‹ Histoire du pape Léon xiiChapitre 18 sur 37 · LOUIS · texte numérisé non relu

LOUIS

Contresigné y Chateaubriand. »

Le Pape étoit de temps en temps dans ud état de souffrance qui devoit alarmer. Quelques personnes publioient que cette affection chronique n'^étoit pas à son terme, et que Sa Sainteté pourroit survivre encore deux ou trois ans; d'autres observateurs, disant avoir les yeux plus exercés, disant avoir fréquenté la société du Saint Père quand il étoit cardinal, prétendoient que les fatigues du pontificat attaquoient plus vivement pelte complexion délicate, qui auroit

conservé plus de chances de vie dans une autre situation. Continuons d^écouter Tambassadeur. Au sujet de quelques dissidences qui s^étoient élevées au dernier conclave, le duc de Laval, qui en beaucoup de points a écrit rhistoire de Léon XII, s^expriraoit ainsi :

« Il est d'abord nécessaire de bien établir qu'au mois de septembre dernier , l'union a manqué entre nos cardinaux. Partis de Paris avec une recommandation de faire ce qui seroit le m ieux , suivant leur conscience, il a pu arriver que ce beau et sublin>e moteur qui dirige si bien les esprits fermes et généreux, n'ait pu exciter que des impulsions qui ne marchoient pas au même but. A tout prendre, on le donne en mille aux négociateurs les plus expérimentés; qu'on les suppose entrant X déjà âgés et avec des facultés presque éteintes et des infirmités, au milieu d'une foule d'bommes plus ou moins habiles, mais tous placés sur leur terrain, sachant pourquoi ils s'aiment, pourquoi ils se haïssent, pourquoi ils cesseroient de s'aimer ou de se haïr, parlant la même langue quia autant d'expression dans les gestes que dans les paroles ; qu'on suppose les honunes d'Etat les plus expérimentés appelés à yitervenir dans toutes les questions qu'on agitera, du mérite ou du démérite d'un cardinal qu'il faut élever à la première dignité du monde, il n'est pas possible de croire que ces hommes d*Etat, si habiles qu'on les connoisse, ne tombent pas dans des fautes, ou pour n'avoir pas entendu, ou pour avoir mal vu, ou pour avoir mal compris.

I» Quel peut être le guide de ces expériences mal assu-

téeSy plus dangereuses que l'ignoranbe? Le guide ualiirel est le représentant du roi qui vit au milieu de ces débats, qui est courtisé comme partie directe et cachée du gouvernement local ; celui qui aperçoit les faiix pas dé chacun, qui surprend les ambitions à leur naissance, qui reçoit des confidences qu'on ne répète plus, qui, enfin, sentinelle vigilante de son maître, connott tout, rend compte de tout, et doit rester responsable de

tout.

» Ce représentant est ou celui qui se trouve alors à Rome, ou celui qu'on y envoie, n'importe. Il est ici question des devoirs et des droits de celui qui a la confiance du rdi, et non pas du succès d'une vanité particulière.

M £n principe, le général, dans cette guerre, est celui qui est arrivé plus tôt, qui a traité les affaires, manié les esprits et ét;udié les élémens. Si ce principe est accordé, il ne faut pas envoyer à ce général des troupes indépendantes : sans cela il peut arriver qu'il ait à combattre et ses adversaires naturels et l'opposition de sa propre armée.

» Aux approcihes du dernier cdnclave, on a commencé par dire : « Nous ne voulons nous rh^^r dé rien) nous désirons une opinion modérée : » et puis on a voulu agir, diriger et dicter.

» Il est plus franc de dire : « Nous inteiviendrons pohr le bien de la chrétienté, pour notre intérêt politique, pour la gloire de notre Eglise, pour le lustre de ce clergé français y que des vertus éminentes placent à un si haut rang en En-ropCj parmi les ministres de f Evangile, »

» n faut ensuite considérer, dans les deux partis qui se présentent, quel est celui qu'il faut choisir. Faut- il profiter d'une position particulière pour agir seul et

[1823] DU PAPE LEON Xlf. 143

Mns dépendance? ou fant-il entrer, avec une déterniK nation constante, dans le parti des couronnes ?

» Je ne balance pas à déclarer qu'il est mieux d'entrer dans le parti des couronnes.

i> Jamais l'Europe ne fut liée par des chaînes politiques plus étendues ; jamais les intérêts ne furent plus solidaires ; jamais le mal à l'un ne fut plus près de d^. yenir un mal à l'autre ; jsonais le bien d'un seul n'a été plus positivement le Ihcu de tous. Quelques années après une élection, on peut calculer qu'il y a lieu à nommer un Pape (1). Ce cboix devient difficile, surtout à l'époque où les orgueils ont surgi partout, en raison de l'élévation.qu'ont obtenue même des talens médiocres. On a donc lieu souvent, dans ce siècle, de penser à se montrer réunis de vœux et d'intention pour assister à cc^ l^rand acte de religion et de politique. Si tous les jours l'accord europ^n a été nécessaire, il est plus avantageux encore à cette nation si heureusement gouvernée, qui a reçtt un élan si prononcé, et qui, entrée dans la canière des victoires du génie dn bietij est destinée à en parcourir toutes les phases avec une 'célébrité non moins éclatante. Il ne £aut pas que sur un point où peuvent se dévelc^per toutes les passions qui accom-' pagnent indispensablement un gouvernement électif,

(i) Dans le premier siècle, à dater de Tan 4^ de Père chrétienne, on compte huit papes ; dans le second , neuf; dans le troisième ^ quinte; dans le quatrième, onze; dans le cinquiikne, douze; dans le sixième, treize ; dans le septième, vingt ; dans le huitième, treize ; dans le Beuvième, dix-nenf ; dans le dixième, vingt-quatre; dtnt le onsîème, dix-nenf ; daiis h douzième, seize ^ dans le treizième , dix-sept ; dans le quatorzième , dix ; dans le quinzième, treise; dans le seizième, dix-sept; dans le dix -septième, onze^ 4an« le dix-huitième, huit.

cette nation s'expose en voulant faire seule, à faire mal, à faire pour d'autres que pour elle, à faire pour un parti intérieur, et à se trouver détournée de son esprit général d'administration, vraiment religieuse^ juste et tempérée. La France victorieuse - dans un conclave peut avoir vaincu contre elle ; battue avec l'Europe, la France peut sourire de sa défaite et laisser sentir encore le poids de son crédit. Ce point accordé, la partie doit être liée entre la France et les puissances qui demandent hautement u|i gouvernement modéré. Le noyau du système est déjà dans le Sacré Collège ; il se xromposQ à peu près jusqu'ici de dix cardinaux. Il n'est pas toutefois convenable dédire que les puissances qui «'accord eroient aujourd'hui avec nous (14 décembre 1823), pourroient amener toutes leurs forces. L'Autriche seule ne permet pas de dissidence ; elle a porté sur ce point l'attention la phis absolue, et ne déplore pas une seule défection. Naples arrive mal en ordre; mais outre que son trésor ne dote plus somptueusement ses cardinaux, elle est tiraillée entre l'impulsion nationale de quelques-uns, amis du roi , le système de caresses de l'Autriche qui en attire d'autres sous mille prétextes, et enfin, entre une disposition à l'indépendance qu'ont dû contracter quelques-uns des cardinaux napolitains qui peuvent en effet prétendre à la papauté, sans l'appui bien direct de leur maître. La Sardaigne n'a en ce moment qu'une armée de nom, elle ne la paie pas ; et ces rangs deviennent ces condottieri qui s^attachoient successivement à Pise, à Florence, à la France, à Saint-Marc, dans les guerres du xv* siècle. L'Espagne n'a qu'un soldat blessé, mais strictement obéissant. Sous ce rapport, le ministre de cette nation, M. de Vargas, est le plus propre à bien servir le vœu

de Sa Majesté catholique ; il garde son secret pour lui seul, il fait ses mouvemens sans en rendre compte ; il répare ses fautes sans trouver des vanités qui l'accusent. Muni d'instructions omnippleniesy il écoute, il appuie, il console, il abandonne, il fond sur l'ouvrage des autres, dit hautement qu'il est sien, enterre les morts, et couche sur le champ de bataille.

» Ce concours européen, en quoi consiste-t-il ? Il faut commencer par nous, parce qu'enfin, ce sont nos vues, nos droits, nos intérêts, nos conseils partout pleins de sagesse, de politesse et de nobles sentimens de christianisme^ qui doivent être la règle utile à tous, bonne à tous, et la substance la plus susceptible de se partager en canaux divers qui aillent porter à chacun les avantages que toute localité peut désirer. Pour que nous marchions dignement à la tête du parti, les cardinaux français doivent être envoyés, sans parole de qui que ce soit, sans, recommandations, on ose dire, sans conscience, en prenant ce mot dans le sens qui exprime une vanité occupée de sa propre chose, plus que de celle du roi. Des instructions adressées à l'ambassadeur pourroient être lues en commun par lui et Leurs Ëminences ; chacune d'elles promettroit de ne pas agir sans l'autre ;[chacune d'elles, pénétrée des sentimens de fidélité dus au roi^ consentiroit à se tromper avec lui, s'il se trompoitj c'est-à-dire ne prétendroit pas que huit jours ont pu apprendre ce que dix années permettent à peine de savoir ; il pourroit être établi que les conclavistes seroient agréés par le roi. Les instructions de Sa Majesté ayant été communiquées, les variations qui surviendroi^nt seroient promptement portées à Ja connoissance de chacune des Eminences; enfin elles déclareroient qu'elles n'entendent solliciter aucune récom-

pense pour qui que ce soit, à la suite des travaux du conclave, sans Tagrément du roi. En coinmunication au-dedans du conclave avec les cai^dinaux des puissances dont le dévouement seroit connu, elles travailleroient comme eiix à Fœuvre désirée par le roi, et recommandée à leurs soins et à leur véritable conscience de Prélats placés là par le roi, et qui n'y seroient pas enti*és sans le roi. Quant au choix à faire, il est tout tracé. C'est ce qu'on alloit poursuivre qu'il faut continuer ; c'est un Pape modéré et d'une saiité suffisamment forte qu'il faut préférer. Il faut éviter les exagératidti^ et les témpéramens délabrés. C'est cependant ceux-ci qu'il faut encore plus redouter que celles-là, car on ne rie vient jamais nulle part d'une santé mauvaise, et dans ce pays-ci, pays d'ordre et de bon sens, on revient bien vite des exagérations.

» Il faut bien se persuader ensuite que vaincre ^eul pttr le parti des zêtkmU, c'est irriter inutilement l'Autriche, qui a des moyens de se" faire considérer aiitrement que par une protection dans une élection; c'est donner au hasard l'appât d'une gratitude que les circonstances peuvent rendre impossible, et qu'un caractère peu sûr doit encore rendre douteuse ; c'est, d'un autre côté, préparer au gouvernement du roi des tracasseries qui l'importunent et qui détournent l'influence qu'il a droit d'exercer seul sur la politique de Roine,

» Mais vaincre ou être repoussé avec l'accord européen, c'est d'une part n'avoir pa5 altéré une union dont les effets sont à désirer dans toutes les occurrences quelconques, c'est sous l'autre rapport n'avoir pas été vaincu. Il Ue faiit pas oublier dans ses défaites à Rome que l'on a quelquefois plus gagné que perdu. L'admirable constructiçn de cette machine politique, quand

elle est considérée en grand, ne laisse à cet égard aucun doute, et le gouvernement destiné à ménager les Acaiho- Hquesipiï possèdent une grande partie de l'Europe, à dévorer, il est vrai avec dignité, les mortifications qu'ils sont prêts à lui donner presqu'à chaque instant ; le conseil de l'Europe le plus rempli d'hommes prudens, affectueux, timides, éclairés, tempérans, ne commet pas de ^utes capitales. Ilconnoit sa position, et s'est plus élancé vers des idées d'innovation et d'extension, ou plutôt vers le pattdge du pouvoir, par dépit contre une autorité qui leur laissoît user leur vie sans places et sans crédit, que par une disposition au bruit, à l'agitation et à cette manie de jouer gros jeu, qui, des batailles et des finances de plus d'un empire, ceYtes n'est pas venue passer par la tête de tant d'hommes d'esprit, tous chrétiens par eux-mêmes, calmes, doués d'uîi tact remarquable, et qui savent très-bien vous dire : « Citez itne » grave fduie de la cour romaine dans les deux derniers % siècles, une faute qUi atteste sa tyrannie et son ambition; » il Tiy en a pas \ il y a eu une faute qui démontre sa foi- >» blesse ; Clément XI y en rend compte. »

« La cour de Rome, la prudente cour de Rome qui n'a pas que vous seuls à contenter, et qui est surveillée par mille autres résistances, s'impose à elle-même les bornes qu'on ne lui auroit pas prescrites ; et je puis dire, que depuis que je suis dans cette capitale, je n'ai entendu personne manifester a cet égard d'autres éentimens que ceux que je regarde comme l-expression la plus habituelle des vues du gouvernement Pontifical, avant, pendant et après Léon XII. »

CHAPltRE XIII.

l'auteur demande le RECIT DES FAITS AUX DÉPÊCHES OU DUC DE LAVAL. LA MALADIE DU PAPE DEVIENT INQUIE- TANTE* EXAMEN DES CALCULS DIVERS AUXQUELS ON POU- VOIT SE LIVRER EN FRANCE. Ll^ CABINET DES TUILERIES ENTRER A-T-IL DANS LE PARTI DES COURONNES, OU DANS CiEIfUI DES ZELANTI ? l'aUTRICHE n'EST [ AS SI INDÉCISE. ON CHERCHE A CONNOÎtRE LES VUES 1^£ GONSALyi. IL DONNE SES SOINS AUX DISPOSITIONS NECESSAIRES POUR ÉLEVER LE MONUMENT QU'iL DESTINE A PIE VII. ROME n'a PAS MÊME LE LOISIR DE s'oCCUPER DES AFFAIRES DE LA GRÈCE. DÉPÊCHE DU DUC DE LAVAL , SOLLICITANT DES INSTRUCTIONS. PORTRAIT DU CARDINAL DELLA SOMA- GLIA. LE CABINET DE PARIS EST VIVEMENT OCCUPE DES AFFAIRES DE ROME.

Il est des faits d^uae nature singulière que Ton rencontre quand on écrit Thistoire ; ils se présentent certainement à la mémoire de Fhistorien , mais souvent peu clairs, incomplets, portant avec soi quelques traces d^accusation vague, et par cela même manquant de cette maturité nécessaire pour devenir un aliment Convenable à Finstruction des hommes. On a pu

voir dans le récit des opérations du conclave de 1823, que, vers les derniers jours, quelques cardinaux qui avoient commencé à marcher d'^accord, n'^ont pas continué de s'^avancer dans cette voie. Falloit-il, là précisément, énoncer les diverses circonstances, expliquer les divergences, mettre la main sur la plaie? Non; il faUoît marcher au but, c^est-à-dire énoncer promptement la décision du conclave. Tout homme de sens qui a réuni ses matériaux, sait qu^il peut différer la communication de mille détails, qui, ensuite, sous une plume rétrospective et officielle, sont devenus des documens inattaquables. C^est ce sentiment de réserve que j'ai éprouvé , c'^est 6e quelque chose de méthodique, en même temps dé patient et de respectueux, que j'ai en moi, qui m\i conseillé d'attendre qu'un chef de mission, un homm^ qui avoit joui de toute la confiance de Louis XVIII , un collaborateur d'un de nos ministres les plus distingués, le duc de Laval, vînt prendre la parole et s'attaquer à ses pairs avec tous les droits que lé rang, la qualité, la renommée historique donnent a ceux que le roi a déclarés les vrais dépositaires de ses intérêts.

Morceler des pages perfectionnées d'un travail du duc de Laval, eût été une imprudence ;

elles aiTivent pour continuer le récit, -en ajoutant des lumières qui peuvent guider une autre fois la France dans des circonstances semblables. Je m^aide donc ici d'une dépêche de cet ambassadeur.

La maladie du Pape offrant toujours des symptômes inquiétans, il n^étoit plus possible de s'occuper que de tristes pensées et des devoirs politiques qu'elles rappeloient sans cesse. Il faut donc à peu près se reporter à l'époque de la fin de septembre.

Le parti des zelanti s'étoit montré fort de trente-trois voix lorsqu'il avoit été question de l'élection de Léon XII. M. de Clermont-Tonneri'e avoit donné la trente-quatrième voix, qui étoit inutile pour l'élection; mais on l'a voit recherchée avec insistance pour prouver que la France ne donnoit pas d'exclusion à ce choix. Dans le commencement des opérations, l'ambassadeur de France avoit employé les moyens les plus persuasifs pour convaincre le Sacré Collège de la nécessité d'attendre les cardinaux étrangers. On peut remettre dans sa mémoire ces expressions délicates qui, en effet, avoient obtenu beaucoup de succès : <( Vos )» collègues, nés français, se hâtent d'accourir )> où leur mission les appelle ; ils vont arriver )> incessamment pour s'associer à vos pieuses

» inspirations. » M. de Bemis et les autres ministres de la maison de Bourbon, ne parjbient pas un langage si dou^i: ei^ 1774 (i)* On deyoit redouter de nouveau que le treizième jour après la mort, on ne commençât à procéder au choix du successeur, sans attendre les cardinaux étraqgers , et surtout les cardinaux français , dont un arriverait encpre, Opposant sans doute, tapjdîs m^^ Tajutre ne viendroit peut-être que réprimandé. Or, les trente-trois voix de septembre pouvoient encore faire le Pape, et avec les cardinaux étrangers de moins, par exemple quatre jEminences, il ne falloit plus que trente

( 1 ) Voici un fait important , quoiqu'il ait une date de 68 ans, puisqu'il faut le reporter au 19 octobre 1774*

Le cardinal avoit remis un mémoire pour demander qu'on attendit les cardinaux étrangers. Il s'exprime ainsi : « Heureusement ce que j'avois prévu en remettant le mémoire arriva. L'échauffement d«s têtes fit place à Ja réflexion. On se calma , et quoique mon mémoire ne fût qu'un ayis utile , et ne demandait aucune réponse , le cardinal Rezzonico , camerlingue du S^int 3iége [neveu de Clément Xlll], pria le cardinal André Corsini, dont la prudence et la probité sont connues , de m'annoncer , au nom de tout son parti , que Ton étoit résolu d'attendre le 1,emp» nécessaire à l'arrivée des cardinaux étrangers , et que , dans cet intervalle , on ne se permettroit aucun traité sur l'élection -, mais qu'à la vérité , on hô pouvait pas répondre qu*une inspiration instantanée n'opérât la réunion de plusieurs su/fraies: A cette ambasciata (communication] je répliquai qu'il suffisoit que fe^ négociations humaines fussent interdites jusqu'à Pan^ivée des cardinaux étrangers j parce que les inspirations divines étoienl salutaires et ne pouvoient^' jamais être à craindre pour personne, d

voix, pourvu qu^on n^y comprit pas celle du cardinal candidat.

Tout étoit embarras pour les diverses ambassades.

Les zelantî connus pour posséder des connoissances politiques, savoient : i"* qu^ils étoient en nombre suffisant pour élire ; 2** que les couronnes nVtoient pas unies entre elles ; 3"* que c^t accord habituel des couronnes catholiques qui a existé autrefois, déplaît aux cours protestantes, qui, en garantissant au Saint Siège sop pouvoir temporel, ont entendu, disent-elles, que personne pas plus qu^elles n^exerçât d'influence au conclave.

Les zelanti qui n^étoient livrés ç[\Jik des méditations religieuses, et qui vouloient le bien de FEglise sans entrer dans des considérations politiques, étoient prêts a seconder ceux de leurs partisans qui étudioient la situation de FEurope.

Au mois de septembre, un petit parti délia Somaglia, composé de six voix, comme le cardinal Maury en avoit formé un du même nombre en i8oo (i), ne donnoit pas signe de vie.

Il falloit que Tambassadeur examinât avec soin diverses considérations avant de s'arrêter à des plans déterminés.

(0 Voyez HUt, de Pie VU, 3«^ édit. , t. 1 , page 91.

On lui auroit ouvert les bras dans le parti des couronnes, mais pour le mettre à la seconde place^ comme dans les armées on rejette à la réserve les troupes qui n'ont pas osé tirer lors d'une bataille précédente. Là il auroit été environné de défiances. Quel étoit d'ailleurs ce parti des couronnes ? Il ne se cpmposoit que de FAutriche et de quelques Napolitains. Ce parti (il ne falloit pas se faire illusion ) avoit une revanche à prendre. Il voudroit obtenir la victoire tout seul, et, en définitive, il ne seroit pas assez fort pour Farracher.

Si l'ambassadeur n'entroit qu^avec tiédeur dans ces rangs aigris par une défaite récente, voici ce qui arriveront ; ou il faudroit finir par marcher avec les zelanti^ ou s'attacher en dernier recours à un système absolu d'abnégation de toute influence, ainsi que faisoient les cardinaux, fils de Saint-Marc.

Ici je m'arrête. 11 ne faut pas se tromper; lés cardinaux vénitiens n'ençouroient aucun reproche de lâcheté et d'inconsistance: c'étoit leur gouvernement lui-même qui leur traçoit cette ligne, de peur qu'ils n'acquissent un crédit qui lui seroit devenu fatal en quelques circonstances. Le bâillon venoit de Venise, et il falloit s'y soumettre par ordre du Conseil ; et qui ne sait que presque toujours les cardinaux véni-

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tiens étoient des hommes d^un rare mérite, d'une habileté peu commune, d^une sagacité passée en proverbe, et souvent les hommes d'^état les plus expérimentés du conclav'e !

Si la France s'^éloignoU de rAutriche ouvertement, la France blessoit une partie du concert européen , qui étoit si nécessaire.

Dans des temps de malheurs, de conspirations, la France avoit besoin de Tappui , ou au moins d^ la neutralité deTAutriche, et F Autriche, sur son roc de sagesse, étoit incommutahley comme disoit Pie VII quand il parloit des dogmes de la religion. Si la France agîssoit avec Textrémité exagérée des zelantiy c^étoit une imprudence. Définitivement, après tant de méditations, se borner au vote qui, sans s^écarter de FAutriche, tentoit à faire choisir. un zelante modéré , paroissoit la meilleure détermination.

Il y avoit à dire ensuite que les résistances indiscrètes, comme il en a été fait tant dans le commepcement de la révolution française, les bravades, .les mep9/ces, toutes les passions qui accompagnoient une minorité, pouvoient irriter, exaspérer la majorité, et Tentraîner vers un choix qu^elle n^auroit pas eu le temps d^e^çaminer aussi bien qu'elle Ta voit fait pour le cardinal délia Genga.

Au milieu de ces fluctuations d^idées, de

tourmens , de . raisonnemens , qui se renvérsoieiit les uns les autres, de conjectures qui se calculoient ( car en politique les conjectures se calculent ) , que disoit Consalvi ? quel dra^ peau agitoit ce grand ministre ? Quelquefois, tout entier aux anciens éblouissemens de sa gloire^ aux mouvemens inertes de Tindifféreucç qu'ion se croit en droit de téiiioigner à des ingrats, à travers ce calme ou plutôt ce trouble où Ton se trouve après des tempêtes dont on est sorti sain et sauf, il pouvoit dire, mais il ne disoit pas :

Suaire mari magno^ turbantibus œqicora venus,

E terra magnum alterius spectare laboremj

Non quia vexariquemquam estjucunda volupuu,

Sedquibm ipse malis careas, quia cernera suaire est (1).

Une préoccupation, plutôt tendre que séditieuse, Tavoit saisi dans ses souffrances; il pensoit avec sensibilité à la position déplorable de Léon XII, et quand il avoit assez plaint des maux dont il n''étoit pas la cause, il continuoit d'entretenir Thorwaldsen de ses projets pour le beau monument destiné à Pie VII. Rentrant

(i) Loncpie les vents troaUent les âots dans une mer agitée, il est doux de .contempler, de la terre, les fatigues des autres, non parce qu'il y a une volupté attachée à voir souf&ir , mais parce qu'il est doux de contempler des maux auxquels on n'est pas exposé. — Tjnerêce, liv. n. v. i . et suiv.

l^rieusenieiit dans toute sa reDommée , dans jses succès de tout genre, et auprès de toutes les croyances, prêtant encore Poreille à ces applaudissemens de toute TEurope, qui*, bien 4]u^éloignés, retentissent toujours pour celui qui en avoit été Tobjet, il vivoit, sans maudire Lféon Xn , dans le souvenir des traverses de son maître Pie Vil, de ses sacrifices pour obtenir la paix, de sa résistance aux commandemens de celui qui avoit usurpé les choses divines et humaines, enfin des adorables consolations et des réparations brillantes accordéespar la Providence. Cette voixd'^un homme qui savait tant, ne se faisoit entendre avec éclat pour personne autre qu'Hun maître chéri et vertueux pour qui il n^ avoit plus rien sans doute à demander au Ciel , tandis que nos préjugés, notre gratitude étroite, semblent demander encore quelque chose sur la terre; ils veulent des images de vert^s sculptées avec art, un monument souvent froid comme le marbre dont il se compose.

Finissons. Certainement, dans le dernier mois de 1828, il nV eut pas un conclave : le siège ne fut pas vacant; mais toutes les affaires, toutes les agitations qui figurent dans un conclave, occupèrent avec intensité les Romains. Tous ces hommes d'^esprit avoient perdu le sommeil. Plus d'un cabinet étranger se li-^

yroit à des travaux et à des spéculations ; toute l^urope catholique attendoit avec anxiété. Le palais du Quirinal étoit plongé dans la stupeur ; le pontificat de Léon XII n^alloit-il avoir que trois fois la durée de celui du Pape Léon XI?

L^intérêt qui se répand sur toutes les scènes qu^on voit se succéder au moment d'^un conclave, surtout d'^un conclave imprévu, ne laissoit aurcun repos aux imaginations. Rome ne portoit pas un seul de ses regards sur les étrangers qui viennent la visiter particulièrement dans le mois de décembre; elle n^avoit pas un seul instant d'^attention à donner même à ces Anglais qui accouroient pour s^ entretenir des événemens de la Grèce^ et proclamer avec autant de bruit que d^nopportunité peut-être, les griefs d^un pays qui devoit remporter la victoire , mais rentrer ensuite après tant de cris, après tant d^adjurations faites aux mânes des Philopœmen et des Miltiade, retomber plus tard dans une nullité si peu en rapport avec Téclat de la chute de ses ancêtres, et avec le bruit du brisement des fers d^une nation abattue, qui en définitive alloit se relever sans en devenir plus grande.

L'état du Pape ne s'améliorbitpas. La France demandoit des nouvelles ; l'Allemagne vouloit savoir s'il y avoit des troubles; TEspagne se promettoit de n'adhérer qu'à un choix

Î68 fflSTOIRE [1823]

semblable à celui qui a voit porté Léon XII.

Toutes ces affaires des fidèles qui envoient poursuivre à Rome des décisions théologiques, toutes les instances des gouvernemens qui sollicitoient des préconîsations d^évéques, assiégeoient les congrégations inférieures, qui ne peuvent articuler une parole sans Papprobation du chef. Le Pape n^étoit pas mort; mais il n*y avoit plus de Pape. La sedia geslatoria n'happaroissoit plus ; mais Fanneau du Pêcheur n^étoit pas brisé. On s^interrogeoit avec impatience : les hommes savent mieux supporter un grand mal, que Pattendre autour du lit d^un malade. Elles n^avoient pas pu encore se former, ces affections qui craignent de tout perdre, qui sanglotent, qui pleurent à chaudes larmes leurs intérêts brisés. Uri petit nombre de personnes avoient entendu les paroles du Saint Père, ses projets de réforme, ses idées d^amélioration, de rétablissement complet de Tordre, de maintien fermedes idées justes et droites, de renoncement généreux à des droits privés qui excédoient 40,000 écus i^omains. On ne connoissoit qu'*imparfaitement tant de grandeur d^ame. Avec cela, tous les jours le Pape mouroit davantage ; on croy oit entendre la cloche du Capitole.

Le duc de Laval rentra un jour, abandonné à la plus vive douleur. Il avoit régulièrement

tl824j DU PAPE LÉON XII. îô9

rendu compte des perplexités de la situation ; ce n^étoit pas assez: le 5 janvier 1824, il se décida à écrire une lettre qui dépeignoit plus vivement Fétat des affaires.

« Un conclave va commencer.

>» Faut-il que j'annonce l'arrivée de nos cardinaux? Faut-il que je déclare que la France exprime fortement le vœu qu'ils soient attendus?

» Gonvient-il que je propose aux ministres d'Espagne et de Naples de se joindre à moi? Je serois asset certain de i*éussir, suivant les apparences de la physionomie du ministre de Naples. Je ne puis pas répondre du ministre d'Espagne, et s'il ne reçoit pas à temps des ordres qui lui enjoignent de se concerter avec ïnoi, il cherchera tous les moyens de m'engageir à agir avec lui, ou il agira seul avec les zelanti.

M. Il est assez généralement répandu que les zelanti^ après les neuf jours des cérémonies des funérailles, travailleront à accomplir l'élection, et reproduiront assez unanimement la proposition de Sévéroli. Ce cardinal est comme' étoit le cardinal délia Genga, d'une foible santé, mais sa figure est belle ; il a utie apparence de vie et de force qui trompe. Ses souffrances n'altèrent pas sa noble prestance et ses manières élevées.

»i L'Autriche persistera-t-elle dans ses exclusions? Cette fois, si les* zelanti sont repoussés, ils se rejetteront sur Cavalchini (1). Là il n'y a pas encore une grande

(i) H avoit eu, le 26 septembre soir, 9 voix (7-2). Voyez le tableau ci-dessus îles votes du conclave.

probabilité de santé, mais ce n'est pas un choix si dépourvu de raison. On ne croit pas qu'ils soient déterminés à se réunir en grand nombre sur Gr^orio. Celuilà est le vœu du ministre d'Ejiagne. Je dois dire ici que j'ai reçu de cette Ëminence les protestations les plus tendres d'affectidn pour la France, et je crois ces protestations sincères, parce qu'elles sont dans l'intérêt de ce cardinal et dans l'esprit de ses habitudes, de ses goûts, et je dirais de sa vie entière. Pour lui, nous avons à redouter l'exclusion de l'Autriche. Ce seroit un spectacle dangereux que celui d'une exclusion donnée par l'Autriche à un sujet que soutiendroit la France. Il faudroit presque, en représailles, chercher une occasion, d'exclure un sujet proposé par l'Autriche, et tout cela est de la chicane qui a des suites fâcheuses pour le concert européen.

» Délia Somaglia, âgé de quatre-vingts ans, n'a plus autant de faveur depuis que l'on reproche aux cardinaux d'avoir cherché à rem.ettre la partie, en choisissant un d'eux, qui étoit d'avance condamné à ne jouir que peu de mois de son exaltation.

» Ce cardinal a bien agi pour nous. L'affaire de l'administration du diocèse dé Lyon, nous la lui devons. Nous lui devoiis aussi les cérémonies multipliées qui ont attaché si pubUquement aux victoires de la France la sanction de la religion. Il a encouragé le Pape à se jeter franchement dans ce système tout à nous. Il n'a pas approuvé chez Sa Sainteté le désir d'entrer dans nos affaires par l'appui des zelcmti français,

>» Mais ce cardinal qui a si bien mérité de nous, est d'un âge si avancé, que cette chan'ce est tout-à-fait proscrite en ce moment.

M Dans le dernier conclave, la majorité, offensée de

[1824] DU PAPE LÉON XII. I6l

l'exclusion de Séviroli, cherchoit à se venger sans se faire de mal.

» Cette jfois il n'y a pas lieu à croire qu'on dse élire un malade, ni même un convalescent. On sait qu'il faut à la chrétienté un Pape vivant qui s'occupe des affaires, qui les apprenne, qui les règle, qui les soutienne. Le Pape doit avoir au plus soixante ans. Donc il doit posiséder pendant assez de temps son autorité. Léon XII a prouvé en éloignant ceux qui l'ont créé, de là direction des affaires, que lorsqu'on est Pape, on pense à soi et d'après soi, et qu'on suit sa pensée sans se soumettre à celle des autres.

» Plusieurs • observateurs tendent à croire que \eê zeianti ^pourront se diviser (^vantage. Si l'élection n'est pas faite en vingt ou vingt-cinq jours, les puissances s'en empareront, autant qu'elles peuvent s'emparer ici de quelque chose. Cela est certain ; il me semble, dans cette hypothèse, qu'il faut éviter de se blessée récipro-^ quemept de cabinet à cabinet.

» Le Saint Siège, quel que soit le Pape, a un grand parti en France qui le soutiendra même contre le gouvernement. Le Saint Siège a tout à attendre des autres cours où la volonté seule du ministre dirigeant est êcchi-^ tée. Les grâces alors, les faveurs sont pour ceux dont on attend quelque chose : ceci pourroit expliquer la nomination du cardinal Zurla, né Autrichien d'Italie, à la place de vicaire.

M Ma dépêche du 4 décembre explique une foule de nuances que le gouvernement a désiré connoitre. Mon travail du 24, sur les instructions à vous demander, est entre vos mains. J'ai besoin de savoir si les autres cours ont agi à Paris.

n Je me résumé : les zelanti sont prêts, mais divisés.

162 HISTOLRE [1824]

Je crois que l'Autriche aidée de.Naples, sans compter sur nous, a préparé itne exclusion plus pro^ioncée.

» Gonsalyi n'a pas pris de couleur, et modifiera sa conduite dans cette circonstance ; les partis sont moins animés^ les ambitions particulières sont prononcées, et alors moins complaisantes. Chacun veut un peu de soi. Pour la ^première fois, on n'a pas fait un Pape à l'unanimité au conclave dernier. On a appris à résister ; le conclave peut durer long-temps^

» Voilà, monsieur le vicomte, ce qu'on recueille sur les lieux. Il faut absolument que les ordres du roi ne tardent pas à arriver; Si elle le veut, la France sera puissante au conclave. »

De semblables détails doivent être donnés dans cette histoire, pour prouver que les affaires de Rome sont difficiles à traiter, et que les amrbassadeùrâ, sans s^écarter des règles de la convenance et de la politesse, tâchent d^expliquer avec clarté, quand, ils le peuvent, ces importantes questions qui intéressent à un si haut degré tout le catholicisme.

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