écrivit à Rome une lettre dont voici la substance : « Henri, votre fils et notre » roi, a voulu, depuis peu de jours, quitter la reine, qu'il a » épousée légitimement et fait solennellement couronner; « il a voulu se séparer d'elle sans alléguer d'abord aucune » cause de divorce. Surpris de cette monstrueuse non* » veauté, et dirigé par le conseil de tous les seigneurs qui »se trouvaient à la cour, nous avons résisté an faêe (in
• fiiekmei restttimus), et nous lui avons déclaré que s'il » ne nous exposait pas la cause de son divorce, nous re- «courrions à votre autorité pour le retrancher de la »eommUBion de l'Eglise. Il nous a dit, pour cause de sé-
• paration, qu'il ne pouvait consommer son mariage. La 9 reine a fait Je même aveu. Comme ce cas est rare dans » les affaires ecclésiastiques, et presque inoaï quant aux » personnes royales, nou^ vous consultons comme l'oraele » divin, et nous prions Votre Sainteté de décider cette jm-< » portante affaire. Nos frères, qui étaient présents,- ont in- » diqué pour ce sujet un concile dans notre ville, oii le ro » et la reine doivent venir pour subir k jugemeut. Mais
• nous avons résolu de ne rien faire sans votre «utorilé; » nous vous prions.dionC) si vous approuveji guo.nous ter-»
Digiti
de ses biens et de ses retenus. Les autres rebelles furent traités avec plus de ménagement encore, car le roi n'osait pas punir les nobles, ils étaient trop nombreux ^ • Mais le fils de Dedi, jeune homme distingué par son esprit, mais plein d'ambltion et oubliant facilement ses devoirs, traita son père avec plus de dureté que ne l'avaient fait ses ennemis. Dirigé sans doute par de mauvais conseils, il se révolta contre lui. Le roi l'estimait beaucoup. Mais peu de temps après on le trouva mort dans un lieu secret de la maison : il était percé de coups. Le bruit courait que sa bellemère l'avait fait périr. Quoi qu'il en soit, sa mort fut un sujet de joie pour un grand nombre. Bien que les Thuringiens n'eussent pas atteint le but de leurs efforts, ils ne renonçaient pas à la résolution de mourir pour la défense de leurs libertés et des droits de leurs ancêtres.
Le signal de leur révolte n'avait pas été inutile, le même esprit se manifesta dans la Saxe. Ce peuple était encore rude et sauvage ^, mais vi-
» minîoDS cette affaire dans un concile, d'envoyer de yotre » part des personnes capables pour assister à l'examen et » au jugement.» (Labb., ConciL^ t. ix, p. 1300.) Telle est en substance la lettre de rarchevéqae ; mais la cour de Rome, éclairée par les conseils de Hildebrand, n*en fut pas dupe. L'archevêque de Mayence reçut une sévère leçon du légat, et il parait qu'il en reçut une plus sévère encore à Rome, où il fut appelé quelque temps après, puisqu'il voulait se démettre de son archevêché. ( Note du TradJ)
* Aventin.
* Gens effera. Poema de Bello Saxon.
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vement ému des sentiments de sa liberté^ prêt à la défendre au prix de son sang, et méprisant la mort pour conserver le plus grand bien de la vie, la patrie. Les Saxons souffraient avec peine qu'un souverain qui, à Worms, avait promis d'obéir à l'archevêque de Mayence, s'il favorisait ses désirs; qui s'était montré si docile à l'égard des seigneurs ecclésiastiques pour les faire consentir à son divorce, leur imposât ses volontés arbitraires et les traitât avec dureté. Et puis, le bruit se répandait aussi qu'un jour le roi se trouvant sur une mon* tagne élevée de la Saxe, s'était écrié : « Oui, c'est »un beau pays, mais habité par de vils esclaves'!» Les Saxons voyaient travailler journellement à des forteresses qui ne présageaient que malheur et servitude au pays. Ils avaient pris d'abord ces travaux pour des jeux d'enfants ^; ils n'en connaissaient pas le but, car, suivant la renommée, on les destinait à arrêter l'invasion des peuples barbares. Adalbert, poussé par une haine particulière contre les grands de la Saxe, avait convaincu le roi de l'avantage et de la nécessité de ces forts. Les Saxons eux-mêmes aidaient à les construire : c'est ainsi que s'élevèrent Wigantenstein, Mosebourg, dans le territoire de Lunebourg, détruit dans le
* Marian. Scot, ann. 1075.
* Bruno, de Belio Saxon, ^ 105. « Nostratibus puerilia hidus videbatiir. »
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17i TIE ET PONTIFICAT [lOW]
xiv^ siècle ; [Sassestein, dans le comté de Hohensteiii ; Spatenberg, près de Sondershausen ; Heimmenbourg, près de Blankeubourg; Asenberg, dans la Thuringe; Ilohenburg, près d'Unstrut ; Yoikhenroth, qui appartenait au prince Frédéric palatin; et bien d'autres. Les forts situés au haut des montagnes étaient gardés par de nombreuses troupes qui épiaient le moment de piller les cultivateurs et de leur enlever le fruit de leurs travaux : ce qui était pour ces derniers une horrible oppression. On connut bientôt le but de ces forts; des plaintes retentirent dans tout le pays, on s'écriait partout que la liberlé ] des anciens touchait à sa fin.
Des murmures du même genre s'élevèrent dans la Souabe ' ; quand on eut appris les souffrances et les mécontentements des Saxons, on députa secrètement vers eux pour concerter une ligue dans le but de défendre, par de communs efTorts, les anciennes libertés. La Souabe gémissait aussi sous une dure oppression ; elle payait un tribut exorbitant, quoique Henri aimât les Souabiens, et les préférât à tous les autres, quand il s'agissait de nommer à de hauts emplois et â des places de confiance ^.
Le jour fixé pour l'assemblée de Mayence
•Annal. Saxo., ann. 1069; Bruno, de Se lia Saxon., p. 106. ' Lamb., ann. 1073 ; Bruno, p. 105.
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[lOM] BU PJkM GWBGOIRS TII, IM
élciM «iriVé, le roi s'empressa de «("y fMdi^e; mais il apprît en dkefiiîii qiie Pierre Daiaiett, ce zélé légat dfi saint Sîége, l'attendait poar em^ pécher son divorce et pour menaoer rat^evèqoe d'a?oir iaTOrisé une réparation si errminelle. Le prince irrité voulait retourner en Saxe-, tuais, k fat sollicitatioii d'un grand nombre de ses coiilident» qui le conjuraient de ne point frastrer l'auente des grands de i' Empire, A se rendit à Francfort, où il manda i'a»semblée. Les grands s'y »»dirent «n foule. Pierre Damîen était à levr tête, tHuni d'ini^r actions nettes etpi^écisesMi s'avança droit i l'assemblée; parla ^%i nom du saint Père, q^i «eul avait le pouvoir de lier et de délier. ^ L'«n- » treprise que le roi Médita, dit-il> est irès^ » mauvaise et indigne, non-seulement d'un roi, n mais encore d'un chrétien j que s'il tf était » pas retenu par les lois et les canons, il épar- » ^nàtaii moins sa rép«itatioii, et k scaivdale q«w D causerait l'exemple d'un acte aussi détestablej « qu'il ne oonvenait pas à son rang de se rendre » coupable d'un crime qu'il devait punir dans j les autres.; que s'il n'y renonçait pas, il se » virait obligé d'employer l'autorM de l'Église » et la sévérité des saints canons; que jamais
« Suivant Fiorentini, Pierre était autorisé, si le roi ttttt^ sait d'écouter ses raisons, à rexconrniolkter.
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» le souverain pontife ne couronnerait empereur » un prince qui aurait aussi honteusement trahi » la foi chrétienne ^ » Tous les princes se levèrent, applaudissant aux conseils du pape, et suppliant Henri de ne pas ternir sa gloire et la majesté de son nom par un acte aussi honteux, et d'avoir égard à la paix de l'Empire^, Le prince répliqua : « Si tel est votre^avis unanime, je me ferai » violence, et je porterai, comme je pourrai, un » fardeau dont je ne puis me décharger. » Puis, tout irrité, il autorisa la reine à venir partager les honneurs de la royauté ; mais, pour éviter sa rencontre, il se retira en Saxe, accompagné d'une quarantaine de chevaliers ^. Berthe l'y suivit; à peine put-on persuader au roi d'aller à sarencon-
* Lamb., ann. 1069 ; Sigon., ann. 1069. Celui-ci ne diffère du premier que par quelques mots.
» M. Voigt passe légèrement sur la raison politique des princes : il parait n'en avoir pas senti toute l'importance; cependant c'est la raison qui a le plus influé sur la résignation de Henri. La voici, selon Lambert : « Ils représen- V tèrent à Henri qu'il ne devait point fournir aux parents » de la reine une cause de défection et une occasion de 9 troubler la: paix publique, parce que, comme ils sont » puissants, ils pourraient tirer une vengeance éclatante » de l'injure faite à leur fille. » Prœterea ne parentibus reginae, causam defeclionis, et justam turbandae reipublicse occasionem daret : qui si viri essent, cum armis et opibus plurimùm possent, tantam filiae suae contumeliam procul dubio insigni aliquo facinore expiaturi essent. ( Note du Trad.)
» Lamb., ibid. ; Sigon. ; Aventîn;
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tre ; il là reçut avec honnêteté, maïs revint bientôt à sa froideur ordinaire.
ATexemple des princes temporels, les évoques faisaient aussi entendre de nombreuses plaintes contre le pouvoir arbitraire du roi qui détruisait tous les anciens usages. Mécontent d'avoir échoué dans son entreprise, Sigefroi de Mayence chercha à susciter de nouveaux troubles. Il écrivit àWerner, évêque de Magdebourg, et à Burchard de Halberstàdt des lettres dans lesquelles il se plaignait de ces forts et dé ces châteaux qu'on avait contruits pour favoriser le vol et le pillage des biens de l'Église. Les deux prélats étaient parents d'Annonde Cologne \ c'est pourquoi Sigefroi mit tout en œuvre pour les faire entrer dans la ligue; car, suivant lui, la sûreté de l'État exigeait qu'on se liguât ensemble contre l'insolent orgueil du roi.
Cependant ces murmures n'avaient pas encore d'éclat, tous gardaient un profond ressentiment de l'ignominie, de l'oppression et des^ autres maux qu'on éprouvait : chaque individu pressentait sa perte; mais il leur manquait un chef, un conducteur, un centre d'union*. Voici ce qui arriva.
* Lamb. (ann. 1075) appeUe Bucco ou Burchard de Halbersbadt •Hannonis consobrinus et nepos.» Saxon. ÀnnaL, ann. 1069. Bruno, deJBeilo Sax^j p. 106, appeUe Févéque de Magdebourg son frère.
> Sans quoi une conspiration ne peut réussir. Machiaç,
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||« rmWS MNTiHGàT {K4^
I/kipérfttfiee Agnès, se trouvant à MayeMê en i06i, donna le duché de Batière à OUon II, comte de Saxe, mîHant guerrier, et issu de la BUiison de Nordheim et de Brâmenbeurg. Elle vo^tt en lui un homme actif, puissant, capable de protéger FEmpire dans des moments orageux ^ Mais le comte perdit toute espérance lors de Tenlèvement de Henri. Otton était bien plus considéré dans sa patrie que dans la Bavière, pays auqud il n^était pas fort attaché. Le roi avait tout fliit pour le gagner; car il le reconnaissait pour un homme résolu et prudent; mais il le redoutait maintenant, parce qu'il voyait en lui un ennemi dangereux dans les affaires de la Saxe ; et comme il voulait humilier, avant tout, ceux sur lesquels le peuple eomptait ', il sentait qu'il était nécessaire de commencer par Otton, qui était le premier obstacle à ses vues. L'Empire le reconnaissait pour un sagneur habile, expérimenté dans le métier des armes et honoré de tous les grands. Chaque fois que le roi pensait à lui, il tremblait pour son royaume; car il ne doutait pas qu'Otton ne réunît les intérêts de la Saxe et de la Bavière, car déjà il s'était fiiît un grand nombre de partisans. Cependant la gloire du duc avait des envieux qui
« l4aiiiV«» «nn. 1061. « Yideii»eiiin virum indiistriam et juvandîs regiii aegotiis s«tîa opportunum. » Fqy. «U38i Zchokke, Hist. de Bavière^ t. i, p. 8Û9;
*MÊn3ûm,dêJBemSam.,p.i^
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[1«M) DU PAPE GRÉGOnUS Tlf . 1S8
désiraient sa perte; Henri les fit entrer dans ses vues; U attira à lui un certain chevalier Egeno^ dont la seule vertu était Taudace. Celui-ci dit un jour au roi : « Le duc m'a souvent parlé d'un at» » tentât contre la personne du roi, aujourd'hui il » eherche à m'engager à ce forfait par l'appât de » grandes récompenses. » Pour preuve de ce qu'il disait, Egeno montra uneépée qu'Otton devait lui avoir donnée pour cet effet, «c Si le duc nie lofait, » ajouta-t-il, je rappellerai au jugement de Dieu » par un duel. »
Henri entra dans une profonde indignation, et indiqua au descendant de Nordheim un jour où il devait comparaître, à Mayence, devant les grands, afin de répondre à l'accusation. Le duc refusa de s'y rendre. Selon les lois de la chevalerie, le roi lui accorda un délai de six semaines aprèi lequel il devait se rendre à Goslar pour se mesurer avec son adversaire. Il résolut d'y aller. Ses amis, les princes et les évoques cherchaient à le détourner d'un combat avec un homme indigne,
* l^enesi, Eioo, Egino, Hegino. On ignore s'il fut gagné par le roi ou bien par Içs ennemis d'Otton. Bruno admet la première et Lambert la seconde version. Aventin place ce fait aprè^ Te^tpédilion glorieuse du roi contre leg Luticien». Henri avait encore près de lui son gouverneur, Conrad (educalorem atqiie nulricium ) qn'Otlon haïs- Sliit depuis longtemps. Il dormait dans Panticharobre royale, quand le prince se mit à lui reprocher avec beaucoup d'emportement le secret de cette conspiraliop, ce qui amena la découverte de cet infâme complot.
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184 VIE ET PONTIFICAT [JWesi
criminel et effronté ^ , lui représentant que s^il remportait sur lui, il ne pourrait échapper à la fureur du monarque. Otton n'écouta personne, il se rendit à Goslar, mais avec un corps de cavalerie. Il campa près de la ville et envoya demander à Henri paix, sûreté et protection. Son épée, d'après le jugement de Dieu, devait prouver son innocence^. La réponse du roi fut amère et dure; il repoussa sa proposition, le priant de venir se justifier en personne, autrement il le regarderait comme convaincu. Le duc ne jugea ni sûr ni convenable de se livrer à la discrétion du roi ; il retourna donc chez lui, bien résolu de courir la chance des armes'. Le lendemain Henri assembla tous les grands de la Saxe qui étaient ennemis du duc et leur demanda un jugement sur sa conduite. Us le déclarèrent coupable de lèsemajesté, convaincu d'un grand crime et digne de
* Qui, si^quid ingenuitatis a pareotibus accepisset, id per furta, per latrocinia, denique per omnia vitiorum probra jamdadum oblilerasset. Lamb.
* Ces combats formaient la jurisprudence de ces temps. Pendant que Henri m, en revenant de Rome, se trouvait à Brème, il se rendit à Lismona ; là il fut traîtreusement attaqué par le comte Thiadmar (Ditmar), et soutenu par Adalbert de Brème. L'empereur provoqua le comte en duel; quelqu'un de sa suite le tua. Adam. Brem., HisU ec* cles.j lib. III, c. 9.
' Lamb., Aven tin. D'après ce dernier, Henri voulait le faire poursuivre, mais les amis d'Otton le retinrent si longtemps, quQ celui-ci put s'éloigner.
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mort\ Les partisans du roi résolurent aussitôt de le poursuivre avec le fer et le feu. La plupart y étaient portés, non parce qu'ils voulaient montrer leur fidélité au roi, chercher le bien de l'Empire, ou venger une injure péronnelle; mais parce qu'ils voulaient piller les états d'Otton, et répandre au loin la dévastation et la mort , sans respecter la maison de Dieu et son sanctuaire.
On avait donc semé sur le sol de l'Allemagne le germe d'une infinité de maux. Otton, voyant que le roi faisait ses préparatifs et rassemblait une armée formidable, mit toute sa confiance dans la personne deMagnus, filsduducQtton^ de Saxe, unami fidèle. Ce jeune homme, sévère défenseur du droit et de la justice en temps de paix, était brave et habile sur le champ de bataille^. Otton l'appela à son secours. Henri se mit à la tête de son armée, et commença par exiger des grands qu'il savait être ou les parents ou les amis d'Otton, des otages, et le serment de ne point le soutenir ; et puis il s'empara de la forteresse de Hanenstein% dont
* Aventin raconte bien celle hisloire. ' ' . * ';
* D'autres rappellent Ordulf.
' Lamb.
* Un des plus anciens châteaux, sîlué dans une forêt du canton de Girmermarck. Situé sur une montagne aride, il domine les environs; ses vénérables débris existent encore aujourd'hui. Hist. des châteaux et Jorteresses de V Allemagne, par GoUschalk, t. ii, p. 109.
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IM YIB BT PONTinCâT [teM]
le duc amit retiré la garnison. Vn antre oorps d'armée se porta devant Descnberg \ place impre* nable, mais dont la garnison, quoique bien pourvue de tout, se rendit à discrétion. Le roi y plaça un fort détachement, et oourut saocager les biens de la duchesse, fomme d'Otton, enlevant de grandes richesses, mettant le feu à des villes ri« ches et magnifiques, et se permettant des atro* eités à regard des femmes et des enfants dont les maris ou les pères s'étaient enfuis dans la monta» gne. Sa haine et sa fureur lui faisaient commettre les plus horribles excès ^. Oiton en conçut une douleur bien profonde ; s'étant mis à la tète de trois mille soldats d'élite, expérimentés dans le métier des armes ', il se jeta sur la Thurînge, sur les riches domaines du roi, où il mit tout à feu et à sang; il y fit un énorme butin, dont il contenta Tavidité de ses guerriers. Arrivé à Eschenweg^ 11 vit accourir à lui son peuple malheureux, ayant souffert d'horribles maux sous les dévastations de Henri. Otlon leur distribua une partie de son butin, et les engagea à lui demeurer fidèles et à prier pour lui. Le peuple de la Thuringc, serappe-
' Dans ]e diocèse de Paderboro, aujourd'hui la possessioD du duo de Bruo&wick.
* Oo voit ici quel cas faisait Henri de« droits de )a gii«rF«, ( Note i/u trofi,)
* D'après Aveutin, ce n'était qu'une troupe de brigandi réduits à la mendkilé par le jeu et la débauche.
* Eschenewége, Heschenewége.
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{10«] DU PAPB GRÉGOIRB Vn. W/
lant alors le serment et la promesse qn^il affftit fatts de ne point laisser dévaster son pays, et de hasarder sa vie eonire Tennemi de F Etat, se leva en masse et vint attaquer Otton près d'Eschenweg. Uqe bataille s'engagea. Le comte Rudiger, qni commandait les Thuringiens, chargea mal à propos; Tarmée d'Otton se battit vaillamment, et força Tennemi, au premier choc, k s'enfbir dans la iQOOtiH gne et dans les forêts voisines. Cependant une partie des fuyards se rallièrent de nonvea», et, montés sur des chevaux légers, ils revinrent à ja charge, mais sans succès. Rudiger, qui était le premier dans l'attaque, fut aussi le premier dans la fuite. Les Thuringiens laissèrent environ trois cents morts sur le champ de bataille : Otton eut un seul homme de tué et deux blessés \ 11 avait de la peine à retenir les siens, tant ils étaient enflammés par le succès. Il retourna cependant au camp, et le soir, il permit à plusieurs de ses chefs de se rendre dans leurs foyers. Il entra ensqite dans la Saxe, continua ses dévastations jusqu'à la fête de Noël ; il protégea, par ses troupes, les biens du comte Magnus, qui, fidèle à Tamitié, combattait pour venger son innocence. Le roi, ayant appris la défaite des Thuringiens, craignait pour Goslar^, qu'il aimait beaucoup ; il s'y rendit
* Le 2 septembre. La scène du combat se nomme lejiré de la bataille^ près d*£schenweg, derrière Leichberge.
* Tam caram, tamque acceptam stbî yillam, quant pro
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et y M8ta jusqu'à Noël ; car Otton avait juré la ruine de cette résidence impériale \
Là se trouvait aussi Welf, fils d'Âzzo, margrave d'Italie, homme hardi, intrépide et vaillant guerrier^; il était gendre d' Otton par le mariage avec sa fille Ethelînde'. Welf avait prêté à son beau-père serment de fidélité ; il remplit ses engagements, par amour pour sa femme; embrassa vivement la cause d' Otton, et la soutint par ses conseils et ses armes. Mais dès qu'il vit la sentence des grands, la colère du souverain, et ses préparatifs de guerre, il rompit avec le duc^ plus soigneux de sa fortune que de son honneur. En renonçant à son parti , il lui renvoya ignominieusement sa fille % et chercha, en prodiguant l'or et l'argent, en engageant ses biens et ses revenus, à obtenir le duché de Bavière. Rodolphe, duc de Souabe, fut chargé de négocier cette affaire. Henri accorda à Welf l'objet de ses vœux.
Cependant les gens honnêtes ne voyaient pas avec plaisir qu'on avilît d'une manière si étrange les plus hautes dignités de l'État. Henri, pré-
patriaacpro lare domestico Teutonici reges incolere soiiti erant
« Lamb., ann. 1070 ; Annal, saxon,, 1069.
• Yir Ulustns, acer bellieosus. — Aventia l'appelle Lycalius.
> Annal, saxon.y ann. 1071.
^ Lamb.fAventin.
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voyant le mécontentement des seigneurs bavarois, sachant qu'il avait violé toutes les règles de la justice, et qu'il avait agi sans leurconseil, se hâta de se rendre en Bavière, pour y étouffer les troubles naissants ; mais il ne pouvait dégarnir Goslar sans danger : il y laissa donc quelques seigneurs saxons et partit.
Otton avait tout perdu, excepté son courage et sa fermeté. C'en était fait de ses forts, de ses biens et de son nom; il ne lui restait que son épée et une troupe d'élite qui l'aimait. Avec cela il voulut de nouveau tenter la fortune. La nature avait fait de Hasungen ^ une place forte, il la fortifia encore davantage, et la conserva comme lieu de retraite. Le roi, sachant que le duc voulait se porter aux dernières extrémités, fit de nouveaux préparatifs , tira des troupes de la Saxe, de la Thuringe et de la Hesse, et ordonna aux princes éloignés de hâter leur marche. Henri avait alors près de lui le comte Ebérard, homme d'un caractère paisible et d'une grande expérience. Celui-ci n'ignorait pas qu'un guerrier réduit au désespoir, qui combat, non plus pour des intérêts terrestres, mais pour l'honneur et la gloire, est invincible; quedu moins il ne succombe qu'en vendant chèrement sa vie. Voyant donc les désastres qui allaient se renouveler, Ebérard alla trouver le
* En Hesse, près deHabichtswald.
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IM VIE fiT PONTIFIGAT [lOM]
duc» et Jiiidit avec confiance qu'il y avait encorede Tespoîr pour lui; qu'il se chaînerait, s'il sortait de ses retranchements, d'obtenir son pardon <lu roi et la restitution de ce qu'il avait perdu par la guerre ^ Ebérard, d'après le consentement d'Otton» retourna près du prince et le disposa à une réconciliation : ce que le roi accepta d'autant plus volontiers qu'il était las de la guerre. La paix fut conclue. La fête de Pâques était le terme où le duc devait se constituer prisonnier : c'est ainsi que l'avaient jugé convenable les grands de l'Empire* Otton licencia ses troupes.
Henri se rendit en Bavière, d'où, après avoir réglé les affaires d'état, il alla sur les bords du Rhin, releva ia forteresse de Uammerstein, dé* truite par ses prédécesseurs; à Cologne, il prolongea jusqu'à la Pentecôte le terme fixé à Otton. Le roi passa cette fête à Halberstadt ; ce fut là fue se rendir^it le duc et les chefs qui a^ient fait la guerre au roi. Celui-ci reçut la soumission d'Otton, et puis le confia, avec ses chefs, à la garde des grands de l'Empire^ jusqu'au temps où ils devaient lui être présentés de nouveau^.
* Tel est le récit de Lambert. D'après Aventin, Otton se serait rendu près d'Adalbert de Brème, qai attrait été te négociateiir de cette ffftaire.
« Tel est le récit de Lamb. Schaf&u, de rAonaliste saxon^ de Bruno et d* Aventin. Ce dernier est très-opposé ti Otton; il l'appelle « hominem ingrat issimum atque perfiëum. »
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[I<M8] DU PAPE GASGOIRE VU. m
Le roi se trouvait à Liège lorsque RîChîldîs, Teuve de Baudouin de Flandre, vint se plaindre à lui de Robert '^ son beau «frère, qui, après avoir défait son mari dans une bataille, voulait s'emparer de ses Etats par la force des armes. Un ânciea usage de la Flandre voulait que le fils qui plaisait le plus au père portât son nom et lui succédât dans le gouvernement : ses frères^ soumis à son pouvoir, passaient leur vie dans l'oisiveté et sans gloire, à moins qu'ils n'allassent chercher fortuiHS dans des expéditions lointaines. I>e cette manière le pays n'était point partagé, ni un nom illustre éteint au sein de la pauvreté. Or, le père de Baudouin, en appelant son jeune filsà lui succéder, arma à grands frais des vaisseaux pour Robert, lui ordonna de faire voile, et de se créer quelque part un empire par sa propre valeur. Robert, à la tète de forces considérables, partit pour la Oallicie, dans l'espérance d'en faire la conquête. Mais à peine eut-il mis pied à terre qu'il se vit assailli et attaqué de tous côtés par les Sarrasins» qui, après une lutte de quelques instants, le forcèrent à s'enfuir, et lui tuèrent beaucoup de monde dans le trajet qui le séparait de sa flotte. Il revint donc chez lui> toutconfuS) mais bien déterminé à ch(^eher fortune ailleurs. Il mit de nouveau à la Voile, et partit pour quelque pays éloigné où Dieu le
> Sigeb. Gembl., aon. 1071. Lamb., ann. 1071, l'appelle Ruttbert.
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conduirait. Au bout de quelques jours, il fut assailli par une tempête. Un grand nombre de ses soldats furent engloutis dans la mer ; lui, atteignit le rivage, mais non sans peine. Il prit alors l'habit de pèlerin pour se rendre avec les pèlerins de la Terre-Sainte à Gonstantinople, où les Yarangiens lui avaient fait espérer la conquête de grands domaines ' ; mais l'empereur grec, en ayant été averti, le fit observer et donna l'ordre de le saisir. Robert effi^yé renonça à son projet et pénétra dans la Frise ^, où il fut gravement compromis, ayant voulu s'emparer du pays après la mort du comte Florent; il fut obligé de prendre la fuite. Cependant il n'abandonna pas la partie; il revint sur ses pas, et ne cessa de combattre jusqu'à ce que le pays se rendît, et qu'il fût maître de la Hollande, en 1063. Baudouin, son frère, marcha contre lui pour lui disputer la possession de quelques districts. Robert lui envoya des députés, pour le prier de ne pas lui envier, après tant de travaux, ce petit coin de terre, et de l'en laisser jouir paisiblement. Baudouin ne l'écouta pas» et fit avancer ses troupes ; Robert prit alors les armes, et marcha «contre lui à la tête d'un corps d'élite. Le comte de Flandre fut battu, ses soldats mis en déroute; 'voulant les rallier, il tomba lui-même entre les
'* Lamb., ann. 1071 : « Tolius Grseciœ principatum polli* «cêbantnr. »
* La Hollande, dool Florent fui le premier comte.
mains de ses ennemis et mourut en 1070. Robert entra alors dans la Flandre et s*en empara par droit de succession et de conquête. Arnulf, fils de Baudouin % encore très -jeune et incapable de se défendre, se réfugia près de Philippe, roi de France, le priant de venir à son secours et de venger son père, qui lui avait souvent rendu des services. Robert avait attaqué quelques villes françaises, ce qui fut pour Philippe un nouveau motif de marcher contre la Flandre. Mais les Flamands s'étant déclarés pour le conquérant, prirent les armes pour le soutenir, de sorte que son armée se trouva bien plus forte que le roi de France ne se l'était imaginé. Dès que Robert aperçut l'ennemi, il mit des troupes en embuscade, feignit de battre en retraite; et puis, se retournant soudain, il attaqua l'armée de son adversaire avec tant d'impétuosité qu'il la mit en fuite ^. Richildis se rendit alors avec son fils à Liège, près de Henri, et, pour l'engager dans ses intérêts, elle donna à l'église de Saint-Lambert, patron de Liège, les domaines du comte Reginer, et la place de Bergen, que sa mère avait eus en douaire d'un premier mariage. Henri députa
* Sigeb. GembL, ano. 1072. D'autres l'appellent Arnold.
•D'après Sigeb. Gembl. (ann. 1072), Arnulf a péri; Richildis et Robert furent pris et ensuite échangés. Le combat eut lieu près de Cassel. Un pacte en Ire Robert et Philippe reconnaît les droits du premier (1071). GeneaL comit, Flandr.y apud Marlene.
vers Robert Févêque de Liège, le duc Godefroi, el d'autres seigneurs de la Lorraine; mais ceux-ci ayant appris en chemin que Robert s'était récon* cilié avec Philippe, et qu'il avait fait avec lui un traité d'alliance, revinrent sur leurs pas, et Robert resta en possession de la Flandre K
Tout ce que fit Henri en 1071 et 1072 le rendit odieux à ses sujets. Déjà il s'était aliéné l'esprit des grands, il va indisposer encore contre lui le clergé, et surtout le clergé régulier. Les religieux du monastère de Malmedy vinrent lui demander avec de vives instances l'abbaye qu'il leur avait enlevée, à l'instigation d'Adalbert de Brème, pour la donner à Annon de Cologne. Comme le roi ne se laissait émouvoir ni par leurs prières ni par leurs larmes, ils apportèrent sur la table les os de saint Remaclus. La table s'écroula; le roi, frappé d'un événement aussi extraordinaire, consentit à rendre le couvent *. Hildebrand, qui observait la conduite de Henri, ne la voyait pas de bon œil : la manière dont le roi traita Meinward, abbé de Richenou, n'exerça pas peu d'influence sur ses relations ultérieures avec le souverain pontife. Le monastère était tellement épuisé par la prodigalité de ses précédents
* Lamb. et Sigeb. Gerabl. - Allgem, Gesch. der verein. Niederl. i Th., p. 2S2-285.
* Lamb., ann. 1071.
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abbés, que les moines pouvaient à peine vivre. Henri leur ordonna de pourvoir à la subsistance de ses troupes. L^abbé s'y refusa et se démit de sa charge. Henri s'adressa alors à RoI)ert, abbé de Bamberg, qui ne cherchait qu'à s'enrichir \ Celui-ci versa dans les coffres du roi une somme considérable ^ et reçut l'abbaye. Cet homme n'avait rien de sacré, quand il s'agissait de satisfaire sa basse cupidité. Par ses immenses richesses, fruit du brigandage, il sut gagner les confidents du roi, et par eux le roi lui-même. Il n'eut pas honte de prier le prince de chasser Widerad, le pieux abbé de Fulde, et de lui donner son abbaye. Le roi y aurait consenti, si quelques personnes, qui avaient encore à cœur le maintien de la discipline ecclésiastique, ne s'étaient élevées avec force contre une pareille injustice. La cupidité de l'abbé devint contagieuse, et se communiqua même à quelques moines; les dignités devenaient le prix du plus offrant, et non la récompense du mérite. Aux degrés du trône, on vendait les abbayes à l'enchère. Il faut avouer cependant qu'il y avait encore des âmes honnêtes qui s'opposaient avec vigueur à ces désordres. Ainsi, quand le curateur du monastère de Richenou eut appris que Robert venait prendre possession deson abbaye, il lui envoya dire « qu'un
* Sa passion lui avail fait donner le sobriquet de Num« mularius.
• Lamb. dit : « Mille pondo argenti purissimi. »
» vrai berger prenait les armes pour défendre ses » brebis contre le loup ravissant. » Robert, effrayé et confondu, se retira dans les terres de son frère, pour attendre l'issue de cette affaire, car l'abbaye de Bamberg était déjà dans la possession d'Ecbert* C'est là qu'il reçut de Rome, quelque temps aprèSj une sentence d'excommunication, avec la défense expresse de prendre possession de l'abbaye de Fulde ou de toute autre dignité ecclésiastique ; parce qu'accusé de simonie, il n'a pas comparu devant le synode où il avait été invité par trois fois. Dans son dépit, il remit au roi le bâton pas* toral \ Mais il resta le confident intime du roi; initié dans tous les secrets, il devint l'instigateur de bien des maux. Henri était disposé à l'élever en dignité, mais il trouvait toujours une vive résistance. Robert fut cependant promu, plus tard, à l'évéché de Bamberg, mais ni aimé ni estimé.
Henri ne fut pas plus heureux dans l'affaire de Charles, chanoine de Magdebourg, auquel il avait donné, après la mort de Rumold, l'évéché de Constance. Le nouveau prélat fit son entrée dans la ville aux applaudissements de tous; mais s'étant écarté bientôt des traditions anciennes, il déplut : il était accusé de simonie et d'un usage illégitime des biens de l'Eglise; on écrivit à Rome, en priant le saint Siège d'empêcher sa consécration. Alexandre confia la décision de cette
> Lamb., ann. 1071, 1072.
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affaire à Sigefroi de Mayence, en lui enjoignant (le ne point le consacrer s'il est coupable ^ Au mois d'août l'archevêque convoqua un synode. Le roi était fort irrité de ce que Sigefroi n'eût pas procédé immédiatement à la consécration ^^ sans faire attention aux remontrances du clergé : il désirait ardemment de voir Charles investi de sa dignité. Mais le prélat, se rappelant la réprimande sévère que lui avait faite Pierre Damien de la part du saint Père, à l'occasion du divorce de Henri, n'était point disposé à favoriser les vœux du roi. Alors le roi partit lui-même pour l'assemblée de Mayence, afin de se rendre la decisionfavorable.il passa par Hersfeld, château impérial, et se dirigea le lendemain par Ottenhausen ^, pour y déjeuner. Au moment où les seigneurs de sa suite reprenaient leurs chevaux, Luipold de Mersebourg, un de ses favoris qu'il aimait et qui avait une grande influence sur son esprit, tomba de cheval sur son épée, se perça le cœur et mourut aussitôt. Suivant des traditions populaires, c'est la même épée avec laquelle Attila, le roi des Huns, voulait soumettre le monde, et qui lui faisait don-
* Il ne s'en chargea qu'à regret, ainsi que le prouve sa lettre à Alexandre, qui se trouve dans Coleti, ConciL sacras,y t. XII, p. 188, et dansLabb., t. ix, p. 1205.
* Dans sa lettre à Alexandre, l'archevêque se plaint amèrement de Henri.
* Aujourd'hui une ruine, quoique d'aillems offrant un bourg assez remarquable sous le château de Hutsberg, près de Meiningen.
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196 YIB BT POJNTIFICAT [t07f]
ner le nom de fléau de Dieu. C'était, ajoutait-on, l'ouvrage du dieu Mars, qu'un paysan avait dé* terré, après plusieurs siècles, et porté à Attila. Les rois de Hongrie la gardèrent avec une profonde vénération, jusqu'à ce qu'une reine, mère du roi Salomon, en fit présent à Otton, duc de Bavière, parce que celui-ci avait rétabli son fils sur le trône de ses pères. Otton la donna comme un gage d'amitié au fils du margrave Dedi, à la mort duquel elle revint au roi Henri, qui en fit présent à Luipold. Ceux qui favorisaient Otton disaient que le juste jugement de Dieu avait ftiit périr Luipold par cette épée, parce qu'il avait conseillé au roi de perdre Otton \
Le prince, en proie à une douleur profonde, se rendit à Mayence. Il y trouva Charles et un grand nombre d'habitants de Constance, qui apportaient de graves accusations contre leur évoque. Le synode était assemblé; Henri, en présence de tant de hauts dignitaires de l'Eglise, parla avec adresse en faveur de son ami, cherchant à le jus-^ tifier sur les différents chefs d'accusation ^. Quelquefois il tenait un langage dur et sévère, mais en général il s'exprimait avec modération, par égard pour les personnes auxquelles il s'adressait '.
' Lamb., et d'après lui Herrmati Gorneriiis.
* Les nëgociatioDs sont dans Coleti, Conc, sacros, t. xii, p. 1S9-194.
* Lamb. el le récit de Coleti ne s'accordent pas com- |>létement. Le premier dit : « Plerumque et jam instantium ac perurgentium procacitatem verbis durioribus
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[1072] DU PAPE GRÈGOIRB Vil. 19»
Enfin 9 après quatre jours de négociations, lo roi ne fut pas plus avancé, il ne put obtenir l'objet de ses vœux. Charles lui rendit l'anneau et le bâton pastoral \ retourna à Magdebourg, et y mourut peu de temps après. Otton, chanoine de Goslar, obtint son évèché. Cependant la coutume de mettre à l'encan et d'acheter les dignités ecclésiastiques devenait plus générale; la contagion se communiquait aux ordres monastiques, qui perdaient par là beaucoup de leur ancienne gloire ; ils n'étaient plus occupés qu'à ramasser de l'or et de l'argent pour se mettre à même d'acheter des évêchés et des abbayes, et d'arriver aux dignités, non par une conduite régulière et par la pratique de la vertu, mais par l'or et l'argent. Souvent, pour des bénéfices iilsignîfiants, ils promettaient des monts d'or, afin d'exclure les acheteurs laïcs : le vendeur n'avait qu'à demander pourrecevoir le prix qu'il voulait. Le monde était
corripiebat, ac fronlis impudentiam opposita auctoritatîs BUse majeslate, refringere tentabat » Voici les paroles du second : « lia temperavit aDimum, et mitigavit eum ad verba sanctœ exhortationis, ut nuUa juvenili moveretiir acerbitate, et qiiod în potestatibus difficile est, nulia sacerdotes insolent! laederet respoosione. » V, Labb., t. ix, p. 1208.
* Ce récit manque de clarté et d'exactitude. La séance des évèques s'était prolongée fort avant dans la nuit. Les instances du roi mettaient les évèques dans le plus grand embarras. Charles, confondu dans le concile, fit de sérieuses réflexions pendant la nuit, et renonça le lendemain de lui-même à Tévèché, en rendant au roi l'anneau et le bâton pastoral. Les évèques en remercièrent Dieu. Foy. Labb., Concile t. ix, p. 1210. {Note du TraducU)
scandalisé de voir d'immenses richesses entre les mains de ceux qui faisaient profession de pauvreté et d'humilité, à l'exemple des apôtres ^
Au reste, cette soif de richesses était une passion dominante qui envahissait toutes les classes et engendrait des maux infinis. De là le vol et le brigandage étaient à l'ordre du jour. Les bons esprits cherchaient à mettre un terme à ces désordres par quelques sages règlements ; c'est ce que fit, entre autres, l'évêque de Liège, qui publia une trêve ^ renfermant cette injonction : « A » certains jours désignés que personne ne porte des » armes, à moins qu'il n'entreprenne un voyage; » que personne ne se permette d'incendier, de piller
' Lamb.^ ann. 1071.
* Trêve de Dieu en 1071. J^oy. Datt, de Pace puhlica^ c. 1. A cette époque, on en rencontre de semblables dans beaucoup de pays. £n voici quelques exemples : « Omni tempore teneaturab omnibus cbristianis ab occasu solis quartae feriœ, id est Merchoris die usque ad orlum solis secundae feriae,id estLunis die. Item conlinuatim tenealur, a prima die adventus Domini, usque ad octavas £piphauîae Domini, quando festivités S. Hilarii agitur. Item similiter contînuatim teneatur a die Lunis, qui antecedit caput jejunii, usque ad diem Lunis, qui est primus post diem dominicam octavarum Pentecosten, etc. v Si quelqu'un commet quelque délit pendant la trêve de Dieu, « in duplum componat et postea per judiclum aquae frigidœTrevam Domini emendet. » Datt en trouve les premières traces en 1032 ou 1034 ( de Pace pubUca, c. il, p. 2 ; Sigeb. Gembl. en 1032. ) Les paix de Dieu furent renouvelées en 1066 par Raimond Bérenger, comte de Barceloune; par Henri, évéque de Liège, en 1071 ; et en Angleterre, par Guillaume P% en 1080. Inconc. Troj., 1093 ; Clarœmont., 1096: Rotomag., 1096; Nordhus, llpd, etc.
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» ou d'attaquer à main armée; que personne rie » maltraite son prochain par l'épée ou par toute » autre arme, jusqu'à l'estropier d'un membre ou H lui causer la mort. Si un homme libre se rend » coupable d'un pareil méfait, il perdra son héritage » et son fief ( benefidum ) , et sera chassé du diocèse ; » s'il est domestique, il perdra tout son bien et la » main droite. Quiconque sera accusé d'avoir con- » trevenu à ce règlement, se purgera par le serment » de douze témoins, s'il est libre ; et s'il n'est pas » libre, il se justifiera par le jugement de Dieu, et » si l'épreuve laisse encore des doutes, il prouvera » son innocence par le témoignage de sept per- » sonnes. »
L'esprit pervers du siècle prenait une nouvelle vie à mesure que les troubles et les querelles des grands détruisaient l'ancienne discipline, et que les paisibles habitants des campagnes, arrachés à leurs travaux, étaient contraints de prendre les armes et de marcher à l'ennemi. Aussi Henri, se trouvant à Utrecht pendant les fêtes de Pâques, entendit de toutes parts des plaintes sur le malheur des temps, sur la spoliation des biens des veuves et des orphelins, sur le pillage des cloîtres et des églises, et sur tant d'autres infamies; car depuis quelque temps le gouvernement se trouvait de nouveau entre les mains d'Adalbert de Brème, qui, après avoir triomphé orgueilleusement de ses ennemis, parvint à s'emparer exclusivement de l'esprit du prince; mais attaqué bicn-
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tOS VIE ET tONTmCAT [IWf]
tôt par une maladie cruelle, il descendit au tombeau, n'étant regretté de personne et haï de tous\ Les actes de sa courte administration attestent qu'il sacrifiait tout à son ambition et à sa prodigalité, et que tous ses efforts tendaient à ramasser des richesses et à satisfaire sa folle vanité ®. Souvent Adalbert se plaisait à dire qu'il ne reconnaissait sur la surface de la terre que deux maîtres, l'empereur et le pape. Il se croyait supérieur à tous, en sorte que, dans une nombreuse assemblée d'ecclésiastiques, il alla jusqu'à se plaindre de ce qu'il ne restait plus dans le monde que deux hommes de bien, lui et le prince. Les flatteurs lui faisaient plaisir quand ils l'appelaient Adalbert le Grand®. 11 pouvait à sa mort se rendre le témoignage d'avoir bien soigné les intérêts de son archevêché, puisque, soit par donation, soit par ses propres offrandes, il avait attaché à son église plus de deux mille arpents de terre*. D'après le conseil des grands, Henri appela Annon de Cologne à la tête des affaires ; mais celui-ci, offensé de la conduite précédente du roi à son égard, ne voulut pas d'abord accepter. Cependant, à là prière des nobles, il reprit les rênes
* Lamb., ann. 1072.
» Chron, Magdeb., p. 288 : « Sic typo superbiœ turgidus, ut uec in sœculari nobililale, nec in sancta coûversalione quemque putaret sibi œqualem. »
» La Chron. de Magdebourg donne plusieurs exemples de son arrogance el de sa pauvreté d'esprit, qu'il cherchait à cacher. P. 239.
^ ArmaL Saxon, ^ ann. 1072.
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iiW%] DU PAPB GRÉGOIRE VIL Î03
du gouvernement, fit rentrer dans de justes bornes ce qui en était sorti, et arrêta plus d'une fois les passions effrénées de l'époque. Le prince laissait tout à la direction de Tarchevêque, qui cherchait consciencieusement le bien de TÉtat et le salut de l'Église, sans acception de personnes. Le riche et le pauvre avaient un égal droit à sa justice; le premier recevait souvent de sa main une punition sévère, mais juste. Il fit démolir les châteaux de plusieurs nobles, et en jeta d'autres dans les fers. Ce fut sous lui que le chevalier Egeno * reçut le châtiment qu'il méritait. Comme on l'avait souvent accusé de vols et d'autres infamies, l'archevêque le fit arrêter, et le condamna à l'exposition. Le digne ministre gagna l'estime et le respect de tous, et l'affection d'un grand nombre. En voyant une telle administration, une telle activité, et l'estime générale dont ce prélat était honoré, on ne savait pas trop s'il n'était pas plus digne de la royauté que du sacerdoce ^ .
Le roi passa le commencement de l'été en Saxe. Se trouvant à Magdebourg le jour de la Pente-
" Lamb., and. 1077. Celui-ci parle avec beaucoup d'éloges de Tarclievéque* Il en est de n\^me de Heineccius, dans ses Scr» rer, German. antiq., 1. 1. Levold de Northof disait dans le xiii'' siècle : « Annoflos et nova lex Germanise totius. « La Chronique de Lauresbeim, ap. Freher, p. 76 : « Vir in Dei rébus spectatissimus et inler ecclesiœ regnique principes incomparabilis et nominis et meriti. »
* Le même Egeno dont on a parlé plus haut. {N,du Trad.)
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côte, il nomma pour succéder à Adalbert, Lié* mar, homme dont tous les écrivains font le plus grand éloge ^ , et qui s'est distingué pendant toute sa vie, et au milieu des plus grands dangers, par une constante fidélité au roi^. Il était versé dans tous les arts libéraux, et, malgré les devoirs de son état qu'il remplissait exactement, il ne manquait pasdes'y appliquer avec ardeur. Quelque faibleque fût à cette époque la lumière qui éclairait la région des arts et des sciences, il en échappait cependant parfois des rayons éclatants qu'on cherchait avec un vif empressement. C'est dans les couvents, ces asiles sacrés de la vertu, que les arts et les sciences s'étaient réfugiés. Tout dépendait du chef qui exerçait une grande influence sur ses frères. Il en était un, entre autres, qui jetait un vif éclat; c'est Guillaume, abbé de Hirschau. Son monastère venait d'être nouvellement restauré, après avoir été désert pendant
' Lamb., ano. 1072 : « Optimae spei juvenem et omnium liberalium artium peritia adprime iosignem. <siFid, Adami Bremeos. Epilog, ad Liemarum in Lindenbrog. script, septentr,, p. 67.
^ Dans un diplôme rapporté par Liadenbrog, p. 144, Henri l'appelle a Nominis nostri praecipuum amatorem, atque optime de nobis merentem, dignuro, ut pro sua in nos fide egregia ac perpétua devotione magno.... munere donaremus. » C'est pourquoi il lui donne Fabbaye d'Ëlten (Alten) sur le Rhin, « in pago Hamaland. » Ce diplôme est surtout important pour montrer les services que Liémar avait rendus au prince. Leukfeld, Script, rer, Germ.^ p. 86.
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près de cinquante-huit ans ^ . Guillaume lui donna une impulsion si extraordinaire qu'il devint un des plus célèbres de l'Allemagne. Guillaume faisait de profondes recherches sur la philosophie; il acquérait des connaissances de tout genre, de manière qu'il fut appelé l'homme le plus savant de son siècle ^. C'était un dialecticien habite, un musicien excellent : il laissa même quelques compositions et quelques écrits sur la musique. Ses connaissances en mathématiques et en astronomie n'étaient point superficielles; il faisait tirer des copies des livres divins et d'autres ouvrages profanes. Douze moines qui savaient le mieux écrire étaient journellement occupés à ce travail; leur nombre n'était pas même limité. Un homme instruit présidait à leurs travaux, les examinait et les corrigeait ^. La bibliothèque du couvent était considérable, quoiqu'on n'y conservât qu'une petite partie des ouvrages copiés. L'abbé en faisait présent à des savants, surtout à ceux qui
* Deux cent vingt-neuf ans après sa fondation par le comte Erlafried. Le second fondateur fut le comte Adalbert de Galba, qui fît cette œuvre pie à la sollicitation réitérée de sa pieuse épouse Wiltrude. Léon IX, qui était petit-fils d'Adalbert, l'y avait aussi exhorté.
« Chron. Hirsaug.^ ann. 1071 : « In omni génère scientiarum evasit doclissiinus et brevi tempore prœceptoribus alUor factus, omnes artes, quas libérales appellant, penc- Iravit. »
* Parce que souvent des moines paresseux s'endormaient, et, pour en finir plus tôt, passaient une partie de l'origio nal, ou bien écrivaient mal.
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étaient sortis de son couvent pour être à la tête d'une abbaye. II en donnait également à des couvents qu'il avait réformés, et dont le nombre se portait à plus de cent, ou à d'autres qui étaient fondés par lui ou par quelqu'un de ses confrères. Parmi ces derniers figurait celui d'Erford, en l'honneur de saint Pierre, bâti sur une montagne du même nom. Dans plusieurs de ces maisons religieuses on s'adonnait aux arts mécaniques, et on les portait à une rare perfection ^ Des moines, pour orner l'église et le monastère, devenaient d'habîles statuaires, d'excellents ouvriers en bois, en fer et en maçonnerie ; ils devenaient même artisans, suivant les besoins de l'établissement^. La crainte de Dieu, la droiture du cœur, l'amour du prochain et l'hospitalité étaient les principales qualités de Guillaume; quiconque l'abordait, riche ou pauvre, était sûr d'être bien accueilli. Il amusait ceux qui étaient dans la joie par le jeu et des cantiques, il consolait les affligés par des paroles affectueuses, aidait le nécessiteux par de riches présents , donnait à manger à ceux qui avaient faim. En un mot,
* Operatores peritissimi.
• Chron, Hirsaug.: « Non sœculares, non mercenarii, non servitores conducti, sed conversi vel monachi barbati fuisse omnes memorantur. Hune vero conversorum ordinem sanctus ipse Wiihelmus abbas in Germania primus iostituit : quorum laboribus adjutus tôt monasleria fuadavit et omnes monachorum necessllales laudabiliier adimplevit. »
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[Ï072] DU PAPE GRÉGOIRE Vil. 207
il servait de modèle jusque dans les contrées les plus éloignées : son nom était connu et béni partout. Il était en tout un homme très-distingué \ maintenant la discipline, l'obéissance et l'ordre parmi les deux cent cinquante moines de son monastère, qui l'aimaient et le respectaient tous.
Ainsi, malgré des obstacles de tout genre qu'on ne pouvait vaincre qu'avec une sorte de violence, malgré les troubles de ces temps malheureux qui empêchaient les arts de se développer, malgré le terrain aride que rencontrait la semence qu'on avait sauvée de l'antiquité, la science ne trouvait pas toujours des rochers et des sables stériles^. Hercand, abbé d'Ilsenbourg, qui devint ensuite évêque de Halbei^tatd, avait fondé une école pour toutes sortes d'arts libéraux, et y avait attiré un grand nombre de savants. Il était parvenu, à force de dépenses, à établir dans son couvent une bibliothèque magnifique qui, plus tard, fut dispersée. Là se trouvait un grand nombre d'écrits sur l'histoire ancienne; Hercand s'appliquait luimême à en réunir les matériaux^. Je passerai sous silence une foule d'autres religieux, à qui nous
* Le règlement de ses moines se trouve en détail dans la Chron, Hirsaug,^ ann. 1070.
« Foy. ce que dit Heeren dans son Histoire de l'étude de la littérature classique au moyen âge, p. 188-192.
* Dans les chroniques, on l'appelle souvent Stephtnas, fFinnigstadii Chron,^ Halberstatd.
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t08 VIE ET PONTIFICAT [107Î]
avons une éternelle reconnaissance de nous avoir conservé les événements de cette époque, tels que Lambert, Herrman et d'autres; ils nous montrent qu'on savait alors écrire avec sagacité et discernement. Liémar, le nouvel archevêque de Brème, était étroitement lié avec la plupart de ces grands hommes'. Mais malheureusement le bruit des armes et l'agitation des grands de l'Etat viennent nous arracher à cette scène touchante et agréable.
Cette même année, aux fêtes de la Pentecôte , Otton, duc de Bavière, sortit de sa captivité et obtint les bonnes grâces du roi ; mais il fut obligé de donner une grande partie de ses biens au souverain et aux amis qui avaient intercédé pour lui. Magnus, ce fidèle et vaillant Saxon, ne reçut pas sa liberté, car le roi était plus irrité contre lui que contre Otton. Celui-ci en était vivement affecté; il aurait facilement oublié son propre malheur, si celui de son ami n'avait pas été pour lui un sujet continuel d'irritation contre le roi. Son cœur, si
* Od ne peut douter que tout cela ne soit l'ouvrage de Hildebrand. Aforce de lutter contre la vente et Tachât des dignités ecclésiastiques, il est parvenu à mettre à la tête des diocèses et des abbayes quelques hommes de mérite qui faisaient fleurir la science et la vertu. Au reste, il faut savoir gré à M. Voigt, ministre protestant, d'avoir déposé les préjugés de sa secte, pour rendre hommage à la vérité. Il sait mieux apprécier les institutions religieuses que ne le font la plupart de nos écrivains prétendus catholiques. (iVore du Traducteur,)
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noble et si chevaleresque, était plongé dans la douleur, il ne pouvait se résoudre à acheter la faveur du prince par l'asservissement de son fidèle allié. 11 songea donc à se venger, et à se faire des partisans pour cet etfet ; il les trouva bientôt, car le roi lui-même vint les lui fournir.
Rodolphe, duc deSouabe, était accusé, peut-être non sans raison, d'avoir formé des projets hostiles contre le roi et contre l'Etat '. Il connaissait le caractère du souverain, il savait mieux qu'aucun autre quelleétait la véritable situation desafiaires; il voyait dans les Saxons des hommes qui détestaient Henri; dans Otton et Magnus, deux princes qui étaient profondément blessés; à Rome, un pape qui multipliait ses avertissements et ses menaces sans que le roi y fit la moindre attention. Peut-être voulait-il profiter de tout cela pour changer la situation de la Bavière vis-à-vis l'Empire. Henri l'invita plusieurs fois à venir se justifier sur les accusations portées contre lui; mais Rodolphe^, ayant devant les yeux le sort d'Otton et la conduite du roi à l'égard de plusieurs autres sujets qui, sans aucune formalité légale, avaient été condamnés par son autorité tyrannique, refusa de comparaître. Sachant que l'impératrice Agnès, actuellement une humble religieuse à Fructuaria, lui
' On ne pouvait rien lui reprocher, sinon qu'il était en bonne intelligence avec Timpératrice Agnès en Italie. PJîster, 2' part., p. 101. AUem.
* «Licol a culpa remoli<simum se sciret, » dit Larab. T. I. 14
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était dévouée, parce qu'il avait épousé sa fille qui est morte peu de temps après son mariage, et qu'il lui avait rendu plusieurs services iraportants, il s'adressa à elle, et la supplia de venir en Allemagne pour conjurer l'orage qui commençait à gronder de tous côtés. Rodolphe, qui s'était toujours montré en héros, prit la résolution de chercher son salut dans les armes, s'il ne parvenait pas à se réconcilier avec le roi, plutôt que de se livrer entre ses mains.
Agnès consulta plusieurs hommes sages, et quoiqu'elle eût rompu avec toutes les affaires de ce monde, }>our ne s'occuper que de son salut, elle résolut, pour rétablir la paix qui est aussi une œuvre chrétienne^, de faire le voyage d'Allemagne. Elle se rendit à Worms, où se trouvaient le roi , le duc et un grand nombre d'évêques, d'abbés et de moines, parmi lesquels ûgu* raient Hugues, abbé de Gluny, Annon de Cologne »t Sigefroi de Mayence> sur la protection desquels Rodolphe comptait beaucoup. Agnès le justifia ni bien, que le roi lui rendit son amitié '\ Mais le d»ç savait que Henri n'oubliait pas facUeqent uoe offense, et qu'il n'attendait que l'ocça^iop 4$ se venger. Otton et Rodolphe, quoique eniiefaii;
* Nec ab ecclesiastica functione alienum fore judicayit.
* Agnès, après avoir lerminé l'affaire de Rodolphe, s'en retourna aussitôt à Rome, où elle vécut encore cinq ans dans la plus grande sainteté. {Note du Traducteur,)
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[tm] DU FAP» ^miQiM VII. %n
d'ailteuFSf 9'6Qtendir^ot facilement'. Berthold (I9 ZuHogap copimaqçait également à remuer* Qeori» voyant TatUtude menaçante des S^xon^, at les dispositions peu fiavor^bies d^ plusieurs gr^ndci de r^mpire, envoyai une ambassade ^ Syim UU roi de P^Qefp;irk| pour lui demander une eutrevui^ k Çardi^^ick) et pour s'assurer da ce côté'* là. 3wen était étroitement lié avee Henri lU» et n'ét^t p»s moins dévpué à spn fil». Henri se ren» dit dow k 3ardewiç|t aveq une wite peu mm^ breuse, hm deux ^onver^ins se firent un accueil cordial, et eurent une conférence seerète ^ U^ quelle révêque Âdalbert, un des conseillers ih Henri^y assista seul. Swen s'engagea p^r serment à soutenir le roi isur terre et sur mer contre ses ennemis, et notAmpient contre les Saxons, Henri promit, de son côté, de lui céder quelques grgn* des possessions sur k fr&ntière. Quoique çeç 6oqt ditions dussent re^er s^erèt^s, les mg»ç^¥» saxons na tardèrent pas à ie» appreivdre pur Tin» dkerétida d'un des ^conseillers du fpi% cq q«j
* Ces 44Uil6 s« trouvfiot dan» ua ^tit çosafar^ cP^Hr
nation de quelques \ignes au monastère de Saiul-Guibert, ii pat*alt que Weif de Bavièpe et Otipn éa Saxe se IropvfiiiBiit fc Woroif . (to ^ezii TMf ?**r,, /iffpf^pi,^ t- y?, p. 1, p. 258.)
* Bruno, de Bello Sax.^ p. 106; Chron, Mag^eb.^ p. 293 ; AnnaUste saxon, ann. 1073.
* Ce n'est pas TarcheYéque de Brème, don^ UQuj» «von^ t|1 \^ mort. Çf^' au Trad.)
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21â VIE ET PONTIFICAT [1072]
n'irrita pas j^eu l'esprit rebelle des Saxons. On était indigné de la conduite du roi. La guerre paraissait inévitable, car on faisait des préparatifs dans la résolution de prendre les armes , aussitôt que le roi ferait connaître la cession de la frontière.
De Bardei/vick, Henri se rendit à Lunebourg. Cette forteresse construite par les ancêtres de Magnus, et transmise, par droit de succession, à Herrmann, son oncle paternel, était à la convenance du roi ^ Il espérait qu'une fois maître de cette place, il en ferait un point de ralliement d'où ses troupes s'étendraient sur les contrées voisines, et mettraient les seigneurs dans l'impossibilité de lui résister.
La ville, située sur les frontières des Saxons et des Luticiens (ces derniers possédaient tout le pays qui se trouve entre l'Elbe, l'Oder et la mer Baltique^), était de la plus haute importance pour les Saxons, qui, à chaque instant, étaient obligés de prendre les armes pour repousser les incursions des Luticiens^. Le roi, qui désirait vive^ ment avoir Lunebourg, s'en empara, et y plaça une petite garnison de soixante-dix hommes sous les ordres d'Ebérard de Nellenbourg, qui devait observer de près Herrmann, parent du duc Otton. Pour colorer son injustice, Henri prétendait qu'à la
* L*AnDaliste saxon, ano. 1073, rappelle un château appartenant à Magnus lui-même.
^ L'empereur Henri leur avait déjà fait la guerre, comme on Ta vu plus haut.
l Lamb., ann. 1073.
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[1073] . DU PAPE GRÉGaiRE VIL !Stl3
mort du duc Otton de Saxe, Lunebourg lui revenait, à titre de donation par Magnus, fils d' Otton, qu'il tenait encore en prison. Après cet exploit, il se retira ; mais Herrmann, à la tête de forces considérables, vint aussitôt assiéger la place ^
Le roi se trouvait, au commencement de Tannée 1073, à Bamberg, où, contre toute justice, il dépouilla le duc Berthold de Carinthie de ses Etats; quoiqu'il les lui eût solennellement garantis à lui et à son fils, qui portait le même nom, et les donna à un de ses parents nommé Marquard. On ne peut savoir ce qui a pu le porter à un acte aussi injuste et aussi révoltant; car il se créait par là un ennemi d'autant plus redoutable, que Berthold était un homme d'une prudence et d'une adresse consommées. Henri apprit dans le même moment que Rodolphe se préparait à exciter de nouveaux troubles ; cependant, à force de négociations, on arrêta encore l'explosion d'une guerre ouverte^. y Les hommes sages qui pénétraient dans l'avenir voyaient devant eux de terribles orages; tous ressentaient une profonde douleur en voyant qu'on violait toute règle de droit et de justice, qu'on brisait partout les limites des anciennes institutions, et qu'on foulait aux pieds ce qui était le chef-d'œuvre de sagesse et de prudence des précé-
* Brun, de Beîlo .Sâur.,p. 106; Annalist saxon, ann. 1073; Lamb,, ann. 1073.
* Lamb., ann. 1073.
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414 TIÉ BT lK)!rtfft(5AT [itffSH
dents Miltef&ins. Cette douleaf était dans Ykme d'Aniion de Cologne, qui jusqu'à préseât avait 6éiil Mè uh freîn aux passions déréglées du roi. Courbé ftotis le poids de Tâge, il se présenta au roi en le priant instamment de le décharger du fardeau dé radtninistration. Le roi accepta sa proposition avec plaisir, car il était souvent obligé de recevoir de lui des leçons sévères; plus d'une fois ses passion^ étaient contraintes de céder à la rigueur et à la fermeté du vieillard*. Ce qui causait le plus dé peine à cet homme de bien, c'était le trafic qu'on faisait à la cour des abbayes et des évêchés; sa réputation même commençait à en souffirir près du saint Siège*.
L'esprit turbulent se montrait de plus en plu* dans la Saie et dans la Thuringe. Ce qui doit devenir l'idée dominante de tout un peuple, doit entrer dans la tête de chaque individu ; il faut plan<> ter dans le cœur de tous une commune pensée pour que chacun sente la nécessité de la mettre à exécution. Rien ne réveille plus un homme et ne lui ddntie plus de vie que la détresse, le besoin et la résistance, surtout lorsqu'il voit dans l'esprit dit peuple le souvenir dé temps plus heureux. C'est pourquoi le malheur est aussi nécessaire à la vie que la tempête à la nature; le bonheur tué au sein
* Sigoaius {de Begm ItaL, lib. IX) ann. 1073) dppelle Farchevéque pœdagogum severissimum. Lamb^, atin^ iwt*
* Baron., ann. 1073.
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iim] Dû PAPU oftfi&ômB Yn. ai»
d'un continuel repo» ; il faut à rbomme, pour vivre, une alternative de bonheur et de malheur. Lé peuple de ces deux pays souffrait horriblement) plus il montrait de résistance^ plus il manifestait la pensée de se soustraire à l'oppression, plus aussi son sort devenait malheureux. Les châteaux forts se multipliaient, les garnisons étaient renforcées^ le pillage devenait plus affreux* Henri craignait que les Thuringiens et les Saxons ne vinssent à oompreiidi^ que leurs intérêts étaient communs» et ne missent ensemble de grands obstacles à l'exé*^ cution de son plan contre la Saxe; c'est pourquoi, pour sauver les apparences de la justice, il voulait soumettre les Thuringiens à un joug qu ils sup* porteraient avec moins de peine, celui du clergé ^ Dans ce dessein, il mit de nouveau sur le tapis l'affaire des dîmes; il s'adressa donc à l'archevêque de Mayence, l'assurant de son appui et de la punition des rebelles, s'il consentait à verser dans le trésor royal une partie de sa recette* Le roi avait un pressant besoin d'argent^; c'est pourquoi, au oommeUcement de cette année, il envoya l'archevêque Annon, et Herrmann, évêque de Bamberg,
' « Ne tnànlfeistse tyrannidis notaretur, si contra inno* centes atque in regniim proprium tam barbara crudelitate graâsaretur^ Ut itnpietaietn suam qiiadam religionis dpecie paUiaret. » On doit pardonner à Lambert, lorsqu'en sa qualité de moine, H parle quelquefois de Henri avec aigreur.
■ Les forts ei les édifices construits sur les hauteurs avaient épuisé le trésor. Labb., Conc, t. ix, p. 1230. (Noté dn Tradùtieur.)
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en Italie, pour y percevoir les impôts qui étaient dus au trésor'; mais les évéques en revinrent bientôt, comme nous le verrons, avec tout autre chose pour le monarque. Sur ces entrefaites, Sigefroi convoqua un synode à Erford^. Le sujet de la discussion était de savoir si les abbayes devaient renoncer à la dlme des terres qu'elles avaient cédées pour des constructions, et si l'archevêque pouvait exiger de ses archiprêtrés plus du quart de la dîme'. Le roi et l'archevêquey arrivèrent au jour désigné, et avec eux une nombreuse suite de savants ou de sophistes^ qu'on avait fait venir de tous côtés, non pour expliquer les canons selon leur sens naturel, mais pour les faire plier aux caprices du prélat et pour soutenir sa cause par des subtilités, au défaut de la vérité. Dans cette réunion se trouvaient Herrmann de Bamberg, récemment revenu de Rome; Hecel de Hildesheim, Epponde Ceits, conseillers du roi, et Bennon d'Osnabruc, qui tous devaient appuyer les intentions du prince et de l'archevêque^. Le synode était admirablement composé pour cet effet, car tous
' HerrmaD Corner, dit : «Romammissi sunt causa colligendorum, quœ régi Romaoorum debebantur. » Fiorentini l'appeUe il denaro regio,
* YI idus martii. V. Labb., t. ix, p. 1230. Lambert dit de rëvéque : ^ Ëpiscopus vanissima spe aaimatus. »
» Mœser's Osnabr. Geschichte, 2' th., p. 103.
^ Lamb. : « Magno grege philosophorum, imo sophistaruiv . »
^ Quoiqu'au rapport de Lambert ils désapprouvassent
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les évéques étaient amis du roi. Herrmann de Bambergy qui avait fait le voyage de Jérusalem, mais sans en avoir rapporté l'esprit que ce temps malheureux demandait aux serviteurs du Christ, avait acheté son évèché à un prix exorbitant, et devait être favorable à Sigefroi et soutenir le roi, lorsque le pape proscrivait la simonie. Eppon se distinguait de tous les autres par son astuce et son habileté dans les procès ou dans toute autre affaire importante; il était sévère, mais aimant le luxe et les dépenses * : qualité qui lui conciliait l'estime et l'attachement de Henri, qui, au reste, eut souvent à se louer de ses lumières. Quanta Bennon, il était intéressé à la perception de la dime, ayant sur les bras une affaire du même genre ^. D'ailleurs, la force des armes devait suppléer, en cas de besoin, aux subtilités des savants ; car le roi avait autour de lui des troupes nombreuses pour réprimer les efforts de quiconque voudrait s'opposer à son entreprise.
leur conduite; car Lambert dit : « Ne libère, quod sentiebant, eloquerenliir, et régis terrore et privata archiepiscopi ainicilia iohihebaotur. »
* Pau H Langii, Chron, Numburegens. : « Prudens et facundissinitis et in exequendis rébus causisque arduis peritus.... Henr. Ëpisc. Epponem propter siogularem ipsius et industriam et reriim experientiam valde dilexit, assumlum inter amicos suos et consiliarios praecipuum et carissimum habuit. Qui videns se honora ri a rege, ei compta* cere gestiens eum, quocumque pergebat, comitabalur.
« Mœser'$ Osnabr. Gesch, 2' th., p. 103.
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«i f lE CT POJïtlMCAt [tm]
La prikiôipale espérance des ThuringiènA étftit dans les dettjc abbés de Fulde et de Hersfeld, parte qu'ils possédaietit ilti grand nombre d'é* glises levant dtknes et une quantité de belles terres dans la Thuringe. Les deux abbés étant interpellés de payer la dtme, commencèrent par prier l'archevêque de ne point porter atteinte aux anciens droits de leurs monastères, qui étaient fondés sur les privilèges de Gharlemagne, sur les règlements des archevêques de Mayence, ses prédécesseurs, et sur des bulles de plusieurs souverains pontifes ^ et qui n'avaient jamais été attaqués par aucun évêque de Mayence jusqu'à Luîpold. L'archevêque entra en colère, et répondît que séS prédécesseurs avaient gouverné l'Eglise de Dieu en leur temps comme il leur avait plu; que, comme leurs diocésains étaient encore presque néophyte^ et faibles dans la foi 2, ils leur laissaient, par tin sage ménagement, bien des choses qu'ils prétendaient que leurs successeurs retrancheraient avec le temps ; mais que, comme leur église est maintenant adulte et suffisamment affermie^; comme il M leur donnait plus le lait comme à des enfants, mais
* 8igon., Hisi* de refçno ItaL^ ann. 1073.
^ n faisait aUusion sans doute à saint Boniface, l'apôtre des Allemands, cal* nue composilion de 1069, ap. Schoitt^ gea et Kreisig, t< i, p. 25, dit : « Archiepiscopus sicut de cœteris intra parochiam sudm habitanlibus, ita et de ser* vis et coioMù sancti Bootfacii décimas aibi Tindioaliat» «
' Jam adulta, wl potitts senescente eccleaîAé Lamé,
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[im] Dû PkPt 6»fiGoiRE tu. Il*
une nourriture plus solide, il prétendait ekiget d'eux l'exécution des lois ecclésiastiques, il y ajouta ^u'il fallait de deux clioses l'une, ou se séparer de l'unité de l'Eglise, ou se soumettre à ces Idis. Sur cela les Thuringiens conjurèrent l'archevéqUe que, si l'autorité du souverain pontife, les privilèges de Charlemagne, et l'indulgence de ses pré* décesseurs ne pouvaient le fléchir, il laissât &U moins partager les dîmes suivant les canons et l'usftge universel de toutes les églises, et qu'il se contentât d'en prendre le quart et de laisser le reste aux autres églises. L'archevêque répondit qu'il n'avait pas pris tant de peine, ni remué cette affaire depuis près de dix ans, pour rien céder de se* droits et pour laisser partager la dîme à leur gré ^ . Cette contestation dura deux jours entiers sans qu'on eût rien décidé. Les Thuringiens voulaient en appeler au saint Siège; mais le roi, prenant Dieu à témoin, protesta que, si quelqu'un osait le faire, il le punirait de mort, et ferait dans ses terres un tel rav&ge qu'on s'en soUviendi-ait pendant des siècles; L'abbé de Hersfeld, effrayé du
* Cette réponse ne rappeUe-t-elle pas celle que fil à un religieux de son ordre le célèbre Hardouin : « Croyez-vous » donc, disait-il, que je me serai levé toute ma vie à quatre » heures du malin, pour ne dire que ce que d'autre^ « avaient déjà dit avant moi ? » Son ami lui rt^pliqud : « Mais » il arrive quelquefois qu'en se levant si malin, on composa ^ sans être bien éveillé, et qu'on débile les rêveries d*uûe vtââùVaifte nuit pour des vérités détùèniréeë. » (AvDtltT.)
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péril des siens, laissa au roi la décision de cette affaire, le priant de la terminer conformément aux règles de la justice. Après une longue délibération ^ on arrêta que dans dix églises où l'abbé recevait la dlme, il en aurait les deux tiers, et l'ar* chevéque le tiers, et que dans les autres églises ils partageraient par moitié; enfin que rarchevéque recevrait toute la dtme des églises de sa juridiction, et que ses domaines, en quelque diocèse qu'ils fussent, seraient affranchis de cet impôt.
Quand les Thuringiens virent l'abbé ainsi subjugué, ils se crurent perdus, parce qu'ils avaient compté principalement sur son habileté et sur son éloquence ; ils promirent donc de payer la dîme. L'abbé de Fulde résista encore pendant quelques jours ; mais comme il ne pouvait obtenir la permission de s'en retourner chez lui sans avoirapprouvé la décision du synode, il céda à la force, et consentit à partager les dîmes par moitié avec l'archevêque, à condition cependant que ses domaines en seraient exempts comme les siens. Le roi défendit aux deux abbés, sous peine de perdre ses bonnes grâces, de faire un appel au saint Siège, de quelque manière que ce fût^
* Lambert donne ici des détails particuliers, et il est probable qu'il les tenait de son propre abbë de Hersfeld. Cependant on ne peut décider si des légats du pape furent présents à ce synode, ou bien à celui qui fut tenuà Mayence en 1067 sur la question des dîmes. Nous avons encore deux lettres de l'archevêque Sigefroi à Hildebrand et à Alexan-
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[1073] DU PAPE GRÉGOIRE VII. m
En quittant le synode, le roi se rendit à Ratis* bonne pour y passer les fêtes de Pâques; il y fut accompagné par les grands de l'Empire, dont plusieurs reçurent des marques particulières d'amitié, entre autres ceux qui lui avaient montré un entier dévouement : de ce nombre était Rodolphe de Souabe. Mais le roi avait gravement offensé les Thuringiens , en faisant intervenir son autorité dans le synode. Leur mécontentement dégénéra en une haine amère : ils voyaient avec un extrême déplaisir qu'on ne faisait aucun cas de leurs droits, consacrés par une longue suite de siècles ; ils sentaient qu'il était déshonorant pour eux d'être soumis aux caprices d'un prêtre, par un roi qui, méprisant leurs droits de justice et de liberté, était indigne du respect de ses sujets. Ainsi, au sein de l'Allemagne, tout était divisé et dans une horrible confusion. Le feu de la révolte
dre II. Dans la première, il remercie Tarchidiacre : « Quod omnibus el legationibus et rationibus nostris, quas ad sedem aposlolicam direximus, semper dexter stetistis el in omni disceplalione et negotio semper partes nostras, sapienliae et bonae voluntatis ^estrae sculo defendistis. » Il le prie de faciliter l'accès du trône pontifical à la députa* tion qu'il envoie, ajoutant qu'il ose compter sur son appui pour amener son œuvre à bonne fin, et porter le pontife à envoyer un légat au susdit synode. Dans la lettre au pape, il le prie d'envoyer un légat, pour tout régler, ou d'approuver par écrit les actes du synode, et de menacer d'excommunication les Thuringiens rebelles. Fox» ^^^ lettres dans Goleti, Conc. sacros., t. xii, p. 226, 227, et dansLabb., Co/ic.^ t. «, p. 1232 et 1233.
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SW VIB BT PONTIFICAT [|«7«3
était encore caché, mai$ il était embrasé dans tout l'intérieur du pays ; tous prévoyaient qu'il éclaterait bientôt avec un horrible fracas. L'é* pée était encore dans le fourreau, mais le dépit et la vengeance étaient dans tous les cœurs, Deui^ peuples qui avaient juré une haine éler^ nella au roi étaient disposés si de sanglants com* bats; blessés, humiliés, aigris, poussés à bout par la destruction de ce qu'ils avaient de plus sa« cré, de ce qu'ils avaient de plus fortement à cœur, leurs droits et leurs libertés ; exaspérés chaque jour par le pillage de leurs biens, par le désbonneup de leurs femmes et de leurs filles, par l'incendie de leurs demeures, ils ne pouvaient plus se contQ* nir, surtout quand ils pensaient que tout cela venait d'un roi qui cherchait uniquement à les subju-* guer, sans pouvoir dompter ses propres passions { qui commandait l'obéissance, lorsque lui-môme n'observait aucune loi; qui punissait l'injustice et la violence, tandis que sous ses yeux on se livrait à toutes sortes d'infamies et de brigandages. Réduits à cette extrémité, les peuples de la Saxe et de la Thuringe regrettaient les anciens temps, où ils étaient plus heureux et plus libres, et se déterminaient à la guerre.
Si l'orage qui était suspendu sur F Allemagne était terrible, celui qui grondait du côté du midi était plus effrayant encore. Depuis la victoire que l'autorité pontificale avait remportée sur le roi H^qjci;
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[107»] DU PAPS çK^&oiRE ^n. sas
à Focca^ion de gon divorce, elle faiss^it tous les jours un pas de plus, Hildebraud s'occupait avec un soia particulier des affaires de Milan, et il par^ vint à extirper, au gré de ses désirs, la simonie. Le pape fit la guerre au ruême vice en Allemagne, comme on Tavait fait en Italie. Il invila à comparaître devant son tribunal les évêquesde Mayence, de Cologne et de Bamberg, Il leur reprocha viver ment de ne s'être pas opposés avec toute l'énergie de leur âme à la vente des dignités ecclésiastiques, de l'avoir encouragée, au contraire, en consacrant ceux qui les avaient achetées, et en entretenant avec eux des rapports d'amitié. Le pape leur parlg avec tant de sévérité et d'une manière si mena^ çante, que Sigefroi voulut se démettre de son archevêché, aûn de servir Dieu dans la retrait^ p^r une conduite plus régulière.
Mais le pape n'y consentit pas, ceux qui étaient présents le détournèrent de sa résolution. Herrmann de Bamberg, qui était accusé de simonie, B'ignorait pas les graves inculpations qui pesaient sur lui. Mais on dit qu'il avait eu la précaution d'apporter avec lui dé riches présents pour le pape, et que par ce moyen il l'adoucit si bien, que non-seulement il lui pardonna, mais lui conféra le palUum el les autres honneurs archiépiscopaux ^
' Lamb.., ann. 1070. Plusieurs auteurs combaUent oeltc oploioD. BaroDÎus, anu. 1070, croit que riodulgeBce du pape à regard de ce prélat suggéra à Lambert Tidée de la Qarruptioo. Fiorel^t,i^i combat au^i cette ft€cuMtioi9 avec
Tous furent obligés de promettre à Alexandre, sous la foi du serment, de ne plus se rendre coupables de pareilles fautes ; ils furent ensuite congédiés en paix. Annon reçut du pontife quelques reliques, entre autres le bras de saint Gésaire martyr.
Peu de temps après arrivèrent de l'Angleterre à Rome des légats de la part de Lanfranc, archevêque de Cantorbéri, une des plus grandes lumières de son siècle; distingué par sa science et sa vertu, il avait dirigé pendant longtemps comme abbé plusieurs écoles savantes dont la renommée était parvenue aux contrées les plus lointaines : ce ne fut pas sans regret qu'il accepta dans ces temps malheureux une dignité si importante, car il aimait mieux vivre dans la retraite et se livrer à l'étude' ; c'est pourquoi il avait prié le pape de
beaucoup de vivacité, et Muratori la trouve peu vraisein« blable.
* Lanfranc, qui a pris l'babit au monastère du Bec, tStait devenu abbë du couvent de Saint-Etienne, à Caen. Il avait refusé l'archevêché de Rouen, malgré les vives sollicilations du clergé de celte ville. Guillaume le Conquérant, qui connaissait son mérite, voulait l'avoir en Angleterre ; il lui offrit donc Tarchevéché de Cantorbéri : mais Lanfranc résista au roi, et n'accepta qu'après avoir reçu un ordre du saint Siège. On sait que Lanfranc était le plus terrible adversaire de Bérenger. La méthode dont il se servait pour le réfuter était celle de TcrtuUien et de saint Vincent de Lérins. Le morceau suivant nous en fournit un modèle, en nous montrant en même temps quelle était la croyance de l'Eglise à cette époque : « Si ce que vous » croyez du corps de Jésus-Christ est vrai, il s'ensuit que
le déefaapger (J'un si pesant fardeau, et de le renvoyer dans son couvent; saais le pape était lom d'y consentir. Lanfranc demanda donc par ses légats le pallium, que, d'après un ancien usage, les archevêques anglais allaient eux^-mémes demander à Rome^ pour montrer par là leur dépendance du saint Siège; cependant, depuis Jean XX (1027), cela était tombé ei» désuétude. Hildebrand sentait toute l^importanee d'une pareille coutume, pour
9 )9i^ çe qae TEgl^ i¥)i^^rii^U.« répmdw dani; toutes les » nations en croit est faux. En effet, tous ceux qui aie glori- » fient d'être chrétiens, de quelque pays qu^ils soient, seglo- » rifieat a^ssi de recevoir dans l'£uchari&ti« la vrai« chair » que Jésus-Christ a prise danç leseiq delaVierge.IafceiTCJig^ » tous les peuples de TOccident qui ont quelque conpais- » «aoee de la langue latine ; interrogez les Grecs ; demandez » avtr\ Ajripénteos et à tous )e$ autres chrétiens des diy^mca )^ nations du n^onde; ils vous répondront tous unanime-
• ment qu'ils professent la même foi. Or, si lajfoi de PEglise » universelle peut Hve fmisse, il faut dire, ou qu'il n'y a ja* » mais eu d'Eglise catholique, ou que rï;glise a péri : hiag- » phème dont tout catholique aura horreur.... Vous ré- » pondrez : l'Ëglise a été, elle s'est étendue dans tout le « ponde ; mm^ par l'igoor^ce de ceux qui ont n^al en- » tend^ l'Ecriture, elle est tombée dans l'erreur, elle a » péri. Proposition sacrilège dont l'Evangile, les prophètes
* et Les saints P^qs ont déopioalré la fjpiu^setë ! Le Seigneur » a promis à sa sainte Eglise qu'il ne l'abandonners^it ja- » mais : Fbia', lui a-l-il dit, que Je suis avec vous tous les AJOUTS jusqu'à la consommation des siècles. » (Lanf., de i?i«cAarw/.)— S.Auguslin s'était déj^ servi du mê«ae raisonnement contre les Donatistes : « Ecclesia jam non est, periil. O impudentem vocem! T. iv, p. 1106.» {Note du Trad.)
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l'exécution de son plan, c'est pourquoi il écrivit à l'archevêque la lettre qui suit^ :
« Nous avons appris avec peine ce que vos dé-^ pûtes nous ont annoncé de votre part, et il nous en coûte beaucoup de ne pouvoir satisfaire votre désir en vous envoyant, quoique absent, \epallium. Que cela ne vous cause aucune peine; car si nous avions vu que de notre temps on eût accordé cette faveur à un archevêque absent, nous vous aurions certainement fait partager cet* honneur sans vous causer de fatigues. Mais nous regardons comme de la dernière importance que vous ve-^ niez vous-même au seuil des apôtres, afin que nous puissions conférer ensemble sur cette affaire et isur d'autres. Au reste, quand nos légats arriveront auprès de vous, recevez-les avec votre bienveillance accoutumée, et cherchez à faire ce qu'ils vous diront, avec la soumission qui convient à im fils de l'Eglise et à un saint prêtre.» L'année suivante Lanfrancviût se jeter aux pieds du pape, avec Thomas, archevêque d'York, pour recevoir le pallium. Le pontife les accueillit avec respect et affection, comme des prêtres du Seigneur. Il rendit à Lanfranc des honneurs tout particuliers ; car lorsqu'il fut présenté, Alexandre se leva de son siège, s'approcha de lui et dit qu'il ne lui donnait pas ces marques d'estime parce qu'il était ar^
" La lettre est dans Baron., Annal,^ ann. 107(K
chevêque, mais parce qu'il était son ami et son maître dans la science ^. « Maintenant, continuat-il, que j'ai fait pour vous ce que demandaient l'honneur et Festime, faites vous-même ce qu'exigent la justice et l'usage de tous les archevêques, prosternez-vous aux pieds du représentant de saint Pierre. » Lanfranc fit cet acte d'humilité, et reçut avec des marques d'affection ce qu'il était Tenu chercher ^
Ainsi en très-peu de temps on vit aux pieds du pape quatre archevêques, qui reconnaissaient leur infériorité et leur dépendance, et qui apprenaient que le pontife romain , comme le monde, pouvait les juger, les honorer ou les dégrader. Le pape les avait tous gagnés, car la cour de Rome savait parfaitement que quiconque veut gouverner la foule, doit d'abord gagner ses chefs qui sont la voix du peuple. En Allemagne, tout émanait désormais de Cologne et de Mayence ®;
* Que ces paroles sont belles! elles sont un hommage éclatant rendu à la science, que la cour de Rome a toujours si puissamment encouragée. {Note du Traduct,)
* Wilh. Malmesb., de Rébus gest. Pontifie. Anglicorum^ Dans une lettre de Lanfranc au pape, il parle de deux/?â/lium que celui-ci lui aurait accordés comme une faveur particulière : « Unum de altari ex more, alterum quo sanctitas vestra missas celebrare consueverat *. »
* Témoin la cooduite de Sîgefroi dans l'affaire de Char* les, évéque de Constance».
* On ne trouve dans l'histoire que deux autres exemples dé ces 4eut pûUium; l'un pour Hincmare de Reims, l'autre pour Bru* non de Cologne. {Note du Trad.)
ms VIE ET POMnFlCAt [1073]
c'est laque les prélats pouvaient être jugés, déposés ou consacrés» au nom du saint Père. L'administration d'Annon mit TEtat entre les mains du pontife romain* Le pape choisit Lanfranc pour son légat en Angleterre, et lui donna toute autorité dans les décisions ecdésiastiques ^ L'année suivante, Lanfranc montra» dans la discussion avec Thomas, archevêque d'York, relativement à la prééminence du siège de Cantorbéri, quel digne champion la cour de Rome avait acquis en sa personne. Lanfranc parla du siège de saint Pierre dans des termes que peu d'écrivains avaient en^ core employés en Angleterre^ : « Le Seigneur, notre rédempteur, dit-il, a adressé ces paroles à l'apôtre : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon £;glise, je te donnerai les clefs du royaume
^ ^ Dans une lettre d*Alexaiidre à Guillaume le Cooquérant, il s^exprime ainsi : « la causis pertractandis et definiesdiB lia aibi nostr» et apostoiicser auctoritatis vieem dedimus, ut quidquid in eis, justitia dictante, determina- ▼erit, quasi in nostra prsesentia definitnm, deinceps fir-* mtim et indksolubile teneatur. » P^qx* Labb., t«iiK, p. 1124. * Le langage de Lanfranc semble étonner M. Voigt ; ce- ^piendant tl n'a rien d'extraordinaire, car ce que dit Lanfranc an sujet du saint Siège a été dît par les ëvèques, les concile, les Pères et les docteurs de tous les siècles. Les pMHsIes de Lanfranc ne renferment rten de nouveau. Saint Augustin, pour ne citer qu'un seul, parie aussi clairement «fuanid il dit r v In romana Ecclesia semper apostolicœ cathedrœviguitprincipatus (t. ii, p. %iy, Dnoconcâia missa suot ad sed^m ^ostôlicam,inde eliam re^crîpta venerunt, «Misa finita est» error uiinam finiatur. » T. iv, p^ 4ia« {Noie du tradttct,)
des cieux ! S'il l'avait voulu, il aurait ajouté : Et je veux donner le même pouvoir à les successeurs. Mais de ce qu'il ne l'a pas dit, il ne suit pas que les successeurs de Pierre n'aient pas droit au même pouvoir et au même respect. Car tous les chrétiens ont dans le coeur cette pensée qu'ils doivent trembler aux tnenaces du successeur de saint Pierre , et se réjouir quand son visage est serein. Car, en matières ecclésiastiques, tout est terminé dès qu'une sentence est approuvée par le jugement du saint Siège. L'Eglise romaine est supé** rieure à toutes les autres Eglises ; ce qui est approuvé par elle, doit l'être dans toutes les autres; ce que le Christ dit à Pierre, il Ta dit par lui à tous ses successeurs ^ » Lanfranc gagna son procès sur la prééminence, il triompha^ et se montra digne de son rang^* A partir de ce moment il agit conformément aux vues du saint Siège, faisant la guerre à la simonie et à l'incontinence des clercs', élevant et déposant des évêques. Lanfranc conserva pourHiidebrand une estime et une affection sans bornes ^ il promit de lui témoigner la
* Ces paroles se trouvent daos Baron., JlnnaL,Sinn. 1072. Cest avec plaisir et à dessein que je cite les paroles des contemporains qui ont joui de quelque importance, afin qu'on puisse apprendre dans ce livre à connaître non-seulement Grégoire, mais Grégoire et son siècle.
* Voy. CoXeW^ Coliect. sacras,^ t. xii, p. 194; et Labb., t. IX, p. 1216.
' Lanfr., Canon., epist. iv, in Colet, Coll. conc, xn, p. 202; et Labb., t. ix, p. 1216.
reconnaissance qu'il lui devait, chaque fois qu'il en trouverait Foccasion'.
Ainsi raffermi par la considération des archevêques et d'une grande partie des évoques; ainsi soutenu par le glaive des Normands et par la puissante maison de Canosse, le pape résolut, à la fin de ses jours, de mettre à la vie déréglée du roi d'Allemagne quelques bornes qui seniblaient nécessaires pour le salut de l'Eglise et le bien de toute la chrétienté* Depuis longtemps on avait reçu à Rome la nouvelle du mécontentement des Saxons contre le despotisme et l'inconduite du monarque. Le saint Siège pouvait compter sur la disposition des peuples, et tenir au chef de l'Etat un langage plus ferme et plus sévère, puisque ses avertissements doux et paternels n'avaient produit aucua effet. Lorsqu'au printemps le pape se trouvait à Lucques, Béatrix et Mathilde se rendirent près de lui j on délibéra sur les ipoyens de ramener Henri à de. meilleurs sentiments. On voulait d'abord le traiter avec ménagement, à cause de sa parenté avec ces deux princesses; mais on jugea par tout ce qui s'était passé que l'indulgence serait inutile^. Lors donc qu'Annon de Cologne et Herrmann de Bamberg voulaient quitter Rome pour s'en retourner en Allemagne, Alexandre Içur donna des lettres pour
* La lettre est daos Baronius, ann. 1072.
^ FiorcntiDÎ, anD. 1072 ; Dommisoo, Fita Mathildis.
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fl073]: DU PAPE GRÉGOIRE VII. 231^
le roi, avec l'invitation de comparaître devant le siège de saint Pierre, afin de rendre compte de sa conduite et de sa vie passée, et de se justifier sur la simonie et sur d'autres méfaits non^ moins graves*.
C'est pour la première fois qu'on reçut en Allemagne une pareille nouvelle , de cette Italie sur laquelle les empereurs germains avaient régné si longtemps, de cette Italie qui si souvent a été forcée de se soumettre à leur glaive triomphateur, et de plier sous leur pouvoir arbitraire. Si , dans toute l'étendue de l'Allemagne^ l'indignation des peuples n'avait pas été à son comble, si des populations entières n'avaient pas déjà appelé la vengeance du Gielsur les injustices du roi, et qu'elles n'eussent pas formé le vœu de le voir puni par des malheurs semblables aux leurs, cette nouvelle aurait causé une surprise générale, elle aurait jeté tout le monde dans la consternation , et soulevé l'Empire contre le pontife de Rome. Car le peuple d'Allemagne était toujours attachée ses princes, il lesentourait avec joie dans la paix comme dans la guerre, leur restait fidèle dans le malheur, même sous le poids d'une usurpation étrangère^ 11 soutenait leurs sceptres, combattait pour leurs couronnes et priait pour leurs familles , même sur le champ de bataille.
* Abbat. Ursperg, Chron.y ann. 1073; Olto Frising^ yi, ç. 84.
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Mî VIE ET PONTIFICAT [1073]
Oui, si Henri avait possédé le cœur de ses sujets, les Allemands ne seraient pas restés indifférents dans cette circonstance ^; du moins ils n'auraient pas montré de joie à la réception d'un pareil avertissement.
Cependant cet acte ne produisit d'autre effet que celui de faire rentrer momentanément le prince en lui-même, et de lui faire prendre la résolution passagère de changer de conduite. Car Henri devait nécessairement faire de sé-^ rieuses réflexions sur sa position actuelle : il avait près de lui deux peuples extrêmement irrités et des seigneurs puissants dont la fldé^ lité devenait de jour en jour plus chancelante; il avait autour de lui des évêques dévoués au siège de Rome, et dont le chef menaçant avait pou^ défense, non-seulement sa puissante parole^ mais encore la force des armes^
Telle était la situation des affaires lorsqu'on apprit la mort d'Alexandre, qui a expiré le 22 mars^ 1073 ; il est probable que les résolutions de Henri s'évaporèrent aussitdti Alexandre acquit aux yeux de la postérité la gloire d'avoir entrepris et exé-* cuté ce que demandait son siècle; d'avoir posé la base du développement de la papauté} d'avoir
* Peu d^aateurs oot cru celle circohsUitce digne de leur Altention , et OU n*â pai même conftet^é là lettre d'Alexandre..
» D'après d'autt-es écrivaint. le 3S. LatAbért D'en indique pas le jour.
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ouvert un chemin que devait parcourir un grand homme, à Tétonnement de tout Tuniv^rs. Si on ne voulait reconnaître dans ee pontife qu'un braâ vigoureux dont se servait un esprit plus puissant, il mériterait encore l'éloge d'avoir eu la force de laisser faire ^ Mais Alexandre était plus qu'un instrument de Hildebrand ; il partageait sans doute ses idées, il était intimement convaincu qu'elle^ étaient utiles et nécessaires^qUoique dans son esprit elle n'eussent pas encore la clarté, la perfection et la vivacité qu'on pouvait désirer, quoique dans sa conduite elles ne fussent pas encore en parfaite harmonie. Mais elles ne pouvaient pas avoir dans sa tête la même vivacité qu'elles avaient dans celle de Hildebrand, parce qu'il les avait empruntées; tandis que Hildebrand les avait conçues et pouvait seul les conduire à leur maturité; car les idées ne reçoivent leur vie, leur énergie, leur force invincible, et ne se produisent dans le monde, avec toutes leurs conséquences, que par celui qui les conçoit, qui les nourrit, qui les fortifie et leur donne toute l'impulsion nécessaire^.
' Le soldat ne partage-Uîl pas la gloire d'avoir gagoé uoe bataille, quoique le général seul ait pu, par son génie, ' rendre utile la bravoure du guerrier?
* Cest pourquoi toute guerre contre les idées est inutile. L'idée ne meurt jamais, quoique le voile sous lequel elle est présentée puisse être détruit ; après avoir parcouru sa carrière, elle rentre dans l'éternité, où elle continue de vivre éternellement.
Digiti
234 VIEET PONTIFICAT DU PAPE GREGOIRE Vlh
Le caractère d'Alexandre est dans ses actes. 11 a montré dans tout ce qu'il a fait une grande force d'âme, une volonté ferme, une résolution inébranlable, une piété sincère, un esprit vif, accessible aux bons conseils, et prompt à les réaliser. 11 était expérimenté dans les aflhires du monde et savant dans les choses de Dieu. Sa conduite était irrépréhensible, son abord facile et agréable. Il était généreux envers les pauvres, zélé surtout pour l'aRranchissement de l'Église, en sorte qu'on pouvait dire que, grâce à ses soins, l'Église, longtemps asservie, fui rendue à son antique liberté ^ Enûn, sa vertu était telle, que plusieurs de ses contemporains lui attribuaient le don des miracles*.
• Ce portrait est presque en entier d'après Pierre Da-. mien. Otto Frising, vi, 34 (d'où le dernier traité est tiré). Desider. Cassîn.
* Léo Qstiens., ni, 35. Il avait gouverné l'Eglise peqdant onze ans six mois et vingt et un jours.
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