‹ Histoire du pape Léon xiiChapitre 14 sur 37 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

INFORMATIONS SUR l'oRIGINE DES BRIGANDS. DESCRIPTION DES ANCIENS FIEFS DE LA MAISON COLONKA. CODTOMES DU PATS. LES UABITANS ONT CONSERVÉ l'uSaGE d'eX- PRESSIONS LATINES. ABUS ATANT l'aRRIVÉE DES FRAN- ÇAIS.. ILS ORGANISENT DES MUNICIPAUTES ET DES TRIBU- NAUX 9 HAIS ENSUITE ILS IRRITENT LE PEUPLE PAR LEURS EXIGENCES. APRES LE DEPART DES FRANÇAIS, LES COMILAN- DANS PONTIFICAUX APPELLENT LE PEUPLE A PROTEGER

LES ROUTES. IL RESTE DANS LA MONTAGNE UN INDESTRUC- TIBLE SEDIMENT DE BRIGANDS QUI NE RECONNOISSENT PAS l'autorité PONTIFICALE. LÉON XU PREPARE LES MESURES PROPRES A DÉTRUIRE LE BRIGANDAGE.

Personne ne se plaindra de trouver dans cet ouvrage quelques détails sur Forigine et le caractère de ceux qu^on nommoit alors des hrigands; je crois que jusqu'^ici on a publié peu dHnformations exactes à ce sujet.

Le pays des anciens Volsques forme une chaîne de montagnes qui occupe une extension géographique de trente lieues de longueur sur cinq de largeur. Ces montagnes étoient le foyer perpétuel du brigandage. Il est difficile de

trouver ime sitvuition qui puisse, contenir plus de monde à Fabri de la poursuite de Pautorîté. Ces montagoes sont fortiiiées par la nature:

placées .au sud-est de Rome , elTes commencent à la distance de huit Ueuë>.de cette ville, et seterminent daps le royaume de Naples, aux environs d'Ai'pinOi patriç;de Cicéron ; bornées au levant. par li^s Apennins, 9U midi par les marais Pontins, au. couchant par le mont Albano et Tusculum, elles ont au nord le^ plaines de la province de Campagnay seul coté accessible, mais dangereux, parce qu^il présente une gorge n^ayatit qu-une seule issiïe. Les .montagnes dont nous parlons^- ici, les anciens montes Lepùùy offrent une population de trente à quarante mille âmes. Oii y comptoit vingt-cinq communes et trois diocèses, «Sé;^m, Sezze eiPipemo (ces deux derniersontété supprimés et réunis à Terracine)^; Les habitans de ces montagnes sont laboriéuif industrieux, et ne craignent ni les froids ni les chaleurs. U n^est pas' rare de voir un dé sces habitans faire à pied trente et même quarante lieues dans vingt-quatre heures. La ra6e est belle; on rencontre une foule de IflfiHes et; defigores mâles et vigoureuses, do celles ^que.nous offreoft les/tableatix duGuef-^ cbin. Lés femmes, ét^ de très-bonne «heure le» jeunesifilles> ont un lair fiap *H dét^miné ; elles

vaquent aux. soins du ménage avec cdurage et gaité* Rien u'^est moins commun qu^tme faute parmi elles ; on la puniroit du plus profond mépris. Les villages sont itidl bâtis : il n^y a presque pas de chemins; on marche à Faide d^une sorte d^instinct comme dans les déserts. Un grand arbre, tiné rtiine, sont les indications les plus ordinaires. La terre^ a$^zrfertile,>^produit du froment, du. maïs, des légumes, des fruits, du vin, des olives et du tabae yoast mime essayé de cultiver du coton ; mais le défait de manufactures en ce genre a fait abs^ndomier j cette sorte de culture coûteuse. Le bois n*a aucune valeur^ il ne faut que le couper et le transporter à la maison. Il n^ôxiste aucune Habitation isolée; on demeuré dans les viliàgesj qui-ont une population forte, depuis cinq cents jusqu^à cinq mille âmes.. Cette population est partagée en deux classes, qui ont diacune leur costume» Cequ^oa appelle bourgeois ^i habillé k la française, comme dans nos pétâtes villes^ ce qu'ion appelle le peuple a un costume particulier, ùti chapeau large et bas, relevé à droite «tli gaui^e.. Le paysan ne porte pas de cratate; la chemisé est toujours ouverte sur la poitrifie; Letestede rhabillement consiste dans une soui^^este àe toile blanche qui descend jusqu^aux bànchës, des hauts*<le«-châus8e8 courts ^généralemeM

[1M3] DU PAPE Ï.ÉON Xn. 101

d'étui drap, de laine rouge tirant sur la couleur caDneUe^.arriyaotà peine aux genoux qui restent toujours nus. Avec cela on ne porte pas de sou* liers ; ce qui les remplace est ui^e pièce de cuir de buffle liée avec une petite corde aux deux extrémités. Au lieu de bas, oti porte une pièce de toile qui enveloppe la jambe, et doit être liée en formede cothui*ne avec les petites cordes qioji soutiennent la pièce de cuir formant soulier. Tel est rhabiUement de tous les jours. Lorsque Ton va à Féglise ou à la ville, ces hommes ont pour tout habit de cérémonie unq veste semblable, au spencer des Anglais , de drxip rouge comme celui des hauts-de-chausses ; ils portent cette veste ^ur Tépaule el le bras gauche , de sorte qu'yen les voyant on* les croit habillés de blanc du côté droit, et de rouge du côté gauche. Ces infortunés végètent dans une ignorance profonde. Peu de- maîtres , peu d^écoles , au moins dans le temps dont je parle. Malgré cettç profonde ignorance , il semble que la nature ait voulu dédomms^ger ces peuples .^ Us sont doués dWe sagacité, extrême; il leur échappe des saillies très*piquantes. Dans leur patoiâ existent plusieurs expressions latines. Comme. celle des Latins, leur langue tutoie tout lemonde^ Ils disent à un Prélat quHls rencontrent <( Ton. Excellence » Après une conversation de di\

102 HISTOIftE [18Î83

minutes, ils siont en état de juger à peu près la valeur morale de la pei^sonne avee laquelle ils ont parlé. On dendandera pourquoi ces peuples sont restés dans cet abrutissement qui a engendré dans beaucoup d^entr'eux d^orrîbles passions, le vol, Fassassinat dans la dispute, et la vengeance sans colère.- Les,. pays dont je parle ont appartenu jusqu^à la fin de 1816 à la maison Colônna*, si connue dans Thistoire du XII* siècle. Cette m^aison, née pendant les troubles des guerre^ civiles , combattant souvent contre les Papes, les Orsini et les autres maisons puissantes, ne songea naturellement qu^à former des soldats. Dans ces fie&, celui qui n^aûroit pas su. manier une tirme se seroit vu déclaré indigne d'être un suddito Colonnese^ et en centaines circonstances n'aurbit pas trouve grâce auprès de son maître. •

Cette famille, quoique vaincue très-souvent par les Papes, ne s'étoit jamais réconciliée avec eux ;^elle avoit toujours gardé un esprit à'oppoj- ^ition ; malgré, leurs menaces , elle a toujoui*s garni ses forteresses de soldats à cocarde verte. Dans cette situation 9 les gouverneui*s Colonnesi du pays s'inquiétoient peu dé la moralité des habilans. Il suffisoit d'avoir des hommes ha'»biles à se servir des armes. Lès Colorma voîlloient exclusivement la juridiction dans leurs

[1828] DU PA^E lÉXm XII. 103

provinoes. L^autorité du Pape n'^avoit d^autres ressources que d^envoyer des brevets de clercs aux honnêtes gens qui en demandoient. Munis de ces brevets, ils étoient exemptés de la juridiction territoriale. Ce.n^étoit pas là une civilisation; on remédioit à un désordre par un désordre. £n 1809, les Français survinrent; ils s^établirent dans la. ville de Rome qu^ils avoient demandé seulement à traverser. Ils reur versèrent bientôt la juridiction des. Colonnaf mais.,. continuant mieux qu^ils n^avoient commencé^ ils organisèrent avec vigueur et avec suite des autorités municipales et des tribunaux. En cela, Popinion secondoit Padministratiou ; . on peut dire que Pesprit public , sans armes, tua presque le brigandage. En 1811 et en 1812, il y eut un moment où.les brigands se réduisirent à sept ou huit, commandés par des frères calabroiç. Mais en 18 13 la même admilUstra^on détruisit le bien qu^elle avoitfait. On demanda, comme ailleurs, aux anciens fiefs des Colonna, des réquisitions en hoqimes, en argent, en chevaux. On jépuisa, avant qu^elles fussent échues^ les listes de la conscription ; puis on exigea , tous les chevaux sans exception ; on prétendit organiser des .gardes . d?honneur. Napoléon nl'avoit donc aucune connoissance de Fétat de ces pays ? Ils retournèrent rapidement

101 HISTOIIIE [18881

a leurs mœurs primitives. Il sWganisa ^ies partis politique&qui ccmimettoieDt des excès sur les routes^ sous prétexte d'inquiéter les troupes de Joachim. Quelques cominandans foibles^ après le départ du gouverneur français, sem^ bloient annoncer à tous ceux qui porteroient les armes et contrib.ueroient à rétablir la sûreté des routes, quMls obtiendraient un pardon général pour tous les crimes antérieur^. Moyens imprudens et funestes ! car il faut toujours m reyenir à punir les crimes, si les criminels ^6 Ton a amnisties en commettent de nouveaQS;^ Toutefois, la proclamation amena une foule de brigands à devenir comme les auxiliaires des autorités.*. La province de Campagna fut couverte d^hommes armés , et ce n^étotent pas des hommes qui voulussent constamment vivre sau'* mis à des lois nouvelles pour eux. Il se forma de véritables corps de brigands définitifs qui ne sortoient jumais des abîmes de la montagne que pour aller arrêter et voler sur les grands chemins. Peu à peu Fordi'e se rétablit; mais le métier a voit paru bon à -quelques étrangers^i V\xï&\exkvs Jàcinorùsi du pays, querelleurs, et joueurs de couteau, quittoient aussi leur famille, lorsque la force publique alloit poursuivre ceux qui troubloient Tordre. On vit jusqu^à des fiancés rejoindre les voleurs , et ajourner le$

noces au moment 'OÙ ils auroient obtenu une amnistie. De malheureuses jeanes filles disoient avec (douleur et quelquefois avec orgueil : « Mon fiancé est à la montagne. » Telle étoit la situation du pays qu'ion vouloit pacifier. Des membres de municipalités locales ne faisoient pas leur devoir : une commisération sans excuse égaroit leurs esprits. Il fallôit donc soutenir les autorités dévouées, instruire les foiÈles de leurs obligation, punir avec fermeté les méchans dcplt on pouvoit se saisir, user de clémence envers les caractères irritables , capables d^aUer augmenter le nombre des révoltés. Léon XII, voulant anéantir ce sédiment ' infect de brigandage, appela auprès de lui les bommes religieux qui avoient du pouvoir dans le pays ; il faisoit distribuer des récompenses, il attiroit dans d^autres provinces les Sonnùioù qui donnoient de mauvais exemples. H faisoit surveiller avec soin cette, ville deSonnino que lés brigands avoient osé demander au même titre que la possédoit la maison Colonna. Toutefois, on n'^obtenoit pas encore les résultats qu'on devoit attendre de tant de sacrifices et de méditations, pour assurer le rétour du t^pos dans ces fatales contrées.

Page 1