‹ Histoire du pape Léon xiiChapitre 16 sur 37 · I.OUIS · texte numérisé non relu

I.OUIS

* ParÎ8> le 1er noveiilbre 1823.

LecoDclavé^Toifélé^i cpurt/que Toq receyoit encore à Rome le$ Mandeinens de tous les évéques de la chrétienté qui deinandoient des prières pob^ Pie VU, et gui vehoient se confondre a^ec les louanges données au nouveau Pontife par Ips .évêques plus rapprochés de ^ome.

M. de Beaûregard, évêque d^Orléans, dans

un Mandement jIu 4 septembre^ s^exprimoit ainsi :

«t Ne. demandez plus de miracles à la Providence, chrétiens delà Francç ! Les siècles fuiturs s'étonneront de ceux dont tous fûtes les témoins. Ne fut-ce pas un miracle quç iltalie d^enue libre au moment où Borne étbit yeuVff, et l'élection de Pie* Vtl si prompte et «si paisi][)le? (Mbn^igneur eut pu dire que lie concliGur4e bfi long et paisible. Il dura cent quatre jours, et l'on n'y entendit pas les fraeiis de la guerre ; la main de IK^ n'en fqt que plus* visible.) Ne fut-ce pas un miracle que ce réveil de la foi, cette jœede tous les peuple^, quand son* élection leur fut connue.; et cette longue vie de notre, ssdnt Pontife, qui lui a. permis de guérir tant de maux et de donner des p2^te;urs aux ^lises veuves de la France? » "

A la fin du Mandement, M. Févêque d'^Orléans exhorte les fidèles à prier pour Télection du Pape, et il termine ainsi .:

» Revenons à la noble simplicité des anciens temps ; rendons à* l'Eglise romaine l'obéissance et l'honneur qui lui sont dus! elle- est la inadtresse de toute» les Eglises du monde. Les maux qui depuis tant de siècles se sont répandus sur la terre ont été causée par. des esprits désobéissaus.ét orgueilleux; telle a été la source de toutes les hérésies, et l'hérésie ébranle les Etats. Les peuples qui s'élèvent contré l'EgUse, se révoltent facilement contre les rois. Quia'ventum semincAunt et tiirbinem metent. »

Partout oa ^voit adressé à Dieu de vives prières poiir Pie VII ; oii alioit recevoir les Mondemexis qui aunonçoient Félection" du nouveau Pontife. * .

M. Tarcbc^vêque de Gênes, Louis Lambruschini, fait le^ plii». grand éloge de Léon XII, de sa capacité.pouries affaii'es, de sa prudence^ de sa piété, diet; sa volonté ferme, .et de ses sentimens de tendref charité. Le -témoigtiage dfi Sa Grandeur «a «d^autant- plus de poids., qu^elk. a résidé long-temps à Rome, et; qu^elle a pu y connoître personnellement ; lé cardinal délia Genga. Elle voit, dans cette élection, un gage de protection delà Providence, et elle admire qette succession de Pontifes /et cette linîté constante qui lie les diverses parties de rSglise entreelles. M^'^Lambmischini ajoute que le nom de. Léon XII rappelle d^s époques glorieuses dans les annales du Saint Siège. Plusieurs Papes de ce nom ontiaissé une renommée immortelle.

Le premier- de tous, Léoii4e-Grand, est illustré par Fimmen^nté de «on génie et par les- ser'ttices qu^il rendit à la religion et à Thumanité; quatre succes^urs du même nom ont obtenu les honneurs de la canonisation, entre' autres,* Léon IX, né en ALs^ce, parent de Tempereur Conrad le Ssdique, et fils du comte d^Egesheim : il a voit été créé Fan 1049. Léon X, quoiqu^il n^ait régné

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que huit ans, .a donné son nom h son siècle. . Léon XII ne restera pas au-dessous de ses prédécesseurs; M. Farchevêque de Gênes termine son. Mandement eu exhortant ses diocésains à redoubler d^attachement et de respect popr le Saint-Siège et po^r le yertiieûx .Pontifia qui vient dé s^sseoir sur la chaire de Rqme.

Il j eut des fêtes extraordinaires en.EspBgne. Les .lettres de M; de Vargas, ehflamipées d'amour pour Léon XII, avoient dii^ose cette nation vive et généreuse à une sorte d'exaltation qui n'avoit'p^s d'exemple:

.Dans la Belgique, la joje du peuple et celle du clei^ donnèrent le signal d'une sorte dé fête nationale; elle entraîna le roi Guillaume* lui*mème à des félicitations qui -furent jugées sincères. Les applaudissemens du Levant et du Nouveau-Monde ne manquèrent pas d'arriver plus tard;

A tant de dispositipns bienveillantes se^ joîgùoient les toujours miraculeuses nouvelles d'Espagne'. Celle de la glorieuse délivrance du roi Ferdinand parvint àRome le iff octobre, peu de jours après le couronnement du Pape. L'ambassadeur de France alla sur-le-champ annoncer cette nouvelie à* Sa Sainteté. Quoiqu'il n'eût pas encore pris possession de l'église de Saint-Jean-de-Latran, le Pape voulut la visiter

dans cette circonstance, .et y remercier Dicfti d^une victoire si Utile à la religion. On sait que le roi de France a Phonneur , diepuis Henri IV, d'être le premier chanoine de Safint- Jeai^. Il fut décidé que *ce jour-là l'ambassadeur recevroit le.Pape dans cette église.

m HISTOIRE - {1823]

GHslPITRÈ XI.

ÉCLATXNTK^ victoires des français en ESPApNE. DlÉLI- VRANCk DE FERDINAND TH. <;^UOIQUB>LB i^APC NE DÛT » AS ENTRER DANS L ÉGLISE D% iSAINT-jFEAN*DE*LATRAN AYANT LE POSSESSÔ, IL VA Y CHlkNTER LE TE DEUM, EN AC- TIONS Q£ GRACES DES TICTOI&ES d'sSPAGNE. «AlfQUETS DONNÉS PAR ^LE BtlNISTRE d'eSPAGNE, LE CHEVALIER DE VARGAS, A La SUITS DES TE DEUM CHANTÉS DAlfS LES EGLISES DE SAINT^LOUIS ET DE SAINT-JACQUES. LE PERE CAPPELLARI. RRSF AU MARQUIS DE MONTMORENCY. ALLO- CUTION POUR REMERCIER LES CARDINAUX. BELKE CONDUITE d'un ÇHEP de SYNAGOGUE. DEPECHE AU VICOMTE DE CHA-

TEAUBRIAND QUI T^ND A E^PiJQUER L ETAT DES AFFAIRES A ROME SUR LA FIN DE 1823. '

Le Sacré Collège et le corps diplomatique furent donc priés d'assisteîr à un Te Deum dans Féglise de Saint- Jean. Le Pape partit .de son palais, ayant dans sa vojture les cardinaux Bardaxi et de Clermont-Tonnerre,. -Gn ^préciera le motif de cette politesse faite à uti cardinal espagnol et à un cardinal français. Arrivé à Saint- Jean, le Pape, pour éviter le graudt^rémonial, qui n^est possible qu^après la prise de possession, entra par la porte latérale et le por-

tique sous .lequel eist la statue pédestre eu bronze dû roi Henri IV,.et.il y fut reçu|>ar le duc de Laval. Sa. Sainteté, revêtue de ses om^*mens pontificaux, s^avança vers Fautel réservé au Souverain Pontife, où le saint Sacrement étoit exposé. lii, après avoir fait' sa prière à genoux, elle entonna le Te Deum, .qui fut suivi du Tanium ergo et de Ja bénédiction. '.

Le Pape alla un des joints *sliit^n& à Téglise de Saint-Louisnles-Français, où un autr^ Te Dewn fut chanté par le cardinal de Clermont-Ton- Qerre. Il y eut plus tard de^ cérémçnies daiis Teglise de Saint-Jacques et de Sainte*Marie-de- Montferral^des-Espagnols . 'Le chevalier âe Vargas distribua des dots, donna trois ban^eis de suite, où Ton étoit invité d'abord en gala", ensuite en habit de ville distingué, puis en frac. La munificence particulière - de ce dignfe chevalier vini it>ya1ement au -secours des pauvres, et il n^y eut pas un infortuné de Rome qui nVuJt a se réjouir de la rentrée 4e Ferdinand dans Madrid. • -

Cef ut verscetle époqueàpéii près queLéon XII voulut &ire une- connôissance plus immédiate avec le pèreCappellari, à Tantique église abbatiale de Saint-Grégoire-Ie-Grand, et donnep à ce religieux une preuve d^amitié et de protection. Le 7 novembre, à Foccasion de Toctave

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des mortst le Pape alla visiter cette église, occupée par les Çaipaldules; S» Sainteté .fut rçone psô* le cardinal Zurk,* général de Tordre, qui lui présenta le père Cappellari, vicail^*ngé* nérak

Ôh remarquoit dans Léon XII un tendre intérêt pour la Pràncp, et cet intérêt n'étoit pas précisément. Une dette bien- 'établie , car la Francie avoit fait eU' général peii de démarches pour rèxaltatipn du cardinal- vicaire et pour le malade qu^elle avoit cependant si puissamment consolé à MontroUgie.. Le Pape ne pouvoit oublier^ disoitril, les seigneurs du faubourg Saint- Germain, quiPavoient aimé,s9utenu, secouru peut-^ti*e dans ses tribulations .à Parisj aussi voulut-il adresser jm bref plein de bonté paternelle au marquis de. Montmorency, frère de Vambassadeur et aujourd'hui duc de Laval, qui avpit élevé dans^se^ te^es une église, et .ainsi ac^juitté yn vœu fait ppur demander à Dieu le retour des Bourbons, s

Nous avons vu dans Thistoire de Pie VU que les allocutions des Pape» sont de;s communications de circonstance 9 toujours élcnpientes, toujours noblement explicatives des faits du temps. Le PapjB de voit entretenir Ses- frères les cardinaux de son exaltalioq ; il les assenibla le ij novembre. Iln^y avoit point eu encore dp

préconisations. Léon XII parloit d^abord à ceux qui Favoient/ élu, et ensuite à ceux qui, sahs Favoirélu, n^àypient pa&été pour lui, plus tard, moins, amis et moins respectueux. Il s'^exprima ainsi :

« Ybnéi^ables Frères,

» Ayant à vous parler du haut de ce trene, nous aypns douté pendant quelques in^tans, si nous devions vous rendre grâces pour la dignité.pontiûcale.à laquelle vos suffrages nous ont élevé, ou 'nous plaindre, plutôt dç ce que vous nous avez imposé le joug si pesant de la servitude apostolique. N'ai^riez^vous donc voulu nous faire .succéder à Pie YII, dontTéloge sera consacré par les âges, à venir^ que pour faire res^rtir davantage notre foiblesse comparée aVec ses héroïques vertus! Vous aviez des collègues doués de toutes les qualités, et dignes dé r,eceyoir d^ vos mains l'administration de l'Eglise universelle ! .

» Pourquoi, malgré notre résistance y non^ ave^-vous méféjréj nous /jui n'avons aucun mérite ? Occupé de ces pensées, nous, avons reconnu que notre éjection vient réellement de celui qt^j des pierres mêmes, a.coutunie de susciter des enfans à Ahi:aham, et qui choisit c'e qui est foible dans le monde pour confondr.e ce qui est 'fort. Tous 2lvez été ies. in^terprètes et les ministres de la volonté divine. Aussi, comme vous avez servi avec empressement, avec amour et célérité^ et dans un admirable accord (1) les inspira1;ions. de l'esprit divin, au

(i) I/accord qui est venuaprès, car il faut toujours dire la vérité, n'a fait que ibrtifier et rendre unanime celui qui en force suffisante pour obéir aux règles, étoit venu le premier. Au total, il y avoilii»-

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lieu de nou9 plaindre, notiis recoiqioissoiis que nous lui devons d'éternelles et de sincères actions de. grâces. »

Le bon goût, la dignité, la confiance pieuse, Fhâbilèté politique, la foFoé du droit, Fappui ferme sur la loi des statuts ne peuvent pas être portés plus loin ; et ce début, taèmê dans sa modestie,. est encore éclatant.

Le Pape continue : ,

« Ayant rempli notre premier devoir envers celui qui pous a élevé aundçssus de la téri*é, touf fpiMe que nous sommes^ pour nous j)lacér sur le plus haut degré, nous avons convoqué aujourd'hui vos fratemitës pour nous acquitter envers elles, dans la lAncérité de notre CQ^r, du- tribut d'action de grâces dont nous leur somméa redevable. Sh vous rendant ce témoignage, vous, devez être persuadés que nous le' réaliserons par des effets, lorsque l'occasioA pourra s'en présenter.

» Ainsi, tout ce qui devra contribuer à orner, à augmenter votre imposante dignité, tout ce qui se. rapportera aux honn0urs, aux avantages, 3U^» bienfaits que chacutai de tous aura droit' de réclamer, nous vous piromettonsque, de notre p^rt, rien iië sera omis pour répondre à vos désirs. Mais en écÊango, vénérables frères, .nous vous^ demandons c^t .empressenifènt, cet attachement sincère, cet accord que* vous nous *ivez montré en nous déférant le souverain' pontificat : vous

possibilité de lutte, >et le dégoût qa'oil éprouve à se trouver contradietear iAutile, l'hommage qu'on ne pouvoit rèRiser à des vertus égales au]L .Vertus qu'on opposoit, établissoient comme un .accord parfait, là où il' ne restoit de dissidence que daiis des chiffres de votes et dans des préférences toutes raisonnables.

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nçus en doniierez des preuves en nous, aidant à sup-porter le pesant fardeau du supréoie ministère,

». Vous n*igi:\orez pas^ vénérables frères , quelles cruelles blessures a i^eçues dans les derniers temps l'Eglise de Jésus-Christ y quels ennemis combattent contre la foi orthodoxe, combien est graûde la dépravation des mœurs qui règne partout, quelles sont les entraves*, les difficultés, les obstacles qui arrêtent de tous côtés )es affaires.de TEglise j p0ur nous» nos soins, nos travaux seront, et le jour et la nuit, . consacrés à détourner ce déluge de muux: mais si dans cette grande et di£Glcile 'entreprise nous ne sommes point aidç de vios 'conseils, dé vos secorjirs, ^ous ne nous flattons pas de retirer de notre administration cçs fruits «bondans que nous .ne cessons . de demander â . Dieu.

» Courage donc, vénéraUes frères, travaillez avec nous àja vigne du Sieigneur! il faut en arracher l^s plantes stériles; et nuisibles ; il faut'les féconder |^ar des germeâ salutaires, selon jùe le temps. ei le^ circonstances

pourront* te permettre. Ainsi, tous obtiendrez cette récompense infinie que le céleste laboureur promet à l'activitéet au zèle de ses fidèles ouvriers. Nous- ne ces* serons cependsgit . de lui^ adresser d'instantes priçres pour qu'il«daigne diriger nos travaux, et nous accorder les forces dont nous avons besoin ; car ce n'est pas

celui qui plante qui est quelque chose, c'est celui qui

donne l'accroissement. »

• . .• • • > ■ . ' Tous les eardinatix durent applaudir à cette

allocution.

De toutes parts ou demandoit le redressement de quelques griefs; il'falloit apporter des re-

mèdes à des abus. En même temps^ quelques personnes, d^ime piété peut-être exagérée, soUicitoient des punitions, des châitiméns contre les juifs. Léon Xlf, qui pendant; son vicariat ayoit cherché à rendre leurs habitations du Ghetto plus, aérées,, pliis saines,^ et qui youloit pour-r suivre ce projet, fut heureux dé répondre que, pendant lé deuilpdur la mort de Pie VU, le président de la synagogue juiv.e, au Vieiix-Brisaeh, grand-duché de Bade, étant instrpit ique des' jui^ dévoient demander à Fautorité civile la pern^issiôn de faire un divertissement public, crut devoir écrire à Fautorité pour adresser une demande contraii'e.. Pansi'Sâ lettre, datée du âO septembnp, dont le Pape avoit une copie, et qui étoit signée de M. Riez, il ét0it dit que la comnxutiauté juive avoit. yne juste raison de pleurer ]a mort du chef de FEgiise, dont la vie étoit une suite non interrompue :d|&' vertus, d^héroïsme religieux et de marifue^ de tolérance*. Cet hommage rendu au feu Pape par un chef de synagogue, est assurément iin fait remarquable parmi les témoignages d'estime et d^admiration qu^a si justement 'Obtenus la mémoire de Pie VII. "

Nous avons sous les yeux des pièces officielles qui parlent de toutes les affairés de Rome. Ces pièces embrassent Fensembie des faits; elles

peuvent nous servir souvent de guides dans le compte que nous avons à rendre des événemens du règne de Léon XII.

On lit dans un rapport à M. de Chateaubriand, en date du 2. décembre 1828, des informations dignes d^intérét.

La rédaction de ces pièces, concertée souvent avec d^autres légations amies, peut suffire à qui vçut connoître ce que Pétat des affaires à Rome offiroit dHmportant.

On écrivoit à M. le vicomte, le 2 décembre 1823 :

« On a pu pressentir^ en examinant les premiers actes de Léon XII, que son règne portèrent un caractère marqué de modération.

M D'abord les faveurs furent pour la France, parce qu'elle Yenoit de recueillir des lauriers, et que par une suite de victoires où nos soldats relevoient chaque jour les autels abattus, la gloire de la France a voit miraculeusciment servi l'ËgUse. Les tûens du clergé restitués, les couvens rétablis, l'autorité des évêques restaurée, l'influence du Saint Siège rendue à son ancien éclat, tout avoit été profit pour l'Eglise dans cette guerre d'Espagne ; et plus la congrégation des affaires ecclésiastiques, interrogée pour savmr si le, nonce Giiistiniani devoit aller appuyer nos triomphes, avoit montré de lenteur et de doutes, à peu près par ordre du cardinal Gonsalvi, plus, il paitûssoit important au nouveau gouvernement de laisser, croire que précédemment o» avoit constamment marché aussi vite que ces

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évënemens, ouvrage de b Proyidence. Il convenoit «v cardinal délia Somaglia, qui n'étoit lié par aucune complaisance précédente pour les Cortès^ de se remettre précipitamment dans la voie naturelle de l'ordre, de la religion et de la légitimité.

» Toutes ces nuances furent sabies ; l'ambassade fot attentive à en laisser développer les résultats qpii puèrent aller jusqu'à l'imprudence» relativement à quel-^ ques autres cours.

» Néanmoins, Léon XII, en manifestant ainsi son assentiment aux mesures nobles et vigoureuses qui avoient contribué au rétablissement de l'autorité du roi d'Espagne, cberche les moyens d'éviter d'être dominé, en cela^ par la faction qui l'a élu. Cette élection étoit une conséquence du dépit de l'exclusion donnée «a cardinal Sévéroli-, autant qu'un hommage rendu aux q^ualités du cardinal délia Genga. Le Saint Père» préféré, disoit-on, comme mourant, et privé de cette activité qui donne de la force et de la constance aux aiiaires, n'ignoroit pas que dans la couleur du partî aw|uel il appartenoit, on en auroit peut-être choisi un autre, si cet autre avoit eu moins de santé.

» S'il avoit dû consentir quelques heures après Ies> adorêuionsy à l'établissement d'une congrégation aristoci'atique cardinalice, prise dans les trois Ordres, et aspirant à gouverner sous le nom de congrégation d'Etat» il ne tarda pas à déclarer que ses séances ne seroient pas périodiques, et quie dans tous les cas les affiadresimpor^ tantes serment préalaMement examinées et rapportée» par le secrétaire d'Etat.

» Avmnt de pénétrer dans les vues seccètesdu Pape, xfÀ sont plus difficiies à découvrir , examinons d'abord qiMi est «On secrélan'c d'Etait, son premier MÎmatrer

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personnage qu'on voit au moins quelquefms, et qui est plus en dehors.

» Quel est-il donc ce secrétaire d'Etat? Rien de ce qu'un souverain affoibli par la maladie peut redouter ; c'est un vieillard estimable par ses qualité, mais mal vu des principales légations qui lui refusoiént leur appui ; un vieillard averti sans cesse par un grand âge, des dangers du travail et de IHitilité de la temporisation ; un vieillard qui, une fois arrivé aux affaires, avoit gardé par lenteur de caractère, la circonspection, la timi« dite, la mesure, la politesse généralenient complimenteuse par lesquelles on y arrive ; un esprit conditionnel, remettant tout au lendemain, dans un âge où il y a si peu de lendemain. Certes, le souverain même supposé mal instruit au milieu de ses souffrances , et rel^- (]ué obstinément sur un lit de douleurs, n'avcHt rien à craindre de l'autorité d'un ministre,- à qui cependant il restoit assez de vie pour veiller au soin de son propre crédit.

» L'étaUissefnent de cette congrégation avoit déplu au ministre ; elle ne déplaisoit pas moins au Pape. SsL Sainteté vit sa dignité blessée, le mihistre son pouvoir compromis.

» Cependant On s'infermôit pour instruire les cours. » Le cardinal délia Somaglia s'empressa de notifier avec une sorte de publicité, au corps diplomatique, que la congrégation n'étoitpâs un conseil d'Etat ; qu'elle n'étCHt qu'une assemblée consultative, et qu'elle ne seroit pas convoquée à des jours déterminés; qu''on y appelleroit dans les occasions d'autres cardinaux ; qu'enfin cette congrégation ne séroit que ce qu'a voit pu être une semblable congr^atîon sous l'administration du cardinal Cons^lvi (cette qiiî avoit mené les affieiires un

peu mollement entre Ferdinand YII et les Gortèsj.

» Toutes ces explications furent données'du ton d'un homme qui étoit aussi jaloux de son autorité ministérielle, qu'avoit pu l'être Consalvi; avec cette di£Pérence, que l'un faisoit bonne. garde pour agir, et l'autre pour empêcher qu'on n'agît.

M En effet, le temps n'est plus où tous les ministres accouroient avec empressement aux audiences ; le corps diplomatique se plaint;' il va rarement au Quirinal, parce qu'il «en sent l'inutilité. Consalvi recevoit deux fois par semaine. Ses faveurs et ses coquetteries étoieot si adroitement distribuées que chacun pouvoit se croire le préféré. Le cardinal délia Somaglia a divisé* le corps diplomatique en deux classes.^ Les ambassadeurs sont admis le mardi ; les ministres du second ordre le vendredi. Etrangers et jiationaux^ tous sont persuadés que délia Somaglia n'est' là qu'un ministre provisoires C'est de la part de l'Autriche et de Naples surtout que l'opposition est la plus forte contre lui.

n IVamener Consalvi à la conduite des affaires, semble cependant impossible : cet événement seroit une sorte d'abdication du Pape.

» Le parti autrichien demaAderoit Albani ; mais ce seroit refaire le Pape avant la mort de celui qui r^pie. La cour de Vienne pourroit aussi se contenter de Turiozzi, travailleur, homme de loi, administrateur. Il connoit la marche des affaires des autres cours, il a le désir de les imiter, de s'instruire. Sa manière est ferme, positive et courante ; il possède quelqu'inventioa et de l'activité ; ses vues ne seroient pas trop en opposition avec celles de Consalvi ; mais plus que ce dernier il penseroit à sa fortune dans tous les genres.

n L'inactivité dedellaSomagliaadésappointé èi blessé

les zelantiy qui se déclarent ses enneinis ; et les cours ayant commencé à l'abandonner, il lui reste peu de soutien.

» DanS' sa détresse, il sait que la France lui portoit bienveillance au conclave. Il en est reconnoissant ; je m'approcbe de lui plus qu'aucun autre ministre étra|iger.

M II m'assure que ses relations avec le Pape sont pleines d'affection et de confiance. Le Pape lui a monstre des lettres ou on l'engageoit à changer son ministre, où on lui représen toit que le fardeau étoit trop pesant pour celui qui en étoit chargé.

** Toutefois, l'âge, la' considération qui s'attache au doyen, le mettent à l'abri d'une disgrâce et d'un ren> voi subit.

» Il ne sortira des affaires que par suite des embarras où il se laissera noyer, par l'effet d'un rhume peutêtre qui Falarmera sur ce qu'il lui reste de jours à vivre. Il tombera de son propre poids. S'il est habile et guidé par un orgueil raisonnable, il nommera son successeur ; mais aura-t-il ce bon sens?

» Quelques personnes prétendent que l'époque de cett« retraite est assez indiquée au retour des nonces, et à la première promotion des cardinaux vers le printemps.

» On revient souvent à l'idée de monsignor Giustinianiy nonce à Madrid. II appartient aux zelanli, et sous ce rapport, il n'étoit pas aimé de Gonsalvi à qui il le rendoit. Il jouit d'une grande considération justement méritée. Sa naissance aussi le favorisera. On tient beaucoup à un grand seigneur pour un secrétaire d'Etat; c'étoit la coutume dont on s'est rarement écarté. Il y a une foule de dépits et de dégoûts qu'on n'entame p^s

avec un grand seigneur. Beaucoup de petites c^iofles de vanité se trouvent établies d'avance, et il ne reste que le fond de l'affaire, le tort ou la raison.

» Je suis l'ami particulier du nonce Giustinîani ; ce choix me seroit infiniment agréable. J'ai traité avec lui conmie collège ; c'est un acheminement à le deviner comme ministre dirigeant.

» Dans un semblable état de choses, un secrétaire 4'£tat octogénaire, un Pape valétudinaire ne semblent pas préparés à faire de grands changemens.

» Cependant le Pape, qu'on voit si peu, qui parie si sobrement, qui s'abstient en quelque sorte de tonte décision en général, que fait-il retiré dans ses appartemens? Il travaille, ditron, assez assidûment. 11 dicte des observations à un employé qu'il affectionne beaucoup (l'ancien secrétaire de Gonsalvi à Paris) ; il demande des mémoires, des expUcations, des informations sur tout. Il parle de tous les genres de ré^ formes, et il n'en adopte encore aucune.

» On croit qu'il va publier des mesures nouvelles en économie administrative. Il donnera des soins à la discipUne de l'Eglise, il supprimera des couvens, ce qui paroit un peu fiscal et peut-être singulier ; mais toutes ces tentatives locales sont maniées avec une extrême circonspection.

» Rome est une république où chacun, avant le cardinal Consalvi , étoit maître dans son dicastère. Toutes ces petites autorités se sont rétabhes subitement au premier bruit de la chute du ministre qui les avoit détruites. La volonté du Pape n'a pas encore pénétré dans ces nouvelles situations. Enfin, sur quel point se portera cette intention de réforme? Les obstacles naissent, à chaque pas, autour du lit du Pon-

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tife expirant , et il n'a rien dit pour les surmonter. » Ayant tout, à Rome on a de l'esprit et du tact. On avoit de l'esprit et du tact sous le cardinal Consalvi ; ayec moins de rapidité dans l'exécution, on en a et on en aura également aujourd'hui. Dans deux mois, les Romains et moi, nous aurons pris la mesure de l'administration actuelle. Les tergiversations, les circonspections, la salso4 des mémoires, l'attente des informations, tout cela n'aura plus de valeur. Rome rentrera sous son empire nécessaire, resserrée par des oppositions vives et agissantes dans un cercle de nécessités insurmontables, livrée aux critiques de l'Autriche, aux exigences de Naples, à quelques criailleries de l'Angleterre, à la pédante inquisition des protestans du royaui^e des Pays-Bas, à l'indifférence funeste et presque universelle d'une partie de l'Allemagne, à la surveillance inexplicable du cabinet de la Russie. »

Cette dépêche à M. de Chateaubriand ne jetoit pas peut-être une lumière bien vive sur Tétat des choses ; mais elle annonçoit une active surveillance qui amèneroit probablement des informations plus positives, pour éclairer le gouvernement du roi sur des faits désormais établis.

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