‹ Histoire du pape Grégoire VII et de son siècleChapitre 21 sur 31 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Appel des Saxons au saint-siége. — Lettres de Grégoire à Henri. — Délivrance d'Otton de Nordheim. — L'empereur méprisant les menaces du pape. — Conciliabule de Worms. — Le pape accusé et déposé. — Adhésion des évêques de la Lombardie. — Lettres de Henri aux Romains et à Grégoire. — Fureur des Romains en apprenant la déposition du pontife. — Excommunication et déposition de Henri. — Dicfatus papœ. — Lettre du pontife aux fidèles d'Allemagne. — Terreur générale répandue par l'excommunication. — Les deux fils de Géron. — Les prisonniers saxons recouvrant la liberté.

Enfin la demande que Henri fit au pape de déposer les évêques qui avaient pris les armes contre lui, amena l'éclatante rupture qui se préparait depuis longtemps. Henri représentait les prélats comme infidèles, parjures, séditieux, indignes de gouverner désormais l'Église de Dieu. H croyait donner au pontife la première nouvelle du succès de son expédition contre la Saxe 5 car il avait fait garder avec soin toutes les issues, afin de le laisser dans une ignorance complète à ce sujet. Mais les envoyés de l'empereur trouvèrent Grégoire déjà instruit de tout ce qui s'était passé ^ Les Saxons s'adressèrent également au

1 Les vers qui terminent le chapitre précédent sont probablement du xf siècle. Au moins Scherz dit, dans sa préface à cet hymne : « Auctor ante seculum xi finitum non detur vixisse , née tamen ultra seculum xii illum collocaverim ; loquendi ratio ostendit illum vel Coloniensem , vel in terris non longe a Colonia Agrippina remotis natum et educatum fuisse. » Je ne comprends pas ces mots de Pfister {Schwab. Gesch., i , page 179) : «Le panégyrique de l'évêque Annon est une petite « production poétique de l'époque des Carlovingiens. »

2 Annal. Saxon., ann. 1075.

siège de Rome, comme au seul tribunal qui pût mettre quelques bornes au despotisme impérial, comme au second défenseur de l'humanité. Le pontife n'avait pas encore reçu des plaintes aussi graves que celles que lui firent les Saxons.

Ils lui exposèrent l'affreuse situation de l'empire. » La raison et la '> modération, disaient-ils, ne président plus au gouvernement; l'avaî» rice, l'orgueil, la cruauté sont les compagnons inséparables du roi. 3» L'Église dans sa détresse demande du secours. Plusieurs se sont 5> mis au premier rang par le pillage et le meurtre 5 sur tous les autres » pèse le plus dur esclavage. Le roi ne songe qu'à se livrer à la chasse 3» et aux plus honteuses débauches. Le genre et le nombre de ses 5» crimes ne peuvent se dire. Des prêtres dissolus, des femmes de 3» mauvaise vie, déjeunes voluptueux forment son conseil, ce sont 3» eux qu'il consulte sur le choix des évêques, des prélats et des abbés. » Il fait des sacrifices à Vénus, célèbre des fêtes en son honneur, et 3> mène la vie la plus dissolue. Un tel roi n'est pas digne de régner. 3) L'empire est un fief du siège de Rome K Ainsi le pape et le peuple » romain doivent aviser à une meilleure forme de gouvernement et î> choisir pour roi, dans une assemblée générale des princes, un 3> homme qui soit plus digne de porter la couronne ^ '>

Les plaintes des Saxons ne surprirent point le pape. Avant la soumission des princes de la Saxe, il avait déjà écrit une lettre sérieuse et menaçante à Henri , pour réclamer contre le choix de plusieurs évêques. La lettre portait pour suscription ces paroles significatives : Ju roi Henri salut et bénédiction apostolique , s'il obéit au siège apostolique, comme il convient à un chrétieii.

«t Après avoir mûrement considéré et pesé le compte rigoureux que » nous aurons à rendre au souverain juge de l'administration qui » nous a été confiée par saint Pierre , le prince des apôtres , nous )> avons hésité à vous envoyer la bénédiction apostolique , parce que

* Auctor Vitœ Henrici : Non decere tam flagitiosum, plus notum crimine, quam nomine , regnare : maxime cum sibi regiam dignitatem Roma non contulerit ; oportere Rom* jus suum in constituendis regibus reddi.

Proponunt deinde imperiura beneficium esse urbis œternœ. Avent.

2 L'auteur de la Vie de Henri dit : Ils inventaient « quse pessima et immundissiraa potuit odium et livor excogitare. » Herrman. Corner., Chron., 1075 : « Plura scandalosa et enorraia contra ipsum testati sunt. »

VOUS ne cessez de communiquer sciemment avec des hommes qui sont sous le poids des jugements du saint- siège et des anathèmes d'un concile. Si cela est vrai, vous savez vous-même que vous ne pourrez recevoir la grâce de la bénédiction divine et apostolique , à moins que vous n'ayez éloigné les excommuniés , et obtenu par la pénitence le pardon d'avoir eu des rapports avec eux *. Si vous vous sentez coupable , nous conseillons à Votre Excellence d'aller trouver un pieux évêque , qui , avec notre permission , vous absolve en vous imposant une pénitence proportionnée à vos fautes , et qui , de votre consentement , nous fasse connaître par écrit la nature de cette pénitence.

» Au reste , nous avons lieu de nous étonner qu'après vous être montré si humble et si docile dans vos lettres , après vous être dit si souvent le fils respectueux et dévoué de l'Église , vous fassiez paraître tant de roideur dans votre conduite et tant d'animosité contre les actes et les décrets de l'autorité apostolique. C'est ce que confirme encore votre conduite à l'égard des églises de Milan, de Firmano et de Spolète. En ajoutant une blessure à une autre , en violant tous les canons , vous avez disposé de ces églises comme si un laïque pouvait en disposer en faveur de personnes inconnues. Il convenait à la dignité royale , puisque vous vous reconnaissiez pour le fils de l'Église, d'avoir de la déférence pour son chef, pour saint Pierre, le prince des apôtres, à qui le troupeau de Jésus-Christ a été confié. Nous savons que celui qui ne refuse pas à Dieu la soumission , exécute sans hésiter ce que nous publions comme les enseignements des saints Pères et respecte nos décrets comme s'il les recevait de la bouche même de l'apôtre. » Parlant alors du concile tenu à Rome au commencement de l'année , Grégoire continue en ces termes : <c Dans les canons de ce synode, nous n'avons fait que 3» renouveler, vu l'état déplorable de l'Église, les règlements et la » doctrine des saints Pères 5 n'établissant rien de nouveau , ni rien de 3> notre propre fonds , nous avons prescrit d'observer la disciphne » primitive , et de suivre , en abandonnant l'erreur , la route déjà

* Qu'on ne soit point choqué de ces paroles. Selon la jurisprudence de l'époque, il était sévèrement défendu d'avoir des rapports avec un excommunié , et l'on était excommunié soi-même lorsqu'on ne les rompait pas. {Note du Trad. )

3» tracée par les saints, comme règle de discipline ecclésiastique*. Ce >> décret , regardé comme une insupportable tyrannie par ceux qui 5» préfèrent les biens de ce monde aux honneurs divins , nous le re- 5> gardons au contraire comme la lumière et la voie du salut que y> doivent suivre non-seulement vous et tous les évêques de votre » empire, mais encore tous les princes et tous les peuples de la •^ chrétienté ^ D'ailleurs nous vous avons mandé que, si l'évocation 3» de ces sentences des saints Pères blessait vos intérêts ou la justice , 3» et si nous pouvions en tempérer la rigueur sans manquer aux lois ^» divines, nous nous empresserions de souscrire aux conseils des '» hommes pieux qui nous l'auraient fait comprendre. Il valait donc » mieux vous rendre à cet amical avertissement, que de violer les )> décrets apostoliques. Nous vous avertissons , dans notre charité » paternelle , de reconnaître l'empire du Christ , de songer combien « il est dangereux de préférer votre honneur au sien , et de procurer » de toutes vos forces la liberté de l'Église, à laquelle il est uni par î> de célestes liens. La victoire qui vous a été donnée sur vos ennemis » doit augmenter votre reconnaissance envers Dieu , qui vous accorde 'V cette grande prospérité ^. »

Mais ces avertissements firent peu d'impression sur un prince fier de sa victoire. C'est pourquoi le pape, après avoir entendu les plaintes des Saxons , lui écrivit une nouvelle lettre ^ Il l'engage à mettre surle-champ en liberté les évéques qu'il tenait captifs, et à leur rendre leurs églises et leurs biens ; ajoutant qu'on décidera dans un concile , que présidera le pape en personne, si les évêques doivent perdre leurs dignités, et recevoir une satisfaction pour les torts qu'on leur a faits ;

*«.... Concussi periculo et manifesta perditione dominici gregis , ad sanctorum » Patrum décréta doctrinamque recurrimus, nihil novi, nihil ab inventione nostra » statuentes, sed primam et unicam ecclesiasticae disciplinas regulam et tritara « sanctorum viam, relicto errore, repetendam et sectandam esse censuimus. » Comme nous l'avons vu dans l'introduction, Grégoire était autorisé à se servir de ces expressions , il n'avait rien inventé de son propre fonds. ( Note du Trad. )

* Recuperandae salutis necessariam veritatem vocamus et lucem, non solum a te, vel ab his qui in regno tuo sunt, sed ab omnibus terrarum principibus et populis.... dévote suscipiendam et observandam adjudicamus.

3 Bruno, p. 121.

et que si le roi ne se conformait pas aux décrets de l'Église , et qu'il n'éloignât pas les excommuniés , le glaive de saint Pierre le retrancherait de la communion des fidèles.

Le pape y ajouta encore d'autres remontrances sur la conduite de Henri , et ses légats confirmèrent tout ce qu'il avait dit. L'empereur vit ainsi s'évanouir toute espérance de gagner Grégoire à sa cause ; mais ce qui le blessa le plus vivement , ce fut la menace de l'excommunication. Elle fit d'autant plus d'impression sur son âme *, que le succès de ses armes lui avait donné de l'orgueil et de la vanité. Henri pouvait présumer que le pape compterait dans sa cause sur l'appui des Saxons. H convoqua donc à Goslar, pour les fêtes de Noël, une diète des princes de l'empire , pour prononcer en leur présence sur le sort des seigneurs prisonniers ; mais les princes ne s'y rendirent qu'en très -petit nombre ; parmi eux se trouvait le duc de Bohême ^. Avant tout , il fit jurer aux princes de l'assemblée de choisir après sa mort, pour roi, son fils Conrad, encore en bas âge ^ Pour anéantir l'espoir que le pape pouvait avoir de l'appui et du secours des Saxons, il résolut de gagner à sa cause Otton de Nordheim , l'âme de tout ce qui s'était fait, depuis bien des années, de grand et de mémorable en Saxe. Ce seigneur était enfermé dans un château de Robert, évêque de Bamberg , qui était présent à l'assemblée de Goslar. Henri envoya un messager avec ordre de faire immédiatement sortir Otton de sa prison et de l'amener près de lui , ayant soin toutefois de ne voyager que la nuit , sans doute pour de ne pas éveiller la curiosité du peuple *. Otton , supposant des projets sinistres à ses quatre compagnons armés, parvint dans une forêt à se soustraire à leur vigilance, et alla lui -même se présenter devant l'évêque de Bamberg. Quand il parut à la diète , l'empereur lui accorda sa liberté , sous la condition néanmoins de donner ses deux fils en otages. Henri lui rendit toute

* Annal. Saxon. Tristis valde fuit. — Mais il n'avait sûrement pas la tristesse que dépeint Pannaliste saxon.

2 Lamb., ann. 1076. Annal. Saxon., ann. 1076.

5 Lamb., ann. 1076. Berthold. Constant., ann. 1076.

'* Peut-être est-ce pour cela qu'on imputa à Henri des projets d'assassinat. {Annal. Saxon., ann. 1076.) Il peut se faire qu'Otton lui-même eut cette idée au moment de sa délivrance. Le fait est que les Saxons seuls croyaient fermement aux mauvais desseins du roi.

sa confiance , affecta de ne plus rien faire , ni en public ni en particulier, sans le consulter, préféra ses avis à ceux de tous ses conseillers , et le nomma même gouverneur de la Saxe * ; mais il ne songea point à mettre en liberté les autres seigneurs , quoique les habitants de Magdebourg se fussent adressés à Udon , archevêque de Trêves , et que les autres villes et provinces eussent fait des suppliques à plusieurs grands qui siégeaient dans cette assemblée. La diète de Goslar offrit à Henri l'occasion de montrer, en présence même des légats , combien il redoutait peu les menaces du souverain pontife. Pendant qu'il était encore dans cette ville , une nombreuse députation du peuple et du clergé de Cologne vint le prier de nommer un archevêque pour leur Église. L'empereur connaissait un certain Hildolphe attaché au service de sa chapelle, à Goslar, homme obscur, mais qui lui était très -dévoué et qui avait suppléé par un travail opiniâtre aux qualités extérieures que la nature lui avait refusées ^ Ce fut à cet homme que Henri donna , avec la crosse et l'anneau , l'investiture du siège archiépiscopal de Cologne. Cette nomination excita un mécontentement général , le nouvel archevêque fut injurié et repoussé de tout le monde. Mais Henri persista dans son choix % et, comme les habitants de Cologne y étaient opposés, il les congédia et remit la décision de l'affaire à une époque ultérieure, en déclarant toutefois qu'Hildolphe serait leur archevêque, ou que le siège resterait vacant. Son opiniâtreté l'emporta, et, malgré les mauvaises dispositions de la ville, Hildolphe fut consacré archevêque.

Cependant les légats du pape avaient fait connaître à l'empereur la sommation^ de comparaître à Rome, au temps marqué, pour se disculper devant un synode des crimes dont il était accusé , qu'autrement il

1 Suivant Lambert, Otton demeurait à Harzbourg , « et ei rex per totara Saxoniam vices suas , et publicarum rerum procurationera delegaverat. « Bruno dit : «Quem nuper habebat (rex) hostem sœvissimum, eum nunc cœpit habere consiliatorem fidelissimum. »

2 Lambert et d'autres (Vid. Antiquit. Goslar., dans Heineo)le dépeignent sous les couleurs les plus défavorables.

^ Le motif qui guidait le roi nous est révélé par Lambert : « Consullo talem successorem ordinaire satagebat , cujus facilitale ad orania , quœ vellet , pro libitu suo abuti posset. »

^ Lamb. Berthold. Constant.

serait ce jour-là même excommunié par le pape et retranché du corps de l'Église K Cette hardiesse du pontife blessa Henri au vif ; il chassa l^onteusement les légats % fit partir sur-le-champ des messagers pour toutes les parties de l'empire, afin de convoquer un concile à Worms, où il ne tarda pas à se rendre lui-même. On y vit accourir une foule d'évéques et d'abbés ^ Sigefroi de Mayence,Udon de Trêves, Guillaume d'Utrecht, Herrmann de Metz, Henri de Liège, Richard de Verdun, Bibon de Toul, Herrmann de Spire, Burchardde Halberstadt, Werner de Strasbourg, Burchard de Baie, Otton de Constance, Adalbert de Wurzbourg, Robert de Bamberg, Otton de Ratisbonne, Ehngard de Frisingue , Ulrich d'Eichstadt , Frédéric de Munster , Eibbert de Minden , Hecel de Hildesheim, Bennon d'Osnabruc , Eppon de Neustadt , Imard de Paderborn , Thiedon de Brandebourg , Burchard de Lausanne , enfin Brunon etLiémar de Brème ^. Quand les évêques furent réunis , le cardinal Hugues le Blanc, que Grégoire avait précédemment frappé d'interdit, pour s'être hgué avecGuibert de Ravenne, vint se joindre à eux ^. Cet homme apporta au concile un écrit dans lequel il parlait de la basse extraction de Grégoire , de sa vie ultérieure , en y mêlant beaucoup de calomnies et de mensonges , et en lui imputant des actions infâmes ^. En même temps Hugues le Blanc produisit à l'appui de son libelle des lettres supposées, écrites au nom

* C'est alors que le pape doit avoir dit : « Aut mori se velle , aut Henrico imperium eripere. »

2 Quelques auteurs , tels qu'Aventin , rapportent que le pape traita de même les ambassadeurs impériaux : « Legatos régis , objecta crimina a Saxonibus confutaturos , conatibus ejus obstituros in vincula conjicit , frigore , famé , siti excruciat , per urbem circumductos Roma pellit. «

3 Telle est rénumération qu'on trouve dans Stumpfii Chron., iv , 40. L'abbé d'Ursperg dit : «Uni\ersi pêne Teutonici episcopi, prseter Saxonicos.» Aventin n'est pas ici d'accord avec les autres 5 il dit : * Les Romains eux-mêmes étaient indignés des mauvais traitements que le pape avait fait éprouver aux envoyés du roi; en conséquence , ils chargèrent Hugo ( Candidus ) de se rendre en Allemagne avec des lettres; et celui-ci convoqua un concile « voluntate Cœsariset Sigefridi Mogontini in Vangionum urbe. » F07. aussi Annal. Saxon., Tschudy , ann. 1076. — Herrmannn Corn, compte vingt -quatre évêques et un grand nombre de seigneurs laïques. Paul Bernr. parle naturellement avec beaucoup de mépris de cette assemblée.

^ Suivant Paul Bern., il fut frappé trois fois d'excommunication. ^ Lambert les appelle : « Scenicis figmentis consimilem tragœdiam. »

des archevêques , des évêques , des cardinaux , du sénat et du peuple de Rome, portant plaintes contre le pape et demandant l'élection d'un nouveau et légitime chef de l'Église; puisque Grégoire, s'étant emparé par simonie du siège de saint Pierre , ne pouvait y demeurer plus longtemps , et qu'il fallait le déposer. On l'accusa même de se livrer à la magie et d'adorer le diable. Les principaux chefs d'accusation se réduisaient à ceci K

I. Entouré d'un essaim de laïques , Grégoire a fait comparaître les évêques devant lui ; puis , à force de menaces , il leur a arraché le serment solennel de ne jamais être d'un autre avis que lui , de ne jamais soutenir la cause du roi , de ne jamais favoriser ni écouter un autre pape que lui.

IL II a donné de fausses interprétations aux saintes Écritures.

III. Sans examen légal et canonique il a excommunié le roi , mais aucun cardinal n'a voulu souscrire à cette sentence.

IV. Il a conspiré contre la vie du roi ; car , comme le prince était dans l'habitude d'aller prier dans l'église de Sainte-Marie du Mont- Aventin , Grégoire gagea un scélérat pour placer sur la charpente de l'église une quantité de pierres disposées de manière à tomber sur la tête du roi, dès qu'il serait en prière. Le malheureux se mit en devoir d'exécuter son coupable projet ; mais, en y plaçant un énorme roc, il fut entraîné dans sa chute, et écrasé sur le pavé de l'égHse. Les Romains, indignés de ce forfait, traînèrent le cadavre pendant trois jours dans les rues de la ville.

V. Malgré les remontrances des cardinaux , il osa un jour jeter dans le feu le corps sacré de Notre-Seigneur , ainsi que Jean , évêque d'Ostie, peut l'attester.

VI. Il s'est attribué le don de prophétie. Il a prédit la mort de Henri , et s'est écrié, le jour de Pâques, du haut de la chaire : «< Ne » me regardez plus comme pape , mais arrachez-moi de l'autel , si ma » prophétie ne se réalise point. »

* unies trouve dans Chron. Ursperg., ann. 1076, qui les a extraits de la biograpliie de Grégoire par Bruno. Beaucoup de ces accusations , comme on le voit , peuvent se rapporter à un temps postérieur, au séjour de Henri en Italie. Au reste, Bruno ne mérite aucune confiance comme autorité : on reconnaît en lui l'imposteur effronté qui dirigeait la tourbe des adversaires de Grégoire. Ce qu'il dit du pape n'est même pas vraisemblable.

Page 1